Nathalie ONeill – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Sun, 21 Apr 2019 21:56:31 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.10 Déambulations sentimentales https://www.delitfrancais.com/2013/11/25/deambulations-sentimentales/ Mon, 25 Nov 2013 17:30:05 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=19358 Rue McGill, je promène toujours ma tristesse.» L’œuvre poétique Sortir de chez soi par Gilles Archambault peut se résumer par cette courte phrase. Dans les soixante pages entrecoupées de photographies d’Erika Nimis, l’auteur déambule sur la rue McGill ainsi qu’à travers ses ruminations sentimentales. Dans son espace physique comme dans sa vie, il se sent isolé, et malgré la rue bondée de piétons qu’il fréquente pour tenter d’échapper à un appartement qui le rend claustrophobe, il construit ses propres murs.

Subtilement, petit à petit, Archambault entraîne le lecteur avec lui. Le récit commence dans son appartement, déboule sur les rues avoisinantes, pour ensuite faire un tour dans les quartiers nocturnes de son adolescence. Il aboutit enfin sur un bateau de croisière en direction de la ville de Québec. Les rues de Montréal sont pour lui un chemin vers ses souvenirs, chemin sur lequel il s’engage volontiers. Parfois, même, avec un brin de délectation qui frise l’existentialisme frivole. «Ce n’est pas la rue McGill que j’arpente à longueur de journée», explique-t-il, «mais ma vie elle-même […] Je dois bien l’admettre, je ne suis pas fait pour la sérénité».

L’auteur semble aussi tenir une vision plutôt médiocre de sa ville natale. Au sujet d’un plan pour transformer la rue McGill en «sorte d’avenue des Champs-Élysées», Archambault raconte: «Comme de raison, je m’étais moqué. Mais où donc serait notre Arc de triomphe, notre place de l’Étoile?»

Les propos que le poète tient sur les femmes valent aussi la peine d’être signalés. Il commente rarement sur les passants de la rue McGill, sauf s’il s’agit d’une femme jeune qu’il trouve séduisante, s’imaginant pouvoir l’approcher et la caresser. Si seulement il avait encore vingt ans… Malheureusement pour lui, il semble vieilli, difficile à satisfaire: «Même dans le plaisir sexuel, dont j’ai eu ma raisonnable part, je ne suis pas sûr d’avoir toujours atteint une qualité d’apaisement équivalente [à l’écriture]», explique Archambault.

Celui-ci trouve son espace favori dans les pages de Camus et de Stendhal. «À dix-huit ans», écrit-il, «ce n’était pas le monde qui m’inspirait, mais l’univers des livres». Par son langage même, Archambault démontre l’importance qu’a la conception de l’espace dans nos vies. Les livres sont un véritable lieu sentimental où l’auteur peut se réfugier, échapper au sentiment qu’il vient «de nulle part, au fond».

Les différentes incarnations de la rue McGill représentent alors les différentes incarnations de sa personnalité au fil de sa vie. Psychogéographe amateur, il offre, par le biais de ses propres déambulations sentimentales, une étude de l’influence que l’espace a sur les êtres humains. Le matin, quand les jeunes familles envahissent les pavés, Archambault s’imagine poussant un landau longtemps disparu. À la tombée du jour, quand la rue devient déserte, l’auteur est amené à réfléchir à sa mort imminente. «J’ai beau sortir de chez moi, je ne sors pas de moi», résume-t-il. Malgré ses digressions parfois égocentriques, Sortir de chez soi peint un tableau sinueux mais charmant de notre rapport à l’espace.

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La vengeance du barbier https://www.delitfrancais.com/2012/01/24/la-vengeance-du-barbier/ Tue, 24 Jan 2012 14:40:31 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=10520 L’histoire de Sweeney Todd sera familière pour nombre d’entre vous qui auront vu l’adaptation cinématographique de Tim Burton. Sweeney Todd, alias Benjamin Barker, retourne à Londres suite à un exil de quinze ans, après une accusation falsifiée. En apprenant le terrible sort encouru par sa femme et sa fille, Sweeney Todd prépare sa vendetta. La troupe artistique de l’Arts Undergraduate Theater Society donne un portrait supérieur à celui de Tim Burton, explorant davantage les thèmes de l’histoire et étoffant beaucoup plus les terribles aventures de Sweeney Todd et de Mrs. Lovett. En fait, l’adaptation marque une autre étape dans la voie innovatrice de l’AUTS.

Lindsay Cameron
La metteuse en scène Pheadra Nowak, le directeur musical Sean Mayes et la chorégraphe Rebecca Pearl ont développé la production ensemble et cette proche collaboration se manifeste par la fluidité du spectacle. Le sentiment d’appartenir à «une grande famille» se traduit par l’enchevêtrement captivant de tous les participants dans cette production. Les relations faciles entre les acteurs (et leur personnage) sont rivalisées seulement par l’enthousiasme que toute l’équipe démontre pour la production.

La troupe fait preuve de créativité, utilisant l’espace de la salle et jouant avec le public. Les acteurs ont des jeux variés qui façonnent une heureuse symbiose, surtout lorsqu’il s’agit des numéros chantés en duo et en groupe. Les acteurs gagnent par leurs interactions et fortifient mutuellement leurs jeux.

Nowak illustre habilement la dualité de l’histoire: la succession de moments humoristiques et de retombées sombres donne un goût parfait et équilibré du pessimisme et de l’optimisme que l’on trouve dans Sweeney Todd. La narration marque les transitions avec fluidité, ce qui enlève toute possibilité de stagnation.

Lindsay Cameron
Zara Jestadt, dans le rôle de Mrs. Lovett, est la vedette du spectacle, de par son maniérisme charmant et la facilité avec laquelle elle jongle entre les éléments légers et ténébreux de la pièce. L’interprétation solide du protagoniste par Benjamin Harris est plus tempérée mais croît alors que le duo s’enfonce dans leurs desseins pervers.

La grève de MUNACA en automne 2011 avait menacé l’utilisation des édifices universitaires pour la représentation. L’AUTS envisageait une relocalisation à Concordia, ce qui aurait coûté cher à la troupe étudiante qui dépend largement de subventions privées. L’AUTS est en effet une organisation indépendante de l’administration universitaire et de l’AÉUM. Sweeney Todd est le fruit de l’effort d’étudiants de diverses facultés réunis par leur goût pour le théâtre. L’AUTS anticipe une série de représentations fructueuse pour Sweeney Todd, encouragée par le grand nombre de billets déjà réservés.

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Sa vie à danser https://www.delitfrancais.com/2011/10/18/sa-vie-a-danser/ Tue, 18 Oct 2011 15:15:59 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9005 Une vie de ballets de Marlène Ionesco relate les carrières de la danseuse Ghislaine Thesmar et de son mari, le danseur et chorégraphe Pierre Lacotte. Le film est principalement composé de clips tirés d’archives qui montrent les différents ballets dansés et mis en scène par les époux. Les clips sont présentés en ordre chronologique et permettent de percevoir le développement du ballet au cours des soixante dernières années. Le répertoire des deux danseurs est effectivement très varié, incluant des ballets classiques tels Gisèle et La sylphide et des ballets contemporains comme La dame aux camélias et La voix. Cette variété artistique donne à Une vie de ballets de nombreux décors et un éventail de personnages, des princesses égyptiennes aux cowboys, en passant par des papillons et des mousquetaires. Une vie de ballet explore aussi une grande variété musicale, avec de nombreux compositeurs classiques, mais aussi des compositions contemporaines comme celles de Claude Léveillée pour La Voix (chantée par Édith Piaf) et de Charles Aznavour pour Gosse de Paris. 

Crédit Photo: Une vie de ballets
Ghislaine Thesmar et Pierre Lacotte passent finalement le flambeau à la prochaine génération de danseurs, en prenant plusieurs jeunes interprètes sous leurs ailes, espérant ainsi perpétuer la ferveur et l’intérêt pour le ballet.

Ainsi, Une vie de ballets offre un portrait enivrant de la danse. Le film aurait cependant bénéficié de coupures dans les entrevues avec les amants au profit des scènes de danse. La merveille du film se trouve en effet principalement dans le choix des extraits, d’une diversité tournoyante, servant de kaléidoscope au monde du ballet.

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Minés: creuser la mémoire https://www.delitfrancais.com/2011/10/04/mines-creuser-la-memoire/ Tue, 04 Oct 2011 13:21:52 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=8841 Si la mémoire était représentée physiquement, à quoi ressemblerait-t-elle? Minés, une pièce écrite par Solène Paré et mise en scène par elle-même et Josianne Dulong-Savignac, tente de répondre à cette question. L’œuvre cherche à créer une mémoire physique, située dans l’espace, qui conceptualise ainsi de manière concrète l’interaction de l’humain avec sa conscience, ses souvenirs, sa mémoire.

Crédit photo: Solène Pare
Minés suit les aventures d’Oscar, un mineur colombien récemment arrivé a Montréal. Oscar est un garçon intelligent et éduqué qui est embauché comme serveur. Les souvenirs d’Oscar se dévoilent peu à peu au cours de la pièce, aux côtés de ses collègues. Pour représenter l’interaction entre l’animalité, le physique humain et la conscience, Madame Paré a choisi d’utiliser de la terre noire. Solène Paré et Josianne Dulong-Savignac expliquent que la terre sert d’équivalent à la mémoire. Ainsi, une terre vierge représenterait une mémoire vierge. L’histoire humaine transforme la conscience comme les tracés physiques transforment la terre. Dans Minés, la terre représente non seulement le début du physique humain, mais aussi les racines de la conscience.

Les metteuses en scène soulignent l’importance du thème de la mémoire et de la terre en soi comme points de départ de l’œuvre. La mine permet d’explorer davantage le parallèle entre la terre et la mémoire en représentant physiquement des processus intangibles, comme creuser et s’enfouir dans sa mémoire. L’interaction avec la terre suit de ce fait l’évolution de la conscience et des souvenirs ressurgissant, à mesure que les comédiens deviennent de plus en plus salis par la terre.

Mesdames Paré et Dulong-Savignac ont choisi d’utiliser une scénographie minimaliste pour isoler les éléments simples et bruts de l’humain et de sa relation avec la mémoire et la conscience. Le groupe Créature, qui présente la production, a choisi comme lieu le Théâtre Mainline, choix qui, en soi, a influencé le processus créatif. La scène, dont trois côtés font face au public, a inspiré la construction des images théâtrales; transformée en arène de terre, elle devient l’élément central. Outre la terre, seulement quelques accessoires, une chaise et un téléphone, sont visibles. Les metteuses en scène souhaitent de ce fait mettre l’accent sur la scénographie plutôt que le décor. Les costumes et l’éclairage reflètent cette sobriété, insistant sur l’interaction du corps des acteurs sous la lumière et avec la terre.

La pièce a été produite par deux étudiantes de deuxième année à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM sous la direction artistique de Solène Paré et Josianne Dulong-Savignac. La distribution est partagée entre quatre étudiants, recrutés à l’université et par entrevues, ainsi qu’un un acteur professionnel (Miguel Doucet, dans le rôle du père d’Oscar).

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L’Art STM https://www.delitfrancais.com/2011/09/27/l%e2%80%99art-stm/ Tue, 27 Sep 2011 11:44:36 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=8708 La Société de transport de Montréal (STM), dans le cadre de son 150e anniversaire et en association avec le Quartier des spectacles, présente une projection sur la conception artistique et architecturale du métro. La vidéo de l’artiste Gabriel Poirier-Galarneau est projetée à l’extérieur de la station Saint-Laurent, du 19 septembre au 2 décembre, de la tombée de la nuit jusqu’à deux heures du matin.

Gracieuseté de Brigitte Chabot Communications

L’œuvre de Poirier-Galarneau, projetée sur un mur de briques près de l’entrée du métro, retrace l’histoire du métro, présentant quinze des soixante-huit stations. Parmi les stations présentées, certaines datent de l’ouverture du métro en 1966, tandis que d’autres sont plus récentes. Chaque station est présentée individuellement et accompagnée de crédits artistiques et architecturaux, ainsi que de l’année de conception. La variété d’artistes et d’architectes choisis par la STM se manifeste par la singularité de chaque station, phénomène illustré par Poirier-Galarneau.

La projection utilise beaucoup de formes géométriques, de découpés, de calques. La projection elle même est circulaire. Cet usage de formes géométriques rappelle les formes utilisées dans la conception des stations elles-mêmes (par exemple, les cercles au sol de la station Peel). Les couleurs unies et opaques sont aussi dominantes dans la projection. La projection dans son ensemble trace donc un parallèle avec l’Art du métro qui comprend des formes et des couleurs simples.

La station Saint-Laurent, située dans le Quartier des spectacles, est entourée de nombreuses expositions et d’activités culturelles. Le mur choisi pour la projection est en avant-plan des nombreux gratte-ciels du centre-ville montréalais. L’œuvre incite l’observateur à percevoir ce qui échappe aux usagers de transports en commun. Elle souligne par conséquent l’Art et la beauté dans le fonctionnel et le quotidien. La projection de Poirier-Galarneau élève le métro du souterrain, démontrant par la même occasion l’importance de la STM au cœur de la métropole.

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