Mai Anh Tran-Ho – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 20 Feb 2019 19:05:02 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.9 Le corps a ses raisons https://www.delitfrancais.com/2014/02/10/19890/ Tue, 11 Feb 2014 04:20:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=19890 La compagnie Random Dance de Wayne McGregor était de retour à Montréal cette fin de semaine, dans le cadre de Danse danse, pour présenter son spectacle FAR sur la scène du Théâtre Maisonneuve.

Chorégraphe en résidence au Royal Ballet de Londres, Wayne McGregor est reconnu pour ses productions contemporaines alliant la danse et la musique, les arts visuels et la technologie. Entity, sa dernière performance offerte à Montréal à l’hiver 2011, avait ravi la critique par son caractère unique et son esthétisme calculé, par ses curieux ricochets de corps désossés.

Le titre de la nouvelle création, FAR, -qui résulte de l’acronyme de Flesh in the Age of Reason, un ouvrage de Roy Porter consacré à la relation entre le corps et l’esprit au 18e siècle- annonce le thème majeur de l’œuvre. Le nom de la compagnie, «Random Dance», reflète quant à lui son esthétique aléatoire et nerveuse.

Le spectacle débute avec un magnifique duo dansé sur l’air de «Sposa son disprezzata» interprété par Cecilia Bartoli, sur une scène illuminée par quatre torches enflammées portées par des danseurs vêtus de noir. À cette lente valse aux réminiscences baroques succède un environnement futuriste: les torches s’éteignent et cèdent la place à un vaste panneau composé de diodes électroluminescentes qui descend au fond de la scène. De nouveaux danseurs s’avancent, adoptant des poses distordues et progressant dans un mouvement heurté. Cette atmosphère froide et monotone suggérant les lendemains d’un désastre nucléaire, renforcée par le survêtement gris des danseurs, persistera jusqu’à la fin.

La chorégraphie met en évidence les rouages de l’anatomie humaine en animant les articulations de mouvements anguleux et saccadés, dans une exécution rapide de séquences répétitives. Le corps svelte et musclé des danseurs est réduit à un pantin fracturé, presque disgracieux; la tête souvent désaxée par rapport au tronc, ces derniers évoluent dans l’espace selon une trajectoire erratique. Malgré leur simplicité apparente, ces postures désarticulées exigent une remarquable souplesse et une impeccable coordination. Paradoxalement, une certaine beauté fluide se dégage de leurs pas déchaînés. Le mouvement du corps semble mû par ses propres raisons.

Sous une lumière blanche épurée, le spectateur observe les danseurs comme le scientifique scrute l’anatomie de ses patients. À travers un propos imprécis sur l’interaction entre le corps et l’esprit, il devine des scènes de doute, d’altercation, de conflit, de lutte.

La musique électronique un peu grinçante de Ben Frost, qui crée une ambiance à la fois suave et oppressante, convient parfaitement à la chorégraphie. Le sobre éclairage de Lucy Carter ajoute à cette impression de désolation. L’écran lumineux affiche parfois un alarmant décompte du temps évoquant une catastrophe imminente; sa pertinence s’avère cependant douteuse, car il distrait davantage le regard qu’il ne contribue à l’effet plastique. Pendant quelques instants, l’éclairage crée des sentiers et transforme la scène en espaces intimes rappelant la poésie de l’ouverture. Dans l’une des scènes les plus réussies, une lumière orange illumine les corps des danseurs comme s’ils scintillaient d’eux-mêmes.

Quoique moins bien ficelé qu’Entity, le spectacle FAR confirme la réputation méritée de Wayne McGregor en danse contemporaine. La troupe —surtout Louis McMiller et Anna Nowak, dont les prestations se démarquent— incarne efficacement les réflexions plastiques du chorégraphe sur la science et la technologie. Nous regrettons seulement que l’unité esthétique de l’œuvre confère à l’ensemble une redondance lassante malgré la brièveté du spectacle.

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Jamais à court de documentaire https://www.delitfrancais.com/2011/11/22/jamais-a-court-de-documentaire/ Tue, 22 Nov 2011 13:52:00 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9930 Du 9 au 20 novembre se tenait la 14e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Les centaines de films au programme ont une fois de plus démontré les différentes facettes du genre.

Contemplations poétiques

À la Librarie Le Port de Tête, Jorgen Leth nous lit ces quelques phrases de son recueil de poèmes: «The world is just herebeyond the wall and I am trying to pin down the perfect human in the space in which he moves. Is he free? Does he want something in particular? Where does he walk around what is he doing how exactly is he present?» Celui qui serait le mentor de Lars von Trier est sans aucun doute un réalisateur à découvrir. Il étudie l’activité humaine depuis plus de quarante ans. Coups de cœur de la rétrospective: 66 scenes from America et New Scenes from America sont des tableaux qui illustrent le mythe américain et A Sunday in Hell qui suit le parcours cycliste Paris-Roubaix de plus de 200 mètres en 1976.

Gracieuseté de RIDM

«Reality documentary»

Paradise Lost 3: Purgatory a tout de l’intrigue d’un bon film policier: meurtres, un homme accusé à tort, un groupe de personnes qui luttent pour l’innocence de celui-ci, l’investigation bâclée de la police, de nouveaux coupables… Sauf que le film de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky n’est pas de la fiction. C’est bel et bien un documentaire malgré ses airs de télé-réalité. En 1993, trois adolescents sont accusés du meurtre de trois enfants à West Memphis, en Arkansas. Les preuves? Aucune. Ils gribouillaient trop de pentagrammes, de têtes de mort et de serpents. Les meurtres horribles sont l’œuvre de Satan et ces trois adolescents sont clairement amis avec le diable. La trilogie Paradise Lost est une réalisation phénoménale sur une des enquêtes contemporaines les plus invraisemblables. Le dernier volet Purgatory résume l’aventure cauchemardesque et met en relief les concepts de justice et de liberté. À voir absolument.

Gracieuseté de RIDM

La première prise est souvent la bonne

Les réalisateurs Jim Brown et Gary Burns ont eux décidé de faire un remake du vieux film français La vie commence demain de Nicole Védrès. The Future is Now! est malheureusement une pâle copie du film de 1949 dans lequel le comédien Jean-Pierre Aumont incarnait «l’homme de la rue» et s’entretenait avec le peintre Picasso, l’existentialiste Sartre, l’architecte Le Corbusier, le biologiste Rostand, l’auteur Gide… La vie commence demain explorait l’avenir qui s’offrait à l’humanité suite aux deux guerres mondiales, la bombe atomique, Hiroshima et Nagasaki. The Future is Now! reprend le même fil conducteur, «la femme de demain» tente de changer l’attitude de «l’homme d’aujourd’hui» qui ne se contente que de ne pas faire de mal au monde et espérer qu’aucun malheur ne lui tombe dessus. Le film est dénué de toute émotion, pathos, le discours de Liane Balaban,«Il faut s’engager dans la collectivité, croire en l’humanité», sonne faux et assomme tellement il est moralisateur.

Gracieuseté de RIDM

Controverse Wiseman

Le film d’ouverture Crazy Horse (lire l’article «Soldates de l’armée érotica» dans l’édition du 15 novembre) a fait l’objet d’une pétition signée par 20 cinéastes, producteurs et cinéphiles et appuyée par neuf autres personnes n’ayant pas vu le film qui accusaient le dernier film du réputé réalisateur Frederick Wiseman d’être «complaisante et sexiste». L’œuvre n’avait pourtant pas choqué au Festival internationale du film de Toronto cette année. C’est se tromper que d’accuser hâtivement les RIDM d’avoir voulu gonfler les salles en choisissant ce film qui démontre une fois de plus la technique du cinéaste. Les sujets choisis par Wiseman sont ruminés longuement. Oui, sans narration on perçoit bien par le montage l’objectif de ses films: percer le mystère d’une institution –un hôpital psychiatrique dans Titicut Follies, une base militaire dans Basic Training, un centre de recherche zoologique dans Primate, une agence de mannequins dans Model – et Crazy Horse ne fait pas exception.

Docville nous offre les meilleurs documentaires de l’année à partir de janvier, le dernier jeudi de chaque mois. En vente au cinéma Excentris.

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Une pierre à la fois https://www.delitfrancais.com/2011/11/15/une-pierre-a-la-fois/ Tue, 15 Nov 2011 14:41:44 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9676 Qu’est-ce qui nous incite à terminer ce que nous nous sommes engagés à faire? Quelles sont les motivations qui nous poussent à compléter un projet? Voilà la grande question à laquelle Bill Stone a voulu répondre en suivant Chris Overing dans la construction d’un mur de pierres sans mortier long de 300 mètres dans son premier long-métrage Work in Progress.

124 minutes explorant l’érection d’un mur… Drôle d’exercice que de chroniquer l’évolution de ce projet qui peut sembler à première vue banal et exempt de tout drame possible. Tout ce temps peut-il réellement être captivant? Eh bien, oui. Le seul risque de ce projet hasardeux se produit: le mur ne se construit pas. Du moins, pas dans délais attendus.

Work in Progress n’est pas qu’une suite chronologique des deux-cents heures filmées au fil de cinq saisons. C’est un documentaire aux allures d’un roman d’apprentissage, ces récits romantiques qui décrivent la maturation d’un héros, en l’occurrence le réalisateur. D’ailleurs, la bande-annonce le propose comme un film sur l’espérance, les attentes. Bill Stone part naïf et crédule –l’échéancier initial était de deux mois–, puis il s’impatiente face à l’apparente nonchalance de Chris Overing, et s’inquiète face à ses objectifs pour le film. L’avancée de ces projets –le mur et le documentaire– et tout ce qu’ils peuvent susciter de préoccupations sont examinés à travers la réflexion du réalisateur.

Par de brefs commentaires ironiques qui font éclater la salle en rires orchestrés, il tourne au ridicule son propre projet et ses aspirations exprimant ainsi le cycle nécessaire passant de «l’enthousiasme à la désillusion, à un genre de purification de la visée initiale». Plutôt que de verser dans l’hypersubjectivité et le cliché avec des méditations qu’on peut dire éculées et surutilisées comme «Can we project beauty onto something or does it have to come out on its own?», «What is built is a reflection of what’s going on Inside», «Why are we avoiding what we sought out to do?», Bill Stone exprime par là une étape du cours de la pensée. Chaque personnage semble incarner une émotion du réalisateur, de l’ambition aux inquiétudes, jusqu’au besoin de puiser aux sources par un voyage idyllique au nord de l’Angleterre.

Alors que l’intention première était de chroniquer la construction de ce mur de pierres par un néophyte, Work in Progress se transforme en une méditation sur le progrès, la valeur de l’expérience par rapport au travail accompli. C’est une conception de la vie en elle-même qui se forge progressivement. Derrière l’apprentissage de la maçonnerie et du documentaire, domaines dans lesquels Bill et Chris font respectivement leurs armes, ils découvrent les grands événements de l’existence (l’amour, la haine, la mort, l’altérité).

Au terme du documentaire, on constate avec surprise qu’à travers son introspection personnelle, Bill Stone réussit à se transcender et à offrir un exposé clair et drôle sur un thème complexe: la vie. Un tour de force à ne pas manquer, une seule et dernière séance aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal!

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Tout n’est pas nickel au Québec https://www.delitfrancais.com/2011/11/08/tout-nest-pas-nickel-au-quebec/ Tue, 08 Nov 2011 13:09:33 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9529 Richard Desjardins et Robert Monderie dressent un portrait peu flatteur de l’industrie minière dans leur dernier documentaire Trou Story. Les réalisateurs de L’Erreur boréale et Le Peuple invisible ne s’attaquent cependant pas qu’aux compagnies minières, ils ciblent aussi le gouvernement québécois.

Gracieuseté de l’Office national du film

La première scène nous plonge directement au cœur du sujet. La caméra s’avance tranquillement dans une mine au rythme de la narration de Richard Desjardins: «Vous ne connaissez rien des mines? Normal. Les mines ne parlent pas beaucoup. Surtout pas de leur histoire…» Trou Story est un exposé historique teinté d’humour et de jeux de mots qui allègent la teneur pamphlétaire du documentaire. À coups d’archives et d’entretiens, The Hole Story (titre anglais du documentaire) examine l’exploitation minière, des armes de guerres aux électroménagers, jusqu’à la mécanisation de l’industrie.

Trou Story révèle ce que nous savons déjà: seul le profit  importe, au diable la santé des travailleurs et la préservation de l’environnement! Les normes de contamination n’ont pas été renouvelées depuis trente ans. Les audiences publiques perdent leur pertinence alors que tout un quartier de Malartic est déjà exproprié pour permettre l’exploitation. Des images panoramiques prises en survol étalent l’ampleur des conséquences sur la faune et la flore.

Trou Story plaide contre le laxisme du gouvernement du Québec, qui favorise les revenus des entreprises minières au détriment d’acquis sociaux nécessaires pour ses couches populaires. «Le fiduciaire, le gérant» de l’avenir québécois ne verrait pas plus loin que le bout de son nez, ne s’enquiert pas des dégâts de ces exploitations excessives; mais «quand on ne cherche pas, on ne trouve pas»! La bêtise du gouvernement est sa prostitution sans redevances (5% à 10% d’impôt sur le revenu des compagnies minières). Les lois inchangées depuis belle lurette permettent aux compagnies minières de ne payer des impôts que sur des bâtiments, mais pas sur les routes qu’ils empruntent et qu’il faudra reconstruire, les trous creusés qu’il faudra remplir, l’environnement détruit qui est perdu à jamais… Le documentaire soulève le paradoxe d’acheter deux, trois fois la valeur des produits faits ailleurs avec les minerais brut tirés du sous-sol québécois, alors qu’on pourrait produire et développer la richesse ici. Le message de Richard Desjardins et de Robert Monderie: il faut changer le modèle de développement québécois, que ce soit concernant les forêts, le gaz ou les mines.

Le documentaire a froissé et froissera de nombreuses personnes, surtout ceux qui préfèreraient être plus discrets. À l’heure où le Plan Nord semble être le legs du gouvernement québécois, les réalisateurs espèrent sensibiliser la population sur la situation pour qu’elle réclame que la richesse générée par le sous-sol québécois profite davantage à l’ensemble de la collectivité. Trou Story se clôt sur la fameuse phrase de Jean Lesage: «Il est temps d’être maîtres chez nous». Souhaitons-lui un impact explosif!

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De la violence sur scène https://www.delitfrancais.com/2011/10/25/de-la-violence-sur-scene/ Tue, 25 Oct 2011 12:19:46 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9179 Écrit en 2008-2009, Chaque jour dresse le portrait tragicomique de Lucie (Anne Élisabeth Bossé) et Joe (Vincent Guillaume Otis) qui s’aiment autant qu’ils se méprisent. Le couple s’emprisonne dans une relation abrutissante constituée de chamailles et de parties de fesse qui tournent plus souvent qu’autrement aux poings. Et lorsqu’ils ne passent pas à l’acte, c’est dans leurs mots qu’ils se blessent mutuellement.

Crédit photo: Suzane O Neill
Fanny Britt explore la violence qui naît de l’ennui et de l’ignorance. Dès les premiers échanges, les reparties du dialogue amoureux illustre avec justesse leur cruauté. Chaque réplique révèle le besoin de dompter et d’aliéner l’autre pour mieux refouler ses propres insécurités. L’auteure puise dans ces affronts quotidiens («T’es ben conne!», «T’es ben épais!») le reflet de leur ignorance dans un monde dicté par la culture populaire et le confort matérialiste.

Le texte est léger; on rit. Le propos est lourd; on réfléchit.

On pourrait reprocher à Chaque jour ses allures de fable (Joe lévite) et sa caricature des personnages (la fille de club, le macho homophobe, la patronne obnubilée par son image), mais dans ce portrait grossier demeure la force de la réflexion: «Vaut-il mieux se conforter dans une identité médiocre, voire monstrueuse, mais familière, ou jouer le tout pour le tout, sauter dans le vide et risquer l’anéantissement?» Ce jour aurait pu être comme tous les autres, un jour où ils auraient continué à s’injurier, puis à s’embrasser, mais tout dérape; les émotions ressenties par Joe lorsqu’il écoute la musique contenue dans un iPod volé tranchent avec celles de sa liaison malsaine avec Lucie.

La mise en scène de Denis Bernard (Coma Unplugged) crée un huis clos essentiel dans la progression de l’action. La tension est exacerbée par la récurrence obsédante de Lucie qui cogne hystériquement sur les portes d’une scène éclairée uniquement par des éclairs soudains et par l’écran imaginaire d’une télévision. Les scènes se renouvellent dans une boucle temporelle qui expose la décadence fatale du couple et met surtout en valeur l’excellent jeu de la patronne (Marie Tifo) obsédée par l’idée de faire tourner les événements en sa faveur. Une structure précise et réussie.

L’élément fort de la représentation est le malaise qu’elle nous transmet, ce frisson de terreur et de pitié que les tragédiens savent transmettre. On se reconnaît même si on ne parle pas comme eux; il émane de la pièce une violence qu’on retrouve tous en soi, refoulée ou non. Lucie et Joe ne connaissent pas les mots pour s’aimer. Ils ne connaissent pas les mots pour exprimer la beauté. Et dans leur bêtise, on ne les méprise pas. Ils nous choquent, nous provoquent, mais on s’attache à eux étrangement. Comme s’ils avaient pu être nous, comme si on avait pu être eux.

Denis Bernard, aussi directeur artistique et général du Théâtre La Licorne, voulait inaugurer la nouvelle salle avec un texte québécois. Il n’aurait pu mieux choisir que Chaque jour, signé Fanny Britt, et sa brochette de comédiens. Une pièce à ne pas manquer.

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Unplugged sur le toit d’Ubisoft https://www.delitfrancais.com/2011/09/06/unplugged-sur-le-toit-d%e2%80%99ubisoft/ Tue, 06 Sep 2011 13:31:13 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=8151 L’ambiance est plutôt calme. La foule trépigne en jasant. La première partie est assurée par Snailhouse, dont l’alliage de blues, rock et folk est intéressant, mais qui peine à captiver l’attention du public qui est aussi volatile que l’odeur des sandwiches du traiteur Pas de cochon dans mon salon.

Gracieuseté Bonsound

Le groupe révélé aux finales des Francouvertes s’installe enfin et nous offre un des spectacles les plus intimes qui soit. Ils débutent sans attendre avec «La Marge». Aucune modification substantielle aux chansons, mis à part quelques arrangements. Il se passe peu d’échanges avec le public, le groupe enchaînant les morceaux en mentionnant discrètement les titres au micro comme ils murmurent les paroles de leurs chansons.

Un son comparable, comme il a souvent été dit, à Karkwa, Malajube, Patrick Watson et qui n’est pas non plus sans rappeler Radiohead. Un duo de cordes accompagnait la violoncelliste et membre du groupe Marianne Houle. Une musique de chambre à toit ouvert, douce et envoutante, un peu nostalgique et contemplative, avec la planante voix de Jean-Michel Pigeon.

La soirée semblait être à son début lorsqu’ils ont joué leur dernier morceau «Ce Soir». «On n’a plus rien à vous jouer» a lancé le batteur Mathieu Collette en guise de conclusion. Dommage, on aurait bien aimé entendre quelques morceaux de leur très bon EP La saveur des fruits. Mais on a tout de même bien été choyé avec Tantale qui, pour les curieux, est un mythe sur le désir inaccessible. Le père de Pélops fut condamné à souffrir d’une faim et d’une soif éternelles: plongé dans une rivière, il en verrait le cours s’assécher chaque fois qu’il se pencherait pour s’y abreuver; placé sous un arbre, il en verrait s’éloigner les branches chaque fois qu’il voudrait tendre le bras pour y saisir un fruit.

Gracieuseté Bonsound

Monogrenade nous avaient déjà convaincus de la beauté de l’organique par leur album enregistré dans un chalet. Après le concert de Patrick Watson au Parc national de la Mauricie cet été, celui-ci sur le toit d’Ubisoft confirme définitivement la force de communion indescriptible et indéniable de la musique avec la nature.

Ne manquez pas votre chance, il reste un dernier spectacle le 24 septembre avec Random Recipe et Peter Peter!

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L’autre visage de la manif https://www.delitfrancais.com/2011/04/05/l%e2%80%99autre-visage-de-la-manif/ Tue, 05 Apr 2011 18:53:09 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7718 «Internet est de plus en plus un média incontournable pour rejoindre les gens», affirme Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante). Le groupe, qui a récemment produit les vidéos «Mathieu contre la hausse des frais» et «Lauriane contre la hausse des frais» partagées sur YouTube, a su rejoindre et susciter les étudiants à participer au débat.

Jeudi dernier, 60 000 étudiants étaient en grève, rappelant ainsi au gouvernement que leur mécontentement ne s’apaiserait pas. Le 17 mars, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a annoncé que les frais de scolarité des étudiants québécois augmenteront de 325 dollars par année sur cinq ans; une hausse totale de 1625 dollars qui maintiendrait néanmoins le Québec en deça de la moyenne canadienne, entend-on marteler.

Depuis cette annonce, les militants étudiants occupent les bureaux du gouvernement, se présentent aux réunions et au congrès du Parti Libéral du Québec, manifestent dans les rues. On ne retient souvent que le côté perturbateur et violent de ces actions, et on néglige parfois de rappeler l’enjeu. Une vidéo cependant remet le «jeu» dans la formule: «L’envol – Démonstration publique».

Thomas Szacka-Marier

Le 30 mars, de nombreux étudiants ont rempli l’agora de l’UQAM et ont lancé des avions de papier, pliés à partir de factures des droits de scolarité, pour symboliser leur opposition à la hausse des frais. Un geste collectif filmé, édité et largement partagé sur Facebook et YouTube. «C’est un bon moyen de porter le message du refus hors des murs de notre université», témoigne Simon Grégoire, qui a eu l’idée originale pour la vidéo.

Ce nuage d’avions, loin d’être une «action typée» tel que pourrait l’être la manifestation rappelle-t-il, semble être mieux reçu que d’autres vidéos militantes, si on se fie au nombre de likes et dislikes par rapport au nombre de vues. Même s’il peut effacer des commentaires désobligeants, Simon Grégoire assure que ce n’est pas à lui de contrôler la discussion. Il soutient que «c’est une action portée par une coalition d’acteurs, [que] c’est le fruit d’un mouvement social, [que] la communauté étudiante s’était mobilisée et [qu’elle] s’est chargée de répondre».

Étudiant en sciences politiques à l’UQAM, Simon Grégoire sait lui aussi très bien qu’il existe «mille moyens de manifester» et de sensibiliser les gens, et que l’Internet est une des clés. «Ce n’est plus un secret pour personne, les réseaux sociaux, c’est magique; ils l’ont tous compris en l’Afrique du Nord et au Maghreb. Ici, je pense qu’on en est au balbutiements du potentiel de ces réseaux» dit-il.

Pascale Nycz

Un sacré «pari» que Simon Grégoire a pris avec ses amis (Fred Fortier, Félix Lamoureux, Nicolas Moreau, Pascale Nycz, Thomas Szacka-Marier), car même s’ils étaient nombreux à dire qu’ils seraient présents sur Facebook, rien ne garantissait que ces étudiants seraient au rendez-vous mercredi dernier. Pourtant, ils étaient «suffisamment là pour remplir l’agora» confirme l’étudiant avec sourire. «On voulait faire lumière sur le mouvement, que ça aille au-delà des universités.» Simon ajoute que «c’est de l’art engagé, utile, citoyen». «L’art est absolument rassembleur», conclut-il.

Cette manière différente de s’affirmer au sein de l’espace public, qui perturbe peut-être moins le quotidien des gens mais poursuit le débat, est sans aucun doute à suivre au cours de la prochaine année.

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Complètement Lorraine https://www.delitfrancais.com/2011/04/05/completement-lorraine/ Tue, 05 Apr 2011 18:32:29 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7702 Avec Madame Louis 14, cette pièce qu’elle a écrite et mise en scène, et dans laquelle elle est la seule interprète, Lorraine Pintal raconte l’histoire incroyable de Françoise d’Aubigné et de son ascension au pouvoir.

François Laplante Delagrave

Dans la peau de celle qui conquerra le cœur du Roi Soleil, la soliste partage ses mémoires empreints de rires et d’amertume. Elle nous entretient de la haute société, de l’atmosphère à la cour et de ses relations amoureuses –l’amour dépourvu de désir charnel avec le poète Scarron, de vingt-cinq ans son aîné, l’amour adoratif pour Ninon Lenclos, et le grand amour partagé avec Louis XIV. À travers ce discours qu’elle adresse directement aux  spectateurs, Françoise d’Aubigné raconte surtout comment elle, une femme, ce «sexe faible», est parvenue, suite à sa gouvernance des bâtards du roi, à s’immiscer au sein du pouvoir, à exiger que les jeunes filles soient, elles aussi, éduquées et à fonder le Couvent Saint-Cyr.

Inspirée d’extraits de biographies, de correspondances et de nombreux écrits de l’époque,  la pièce Madame Louis 14 dresse un portrait exceptionnel de celle qui reprit le titre de marquise de Maintenon. Une femme qui, par sa beauté et sa personnalité, a su briller au sein de la cour, mais qui n’était cependant pas à l’abri de l’injustice ni de la réprobation sociales –on aimait peu qu’une femme, épousée dans le secret, exerce tant d’influence sur le roi– ni d’une foi chancelante face à la mort.

L’espace de jeu est surplombé, à l’arrière et en angle, d’un grand mur composé de miroirs qui renvoient une image légèrement difforme de la vieille marquise. La scène, plutôt dépouillée, est occupée par une chaise d’époque, un tapis –qui n’est déroulé que lorsque Françoise d’Aubigné raconte son entrée à la cour du roi et que le visage de Louis XIV y est projeté, comme une tapisserie– et trois objets-instruments, les «synchronos».

François Laplante Delagrave

Créé par Philippe Ménard, le «synchronos» permet à la musique programmée d’être activée sous le mouvement des doigts de la comédienne. Cette recomposition musicale et sonore par Simon-Pierre Gourd, avec ses sons de clavecin et de flûte, évoque bien le XVIIe siècle, mais s’insère un peu maladroitement dans le dialogue entre la comédienne et le public. Minuscules ruptures, ces jeux de doigts donne à la courtisane l’allure d’une diseuse de bonne aventure.

Heureusement, celle qui a entrepris toute seule cette œuvre il y a vingt-trois ans et qui l’a reprise cette année est poignante par la justesse de son jeu. À travers les douze tableaux intitulés «jardins», elle retrace le parcours méconnu de la marquise de Maintenon, une histoire cachée de l’Histoire, et donne voix à une femme étonnante.

Pour illustrer le pouvoir invraisemblable qu’a eu Françoise d’Aubigné sur la cour du roi de France, Lorraine Pintal a pris le plein contrôle de la scène, pour le meilleur et le pire, mais surtout pour le meilleur. Une performance à voir.

Retrouvez l’entrevue avec Lorraine Pintal dans l’édition du 1er mars 2011.

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Le politique désartmé https://www.delitfrancais.com/2011/04/05/le-politique-desartme/ Tue, 05 Apr 2011 18:29:31 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7961 Une image à laquelle nous pouvons tous nous identifier… sous réserve qu’elle soit vraie. S’il y une chose qui est vraie dans cette image, c’est que la culture, pour les conservateurs, n’est l’affaire que d’un seul homme: Harper.

L’État, c’est moi
Dans l’éditorial du 1er mars, je disais que Harper se comportait comme un roi. Selon lui, il n’existe aucune différence entre lui et le gouvernement du Canada. Et il le façonne à son image.

Au début de l’année, le gouvernement Harper, comme il aime être désormais nommé, a coupé jusqu’à 45 millions de dollars dans le financement des arts et de la culture; le Québec représentant à lui seul 15 millions de ces 45 millions de dollars de la coupure.

Le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants, le Canadian Memory Fund (qui numérise les archives d’agences fédérales pour un accès en ligne OU électronique), et le Northern Distribution Program (distributeur du Aboriginal Peoples Television Network), entre autres, ont perdu leur financement, mais ces coupures ont surtout empêché le financement pour les voyages et les expositions à l’étranger. Certes, les conservateurs ont investi 100 millions de dollars dans des événements culturels en 2009, mais dans des grands festivals déjà financés par des corporations, comme le Festival International du Film de Toronto. De plus, l’argent a été distribué par Industrie Canada plutôt que le Conseil des Arts du Canada.

L’art n’est pas qu’une commodité et ne devrait pas être livré aux lois du marché et ce n’est pas à Harper de choisir quels groupes représenteraient le mieux le Canada à l’international.

L’art est au fondement de l’être humain. Des dessins sur les murs des cavernes aux dessins de la maternelle, l’art permet de circonscrire notre monde, de l’exprimer comme on le conçoit et de le partager aux autres.

L’art est création et dialogue. Dialogue à travers le temps, avec nos contemporains, avec nos ancêtres en puisant dans leur art, et avec le futur. L’art permet aussi d’étendre notre conception du monde, d’aller à sa rencontre.

L’art permet d’évoquer nos sentiments, d’évacuer nos douleurs et nos colères, de rejoindre les autres dans une expérience partagée. L’art tisse des liens, crée des communautés.

Comme en témoigne L’envol, la protestation pacifique et créative des étudiants de l’UQAM (page 7).

La politique des armées
L’image d’un pays, c’est bien plus que des paroles. «Imagine no possessions, no need for greed or hunger», la paix n’est certainement pas l’intérêt premier du gouvernement conservateur; personne n’est dupe.

Le Canada a manqué sa chance en octobre dernier de gagner une place d’une durée de deux ans au Conseil de Sécurité des Nations Unies, un des corps les plus importants en relations internationales. Le Canada, très actif sur le plan international –nos contributions en Afghanistan, notre leadership en Haïti avant et après le tremblement de terre, notre financement dans l’aide internationale, les sommets du G8 et du G20 et les Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver– a perdu face au Portugal.

Nous devons nous rendre à l’évidence que notre pays n’est plus aussi bien perçu qu’auparavant sur la scène internationale. Stephen Harper n’était pas suffisamment engagé dans les affaires internationales et au sein de l’ONU, a préféré l’ouverture d’une nouvelle succursale de Tim Horton’s à Oakville qu’une assemblée générale des Nations Unies. Notre ancienne bonne réputation est désuète, l’ancien ambassadeur canadien aux Nations Unies, Robert Fowler a affirmé: «The world doesn’t need more of the Canada it has been getting».

Dans le cadre de ce dernier numéro joint à un cahier dédié à la création, je tenais donc à vous rappeler que l’art a une liberté à protéger et qu’elle ne devrait en aucun cas être brimée. Sur ce, ne manquez pas d’aller voter le 2 mai.

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La question demeure https://www.delitfrancais.com/2011/04/05/la-question-demeure/ Tue, 05 Apr 2011 17:59:29 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7713

Le vieux débat sur la défense de la langue française est de retour dans l’actualité. Application de la loi 101 au cégep, programmes bilingues, quel avenir pour le français?

L’enquête, sa portée et ses limites

Patrick Sabourin, étudiant au doctorat en démographie à l’INRS, explique que l’enquête voulait, «à l’aide de données nouvelles, alimenter la réflexion sur la question linguistique au cégep». L’auteur soutient que, jusqu’à la publication de leurs analyses par l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) en septembre dernier, «aucune recherche d’envergure n’avait été réalisée sur le sujet». La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui leur a confié le mandat de recherche original dans le but d’approfondir sa réflexion sur la possibilité d’appliquer la loi 101 au cégep, souhaitait comprendre les raisons qui motivent les francophones et les allophones à fréquenter le cégep anglophone, explique Monsieur Sabourin.

L’enquête sur les comportements linguistiques des étudiants du collégial sur l’île de Montréal (ECLEC) concluait que l’usage de l’anglais prédominait comme langue d’usage public, privé et de la consommation des biens culturels lorsque les étudiants avaient fréquenté le cégep anglais. L’ECLEC révélait, entre autres, que les étudiants choisissent rarement un cégep en fonction de leurs amis, que ce choix demeurait individuel –tout en étant possiblement lié à un parent anglophone ou avec une affinité pour cette langue et/ou culture–, et que de nombreux répondants disaient choisir le cégep anglais pour parfaire leur bilinguisme. L’anglais conserverait alors un grand pouvoir d’attraction, il serait «la langue de la mobilité sociale ascendante».  Ces rapports «ont suscité beaucoup d’intérêt et de discussions, mais n’ont pas mené jusqu’à maintenant à des actions concrètes», poursuit Patrick Sabourin. La CSQ s’étend toujours sur la question qui sera débattue au prochain congrès du Parti Québécois.

Bien sûr, il est difficile d’évaluer tous les facteurs dans une telle enquête. Par exemple, on met en regard dans la conclusion le fait que les jeunes d’aujourd’hui, ayant une meilleure connaissance de l’anglais, sont plus enclins à regarder les films dans leur langue originale. «L’idéal aurait été de réaliser une enquête longitudinale dans laquelle nous aurions suivi une cohorte de jeunes à partir du secondaire jusqu’à l’entrée sur le marché du travail. Nous aurions pu mesurer véritablement l’évolution de leurs comportements linguistiques plutôt que d’en prendre une mesure ponctuelle comme nous l’avons fait avec l’ECLEC», affirme Monsieur Sabourin. Toutefois, «les enquêtes longitudinales sont extrêmement difficiles à réaliser (on perd souvent les participants en cours de route, le suivi devant être fait sur plus de dix ans) et sont très coûteuses», explique-t-il.

L’ECLEC présentait une autre limite liée la formulation de Statistique Canada adoptée pour les questions sur les comportements linguistiques («Quelle langue parlez-vous le plus souvent?», etc). «Cette formulation a le mérite d’identifier la langue préférée ou dominante, mais ne donne pas d’indication sur l’utilisation précise de la langue au quotidien», révèle Monsieur Sabourin. «La seule façon de repousser ces limites est de multiplier les enquêtes et les analyses et d’en comparer les résultats et les méthodologies. Or, pour l’instant, l’enquête de l’IRFA est la seule disponible…», conclut-il.

Appliquer la loi ou pas, là est la question

Le 24 mars, Denis Lessard déclarait dans La Presse que le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) estimait qu’il serait une erreur d’assujettir les cégeps à la loi 101 et que, toujours selon le CSLF, il n’y avait pas d’«exode» des étudiants du secondaire francophone vers les cégeps anglophones. Une déclaration qui serait officiellement énoncée cette semaine.

Une contradiction avec le constat de l’IRFA? Pas tout à fait. L’ECLEC ne fait pas référence à un «exode», mais souligne que «les cégeps anglais fonctionnent à pleine capacité (Dawson refuse même des étudiants ayant de très bons dossiers et John Abbott a été contraint de louer des locaux dans une école voisine), [qu’]au cours des cinq dernières années, le nombre de demandes d’admission a crû beaucoup plus rapidement au cégep anglais (30%) qu’au cégep français (10%) [et qu’]à l’automne 2010, environ 75% des quelques 900 nouvelles places créées dans les cégeps de Montréal l’ont été dans des cégeps anglais», explique Patrick Sabourin.

Il poursuit son explication en signalant que les données du CSLF ne révèlent pas tout, notamment pour le futur. «Si les effectifs du cégep anglais se maintiennent (flux constants) alors que ceux du cégep français diminuent, l’importance relative du réseau anglais augmentera alors que celui-ci compte déjà plus de 16% des places.»

Monsieur Sabourin n’a pas d’avis tranché quant à l’application de la loi 101 au cégep. L’IRFA, rappelle-t-il, préfère distinguer le débat scientifique du débat politique. «Par exemple, nos données montrent que le cégep anglais est une étape importante du cheminement qui mène généralement à la fréquentation d’une université de langue anglaise et/ou à un travail en anglais. Ceci constitue le constat scientifique. Par la suite, on peut décider que cette anglicisation est moins importante que la liberté de choisir la langue de ses études postsecondaires. Ce choix est politique. Il revient donc au politique, et donc finalement aux citoyens, de trancher entre ces deux «valeurs»: le développement du français ou la liberté de choix.»

Aux étudiants de choisir

Les cégeps privés Marianopolis et Jean-de-Brébeuf, ainsi que les cégeps publics Vanier et Saint-Laurent, proposeront des programmes bilingues avec une immersion d’un semestre dans l’autre langue à partir de septembre prochain. Initiative intéressante, mais Patrick Sabourin demeure «un peu sceptique». L’ECLEC «a montré que les étudiants du cégep anglais étaient moins intéressés à suivre des cours en français que l’inverse». «La situation est donc plutôt asymétrique et rendrait une généralisation du système d’échange problématique: il y aurait vraisemblablement une demande plus forte pour les cours en anglais que pour les cours en français», selon Monsieur Sabourin.

Le français à vendre

Pourrait-on mieux «vendre» la langue française, comme un bien à consommer, puisqu’il semble que la langue de consommation de biens culturels permet, d’une manière concrète et forte, de s’attacher à une culture particulière? Patrick Sabourin ne croit pas que «vendre» le français («j’ai déjà entendu un professeur parler de “mettre le français en mode séduction”») serait efficace. Utiliser les biens culturels pour mieux faire la promotion de la langue est une approche limitée, affirme-t-il. «L’ECLEC a bien montré que les étudiants du cégep anglais consommaient très peu de biens culturels de langue française. Ensuite, cantonner la promotion de la langue française dans la sphère culturelle reviendrait en quelque sorte à la folkloriser.»

«Plusieurs investissements du gouvernement ont tendance à survaloriser l’anglais. Prenons l’exemple du réseau universitaire (on pourrait également mentionner les investissements en santé, en recherche, ou les emplois dans la fonction publique fédérale): au Québec, les universités de langue anglaise récoltent plus de 25% des fonds et des places d’études alors que les anglophones ne constituent que 8,5% de la population», évoque-t-il. «Au Québec, plus on monte dans le système d’éducation, plus le pourcentage des places dans le réseau anglais est important.»

Enfin, «pour assurer efficacement la protection du français, il faut d’abord en faire une langue utile et nécessaire dans tous les aspects de la vie quotidienne. Or, il est très facile de vivre sa vie complètement en anglais à Montréal», soutient Monsieur Sabourin.

Continuez votre lecture:

http://irfa.ca/n/sites/irfa.ca/files/analyse_irfa_SEPTEMBRE2010A_5.pdf

http://www.csq.qc.net/sites/1676/documents/publications/rapport_IRFA_jan2011.pdf

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The library sucks https://www.delitfrancais.com/2011/04/05/the-library-sucks/ Tue, 05 Apr 2011 17:36:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7766 Le Délit: Comment avez-vous participé à ce projet, la vidéo ayant été filmée il y a deux ans par Alec Griffen?
Jonathan Glancy: Rupert et moi jouions au rugby pour les Redmen quand nous étions au bac. Tandis que nous nous entraînions au gym, il répétait sa routine de stand-up pour moi, ou bien il essayait de nouvelles rimes, ce qui rendait l’expérience très drôle à chaque fois. Puis, passent deux ans: j’habite en Floride, je gagne ma vie en tant que monteur, et Rupert est un vagabond professionnel en Nouvelle-Zélande et m’envoie toujours des courriels. Il me parle d’un clip qu’il essayait de faire au moment où il était à McGill et qu’il n’avait jamais fini. Je me souvenais de la chanson, alors je lui ai demandé de m’envoyer la vidéo brute et lui ai dit que je finirai avec plaisir la vidéo. Voilà!

LD: Pouvez-vous en dire plus sur la conception de la vidéo originale?
JG: À mon insu, Alec et Rupe avaient filmé une vidéo à un moment donné lors de notre troisième année. Même si je n’en faisais pas partie, je me souviens d’avoir écouté sa chanson pendant les examens de mi-session et de fin de session, puis d’avoir pensé «Oui, ils ont tapé dans le mille!» Quand on regarde autour de soi dans McLennan et que l’on voit tout le monde super concentré sur ses études jusqu’à l’obsession, on ne peut que rire de l’intensité.

LD: Est-ce que cette vidéo se voulait seulement divertissante, ou se dotait-elle d’une autre portée sur le campus?
JG: C’était juste pour s’amuser à l’époque. Et puis on commençait à me donner beaucoup de feedback positif de la part d’étudiants et d’anciens. Je pense que les mcgillois partagent cette lutte quand ils entrent dans la période d’examens et Rupe a réussi à capter ce sentiment. En ce qui concerne son impact, j’espère que les gens vont pouvoir rire et se sentir moins stressés!

Propos recueillis par Mai Anh Tran-Ho.

LD: Comment décririez-vous la vie étudiante à McGill?
JG: Je décrirai la vie du campus comme hétérogène dans tous les sens. On a des gens de partout dans le monde qui parlent des langues différentes et qui étudient des sujets où l’on apprend comment gagner beaucoup d’argent puis sauver le monde, et ce, dans une seule matinée! Moi, je complétais une majeure en finances et Rupe étudiait la littérature de langue anglaise, alors on s’est amusé à se moquer un peu des différences entre les facultés.

LD : Comment YouTube, Facebook, Like A Little peuvent-ils contribuer à bâtir une communauté sur et autour du campus?
Comme tout le monde le reconnaît, Facebook était censé à l’origine bâtir des relations et –on l’espère– aider des gens à baiser. Très tôt, je pense qu’on s’est tous rendu compte de la nature addictive de la chose: parcourir les pages de profil des gens, écouter des vidéos avec nos amis et même avec des étrangers (creepy!). Ça découle de notre désir de faire partie d’une communauté des gens qui pensent comme nous. On espère que ces gens-là fermeront leurs ordinateurs et iront rencontrer ces communautés en personne, mais ceci n’est pas toujours le cas. Sur un campus, comme celui de McGill, qui est relativement petit, on ne peut demander une meilleure façon de rapidement et facilement faire la connaissance des personnes, surtout avec Facebook et YouTube.

Jonathan Glancy, né à Seattle, dans l’État de Washington, s’est aventuré à l’aveuglette à McGill et a fini par l’aimer. Sa passion pour la réalisation de courts métrages et de vidéos s’est finalement concrétisée lors de sa quatrième année, lorsqu’il fait un stage à l’ONF. Il travaille maintenant pour IMG Academies en Floride. Vous pouvez regarder ses autres vidéos sur http://vimeo.com/21639905.

Propos traduits par William M. Burton.

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Pot-pourri, c’est fini https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/pot-pourri-c%e2%80%99est-fini/ Tue, 29 Mar 2011 14:00:43 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7666 Crache le cash


À McGill


Les faits:
En septembre dernier, Heather Munroe-Blum a décidé d’augmenter les frais du MBA (Master of Business Administration) de 900% pour un coût total de 29 500 dollars malgré les avertissements du Ministère de l’Éducation des Loisirs et du Sport (MÉLS) de ne pas aller de l’avant avec ce modèle d’auto-financement.

Le 14 mars, la ministre Line Beauchamp annonçait que le MÉLS punirait l’université pour cette augmentation drastique. La pénalité de 2 011 719 dollars se traitera en coupure dans la subvention que verse le gouvernement du Québec à McGill.

Le lendemain, l’université déclarait être «déçue et perplexe» face à la décision du gouvernement. Pour l’année prochaine, l’administration prévoit une hausse de plus de 10% des frais, portant les frais pour le MBA à 32 500 dollars.

À suivre: Deux choix s’offrent à Heather Munroe-Blum: soit l’université se résigne à s’autofinancer et accepte la gestion du gouvernement, soit elle maintient sa poursuite et devra payer à nouveau une amende, probablement plus importante que souhaitée.

Au Québec


Les faits:
En 2007, le gouvernement du Québec choisit de dégeler les frais de scolarité avec une hausse de 50 dollars par session jusqu’en 2012.

Le 17 mars, Raymond Bachand présente une nouvelle hausse dans son budget: 325 dollars par année sur cinq ans.

Depuis 2007, mais surtout cette année, les associations étudiantes (ASSÉ, FECQ, FEUQ) et des milliers d’étudiants ont manifesté leur mécontentement dans les rues, sur Internet, jusqu’aux bureaux et aux réunions du gouvernement du Québec.

À suivre: 2012 sera une année charnière quant à ce sujet polémique. À McGill, l’AÉUM et la PGSS se sont déjà positionnées contre cette hausse.

Parle français ou meurs


Les faits:
En janvier, Pierre Curzi suggère d’étendre la portée de la Charte de la langue française au niveau collégial. Le Parti Québécois lançait alors une campagne en faveur de l’application de la loi 101 au cégep et réalimentait le vieux débat sur la défense de la langue.

Il y a deux semaines, le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) annonçait que ce serait une erreur d’assujettir les cégeps à la loi 101.

À suivre: La décision finale du CSLF sera publiée début avril.

Les faits: En février, les collèges Marianopolis (anglophone) et Jean-de-Brébeuf (francophone) annonçaient leur nouveau programme d’échange bilingue. Des cours adressés aux étudiants entreprenant leur dernière session au niveau collégial s’insèreraient dans le cursus de ceux-ci, mais seraient offert dans une autre langue d’enseignement.

Plus récemment, les collèges publics Vanier (anglophone) et Saint-Laurent (francophone) promettaient aussi d’offrir un DEC bilingue avec la possibilité de suivre une session dans une autre langue.

À suivre: Le succès de ces programmes.

L’information sera collective ou ne sera pas


Les faits:
Le 26 janvier, Dominique Payette déposait les conclusions des travaux du Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec et jugeait le milieu de la presse québécoise préoccupant.

Suite au communément appelé rapport Payette, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a officiellement proposé à ses membres une reconnaissance légale et la création d’un titre professionnel pour les journalistes.

Le soulèvement du monde arabe a démontré que les réseaux sociaux (Twitter, Facebook) pussent-ils contenir des énoncés futiles, pouvaient également aider à la circulation des informations. Par exemple, le Guardian avait intégré quelques blogueurs à leur couverture des manifestations en Libye. Andy Carvin (@acarvin) de la radio publique NPR aux Etats-Unis relayait jusqu’à 500 tweets par jour.

Après la panne de courant en Égypte, Google, Twitter et SayNow ont permis aux utilisateurs d’envoyer leur message de 140 caractères et moins sans Internet via une ligne téléphonique.

À suivre: Quelle forme le statut professionnel prendra-t-il et de quels avantages bénéficieront ces nouveaux journalistes patantés?

Un citoyen rapportant une information d’intérêt public pourra-t-il protéger ses sources comme un professionnel?

Pour Le Délit


Septembre prochain, le journal devra décider s’il veut payer les frais d’adhésion à la Presse Universitaire Canadienne (PUC).

Après les incidents lors de NASH73 (voir l’éditorial du 18 janvier), le bilinguisme au sein de l’association de près de quatre-vingt-dix journaux universitaires est un grand projet à surveiller.

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L’expérience donne raison https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/l%e2%80%99experience-donne-raison/ Tue, 29 Mar 2011 13:56:56 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7525 Les élections de la PGSS (Post-graduate Students’ Society), qui ont pris fin vendredi, mettent à la tête de l’association des étudiants de 2e et 3e cycles des membres expérimentés.

Selon Mariève Isabel, élue VP Affaires externes, la force de la nouvelle équipe réside justement dans son expérience. Le prochain président, Roland Nassim, a déjà été lui-même VP Affaires externes et VP Academic; Adrian Kaats qui continuera d’occuper le poste de VP Finances a lui aussi déjà été VP Affaires externes; Daniel Simeone, élu VP Affaires internes, a autrefois siégé comme Président. Mariève Isabel, quant à elle, a siégé quatre ans sur le Conseil de la PGSS (comités Nomination, environnement, EAC – External Affairs Committee) et a beaucoup travaillé cette année avec celui qu’elle remplacera, Ryan Hughes, surtout au niveau de la représentation provinciale et avec la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Elle a aussi travaillé sur la nouvelle politique des frais de scolarité. Lily Han, pour sa part, a une expérience en éducation. «La période d’adaptation va être beaucoup plus courte» affirme Mariève Isabel. Cette force est cependant également une faiblesse, selon la VP Affaires externes. «Parfois lorsque les gens ont déjà beaucoup d’expérience, ils tendent à être plus sûrs d’eux-mêmes et à être moins sceptiques, à se poser moins de questions et à agir trop rapidement. Je pense que l’équipe devra prendre son temps et bien communiquer pour s’assurer que les bonnes questions sont bien posées avant de prendre des décisions» conclue-t-elle.

Au cours des quatre dernières années, l’association des étudiants de 2e et 3e cycles a dû faire face à une démission chaque année. Après la toute récente démission de Ryan Hughes, on peut se demander comment la nouvelle équipe pense redonner confiance. Mariève Isabel commente: «au risque de reprendre une expression à la mode: transparence et responsabilité. C’est la seule façon de s’assurer de la confiance des membres. Nous avons le devoir d’être absolument clairs, de répondre aux questions, de prendre l’initiative d’expliquer aux membres nos activités, nos dépenses, nos décisions. Les membres du Conseil, pour leur part, doivent eux aussi nous aider à transmettre ces informations et à nous transmettre les questions des membres de leurs associations départementales et à ce titre une meilleure communication avec les GSA [Graduate Student Associations] pourrait certainement nous aider à atteindre ce but. Nous devons également sonder l’opinion de nos membres le plus souvent possible, pour être certains d’agir –en tout temps– dans l’intérêt des membres de la PGSS et d’aller dans la direction votée par la majorité au Conseil, tout en tenant compte des besoins spécifiques de chaque association départementale et aussi des étudiants qui prennent la peine de nous transmettre leurs opinions.»

La PGSS a de nombreux projets pour la prochaine année. Mariève Isabel prévoit, entre autres, de «continuer [son] travail avec la FEUQ pour la représentation provinciale et fédérale (taxation des chercheurs postdoctoraux, frais de scolarité, etc.), travailler pour que les étudiants puissent avoir accès à des cours de langue seconde (français et anglais) abordables, puisque la barrière de la langue est une des raisons les plus souvent évoquées pour expliquer que les étudiants quittent la province après leurs études.» La VP Affaires externes souhaite également participer aux campagnes sociales et environnementales entre campus à l’échelle provinciale. Elle souhaite enfin «trouver des façons plus créatives d’intéresser les étudiants à ce qui se passe en dehors des murs de l’université dans la société québécoise».

Comment pense-t-elle augmenter le taux de participation? «Il faudra mieux informer les étudiants sur ce qui se passe au sein de la PGSS et aux niveaux provincial et fédéral. Si les étudiants se posent plus de questions, ils auront plus d’intérêt à participer à la vie étudiante» suggère-t-elle. Mariève Isabel donne comme exemple la nouvelle politique sur les frais de scolarité et leur recommandation sur les frais afférents. «Lorsque ça concerne directement les frais encourus par chacun, les étudiants tendent à plus prêter l’oreille. Mais ça ne doit pas s’arrêter là; la gouvernance étudiante poursuit aussi d’autres buts, entre autres sociaux, et l’intérêt personnel n’est certainement pas la seule chose qui doive compter. Des questions d’équité et d’accessibilité doivent aussi être discutées et les choix doivent être pris aussi sur cette base, d’un commun accord» conclut-elle.

Mariève Isabel compte s’impliquer intensivement dans la polémique sur la hausse des frais de scolarité. Le dernier budget annonçait une hausse de 325 dollars par année sur cinq ans, pour un total de 1625 dollars. «Le gouvernement clame qu’il s’agit de l’équivalent de l’inflation depuis 1968, mais il s’agit en fait de beaucoup plus que cela, si l’on prend en compte que les frais afférents ont augmenté et plusieurs fois doublé depuis cette époque, à laquelle ils n’existaient tout simplement pas» affirme la VP Affaires externes. «De plus, les étudiants de 2e et 3e cycles, même s’ils gagnent en moyenne un peu plus que les étudiants de 1er cycle, ont une autre réalité: ils sont souvent parents, ne reçoivent plus d’aide financière de leur famille, ont parfois plus de dépenses, etc.» explique-t-elle. «Nous allons donc continuer avec la FEUQ à demander une éducation accessible pour tous. Le gouvernement et ceux qui sont pour la hausse ne cessent de répéter qu’il n’y a pas de corrélation entre les frais de scolarité et l’accessibilité, citant en exemple les autres provinces. Mais ce faisant, ils omettent de mentionner que, tout d’abord, même si les taux de participation sont les mêmes, voire plus élevés ailleurs, la composition de ces cohortes changent (cela peut vouloir dire plus de riches, moins d’étudiants venant de milieux défavorisés, voire de classe moyenne et moins d’étudiants de première génération) –ce sont CES données-là qu’il faut regarder pour établir un lien entre accessibilité et frais de scolarité, pas seulement le taux de participation général– ils le savent bien, mais le taisent. En outre, la situation au Québec est différente. Nous avons les cégeps –avec des taux de participation exceptionnels si on les compare au «colleges» d’ailleurs. Malheureusement, nous avons un taux de décrochage au secondaire supérieur à la moyenne canadienne. Ces facteurs influencent le taux de participation à l’université d’une façon difficile à évaluer et peu étudiée.»

Mariève Isabel est tout de même consciente que les étudiants doivent d’abord accepter la nouvelle politique sur les frais de scolarité, avant que la PGSS puisse prendre position contre la hausse des frais de scolarité. Selon un sondage effectué l’an passé, nous confie-t-elle, 75% des répondants ne connaissaient pas la politique sur les frais de scolarité de la PGSS et environ 50% ne connaissaient pas la différence entre les frais de scolarité et les frais afférents. Mariève Isabel soutient qu’il est de leur devoir d’informer les étudiants.

La politique sur les frais de scolarité se trouve dans le compte rendu du Conseil de mars. Voici sa traduction:

Préambule: En 2007, le gouvernement du Québec autorisait les universités à augmenter les frais de scolarité de cent dollars par an, soit une augmentation moyenne de 6%. Dans son discours budgétaire de 2010, le ministre des finances Raymond Bachand a manifesté l’intérêt du gouvernement du Québec pour une augmentation radicale des frais de scolarité dès 2012, lorsque l’augmentation de 500 dollars sur cinq ans aura expiré. La CREPUQ et les entreprises intéressées, comme la BTMM, prônent une augmentation respective de 1500 et de 3000 dollars sur trois ans, jusqu’en 2015. Avec ce nouveau cycle budgétaire, il devient évident que le gouvernement a l’intention d’augmenter radicalement les frais de scolarité.

La PGSS reconnaît que:

La province du Québec connaît des problèmes financiers, mais la répartition des revenus publics est un choix;

De nouvelles sources de revenus gouvernementaux peuvent être utilisées pour financer les études supérieures tout en évitant l’augmentation des frais de scolarité;

Le financement des études supérieures ne devrait pas être laissé à la charge des résidents du Québec ni des étudiants de deuxième cycle, lesquels comptent parmi les groupes les plus économiquement vulnérables au Québec.

La PGSS soutient:

L’élimination des frais de scolarité pour les résidents du Québec et pour les étudiants de deuxième cycle;

Le gel des frais de scolarité pour les étudiants canadiens et internationaux, corrigés annuellement de l’inflation, par une indexation sur l’indice des prix à la consommation (IPC). ξ

Résultats des élections du comité exécutif de la PGSS et des questions de référendum:

Vice Président: Roland Nassim

Vice Président Affaires externes: Mariève Isabel

Vice Président Affaires internes: Daniel Simeone

Vice President Academic: Lily Han

Vice President Finances: Adrian Kaats Renewed with the coverage changes recommended by the PGSS Health and Wellness Committee.

Post Graduate Student Life Fund: Approved

Mental Health Referendum Question: Approved

Voir les programmes électoraux de chacun (en ligne sur le site de la PGSS).

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Daniel Brière https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/daniel-briere/ Tue, 29 Mar 2011 13:31:30 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7513 Le Délit (LD): Quelle était votre relation avec Jean-Pierre Ronfard et son œuvre?

Daniel Brière (DB): Pour Évelyne et moi, c’était un homme important, car il a été notre premier employeur. Celui qui nous a donné notre première chance, qui nous a fait confiance, avec qui on a développé notre assurance d’acteur, pour se dire enfin «Ah! Ben tiens, j’ai ma place». C’était aussi une rencontre importante parce que j’ai fait la découverte d’une autre façon de penser et de voir le théâtre. Au Conservatoire [d’art dramatique de Montréal], on apprend les bases, Stanislavski entre autres, comment jouer, le rapport avec le public. Avec Jean-Pierre, c’était l’expérimentation. J’ai pu travailler auprès de Jean-Pierre un an avant son décès, et il m’a demandé de reprendre la codirection artistique du NTE. Évelyne, qui n’est pas allée à l’école de théâtre au Québec, qui a étudié en France, elle n’avait aucun réseau en arrivant. Puis, Jean-Pierre s’est intéressé à son théâtre. L’homme nous a marqué parce que ses œuvres, malgré qu’elles ne soient pas devenues des classiques, était un personnage, un mentor. Il a été un grand intellectuel, il était très curieux, intéressé et pas du tout prétentieux.

LD: Le titre Ronfard nu devant son miroir fait allusion au tableau de Kirchner. Pouvez-vous expliquer davantage le titre par rapport à la pièce?

DB: Évelyne et moi aimions cette façon de nommer les tableaux: de tout dire ce qui est là, ce qui est peint, «Jeune fille couché sur l’herbe devant…» Nous aimions aussi cette idée du miroir, Ronfard face à lui-même, à son reflet, son image multipliée. Essayer de nommer cet homme innommable en évoquant ses multiples facettes. Le miroir, c’est ce qu’on ne voit pas, c’est la réflexion du sujet, voir donc ce qui n’est pas visible, trouver ce qui n’est pas visible.

LD: Dans la pièce, on peut lire la phrase «La caméra est au théâtre contemporain ce que le tutu est au ballet classique.» projetée sur le mur. Comment définiriez-vous le théâtre contemporain?

DB: C’est une phrase inspirée de Jean-Pierre. Il détestait la fumée, la boucane, qu’on utilisait au théâtre et il avait lancé cette phrase, «La fumée est au théâtre contemporain…». Aujourd’hui, c’est la caméra qui est un cliché; les acteurs qui parlent à la caméra, suivis par la caméra… Nous avons repris cette phrase et nous l’avons adapté pour parler d’image, de présence et, bien sûr, c’est un clin d’œil à Jean-Pierre.

Le théâtre contemporain, c’est la provocation, le in-your-face theater, les spectateurs qui se font engueuler, la sexualité sur scène, des scènes très crues, de la cruauté, du sang. Le théâtre contemporain n’a-t-il pas créé ses propres clichés? Le choc est presque attendu.

Les Allemands sont revenus de ça. Une femme me disait, «Vous savez, on a vu des acteurs se sodomiser sur scène, c’est ennuyant.» Ils vont monter des classiques, mais en changeant les fins, le texte. Les metteurs se permettent extrêmement de choses. C’est une liberté au niveau du sens, sur le texte. Œdipe à Colone, le seul passage de Jean-Pierre qu’on a intégré, évoque cette idée. Jean-Pierre refusait la finale, il disait que la mort volontaire est une chose épouvantable. C’était de la provocation à son époque.

LD: Vous parlez beaucoup de liberté. Quelle est-elle? Et la liberté artistique?

DB: C’est déjà à plusieurs niveaux. Il faut se libérer soi-même, se libérer de tout ce qu’on a appris, comme acteur, metteur en scène. On sait jouer, on connaît le rapport au public, c’est intégré depuis des années; il faut se départir de tout ce qui est là à la base, repartir de la page blanche, aller à des zones plus inconfortables, formater des spectacles. L’industrie culturelle nous donne des modèles de réussite, Wajdi Mouawad, Robert Lepage, le Cirque du soleil. Ce sont des camarades, mais ces modèles briment aussi la liberté, car on nous dit, le succès, la réussite, c’est ça. Notre recherche en tant qu’artistes, c’est chercher de nouvelles formes, ne pas rester dans le moule, dans le carcan, se libérer de notre propre conception, d’un point de vue de la société, du subventionneur, des politiciens qui vont voir ce qu’on fait. Enfin, on aime bien travailler avec des contraintes, ce qui est un peu paradoxal, on va élaborer une dramaturgie particulière, un cadre particulier. On ne veut pas ennuyer les spectateurs, mais on ne veut pas leur donner ce à quoi ils s’attendent.

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Ronfard revu et corrigé https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/ronfard-revu-et-corrige/ Tue, 29 Mar 2011 13:29:11 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7515 Pourtant, le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) n’expose pas le vide de l’existence humaine, mais les infinies possibilités qui s’offre à elle et une liberté inextinguible.

En 1974, Jean-Pierre Ronfard a cofondé le NTE, autrefois appelé le Théâtre expérimental de Montréal. Il voulait un théâtre qui renouvelle ses formes d’expression tout en traitant de vieux sujets. En 2003, moins d’un an avant son décès, il laisse un message vocal à Marthe Boulianne, co-directrice du NTE. Ses mots revendiquaient une liberté toujours chancelante, lançaient un appel à un instinct et à une inspiration étouffés, et rappelaient la fuite du temps. L’urgence de faire bouger les choses, de provoquer, était au fondement de la dramaturgie de Ronfard. Un cadre que s’est approprié le théâtre contemporain, jusqu’à le rendre insipide; la provocation est à la fois moteur et rupture dans la pièce de Daniel Brière et Évelyne de la Chenelière.

La pièce Ronfard nu devant son miroir est construite de divers tableaux proposant une pluralité de lectures du message du défunt, ainsi que des facettes du théâtre et du monde culturel contemporains. Le premier tableau est un prologue qui explique brillamment la démarche à suivre. Lorsque Jean-Pierre était enfant, sa mère aurait pointé son reflet dans le miroir en le désignant comme lui-même, et non comme son image. Toute sa vie, Jean-Pierre cherche donc dans ses œuvres les diverses représentations de lui-même. On fait exploser le message pour explorer la contre-culture, pour réfléchir sur les mots utilisés dans les slogans politiques et les manifestes («par votre faute, nous sommes sans vertus et sans mots pour le dire»). Mais Ronfard aimait également la vie, et on explore alors l’amour et les délices gastronomiques de la bourgeoisie qui sert mal l’ambition révolutionnaire. On soulève aussi la culpabilité face à la colonisation, ainsi que la transmission des valeurs, et aussi la transmission en général.

Pour servir cette réflexion dense, Daniel Brière et Évelyne de la Chenelière ont opté pour une mise en scène minimaliste et porté une attention particulière à la gestuelle et à la langue. La scène au sol est dénudée côté jardin et occupée par une sorte de tente familiale sur le côté opposé. À l’intérieur, une table de ping-pong surmontée d’un immense magnétophone qui joue à multiples reprises le message laissé par l’homme de théâtre, et une caméra qui épie les acteurs, et à laquelle ceux-ci s’adressent par instances, comme si seul l’interlocuteur pouvait concrétiser leurs mots et leur existence. Projetés sur un mur de béton froid, les images et le texte perdent ainsi un peu de leur vitalité et rappellent que la liberté est plus qu’un simple mot qu’elle appelle à l’action.

Vêtus de couleurs pastel –surtout de rose et de bleu rappelant l’enfance–, les acteurs (Claude Despins, Victoria Diamond, Julianna Herzberg, Nicolas Labelle, Daniel Parent et Isabelle Vincent) interprètent toujours avec justesse la démarche non-naturaliste dans ses excès de mots, de silences ou de gestes. L’énergie est incroyablement bien partagée. Les metteurs en scène qui s’initient au jeu pendant l’«entracte expérimental» permettent d’élargir l’expérimentation du théâtre contemporain.

Le NTE relève avec brio son mandat de «trouver de nouvelles façons d’exprimer de très vieux sujets», et explore avec succès la notion de liberté chère à Jean-Pierre Ronfard en la remettant d’actualité. À voir et à revoir absolument.

 

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La disparition de la liberté https://www.delitfrancais.com/2011/03/22/la-disparition-de-la-liberte/ Tue, 22 Mar 2011 17:49:22 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7458 Comment puis-je affirmer ceci alors que cette fin de semaine la Commission-Jeunesse du Parti Libéral du Québec tenait son assemblée annuelle et que des représentants des associations étudiantes collégiales envahissaient ces premiers? Toutes ces manifestations pour se faire entendre et, encore, je reste impassible. Comme beaucoup autour de moi. Tout ce vacarme, tous ces mots. Que des mots.

Je poursuis cette semaine une idée tirée de mon dernier éditorial: le manque de rigueur et d’information. Jeudi dernier, le ministre des Finances Raymond Bachand déposait son budget pour l’année 2011-2012 et confirmait une hausse des frais de scolarité de 325 dollars par an sur cinq ans, faisant le bonheur de certains et le malheur des autres. Si vous avez écouté l’assemblée nationale, vous vous êtes peut-être sentis perdu comme l’exprime le message de cette jeune femme (@veroniquemartel) repris par d’autres sur Twitter: «Mais c’est quoi, tous ces fonds, si on est si cassés que ça?! #jesuisconfuse #budget2011 #assnat». Beaucoup de mots, beaucoup de chiffres, mais comment ceci m’affecte-t-il concrètement demande-t-on? Comme un mauvais vaudeville, on comprenait mal les liens entre les décisions du gouvernement qui justifieraient certaines coupures et d’autres subventions.

Le lendemain, à Maisonneuve en direct sur la radio de Radio-Canada, une jeune femme, étudiante en aéronautique à Longueuil qui a du quitter le foyer familial et louer un appartement et qui travaille trente heures par semaine pour parvenir à joindre les deux bouts, déplorait qu’avec le système actuel des prêts et bourses, elle ne pouvait travailler plus d’une quinzaine d’heures sans être imposée. C’est ainsi que resurgit l’inquiétude de nombreuses personnes quant à la promesse du gouvernement d’améliorer le programme des prêts et bourses. Ce n’est pas tant l’argent, mais sa distribution qui semble poser question. Sur ce point, nul ne peut assurer le dénouement. Il va de même pour le financement des universités. Les dépenses de celles-ci seront-t-elles surveillées (pour éviter le prix d’achat exorbitant d’immeubles ou le salaire des recteurs –de Concordia et de Laval)? Silence.

Dans la même émission, une femme beaucoup plus âgée soutenait la décision du gouvernement de hausser les frais de scolarité, les jeunes doivent faire leur part martelait-elle comme d’autres. Bon d’accord, mais pourquoi d’autres scénarios proposés tel l’imposition prorata ou l’impôt progressif ou l’impôt postuniversitaire ne fonctionnent-ils pas? Pourrait-on connaître la réflexion par laquelle le gouvernement a abouti à la hausse des frais comme dernier recours, ou recours préférable?

Parmi ceux qui déplorent le budget Bachand, on appelle celui-ci le programme Brault & Martineau en rappelant ici que les plus riches se sont enrichis avec l’État providence à partir des années 1960, et que le coûts des infrastructures ont été jetés sur la carte de crédit qu’est la dette, remettant enfin la facture à la jeunesse. D’autres rient de celui qui se plaint de la hausse alors qu’il porte un Canada Goose (@TamyEmmaPepin Le gars fru par #budget2011 à LCN: «On va perdre des élèves sur bancs d’écoles». Pour 325$? Please. Un Canada Goose coûte 600$ #priorités). Le problème est là. On s’amuse entre nous à pointer l’autre du doigt, alors que les autres ignorent les règles du jeu, ignorent le jeu lui-même.

Avec la rapidité à laquelle doivent sortir les informations à présent, on ne pense qu’à synthétiser. Mais à force de synthétiser, on ne communique plus rien. Il est extrêmement difficile de comprendre les retombées du budget sans aller faire un tour dans les archives, sans lire une dizaine d’excellents articles, sans un ami en économie pour vulgariser le tout… sans être éduqué à ce monde d’adultes dans lequel nous sommes inévitablement propulsés dès l’âge majeur. Et à force de méconnaître cet univers, nous nous inventons le nôtre, dans lequel nous nous isolons. Et on perd notre liberté. D’autres parleront à notre place; et ils le feront mieux que nous.

Pour atteindre l’équilibre budgétaire de 2014, on dirait qu’une étape a été sautée, celle des explications. Le financement des tableaux interactifs symbolise et sert de bon exemple de cette nouvelle façon de faire qui consiste à s’outiller avant de comprendre le rôle de l’outil. 240 millions de dollars dans des tableaux interactifs avant la formation des professeurs à la technologie. Tout cet argent plutôt que de réparer le toit des écoles (voir «Nos écoles tombent en ruine» de l’émission Enjeux à Radio-Canada).

Liberté d’expression, oui; mais la liberté se manifeste surtout à travers le droit de vote. Aux prochaines élections, si vous n’êtes pas satisfait, inscrivez-vous et remettez un vote blanc. Avant de voter, on aimerait comprendre pour qui on vote.

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L’Italie de Mauro Bigonzetti https://www.delitfrancais.com/2011/03/22/l%e2%80%99italie-de-mauro-bigonzetti/ Tue, 22 Mar 2011 17:29:30 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7364 Créé en mai 2007 pour Les Grands Ballets Canadiens de Montréal, le premier volet de ce programme double est dansé sur les quatre concertos pour violon de Vivaldi. En créant une chorégraphie sur cette musique, Mauro Bigonzetti savait qu’il se frottait à l’une des œuvres les plus connues du grand public, et que la tâche d’innover ne serait pas facile. Il disait vouloir faire «jaillir les saisons intérieures de l’Homme, ses états d’âme et ses revirements». L’objectif est sans aucun doute atteint, mais ceux qui s’attendent à voir un ballet de structure plus classique se développer au son des violons seront sans doute légèrement déçus.

John Hall

Le quatrième mur brisé, le chorégraphe italien a misé sur une incursion ludique du for intérieur. La danse est traversée de pointes d’humour dirigées vers le public, par exemple lorsqu’un danseur prend une pose sur le devant de la scène, hausse les épaules lorsque la musique ne joue pas et repart vers les coulisses nonchalamment. On peut aimer ou non ces ruptures entre les mouvements, mais on ne peut dénier une certaine originalité à Mauro Bigonzetti: le corps, sous sa direction, devient un véritable instrument. Les danseurs se frappent la poitrine, claquent des doigts, applaudissent et font de grands pas furieux au rythme de la musique.

La gestuelle pousse malheureusement le mécanisme jusqu’à rendre les étreintes fausses et le propos, forcé. En groupe, en solo ou en duo, Les Quatre Saisons explore les différentes facettes et les pulsions intérieures de l’être humain. Les quatre sonnets de Vivaldi décrivent le déroulement des saisons, mais ce premier volet s’essouffle un peu à la fin du ballet.

Cantata fut originellement conçu pour le Ballet Gulbenkian en 2001, puis ajouté aux Quatre Saisons. Plus vivante et plus colorée –sans aucun doute en grande partie à cause de la présence du quatuor féminin Gruppo Musicale Assurd de l’Italie du sud–, cette chorégraphie a revitalisé ce programme double, de même que tout le public. Sur fond de musique XVIIIe et XIXe siècles, assemblée à des berceuses et à des sérénades napolitaines, le rapport entre les hommes et les femmes est scruté avec tout ce qu’il renferme de séduction, de passion et de querelle. Les émotions évoquées dans Cantata se transmettent plus aisément de la scène à la salle.

Les femmes sont vêtues de longues robes légères et ont les cheveux lâchés, les hommes, de chemises et de pantalons à bretelles; le tableau brossé est celui du monde paysan, vif et festif. Il y a dans ce deuxième volet autant d’accolades, d’étreintes et de rejets que dans le premier. La performance des chorégraphies de groupe (certains danseurs jouent parfois le public en arrière-plan) prend ici toute son envergure, et exprime mieux la vigueur des hommes et –surtout– des femmes.

Avec une esthétique plus moderne sur les concertos pour violon de Vivaldi, et une seconde chorégraphie sur une musique plus folklorique, Les Quatre Saisons et Cantata offre un voyage divertissant au sein de l’Italie de Mauro Bigonzetti.

Les Quatre Saisons et Cantata

Où: Théâtre Maisonneuve

175 rue Sainte-Catherine Ouest

Quand: 24,25 et 26 mars

Combien: de 38$ à 97$

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Cause toujours https://www.delitfrancais.com/2011/03/15/cause-toujours/ Tue, 15 Mar 2011 17:44:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7310 De l’information

À midi, 50 000 personnes selon les organisateurs se sont retrouvés place du Canada pour protester contre la privatisation des services publics, et notamment une hausse des frais de scolarité dont on ignore encore l’ampleur et l’échéance et la mise en place d’une «taxe santé» qui atteindra 200 dollars par personne en 2012. Mon objectif ici n’est pas tant de prendre position pour ou contre ces hausses, mais de jeter un regard critique sur la couverture qu’on a fait de cet événement.

Matthieu Santerre | Le Délit

Je ne veux pas ouvrir le débat inutile de savoir le nombre exact de manifestants; il sera toujours trop petit pour certains, et bien assez grand pour d’autres. Pour y avoir assisté, je dirai seulement que c’est le nombre que fait ben du monde rassemblé sur trois blocs d’immeubles du centre-ville. Je ne veux pas non plus parler des rumeurs qui avancent que la CSN (Confédération des Syndicats nationaux) aurait payé cinquante dollars à quelques personnes pour qu’elles soient de la partie, ou que la FAÉCUM (Fédération des Associations étudiantes de l’Université de Montréal) aurait loué des autobus (certains disent quatre) pour faciliter le transport aux étudiants qui désiraient manifester. Non, ces propos semblent négligeables face à la position qu’un doit prendre quant à la problématique du futur des services publics, et plus concrètement du futur des frais de scolarité. Ce qui m’embête quand j’écoute les discours, quand je lis les articles ou que je lis les commentaires sur Internet, c’est le manque de rigueur, le manque d’informations et la polarisation.

Deux clans s’affrontent: soit on est contre la hausse et la privatisation des services publics, et taxé de «chialeur» ou de «porteur de pancartes» (comme l’écrivent certains sur le blogue de Gilbert Lavoie sur cyberpresse.ca), soit on est pour la hausse et accusé d’égoïsme et d’endetter les jeunes. J’oublie un troisième groupe, celui des «ni pour, ni contre» qui espèrent qu’on ne leur posera jamais la question, car ils ne sauraient quoi répondre, ceux qui sont bien contents tant que leur petit monde va bien. Peut-on vraiment leur en vouloir? Ce n’est pas grâce aux médias qu’on peut réellement comprendre la situation. Chaque acteur propose ses données; on reprend des chiffres par-ci, d’autres par-là, certains lancent des statistiques; et puis il faut que le lecteur fasse le tri dans tout ça? qu’il vérifie les sources? On doit bien se douter qu’ils sont nombreux à ne pas tant se poser de questions.

La Fédération des chambres de commerce du Québec soutient que les droits de scolarité comptent pour 12,7% des recettes totales des universités au Québec, c’est plus de 10% de moins qu’ailleurs au pays. Les universités s’appauvrissent, la qualité des cours est aussi à la baisse, les chargés de cours sont sous-payés. Tout le monde s’appauvrit apparemment; il faut agir. Toutefois, dans ce système, il y a une contrepartie: la réforme du système des prêts et bourses, et si les gens manifestent et manifestaient ce samedi, c’est parce qu’ils veulent s’assurer que ce sera fait. Ils n’accordent plus leur confiance au gouvernement; ils craignent qu’on n’entende pas les cris et les pleurs de certains, que le gouvernement n’en profitera que pour diminuer son aide aux universités.

Avant de trouver une vraie solution, il faudrait d’abord s’entendre sur les chiffres, sur les objectifs et cesser de vouloir plus fort que le voisin, sans l’avoir écouté. Il faut éduquer. Et c’est pourquoi il faudrait une meilleure couverture des événements. De nouvelles informations, plutôt que les mêmes données qu’on nous ressasse sans cesse, qu’on ne comprend pas davantage, et auxquelles on est devenu sourd.

De la transparence sur Twitter

On m’a reproché ce samedi d’utiliser le compte Twitter du Délit (@DelitFrancais) pour couvrir la marche des étudiants de l’Université McGill et la manifestation. On m’a même accusée de manquer d’éthique journalistique et d’utiliser le journal comme levier personnel. En quoi couvrir cet événement, d’ampleur provinciale, à laquelle participaient des étudiants de l’université, et en tant que journal étudiant de McGill, me servait moi, personnellement? Ma seule allégeance est au journal, à la couverture de sujets qui concernent les étudiants, pour le meilleur et pour le pire. Par ailleurs, si ce n’est pas la place d’un journal de prendre position, alors j’en connais un bon nombre qui peuvent arrêter de publier.

J’en consens, mon premier tweet («Contre la hausse des frais de scolarité? On se rassemble devant l’édifice de l’AÉUM, 3480 McTavish, à 11h30! Le Délit sera de la marche») était ambigu et peut sembler être en faveur de la manifestation, mais il ne voulait qu’annoncer le rendez-vous qu’avait fixé la VP aux affaires externes de l’Association étudiante, et annoncer que Le Délit suivrait les étudiants à la manifestation. J’ai même précisé que je serai l’auteure des tweets et que ni la manif, ni la hausse des frais de scolarité ne font consensus au sein du conseil de rédaction. Que l’on attaque mes tweets, en majorité des photos, qui ne rapportaient que ceux qui étaient présents et ce qui se passait en questionnant ma neutralité et mes visées est symptomatique d’un climat malsain dans lequel le jeu, la malice, l’emporte sur la raison et le bien collectif. Garder quelque chose sous silence, c’est aussi manquer de neutralité. Par la suite, Qu’on m’accuse alors de cacher mes intentions, alors qu’on est associé (de près ou de loin) au Parti libéral du Québec me surprend. Après la lecture de l’article «Utilisation anonyme de Twitter par le PLQ: un problème moral, selon les spécialistes» de Paul Journet dans La Presse, je me dis que c’est peut-être un jeu auquel je ne suis pas encore initiée? Je ne nie pas que l’utilisateur (dont je protège l’anonymat ici, mais qu’il est bien facile de retrouver sur notre twitter) a droit à son opinion, mais le fait qu’il ne précise pas ses affiliations est «une stratégie pour tromper les lecteurs [en montrant] qu’un citoyen ordinaire approuve les décisions du gouvernement» (Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval).

On réprouve ma couverture de la manifestation. «Une tempête dans un verre d’eau»? Oui. Mais si on intimide le peu de gens qui couvrent des événements d’opposition (que ce soit contre le gouvernement libéral de Jean Charest ou contre Quebecor), c’est là que la démocratie tombe.

«La dictature, c’est “ferme ta gueule” et la démocratie, c’est “cause toujours”» disait Jean-Louis Barrault. Qu’on laisse les gens s’exprimer. Merci.

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Une inquiétude parmi d’autres https://www.delitfrancais.com/2011/03/15/une-inquietude-parmi-d%e2%80%99autres/ Tue, 15 Mar 2011 17:08:31 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7079 Ce samedi, ils étaient nombreux à se réunir à la Place du Canada (à l’angle de la rue Peel et du boulevard René-Lévesque) pour gronder contre le prochain budget du ministre des Finances Raymond Bachand dont le dépôt est prévu ce jeudi 17 mars.

Cette marche organisée par l’Alliance sociale et la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics a débuté vers 13h. Les manifestants occupaient les rues fermées du centre-ville, lançant tout haut leurs inquiétudes et leurs revendications tout en marchant vers les bureaux du premier ministre.

David Huehn

De l’Université McGill, une trentaine d’étudiants, dont Myriam Zaidi, l’actuelle VP aux affaires externes et le prochain au même poste, Joël Pedneault (récemment élu par un vote de 80,3% et vice secrétaire-général à la Table de concertation étudiante du Québec), s’étaient rejoints devant le bâtiment de l’AÉUM. Des étudiants des cycles supérieurs étaient également présents, et de nombreux autres étudiants de l’université se sont retrouvés pendant la marche.

Depuis 2007, depuis le dégel des frais de scolarité avec une hausse de 50 dollars par session jusqu’en 2012, jusqu’à aujourd’hui, l’angoisse des étudiants de voir l’accessibilité aux études postsecondaires brimée par le Parti libéral du Québec se fait sentir. Le 7 mars, des étudiants avaient déployé des bannières près de plusieurs ponts et autoroutes à Montréal pour faire entendre leur crainte face à une éventuelle hausse des frais de scolarité. Ils étaient encore présents au rendez-vous ce samedi, parmi d’autres organisations syndicales, communautaires, féministes et écologistes.

Entre autres revendications, Claudette Carbonneau de la CSN (Confédération des syndicats nationaux) répétait que le gouvernement devait revoir ses priorités, qu’il devait maintenir les services sociaux plutôt que de prendre la voie rapide vers l’équilibre budgétaire pour 2014. D’autres leaders syndicaux, ainsi que les présidents de la FEUQ (Fédération étudiante et universitaire du Québec) et de la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec), Louis-Philippe Savoie et Léo Bureau-Blouin, ont pris la parole devant la foule sur une scène installée à la jonction des avenues McGill College et Président Kennedy.

Enfin, une dizaine de manifestants ont été arrêtés et seraient accusés de complot. Ces manifestants auraient été vêtus de noir et cagoulés.

Cette marche influencera-t-elle le contenu du budget? Certains en doutent, d’autres espèrent toujours. Marie-Ève Rancourt de la Coalition rappelait que «Monsieur Bachand a clairement dit qu’il [le budget] sera dans la même lignée que le précédent». «On l’attend donc avec inquiétude», a-t-elle exprimé. François Saillant, de la Coalition lui aussi, préfère évoquer le ticket modérateur qui avait été annoncé, puis abandonné du budget.

Le budget du ministre des Finances Raymond Bachand qui devrait représenter quelque 65 milliards de dollars devrait être dévoilé ce jeudi.

 

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Un journal sans journalistes et sans informations https://www.delitfrancais.com/2011/03/08/un-journal-sans-journalistes-et-sans-informations/ Tue, 08 Mar 2011 14:50:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7002 Et qu’on a remplacé les anciens présentoirs par de nouveaux supports, remplis d’exemplaires du quotidien 24H?

 

Matthieu Santerre | Le Délit

Hé bien oui, Métro a été lock-outé des métros. Bon, mis à part le mauvais jeu de mots, la réalité est tout de même bien réelle. Il ne faut pas être un génie des statistiques pour prédire que le nombre de lecteurs du quotidien sera à la baisse après ce changement logistique, et que ceux du 24H augmentera. Le matin, pressés, encore endormis, on préfère quand même aller chercher soi-même, à côté des tourniquets, le journal qui nous tiendra au courant des dernières nouvelles avec des gros titres, plutôt que de prendre celui que nous donne un employé trop enthousiaste.

Alors que le 1er mars, les 200 syndiqués du Journal de Montréal ont appris que la dernière offre patronale avait été acceptée par RDI par voie Twitter, on peut dire que les nouvelles qui se propagent le font bien plus à 140 caractères.

Ce qui m’effraie dans tout ça, c’est que ce petit changement Métro24H semble être inoffensif, mais il ne l’est pas. C’est par des petits gestes comme ceux-ci que le futur de l’information s’éteint. Si on pense pouvoir comprendre ce qui se passe avec des gros titres et des nouvelles résumées… on se met vraiment le doigt dans l’œil jusqu’au coude!

Allez chercher le Métro, saluez celui ou celle qui vous le donnera, partagez vos opinions! C’est ainsi que le lecteur, le citoyen, pourra remanier l’information sans informations dont on nous gave.

Dans le même sens, assurez-vous que les enjeux de votre campus soient bien pris en compte en votant pour les prochains membres de l’assocation étudiante sur ovs.ssmu.mcgill.ca (entrevues avec les candidats) avant 17h ce vendredi. Ou encore, participez à la couverture de ces enjeux soient couverts et offrez une tribune aux étudiants en contribuant au journal! Posez votre candidature pour les prochaines élections pour le conseil éditorial du Délit le 16 mars.

Questions et candidatures:

delitfrancais.com/elections.

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