<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des Entrevue - Le Délit</title>
	<atom:link href="https://www.delitfrancais.com/category/artsculture/entrevue/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.delitfrancais.com/category/artsculture/entrevue/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 18 Mar 2026 18:51:29 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	
	<item>
		<title>« N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nattendez-pas-le-moment-ideal-parce-quil-nexiste-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eugénie St-Pierre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60455</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec Rachel Bendayan, secrétaire parlementaire et députée d’Outremont.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nattendez-pas-le-moment-ideal-parce-quil-nexiste-pas/" data-wpel-link="internal">« N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans le cadre de la Journée internationale de droits des femmes, Le Délit a eu l’occasion de s’entretenir avec Rachel Bendayan, députée de la circonscription d’Outremont et secrétaire parlementaire au sein du gouvernement de Mark Carney. Diplômée de l’Université McGill, Mme Bendayan évolue dans le monde politique depuis 2015. </p>



<p><strong>L<em>e Délit</em> (LD)</strong> :<em> Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager en politique? </em></p>



<p><strong>Rachel Bendayan (RB)</strong> : Quelques mois avant ma première année de droit à McGill, je me suis impliquée très activement au Centre du droit international du développement durable. J’ai préparé un voyage en Afrique du Sud afin de participer au sommet des Nations Unies à Johannesburg. Là-bas, j’ai rencontré Nelson Mandela. Évidemment, c’est quelqu’un qui m’a beaucoup inspirée dans mon parcours et qui m’inspire toujours, d’ailleurs. Pendant le sommet de l’ONU, je me suis faufilée dans les rencontres des associations ; j’ai vu de mes propres yeux que c’étaient des avocats qui étaient autour de la table en train de négocier, mais que leurs instructions venaient de leurs politiciens, dans leurs pays d’origine. J’ai compris que si on n’avait pas avancé autant qu’on l’aurait voulu au sommet, c’était à cause des gouvernements et des politiciens qui n’étaient pas prêts à faire le pas. J’ai poursuivi mes études en droit, mais c’est à ce moment que je me suis dit : le droit est important, mais il est tout aussi important d’avoir des politiciens engagés qui sont prêts à prendre des décisions difficiles. </p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Cette entrevue s’inscrit dans le cadre de notre édition spéciale sur la Journée internationale des droits des femmes. Comment décririez-vous votre expérience en tant que femme en politique fédérale ; pensez-vous que les femmes font encore face à des obstacles particuliers en politique au Canada? </em></p>



<p><strong>RB </strong>: Malheureusement, je pense que la réponse est courte : oui. Être une femme en politique, c’est occuper un espace qui n’a pas été accessible pendant longtemps. </p>



<p>Quand je parle à des femmes, j’essaie de les encourager parce que ça fait partie de mon mandat d’appuyer celles qui veulent se lancer en politique. Mais les obstacles sont là et bien réels. Souvent, c’est la conciliation du travail et de la vie de famille qui pose problème. Quand je me suis présentée à l’élection partielle, j’allaitais ma fille tous les jours, et je savais que j’allais devoir travailler dans une ville autre que Montréal, que je laisserais mon enfant à la maison. C’était quand même un obstacle. Je pense que c’est un obstacle pour plusieurs femmes. </p>



<p>Il y a aussi tout l’aspect de la haine en ligne.</p>



<p> Je suis quand même fière des avancées qu’on a faites, parce que quand je suis arrivée au Parlement, c’était moins de 30 % des députés qui étaient des femmes. Aujourd’hui, on est rendus à 40 %. Évidemment, il reste du travail à faire – 40 %, ce n’est certainement pas suffisant. On continue de faire des efforts, on essaie de montrer l’exemple. </p>



<p><strong>LD</strong> : <em>Comment vous y prenez-vous pour encourager des femmes à se lancer en politique? Quels conseils leur donneriez-vous? </em></p>



<p><strong>RB</strong> : Je dis toujours qu’il faut être présent et ne pas avoir peur. J’entends souvent des femmes dire qu’elles n’ont pas assez d’expérience, ou qu’elles n’ont pas encore développé l’expertise nécessaire. Ce n’est pas vrai.</p>



<p> Il y a aussi souvent une hésitation à savoir quand est le bon moment. N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas. J’avais un bébé quand je me suis lancée, et on m’a souvent dit que ce n’était peut-être pas le moment, que je devrais attendre que ma fille soit à l’université ou que j’aie des cheveux gris. </p>



<p>C’est très important que nos élus reflètent la population, qu’ils puissent porter la voix de la communauté qu’ils représentent. Dans ma circonscription, il y a énormément de jeunes, et je pense que je suis mieux outillée pour représenter leurs voix parce que je n’ai pas attendu pour me lancer en politique. </p>



<p>Je ne veux pas minimiser, évidemment, le fait que, pour plusieurs, c’est difficile de faire l’entrée en politique. Mais je veux encourager les jeunes, et les femmes en particulier, à essayer.</p>



<p><strong>LD</strong> : <em>Votre circonscription comprend beaucoup d’étudiants, notamment de l’Université McGill ou de l’Université de Montréal. Quelles sont les préoccupations que vous entendez le plus souvent de la part des jeunes? </em></p>



<p>RB : Récemment, je dois vous dire que le prix du logement, que ce soit le loyer pour le logement étudiant ou pour acheter une première maison, revient de plus en plus souvent. Je pense que c’est quelque chose qu’on doit attaquer de front. </p>



<p>Dans les dernières semaines, j’ai pu travailler avec un organisme qui se dévoue exclusivement à la construction et à la gestion de résidences pour étudiants à prix abordables. </p>



<p>C’est très important pour moi de m’assurer de la construction de logements abordables, non seulement pour nos étudiants, mais pour la population en général. </p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Comment essayez-vous de rester en contact avec les étudiants et les jeunes de votre circonscription? </em></p>



<p><strong>RB</strong> : Je suis très souvent sur le terrain, dans le comté. Évidemment, je rencontre des jeunes et des étudiants en faisant du porte-à-porte. Je m’implique beaucoup auprès de l’Université de Montréal, quand ils font des événements ; je suis souvent invitée à m’adresser à leurs étudiants. </p>



<p>Sinon, on accueille souvent des jeunes au Parlement, des jeunes qui s’intéressent à la politique, qui veulent voir son fonctionnement interne et avoir un contact direct avec les élus. Je me rends toujours disponible pour ça. Je pense que c’est la relève, c’est l’avenir du Canada. Et ça me permet d’avoir des conversations directes. Ça me nourrit, aussi, ça me donne des idées. </p>



<p>J’ai travaillé avec des jeunes afin de mettre en place des programmes qui les intéressaient, particulièrement en matière d’environnement et de changement climatique. Je dirais aussi que le bureau est toujours intéressé à prendre des stagiaires : on aime donner une expérience concrète aux jeunes qui s’intéressent à la politique. </p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Y a‑t-il un moment dans votre carrière politique dont vous êtes particulièrement fière? </em></p>



<p><strong>RB</strong> : Il y en a plusieurs! Quand j’étais ministre de la Sécurité publique, j’ai pu faire avancer beaucoup de choses sur ce dossier. Nous avons actuellement un programme d’indemnisation des armes d’assaut afin de retirer les armes de style assaut et d’offrir une compensation aux détenteurs de ces armes. Ce programme comprend notamment l’arme qui a été utilisée lors de la tuerie de Polytechnique. J’habitais Côte-des-Neiges, jeune fille, à l’époque de cette tuerie, et c’est un événement qui m’a énormément marquée. </p>



<p>J’ai pu aussi travailler sur plusieurs autres programmes, peut-être en lien plus directement avec les jeunes. Lors de notre dernier budget, j’ai travaillé pour faire avancer le Corps jeunesse pour le climat. Les jeunes me disaient qu’ils ne pensaient pas qu’on allait financer un programme du genre, étant donné l’état de l’économie. Mais on l’a fait quand même. Je suis allée au front pour ce programme-là, et de voir ensuite son importance pour les jeunes a été très marquant. Cela montre aussi que lorsqu’on s’implique et qu’on travaille pour quelque chose, on peut réussir. </p>



<p>Ça a donné énormément de confiance et d’espoir aux personnes qui étaient impliquées. C’était un groupe vraiment génial, piloté par des jeunes. Je pense que c’est important de voir que, quand on a de bonnes idées, on peut les faire avancer.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/nattendez-pas-le-moment-ideal-parce-quil-nexiste-pas/" data-wpel-link="internal">« N’attendez pas le moment idéal, parce qu’il n’existe pas »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’art de jouer avec la langue</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/lart-de-jouer-avec-la-langue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Béatrice Poirier-Pouliot]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[francis ouellette]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=57801</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec l’auteur Francis Ouellette.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/lart-de-jouer-avec-la-langue/" data-wpel-link="internal">L’art de jouer avec la langue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Pour cette édition spéciale de la Francophonie, en Culture, nous avions l’embarras du choix : la langue française, qu’elle soit parlée ici ou ailleurs, est à la source d’une panoplie d’œuvres littéraires, cinématographiques, picturales, musicales, etc. Tellement d’artistes de talent la manient, la renouvellent, l’enrichissent.</p>



<p>Au Québec, je ne vous apprends rien, notre rapport à la langue française en est un bien particulier, qui conjugue honte et fierté. On nous martèle sans cesse que nous nous devons de « préserver le français au Québec ». Mais de quel français parlons-nous? Celui, joualisé, de Michel Tremblay? Celui, institutionnel, de Molière? Un franglais « contaminé »? Devons-nous à tout prix nous méfier de la « menace » de l’anglais et éviter ce français imprégné d’anglicismes qui nous caractérise pourtant si bien? Comment peut-on parler de préservation de la langue sans vraiment savoir quelle langue nous nous évertuons à défendre?</p>



<p>Une chose est claire, la langue est au cœur de notre identité, et, inévitablement, la littérature devient le reflet de cette obsession linguistique : dans <em>Mélasse de fantaisie</em>, premier roman de Francis Ouellette, récipiendaire du Prix des collégien·ne·s en 2022, le français québécois devient pleinement littéraire. Francis propose un rapport décomplexé à la langue, dans une prose qui manie la langue de façon presque instinctive. Pas de distinctions cantonnées entre la narration et les dialogues, les registres s’entrelacent, dans une hybridité où la langue populaire devient matière littéraire.</p>



<p>Le 26 mars prochain, c’est l’histoire du personnage de Frigo, l’attachant sans-abri de <em>Mélasse de fantaisie</em>, qui nous sera racontée dans <em>Sirop de Poteau</em>, à paraître chez les éditions La Mèche. Pour l’occasion, j’ai eu le privilège de rencontrer l’auteur, afin d’en apprendre plus sur son prochain roman, mais surtout pour discuter de littérature, de langue québécoise et de francophonie.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Francis propose un rapport décomplexé à la langue, dans une prose qui manie la langue de façon presque instinctive »</p>
</blockquote>



<p><strong><em>Le Délit </em>(LD) </strong>: <em>Ton premier roman, </em>Mélasse de fantaisie<em>, a été récompensé du Prix littéraire des collégien·ne·s. Qu’est-ce que cette reconnaissance signifie pour toi, et qu’est-ce que cela t’a appris sur la réception de ton œuvre par un lectorat plus jeune?</em></p>



<p><strong>Francis Ouellette (FO) </strong>: C’est le meilleur prix qu’une œuvre littéraire peut espérer recevoir. Ce qui est génial avec ce prix-là, c’est que tu es en contact avec la prochaine génération de lecteurs, mais aussi potentiellement avec une prochaine génération d’auteurs. Tu es en contact avec ce qui va former la littérature de demain. […] À chaque conférence que tu fais, à chaque classe que tu rencontres, il y a des germes d’idées qui s’installent dans les conversations. Je me rends compte, moi, que le troisième livre que je suis en train d’écrire est inspiré par plusieurs commentaires que j’ai reçus. Ça nourrit l’imaginaire.</p>



<p>C’est aussi la fréquentation avec les étudiants dans le contexte du prix des collégiens qui a fait que j’ai commencé à faire confiance à la possibilité que j’écrive un cycle qui se passe dans un même univers, avec les mêmes personnages, dans une espèce d’itération un peu involontaire de Michel Tremblay. Les chroniques du Centre-Sud, les chroniques du Faubourg à m’lasse! J’ai vraiment la possibilité de faire un cycle, avec la même langue, avec le même environnement, avec les mêmes personnages. J’ai envie de faire ça. Pourtant, c’est justement ce que j’essayais de contourner avec <em>Mélasse de fantaisie</em>. Je ne voulais pas être « coincé » ou cantonné à un seul style d’écriture. <em>Mélasse de fantaisie</em>, ce n’est pas mon style d’écriture en soi. C’est un exercice littéraire volontaire.</p>



<p>Je me rends compte en me promenant dans les cégeps que les gens ont peut-être envie de voir l’histoire d’autres personnages. Le monde veut en savoir plus sur Ti-criss, sur Frigo. Pour l’instant, j’ai <em>Sirop de poteau </em>qui sort dans deux semaines, que je préfère à <em>Mélasse de fantaisie</em>, en fait. J’ai eu du <em>fun </em>à l’écrire, celui-là. Je me suis permis d’aller dans de l’exploration littéraire plus poussée.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« J’ai toujours trouvé que l’idée que quelque chose soit une histoire vraie ou inspiré d’une histoire vraie, ça peut brouiller les codes de la personne qui lit, qui regarde le film. Ça devient obsessif, un peu »</p>
</blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Comment appréhendes-tu l’étiquette de l’autofiction associée à ton roman?</em></p>



<p><strong>FO </strong>: Je la revendique. Autofiction en réalisme magique. J’ai toujours trouvé que l’idée que quelque chose soit une histoire vraie ou inspiré d’une histoire vraie, ça peut brouiller les codes de la personne qui lit, qui regarde le film. Ça devient obsessif, un peu. […] Plus c’est farfelu, intense, violent et <em>trash</em>, plus c’est vrai. Là où il y a de l’invention, c’est dans la structure littéraire, dans la manière dont l’espace-temps est vécu ou perçu. Je ne peux pas être un narrateur omniscient. Dans le cas de Frigo, c’est un personnage qui est un peu « métaconscient ». Il y a une forme de communication intradiégétique entre le personnage et moi.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>J’imagine aussi que le réalisme magique te permet justement plus de liberté créative</em>.</p>



<p><strong>FO : </strong>Ça me permet effectivement de pousser l’exploration formelle. Ça me permet aussi – d’où le titre – de m’appuyer sur une notion de fantaisie, qui laisse avoir une certaine forme de distance. Mais ça me permet aussi, moi, en tant que narrateur et en tant qu’individu qui partage ses histoires personnelles, de me cacher, de trouver une zone de recul où tout ça n’est pas non plus totalement épidermique. Donc, j’ai toujours trouvé que le titre à lui tout seul évoque un peu cette espèce de bipolarité. La mélasse, c’est le réalisme, c’est le tangible, c’est le matériel. La fantaisie, c’est ce qui est déterré. Dans <em>Sirop de Poteau</em>, il y aura question d’endroits comme le fameux parc Belmont, qui était un centre d’attraction avant la Ronde, ou le Jardin des Merveilles, un jardin zoologique qui était au milieu du parc Lafontaine. À un moment donné, il y a un éléphant qui s’est sauvé sur la rue Dorchester. Ça va déjà dans l’espace du mythe un peu.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« J’ai vraiment la possibilité de faire un cycle, avec la même langue, avec le même environnement, avec les mêmes personnages. J’ai envie de faire ça »</p>
</blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Penses-tu que la littérature qui se déroule en ville, comme </em>Mélasse de fantaisie<em>, par exemple, c’est un mouvement littéraire en soi?</em></p>



<p><strong>FO </strong>: Peut-être un peu, mais surtout sous la bannière de l’éditeur. Sébastien Dulude, qui est l’éditeur de La Mèche, a écrit <em>Amiante</em>. <em>Amiante</em>, c’est du néo-terroir. Il a publié et épaulé beaucoup de romans qui sont dans des quartiers urbains, qui fonctionnent un peu comme des villages. Donc, ça finit par être une espèce de roman de néo-terroir, à cause de l’appartenance à l’environnement, à la terre, qui est un milieu urbain. La terre façonne le personnage et les individus, mais aussi, en même temps, les traumatismes, les abus, les violences. Il y a assurément des romans publiés à La Mèche qui sont dans cette mouvance-là, une espèce de néo-terroir traumatique.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Crois-tu que l’écriture du trauma peut permettre de guérir un peu, ou du moins, que c’est un exutoire pour le traumatisme?</em></p>



<p><strong>FO : </strong>Selon mon point de vue, totalement. Mais ça dépend de comment tu perçois cet exercice-là. Moi, l’exercice, dans ce cas-ci, il n’était pas que littéraire, il était aussi psychologique. Je n’ai pas juste écrit mon histoire, j’y ai replongé. C’est comme une volonté de reprise, dans mon cas, de reprise de pouvoir par la réinvention de la réalité. C’est de reprendre son histoire personnelle, puis de l’envoyer là où on veut. Un mot qui me plait beaucoup dans le féminisme, dans les autofictions féministes, souvent à caractère traumatique, c’est « <em>empowerment </em>», l”« empuissancement ». Je trouve ça beau « empuissancement ». Le mot est fort. C’est une reprise de pouvoir sur son destin, sur son histoire personnelle. […] Mais c’est intéressant que ça soit si féminin. Quand les hommes font dans le registre de l’autofiction, il n’est pas traumatique.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Il est plus ludique</em>.</p>



<p><strong>FO : </strong>Oui, il est plus ludique. On parle de mariage, on parle de consommation d’alcool, de <em>partys</em>. Il y a assurément plus d’hommes victimes d’abus sexuels ou de viols que ce que les statistiques indiquent. Mais la culture patriarcale fait que l’homme autosuffisant trouve sa force intérieure pour se soigner et n’en parlera pas. C’est le vestiaire de hockey. Je n’osais pas croire que j’allais être un défricheur sur ce plan-là. Mais en écrivant <em>Mélasse de fantaisie</em>, je me rendais compte que pas beaucoup d’hommes l’avaient fait.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Au Québec, certains défendent une approche plus puriste de la langue, d’autres prônent son adaptation aux réalités contemporaines, notamment face à l’influence de l’anglais. Où te positionnes-tu dans ce débat?</em></p>



<p><strong>FO : </strong>[…] Je ne vois pas ça d’un mauvais œil, la mutation. C’est important, c’est nécessaire. À partir du moment où l’anglais décrié dans mon environnement est entré dans ma propre culture, pour moi, ce n’était pas un effet de colonisation, ça a juste été un élargissement de la pensée, un enrichissement de la langue. Cette richesse polysémique, quand on la travaille bien, elle peut aller très loin.</p>



<p>Souvent, on me dit que j’ai un point de vue modéré. Mais pour moi, ce n’est pas modéré du tout comme point de vue, bien au contraire. C’est nécessaire. Les mutations, dans un futur presque imminent, sont incontournables. Ce n’est pas quelque chose qu’on va pouvoir négocier. Ça va se faire malgré nous. D’emblée, si on considère que le territoire modifie la langue, cette mutation-là est inévitable et je pense qu’il faut l’épouser.</p>



<p>Je pense que c’est mon thème obsessif, le déchirement identitaire. À toute échelle ; la crise identitaire du Québécois, la crise identitaire de l’individu né en milieu ouvrier et qui a eu accès à l’éducation, qui n’appartient plus à rien, qui est deux en même temps, dans deux environnements. La mixité entre la langue québécoise, la langue française, la mixité jusqu’au titre. Il y a une musicalité là-dedans. La musicalité du joual est très, très, très importante pour moi. La musicalité du joual, la trituration du langage. Je suis fasciné par toutes les formes d’expression du français qui ont été modifiées par leur environnement, la Louisiane, la Belgique […] Quand on parle de la musicalité, il y a aussi la conviction profonde que la langue québécoise est une contribution d’une richesse inouïe à la francophonie. Et là-dedans, j’ajoute aussi les fameux sacres, qui sont d’une richesse rare. Ce n’est pas un appauvrissement de la langue. Comme dit Fred Pellerin – en ce qui me concerne, une autre influence involontaire – « ce n’est pas une pauvreté de langage, c’est une puissance de sentiments ». Moi j’ai du plaisir à jouer avec la québécité, la langue québécoise, le français international et littéraire.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Quand tu écris, est-ce que tu parles à voix haute?</em></p>



<p><strong>FO : </strong>Tout le temps, puis je me relis à voix haute aussi. Le slam et le hip-hop ont une influence aussi. Straight out du Faubourg à m’lasse. Le jazz aussi. Beaucoup, beaucoup. Donc oui, vraiment, je fais beaucoup ça, ce sont quasiment des monologues de théâtre. Et ce n’est pas l’influence de Tremblay, vraiment. Mon rapport avec Tremblay est super ambigu. Il est fabuleusement important, mais ce n’est pas de lui que je m’inspirais quand j’écrivais. Étrangement, il y a des inspirations chez Tremblay, mais pas celles qu’on devrait croire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je pense que c’est mon thème obsessif, le déchirement identitaire. À toute échelle ; la crise identitaire du Québécois, la crise identitaire de l’individu né en milieu ouvrier et qui a eu accès à l’éducation, qui n’appartient plus à rien, qui est deux en même temps, dans deux environnements »</p>
</blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Pas celles qui sautent aux yeux du moins.</em></p>



<p><strong>FO </strong>: Non, exact. C’est plus le fait d’être dans un quartier, d’avoir sa langue, d’avoir les « petites gens ». C’est beaucoup plus, pour moi, c’est la construction d’un univers, mais aussi sa capacité [à Tremblay] à donner à des histoires ouvrières d’un milieu pauvre, des accents de grandes tragédies grecques, de grandes comédies de Molière.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Faire du grand avec du petit.</em></p>



<p><strong>FO : </strong>Exact.</p>



<p><strong>LD : </strong><em>Tu publies </em>Sirop de poteau <em>le 26 mars, qui va raconter l’histoire du personnage de Frigo. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce deuxième roman?</em></p>



<p><strong>FO : </strong>Même niveau de langue, mais qui va parler plus de réalisme magique. De base, <em>Sirop</em> <em>de poteau </em>était paru dans la revue <em>L’itinéraire</em>, sous forme de roman-feuilleton mensuel. Donc, cette version-là – je vais encore utiliser un mot en anglais ici – c’était une version <em>raw</em>, une version crue. C’est un exercice littéraire intéressant d’écrire tous les mois un chapitre. Après ça, je ne pensais pas que ça serait publié, vraiment pas. Je pensais que ça existerait juste au sein de <em>L’itinéraire</em>, et qu’on allait peut-être sortir un livre à même la revue pour que les camelots le vendent et fassent de l’argent avec. Et c’est en partie ce qui va se passer, parce que les camelots vont avoir le livre avec eux ; le <em>cash </em>leur revient.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je veux être le porte-parole d’une seule chose : la fierté de cette langue-là. <em>That’s it</em>. Qu’on puisse utiliser cette langue-là, l’ennoblir, la traiter avec respect. Autant les idiomes que les expressions »</p>
</blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Peut-on lire </em>Sirop de poteau <em>sans avoir lu </em>Mélasse de fantaisie<em>?</em></p>



<p><strong>FO : </strong>Je crois que oui. Je crois que le travail éditorial a fait en sorte qu’on se retrouve dans une zone où il existe par lui-même, mais on a aussi travaillé de sorte qu’en lisant <em>Sirop de poteau</em>, le monde va avoir envie d’aller lire <em>Mélasse de fantaisie</em>. J’essaie vraiment de m’enligner pour quelque chose qui ressemble à un cycle. Je veux être le porte-parole d’une seule chose : la fierté de cette langue-là. <em>That’s it</em>. Qu’on puisse utiliser cette langue-là, l’ennoblir, la traiter avec respect. Autant les idiomes que les expressions.</p>



<p>Une phrase comme « les bottines suivent les babines », c’est magnifique. Ces choses-là sont magnifiques. Elles ne doivent pas se perdre, mais elles peuvent faire partie d’une mutation. Elles peuvent rester. Elles <em>doivent </em>rester, en fait.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/lart-de-jouer-avec-la-langue/" data-wpel-link="internal">L’art de jouer avec la langue</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dandysme, histoire et fierté : aux origines du Met Gala 2025 avec Dre Monica L. Miller&#160;</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/dandysme-histoire-et-fierte-aux-origines-du-met-gala-2025-avec-dre-monica-l-miller/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[met gala]]></category>
		<category><![CDATA[Monica L. Miller]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=57518</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entrevue exclusive avec la co-commissaire de l’exposition <em>Superfine : Tailoring Black Style</em>, inspirant le thème du Met Gala 2025.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/dandysme-histoire-et-fierte-aux-origines-du-met-gala-2025-avec-dre-monica-l-miller/" data-wpel-link="internal">Dandysme, histoire et fierté : aux origines du Met Gala 2025 avec Dre Monica L. Miller&nbsp;</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis 1948, le Met Gala marque le lancement de l’exposition de l’Institut du costume du Metropolitan Museum of Art de New York (Met). Chaque premier lundi du mois de mai, la crème de la crème d’Hollywood se réunit au Met, transformant ses marches mythiques en un théâtre où haute couture rencontre mise en scène, réinterprétant ainsi le thème de l’exposition annuelle à travers des créations spectaculaires.</p>



<p>Cette année, le thème du Met Gala, qui se tiendra le 5 mai sous la coprésidence d’Anna Wintour, rédactrice en chef de <em>Vogue, </em>rend hommage à un héritage stylistique majeur avec <em>Superfine : Tailoring Black Style</em>, une exposition explorant l’importance du dandysme noir dans la construction des identités et du style afro-descendant. Pour donner vie à cette célébration, Wintour invite à la coprésidence le septuple champion du monde de Formule 1 Lewis Hamilton, l’acteur nommé aux Oscars Colman Domingo, les rappeurs récompensés aux Grammy Awards Pharrell Williams et A$AP Rocky, ainsi que l’icône de basketball LeBron James, qui officiera en tant que président honorifique.</p>



<p>Sport, cinéma, et musique confondus, ces hommes incarnent à la fois l’audace et le raffinement du dandy, soit d’un homme pour qui le style vestimentaire est un mode d’expression. Leurs origines afro-descendantes et leur port fréquent de complets sur-mesure renforcent d’autant plus le thème du dandysme noir et du tailleur (<em>tailoring</em>), nous laissant déjà entrevoir les <em>looks </em>du gala et les œuvres de l’exposition, qui seront dévoilées en mai prochain.</p>



<p>Pour enrichir mes réflexions, je prends contact avec celle qui a imaginé cette exposition seize ans auparavant : Dre Monica L. Miller, créatrice et architecte intellectuelle du thème du Met Gala 2025. En effet, c’est son étude magistrale sur le dandysme noir publiée en 2009, intitulée <em><a href="https://read.dukeupress.edu/books/book/1339/Slaves-to-FashionBlack-Dandyism-and-the-Styling-of" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Slaves to Fashion : Black Dandyism and the Styling of Black Diasporic Identity</a></em>, qui sert d’inspiration pour l’exposition <em>Superfine : Tailoring Black Style</em>, dont elle est également la co-commissaire. C’est dans cet ouvrage que la professeure au Barnard College de l’Université Columbia m’éclaire notamment sur l’importance du vêtement comme outil de liberté.</p>



<p>Alors, en me préparant à notre échange, je décide d’incarner, à ma manière, l’esprit dandy. J’enfile ma veste de complet bicolore aux boutons d’argent, prête à converser avec celle qui a donné au dandysme noir son badge de noblesse.</p>



<p><strong>Pourquoi le dandysme?</strong></p>



<p>Il est surprenant d’apprendre – lorsque l’on considère l’influence majeure du dandysme sur l’évolution de la mode – que <em>Superfine : Tailoring Black Style </em>est la première exposition de l’Institut du costume du Met à se concentrer sur la mode masculine depuis <em>Men in Skirts </em>(2003). Originaire du 18<em>e </em>siècle en Angleterre, puis adopté en France, le dandysme est avant tout un art de vivre, centré sur l’attitude flamboyante et l’apparence raffinée d’un homme de la haute société. Nombreux sont ceux, moi incluse, qui découvrent cette tradition à travers des figures européennes, telles qu’Oscar Wilde ou Charles Baudelaire. Mais pour Dre Miller, c’est tout le contraire.</p>



<p>Elle m’explique que son intérêt pour le dandysme est né d’un moment précis, une découverte lors de ses études supérieures à l’Université Harvard : « <em>Lors de mes études doctorales, j’ai eu le plaisir de suivre un cours enseigné par Cornel West sur le sociologue W.E.B. Du Bois. Nous avons fait une lecture approfondie de </em>The Souls of Black Folk<em> </em>[1903], (<em>tdlr</em>) <em>», </em>raconte Dre Miller<em>. </em>C’est dans ce contexte que l’idée du dandysme noir s’est imposée à elle, à travers une note de bas de page mentionnant que Du Bois avait été caricaturé en tant que dandy, et qu’il détestait cela. <em>« Du Bois était toujours impeccable dans son apparence, donc ça n’avait pas de sens pour moi parce que d’après ce que je pouvais voir, le dandysme qu’il représentait était positif et au service de sa dignité. </em>»</p>



<p>Mais la réaction de Du Bois, selon Dre Miller, révèle un enjeu plus profond : celui de la perception et de la représentation. « <em>Ce qu’il n’aimait pas, c’est que l’on associait son style aux formes de divertissement de grimage en Noir </em>[<em>blackface</em>]<em>, qui, au début du 19</em>e <em>siècle, se produisait encore régulièrement </em>», poursuit Miller. Elle m’explique qu’il n’a jamais voulu que son éducation, ses choix vestimentaires et son attitude soient associés à la moquerie et à la dévalorisation du peuple noir. Ce moment a été un tournant décisif, l’amenant à creuser davantage sur le sujet, devenant ainsi le sujet de sa thèse à Harvard.</p>



<p>Au-delà de ses recherches universitaires, la professeure se souvient aussi de ses premières influences, qui remontent à son adolescence : « <em>En réalité, mon intérêt pour la mode remonte plus loin que l’école doctorale. En parlant avec un ami, je me suis rendu compte qu’au secondaire,</em> <em>j’avais déjà commencé à écrire sur la mode et sur ses éléments classiques dans un journal étudiant. </em>» C’est un moment d’introspection que nous avons en commun, alors que je lui partage que j’ai moi aussi commencé à écrire sur la mode dans mon journal étudiant, alors que j’étais encore au primaire ; une habitude que j’ai d’ailleurs ravivée dans la section Culture du <em>Délit</em>. Cependant, notre intérêt commun pour la mode est peut-être moins anodin que je ne le pense.</p>



<p>L’histoire du dandysme noir peut, en effet, être envisagée sous deux angles. « <em>Il y a, d’une part, une origine liée aux premiers contacts entre Africains et Européens et, d’autre part, une origine plus individuelle, marquée par une inclinaison personnelle à jouer avec le style vestimentaire </em>», m’explique Dre Miller. Durant la traite négrière transatlantique, la professeure souligne que les captifs étaient dépouillés de leurs vêtements durant la traversée, pour ensuite recevoir une tenue uniforme en arrivant en Amérique. Cette observation peut projeter l’idée que l’élégance des Noirs serait née uniquement au contact des Européens, mais ce que Dre Miller nous montre, c’est que, même dans la contrainte de l’esclavage, il y avait une intention, un choix.</p>



<p>« <em>Il y a cette tension entre la manière dont les Noirs ont été représentés par les autres, et la manière dont ils se sont toujours efforcés de se représenter eux-mêmes, et la politique de cette représentation est à la fois difficile et libératrice. Pour les esclaves, leurs identités étaient effacées par ces vêtements standardisés, mais, en même temps, certains tentaient de se distinguer. Parfois, c’était un simple bouton, un accessoire, une manière particulière de porter une pièce qui signalait une identité propre. </em>» Elle rajoute un élément essentiel : certains esclaves domestiques [<em>house slaves</em>] étaient vêtus avec ostentation pour refléter la richesse de leur maître, un phénomène qu’elle qualifie de « <em>déshumanisant, car ce n’était pas leur choix </em>». Cependant, sous cette obligation, les domestiques comprennent « <em>immédiatement que l’habit a un pouvoir, et qu’il peut être utilisé pour façonner une identité </em>».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Cette année, le thème du Met Gala rend hommage à un héritage stylistique majeur avec <em>Superfine : Tailoring Black Style</em>, une exposition explorant l’importance du dandysme noir dans la construction des identités et du style afro-descendant »</p>
</blockquote>



<p>Cet aspect identitaire se révèle important lorsqu’elle évoque également l’influence de sa famille dans son attrait au dandysme noir : « <em>Chaque famille noire compte des membres qui accordent une attention particulière à leur style, et la mienne ne fait pas exception. </em>» En effet, ce désir de s’habiller soigneusement dépasse une question du goût : il relève d’une science, celle de l’<em><a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022103112000200" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enclothed cognition</a> </em>– la manière dont nos habits façonnent notre attitude. Dre Miller nous fait comprendre que cette notion est en relation avec le dandysme : « <em>La mode, le vêtement, le style, et le dandysme en particulier, ont été utilisés par les Noirs comme un outil. Parfois pour affronter des réalités difficiles, mais aussi pour transcender ces réalités, pour atteindre la joie, pour s’autodéfinir, autant que possible. </em>»</p>



<p>Donc, pourquoi le dandysme? Parce qu’il est partie intégrante de l’émancipation des Noirs. Durant et après l’abolition de l’esclavage, le dandysme est pour les peuples afro-descendants un outil de résistance face aux perceptions sociales. Désormais présenté sur la plus grande scène de l’industrie de la mode, le Met Gala et l’exposition inspirée de <em>Slaves to Fashion </em>démontreront comment l’héritage du <em>Black dandy </em>continue d’évoluer.</p>



<p><strong><em>Superfine : Tailoring Black Style</em></strong></p>



<p>S’appuyant sur l’essai <em>Characteristics of Negro Expression </em>(1934) de Zora Neale Hurston, l’exposition <em>Superfine: Tailoring Black Style </em>explore les caractéristiques du dandysme noir à travers 12 catégories, allant de <em>Propriété</em>, <em>Présence </em>et <em>Distinction</em>, à <em>Beauté</em>, <em>Cool </em>et <em>Champion. </em>Bien que Dre Miller ne m’ait mentionné dans quelle catégorie figurera une partie fondamentale de l’exposition, c’est en apercevant un dessin de Toussaint Louverture dans <a href="https://youtu.be/DhwD66CpmqY?si=XVx404_by4eyPHmn" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la vidéo promotionnelle de l’exposition</a> que mon cœur a bondi.</p>



<p>Étant d’origine haïtienne, je ne pouvais ignorer la résonance entre la Révolution haïtienne de 1804 et la manière dont le dandysme noir, à travers l’histoire, a façonné la perception du héros noir. Dre Miller acquiesce : « <em>C’est une excellente observation. Ce qui est fascinant, c’est que, dans mon livre, Haïti n’est mentionné que brièvement, mais dans l’exposition, le pays occupe une place centrale. </em>» Elle poursuit : « <em>Nous avons une section entière de l’exposition qui explore la tenue militaire et la façon dont elle confère une certaine prestance. Nous avons des images de Toussaint Louverture, avec son habit militaire soigneusement porté, mais aussi une galerie entière de portraits d’hommes politiques haïtiens qui lui ont succédé. Ils dégagent une prestance royale qui, bien que semblable à celle des dirigeants européens, avait une signification radicalement différente. </em>»</p>



<p>Je l’écoute, fascinée. La Révolution haïtienne ne représente pas seulement un moment clé dans l’histoire des Noirs, mais aussi un tournant dans la manière dont ils se sont représentés à travers le vêtement. Dre Miller enfonce le clou : « <em>À l’époque, voir des Noirs libérés s’auto-représenter ainsi suscitait un mélange de fascination et de crainte. Une crainte respectueuse, car ces hommes s’imposaient non seulement par leur statut libre, mais aussi par la manière dont</em> <em>ils se présentaient au monde. </em>» Combien de fois a‑t-on parlé de la mode haïtienne sous cet angle? Trop rarement. « <em>C’est pourquoi il était essentiel pour nous d’en faire un point central de l’exposition </em>», affirme-t-elle.</p>



<p>Avançons à l’ère actuelle, et l’héritage du dandy noir est omniprésent. Impossible de ne pas créditer l’influence d’André Leon Talley, le premier directeur artistique noir de <em>Vogue</em>, dans la conception du dandy moderne que l’on peut voir chez Colman Domingo par exemple, que Dre Miller qualifie d’ailleurs comme « <em>l’un de </em>[ses] <em>dandys modernes préférés</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« <em>La mode, le vêtement, le style, et le dandysme en particulier, ont été utilisés par les Noirs comme un outil. Parfois pour affronter des réalités difficiles, mais aussi pour transcender ces réalités, pour atteindre la joie, pour</em> <em>s’autodéfinir, autant que possible </em>» </p>



<p class="has-text-align-center">- Dre Monica L. Miller, créatrice du thème du Met Gala 2025</p>
</blockquote>



<p>Je demande alors à Dre Miller si, malgré les racines coloniales du dandysme, son esthétique conserve sa portée radicale, ou si elle a été récupérée par le <em>mainstream </em>[le courant dominant]. Quelles sont les implications, par exemple, lorsque des icônes comme A$AP Rocky sont célébrées pour leur « <em>swagger </em>» ou leur « <em>drip </em>», alors que les racines historiques de ces expressions stylistiques sont ignorées? Cela amoindrit-il la signification du dandy noir?</p>



<p>Dre Miller secoue la tête : « <em>Non, je ne pense pas que cela la diminue. Une des choses qui m’a frappée en transformant mon livre en exposition, c’est à quel point cette histoire, même quand elle n’est pas explicitement reconnue, est toujours là, présente, implicite, vivante. </em>» Pour Miller, ce n’est pas seulement une question de vêtements, mais d’attitude : « <em>Le dandysme, on le définit souvent par le complet. Mais ce qui compte, ce n’est pas juste le complet, mais ce que la personne fait avec. Comment il est porté, comment il est stylisé, comment il bouge. J’étudie comment la personne habite le vêtement. </em>»</p>



<p>Elle insiste sur le fait que des styles populaires, enracinés dans les cultures afro-descendantes, ne disparaissent pas, même lorsqu’ils ne sont pas revendiqués ouvertement : « <em>L’histoire ne s’arrête pas. Quand on regarde les figures contemporaines du style, on voit ces traditions évoluer, parfois explicitement, parfois implicitement. Même si elles ne sont pas reconnues par tous, certaines personnes les perçoivent. Et avec cette exposition, j’espère que davantage de gens apprendront à les voir. </em>»</p>



<p>Dre Miller souligne également que le dandysme est une performance : « <em>Il y a une part d’incarnation et une part de public. Et parfois, ce public, c’est soi-même. </em>» Sans même le savoir, j’assiste à une exclusivité. La semaine dernière, le code vestimentaire du Met Gala <a href="https://www.vogue.com/article/met-gala-dress-code-2025" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a été révélé</a> : <em>Tailored for You </em>[Conçu pour soi-même]. Les invités devront honorer la thématique du sur-mesure en revisitant l’élégance du complet, une pièce propre à l’histoire du dandy noir.</p>



<p>Avec cette réflexion en tête, comment anticiper les choix vestimentaires des invités? Dans <em>Slaves to Fashion</em>, Dre Miller écrit à la page 14 que « <em>deux hommes, un noir et un blanc, vêtus du même complet et du même chapeau, ne le porteront presque jamais exactement de la même manière. </em>» Il ne reste plus qu’à attendre l’apothéose annuelle de la mode, le 5 mai prochain, pour voir quelles célébrités et designers s’approprieront le plus efficacement ledit complet…</p>



<p><em>Le Met Gala aura lieu le 5 mai 2025 au Metropolitan Museum of Art de New York. Présentée par Louis Vuitton, l’exposition </em>Superfine : Tailoring Black Style <em>sera visible au Met du 10 mai au 26 octobre 2025.</em></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/dandysme-histoire-et-fierte-aux-origines-du-met-gala-2025-avec-dre-monica-l-miller/" data-wpel-link="internal">Dandysme, histoire et fierté : aux origines du Met Gala 2025 avec Dre Monica L. Miller&nbsp;</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Être conservatrice d’art : entre vision curatoriale, parité et héritage</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/11/06/etre-conservatrice-dart-entre-vision-curatoriale-parite-et-heritage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Nov 2024 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=56522</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Anne-Marie St-Jean Aubre du Musée des Beaux-Arts de Montréal.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/11/06/etre-conservatrice-dart-entre-vision-curatoriale-parite-et-heritage/" data-wpel-link="internal">Être conservatrice d’art : entre vision curatoriale, parité et héritage</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Musée des Beaux-Arts de Montréal, 8 octobre 2024, pavillon Desmarais. J’entre dans la grande salle d’exposition et j’y aperçois une femme, qui brille. Ses traits sont d’ébènes et sa peau d’ivoire ; un sentiment de familiarité m’enveloppe alors que je la fixe dans le blanc des yeux. Dépourvue de pupilles, cette femme n’est nulle autre qu’une sculpture : <em>Ebony in Ivory, I</em> (2022), d’Esmaa Mohamoud. Son profil me rappelle le mien lorsque j’avais des nattes collées plus tôt cette année. Aussi rarissimes soient-elles, c’est dans ces rencontres avec des œuvres qui saisissent l’essence de notre image que l’on se rend compte de la puissance de l’art à représenter autrui. Mais, qui est responsable de la sélection de ces œuvres, et comment se retrouvent-elles entre les murs des musées? Qui détermine les thèmes des expositions, la sélection des artistes, et la mise en scène des œuvres pour qu’elles résonnent en nous? Afin de découvrir ces figures clés qui œuvrent dans l’ombre, je me suis entretenue avec Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain (datant de 1945 à aujourd’hui) au Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM). Avec son regard et son expertise, St-Jean Aubre façonne des expositions qui racontent nos histoires, veillant à ce que l’art contemporain nous interpelle et nous représente.</p>



<p><strong>Le Délit (LD) :</strong> <em>Pourriez-vous nous parler de votre parcours dans le monde des arts et de ce qui vous a initialement attirée vers ce métier? Y a‑t-il eu un moment décisif qui vous a poussée à choisir cette carrière?</em></p>



<p><strong>Anne-Marie St-Jean Aubre (AMSJA) :</strong> Oui! Mon intérêt pour les arts a commencé avec mes cours en arts visuels au secondaire, qui étaient parmi mes préférés. Cela m’a ensuite orientée vers un baccalauréat en arts visuels. J’y ai choisi un cours de muséologie, qui a déclenché mon intérêt. Le projet principal de ce cours consistait à imaginer une exposition sur papier : concevoir la mise en espace des œuvres et rédiger les textes d’accompagnement. J’ai constaté que ce travail correspondait davantage à mon désir de création. C’est donc ainsi que j’ai décidé de réorienter ma formation en histoire de l’art à l’UQAM, afin de poursuivre une trajectoire qui pouvait me mener à un travail de commissaire d’exposition.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Avec son regard et son expertise, St-Jean Aubre façonne des expositions qui racontent nos histoires, veillant à ce que l’art contemporain nous interpelle et nous représente »</p>
</blockquote>



<p><strong>LD : </strong><em>Pouvez-vous expliquer la différence entre un commissaire d’exposition et un conservateur?</em></p>



<p><strong>AMSJA :</strong> C’est intéressant de noter qu’en anglais, il n’y a pas de distinction entre les deux rôles, car le terme utilisé est « <em>curator</em> ». En français, le commissaire d’exposition est responsable de tout ce qui concerne la création d’une exposition. Cela inclut la sélection des œuvres, l’invitation des artistes, la rédaction des textes d’exposition et la mise en espace. Bien que les conservateurs réalisent également ces tâches, leur rôle se distingue par une responsabilité supplémentaire : le développement d’une collection, ce qui implique un volet d’acquisition et une réflexion sur l’évolution de cette collection. En tant que conservatrice au MBAM, par exemple, je suis responsable de la collection d’arts contemporains québécois-canadiens, qui comprend plus de 8 500 objets. Je dois réfléchir aux artistes inclus dans la collection et à ceux qui ne le sont pas, afin de garantir une représentation complète et pertinente pour orienter la collection vers l’avenir.</p>



<p><strong>LD :</strong> <em>Comment se déroule le processus d’acquisition d’œuvres?</em></p>



<p><strong>AMSJA : </strong>Lorsqu’il s’agit d’une acquisition, tous les conservateurs du Musée se réunissent autour d’une table pour en discuter. Je présente l’œuvre que je souhaite soumettre pour acquisition, et nous débattons ensemble avant de prendre une décision collective ; nous cherchons à raconter une histoire à travers la collection, à témoigner d’un moment de création dans le temps. Cette étape se déroule au sein d’un comité interne. Ensuite, l’œuvre est soumise à un comité externe, composé de personnes qui ne sont pas des employés du musée. Leur rôle est de donner leur opinion sur nos choix et d’apporter une perspective extérieure.</p>



<p><strong>LD :</strong> <em>Lorsque vous étiez conservatrice d’art contemporain au Musée d’art de Joliette, vous avez mis en avant des femmes artistes et des artistes issus de divers horizons culturels. Comptez-vous poursuivre cet engagement en tant que conservatrice au MBAM?</em></p>



<p><strong>AMSJA :</strong> L’approche que j’ai développée à Joliette est quelque chose que je vais absolument poursuivre ici. Cela reste le moteur de tout mon travail. En observant la collection actuelle du MBAM, je constate qu’elle reflète l’histoire de l’Institution et les priorités de ceux qui m’ont précédée. Malheureusement, cela signifie qu’il y a un manque d’artistes femmes et de voix provenant d’horizons divers. C’est donc un objectif essentiel pour moi [de mettre en valeur ces voix, ndlr] dans le développement de la collection et dans la programmation des expositions. Par exemple, lors de ma première initiative, j’ai repensé l’espace des galeries contemporaines en visant la parité entre artistes femmes et hommes, tout en intégrant divers médiums comme le textile, la sculpture et le dessin. En outre, je souhaite que chaque exposition puisse intéresser autant un spécialiste de l’histoire de l’art qu’une famille qui découvre le musée pour la première fois. Mon objectif est de réussir à aborder un même projet de manière à ce que chacun y trouve quelque chose qui l’interpelle.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Je souhaite que chaque exposition puisse intéresser autant un spécialiste de l’histoire de l’art qu’une<br> famille qui découvre le musée pour la première fois »</p>
<cite>Anne-Marie St-Jean Aubre</cite></blockquote>



<p><strong>LD :</strong> <em>Comment décririez-vous l’art québécois et canadien? Qu’est-ce qui compose notre unicité?</em></p>



<p><strong>AMSJA :</strong> C’est une question très complexe! Par le passé, dans les années 30 à 60, il était plus facile de définir une scène nationale, car il y avait moins de mouvements artistiques. Les artistes étaient conscients de ce qui se faisait ailleurs, mais l’environnement était plus délimité géographiquement. Aujourd’hui, avec l’avènement d’Internet, les artistes sont en constante interaction avec des œuvres du monde entier, ce qui rend la définition d’une scène artistique plus compliquée. Il est donc difficile de concevoir la scène artistique québécoise et canadienne sous un angle unique, car les influences et les inspirations proviennent de partout et sont très diversifiées.</p>



<p><strong>LD :</strong> <em>Pour finir, pourriez-vous nous parler de vos projets futurs et des émotions ou messages que vous espérez transmettre au public?</em></p>



<p><strong>AMSJA :</strong> Je suis ravie de partager qu’il y a un projet très prometteur d’une artiste montréalaise, prévu pour 2025. La programmation complète pour l’an prochain sera dévoilée d’ici la fin novembre, mais je préfère garder le suspense. C’est ma première expérience d’exposition avec le musée, et je suis impatiente de la partager avec le public!</p>



<p><em>Le MBAM s’oriente vers une diversité enrichissante et une accessibilité accrue. Consultez le site du Musée à la fin novembre pour le dévoilement de cette artiste et de sa création. Plus d’informations sur <a href="https://www.mbam.qc.ca/fr/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">www.mbam.qc.ca</a></em></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/11/06/etre-conservatrice-dart-entre-vision-curatoriale-parite-et-heritage/" data-wpel-link="internal">Être conservatrice d’art : entre vision curatoriale, parité et héritage</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entrevue avec la maison d’édition Les coins du cercle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/entrevue-avec-la-maison-dedition-les-coins-du-cercle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippine d'Halleine]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Maison d'édition]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=56212</guid>

					<description><![CDATA[<p>Étudiant le jour, éditeur la nuit : une maison d’édition accessible.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/entrevue-avec-la-maison-dedition-les-coins-du-cercle/" data-wpel-link="internal">Entrevue avec la maison d’édition Les coins du cercle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lundi 30 septembre dernier, j’ai retrouvé deux des fondateurs de la nouvelle maison d’édition Les coins du cercle. Ils m’ont accueillie autour d’un petit déjeuner pour discuter de leur bijou entrepreneurial, de leurs ambitions et de littérature. La maison d’édition est composée de trois éditeurs : Alice Leblanc, Kenza Zarrouki et Mattéo Kaiser. Animés par leur passion, ils reviennent dans cet entretien sur leur projet dont le but est de faire rayonner la communauté des écrivains et des lecteurs, en deux mots : créativité et accessibilité.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1170" height="1475" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo.jpg" alt class="wp-image-56218" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-650x819.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-150x189.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/matteo-768x968.jpg 768w" sizes="(max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Franco-marocaine, Kenza Zarrouki a déménagé à Montréal pour compléter ses études à l’UdeM. Aujourd’hui, elle poursuit sa scolarité à la maîtrise en études internationales, avec une spécialité en études européennes. Souvent contrainte de lire des revues académiques, elle reste passionnée de littérature, notamment les romans explorant la condition humaine. Kenza aime découvrir de nouveaux ouvrages pour analyser les différentes méthodes de pensée, qui lui permettent d’aborder le monde sous un nouvel angle. « L’un de mes processus de réflexion sur la vie en général, mais aussi sur mes propres émotions, passe par l’écriture et la lecture. [C’est] intime de publier un ouvrage, et il est important que l’auteur se sente à l’aise et en confiance : c’est mon rôle dans cette maison d’édition. »</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1170" height="1529" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza.jpg" alt class="wp-image-56217" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-650x849.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-150x196.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/kenza-768x1004.jpg 768w" sizes="(max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Québécois de naissance, Mattéo Kaiser a grandi dans un système d’éducation francophone tout au long de son parcours académique. Il complète actuellement une maîtrise en littérature comparée, et rédige sa thèse sur la dépersonnalisation à l’UdeM. Ses études lui ont offert un tremplin dans le monde de la rédaction et de la correction. Il est guidé par la créativité et le désir de donner une chance à tous de publier. « J’aimerais justement pouvoir rendre [le monde de l’édition] un peu plus populaire pour faire en sorte que les gens aient envie de se faire publier, aient envie de partager leurs pensées globalement, puis de les proposer au marché intellectuel. »</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1170" height="1150" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice.jpg" alt class="wp-image-56219" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice.jpg 1170w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-650x639.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-150x147.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/alice-768x755.jpg 768w" sizes="(max-width: 1170px) 100vw, 1170px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> Alice Leblanc, Montréalaise, fait partie du collectif « NOUS » qui étudie la santé mentale des jeunes au Québec, et travaille en tant qu’attachée politique pour le député de Jean-Talon, Pascal Paradis. En janvier 2024, elle publie et édite son premier recueil de poésie Jeune et Vivante chez Les coins du cercle. Alice y décrit son ressenti de jeune femme dans la société québecoise. Sa collègue Kenza salue sa créativité : « C’est un cri du coeur sincère et sensible. C’est très apprécié d’avoir ce genre d’oeuvres-là dans notre société », souligne-t-elle.</figcaption></figure>



<p><strong>Philippine d’Halleine (PH) :</strong> <em>Qui êtes-vous et en quoi consiste votre projet d’édition?</em></p>



<p><strong>Kenza Zarrouki (KZ) :</strong> Cela fait maintenant un an que nous avons officiellement créé notre entreprise, mais l’idée existait bien avant. À l’origine, nous voulions simplement créer un cercle de lecture, un espace où passionnés et débutants pouvaient échanger autour de différents ouvrages. Puis, nous avons conclu que nous voulions aller plus loin.</p>



<p><strong>Mattéo Kaiser (MK) : </strong>Notre inspiration vient de notre désir de rendre accessible le monde de l’édition aux jeunes dans la vingtaine et aux adolescents en leur proposant des services de conseils pour l’édition de leurs travaux francophones. Notre travail consiste en une relecture littéraire, toujours selon un même axe : garder l’essence du style de l’auteur pour que le travail de son texte demeure le sien.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Votre projet a donc évolué d’un cercle de lecture à une maison d’édition. Comment cette transition s’est-elle effectuée?</em></p>



<p><strong>MK :</strong> Tout a commencé lorsque Alice a souhaité publier son livre. C’est en février dernier que nous avons organisé une soirée de lancement, qui s’est avérée un vif succès. Nous avons ensuite entrepris les démarches pour lancer notre maison d’édition. Lors de cette soirée, j’ai vu quelque chose de beau ; l’image du littéraire est bien trop souvent celle d’une personne recluse, qui lit seule dans son coin. Ce genre de soirée permet de constater le côté plus social de la lecture.</p>



<p><strong>KZ :</strong> Au début, après avoir consulté des membres de notre entourage, nous nous sommes demandés si ce n’était pas un projet trop ambitieux. Finalement, seul le processus administratif aurait pu nous faire reculer. Je pense que c’est une très bonne manière pour nous, à titre individuel, d’en apprendre le monde de l’entrepreneuriat.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Comment faite-vous pour gérer le financement?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Pour l’instant, nous ne correspondons pas aux critères pour obtenir les subventions du Québec parce qu’il faut détenir au moins deux ans d’existence ainsi que quatre publications à notre actif, en vue de prouver notre stabilité, notamment pour ce qui est de nos projections à long terme. Pour l’instant, toutes les dépenses sont à nos frais personnels. Nous avons un site internet qui sera disponible dès la semaine prochaine, sur lequel il sera possible de se procurer les livres, ce qui régulera nos dépenses.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Quels sont vos objectifs d’ici les prochains mois, voire les prochaines années?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Sur le court à moyen terme, nous travaillons déjà sur trois ouvrages qui seront publiés cet automne, et un quatrième pour l’hiver 2025. C’est une belle première lancée.</p>



<p><strong>MK :</strong> La priorité est de recevoir suffisamment de manuscrits pour que l’on puisse commencer à fournir nos services. Pour une maison d’édition, l’objectif, c’est d’imprimer des livres, de voir, devant nous, le produit final. Il y a quelque chose de valorisant là-dedans. C’est du carburant.</p>



<p><strong>PH : </strong><em>Comment se déroule le processus de l’envoi d’un manuscrit?</em></p>



<p><strong>KZ :</strong> Il y a d’abord une prise de contact où nous rencontrons l’auteur, puis nous discutons de ses ambitions et de ce qu’il ou elle veut partager. Il y a évidemment un contrat écrit, qui protège nos intérêts et ceux de l’auteur. Nous organisons des rencontres bi-mensuelles – dépendamment du travail nécessaire – pour discuter de l’oeuvre et de ses points d’amélioration. Nous sommes trois éditeurs à participer à la correction du livre. Ainsi, chacun peut offrir ses conseils de façon constructive. Ce à quoi nous nous attendons, c’est que l’auteur soit capable d’accepter les commentaires et critiques, qu’elles soient positives ou négatives, afin d’assurer le bon déroulement du processus.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Selon vous, quelle est la principale différence entre votre maison d’édition et celles qui sont plus établies?</em></p>



<p><strong>MK :</strong> Nous offrons une accessibilité et un soutien aux jeunes auteurs. L’objectif est de leur offrir une plateforme pour les aider à faire leurs premiers pas dans le milieu de l’édition, en respectant des valeurs comme la liberté d’expression. Nous proposons aussi des services de révision de textes, de correction, et d’analyse créative, en vue d’essayer de développer le scénario ou l’histoire, s’il y a lieu.</p>



<p><strong>PH :</strong> <em>Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs?</em></p>



<p><strong>MK : </strong>La créativité est la capacité humaine la plus élevée, selon moi. Vraiment, c’est ce qui nous permet de vivre et de nous adapter. Sans elle, nous n’en serions pas là. Quand tu commences à créer, et que tu oses aller jusqu’au bout, tu vois à quel point c’est bénéfique. C’est une expérience très épanouissante. Si tu as envie de te sentir bien : crée. </p>



<p><strong>KZ : </strong>Comme le dit Mattéo, la créativité est un cri du coeur que nous avons tous à l’intérieur de nous. C’est par l’expression et l’appréciation des arts, qu’on peut se retrouver à s’élever sur tous les aspects de notre vie. Je dirais : élevez-vous autant que vous le pouvez.</p>



<p><em>Pour en savoir plus sur la maison d’édition Les coins du cercle, vous pouvez visiter <a href="https://www.lescoinsducercle.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">leur site internet</a>, accessible dès maintenant</em>. </p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1002" height="1600" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE.jpg" alt class="wp-image-56223" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE.jpg 1002w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-650x1038.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-150x240.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-768x1226.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/ATOUCEUKILISENCORE-962x1536.jpg 962w" sizes="auto, (max-width: 1002px) 100vw, 1002px"><figcaption class="wp-element-caption"><span class="media-credit">Les coins du cercle</span> <br><em>Mattéo publie son premier livre cet automne. Nous en avons discuté en primeur lors de notre entretien.</em></figcaption></figure>



<p><em>ATOUÇEUKILISENCORE </em>sortira en novembre, un ouvrage qu’il décrit comme léger, mais profond. Ce recueil de réflexions personnelles est assez loin d’un style académique, mais plutôt une invitation à la réflexion accessible, qui mêle humour et philosophie au quotidien. Ce n’est ni un roman traditionnel, ni un essai classique. Au fil des pages, Mattéo souhaite briser la barrière entre l’auteur et le lecteur, en instaurant un dialogue libre et spontané à travers ses écrits. Il encourage ainsi chacun à lire à son propre rythme, sans la moindre pression : « Mon livre, tu peux le lire où tu veux, l’abandonner un moment et le reprendre plus tard. C’est un acte libre : fais-en ce que tu veux. »</p>



<p>L’écriture d’<em>ATOUÇEUKILISENCORE</em> a débuté pendant la pandémie, une période pendant laquelle l’écriture était un moyen d’échappatoire du confinement pour beaucoup. Influencé par les travaux de Dany Laferrière, le livre capture une pensée journalière, à travers un style personnel, québécois et universel à la fois. Le titre, un jeu de mots sans espace, souligne la spontanéité face aux règles strictes de la langue. « Le titre représente aussi ce langage parfois malmené qu’on utilise au quotidien, un clin d’oeil à notre rapport décomplexé au français. Mais à travers cela, il y a du fond et du soin. » Ce faisant, Mattéo nous plonge dans son esprit, tout en laissant au lecteur la liberté d’y entrer ou d’en sortir à sa guise.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/entrevue-avec-la-maison-dedition-les-coins-du-cercle/" data-wpel-link="internal">Entrevue avec la maison d’édition Les coins du cercle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Olivia Leblanc : profil d’une directrice artistique de renom</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/olivia-leblanc-profil-dune-directrice-artistique-de-renom/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Sep 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[directrice artistique]]></category>
		<category><![CDATA[elle canada]]></category>
		<category><![CDATA[elle québec]]></category>
		<category><![CDATA[mode]]></category>
		<category><![CDATA[olivia leblanc]]></category>
		<category><![CDATA[styliste]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=55949</guid>

					<description><![CDATA[<p>En conversation avec la visionnaire derrière les couvertures de <em>ELLE</em> <em>Canada</em> et <em>ELLE</em><em> Québec</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/olivia-leblanc-profil-dune-directrice-artistique-de-renom/" data-wpel-link="internal">Olivia Leblanc : profil d’une directrice artistique de renom</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Il me faut plus d’un mois pour obtenir un rendez-vous avec Olivia Leblanc. La date que nous avions fixée à la fin de l’été est maintes fois repoussée : entre ses vacances, son engagement sur le plateau de <em>ELLE</em>, et les demandes de dernière minute de ses clients, ses disponibilités se font rares. Nous sommes maintenant en automne, la Semaine de la Mode de Montréal battant son plein, et ma date limite pour rendre cet article approche à grands pas. Pourtant, je reste déterminée : je veux un tête-à-tête avec l’une des directrices artistiques les plus sollicitées au Canada. « Ce sont des gens comme toi dont on a besoin dans l’industrie », me dit-elle, en pointant ma ténacité. « Quand tu sais ce que tu veux, tu dois persister. Tu ne peux pas baisser les bras dès les premières difficultés. »</p>



<p>Son ton est ferme, mais encourageant, et je ne peux m’empêcher de penser qu’elle délivre ce conseil autant à moi qu’à la jeune Olivia de 18 ans, sur le point de plonger dans le monde de la mode. Occupant aujourd’hui le rôle de directrice artistique, non seulement dans ses nombreuses collaborations avec <em>ELLE Québec </em>et <em>ELLE Canada</em>, mais aussi en travaillant avec des marques primées comme Reitmans et Joe Fresh ; Leblanc évolue dans cet univers depuis plus de vingt ans. Parmi les vedettes hollywoodiennes avec qui elle a collaboré figurent Catherine O’Hara (<em>Beetlejuice</em>, 1988, 2024), Barbie Ferreira (<em>Euphoria</em>, 2019), et Maitreyi Ramakrishnan (<em>Mes premières fois</em>, 2020) : autant dire que j’échange avec une experte.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Quand tu sais ce que tu veux, tu dois persister. Tu ne peux pas baisser les bras dès les premières difficultés. »<br>- Olivia Leblanc</p>
</blockquote>



<p>Assises à l’extérieur d’un café du Mile End, le soleil éclaire notre table, accentuant la légèreté inattendue de notre conversation. Si son horaire chargé correspond au stéréotype du monde frénétique de la mode, toute appréhension de l’attitude condescendante que l’on attribue aux grands de ce milieu s’estompe dès notre première interaction. Ce n’est pas le <em>Diable s’habille</em> <em>en Prada </em>(2006) qui se présente à moi, mais une femme bienveillante et intuitive, au style sobre rehaussé par des Ray-Ban fumées qui se posent élégamment sur son nez. Dans un univers où semblent régner les paillettes et la perfection, Olivia est bien consciente des revers moins élégants qui s’y dissimulent et de la résilience indispensable pour y naviguer.</p>



<p>« Le métier que je fais en ce moment, en tant que directrice artistique, je n’aurais jamais pu l’exercer à mes débuts », explique-t-elle, en ajustant les mèches d’or posées sur ses épaules. « Ce sont toutes les années passées en tant que styliste qui m’ont menée jusqu’ici. » En effet, c’est au terme d’une quinzaine d’années en stylisme qu’Olivia Leblanc s’établit en tant que directrice artistique. Le stylisme, m’explique- t‑elle, c’est l’art d’imaginer le <em>look </em>d’un modèle, alors que la direction artistique élève cette vision à un niveau supérieur en orchestrant l’esthétique d’une campagne toute entière. « C’est comme une recette », ajoute-elle. « Tous tes ingrédients — le choix des mannequins, la lumière, les couleurs — doivent s’harmoniser pour que la préparation soit parfaite, que le gâteau lève et que ce soit un succès. » Ce rôle exige donc une maîtrise aiguë de la gestion de productions de grande envergure.</p>



<p>Mais l’esprit entrepreneurial d’Olivia Leblanc ne date pas d’hier. Son emploi à l’ancienne boutique Maximum sur le Plateau de Montréal, à l’âge de 18 ans, s’avère être un tremplin pour sa carrière. Elle se retrouve gérante seulement deux semaines après son embauche, puis, peu après, acheteuse. « Je pense que ma formation de styliste a véritablement commencé là-bas », raconte-t-elle.</p>



<p>« À l’époque, les stylistes n’étaient pas très nombreux. J’habillais des personnalités comme Louise Deschâtelets, ce qui s’est avéré être une formation incroyable. J’ai appris à cerner les goûts des clients, à savoir les guider dans leurs choix sans jamais les brusquer. » Elle ajoute que son expérience en tant qu’acheteuse lui a aussi ouvert les yeux sur le fonctionnement de l’industrie : « Il fallait connaître son public, savoir qui fréquentait la boutique et ce qu’il fallait leur offrir. Ce fut extrêmement formateur. J’ai adoré cette expérience. Je suis très chanceuse d’avoir fait mes débuts à cet endroit et d’avoir eu de la chance rapidement, mais cela ne serait pas arrivé sans mon travail acharné. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Parmi les vedettes hollywoodiennes avec qui elle a collaboré figurent Catherine O’Hara, Barbie Ferreira, et Maitreyi Ramakrishnan : autant dire que j’échange avec une experte. »</p>
</blockquote>



<p>Olivia insiste sur le fait que la chance est une opportunité que l’on se crée, et non de la simple sérendipité. Elle se remémore sa vingtaine, se décrivant comme une jeune femme dotée d’une personnalité forte, n’hésitant pas à aller à la rencontre des designers qu’elle admirait après leurs défilés pour consolider son réseau. En imaginant cette Olivia plus jeune, on comprend mieux la clé de son succès. « Les clients m’appréciaient, et mon patron a rapidement remarqué cela. Il m’a promue stratégiquement, convaincu que je méritais une meilleure position. Tout s’est aligné à ce moment-là. », continue-t-elle, à propos de son ascension à Maximum.</p>



<p>C’est d’ailleurs en apprenant à gérer les rouages derrière les projecteurs qu’Olivia ressent le désir de devenir designer. « J’ai décidé d’aller me former à l’école en design de mode, mais j’ai vite observé que c’était un métier très solitaire », explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle comprend que sa motivation réside dans le travail d’équipe, un aspect fondamental qu’elle a toujours envié au médium cinématographique, une autre de ses passions. Sans le savoir, ces doutes corroborent ceux de ses mentors. La créatrice mentionne que malgré ses prouesses académiques, ses professeurs ont découragé son ambition, en lui affirmant qu’elle ne serait « jamais » designer de mode. En l’interrogeant sur ce manque de reconnaissance, j’attends une réponse croustillante, mais elle me surprend par sa sagesse : « Je pense que les professeurs avaient raison », me confie-t-elle, tandis que mes sourcils se soulèvent d’étonnement.</p>



<p>« Oui ! Parce que ce n’était pas ma passion, le design. Ma passion, c’était tout ce qui entourait la mode, et c’est pour cette raison que je suis devenue styliste. Ce que mes professeurs m’ont dit, au fond, c’était : ‘‘Tu es talentueuse, tu feras quelque chose dans ce milieu, on ne sait pas encore quoi, mais tu ne seras pas designer.’’ À l’époque, pour moi, c’était une défaite. Mais le temps est tellement important. Le temps fait tout. J’ai fini par constater qu’ils avaient raison. »</p>



<p>La vie, selon l’experte du style, est une symphonie entre contrôle et lâcher-prise. Ses plus grands succès sont nés de moments où elle a dû se fier à son instinct, et trouver des solutions dans l’urgence. « Après seulement un an, j’ai quitté l’école de design, et mes parents s’étaient alarmés parce que j’avais dépensé une fortune pour suivre cette formation. Ils ne comprenaient pas trop ma décision. » Elle poursuit, une lueur animant son regard : « Et la même semaine, j’ai reçu un appel d’<em>Elle Québec </em>pour devenir assistante-styliste. À ce moment-là, je me suis dit, ‘‘c’est un signe, c’est sûr.’’ »</p>



<p>Olivia s’arrête entre deux bouchées de son toast et me demande de lui parler de moi. Je lui confie que je poursuis des études en développement international, mais que mes passions pour la mode, l’art et le cinéma ne me quittent jamais. « Avec des cours obligatoires comme l’économie, c’était ardu durant ma première année », lui dis-je. « J’étais déchirée entre mes intérêts artistiques et diplomatiques, car mes cours n’étaient pas aussi créatifs que ce que j’avais pu faire en Arts, Lettres et Communications au CÉGEP. » Elle hoche la tête, assimilant à ce dilemme sa propre fille et ses difficultés à concilier ses passions polymorphes : « J’ai une fille de 14 ans qui est au secondaire, et j’ai l’impression de l’entendre », me dit-elle.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« La créatrice utilise l’analogie des abeilles sur un plateau, chacune détenant son rôle afin d’atteindre un but commun : produire du miel. Tous bourdonnent avec une énergie collective »</p>
</blockquote>



<p>Je poursuis en lui expliquant comment je m’efforce d’équilibrer toutes ces facettes de ma vie et que ce mélange porte ses fruits : l’actrice Zendaya a « <em>liké </em>» mon dernier projet mode en avril dernier. « Wow! C’est une grande tape dans le dos en début de carrière! » affirme-t-elle, sa passion pour le parcours des étudiants résonnant dans ses mots. « En ce moment, tu es en train de tracer ton chemin. La vie t’oriente vers plusieurs directions, et c’est super. Moi aussi, j’étais, et je reste une personne multi-passionnée. » Effectivement, lorsqu’elle répondit au fameux appel d’<em>Elle Québec</em>, elle se retrouva quelques jours plus tard sur un plateau de tournage, la combinaison ultime de toutes ses passions : « Être en équipe, rencontrer des gens talentueux… Cela rassemblait ma passion pour le cinéma, être derrière la caméra, et la mode. Il y avait une forme d’effervescence : les abeilles butinaient. »</p>



<p>La créatrice utilise l’analogie des abeilles sur un plateau, chacune détenant son rôle afin d’atteindre un but commun : produire du miel. Sur le plateau, tous bourdonnent avec une énergie collective. C’est au sein de cet environnement dynamique qu’Olivia voit sa carrière décoller. Rapidement, elle se fait un nom dans le secteur, se démarquant à travers diverses sphères : télévision, stylisme de célébrités, publicité, et bien plus encore.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1543" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-1200x1543.png" alt class="wp-image-55957" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-1200x1543.png 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-650x836.png 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-150x193.png 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-768x987.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-1195x1536.png 1195w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/mode_minis-1593x2048.png 1593w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/stu-dore/?media=1" data-wpel-link="internal">Stu Doré</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Cependant, il ne faut pas oublier que les abeilles peuvent aussi piquer. Elle me partage une anecdote sur les défis auxquels elle a été confrontée : une fois, après avoir travaillé d’arrache-pied sur la direction artistique d’un défilé de mode, elle découvre que son nom a été retiré du programme de présentation pour être remplacé par un autre. Cette expérience lui rappelle les rivalités et les jalousies qui peuvent exister dans l’industrie. « Beaucoup de gens gravissent les échelons en rabaissant les autres », déplore-t-elle. Malgré ces obstacles, elle insiste sur l’importance de reconnaître le travail de chaque membre de l’équipe, des assistants aux maquilleurs. « C’est comme Obama l’a dit : <em>Le meilleur stagiaire fera le meilleur président. </em>»</p>



<p>De même, au fil de son parcours de styliste, elle prend le temps de perfectionner son art, ce qui se traduit aujourd’hui par des images singulières : il y a un aspect sculptural, voire architectural, aux images signées Leblanc. Prenons par exemple, la <a href="https://images.app.goo.gl/yfciN5CJobMu2FtdA" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">couverture</a> d’<em>ELLE Québec </em>avec <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/la-metamorphose-de-catherine-souffffront-darbouze/" data-wpel-link="internal">Catherine Souffront Darbouze</a>, Virginie Fortin, et Catherine Brunet : une composition nous rappelant les Trois Grâces de la mythologie grecque. Ou encore ses <a href="https://images.app.goo.gl/sZYgMhgporB1yXyT9" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">clichés</a> de Winnie Harlow pour <em>ELLE Canada</em>, où les sculptures marbrées en arrière-plan rappellent le vitiligo de la mannequin, illustrant la manière dont l’artiste maîtrise l’amalgame du symbolisme et de l’esthétique. </p>



<p>Lorsque je l’interroge sur les réflexions derrière son génie créatif, elle me répond : « Chaque individu m’inspire une histoire. » Pour elle, l’objectif est de représenter artistiquement la personnalité qu’elle met en lumière. « Qu’ai-je envie que mes images respirent? Quelles émotions aimerais-je susciter ? », sont les questions qui dirigent son processus.</p>



<p>Alors que notre conversation touche à sa fin, Olivia saisit l’occasion de me dévoiler, en exclusivité, les photos de la personnalité qui sera à la une de la prochaine édition d’<em>ELLE Québec</em>. Je ne peux révéler son identité, mais l’ambiance des clichés évoque l’univers fantastique d’un film de Tim Burton, avec des teintes sombres et des détails excentriques qui captivent l’imagination.</p>



<p>Avec un horaire toujours aussi chargé, Olivia Leblanc butine à la Semaine de la Mode de Paris au moment où vous lisez cet article. Peut-être trouvera-t-elle une nouvelle ruche : « J’aimerais aller au-delà de la mode. Je veux être présente dans d’autres milieux, parce que je pense que j’ai plus à donner. » Restez alertes, car Olivia n’émet certainement pas son dernier bourdonnement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/25/olivia-leblanc-profil-dune-directrice-artistique-de-renom/" data-wpel-link="internal">Olivia Leblanc : profil d’une directrice artistique de renom</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La métamorphose de Catherine Souffront Darbouze</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/la-metamorphose-de-catherine-souffffront-darbouze/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Sep 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[artiste]]></category>
		<category><![CDATA[arts]]></category>
		<category><![CDATA[créativité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=55676</guid>

					<description><![CDATA[<p>Procureure hier et artiste aujourd’hui, Souffront se confie sur un changement de voie réussi.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/la-metamorphose-de-catherine-souffffront-darbouze/" data-wpel-link="internal">La métamorphose de Catherine Souffront Darbouze</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lorsqu’on recherche « Catherine Souffront Darbouze » sur internet, l’algorithme nous projette une artiste québécoise d’origine haïtienne à la chevelure bouclée et au sourire étincelant. Elle enchaîne les couvertures de magazines revêtue de créations aux teintes vives et aux mille-et-unes coupes, mais jamais en nous donnant l’impression qu’elle se vend : elle semble s’affirmer. Dans une ère prônant la spécificité, elle incarne une version moderne du <em>Renaissance man</em>, où chaque couleur de sa palette représente un talent n’attendant que d’être forgé, martelant les idéaux d’une route déjà tracée ; une « cage dorée ». Pourtant, si nous avions recherché le même nom sur le web il y a six ans, les teintes vives de ses vêtements seraient troquées pour une toge de jais au collet brodé, autant serré qu’un chignon laissant à peine entrevoir la fougue de ses boucles. Jamais nous n’aurions pu imaginer que la voix résolue de cette procureure de la Couronne, servant autrefois à défendre des victimes de violence conjugale, aurait pu être un tel vecteur, donnant vie, par sa profession d’actrice, à des personnages aussi riches en quêtes qu’en complexité. Mais pourquoi se limiter? Se « limiter » est un mot fort lorsque nous évoquons une personne ayant atteint ce que certains pourraient qualifier du summum de l’intelligentsia. La profession de procureure est certes prestigieuse, mais cette référence capillaire sert ici d’analogie au conformisme social.</p>



<p><strong><em>Le Délit </em>(LD) : </strong><em>Je porte attention à vos cheveux, qui pour moi, en tant que femme noire </em>[Harantxa Jean, <em>ndlr</em>]<em>, sont une belle métaphore de la vie. Un chignon serré projette une image « soignée », conforme aux attentes sociétales, mais dissimule un potentiel prêt à se libérer et à éclore. Quand vous avez décidé de détacher vos « boucles » artistiques pour embrasser votre créativité après tant d’années dans le droit, avez-vous ressenti une libération similaire, comme si vous laissiez enfin germer une partie de vous-même qui était restée cachée trop longtemps?</em></p>



<p><strong>Catherine Souffront Darbouze (CSD) : </strong>Mon Dieu, c’est vraiment beau! Il est vrai que mon épanouissement et mon changement capillaire coïncident avec mon parcours professionnel. Je pense que dans les deux cas, c’est similaire, c’est-à-dire qu’entendons-nous : nous passons notre vie à essayer de rentrer dans moule. Nous nous créons un « moi composé de tout ce que les gens que l’on aime désireraient que l’on soit, aimeraient que l’on devienne », et composé de l’idée que l’on a de nous-mêmes. J’ai suivi ce « moi » plurivoix, qui m’a menée jusqu’à la Couronne. Puis, c’est vraiment le fait de ressentir des émotions extrêmement conflictuelles qui m’a poussée à me remettre en question : ce « moi » plus profond, ne serait-il pas ailleurs?</p>



<p>C’est donc à la recherche de celui-ci que j’ai changé de carrière, <em>et </em>que j’ai changé de cheveux. Je lissais souvent mes cheveux [lorsque j’étais procureure, <em>ndlr</em>] parce que <em>this is what we do! </em>(c’est ce que nous faisons!, <em>tdlr</em>) C’est beau, c’est « conforme ». À l’école aussi j’utilisais du défrisant. Je ne savais même pas à quoi ressemblaient mes cheveux naturels. C’est à la suite de la recherche de ce « moi » authentique que je me suis demandé : comment puis-je ignorer ce qui pousse de ma propre tête?</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Vos cheveux feraient donc partie de votre identité?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>Mais complètement ! J’ai senti un appel, une voix, qui criait fort à l’intérieur de moi. Notre devoir sur cette Terre, c’est d’honorer qui nous sommes, de façon authentique. Pour cela, encore faut-il qu’on se trouve. Ma boussole intérieure m’a guidée vers les arts, mais également vers cette découverte de mes cheveux. Et ces transitions, professionnelle et capillaire, ont été des libérations.</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Vous avez mentionné une honte liée à votre changement de carrière, voire au simple fait d’affirmer votre désir de devenir artiste. C’est une pression qui résonne particulièrement pour les enfants issus de l’immigration, souvent tiraillés entre leurs aspirations personnelles et les attentes familiales. En regardant en arrière sur votre enfance, quels étaient les rêves de la jeune Catherine avant de se soumettre aux attentes des autres?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>Je pense que les rêves de la jeune Catherine, c’est littéralement ma vie en ce moment. Depuis que je suis toute petite, je suis quelqu’un d’artistique. J’aime dessiner, j’aime chanter… Au secondaire, j’ai joué dans des comédies musicales, des cours de théâtre, j’adorais les cours d’arts plastiques. C’était une façon de me consacrer à ma fibre naturellement artistique. Après, je suis allée au CÉGEP ; j’ai étudié en Sciences de la Nature. Si jamais un jour, je me réveille un matin, et que je voudrais être médecin — toutes les portes sont ouvertes! Donnez-moi un marteau que je me fracasse le crâne [rires]!</p>



<p>Mais c’est tellement nuancé, parce que l’on a des parents et des grands-parents qui ont fui l’instabilité politique pour s’assurer d’un futur meilleur pour leur progéniture. Donc, je pense que cette honte est normale. Chaque génération transmet leurs peurs à leurs enfants. Chaque génération espère que la suivante pourra réussir là où elle a échoué. Et ils ont fait de leur mission de nous donner les outils pour que l’on puisse réaliser leur idéal. Le problème, c’est quand l’idéal d’une génération ne correspond pas à l’idéal de la suivante — c’est là où la honte surgit.</p>



<p>En grandissant, aucun parent immigrant ne dira à son enfant : « Oui, je t’encourage, saute à pieds joints dans ce qui est pour moi, un vide. » J’ai vu les sacrifices de mes parents pour que je puisse atteindre leur idéal : la sécurité. Et j’ai suivi cette voie, parce qu’elle faisait du sens, et je ressens aussi ce devoir de rendre mes parents fiers. Cette pression n’est ni vide, ni insipide. Elle m’a permis d’avancer. Mais dans ce processus, le piège, c’est de se travestir, de ne plus être soi-même. C’est comme marcher sur une corde raide.</p>



<p>Aujourd’hui, six ans plus tard, mes parents comprennent tellement. Ils ont cheminé ce changement avec moi. Des fois, c’est nous qui apprenons des choses à nos parents. Ils nous ont tout donné, et je leur redonne authentiquement en étant moi-même, et en leur prouvant qu’il y a d’autres voies qui sont possibles, autres que le classique ingénieur, avocat, infirmière, médecin. Il y a quelque chose de noble là-dedans, mais il ne faut pas que cela devienne une pression démesurée.</p>



<p class="has-text-align-center">« Oser nous voir dans notre succès, de nous montrer en train de rayonner, ça déstabilise »</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Cette voix créative qui cherchait à s’exprimer, à quel moment est-elle devenue impossible à ignorer?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>Ce sont des petits moments. Je me rappelle, à la première saison de <em>La Voix </em>– j’avais déjà fait un petit concours de chant – et plusieurs des participants de ce concours passaient les auditions. J’étais dans la cuisine, à huit ou neuf heures du soir, et je vois cela à la télé pendant que j’étudie pour l’examen du barreau. Je me rappelle de m’être mise à pleurer, parce que le <em>clash </em>était tellement immense. C’était des gens que je connaissais, qui avaient fait d’autres choix que les miens.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p></p>
</blockquote>



<p>Après, j’ai continué, j’ai fait mon barreau et j’ai travaillé quatre ans, ‘<em>cause we’re not quitters</em>! (car nous ne sommes pas des lâches!) Je voulais aller au bout de cette entreprise-là. Tout cela, je l’avais normalisé, c’était mon standard. Mais honnêtement, après deux ans à la Couronne, j’ai commencé à me questionner : <em>Is this it? </em>(Est-ce tout ce que la vie a à offrir ?) Je regardais autour de moi, et je me demandais comment les autres pouvaient être satisfaits. Oui, j’étais une bonne procureure, mais à quel prix?</p>



<p>Je sais que cela sonne dramatique, mais je me demande souvent : « sur mon lit de mort, est-ce que c’est une décision que je risque de regretter? » Et la réponse s’est imposée d’une limpidité : si je n’essaye pas de mettre les deux pieds dans le monde artistique, je vais le regretter, c’est certain. Et pour moi, <em>that’s a good enough reason </em>(c’est une assez bonne raison). </p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Une artiste dotée d’une dualité culturelle jongle souvent avec le devoir de valoriser ses racines ethniques, tout en ayant une appartenance à sa culture d’accueil. Ce mandat implique de revêtir le chapeau parfois lourd d’activiste ; un rôle qui vous était naturel dans votre carrière de procureure. En quoi ce côté justicier vous a‑t-il aidée dans la co-écriture de </em>Lakay Nou <em>, une télé-série reliant Haïti à la culture québécoise?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>C’est super intéressant. Je te dirais que je ne m’enfarge pas dans les fleurs du tapis : ma motivation ne vient pas des autres. Je fais des choses qui me tentent. Et en général, si cela me tente, c’est qu’il y a une raison. <em>Lakay Nou </em>[« Notre Maison », en créole haïtien, <em>ndlr</em>] , c’est parti d’une motivation égoïste! De nous voir, les haïtiens, représentés à l’écran tel que moi je nous vois. Mais la beauté, c’est que je crois que lorsque nous apprenons à suivre notre boussole intérieure, nous ne sommes pas seuls à penser ainsi ! Les idées sont des énergies ; elles vont cogner à la porte des gens. Et cette idée, elle est venue à moi et à Frédéric Pierre [concepteur, producteur, co-auteur et comédien dans <em>Lakay Nou</em>, <em>ndlr</em>] à peu près en même temps. Je lui ai dit : « j’ai une idée, voici les grandes lignes », et il m’a dit : « j’ai littéralement la même idée, c’est mon projet cette année. » </p>



<p>Donc, quand je dis « égoïste » ce n’est peut-être pas le bon mot, mais ma motivation est reliée à quelque chose d’intuitif. Je ne vais pas forcément aller chercher auprès des autres, parce que cela va me rajouter des épices qui ne sont pas les miennes, et elles ne doivent pas être la base de ma recette. J’ai réalisé que mon désir de me voir ainsi représentée, hors du misérabilisme, c’était un désir qui était partagé! On dit souvent que montrer la <em>black joy </em>[ joie noire, la joie ressentie par les personnes noires, <em>ndlr</em>], c’est un acte de militantisme en soi. Parce que les gens sont plus habitués à nous voir dans notre misère. Oser nous voir dans notre succès, de nous montrer en train de rayonner, ça déstabilise. Donc oui, maintenant, je vois que <em>Lakay Nou</em>, est représentatif de quelque chose d’audacieux qui fait en sorte que… C’est une première! Qui vient presque avec le fait d’être activiste. Mais quand nous sommes Noirs, on est tout le temps activistes.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1200" height="1200" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-1200x1200.jpg" alt class="wp-image-55685" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-1200x1200.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-650x650.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-768x768.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-600x600.jpg 600w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine-120x120.jpg 120w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/09/LeDelit_Catherine.jpg 1440w" sizes="auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">Noah-Alec Mina</span></figcaption></figure>



<p>Parce que dès que l’on fait quelque chose qu’aucun Noir n’a fait auparavant, on est « le premier », « le pionnier ». C’est un chapeau qui nous revient pas mal tout le temps. J’avoue que je n’ai pas du tout de malaise, parce que je suis fière de ma création, et elle me réconcilie avec le droit. Je me dis que « mon petit côté justicier, et bien le voici, le voilà! »</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>La création et le pitch d’une série comme celle-ci ont sans doute impliqué des défis uniques. Avez-vous été confrontés à des frictions culturelles lorsque vous avez présenté ce projet à Radio-Canada?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>C’est sûr que l’on a ressenti une pression. Je pense que Radio-Canada étaient excités, ils avaient hâte de diffuser une émission qui met en valeur la communauté noire, et nous sommes arrivés au bon moment, avec le bon projet. Nous tenions à avoir notre <em>show </em>au Québec avec nos particularités, nos accents et nos cultures, et Radio-Canada a embarqué à pieds joints.</p>



<p>Par contre, nous avions conscience que, d’un coup que l’émission <em>floppe</em>, combien de temps est-ce que ça prendrait avant que Radio-Canada accepte à nouveau une émission avec une distribution noire? Donc je vous mentirais si je vous disais qu’il n’y avait pas une pression additionnelle.</p>



<p>En même temps, l’auditoire a tellement bien accueilli la série que je crois qu’on avait sous-estimé l’évolution des gens et leur capacité d’accueillir une émission comme telle. On est rendus là.</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Est-il difficile de naviguer entre Catherine l’interprète de personnages et Catherine la scénariste, ou existe-t-il un </em>persona <em>unificateur derrière ces multiples facettes?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>La personne derrière, c’est la créatrice. Oui, je suis comédienne, mais il reste que toutes ces vocations sont des étiquettes sur un bol. Je ne suis pas l’étiquette, je suis le bol. Je suis un véhicule ; un contenant. Je veux créer, mais je ne suis pas à l’abri d’un autre changement de carrière. Catherine, la créatrice, est consciente que chacun de mes titres ne sont que des titres, et non pas qui je suis. Là, la comédienne tombe en mode veille, et j’entre plus dans le monde de la chanson.</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Vous avez auparavant mentionné que le rôle de Coralie dans la série jeunesse </em>L’île Kilucru <em>a été un cadeau qui vous a été offert par la vie. Ce rôle de sirène chantante a‑t- il contribué à nourrir vos rêves les plus ambitieux, culminant avec la sortie de votre premier single, </em>Pick Me Up<em>, au printemps dernier?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>La vie, c’est comme une danse, et si tu écoutes bien ses signaux, elle va te dire où aller. J’avais déjà eu un projet musical avant le rôle de Coralie et c’était tellement compliqué. Au bout de tout ça, j’ai compris le message : ce n’était pas le bon moment. Si le fruit n’est pas mûr, ça ne sert à rien de l’arracher. Quand Coralie est arrivée, je n’avais rien demandé. Pour moi, c’était un clin d’œil de la vie et un beau renouement avec la musique.</p>



<p>De la même manière, quand le magazine <em>Elle Québec </em>m’a approchée pour ma couverture, je travaillais déjà sur de la musique avec de nouveaux collaborateurs extraordinaires. Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas créer une chanson qui coïnciderait avec la parution du magazine? Avec un mois pour tout boucler, le son était finalisé et prêt à être diffusé sur les plateformes! Donc tout s’est aligné pour que cela fonctionne.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je veux créer, mais je ne suis pas à l’abri d’un autre changement de carrière. Catherine, la créatrice, est consciente que chacun de mes titres ne sont que des titres, et non pas qui je suis »</p>
</blockquote>



<p>En ce moment, je suis en train de découvrir mon style musical. Mon futur EP sera peut-être la chose la plus décousue de la planète, parce que j’ai envie d’explorer plein de trucs. La vie est un laboratoire. Et quand tu le comprends enfin, les choses deviennent bien plus amusantes.</p>



<p>Ultimement, cette « apprentie alchimiste », comme elle se définit si bien sur les réseaux sociaux, mélange ses ingrédients pour concocter la meilleure des potions. Vous pourrez découvrir le résultat de cette alchimie sur le grand écran à partir du 8 novembre 2024 dans <em><a href="https://youtu.be/4JW7lGtvXyI?si=Mp5o5rUMwXiB0mNl" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le Cyclone de Noël</a></em>, et avec son retour dans les prochaines saisons de <em>Lakay Nou </em>et <em>L’œil du cyclone</em>, prévues pour l’an prochain.</p>



<p><strong>(LD) : </strong><em>Votre polyvalence nous pousse à interroger le mantra qui guide votre officine créative. Si vous aviez un dicton à créer, lequel serait-il ?</em></p>



<p><strong>(CSD) : </strong>La vie est un jeu de serpents et échelles. N’oublie pas de jouer, et de te rappeler que ce que tu crois un échec, est peut-être une échelle. Alors n’aies pas peur d’essayer.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/09/11/la-metamorphose-de-catherine-souffffront-darbouze/" data-wpel-link="internal">La métamorphose de Catherine Souffront Darbouze</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
