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	<title>Naomi Degueldre - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 28 Jan 2026 04:35:37 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Sensibilité à vendre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/sensibilite-a-vendre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Naomi Degueldre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[sensibilisation politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En pleine léthargie générale, la musique comme élan à une sensibilisation politique.</p>
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<p class="has-drop-cap">Dès les premières secondes de <em>Sold Out</em>, les artistes Gracie Abrams, Bon Iver et Aaron Dessner nous plongent dans l’atmosphère anxiogène d’une fusillade dans une école secondaire. Cette chanson, parue il y a quelques semaines dans un effort de levée de fonds pour l’organisme <em>Everytown for Gun Safety</em>, nous prend de court par sa représentation crue des fléaux qui hantent le climat politique actuel. Des dirigeants indolents aux forces d’extrême droite, en passant par les patrons intéressés, Abrams et Dessner dépeignent un monde dirigé par des « vendus » et n’épargnent personne.</p>



<p>Cette désillusion rejoint le courant postmoderniste dans son rejet de la légitimité des discours étatiques dominants. En effet, l’art postmoderne est caractérisé par une remise en question d’un principe au cœur de la définition de l’État moderne formulée par Weber : le monopole de l’État sur l’emploi de la force. D’un côté, les images incessantes de la violence perpétrée par une bureaucratie flegmatique encouragent une apathie populaire ; de l’autre, l’art s’ancre dans un désir de chambouler cette apathie. Il devient donc une force revigorante pour se sensibiliser de nouveau et prendre conscience de la distance prise avec les événements alarmants qui semblent nous dépasser.</p>



<p>Bien plus qu’une simple représentation de la réalité, les œuvres d’art démantèlent donc le processus quotidien d’« habitualisation » examiné par le théoricien Viktor Shklovsky. Ce dernier voit l’art comme un excellent moyen de renverser l’automatisation de la perception qui nous rend insensibles. En effet, l’art permettrait de « <a href="https://fr.scribd.com/document/913759123/03-a-Shklovsky-L-art-en-tant-que-technique" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">retrouver la sensation de la vie ; [nous] faire ressentir des choses</a> ». Ainsi, la culture, ou, dans ce cas-ci, les chansons à caractère politique, font partie intégrante de la vie politique et permettent aux auditeurs d’être sensibilisés à des enjeux sociétaux, qu’ils soient internationaux ou domestiques.</p>



<p><strong>Politique interne</strong></p>



<p>À l’échelle interne, on peut, par exemple, penser à la chanson <em>True Believer </em>de l’artiste Hayley Williams. Dans ce morceau paru l’année dernière, Williams ne mâche pas ses mots et met en lumière les nombreuses incohérences des discours chrétiens et nationalistes dans le sud des États-Unis. Après avoir critiqué leurs fusils « <em>grands comme leurs enfants </em>» (<em>tdlr</em>), elle dénonce leur tendance à dépeindre Jésus avec un « <em>visage blanc </em>» pour ne pas avoir à « <em>prier quelqu’un qu’ils considèrent inférieur </em>». Grâce à cette chanson, l’artiste américaine parvient à mobiliser l’auditeur, à le sensibiliser à des enjeux concrets et même à lui fixer un but précis. En guise de touche finale, Hayley Williams nous fait une promesse : « <em>The South will not rise again / Til it’s paid for every sin </em>» (« Le Sud ne se relèvera pas tant qu’il n’aura pas payé pour tous ses péchés »).</p>



<p>L’autrice-compositrice-interprète Janelle Monáe livre quant à elle une critique acérée des États-Unis et de son système violent, sexiste et raciste avec <em>Americans</em>. Les couplets de cette chanson, aux paroles exhaustives, abordent entre autres les injustices du système carcéral, les inégalités salariales, l’appétit pour la guerre et la violence policière qui caractérisent les États-Unis. L’allégeance aveugle de la locutrice, qui scande en boucle « <em>I’m American </em>» (« Je suis américaine ») durant le refrain, crée un contraste saisissant avec l’énumération affligeante qui la précède et permet à l’auditeur d’entendre les contradictions ancrées dans l’État américain et de s’en désolidariser.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« D’un côté, les images incessantes de la violence perpétrée par une bureaucratie flegmatique encouragent une apathie populaire »</p>
</blockquote>



<p>Le plaidoyer de Monáe pour un pays plus juste s’inscrit dans une tradition de revendications de la population noire américaine, en ce qui a trait à son inclusion au sein de sa nation. Bien que la fondation de ce pays repose sur des idéaux démocratiques, la concrétisation de ces idéaux n’a eu lieu que grâce au combat incessant de la population noire américaine pour une démocratisation radicale des droits et libertés promus par la Déclaration d’indépendance. C’est d’ailleurs dans cette lignée que « <em>I’m American </em>» se transforme à la toute fin de <em>Americans </em>en « <em>This is not my America </em>» (« Ceci n’est pas mon Amérique »). Dans cette chanson, la remise en question de la fierté nationale se confronte également à la violence exercée par l’État américain à l’étranger. Ainsi, s’inscrivant dans un mouvement d’internationalisation prôné avant elle par W. E. B. Du Bois, Martin Luther King et Malcolm X, le regard de l’artiste se tourne vers les systèmes oppressifs reproduits par les États-Unis sur la scène mondiale. En témoignent les premières lignes de la chanson : « <em>War is old </em>[…]<em>; let’s play God </em>» (« La guerre est une vieille histoire […] ; jouons le rôle de Dieu »).</p>



<p><strong>Politique internationale</strong></p>



<p>Cette résistance à un système généralisé peut également faire penser à la chanson <em>Hypersonic Missiles </em>de Sam Fender. Parue en 2019 et faisant partie de l’album du même nom, elle dépeint un locuteur apathique et désensibilisé. Au beau milieu de bombardements à Gaza, d’un engrenage financier insatiable et de discours alarmistes promouvant un réarmement, il demeure « <em>blissfully unaware </em>» (« complaisant dans son ignorance ») et promet tout ce qu’il possède à sa patrie anglaise. Cette critique du système, saupoudrée de défaitisme, illustre la difficulté de se séparer, en tant qu’individu, d’un système opprimant et foncièrement injuste.</p>



<p>Dans une optique complémentaire, l’auteur-compositeur-interprète Hozier adopte dans <em>Eat Your Young </em>le point de vue de la classe dirigeante pour critiquer sa tendance à sacrifier les jeunes générations, et ce, à travers le globe. Cette chanson de 2023 est inspirée de l’essai satirique « <em>A Modest Proposal </em>» de Jonathan Swift, qui propose la consommation de la chair d’enfant comme échappatoire à la pauvreté pour leurs parents. Hozier reprend cette idée en incriminant une élite ostentatoire qui écorche les vies des enfants, au profit de guerres et de l’accumulation de ressources matérielles : « <em>Puttin’ food on the table, sellin’ bombs and guns / It’s </em>[…] <em>easier to eat your young </em>» (« Mettre du pain sur la table, vendre des bombes et des fusils / Il est […] plus facile de manger ses jeunes »).</p>



<p>Trois ans plus tôt, l’incomparable Taylor Swift faisait elle aussi une défense de la jeunesse. Dans <em>Only The Young</em>, elle soutenait que, alors que les jeunes sont confrontés à une course contre la mort durant les nombreuses fusillades qui rongent les États-Unis, eux seuls sont capables de courir. La course prend ici un sens double, puisqu’elle fait également référence au pouvoir de la jeune génération, qui pourra diriger le pays (« <em>run the country </em>») et ainsi contrer les politiques opprimantes de Donald Trump. Malgré les fusillades, les inégalités et un sentiment d’impuissance affligeant, Swift rappelle donc à la jeunesse qu’il lui faut persévérer et continuer à courir (« <em>Only the young / Can run </em>[…] <em>/ So run </em>»). Écrite avant la réélection de Donald Trump, cette chanson est ponctuée d’un certain optimisme qu’on ne retrouve pas, par exemple, dans la plus récente <em>Sold Out</em>. Cette dernière incarne plusieurs éléments plus sombres qui jalonnent la plupart des morceaux examinés dans cet article : élite vendue, jeunesse apathique et désillusionnée, rage et peur. Cependant, peu importe leur angle d’approche, toutes ces chansons nous rappellent, comme toute bonne œuvre d’art, l’importance de regarder la douleur en face et de ne pas oublier. Dans les mots de Gracie Abrams et Aaron Dessner, « <em>Pain is a souvenir / It’s a reminder </em>» (« La douleur est un souvenir / C’est un rappel »).</p>
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		<title>Au rythme des saisons</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/26/au-rythme-des-saisons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Naomi Degueldre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les artistes Avril Jensen et Erwan nous plongent dans une odyssée introspective au gré des solstices.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le meilleur remède au froid de l’automne montréalais se trouvait sous les lumières tamisées et l’ambiance enfumée du Verre Bouteille le 13 novembre dernier. En effet, dans le cadre du festival Coup de cœur francophone, les artistes Avril Jensen et Erwan sont montés sur la scène exiguë de ce bar de la rue Mont-Royal et nous ont raconté les saisons tout au long de performances de haut calibre.</p>



<p>L’auteur-compositeur-interprète Erwan a donné le coup d’envoi de la soirée en nous proposant une programmation musicale qui dépeint un récit initiatique au fil des solstices. Ainsi, au début du concert, ce véritable héritier de Vivaldi nous offre <em>Trop tard</em>, une chanson qui traite de la « lancée de fin d’été » et où l’on sent son désespoir de voir la période estivale s’étioler. Par la suite, il interprète des chansons hivernales, telles que <em>Mes larmes gèlent en hiver</em>, ballade mêlant désenchantement éthéré et blues glacé. Toutefois, il ne nous laisse pas nous complaire dans une froide mélancolie et nous dégivre instantanément avec <em>Un peu de paix</em>. Avant de l’interpréter, il décrit d’ailleurs cette chanson comme un aperçu du début d’été gaspésien, racontant ses grands espaces et ses veillées au bord du feu. Il clôt finalement sa performance avec des chansons inédites, dont une qui relate une soirée de camping estivale pleine d’espoir où les deux protagonistes «&nbsp;ont réalisé [leurs] vœux dans le noir ». Au cours de ce concert, Erwan parvient à nous raconter une année complète où, après des débuts automnaux maussades, on assiste à une décongélation progressive. L’artiste nous rappelle ainsi que « les jours plus sombres sont l’occasion / De préparer [ses]&nbsp;plus beaux bourgeons ».</p>



<p>Avril Jensen, qui monte sur scène après Erwan, exploite elle aussi le monde de la nature et des saisons pour alimenter son écriture. Ainsi, elle nous apprend que son dernier album, <em>Parfois, les jours de vent</em>, est inspiré d’un passage du roman <em>Soie</em> d’Alessandro Baricco&nbsp;: « Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu’au lac et passait des heures à regarder, parce qu’il lui semblait voir, dessiné sur l’eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu’avait été sa vie ​​». Tout comme le protagoniste de <em>Soie</em>, Avril utilise la nature comme un reflet de son intériorité. Ainsi, les dissensions qui déchirent son âme sont souvent racontées et mises en mots grâce au relief des saisons : « En regardant la rivière / En attendant l’hiver / J’ai oublié mon nom. » Avril nous révèle par ces paroles que sa quête de sens et son ébranlement identitaire passent par un rapport à la nature. Elle entrelace ses chansons pour développer un fil narratif débouchant néanmoins sur une guérison de ses accablements introspectifs. En effet, le concert se dénoue avec la contemplation maintenant saine de la nature dans <em>Parfois, les jours de vent</em>, où Avril garde « tout l’été quelque part en dedans » et chante «&nbsp;on est sensationnels » en chœur avec le public.&nbsp;<br></p>



<p>Avril Jensen et Erwan rejoignent donc une tradition établie d’artistes québécois dont la trame narrative est inspirée par le fil des saisons. En effet, depuis Émile Nelligan et sa fameuse lamentation « Ah! comme la neige a neigé! », en passant par l’angoisse des tempêtes dans <em>Le poids de la neige </em>de Christian Guay-Poliquin ou encore les étés tumultueux des <em>Fous de Bassan </em>d’Anne Hébert, l’imaginaire québécois est préoccupé par les grisailles de l’hiver et les vents estivaux.</p>
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		<item>
		<title>Un lien rouge sang</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/11/13/un-lien-rouge-sang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Naomi Degueldre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Ma vie rouge Kubrick]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre denise-pelletier]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le théâtre Denise-Pelletier nous fait réfléchir aux tragédies familiales.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Avec sa pièce <em>Ma vie rouge Kubrick</em>, le metteur en scène Éric Jean entreprend la tâche complexe d’adapter sur la scène du théâtre Denise-Pelletier le roman éponyme de Simon Roy. Œuvre entre l’autofiction et l’essai, elle relate l’obsession de son auteur pour le film d’horreur <em>The Shining </em>(1980) de Stanley Kubrick, inspiré du roman de Stephen King. Cette idée fixe, partiellement due au passé sinistre de Simon Roy lui-même, lui permet de s’interroger sur la capacité de l’être humain à transcender son héritage tragique familial. Telles des poupées russes, toutes ces œuvres se font écho dans une mise en abîme intertextuelle.</p>



<p>L’œuvre de Simon Roy prend vie sous les traits de Mickaël Gouin et Marc-Antoine Sinibaldi. À eux seuls, ces deux acteurs incarnent le dédoublement, thème récurrent dans toutes les œuvres à l’origine de cette adaptation. Tandis que Gouin, tout de bleu vêtu, incarne Simon Forest – personnage principal de cette auto-fiction – Sinibaldi, habillé en rouge Kubrick, personnifie ses maux générationnels ainsi que les nombreux autres personnages qui lui donnent la réplique. Le jeu de Sinibaldi se distingue par sa capacité à revêtir l’essence de ces multiples personnalités hétérogènes, tandis que Gouin fait preuve d’un jeu d’une versatilité singulière.</p>



<p>On retrouve également l’omniprésence du double à travers un jeu d’ombres astucieux projeté sur le mur qui longe le fond de l’espace scénique. Sur celui-ci défilent ainsi toutes sortes de projections multimédias (photographies, statistiques, définitions et paysages) qui accompagnent et illustrent judicieusement les paroles des acteurs. En effet, la série d’adaptations ayant mené à la création de la pièce ouvre la voie à une véritable transmutation des médias, avec une pièce située à la croisée du film, du livre, et de la scène. Ainsi, par la lecture à voix haute de longs monologues tirés du livre et les projections sur le cyclorama en arrière-plan, la pièce invite l’auditoire à découvrir un hybride entre l’imaginaire et le réel. De plus, l’alternance entre les répliques prononcées simultanément par les deux comédiens et les silences soudains qui envahissent la scène suscitent chez l’auditoire une anxiété qui persiste tout au long de la pièce. La moquette rouge au sol et les éclairages colorés contribuent également à l’ambiance lugubre qui plane dans la salle.</p>



<p>Si l’adaptation est réussie avec brio en ce qui a trait à l’incarnation de l’atmosphère d’angoisse suintante et inconfortable propre au genre de l’horreur, la pertinence de certains choix narratifs décevait par moments. Le livre de Simon Roy et le film de Kubrick abordent de nombreux thèmes qui ne pouvaient vraisemblablement pas tous être représentés dans une pièce de 70 minutes. Malheureusement, la clarté du fil conducteur a été sacrifiée au profit du traitement d’une panoplie d’enjeux hérités du livre. Alors que le livre de Roy tricote délicatement l’enchevêtrement entre l’histoire tragique de sa famille et la trame sanglante de <em>The Shining</em>, la pièce nous perd légèrement et ce n’est qu’à la toute fin que les fils narratifs auparavant disparates sont reliés.</p>



<p>C’est pourquoi il faudrait plutôt considérer la pièce comme la cerise sur le gâteau d’une trilogie dont les pierres angulaires demeurent les œuvres de Roy et Kubrick. Nous vous conseillons donc d’aller voir la pièce si les univers de Kubrick et Roy vous sont familiers ; elle incarne visuellement l’ambiance des deux œuvres précédentes, mais il serait difficile d’en saisir toute la profondeur hors de ce contexte. La pièce reprend effectivement de manière plus légère et moins explicite les interrogations sur la fatalité de la violence qui hantent le film et le livre. Elle nous procure toutefois une ébauche de la réponse esquissée par Simon Roy, en nous offrant une projection opportune et émouvante accompagnée des mots imagés de l’auteur défunt : « Au-dessus de ma tête, le soleil s’évertue à essayer de déjouer les nuages. »</p>



<p>Ma vie rouge Kubrick <em>est présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 16 novembre 2024</em>.</p>
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