Maysa Pharès – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Sun, 19 May 2019 02:56:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.10 Le mot de la fin depuis 1977 https://www.delitfrancais.com/2009/04/07/le-mot-de-la-fin-depuis-1977/ Tue, 07 Apr 2009 23:26:58 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/632 Après de longues soirées de production passées à déblatérer aux limites du délire dans un local sans fenêtres et mal ventilé, vos déliites ont le regret de tirer leur révérence. Malgré quelques petits tracas (Ô euphémisme!), ils ont gardé le souci de maintenir la qualité d’un journal qui leur tenait à cœur, et qui s’est progressivement hissé à la tête de leurs priorités, pour le meilleur et pour le pire.  Nous espérons ardemment que nos fous rires et nos impertinences ont transparu dans nos pages et qu’ils vous ont été agréables autant qu’à nous. C’est avec une fierté toute particulière que nous laissons derrière nous des numéros spéciaux étoffés sur des sujets allant de la culture quétaine à Dieu, en passant par la bouffe. Certains de ces thèmes nous ont habités au point où nous nous sommes surpris à éouter en boucle – et avec passion – un répertoire que nous avions pourtant placé dans notre palmarès des pires quétaineries.

C’est donc avec un plaisir teinté de regret que nous laissons le Délit estiver, pour reprendre ses publications en septembre prochain. Entre-temps, ce numéro se prélassera durant quatre mois sur les présentoirs du campus. Sous la chaleur montréalaise parfois caniculaire, le lecteur pensif aura la paresse de se divertir, voire même de s’éventer, à l’aide de notre laborieuse paperasse. C’est plus sérieusement dans l’espoir que vous trouverez également quelque plaisir à cueillir et à parcourir ces pages tout au long de l’été que nous y avons mis une touche artistique.

Notre équipe vous livre ici le dernier de vingt-quatre numéros, qu’elle aura produits à la sueur de son front, et s’apprête à passer le relais à une nouvelle génération, toujours plus ambitieuse et créative. Avec la fin de l’année, nous nous devons de rappeler que ce journal n’existerait pas sans celles et ceux qui le lisent et collaborent à sa réussite. Dans son dernier éditorial, le Daily souligne l’importance des médias indépendants, et la chance que nous avons de continuer à paraître à l’heure où la presse écrite est en perte de vitesse. C’est pourquoi nous vous remercions pour votre soutien et vos contributions et vous encourageons à garder un œil sur ce petit coin de francophonie dans la jungle mcgilloise.

Sur ces bonnes paroles, bon été et rendez-vous à la rentrée!

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Grammaire et politique https://www.delitfrancais.com/2009/03/31/grammaire-et-politique/ Tue, 31 Mar 2009 16:39:55 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/623 En cette belle province d’irréductibles francophones, on se laisse aisément gagner par le sentiment que la langue française est menacée par ceux qui ne la parlent pas. À observer les dernières «perles» des élus français, force nous est de constater que la langue de Molière se porte le moins bien entre les mains de ceux qu’elle a bercés depuis leur tendre enfance.

En vérité, qu’elle soit française ou autre, la langue subit un massacre progressif, que nombreux ont attribué aux effets des nouvelles communications. Cela rend d’autant plus suprenant le manque de soin que nous sommes de plus en plus enclins à souligner chez les élus. On a certes depuis longtemps dépassé l’époque où la maîtrise impeccable de la langue devait s’accompagner de l’art de la rhétorique chez ceux qui aspiraient à un statut quelconque d’orateur public. Ces temps sont révolus et reviendront peut-être. En attendant, les politiciens d’ici et d’ailleurs nous transportent au gré de leur grammaire bancale et de leur syntaxe appauvrie. Et ceux qui ont vibré à la lecture des discours politiques des temps jadis n’ont guère que leurs points-virgule pour pleurer.

Le décorticage grammatical du discours politique semble ainsi devenir une pratique courante dans les médias, dont on sait la rapacité. Dans cet esprit, le New York Times consacrait, le mois dernier, un article d’opinion à l’analyse des bourdes d’un Obama assez fraîchement élu. Les auteurs se livraient à un argumentaire détaillé fustigeant la manie du président d’utiliser le pronom «I» au lieu de «me». Baptisant le sacrilège pronounitis, le Times rappelait les inexactitudes du même calibre proférées par les occupants de la Maison Blanche, qui présentent vraisemblablement, pour la plupart, des symptômes de cette pathologie.

Pour en revenir au très saint français, le quotidien Le Parisien −celui qu’il vaut mieux avoir en journal− profitait de la Semaine de la langue française pour se délecter des barbarismes et «bulldozages» grammaticaux auxquels un Sarkozy, que nous savons loquace, s’adonne assidûment. Le Parisien s’est donc penché sur le cas Sarkozy en nous livrant une énumération savoureuse des catastrophes verbales du président dont les expressions vont à vau-l’eau, d’un innosent «ch’ais pas» à «On se demande c’est à quoi ça leur a servi?», en passant par l’incontournable «casse-toi pauv’ con!»

En effet, c’est à se demander si ce bon roi n’aurait pas mieux fait de suivre le modèle de ses prédecesseurs en prenant la voie dite royale de l’École Nationale d’Administration, une de ces machines à fabriquer du technocrate syntaxiquement correct telle que l’Hexagone seul sait en produire.

Évidemment, le problème n’est pas là, et les Chirac et les Mitterand outre atlantique ont aussi commis leurs bourdes. Et après que la candidate à la présidence Ségolène Royal nous eût démontré sa «bravitude», le doute a cessé de planer sur l’extinction du politicien-orateur en France. Aux dernières nouvelles, les élus québécois actuels ne sont pas non plus des galvaniseurs de foules.

On dit que pour être politicien, aujourd’hui il faut faire «peuple», parler comme l’homme de la rue. Mais à date, aucune corrélation n’a semble-t-il été établie entre l’érosion de la langue et les suffrages avantageux. Alors un peu de tenue.

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C’était trop tentant https://www.delitfrancais.com/2009/03/24/cetait-trop-tentant/ Tue, 24 Mar 2009 21:22:47 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/606 Lorsqu’un journal étudiant, fort d’une dizaine de membres et de quelques contributeurs, aussi valeureux soient-ils, se lance dans un numéro spécial sur Dieu, il s’expose à des difficultés et à quelques lacunes, que vous aurez le loisir de constater à la lecture de nos pages.

Tout d’abord, malgré notre volonté de couvrir avec le plus d’équité possible les religions monothéistes (car il s’agit ici de Dieu avec un grand D), nous nous sommes vite retrouvés avec un contenu exclusivement axé sur une optique chrétienne. Si cela peut être perçu comme le reflet de l’héritage culturel d’une équipe bien homogène, n’allez pas voir cette disproportion comme une affirmation de l’existence du seul Dieu chrétien par votre Délit soudainement devenu prosélyte. Vous seriez d’ailleurs encore moins bien inspirés de voir notre thématique de la semaine comme l’affirmation que Dieu existe. Si l’on en croit ce qu’en disent les campagnes publicitaires, il n’existe probablement pas.

Cela ne nous empêche pas d’en parler. Car pour un bonhomme qui n’existe pas, et qui échappe à toute définition précise, il a le don de drôlement s’infiltrer dans nos valeurs et notre inconscient collectif.

Le choix de consacrer un numéro à Dieu (à défaut de notre vie, ce qui vous aurait privé du plaisir de lire nos textes profanes) est parti d’un élan spontané, lors d’un brainstorming où l’idée semblait particulièrement attrayante. Ce qui semblait chouette s’est avéré être le numéro le plus difficile et délicat que nous ayons eu à produire. C’est aussi un des plus intéressants, pourtant, puisqu’au fil du hasard et de cette vaste incertitude que représente le sujet, nous avons eu quelques illuminations. En espérant qu’il en sera de même pour vous.

Dans ce numéro, nous explorons la mise en marché de Dieu, à travers la campagne publicitaire de l’Archevêché de Montréal. Dans une veine similaire, nous jetons un coup d’oeil à la privatisation du patrimoine religieux, à travers la conversion d’églises et d’institutions en condominiums. Nos journalistes vont également vous faire découvrir l’Église de Scientologie de Montréal. Nous avons aussi couvert le sujet à travers des entrevues. En pages centrales, l’auteur Dany Laferrière nous livre, avec beaucoup de répartie, ses pensées. Le Vice-recteur à la pastorale de l’Oratoire Saint-Joseph fait sa profession de foi, et un professeur nous parle de Dieu et de politique.

Il y a encore bien des choses à en dire, et qui ne se prêtent que moyennement à la couverture journalistique. Voici pour l’instant le résultat de cette tentative!

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Vivre dans une église https://www.delitfrancais.com/2009/03/24/vivre-dans-une-eglise/ https://www.delitfrancais.com/2009/03/24/vivre-dans-une-eglise/#comments Tue, 24 Mar 2009 20:46:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/595 Alors que la fermeture des églises et des institutions religieuses s’accélère au Québec, leur conversion en condominiums est aujourd’hui pratique courante. À mesure que le diocèse de Montréal continue de se défaire de son patrimoine immobilier, nombreux sont ceux qui déplorent la mise à disposition de lieux publics pour les couches nanties de la population. En revanche, d’autres perçoivent la privatisation comme un moyen réaliste de sauvegarder le patrimoine architectural du Québec.

Il y a quinze ans, Aldo Del Bono profitait d’un marché de l’immobilier favorable pour acquérir un appartement dans l’église qui fait le coin des rues Prince-Arthur et Jeanne-Mance. Coincée entre les tours de La Cité et de la Nouvelle Résidence de McGill, la bâtisse passerait presque inaperçue si ce n’est pour les extensions qui la complètent. M. Del Bono s’affiche comme athée, mais se dit heureux de voir cette structure préservée: «Cette église était vraiment abandonnée et la moitié du toit était éventré. Elle a été sauvegardée et a en quelque sorte trouvé une deuxième nature.»

Selon le propriétaire, l’église était la toute première à être transformée, il y a de cela une trentaine d’années. Elle abrite aujourd’hui vingt-quatre unités de tailles variable, dont le studio de M. Del Bono est une des plus étroites. Ce qui l’a poussé à s’installer dans un ancien lieu de culte, «c’est le hasard. J’aimais l’appartement et le cachet de la pierre, qu’on trouve rarement ici.» Si M. Del Bono a désormais l’habitude d’être abordé par les curieux, il rencontre peu de gens que l’idée de convertir une église en appartemements dérangent, mis à part ses amis italiens.

La reconversion résidentielle est pourtant l’objet d’une vive opposition. Carole Deniger, membre du conseil d’administration d’Héritage Montréal, affirme que nombreux sont les gens outrés par la privatisation d’un bâtiment construit avec les deniers publics. Rappelant que le souci premier de son organisme est la préservation du patrimoine, elle explique que le choix de l’usage que l’on en fait nécessite d’être réaliste. Elle n’hésite pas à avouer que «parfois, il vaut peut-être mieux avoir un usage privé, parce que financièrement, ça tient mieux la route.»

La rénovation et la mise aux normes des bâtiments sont en effet bien plus onéreuses que les acheteurs le croient. Par conséquent, pour Mme Deniger, «quand l’usage n’est pas lucratif, c’est difficile à rentabiliser». La privatisation serait donc souvent une voie privilégiée pour la préservation patrimoniale. Dans cette optique, Héritage Montréal se méfie des discours qui affirment que l’usage public est un usage optimal. «Il ne faut pas non plus partir de l’idée que le promoteur privé est toujours ‘méchant’», affirme Mme Deniger.

Cela n’empêche pas les dérapages, dont le cas du 1420 Mont-Royal est un exemple des plus récents. L’Université de Montréal, ayant acheté le bâtiment aux soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie en 2003, a renoncé face aux coûts exorbitants. Elle souhaite aujourd’hui revendre le lieu à un groupe privé, qui en ferait des condominiums de luxe, ce qui nécessiterait un changement de zonage. Or, tant de démolitions ont déjà eu lieu sur le site qu’il ne reste plus grand-chose à préserver, si l’on en croit Mme Deniger. Autre faux pas: la conversion en 2004 de l’église Saint Jean de la Croix en condominiums, dont l’apparence a tendance à déplaire.

Les lacunes découlent le plus souvent d’un manque de vigilance dans les premiers temps du processus. «C’est en amont qu’il faut mettre les conditions», explique Mme Deniger, qui souligne que «les vendeurs peuvent exiger certaines conditions.»

Au-delà de l’étape douloureuse de la vente, les structures reconverties ne font pas toujours des propriétés idéales, dans la mesure où leur transformation, parfois hâtive, s’accompagne de problèmes à long terme pour les occupants. Cela s’applique moins aux couvents et aux pensionnats qu’aux églises, qui ne sont nullement conçues pour l’habitation.

Si M. Del Bono avoue que son achat avait été abordable, il admet débourser des milliers de dollars par années dans des travaux d’entretien. Cela est dû en premier lieu à la piètre qualité de la finition, faite par un promoteur qui est «parti avec la caisse». À cela s’ajoutent d’amères querelles de copropriétaires.

À croire que les groupes communautaires ne sont pas les seuls à s’opposer aux appartements luxueux, l’église de la rue Prince-Arthur refuse elle aussi son nouveau sort. Pour M. Del Bono,   si tant de travaux sont nécessaires, c’est que «c’est une structure qui n’a jamais accepté d’être un condo.»

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Mécontentement durable https://www.delitfrancais.com/2009/03/10/mecontentement-durable/ Tue, 10 Mar 2009 16:15:13 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/573 La rengaine du «trop peu, trop tard» est un refrain familier sur le terrain de la lutte environnementale. Brandie avec ardeur par les agités des causes vertes, elle retentit traditionnellement chaque fois qu’est présenté un plan destiné de près ou de loin à améliorer les conditions de vie urbaines tout en promouvant les pratiques «durables». C’est de bonne guerre; exiger plus est sain. Mais à l’approche des élections municipales, les trop-peu-trop-tardistes aiguisent et aigrissent leurs discours, parfois au risque de tomber dans l’excès. À tel point que l’on est en droit de se demander si les partis sont motivés par le seul souci de critiquer le parti de M. Tremblay, dans le but de mieux agencer leurs cartes politiques.

La tendance est telle qu’il n’est guère surprenant de voir le Plan de déplacement urbain (PDU) du Plateau, adopté la semaine dernière, accueilli par un communiqué vitriolé du chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Le Parti, dont la plateforme fait de la durabilité son fer de lance, n’a pas hésité à dégainer la formule magique du mécontentement systématique.  Selon Bergeron, le PDU est si insuffisant que la circulation augmentera de 20 p. cent avec son application. La formulation est sournoise puisqu’en réalité, ce n’est que si la tendance actuelle se maintient (c’est-à-dire une augmentation de 2 p. cent par an)  que la circulation augmentera. Bergeron prend donc pour acquis que le PDU n’aura aucun effet.

Le Plan de déplacement a pour objectif principal la diminution de la circulation dans le Plateau, dont nombre de mcgillois sont les envahisseurs, et par conséquent les bénéficiaires à long terme. Il a pour stratégie le développement d’alternatives efficaces à la voiture, auxquelles s’ajoutent des mesures d’apaisement du transit. Parmi les nombreux objectifs,  le plan prévoit une diminution à 30km/h de la vitesse hors des voies artérielles. Flagrant délit de mauvaise foi, Bergeron s’empresse de crier que l’apaisement de la circulation nécessite la reconfiguration des rues et des intersections, et non pas simplement l’installation de pancartes! Il a sans doute sauté un point du PDU, qui parle précisément d’ «améliorer la géométrie des intersections».

Certes, l’échéancier, qui fixe à 2019 les actions les plus ambitieuses, est quelque peu décevant. Cela dit, s’il est vrai qu’on n’en fait jamais assez, mieux vaut se dire qu’il est rarement trop tard. À la lecture du plan, on se demanderait même si l’arrondissement n’en met pas trop dans son assiette. En tout cas, l’initiative permet d’ouvrir la porte à des initiatives similaires de la part d’autres arrondissements, l’étape ultime étant d’aboutir à une politique cohérente à travers la métropole. Le PDU est solidement conçu et clair, et malgré l’imprécision de certaines de ses actions, il a l’avantage non négligeable d’exister.

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Rencontre du droit islamique avec la modernité https://www.delitfrancais.com/2009/03/10/rencontre-du-droit-islamique-avec-la-modernite/ Tue, 10 Mar 2009 14:53:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/561 Explorer la pertinence de la Charia, ou loi islamique, dans le monde d’aujourd’hui, est l’objet d’une série de conférences organisée par l’Association des étudiants musulmans en droit de McGill. Mercredi dernier, Wael Hallaq, spécialiste en droit islamique, et Khaled Medani, professeur de science politique, ont esquissé des pistes de réponses à la question de la survivance de la Charia dans le monde moderne.

La Charia et l’État moderne: deux entités incompatibles

Il ne fait aucun doute pour Wael Hallaq que la Charia telle qu’elle était pendant des siècles est morte. «Nous n’avons pas, aujourd’hui, de culture juridique appelée Charia», a-t-il dit.  L’avènement de la modernité et de l’État-nation ont selon lui sonné le glas de ce système en mettant fin à la «communauté morale», structure sociale à laquelle la Charia servait de mode d’harmonisation. Réticent à définir la Charia comme une «loi», Hallaq a rappelé que la Charia pré-moderne se rapproche du droit coutumier en pratique. Cela lui conférait la flexibilité que n’ont pas les lois codifiées; et a fortiori celles qui se fondent sur le précédent juridique. «La Charia d’aujourd’hui est une entité sous forme de texte, alors qu’auparavant elle était un esprit. Ses principes n’étaient jamais prononcés», a-t-il affirmé, ajoutant qu’«un principe mis sur papier est un principe rigide».

L’incompatibilité de la Charia et de l’État découle également de ce que les fonctions respectives de ces deux entités divergent fondamentalement. «La Charia est un système grassroots», a expliqué le professeur, «il prend naissance au niveau social même auquel il s’applique.» Cela le distingue de l’État, qui exerce son contrôle par le haut et qui, en pratiquant l’ingénierie sociale, «a remanié la Charia tant de fois qu’il en a détruit l’essence même.» Évoquant l’exemple du soutien conjugal, auquel la version abrégée de la loi substantive de l’Islam consacre cinquante pages, Hallaq a rappelé qu’«aujourd’hui, il n’y a que trois lignes sur le sujet, parce qu’il n’y a pas de société sur laquelle on peut dépendre pour l’application de ces fonctions.» La notion du souci de l’autre a, selon Hallaq, disparu en grande partie.

Toujours vivante dans les réseaux informels

Contrairement à Wael Hallaq, Khaled Medani affirme que «la Charia est bien en vie, mais pas au niveau de l’État. La communauté morale est très résiliente.» Adoptant un discours moins abstrait que celui de son confrère, M. Medani a illustré son propos par une comparaison entre l’Égypte et le Soudan,  rappelant que «la résurgence de l’activisme islamique est liée à la crise économique des années soixante-dix», moment où l’État incapable d’assurer la distribution de certaines ressources a poussé les populations à avoir recours à des réseaux informels pour certains services.

M. Medani a expliqué qu’au Soudan, où le coup d’état de 1989 a été suivi de la mise en place d’un gouvernement islamique, la Charia résonne de façon négative dans une société qui s’en détourne de plus en plus, à tel point que l’on observe la résurgence du droit Soufi. L’Égypte, qui n’est pas une république islamique, mais dont la population est plus homogène que celle du Soudan, a paradoxalement une société civile plus orthodoxe.  Cela dit, M. Medani a rappelé que le rapprochement de la Fraternité musulmane de l’État égyptien, auquel elle s’est traditionnellement opposé, l’a rendue impopulaire, ce qui a «mis la Charia sous arrêt cardiaque.» Le professeur a toutefois évoqué les classes laborieuses, qui pratiquent toujours la Charia dans le cadre d’une organisation informelle dans les «espaces non gouvernés.» C’est ainsi que l’on observe la popularité des mosquées privées, ainsi que de la provision privée de la protection sociale.

Au-delà des discours d’experts

Pour les jeunes musulmans ayant grandi en Amérique du Nord, la perception n’est pas bien différente. Imran Siddiqui, avocat originaire du Pakistan et installé à Atlanta est d’avis que «la Charia est en train d’entrer en conflit avec les lois occidentales et devra s’adapter dans un avenir proche». Il estime que «l’adoption de la Charia par l’État ainsi que les avancées technologiques ont dénaturé tout ce qu’elle avait pu être.»

Sur la question de l’existence de tribunaux islamiques aux États-Unis ou au Canada, M. Siddiqui affirme que «si la Charia est en train de faire une poussée en Occident, les jeunes musulmans, surtout ceux que j’ai rencontrés aux États-Unis, seraient selon moi en grande partie opposés à l’usage de la Charia dans leur pays.» Il ajoute: «Pour être honnête, je pense que beaucoup de jeunes sont dégoûtés par les éléments radicaux.»

Pour Firas Ayoub, membre de l’Association des étudiants arabes en droit, «il est possible de régler les problèmes familiaux de manière privée, mais je pense que c’est plus aisé en Irak que dans un contexte comme celui du Canada, où il y a tant d’incompatibilités.»

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Recyclage: Montréal presse le pas https://www.delitfrancais.com/2009/03/03/recyclage-montreal-presse-le-pas/ Tue, 03 Mar 2009 16:26:13 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/553 On l’a dit et redit, Montréal est à la traîne dans la gestion de ses déchets. Malgré la cible fixée en 1998, visant à ce que 60 p. cent des matières résiduelles produites dans la province soient recyclées, la métropole ne passait guère au-delà des 22 p. cent en 2007. Ce taux est d’autant plus décevant que l’ensemble du Québec avait à ce stade réussi à détourner 40 p. cent de ses déchets des sites d’enfouissement. Qu’une ville comme la nôtre puisse être affligée d’un classement mondial qui ferait verdir les métropoles les plus polluantes n’aura guère fini de faire couler l’encre.

Cependant, d’ici 2012, Montréal entend bien redorer son blason en allégeant son sac vert des 60 p. cent tant attendus. La question du compostage devrait notamment être attaquée avec plus d’efficacité, depuis qu’a été obtenu, le 17 février, un consensus municipal sur la technologie à adopter pour procéder à la récupération des matières organiques. Cette démarche importante consiste à choisir la valorisation dite biologique, au lieu de la gazéification. Cela implique le compostage à ciel ouvert ou en milieu fermé des résidus, une option qui devrait, selon Le Devoir, permettre de faire passer la facture prévue de 850 à 300 millions. L’échéance, initialement fixée à 2018, a été avancée à 2012.

Le compostage permet de réacheminer des matières résiduelles organiques vers l’agriculture sous forme d’engrais naturels, et présente une alternative à l’enfouissement. Si Montréal ne valorise aujourd’hui que 8 p. cent de ses résidus compostables, d’autres villes canadiennes telles que Halifax et Edmonton sont depuis plusieurs années dotées de programmes de compostage avancés et qui ont fait leurs preuves. La Suède offre elle aussi, et ce depuis 20 ans, un modèle exemplaire de réduction systématique des matières organiques. La région de Montréal se sait donc pressée de faire un saut considérable, et l’entente passée entretient l’espoir, non seulement de rattraper le retard, mais de dépasser l’objectif des 60 p. cent.

La question se pose toutefois de savoir pourquoi ce même objectif avait été fixé en 1998-2008, alors que la communauté métropolitaine n’était pas même encore équipée d’un plan de récupération des matières organiques. Il est non moins surprenant que, malgré la piètre performance des années passées, certains acteurs soient en faveur d’une révision à la hausse des ambitions. De fait, à l’annonce du projet de Plan directeur de gestion des matières résiduelles de l’agglomération de Montréal 2008-2012, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement avait rédigé un mémoire intitulé «Trop peu, trop tard». D’autres organismes reprochaient au projet de maintenir nos 10 ans de retard.

Irrités par l’incapacité de la métropole à atteindre ses objectifs, les groupes environnementaux soucieux de rattraper le temps perdu semblent hâter l’obtention d’objectifs peu réalistes. Les acteurs municipaux, soucieux quant à eux de s’assurer le soutien public en marquant leur engagement environnemental, sont disposés à établir ces cibles élevées, sans pour autant évaluer leur potentiel de réalisation dans le temps imparti. Il existe un manque de clarté sur la manière dont sont déterminées les normes qui guident nos actions environnementales. Entre les objectifs qui séduisent (à raison, certes) et ceux qui servent d’outils à l’action, un juste milieu semble devoir être défini.  Le 17 février, un consensus a vu le jour, mais nous demandons à voir un échéancier clair qui énonce les étapes d’exécution. Il en va de même pour l’ensemble de la politique de gestion des déchets.

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Ruban rouge et blogosphère https://www.delitfrancais.com/2009/02/17/ruban-rouge-et-blogosphere/ Tue, 17 Feb 2009 19:52:40 +0000 http://www.delitfrancais.com/archives/537 On a souvent reproché à McGill son manque de répondant sur bien des sujets, notamment sur la question de la bureaucratie, qui a fait s’arracher les cheveux à des générations d’étudiants. Le vent tourne cependant, et l’université fait preuve d’une volonté appréciable d’augmenter la communication et les consultations. Preuve en est, lundi dernier atterrissait dans nos messageries un courriel annonçant le lancement de l’édition 2009 du concours Éliminer la paperasserie (Red Tape Contest). Malgré un titre peu accrocheur en français, l’initiative du vice-principal exécutif adjoint Morton Mendelson est louable. Lancée à McGill en 2008, elle s’inspire d’un projet similaire tenté à l’Université Dalhousie. Du 16 au 20 février, les commentaires et suggestions des étudiants sont sollicités sur le blogue www.blogs.mcgill.ca/redtape. Un prix de 100 dollars sera remis aux dix meilleures contributions.

Il est regrettable, d’entrée de jeu, que le lien inséré dans le corps du message soit erroné, et nous oriente non vers le blogue mais vers un message d’erreur. L’ironie de la chose est d’autant plus frappante que l’objectif est ici de permettre aux étudiants de s’exprimer sur des sujet tels que Did you find that online, or not? (L’avez-vous trouvé en ligne ou pas?). Il est à espérer que ce faux pas informatique ne découragera pas les étudiants de s’y rendre. En admettant toutefois que vous le trouviez en ligne, le blogue du concours vous invitera à répondre sur trois autres sujets: I wish I knew then (Si seulement j’avais su), Where do you get advice? (Où peut-on être conseillé?),  Are you running around? (Tournez-vous en rond?). Les sujets auraient pu être traduits en français, ne serait-ce que pour encourager les commentaires française de la part d’étudiants qui s’y sentent plus à l’aise.

À l’heure où ce texte est rédigé, il se trame déjà d’intéressantes solutions. La question de l’information mise en ligne par l’université accapare le plus d’attention. On reproche la complexité de Minerva, ou encore l’éparpillement des données en trop d’endroits sur le site Internet. Une étudiante évoque la difficulté qu’elle a eue à trouver de l’information sur les financements disponibles pour les étudiants américains, ainsi que des détails concernant les garderies ou les écoles pour sa fille. Un étudiant au doctorat souligne quant à lui l’absence de certains liens spécifiques vers des pages contenant, par exemple, de l’information sur les bourses doctorales. Dans un autre registre, une étudiante propose que soit créé un dépôt de lettres de recommandations afin qu’un étudiant ne soit pas obligé de demander une même lettre plusieurs fois à un même professeur.

Ces apports sont bénéfiques, mais si disparates que nous sommes en droit de nous interroger sur l’efficacité de cette méthode. Il ne fait pas de doute que la volonté de McGill à obtenir le feedback de ses étudiants est fort appréciée. Cela dit, nous attendons toujours de savoir quel parcours concret ont fait les propositions des gagnants de 2008, et espérons un rapport sur le progrès effectué, tel qu’il est promis sur le site du projet. Si McGill a tout intérêt à consulter sa population, l’institution gagnerait probablement à favoriser à l’avenir une consultation similaire, mais fondée sur des questions plus précises et bâties, pourquoi pas, à partir des commentaires recueillis à ce jour. C’est en ciblant les problèmes que nous pourrons attendre des solutions précises.

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