Vincent Morreale – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Sun, 19 May 2019 02:56:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.10 McGill College pourrait être rénovée https://www.delitfrancais.com/2019/02/26/mcgill-college-pourrait-etre-renovee/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/26/mcgill-college-pourrait-etre-renovee/#respond Tue, 26 Feb 2019 13:37:06 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33508 Le campus de l’Université McGill subit depuis plusieurs années une série de rénovations pour les infrastructures et le futur des établissements. Pensons aux travaux de décontamination d’amiante, à la reconstruction de la rue McTavish et de la façade de la bibliothèque Schulich. L’avenue McGill College est présentement sujette à une étude dans le but de rendre l’espace plus accessible aux piétons et ainsi créer une ambiance non seulement autour du campus, mais sur toute la longueur de l’axe routier.

L’étude de l’OCPM

Selon le rapport officiel de l’office de consultation publique de Montréal (OCPM) : « L’avenue McGill College s’étend de la Place Ville-Marie jusqu’à l’Université McGill [et] offre une vue unique sur le Mont-Royal : [elle] abrite les principaux édifices de prestige de la ville. Elle donne ainsi accès à une offre commerciale importante en surface et en galeries souterraines. » Avec le réaménagement actuel de la rue Sainte-Catherine et les futurs travaux de la station du réseau express métropolitain (REM), la ville de Montréal souhaite revoir la vocation de l’Avenue McGill College. L’OCPM, mandaté par le comité exécutif de la ville de Montréal, invite les Montréalais à imaginer l’aménagement de la place. Toutefois, cette avenue est considérée comme un axe important pour la circulation routière puisqu’elle relie, du nord au sud, l’Université McGill à la Place Ville-Marie : l’idée de la rendre complètement piétonne est donc quasi impossible. L’OCPM recommande la création de deux « lacettes » à chaque extrémité de l’avenue McGill College. L’espace serait donc partagé entre les piétons et les automobilistes avec les voies de circulation retranchées de moitié.

Une avenue, trois ambiances

Le rapport de 94 pages fait l’état des lieux et présente la possibilité de créer trois ambiances différentes. Au nord, un espace de séjour verdi et tranquille raccordé au campus de l’Université McGill. Au centre, un espace partagé entre l’avenue du Président-Kennedy et la rue Sainte-Catherine Ouest où se trouvera la future station du REM. Finalement, au sud, l’animation sera de mise avec plusieurs connexions aux commerces de la place et de l’esplanade de la Place Ville-Marie.

Selon le rapport de l’OCPM,  « La réflexion sur l’identité de cet espace doit à la fois traduire l’esprit du lieu et évoquer le dynamisme et la spécificité montréalaise. Elle pourrait, par exemple, se situer au confluent des divers labels de Montréal : Ville UNESCO de design, Ville de l’innovation, Ville de savoir, Métropole culturelle, Ville riche en capital social, etc. À l’instar des participants, la commission est d’avis que le réaménagement de l’avenue McGill Collège est l’occasion d’unifier et de renforcer, par différents aspects, ces diverses identités ».

Une occasion de mise en valeur

Selon le rapport, « ce réaménagement est une opportunité de mettre en scène le caractère unique de l’avenue McGill College ». Il s’agit donc de redonner aux Montréalais et Montréalaises la dimension patrimoniale naturelle (le Mont Royal), matérielle (la Place Ville Marie), et immatérielle (l’histoire de Montréal). Ces travaux traduisent une volonté de la part de l’OCPM et des participants à l’étude de créer une expérience au cœur de Montréal. Reste maintenant à savoir si l’administration de Montréal ira de l’avant avec de telles recommandations. Rappelons que l’administration Plante a repoussé la piétonnisation de l’avenue et qu’elle annonçait dans un communiqué transmis au début du mois de février 2019 que le mandat avait été donné à l’organisme Fondation Villes Nouvelles Canada. Le projet n’est alors, pour le moment, qu’une étude, un rapport, et plusieurs maquettes. La vision sur l’avenir de la place n’étant pas précisée, du moins pour le moment, le projet reste sur les planches à dessin.

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« Travailler d’arrache-pied » https://www.delitfrancais.com/2019/02/26/travailler-darrache-pied/ https://www.delitfrancais.com/2019/02/26/travailler-darrache-pied/#respond Tue, 26 Feb 2019 13:22:28 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33492 Compositeur de musique indépendant, Jonathan Myst réalise des bandes sonores pour des projets personnels, mais aussi pour différents clients. Faisant partie des compositeur·ice·s émergent·e·s du Grand Montréal, Myst compose principalement à partir d’un clavier, d’une bibliothèque de son, et d’un logiciel composé de près de 40 000 instruments. Autodidacte et assoiffé de création, il partage avec Le Délit son processus créatif.

Le Délit (LD) : Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours?

Jonathan Myst (JM) : Je suis Jonathan Myst, j’ai commencé au cégep en composition classique et j’ai quitté le programme et appris à composer par moi-même. Ça m’a pris beaucoup de temps, car évidemment je n’avais personne pour m’encadrer. J’ai donc passé des journées entières, soit de 8 à 10 heures, à composer sans m’arrêter. J’ai travaillé sur des projets dont j’étais fier sur le coup, mais pour lesquels, après un an, je me rendais compte que c’était tout à fait merdique – ce qui témoigne de mon évolution. Ce sont des heures et des heures de travail, certes, mais ça m’apporte de l’expérience aujourd’hui pour ce que je fais. J’occupe un emploi à temps plein, mais lorsque j’arrive chez moi je commence à composer.

LD : Par quoi commencez-vous pour ce genre de projet?

JM : La première étape, qui est pour moi la plus difficile, c’est de trouver l’idée directrice. C’est pendant cette étape que je fais les cent pas, que je me rassois, et que j’essaie plusieurs variations des bribes d’idées que j’ai eues. Il vient un point où une idée reste, et je travaille à partir de cela. Je regarde la vidéo que l’on me donne, parfois plusieurs fois sans arrêt, et des fois je n’y trouve rien, mais lorsque j’ai l’idée, tout s’enchaîne. Lorsque je commence à travailler, rien ne peut m’arrêter : je peux travailler 10 ou 12 heures en ligne et j’en oublie même de me nourrir (rires, ndlr). Le projet avance alors très bien et tout est complété : si je crée deux minutes de matériel, c’est une partie que je garde dans son entièreté sans la retoucher. Je me base sur ce début de mix audio afin de poursuivre mon travail le lendemain afin de me donner une ligne directrice, un plan à suivre. J’essaie de commencer mes projets lorsque j’ai plusieurs jours de congé pour ne pas arrêter mon élan créatif. Je peux parfois travailler près de 30 heures en 3 jours.

LD : Comment vous organisez-vous dans votre ébauche?

JM : Le projet sur lequel je travaille présentement comporte 41 sons, instruments et effets. Je n’ajoute jamais les 41 en même temps, sinon le fichier deviendrait beaucoup trop épais à gérer. Les différentes trames sont déjà complètes, les épaisseurs ajustées, et je les place dans la ligne du temps suivant le plan que j’ai de la vidéo sur laquelle je dois travailler.

LD : Est-ce qu’il vous arrive de créer du matériel que vous n’utilisez pas?

JM : Si vraiment ça arrive, je les mets de côté. Je prends le segment au complet et je le garde, car il arrive que j’efface certaines parties ou que je travaille pendant des heures sur mon idée initiale et que ça produise un autre résultat, mais avec la même forme. Par moment, ces transformations suivent exactement ce que j’avais en tête, mais la plupart du temps ces segments finissent effacés. Toutefois, il arrive que je retouche une partie de mon travail et que j’obtienne exactement ce que je désirais. Ce qui est difficile c’est que je débute à partir de rien, car aucune théorie ne peut s’appliquer parfaitement à un projet. Je préfère chercher un son qui sera unique au projet que l’on me propose. Je vais avoir une trentaine d’idées, il n’y a pas de problèmes, mais je suis constamment à la recherche de la trentième, la meilleure.

LD : Utilisez-vous un équipement en particulier?

JM : Au niveau de l’équipement, ce n’est rien de vraiment complexe. L’idée n’est pas d’avoir beaucoup de matériel, mais plutôt le bon. Personnellement, je n’ai pas acheté une multitude d’instruments ou d’appareils, mais plutôt fait une recherche à savoir ce qui allait me convenir. Je travaille avec un clavier de la marque Komplete avec des haut-parleurs JBL. Pour le son et les instruments, je fais affaire avec deux compagnies avec lesquelles j’ai un abonnement mensuel qui me permet de piger dans une banque de 40 000 instruments. Tous ces sons sont reliés à mon clavier et je peux les modifier selon mes besoins.

LD : Est-ce qu’il vous arrive de sortir de votre zone de confort?

JM : Le travail de compositeur est un apprentissage constant. Par exemple, pour la création de la trame sonore que l’on entend pour le jeu vidéo Gris, j’ai pris la vidéo, retiré le son, et ajouté la musique par-dessus. Je me suis rapidement rendu compte que la vidéo semblait étrange puisqu’en retirant le son, j’avais aussi retiré les effets sonores : mon mixage audio fonctionnait, mais il manquait le son ambiant ! J’ai donc dû m’improviser bruiteur pour pallier au problème. Lorsque le personnage atterrit sur un arbre métallique, j’ai utilisé le son d’une aiguille de gramophone et le son de feuilles au vent. En mélangeant les bonnes fréquences, j’ai été en mesure de reproduire le son hypothétique d’un arbre aux feuilles de métal.

LD : Avez-vous un conseil pour ceux et celles qui désirent s’initier à la composition musicale?

JM : Pour plusieurs compositeurs, ce genre de travail leur est très facile. En fait,  je dis facile, mais ce n’est pas vrai : ceux et celles qui ont fait plus d’étude dans la matière ont développé une oreille un peu plus fine et se sont construit une banque de ce qu’ils peuvent utiliser. Personnellement, j’ai appris à composer par moi-même, donc je sais que j’ai probablement un certain manque à ce niveau. Pour ceux qui veulent commencer par eux-mêmes, il faut beaucoup travailler afin d’arriver à des résultats. Cependant, il est normal qu’au début les résultats ne soient pas satisfaisants. C’est à force de mettre des heures dans la composition et les essais et erreurs qu’il est possible d’atteindre quelque chose qui sonne bien. C’est comme lors de l’apprentissage d’un instrument de musique : les débuts sont ardus et difficiles, mais c’est en y travaillant d’arrache-pied que nous arrivons à ce que nous voulons entendre.

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Buster Keaton célébré https://www.delitfrancais.com/2019/01/29/buster-keaton-celebre/ https://www.delitfrancais.com/2019/01/29/buster-keaton-celebre/#respond Tue, 29 Jan 2019 14:51:03 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=33041 Le documentaire The Great Buster Keaton: A Celebration présente l’homme et son œuvre en bonne et due forme. Coïncidant avec la sortie de la restauration des films muets de Buster Keaton par la maison de production Cohen, ce film de 120 minutes est une façon d’introduire un nouvel auditoire au génie comique du « visage de pierre ».

Dès son enfance, avec la troupe de spectacle vaudeville de sa famille, Buster Keaton parcourt les États-Unis et développe une expertise dans l’art de la comédie. Réel casse-cou et cascadeur, il se forge rapidement une réputation et attire les foules avec son personnage sans expression et son pork pie hat. Dès 1923, il dirige et joue dans ce que l’on considère aujourd’hui comme des chefs-d’oeuvre tels que Sherlock Junior, La Croisière du navigateur, et Le mécano de la « General ».

Réalisé par Peter Bogdanovich, déjà auteur de La Dernière Séance et Nashville Blues, le documentaire se divise en deux parties. La première dresse un panorama simple, mais efficace, de la vie de Keaton.  On y voit une énorme quantité de photos et vidéos d’archives. La seconde partie du film se concentre sur ce que la critique et la International Buster Keaton Association considèrent comme étant ses plus grandes créations. Nous avons donc droit à un traitement classique d’un documentaire biographique avec le narrateur qui nous prend par la main et qui nous guide à travers la vie de l’artiste. Nous retrouvons aussi plusieurs entrevues menées auprès d’amis de longue date de Buster Keaton, comme Dick Van Dyke qui nous parle du comédien avec amour et passion.

Le documentaire semble donc vouloir attirer un nouvel auditoire et je serais porté à dire qu’il vise une tranche d’âge beaucoup plus jeune. Cette tendance s’observe avec l’apparition de Quentin Tarantino (Django, Tuer Bill), Johnny Knoxville (Jackass), et Jon Watts (Spider-Man : Homecoming), des représentants du milieu cinématographique facilement reconnaissables pour la nouvelle génération. Ces derniers commentent le fait qu’ils empruntent dans leur art des techniques développées par Keaton et le cinéma muet : Tarantino et la présence du danger imminent qui crée le suspense, Knoxville et ses plans-séquences suivants de multiples cascades, ou enfin Watts et les différents niveaux d’émotions que l’expression ou le regard peuvent dégager.

Alors que le réalisateur inventait une forme d’art auprès de géants comme Charlie Chaplin et Harold Lloyd, le documentaire met en évidence le fait que les films de Buster Keaton n’ont pas uniquement diverti le public, mais bien influencé des artistes dans leurs créations cinématographiques, poussant ces derniers à considérer le comédien comme « l’essence du cinéma ». Les images restaurées par la maison de production Cohen sont tout simplement incroyables et, bien que les séquences présentées nous laissent sur notre faim puisqu’elles sont volontairement coupées, vous ne serez certainement pas déçu·e·s de retrouver ou de redécouvrir ces passages marquants du cinéma comique contemporain.ξ

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Herbert Bayer, père de l’art environnemental https://www.delitfrancais.com/2018/10/23/herbert-bayer-pere-de-lart-environnemental/ https://www.delitfrancais.com/2018/10/23/herbert-bayer-pere-de-lart-environnemental/#respond Tue, 23 Oct 2018 18:28:08 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=32160 De naissance autrichienne, Herbert Bayer débute comme apprenti dans un cabinet d’architecture et de graphisme, à Linz, puis à Darmstadt en Allemagne. L’éclectisme des disciplines est déjà pour Bayer une norme. En peinture, il cristallise les influences majeures et pourtant antagonistes du surréalisme, de l’expressionnisme et du constructivisme. En 1936, Bayer invente ce qu’il nomme ses Fotoplastiken: des éléments abstraits réalisés en sculpture, puis insérés par photomontage dans des paysages naturels ou architecturaux.

Ce détournement de la sculpture au profit de la photographie constitue le fond de l’art publicitaire de Bayer. En 1955, Bayer innove également dans un autre domaine : il invente le paysage sculptural. Son Grass Mound, œuvre de terre et de gazon tantôt concave, tantôt convexe, dans lequel le spectateur peut se promener, sera un modèle pour les jeunes sculpteurs américains des années 1960 et 1970. L’exposition, qui met à profit l’expérience acquise par Bayer, est conçue comme un parcours dramatique tenant constamment le spectateur en éveil : les sols sont envahis de flèches, de traces de pas et de figures directionnelles, les objets sont suspendus dans l’espace et d’immenses photographies créent des ruptures d’échelles. Conseiller artistique, il élabore des projets d’agencements intérieurs partout dans le monde et réalise des espaces en trompe-l’œil qu’il transpose en de véritables espaces ouverts.

Il élabore ainsi l’une des premières formes d’art environnemental et annonce le mouvement du Land art à venir. Sur les pas de Bayer, des artistes du monde entier créeront des « earthworks », de l’art processuel, de l’art écologique. Leurs œuvres, aussi différentes soient les démarches et les interrogations qui les sous-tendent, s’articulent généralement autour de la notion de terrain, autour des réactions individuelles à celui-ci et des activités qui s’y déroulent. Les œuvres sont sculpturales (tridimensionnelles) et/ou fondées sur la performance (processus, site, temporalité) et la façon dont le temps, les forces de la nature, et les spectateurs agissent sur ces espaces.

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Rencontre avec Linedriver https://www.delitfrancais.com/2018/10/02/rencontre-avec-linedriver/ https://www.delitfrancais.com/2018/10/02/rencontre-avec-linedriver/#respond Tue, 02 Oct 2018 18:48:31 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31915 La scène artistique montréalaise est en constante ébullition. Le champ musical, entre autres, connaît présentement une croissance inédite, nous assistons à l’émergence d’une multitude de groupes étonnement variés. Le Délit a rencontré le groupe LineDriver afin de discuter de la vie quotidienne, des enjeux, et des visées d’un groupe de musiciens qui tente de se faire connaître.

Le Délit (LD) : Quel est l’historique de votre formation?

LineDriver : Nous sommes un groupe montréalais et nous existons depuis bientôt cinq ans. J’imagine que nous pourrions définir notre style comme étant du rock blues alternatif « stoner ». En fait, nous ne nous associons pas vraiment à un genre en particulier. Nous faisons définitivement du rock, mais nous jouons avant tout ce que nous aimons entendre, ce qui nous fait « tripper ». Nous avons beaucoup joué à Montréal et ses alentours, totalisant une trentaine de concerts environ. Nous pensons que les concerts sont définitivement notre meilleure façon de diffuser nos créations : on nous dit souvent que c’est notre plus grande force.

LD : Quelles sont vos visées dans le monde culturel montréalais et québécois?

LineDriver : Évidemment, nous aimerions avoir de plus en plus de reconnaissance dans le milieu. C’est beaucoup une question de contacts, car c’est à travers eux que nous pouvons avoir accès aux ondes des radios locales, participer à des festivals et des spectacles d’envergure au Québec et dans le reste du Canada. Nous espérons un jour percer aux États-Unis, ce qui serait extrêmement gratifiant et excitant. Nous ne pensons pas devenir des vedettes, mais être reconnus comme un groupe important du rock montréalais actuel, ça nous conviendrait très bien.

LD : Que représente pour vous le lancement de votre album?

LineDriver : C’est un nouveau chapitre de notre histoire! C’est toujours un moment important. D’une part, c’est notre carte de visite, mais c’est aussi un snapshot du groupe en 2018. Ça permet de voir notre évolution en tant que groupe, en tant que musiciens, et en tant que compositeurs. Off Killer Blue est définitivement notre album le plus diversifié et éclectique jusqu’à maintenant, et nous en sommes très fiers.

LD : Croyez-vous qu’il y a une saturation du marché des groupes émergents ?

LineDriver : Il y a clairement une plus grande accessibilité à la consommation et à la création musicale. N’importe qui peut créer sa musique et la commercialiser par lui-même. Les intermédiaires sont de moins en moins nombreux. Évidemment, cela favorise la création de groupes, mais selon nous, la clef du succès est la longévité. Certains groupes émergents deviennent très populaires pour une courte période et tombent tout aussitôt dans l’oubli. Les meilleurs sont souvent les plus persévérants, ceux qui cherchent à se réinventer.

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Kanata et la controverse https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/kanata-et-la-controverse/ Tue, 18 Sep 2018 14:41:04 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31631 Suite à la décision initiale d’annuler le projet théâtral Kanata de Robert Lepage due à la pression sociale et aux controverses alimentées par les médias ainsi que différents acteurs de la communauté autochtone, celui-ci revoit le jour au Théâtre du Soleil à Paris. Rappelons-nous que la pièce a été sous les feux des projecteurs en raison des polémiques entourant l’absence de comédiens autochtones quand cette même pièce vise à présenter une version de l’histoire du Canada à travers les relations entre les colons et les Premières Nations. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, des membres de la communauté autochtone indiquent qu’ils se sentent «invisibles»:

«L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serré, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène, ne nous aide pas. Et cette invisibilité, madame Mnouchkine et monsieur Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun membre de nos nations ne ferait partie de la pièce. Nous ne souhaitons pas censurer quiconque. Ce n’est pas dans nos mentalités et dans notre façon de voir le monde. Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur.»

Cette lettre est signée par près de vingt autochtones, dont l’auteure Maya Cousineau Mollen, la réalisatrice Kim O’Bomsawin, et André Dudemaine, directeur de Terre en vue, un groupe qui fait la promotion de la culture autochtone et organise le festival annuel des Premières Nations.

L’arrivée du Théâtre du Soleil

Dans un communiqué de presse, le théâtre parisien annonce «[avoir] décidé, en accord avec Robert Lepage, de poursuivre avec lui la création du spectacle et de le présenter au public aux dates prévues, sous le titre « Kanata – épisode 1 : La controverse». De son côté, Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, indique que le Théâtre du Soleil financera lui-même la pièce. En tant que directeur, Robert Lepage s’investira personnellement dans le projet sans profiter d’un cachet quelconque. Selon ce même communiqué, ce n’est qu’après la représentation du spectacle que ses détracteurs seront en mesure de le juger et le critiquer, quitte à en appeler à la sanction suprême, à savoir la «désertion de la salle.»

Le communiqué du Théâtre du Soleil ne précise cependant pas si le spectacle sera présenté au Canada. L’avenir nous dira ce qui adviendra de cette pièce, mais les tenants du travail de Lepage pourront se réjouir de voir la créativité de l’artiste démuselé, lui qui avait déploré que son travail soit accusé d’ «appropriation culturelle» car la distribution était intégralement blanche.

Un message encore mal compris

L’artiste multidisciplinaire autochtone Émilie Monnet déplore tout de même le fait que plusieurs malentendus demeurent. Ayant signé la lettre ouverte et participé à la rencontre du 19 juillet, elle rappelle que les autochtones n’ont jamais demandé l’annulation du spectacle. «Malheureusement, malgré l’écoute de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine, le public n’a pas vraiment entendu notre point de vue», témoigne celle qui prépare Okinum («barrage» en anishnabemowin), qui sera présenté à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en octobre. «Le danger, c’est de répéter la même histoire qui exclut notre vision des choses, surtout quand il est question de sujets délicats comme les pensionnats et la disparition

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Passer du rêve à la réalité https://www.delitfrancais.com/2017/11/28/passer-du-reve-a-la-realite/ Tue, 28 Nov 2017 16:53:05 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29984 Le Délit (LD): Vous êtes reconnu dans la communauté sous le pseudonyme BrainExploder et vous créez du contenu à la fois pour Youtube et en impression 3D. Comment définissez-vous votre emploi?

BrainExploder (BE): J’approuve votre description. J’ai commencé cette carrière en jouant au airsoft (sport de tir, ndlr), d’où découle mon activité Youtube, où je partage et montre le sport. L’impression 3D vient donc d’un manque: plusieurs accessoires ou produits que je désirais n’existaient pas et j’ai été en mesure de créer tout cela moi-même par l’impression.

LD: Pour plusieurs, l’airsoft et l’impression sont des passetemps, des hobbies. Vous avez toutefois réussi à faire de ces deux disciplines votre emploi à temps plein. Est-ce que ça a toujours été votre intention?

« Il viendra un point dans le temps où chaque maisonnée aura une imprimante 3D comme une imprimante à encre traditionnelle »

BE: L’intention initiale était de combler un vide que j’avais. Je concevais continuellement des gadgets avec des éléments que j’avais à ma disposition: l’impression 3D était la solution la plus efficace et précise pour créer ces objets. J’ai dès lors investi dans une imprimante 3D afin de simplifier mon processus de création et j’ai été, par la suite, en mesure de vendre et partager mes créations.

LD: Vos créations deviennent de plus en plus populaires, toutefois, s’il y a un problème, vous en êtes tenu responsable. Est-ce que cette popularité vous aide en tant que créateur, ou préfériez-vous faire partie d’une industrie où vous ne seriez pas tenu responsable si problème il y avait avec l’un des produits?

BrainExploder: J’adore être indépendant et responsable de mes produits. En étant petit commerce, je suis en mesure d’être en contact avec tous mes acheteurs et entendre tous leurs commentaires. La majorité des commentaires sont positifs, mais s’il y a un problème ou un mécontentement, je m’assure de répondre à la demande en échangeant le produit ou même en modifiant complètement le produit afin de satisfaire le besoin du client. C’est ce qui est fantastique avec l’impression 3D: je suis en mesure de directement modifier mes plans et de tester le nouveau produit, comparativement aux façons traditionnelles des manufactures industrielles.

LD: Quel est votre processus créatif? Passez-vous beaucoup de temps sur la table à dessin, ou est-ce un processus d’essais/erreurs?

BrainExploder: Je passe généralement beaucoup de temps à penser au projet: j’essaie d’envisager toutes les erreurs ou embuches possibles qui pourraient se produire lors de la création. Une fois que j’ai un plan avec lequel je suis satisfait, je crée le modèle 3D avec un logiciel et c’est à ce moment que je découvre des défauts auxquels je n’avais pas pensé. J’imprime par la suite un prototype sur lequel je peux jouer physiquement, avec lequel je peux interagir dans un environnement réel, d’où je découvre d’autres problèmes que je peux corriger. J’imprime généralement une douzaine de prototypes avec différentes variations et je suis satisfait lorsqu’arrive le modèle, qui est d’une complexité telle que je ne suis plus en mesure d’y apporter des modifications.

LD: Comme mentionné plus tôt, vos produits sont parmi les plus populaires dans le monde de l’airsoft. J’imagine que, certains de vos produits se font copier illégalement par d’autres compagnies. Comment gérez-vous ce genre de situations?

BrainExploder: En effet, c’est quelque chose qui m’est arrivé à plusieurs reprises. La première chose à faire est de contacter directement la personne ou la compagnie qui crée des copies. La seconde étape est de contacter les revendeurs ou magasins qui tiennent ces produits et de leur montrer qu’ils tiennent en inventaire un produit illégal et souvent de piètre qualité. À ces magasins, je leur montre le vrai produit afin de prouver qu’ils sont dans l’illégalité. La dernière option est de traîner les copieurs en justice.

LD: Un autre aspect important de votre métier est la façon dont vous vous présentez et les plateformes (Facebook, Instagram, et principalement Youtube) que vous utilisez tous les jours pour le travail. Est-ce un défi pour vous?

BrainExploder: Les réseaux sociaux sont effectivement la principale façon que j’ai de présenter mes produits. C’est aussi une excellente façon d’interagir avec mes clients et ceux qui me suivent: ça me donne une vision en coulisse de l’utilisation qu’ils font de mes produits et je suis en mesure de m’adapter au besoin.

LD: Où voyez-vous le monde de l’impression 3D et son marché dans 5 ans? Croyez-vous que ce sera un jour démocratisé et simple d’utilisation pour l’utilisateur moyen?

BrainExploder: De ce que je constate, l’impression 3D devient de plus en plus commune et populaire et je ne crois pas que ça va ralentir. Il viendra probablement un point dans le temps où chaque maisonnée aura une imprimante 3D comme la plupart ont déjà une imprimante à encre traditionnelle. Une fois que l’impression 3D sera plus commune, je mettrai en vente les documents informatiques, ou en partage afin que les utilisateurs soient en mesure de les produire chez eux. Toutefois, un système doit être mis en place afin d’assurer que l’utilisateur utilisent le fichier sans le partager: le marché risquerait alors d’être injuste.

LD: Qu’est-ce qui vient en premier? Est-ce que vos idées vous viennent lorsque vous êtes en train de jouer, ou créez-vous un objet dans l’optique d’un besoin que vous pourriez avoir?

BrainExploder: Pour moi c’est toujours la première option. Quelque chose se produit sur le terrain qui me mène à la table de dessin, question de régler le problème.

LD: Vos produits sont utilisés par des célébrités du airsoft à travers le monde comme MattTheMusketeer et Swamp Sniper. Est-ce que leurs retours vous importent plus considérant qu’ils ont des exigences plus strictes puisqu’ils sont continuellement en train de jouer?

« Les réseaux sociaux sont effectivement la principale façon que j’ai de présenter mes produits »

BrainExploder: Je suis toujours ouvert aux commentaires, mais la majorité des «célébrités» utilisent mes produits parce qu’ils veulent le meilleur résultat. Si une meilleure option existait, ils seraient déjà en train de l’utiliser puisqu’ils sont à la recherche des meilleurs produits afin de réaliser leurs vidéos. Je suis en mesure d’offrir une gamme de produits aux joueurs qui ont des besoins spécifiques car je suis moi-même un joueur: je suis en mesure de tester ce que je fais directement sur le terrain puisque j’ai souvent les mêmes besoins.

LD: Vos champs d’intérêts passent de l’édition audio-visuelle à la création 3D, airsoft, caméra, et j’en passe. Planifiez-vous d’ajouter éventuellement d’autres cordes à votre arc ou travailler dans un champ contraire à ce que vous faite actuellement?

BrainExploder: Je ne veux en aucun cas me limiter à un champ de travail ou hobby que j’occupe prestement. Tout ce que je désire est de travailler dans quelque chose que j’aime. La création requiert de la passion et la passion crée les meilleurs résultats. Tant et aussi longtemps que je suis en mesure de créer avec passion, je continuerai à avoir d’excellents résultats, c’est le cas avec l’airsoft: j’aime le hobby et tout ce que je fais ne se présente pas comme une corvée.

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Gros projets mcgillois https://www.delitfrancais.com/2017/10/24/gros-projets-mcgillois/ Tue, 24 Oct 2017 15:59:39 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29565 L’Université McGill cherche continuellement à améliorer la qualité de ses formations, ainsi que les complexes de son campus. L’administration de McGill propose deux projets d’envergure: le Fiat Lux pour la rénovation de la bibliothèque McLennan, et l’acquisition de l’Hôpital Royal Victoria.

L’avenir de la bibliothèque des sciences humaines et sociales

Selon Colleen Cook, Doyenne Trenholme des bibliothèques de McGill: «la Bibliothèque et les Archives de l’Université McGill ne se résument pas à une simple réserve d’ouvrages […] elles sont des lieux de travail et de convivialité […]. Elle se situe aujourd’hui à un tournant de son histoire, au point culminant d’une révolution technologique qui a profondément modifié les missions traditionnelles des bibliothèques. Pour perpétuer le rôle essentiel qu’elle joue dans la mission de l’Université et faire en sorte que McGill puisse continuer d’attirer et de fidéliser parmi les meilleurs étudiants du Québec, du Canada et du monde, la bibliothèque doit se transformer physiquement afin de pouvoir répondre à l’évolution des besoins de l’étudiant […]».

Selon l’administration, McGill doit ré-imaginer sa bibliothèque afin qu’elle puisse servir ses divers publics au fil des générations. Les enjeux contemporains ne peuvent toutefois pas être ignorés: le rôle de la bibliothèque évolue, donc ses infrastructures doivent également changer. Une plus grande variété d’espaces de travail modulables est nécessaire pour répondre aux besoins des études et recherches du 21e siècle. Informels et formels, individuels et collectifs, ces espaces intègrent des outils à la fine pointe de la technologie pour visualiser des données, stimuler l’ingéniosité et se connecter avec le reste du monde. Un éventail complet d’espaces d’enseignement et d’apprentissage novateurs est nécessaire pour promouvoir l’excellence académique, approfondir les études et dynamiser les échanges. L’espace actuellement réservé au personnel et aux partenaires manque d’efficacité et correspond à des modes de services obsolètes. Les services de la bibliothèque doivent être souples, innovants, technologiques et accessibles, pour répondre aux exigences contemporaines des universitaires. En effet, ce projet donnera «forme à un complexe architectural qui unifiera l’ensemble des facultés, ancrera fermement la bibliothèque aux confins de territoires nouveaux et audacieux et fera de McGill l’un des établissements phares de l’enseignement supérieur du 21è siècle». 

Afin de réaliser ce projet, la bibliothèque sera reconstruite de façon à fournir plus d’espaces de travail, ainsi que de construire un système automatisé de stockage et d’extraction (ASRS) sous la grande pelouse du campus pour stocker en toute sécurité des collections de documents et les archives de la Bibliothèque. Également, ce projet a pour but de rénover l’édifice de la bibliothèque McLennan pour en faire une structure robuste et polyvalente. Évalué aux coûts totaux de 330 millions de dollars canadien sur plusieurs étapes, il faut prévoir une fin des travaux pour 2050. Notez que la bibliothèque restera ouverte et le personnel et les services seront accessibles pendant toutes les étapes des travaux.

Vision pour l’Hôpital Royal Victoria

L’Hôpital Royal Victoria, immeuble emblématique de Montréal, est maintenant vide. Situé entre le campus du centre-ville de l’Université McGill et le mont Royal, cet hôpital offre à l’Université l’occasion de combler son déficit d’espace. Il reste à déterminer s’il serait possible d’exploiter ce site en partenariat avec le gouvernement du Québec.

Le groupe de travail a pour mandat d’explorer la façon dont McGill pourrait utiliser ce site. Il se penchera notamment sur les questions suivantes: quel type d’espace serait nécessaire pour appuyer les activités d’enseignement? Comment le site pourrait-il être utilisé pour favoriser les synergies entre les disciplines universitaires? Quelle est la responsabilité en matière de préservation des bâtiments historiques, des espaces verts, de l’accès au mont Royal, etc.? En ce qui concerne la vision pour l’Hôpital Royal Victoria, il est possible pour la communauté mcgilloise de soumettre des idées et commentaires à l’adresse suivante: rvh_vision@mcgill.ca.

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La technologie, ça me dépasse! https://www.delitfrancais.com/2017/10/17/la-technologie-ca-me-depasse/ Tue, 17 Oct 2017 16:56:55 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29514 Le Délit (LD): Vous écrivez présentement une série de petites histoires mettant en vedette des personnages qui sont dépassés, mais par quoi exactement?

Sévrine Dumais (SD): Les deux personnages de la BD, Henriette et Gilbert, sont en fait des ainés dépassés par la technologie. Ils veulent suivre la tendance et faire partie de la grande conversation technologique de notre époque, mais ils ont parfois (lire: souvent) du mal à comprendre comment fonctionnent les réseaux sociaux et les différents appareils mobiles parce qu’ils ont leurs propres référents. Ils se retrouvent donc souvent au cœur de situations assez cocasses!

LD: Vous travaillez le texte en fonction des images, ou est-ce l’inverse? Où réside la capacité comique de votre bande-dessinée?

SD: J’ai commencé par écrire le texte. Au départ, les scénarios étaient destinés à la création d’une websérie. Puis, un producteur m’a suggéré d’en faire d’abord une bande dessinée pour faire connaître mes personnages. C’est de cette façon que la bande dessinée a vu le jour; j’ai donc travaillé les images à partir des textes, bien que souvent, les dessins influencent le texte aussi.

La capacité comique, elle, se situe surtout dans le désir profond qu’ont les personnages d’utiliser la technologie et dans leur façon très singulière de le faire. Henriette et Gilbert ne se rendent pas compte qu’ils utilisent les réseaux sociaux de la mauvaise façon, par exemple, et c’est ce qui fait rire dans la bande dessinée.

« Ils se reconnaissent dans leurs questionnements mais ne comprennent pas nécessairement toutes les bourdes qu’ils font avec la technologie »

LD: Il y a une dynamique qui s’opère entre le texte et les images: est-ce qu’un l’un peut exister indépendamment de l’autre?

SD: Comme le texte était, à la base, destiné à une production audiovisuelle, il a été construit de façon à ce qu’il soit mis en image. Il ne peut donc pas vivre seul, sans dessin ou sans vidéo. Pour qu’il existe de façon indépendante, il faudrait qu’il soit réécrit.

LD: Votre processus de création implique la collaboration du comédien Bernard Fortin: travaillez-vous en tandem ou chacun de votre côté?

SD: Nous travaillons en tandem! Bernard est arrivé dans l’équipe après que les textes aient été écrits. Il a donc révisé les textes pour faire ressortir davantage le côté comique. C’est une étape qui a été faite en équipe parce qu’il est très respectueux du travail que j’ai fait et ne voulait pas imposer ses idées. Il y allait à coups de suggestions. Nous lisions les textes à voix haute – son expérience de comédien a beaucoup aidé ici – afin de faire vivre les textes et de trouver les répliques parfaites. Sa contribution a été très bénéfique!

« J’ai toujours été influencée par les caricatures »

LD: Le texte et vos illustrations s’adressent à ceux qui se sentent dépassés par, principalement, l’engouement qui existe présentement pour les téléphones mobiles, ordinateurs portables, les médias sociaux, etc. De quelle façon est-ce qu’un lecteur conditionné peut mettre le pied dans votre œuvre?

SD: En fait, les aventures d’Henriette et Gilbert s’adressent à tous parce que chaque génération comprend les histoires de façon différente. Par exemple, plusieurs aînés vont trouver les personnages attachants parce qu’ils se reconnaissent en eux. Ils se reconnaissent dans leurs questionnements, mais ne comprennent pas nécessairement toutes les bourdes qu’ils font avec la technologie, alors que les plus jeunes vont se rendre compte de ces maladresses et en rire parce qu’ils vont reconnaître des membres de leur entourage. Tous les lecteurs peuvent donc se retrouver dans les histoires de la bande dessinée, qu’ils aient 7 ou 107 ans!

« Nous comptons intégrer de plus en plus Les Dépassés aux médias sociaux  »

LD: Vos illustrations se rapprochent de ces sketchs que nous retrouvons dans les journaux ou dans les coups de crayons des caricatures. Où situez-vous votre travail?

SD: Évidemment, j’ai toujours été influencée par les caricatures. La bande dessinée que je propose se conforme bien à cela parce qu’elle se base sur des observations comiques des comportements. Pourtant, je crois que Les Dépassés porte aussi une part de sensibilité qui se rapproche plus des romans graphiques récents. C’est donc une œuvre assez mixte.

LD: Votre bande-dessinée est humoristique et explore les relations des personnages avec la technologie. Est-ce que vos personnages trouvent leur situation drôle ou du moins, ont-ils conscience de l’aspect comique de leur situation?

SD: Pas toujours! Et c’est ce qui rend la chose comique! Henriette et Gilbert gaffent avec les réseaux sociaux mais ne s’en rendent pas compte parce qu’ils n’ont pas les mêmes référents que les générations plus jeunes. Et ils continuent leur vie sans s’en faire. Ils ne s’en font pas avec ça et je pense que c’est une leçon de sagesse que les aînés peuvent nous enseigner: ne pas trop s’en faire avec les réseaux sociaux!

« C’est une leçon de sagesse que les aînés peuvent nous enseigner : ne pas trop s’en faire avec les réseaux sociaux! »

LD: Votre projet comporte un volet web et vous diffusez vos illustrations sur les médias sociaux.

Pensez-vous explorer davantage ces plateformes?

SD: Oui! Nous comptons intégrer de plus en plus Les Dépassés aux médias sociaux, surtout lorsque la websérie va paraitre. L’équipe des Productions Gamet – qui chapeaute le projet – et moi-même trouvons que le sujet se porte très bien à la multiplicité des plateformes. À mesure qu’Henriette et Gilbert découvriront les réseaux sociaux, il est bien possible qu’on les voit de plus en plus sur les «zinternets»!

LD: Croyez-vous que ce soit une barrière pour certains lecteurs?

SD: Oui, c’est une barrière parce qu’un grand nombre d’ainés ne sont pas sur les réseaux sociaux, mais nous arrivons à rejoindre ce public de différentes façons; par le bouche à oreille, par les courriels, etc. C’est certain que, lorsque la websérie va sortir, nous allons exploiter des moyens de communication très variés pour rejoindre le plus de gens possible, du papier jusqu’au web.

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Rénover le passé pour le futur https://www.delitfrancais.com/2017/09/26/renover-le-passe-pour-le-futur/ Tue, 26 Sep 2017 11:54:49 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29270 À votre arrivée sur le campus universitaire de McGill, vous avez très certainement remarqué, en plus des bâtiments historiques, la verdure, et le panorama du centre-ville de Montréal, les chantiers de construction. Ce sont des grues, des piles de mortier, des bâches bleues, et des travailleurs munis d’outils qui remplacent maintenant le paysage visuel que vous avaient promises les publicités de l’université.

Ces rénovations, une des priorités principales de l’administration, font toutefois partie d’un projet majeur qui englobe la restauration de plusieurs monuments clés du campus. Cela concerne le portail Roddick, la terrasse Leacock, plusieurs façades, toitures, et fenêtres, ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment pour abriter des génératrices. L’administration de McGill a des projets d’envergure visant à supporter les recherches modernes, les nouveaux besoins pédagogiques, et à préserver l’héritage culturel qui fait le charme et la réputation de l’université. Avec autant de travaux sur place, Le Délit vous propose un court résumé de ce qui se passe sur le campus.

Les rénovations

Penchons-nous d’abord sur les travaux actuellement visibles. Le portail Roddick, monument maintenant centenaire, érigé en l’honneur du doyen Sir Thomas George Roddick, se voit presque entièrement restauré. Les pierres sont en cours de nettoyage, les joints de ciment refaits, et les pierres fracturées remplacées par des neuves. En bref, les travaux consistent à faire en sorte que cette arche reste en place et, une fois les travaux complétés, devienne une place où il sera possible de s’asseoir et contempler la rue Sherbrooke et ses rénovations. Évidemment, la pollution et l’écoulement du temps sont les causes de ces détériorations: le béton n’étant pas infaillible, l’apparition de fissures et les infiltrations raccourcissent rapidement l’espérance de vie de ces installations. C’est pour cette raison que la terrasse Leacock, ce chemin entre le côté Est du bâtiment Leacock et Ouest du musée Redpath, est en cours de restauration. Les fondations, les dalles, les poutres, et tout ce qui constitue la structure de la terrasse, se verront complètement remplacés. Ce n’est pas qu’une simple rénovation, c’est aussi une opportunité de revoir le style extérieur et de l’adapter pour les étudiants: des espaces pour s’asseoir ainsi que de nouvelles sources de lumière seront installées. Finalement, plusieurs façades de bâtiments sont mises à terre afin d’y installer une nouvelle maçonnerie, toiture, fenestration, etc. Ainsi, la faculté d’ingénierie Macdonald et le bâtiment Macdonald-Harrington auront droit à une enveloppe neuve et, espérons-le, durable pour les années à venir.

Regard vers l’avenir

Ce qui retient l’attention cet automne sur la rue University, entre le bâtiment Wong et Ferrier, est très certainement la construction d’un nouvel emplacement (toujours sans nom) où seront logés deux générateurs. Ceux-ci seront alimentés par du gaz naturel et remplaceront les génératrices mobiles diésel situées entre la bâtiment Ferrier et James. Ces génératrices assureront un approvisionnement en électricité sur le campus en cas de panne ou lorsque la demande en énergie atteindra des pics d’utilisation. Outre ces nouvelles commodités, l’administration mcgilloise tend vers de nouveaux horizons. Le site de l’ancien hôpital Victoria est présentement étudié afin d’éventuellement y aménager un projet urbain d’envergure dont la population de Montréal pourra bénéficier. De plus, les bibliothèques McLennan-Redpath vont être repensées afin de regrouper toutes les facultés au sein d’un même et seul bâtiment.

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L’Heuristique, une dissolution soudaine https://www.delitfrancais.com/2017/01/17/heuristique-une-dissolution-soudaine/ Wed, 18 Jan 2017 00:11:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27240 L’Heuristique, journal étudiant dont la mission est de permettre aux membres de l’École de Technologie Supérieure (ÉTS), de s’exprimer et de transmettre de l’information à la communauté étudiante, se verra dissout dès le mois prochain. Cette dissolution soudaine du média étudiant nous pousse à revenir sur les évènements qui ont mené à cette situation en ayant en tête la recherche d’un comment et surtout d’un pourquoi. Les déboires au sein des organisations concernées, soit le Conseil administratif (CA), l’Association étudiante de l’ÉTS (AÉÉTS), et les membres exécutifs du journal L’Heuristique, débutent après la publication en novembre 2014 d’un article mentionnant de probables irrégularité entourant les négociations à propos de la nouvelle maison étudiante. En janvier 2015, le CA de l’AÉÉTS blâme le journaliste ayant reporté la nouvelle, Félix-Antoine Tremblay, ex-rédacteur en chef et précédemment engagé au sein de l’AÉÉTS. Ce blâme est ensuite invalidé lors de l’assemblée générale de l’AÉÉTS tenue le 4 mars 2015.

Un président d’association contesté

Après quelques autres articles publiés par L’Heuristique à l’égard de l’AÉÉTS, notamment quant à l’attitude de son président Mathieu Drolet vis-à-vis de la violence sexuelle à l’ÉTS, un avis de motion est diffusé le 19 octobre 2016 à l’égard du journaliste en question, Félix-Antoine Tremblay. M. Drolet avait déclaré au Devoir en mai 2016 que les violences sexuelles n’étaient qu’une problématique «très anecdotique» et qu’ «on ne peut pas changer l’être humain du jour au lendemain», ce qui mènera à une suspension dudit président par son Conseil exécutif (CE), une deuxième suspension étant significative d’expulsion, le CE sera ensuite blâmé par le CA de l’association pour cette décision.

L’association, et son président Mathieu Drolet, en réponse à ces articles, se défendent en s’octroyant, par un vote lors d’une réunion du CA tenue le 16 novembre 2016, un droit de véto effectif sur le contenu que publie l’Heuristique.

 

« Résolution CA20161116_37_009-6.1 :

Considérant le changement de la nature du comité de la promotion en comité du bal ;
Considérant les plaintes de diffamation reçues à cause des textes dans le journal ;
Considérant que ces cas de diffamation se sont faits contre l’entité de l’AÉÉTS, certains de nos membres et employés de l’ÉTS ;
Considérant que l’AÉÉTS est propriétaire du journal et est ainsi susceptible de se faire poursuivre, malgré le fait que le journal mentionne que : “Les auteures et auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et, lorsque ces derniers sont explicitement signés, n’engagent en aucune façon l’équipe de l’Heuristique ou l’AÉÉTS.” ;
Considérant qu’il est dans l’intérêt de l’AÉÉTS d’assurer un contrôle du journal pour éviter de se faire poursuivre ;
Que l’on adopte la version 1.2.2 du Volume V – Comités, clubs étudiants et délégations.
Pièce jointe: V – Comités, clubs étudiants et délégations 1.2.2

Proposeur : Mathieu Drolet
Appuyeur : Cédrick Pipitone
Adoption à majorité double
Sébastien Brunet s’oppose »

 

Est adopté l’article 2.2 de l’annexe V-A du cinquième Volume-Comités, clubs et associations de la charte de l’AÉÉTS, qui stipule: «La publication du journal doit être confirmée par la vice-présidence des communications de l’AÉÉTS (…) Le respect est de mise et aucune attaque personnelle ou diffamation ne doit être tolérée.» Vincent Larouche, actuel vice-président des communications, affirme qu’il ne s’agit pas d’un «droit de véto arbitraire» mais que cette modification «permet la publication ou non, seulement si les règles qui l’entourent sont respectées ou non».

Ces propos ‘diffamatoires’ tenus dans L’Heuristique à l’égard des individus concernés tombent dès lors entre les mains d’avocats et une guerre juridique n’étant point désirée, le CA de l’AÉÉTS résout de dissoudre L’Heuristique, le 30 novembre dernier.

 

Résolution CA20161130_37_010-6.1 :

Considérant que le CA reconnaît l’importance du journal étudiant L’Heuristique »;
Considérant que le CA désire que le journal étudiant « L’Heuristique » démarre un processus de réflexion;
Considérant l’avis juridique concernant la responsabilité de l’AÉÉTS face au propos tenu par le journal;
Considérant que les membres du journal exigent de ne pas être contrôlés par l’AÉÉTS;
Que l’on démarre le processus de dissolution du comité du journal;
Que la dissolution du comité du journal soit annoncée à partir du premier février 2017;
Que jusqu’au premier février, l’AÉÉTS coopère avec le comité actuel du journal pour mettre en place une solution bénéfique pour la communauté étudiante;
Que le Vice-président des affaires internes et la Vice-présidence des communications soient responsables du processus de dissolution du comité;
Pièce jointe: AÉÉTS – Avis juridique (2105-019).pdf

Proposeur : Mathieu Drolet
Appuyeur : Cédrick Pipitone
Adoption consensuelle

 

Félix-Antoine Tremblay fait l’objet d’une demande d’expulsion hors de L’Heuristique le 6 décembre 2016, par Samuel Simard, vice-président aux affaires internes de l’AÉÉTS. Simard accuse Tremblay de, entre autres, «vandalisme», «harcèlement», et «comportement inapproprié». Cette expulsion est refusée par le CA de L’Heuristique.

Néanmoins, à peine un mois plus tard, Tremblay démissionne de son poste de rédacteur en chef de L’Heuristique, suite au revirement du CA de L’Heuristique, qui décide de finalement se soumettre aux demandes de l’AÉÉTS, c’est-à-dire de ne rien publier sans son approbation. Il nous explique qu’en somme : «le CA de l’AÉÉTS ne ferme pas L’Heuristique, comme l’indiquent les résolutions adoptées par ce dernier. Le CA de l’AÉÉTS compte rendre le journal indépendant, puis le laisser se fermer de lui-même, faute de fonds». L’Heuristique, actuel comité interne à l’AÉÉTS, reçoit actuellement autour de 10 000 dollars de financement par année. Ce financement serait bien moindre en cas d’externalisation, et L’Heuristique aurait à faire la demande d’une bourse auprès de l’AÉÉTS.

Un avenir en pointillé

De son côté, l’AÉÉTS affirme n’entreprendre ce processus d’externalisation de L’Heuristique que dans l’intérêt mutuel du journal et de l’association. L’Heuristique deviendrait alors une entité indépendante, avec une ligne éditoriale propre et un statut légal clair. Cela le séparerait distinctement de l’AÉÉTS, la protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires envers le journal. Mais comme l’explique Tremblay, externaliser L’Heuristique revient à le priver de financement direct, et mettre en péril son existence. L’AÉÉTS reconnaît qu’il serait difficile de maintenir une édition papier de L’Heuristique, mais explique que des discussions sont à venir sur la question du financement prochain du journal.

Ce résumé offre une chronologie globale entourant la dissolution prochaine du journal L’Heuristique de l’ÉTS qui est, selon les résolutions du CA de l’AÉÉTS, prévue pour le 1er février 2016. La situation reste néanmoins flexible, et Le Délit ne manquera d’en rapporter tout nouveau développement.

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Entretien avec Robert « Robo » Murray https://www.delitfrancais.com/2016/12/06/entretien-avec-robert-robo-murray-premiere-partie/ Tue, 06 Dec 2016 18:13:05 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27031 Le Délit a rencontré Robert Murray, un des pratiquants de l’Airsoft les plus connus au Canada, grâce, entre autres, à son activité parallèle de Youtubeur. Nous vous avions présenté cette activité il y a quelques semaines, en sa qualité «d’expérience ludique de la vie militaire». Murray partage avec vous sa conception de l’Airsoft, quelques réflexions sur la situation actuelle de cette pratique au Canada et sur la possibilité d’une professionnalisation de l’Airsoft au futur.


Le Délit (LD): Pour la communauté participant aux nombreux événements, l’Airsoft est un jeu. Toutefois, beaucoup de non-joueurs jugent ce jeu comme étant violent et incitant à la guerre. D’un point de vue professionnel, qu’en pensez-vous?                        

Robert Murray (RM) : Selon moi, le problème n’est pas en lien avec l’Airsoft, mais plutôt avec les préjugés que la société attribue à des activités comme le paintball ou l’Airsoft. Vous avez raison : l’Airsoft et le paintball (bien qu’à de faible degrés) sont des représentations d’activités que la société considère comme étant «violents». Par contre, la chose importante à retenir est que la violence est commune dans les sports populaires ou les autres formes de divertissements, ce qui nous pousse à nous demander : pourquoi l’Airsoft serait différent?                                                                                                                                      

L’Airsoft reproduit volontairement la guerre, des armes, et des situations que nous, en tant que citoyen, reconnaissons comme étant violentes. L’activité est entièrement basée sur ces concepts, la rendant donc violente. Par contre, si vous regardez de plus près des activités comme le football Américain ou le hockey, vous y trouverez des exemples de violence. De vrais exemples de violences physiques. Pour la plupart, ces actes font partie intégrante de ces sports même si le but du jeu ne consiste qu’à déplacer un objet d’un bout à l’autre du terrain de jeu. C’est ce qui rend les notion de sport et de violence biaisées : nous acceptons la violence sportive puisqu’elle fait «partie du jeu», et qu’elle ne se rapproche pas visuellement d’une représentation de la guerre . L’ironie est que sur le terrain de jeu, de ma vaste expérience, personne ne désire faire de mal aux autres. La plupart du temps, tout le monde termine la journée heureux et entre amis. Par contraste, il y a plusieurs preuves qui montrent que les joueurs de football Américain ou de hockey sont trop souvent encouragés à blesser les joueurs des équipes adverses ou de laisser aller leur rage sur le terrain.

LD: Bien que la majorité des gens pensent que l’Airsoft fait la promotion de la violence, beaucoup croient que ce hobby a la possibilité de devenir un sport au même titre que le hockey ou le baseball. Avec une communauté grandissante et des réglementations différentes pour chaque organisation, croyez-vous que ce soit possible?
RM: C’est toujours une question qui resurgit de temps à autre : est-ce que du Airsoft professionnel a la possibilité d’exister? Pour vous dire la vérité, je n’ai pas de réponse. L’idéaliste en moi désire son existence: je suis quelqu’un de compétitif et j’adorerais mettre mes habilités sous forme de statistiques. Le réaliste en moi, toutefois, croit que tant que nous n’avons pas une façon efficace, bon marché, et consistante de compter les points, l’Airsoft professionnel ne peut pas exister.
Ultimement, c’est un problème relié à l’individu même : si tout le monde pouvait être juste et honnête quand ils se font toucher, ce sport pourrait exister dès demain. Malheureusement, la tricherie et la malhonnêteté sont une plaie qui existe dans le jeu malgré le fait qu’il n’y ait rien d’important en jeu. Il ne faut pourtant pas croire qu’il n’y a pas de forme de compétition dans l’Airsoft : les compétitions de tir sur cible existent, et c’est le seul endroit où il est possible d’avoir une forme de profession : cela demeure honnête puisque le seul compétiteur est soi-même.

LD: Comparativement au Canada, les organisateurs états-uniens proposent une expérience de jeu dont la qualité dépasse largement ce que nous pouvons voir localement, je pense notamment à Milsimwest et à American Milsim. Pourquoi croyez-vous que de tels événements soient possibles aux États-Unis, et non au Canada. Est-ce un problème de popularité? De lois?
RM: Ce sont en fait ces deux points que vous avez soulevé qui sont à l’origine de cette problématique, mais avec une zone grise. Ce n’est pas vraiment un problème de popularité si l’on calcule la popularité par capita : c’est un problème de densité de population. Les États-Unis ont une population approximative de 319 million d’habitant, alors que le Canada n’en compte que près de 35 million éparpillé un peu partout sans avoir une grande concentration de population.

Si nous mettons la situation en perspective, l’état de Californie compte près de 38 million d’habitants, soit 3 million de plus que toutes les provinces du Canada réunies. C’est une de ces raisons pour lesquelles la Californie, en plus d’être un état clé dans l’exportation de biens à travers le monde, est le centre des activités reliés au Airsoft en Amérique du nord.

Alors, même si au Canada il y a un intérêt élevé pour ce hobby, l’éparpillement de la population crée des poches de vide dans certaines communautés. L’autre problème est que, en comparaison avec les Etats-Unis, les joueurs ont là-bas accès à une multitude de sites et de terrains de jeux dits «premium». Les lois aux États-Unis permettent l’accès au public à, par exemple, des bases militaires désaffectées. Alors qu’au Canada, bien que de tel endroits existent et soient abandonnés, le gouvernement y refuse l’accès au public.

LD: Quel est votre intérêt personnel par rapport à l’Airsoft?
RM: Mon intérêt pour l’Airsoft a débuté lorsque j’étais enfant : je me passionnais pour la sécurité civile et la simulation tactique. J’ai choisi une autre orientation professionnelle, mais j’ai toujours maintenu une passion, tant pour la sécurité civile que pour la simulation. C’est après mes études universitaires que j’ai pris pour hobby l’Airsoft, me permettant de mélanger les deux passions mentionnées plus tôt ainsi que de me garder physiquement en forme.

LD: Pour la plupart des joueurs, l’Airsoft est un passe-temps, un hobby de fin de semaine. Dans votre cas, vous avez fait du hobby une carrière : vous êtes commandité par de grandes entreprises et vous développez votre propre gamme de produits. Comment en êtes-vous arrivé là?
RM: Soyons clair : je ne suis pas payé pour jouer à l’Airsoft, alors je ne peux pas réellement considérer mes activités comme étant une carrière à proprement dire: j’ai un emploi à temps plein comme tout le monde. Par contre, je fais de l’Airsoft un hobby à temps plein, et passe la plus grande partie de mon temps libre à participer ou à produire du contenu pour l’industrie de l’Airsoft et pour la communauté.

Comment tout cela est arrivé? Par un mélange de hasards et de dur labeur. En 2010, je faisais du montage vidéo pour mon ancienne équipe et je publiais régulièrement des photos sur Instagram. Tranquillement, de plus en plus de personnes commencèrent à me suivre sur les réseaux sociaux et je voulais m’investir davantage dans la communauté, c’est alors que je suis entré en contact avec les figures dominantes de l’industrie. Plusieurs de ces figures devinrent mes mentors et m’apprirent à utiliser efficacement les réseaux sociaux et la plateforme qu’est YouTube.

La chance et la sociabilité valent pour beaucoup dans mon cheminement, mais si je pouvais exprimer une façon de faire en une phrase simple, je dirais: établissez-vous un but, trouvez ce dont vous avez besoin pour y arriver, et puis faite ce que vous aurez trouvé sans arrêt jusqu’à ce que vous y arriviez.

LD: Malgré la « carrière », avez-vous toujours autant de plaisir dans le jeu?
RM: Le plaisir est le même que lorsque j’ai commencé! Personnellement, je ferais le même contenu que je publie sur les réseaux sociaux même si je n’étais pas commandité: je faisais tout cela bien avant mes partenariats avec les entreprises. Y-a-t-il des jours où je ne suis pas aussi motivé de travailler sur du contenu ou d’aller jouer?
Certainement, mais c’est comme cela pour n’importe quelle passion. Plusieurs peuvent se sentir écrasé par leurs responsabilités et se sentir obligé de publier du contenu régulièrement, la passion devenant alors un  travail. Pour moi, bien que je prenne le jeu au sérieux et que cela occupe une grande partie de ma vie, je n’en fais pas un boulet et des chaînes. C’est une activité créée pour être appréciée et peu importent les responsabilités que l’on y gère.

LD: Une question qui revient souvent dans l’industrie de l’Airsoft est la place que devrait avoir les enfants dans l’industrie. Par rapport à ce que nous nous sommes dit plus tôt en lien avec la promotion de la violence et de la guerre, que pensez-vous de cette situation?
RM: Bien que ce soit, du moins pour moi, une question à laquelle il est simple de répondre, c’est un sujet qui, en réalité, est difficile d’approche, principalement dû aux faits que j’ai illustrés précédemment sur ce que l’Airsoft représente et tente de représenter. Il va y avoir des groupes qui trouveront que l’Airsoft est mauvais pour les enfants puisque c’est basé sur la reproduction d’un environnement de guerre et d’armement.

Afin de vous montrer pourquoi je trouve qu’il est simple de répondre à cette question, laissez-moi réfuter : est-ce la responsabilité de l’activité de paraître d’une façon ou d’une autre, ou est-ce au participant de savoir comment bien appliquer un contexte à une activité? Certes, c’est un jeu qui ressemble à des combats d’arme à feu, mais il est important de rappeler que ce ne sont pas des armes à feu et ce n’est pas une zone de guerre: un film d’horreur présentant un monstre caché dans un lac ne peut pas être considéré comme étant un documentaire. Plus directement, le même contexte peut être appliqué à d’autres sports, comme de combat au corps à corps, ou de tir, peut être appliqué à l’Airsoft. L’Airsoft est une simulation de combat qui prend lieu dans un contexte de plaisir et se détache complètement d’une vrai situation militaire, au même titre que le tir-à-l’arc moderne se détache de la défense d’un château au XIIIe siècle. Malheureusement, ceux qui appliquent cette logique à cette activité perdent de vue les vastes bénéfices variées que ce hobby peut apporter à un individu en croissance. L’Airsoft étant basé sur des dynamiques d’équipes, les situations intenses, et la stratégie, un joueur développe des attributs qui lui sont bénéfiques, comme le travail d’équipe, l’entraînement physique, la coordination spatio-temporelle, et de l’initiative.

Selon moi, il existe peu d’activités qu’un individu peut prendre en tant que hobby qui lui développe autant de talents qui aident à devenir, non seulement un bon citoyen, mais aussi un bon sportif. Ultimement, si un parent est en mesure de bien expliquer le contexte du jeu et de rappeler que ce n’est pas une mise en situation réelle, mais bien une simulation, je ne vois pas comment l’aspect de la violence pourrait brimer le jeu, ni même la promouvoir. Pour ce qui est des jeunes enfants, la responsabilité revient aux parents.

LD: Être un joueur professionnel est dispendieux. Comme pour n’importe quel sport ou hobby, il est toujours favorable de s’équiper avec la meilleure qualité afin d’être le plus efficace possible sur le terrain de jeu. Comme dans le domaine du tir à l’arc, est-ce l’outil qui fait l’athlète? Est-ce que l’investissement en vaut la peine?
RM: Afin de répondre efficacement, laissez-moi diviser cette question afin de pouvoir appliquer certaines de ces affirmations dans leur contexte. L’homme versus la machine. C’est une question de tout temps : est-ce l’homme ou l’outil qui produit la performance ? Personnellement, je ne vois pas pourquoi c’est toujours une question : je crois qu’il existe suffisamment de preuves historiques qui prouvent qu’ultimement, c’est toujours l’homme qui définit le résultat.

L’outil ne permet que d’améliorer ou de créer cette performance. Une maxime circule dans le monde militaire qui dit: «le fusil est un outil : je suis l’arme». Ceci étant dit, il existe un point où un athlète extrêmement talentueux peut, de fait, avoir un avantage considérable par l’utilisation d’un meilleur équipement.

Si un joueur est déjà le plus rapide, le plus intelligent, le plus stratégique, et le mieux entraîné sur le terrain, il sera une menace encore plus grande s’il est équipé avec le meilleur équipement. L’inverse est toutefois impossible. Un joueur sans réel entraînement, malgré son utilisation d’un meilleur équipement et d’un équipement haut de gamme ne saurait égaler le joueur professionnel. Est-ce que cela vaut la peine ? Tout dépend de la fréquence à laquelle vous jouez.
Si vous ne participez qu’à quelques événements par année, un équipement standard fera l’affaire. Par contre, si vous voyagez partout à travers l’Amérique du nord pour jouer dans des événements qui coûtent cher, alors investir dans un équipement qui sera fiable et performant vaudra la peine puisque vous investissez déjà autant dans vos déplacements.

LD: Croyez-vous que la communauté grandissante de l’Airsoft est positive ou, au contraire, devrait-elle rester comme elle est présentement?
RM: Positive et seulement positive! – sans être sarcastique, j’ai moi aussi vu la mauvaise publicité que l’Airsoft, et plus spécifiquement sa communauté de joueurs, reçoit de la part des médias, et quelques-uns de ces «mauvais» joueurs existent dû à cette expansion rapide que connaît le hobby. Par contre, cela ne veut pas dire que l’expansion d’une industrie est mauvaise et ne devrait pas être supporté, au contraire. Le fait est que, plus il y a de participants dans une activité, plus elle se répand un peu partout, un plus grand pourcentage de personnes peuvent participer à ces activités.

En soit, il y a beaucoup d’êtres humains exécrables dans le monde, et plus une activité est grandissante, plus il y a de risques que ces individus prennent part à ses événements. Cela dit, mon affirmation revient à parler d’un aspect de la nature humaine, et non de l’Airsoft en général. Peu importe ce que vous faites, il est impossible d’échapper à ce phénomène tant et aussi longtemps qu’il y aura des êtres humains impliqués dans une activité. Le fait est que, plus l’industrie grandit, plus le nombre de magasins, de terrains, de manufactures, de joueurs, et d’emplois peuvent exister.

Pour résumer, l’industrie grandissante fait en sorte que l’activité-même devient davantage publique, faisant en sorte que le citoyen moyen y devient accommodé et insensible, l’acceptant comme étant l’activité qu’elle est. En encourageant cette expansion de l’industrie, nous assurons qu’elle survive et de fait, nous pouvons continuer à apprécier le support constant de la communauté pour un passe-temps et un hobby aussi divertissant et amusant.

LD: Un mot pour conclure M. Murray?
RM: Certainement! Alors comme je dis toujours, continuez à jouer à l’Airsoft, continuez à avoir du plaisir, à être de bons membres de la communauté : défendez ce que vous aimez.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Vincent Morréale

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L’expérience ludique de la vie militaire https://www.delitfrancais.com/2016/11/15/lexperience-ludique-de-la-vie-militaire/ Tue, 15 Nov 2016 14:35:16 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26736 Les soldats, prêts à tout pour défendre leurs valeurs et leur famille, font l’objet d’une valorisation sans précédent de nos jours, les plaçant au rang de héros, rien de moins. Bien que ce soient les soldats qui participent aux guerres, plusieurs individus ressentent le besoin d’exprimer des pulsions guerrières, de connaître l’adrénaline du combat.

Autrefois, les Grecs de l’Antiquité transmettaient leurs pulsions à travers le théâtre, vivant ainsi la catharsis. Certes, ces effets peuvent être vécus à travers les lectures de récits de guerres ou en jouant à ces fameux jeux vidéos qui pullulent sur le marché du divertissement, mais plusieurs ressentent le besoin de vivre une expérience qui va au-delà de l’activité passive. L’airsoft, industrie grandissant partout à travers le monde, propose à la population civile de vivre des simulations d’engagements militaires dans un environnement reproduisant des situations tactiques stimulantes pour le participant. Inventées au Japon suite aux événements de la Seconde Guerre mondiale, les répliques d’armes — le terme «armes» n’est pas utilisé car elles n’en sont pas réellement — étaient à l’origine conçues pour la collection ou le tir sur cible. Des passionnés ont alors eu l’idée de les utiliser dans une activité sportive d’équipe dont le but était de reproduire l’action militaire dans un cadre ludique et récréatif. Il faut toutefois comprendre l’airsoft comme étant un loisir plutôt qu’un sport.

Une activité brimée par les stéréotypes ?

Cette activité est toutefois victime de nombreux stéréotypes, le plus populaire étant que ce soit un jeu basé sur la violence et, jusqu’à une certaine mesure, la barbarie. Tout comme le paintball, une autre activité du même genre, l’airsoft reste quelque peu tabou puisqu’il est connoté de façon péjorative. L’ironie est que ce passe-temps est présenté comme faisant la promotion indécente de la violence alors que des organismes comme la Ligue de combat ultime aux États-Unis (UFC) ou plus localement, la Ligue nationale de hockey, bien que populaires, utilisent des arènes dans lesquels les sportifs professionnels se battent férocement. Des professionnels de l’airsoft, notamment Robert Murray, démontrent que, contrairement à la violence de ces ligues, la communauté du sport est amicale: des hommes, comme des femmes, se présentent premièrement pour avoir du plaisir et partager une passion, sans désirer se faire mal l’un l’autre.

L’airsoft est passé d’une activité de fin de semaine à une réelle compétition sportive, se comparant à des ligues sportives professionnelles, certes, mais qui réussit à attirer un bassin de personnes diverses puisqu’il est accessible à tous et simple à comprendre. En plus d’être une activité de plus en plus populaire, l’airsoft est aussi considéré comme étant une industrie. Aux États-Unis et en Asie, où se trouvent les plus grands bassins de joueurs, nous observons des chiffres d’affaires annuels qui se calculent en millions et qui ne cessent de croître, tant par rapport au nombre de joueurs qu’aux revenus qu’en tire le jeu chaque année.

Une expérience ludique

Bien que l’airsoft serve d’entraînement aux forces policières et militaires, sa popularité grimpe au sein du grand public, notamment à cause d’une forte présence en ligne. En effet, ce passe-temps est rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux tels que Instagram et YouTube, contribuant à rendre le jeu beaucoup plus visible et expliquant sa popularité grandissante. Au Québec, plusieurs entreprises se sont d’ailleurs installées dans les centres urbains principaux et proposent à leur clientèle des produits variés. Elles organisent, pour la plupart, des événements où il est possible pour n’importe qui, vétéran comme débutant, de vivre une simulation tactique dont le but est d’avoir du plaisir dans un environnement ludique et sécuritaire.

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De l’acclamation à l’effacement https://www.delitfrancais.com/2016/02/22/de-lacclamation-a-leffacement/ https://www.delitfrancais.com/2016/02/22/de-lacclamation-a-leffacement/#respond Tue, 23 Feb 2016 03:09:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=24931 Accusé de pédophilie dans une nouvelle biographie par Yves Lever publiée chez Boréal mardi 16 février, Claude Jutra s’est vu contraint de descendre de son piédestal. Il ne s’agit pas de justifier les actes, car il n’existe aucune excuse pour ce genre d’agissement et ce, peu importe l’ampleur de l’influence qu’une personne a eue sur la culture québécoise. Toutefois, ces événements poussent au questionnement: à quel point est-il possible d’effacer quelqu’un de l’espace  public? Doit-on admirer l’œuvre d’un artiste condamné, l’applaudir pour son travail et ses réalisations ou tout simplement le renier, comme s’il s’agissait d’une tâche honteuse?

Descente aux enfers

Depuis les révélations de Lever, une deuxième victime a révélé s’être faite agresser par le cinéaste. Il s’agit du scénariste Bernard Dansereau, âgé de douze ans aux moments des faits et qui a notamment travaillé sur la série québécoise Annie et ses hommes. Cependant, cet incident n’a pas empêché le scénariste et le défunt cinéaste de travailler ensemble une fois adulte. Depuis ces révélations, la communauté artistique québécoise est sous le choc car le nom de Claude Jutra est, en plus d’être associé à l’une des plus grandes récompenses du champ cinématographique québécois, le nom de plusieurs rues, parcs, corpus collégiaux et universitaires, etc. L’homme et son travail sont des géants qui représentent une très grande partie de notre réalité et histoire culturelle et, pour reprendre les mots de Patrick Lagacé dans l’édition du 18 février du quotidien La Presse, «il faut donc faire la part des choses entre l’homme et l’œuvre. Et il faut faire la part des choses entre l’homme et le cinéaste génial». Les réalisations de l’homme doivent-elles subir les conséquences négatives de celui-ci ou sont-elles capables de s’élever au-dessus de la tempête?

Mahaut Engérant

Faire disparaître Jutra à tout prix

Québec Cinéma, le gouvernement du Québec, les maires de plusieurs arrondissements de Montréal et même la nouvelle ministre fédérale du Patrimoine canadien Mélanie Joly s’entendent (pour une fois) sur une chose: le plus rapidement possible, il faut masquer le nom de Jutra. Effaçons-le donc de notre environnement afin de retirer les honneurs à l’artiste: Québec Cinéma est l’exemple le plus percutant. En plus de la polémique autour des accusations, la question de la postérité artistique reste un des enjeux les plus importants. Les prix Jutra cherchent dorénavant un nouveau nom, permanent ou temporaire, en vue du gala du 20 mars prochain. Profondément choqués par cette nouvelle, ils prirent la décision d’agir rapidement, sans même vérifier la véracité des accusations. Quelles options reste-t-il? D’autres géants du cinéma québécois attendent impatiemment les honneurs qui leur reviennent. Michel Brault, Gilles Carle, Micheline Lanctôt, Denys Arcand ne sont quelques exemples d’artistes cinématographes dont l’influence est toute aussi importante que celle de Jutra; et puisque l’occasion se présente, pourquoi ne pas établir un prix sans nom afin de, justement, placer l’art cinématographique sous la même bannière et non derrière une seule personne?

Le cas Jutra semble donc se résumer à la réflexion suivante. Doit-on condamner l’homme pour ses agissements? Très certainement. Doit-on réduire l’œuvre à l’homme? 

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Au-delà des préjugés https://www.delitfrancais.com/2016/01/19/au-dela-des-prejuges/ https://www.delitfrancais.com/2016/01/19/au-dela-des-prejuges/#respond Tue, 19 Jan 2016 16:16:52 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=24390 Le 13 janvier dernier avait lieu une soirée de conversations tenue par des conférenciers jouant tous des rôles importants liés aux enjeux des maladies mentales. Parmi eux, le Dr. Sophia Koukoui, Rachel Zellar, Dré Myrna Lashley, Sacha Obas et enfin Cherrilyn Birchwood. Ensemble, ils ont partagé leurs recherches et leurs découvertes à un auditoire attentif et curieux. Les notions abordées relevaient de la stigmatisation, de la relation entre les genres et la santé mentale, de l’importance du bien-être, ou encore du lien entre l’ethnie raciale et la justice criminelle et de son effet sur la santé mentale d’un individu. Pour cela, ces experts ont choisi d’utiliser une approche scientifique, en présentant notamment des projets de doctorats basés sur des recherches cliniques médicales.

L’événement était aussi l’occasion d’entendre le réalisateur et documentariste Sacha Obas sur les enjeux cités dans son reportage The Black Male Mental Health Project («l’étude de la santé de l’homme noir», ndlr). De fait, le documentaire présente l’expérience de la dépression vécue dans la communauté noire de Montréal et ce en examinant les différents facteurs menant à la dépression nerveuse. Il propose des solutions variées afin de combattre le stress et la dépression. Dès le début, les conférenciers ont orienté la discussion autour des maladies mentales touchant des communautés ethniques et des conséquences liées, telle la dépression. Ils ont invité  les membres à s’entretenir avec les professionnels présents à cette fin. Ce sujet reste selon eux encore extrêmement sensible car, à partir du moment où ces troubles deviennent un problème pour un individu, ils deviennent aussi  tabou, ce qui rend le sujet d’autant plus difficile à aborder. De fait, cet enjeu étant caché et secret, les individus souffrant de ces troubles subissent, à leur grand désarroi, du racisme, mais aussi de l’intimidation. Le Dr. Koukoui parle ici de «stigma»: une sorte de marque, de blessure sur la peau à l’image des traces imprimés au fer rouge sur le corps comme punition. Toutefois, ces punitions sont arrivées sans raison, ce qui oblige les patients à vivre avec des symptômes sans prendre conscience de leur «maladie».

La maladie mentale étant un enjeu important, du fait de sa croissance ces dernières années, les organisateurs et conférenciers ont à plusieurs reprises mentionné à quel point ils étaient heureux qu’un si grand nombre de personnes se soit déplacé le temps d’une soirée. Le  contenu du reportage The Black Male Mental Health Project n’est selon eux pas pris avec autant de sérieux dans la sphère publique. 

La conférence aborde une catégorie de maladies mentales qui sont en hausse et ce, malheureusement, tant chez les adultes et les personnes âgées que chez les adolescents. La dépression mentale affecte non seulement la capacité d’un individu à vivre en société, mais aussi à vivre tout simplement, le forçant à se retirer en silence, honteux d’avouer, ou de s’avouer, qu’il a un problème qui va au-delà d’un simple sentiment mélancolique passager. 

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Le centre Newman https://www.delitfrancais.com/2015/10/27/le-centre-newman/ https://www.delitfrancais.com/2015/10/27/le-centre-newman/#respond Tue, 27 Oct 2015 16:34:58 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23713 Officiellement, le centre Newman est présent à McGill afin de regrouper tous ceux et celles désirant participer à une vie catholique à la fois spirituelle et intellectuelle. La meilleure façon d’intégrer le groupe est de participer à l’un des évènements spirituels organisés par le centre. Par contre, le centre propose aussi une multitude d’activités pour les gens désirant seulement rencontrer de nouvelles personnes aussi diverses les unes que les autres sans devoir participer à un évènement spirituel. Depuis le début du semestre, la programmation offre des activités variées qui proposent aux participants de faire découvrir Montréal en organisant une ascension du Mont-Royal, une visite aux Jardins de lumière du Jardin botanique de Montréal, et une session remplie d’adrénaline chez Lazer Quest! Afin d’en apprendre davantage, Le Délit a rencontré la vice-présidente aux événements, Charlotte Vestner.

Le Délit (LD): Le site internet du centre offre une description générale de vos activités, mais pour une personne non informée, qu’est-ce que le centre?

Charlotte Vestner (CV): Le centre Newman de McGill a été créé afin de stimuler les efforts vers la création d’une organisation pour les étudiants catholiques dans une université séculaire. C’est une façon pour les catholiques d’acquérir une formation à la fois religieuse et intellectuelle. Le centre Newman a un club étudiant aussi connu comme étant la Société des étudiants catholiques de Newman, un club officiel de l’Université McGill.

LD: Vous organisez plusieurs événements, mais sont-ils ouverts à tous les étudiants ou bien sont-ils exclusif aux membres du centre?

CV: Le centre s’occupe d’organiser des évènements sociaux toutes les semaines afin de permettre à de nouveaux-venus ou qui ce soit de se joindre à nous afin de socialiser et prendre du plaisir. Nous avons également des évènements spirituels de prévus, mais les activités sociales n’ont normalement aucun lien spécifique avec la foi catholique. Auparavant, les gens qui venaient aux évènements étaient normalement des membres du centre Newman, mais cette année, en tant que vice-présidente aux activités sociales, je tente de de faire participer le plus de gens possible aux évènements, qu’ils soient catholiques ou non! Je crois qu’il est possible d’organiser des événements qui n’impliquent pas nécessairement de sortir dans un bar. De fait, je tente de créer une programmation diversifiée qui a le potentiel de plaire à beaucoup de gens!

LD: Et comparativement à l’an passé et même aux années antérieures, comment se portent les activités?

CV: Pour être franche, les activités et évènements des années passées n’étaient pas très bien annoncés, je ne savais pas moi-même ce qui se passait au centre! C’est alors difficile de comparer la réaction des gens entre cette année et les années précédentes. Je crois pourtant que les gens sont très enthousiastes à propos des événements, mais la plupart du temps, les gens se concentrent davantage sur leurs études que sur des activités. Et concernant l’extérieur de Montréal, personne ne m’a demandé jusqu’à ce jour de créer de tels événements. Je sais que par le passé il y a eu une activité d’organisée aux cueillettes, mais ce qui nous limite dans ce cas est le transport puisque la majorité des gens sont limités aux transports en commun.

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Allez, Tom, allez! https://www.delitfrancais.com/2015/10/06/allez-tom-allez/ https://www.delitfrancais.com/2015/10/06/allez-tom-allez/#respond Tue, 06 Oct 2015 18:42:06 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23419 Luce Engérant | Le Délit

«Si le Nouveau Parti Démocratique a pu devenir l’opposition officielle, il le doit principalement à sa victoire historique au Québec. […] Sa bonne performance s’est faite essentiellement au détriment du Bloc Québécois, qui est presque rayé de la carte électorale. Avec quelque 43% des voix, la formation de Jack Layton a réussi à faire élire 58 députés […] Le Québec a fourni au NPD près de 60% de sa députation.» Telles sont les statistiques publiées sur le site internet de Radio-Canada au lendemain des élections fédérales précédentes, le 3 mai 2011. À l’époque, le Nouveau Parti Démocratique du Canada (NPD) a déferlé sur le Québec à l’image d’un «tsunami orange».

«Droit comme une barre devant Stephen Harper» 

Depuis 2011, en plus d’être l’opposition officielle à Ottawa, le parti a dû voir partir son charismatique chef Jack Layton et se restructurer sous le ministre entrant Thomas Mulcair, d’Outremont. Depuis, ce parti, qui était autrefois  constamment relayé à la troisième ou quatrième place à la Chambre des communes de 1961 à 2011, a réussi une percée et forme depuis l’opposition officielle.

Pour résumer succinctement, le NPD semble avoir comme mandat premier de tenir tête aux conservateurs de Stephen Harper; comme l’a souligné Thomas Mulcair suite aux élections de 2011: «Je suis triste de voir les conservateurs y aller avec une majorité parce que je sais ce que ça peut vouloir dire au plan social. Cependant, il y a une formation politique qui va se tenir debout, droite comme une barre devant Stephen Harper.»

En chute libre dans les sondages

Toutefois, à près de trois semaines des élections du 19 octobre, les forces néo-démocrates semblent en chute libre. Le bastion orange qu’est la belle province commence à s’effriter et à passer entre les doigts du parti qui au début des élections marquait près de 47% des intentions de vote, selon l’article du 30 septembre 2015 de la Gazette de Montréal. Le NPD, qui se présentait autrefois comme un mur, se laisse traverser par les intentions de vote en refusant de riposter aux attaques incessantes du Bloc et des conservateurs. L’honnêteté et la bienveillance sont de bien belles qualités, certes, mais devant une remontée impensable des troupes de Stephen Harper dans les sondages, le NPD devrait rejoindre ses adversaires dans le combat de boue que sont devenues ces interminables élections. Le message socialiste des néo-démocrates semble dernièrement s’être perdu dans ce faux débat sur le niqab qui n’est qu’en réalité qu’une simple distraction des vrais enjeux: enjeux climatiques, politiques étrangères, dialogue avec les provinces, et l’économie.

Une vague d’espoir

Ne soyons pourtant pas pessimistes. Devant les prévisions d’un probable gouvernement conservateur minoritaire, il est important de rappeler que les sondages ne reflètent que les intentions d’une mineure partie de l’électorat et que nous pouvons encore être surpris. C’est arrivé par le passé. Thomas Mulcair continue d’affluer dans des secteurs où les autres partis restent timides, comme en ce moment au Nunavut où le NPD questionne les dangers que court la région en vue des changements climatiques et de l’impact du musellement de la communauté scientifique.

Vous entendrez prochainement plusieurs commentateurs, tant à la radio que dans les journaux, parler du vote stratégique. Après environ dix années de gouvernance sous le gouvernement Harper, le vote stratégique est peut-être la seule option de voir s’opérer un réel changement au Canada. Toutefois, l’important lors d’une élection est d’abord d’utiliser sa voix de citoyen démocratique, mais surtout de voter selon ses convictions. Je retrouve mes convictions à travers le NPD. Fédéraliste, peut-être. Mais c’est le seul parti en qui je vois un réel espoir pour la communauté canadienne.

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McGill s’indigne tout doucement https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/mcgill-sindigne-tout-doucement/ https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/mcgill-sindigne-tout-doucement/#respond Tue, 22 Sep 2015 15:53:49 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23070 Du lundi 14 au vendredi 18 septembre, l’Association Etudiante de l’Université McGill, l’AÉUM, tenait une semaine thématique pour sensibiliser le campus aux conséquences des mesures d’austérité au Québec et à McGill. Parmi les activités, on pouvait compter des panoramas historiques contemporains sur les leçons tirées du Printemps érable et des conférences sociologiques sur les communautés minoritaires touchées par les mesures. Les spectateurs ont eu la chance de s’informer auprès de conférenciers, mais surtout de discuter autour de diverses tables rondes. Les organisateurs de l’évènement rappellent que leur mission est d’encourager les actions, certes, mais surtout d’informer.

Afin d’éviter un message confus ou une prise de position qui semblerait trop subjective, les organisateurs et conférenciers ont pris la peine de mentionner pendant les ateliers et les conférences qu’ils étaient que des messagers objectifs, mais que leur mandat premier était de protester contre l’austérité. Cette semaine anti-austérité fait partie des efforts pour respecter le mandat de solidarité contre l’austérité de l’AÉUM. Ce mandat fut adopté lors de l’Assemblée Générale d’octobre 2014 suite à une proposition Amina Moustaqim-Barrette, vice-présidente externe à l’AÉUM l’an passé. Lors du dernier conseil législatif de l’AÉUM, Emily Boytinck, nouvelle vice-présidente externe, a affirmé lors de son rapport qu’il était des plus importants que les étudiants soient informés au sujet de l’austérité comme il s’agit d’un sujet brûlant dans l’actualité québécoise.

Les organisateurs étaient clairs: un vote de grève n’est pas et ne sera jamais le but premier de l’AÉUM. Ils ont souligné toutefois qu’ils encourageraient les facultés et les organismes indépendants désirant se mobiliser contre l’austérité. Bien que près de 45 millions de dollars aient été coupés à l’Université McGill, l’AÉUM ne désire pas engager une discussion trop exhaustive sur le sujet. Selon l’association, les étudiants ne seront que très peu touchés. Le but est donc d’informer la population mcgilloise sur la façon dont l’université réagit à ces évènements.

Depuis les coupures, l’établissement se tourne davantage vers un financement à même le secteur privé afin de garder et d’optimiser d’année en année le statut de meilleure université au pays. La semaine anti-austérité n’était donc pas une marche progressive pour une large sensibilisation des étudiants à propos d’eux-mêmes, mais à propos de la société au sens large. La semaine fut aussi l’occasion de retrouver plusieurs communautés qui, habituellement fermées sur eux-mêmes, ont engagé des discussions avec d’autres facultés. Créer un forum de discussions entre les divers organismes mcgillois s’avère être une tâche ardue, mais après les divers regroupements de cette semaine où tous les étudiants furent regroupés en un bloc homogène donnent aux organisateurs l’espoir de voir un jour de tels regroupements se former sans leur intervention et ainsi faire profiter la communauté d’un espace de discussion.

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