Julien Perthuis – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 16 Jan 2019 01:51:58 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.9 «Cette foutue perle» https://www.delitfrancais.com/2013/09/24/cette-foutue-perle/ Tue, 24 Sep 2013 06:55:27 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=18499 Lomepal (rappeur) et Meyso (beatmaker) se sont récemment associés pour donner naissance au projet Cette Foutue Perle. Les deux rappeurs se sont rendus à Montréal pour présenter leur œuvre au Cabaret Underworld. Le Délit a eu la chance de les interviewer.

Le Délit: Pouvez-vous vous présenter brièvement?

Lomepal: Lomepal.

Meyso: C’est très bref, c’est bien (rires). Moi, Meyso, DJ, beatmaker, à temps partiel.

L: Lomepal, rappeur parisien du XIIIème arrondissement.

LD: Vous avez sorti le 9 septembre un projet commun intitulé Cette Foutue Perle. Pourquoi Cette Foutue Perle?

L: C’est parce qu’il y a un jeu de mots avec «sept jours sur sept». C’est uniquement pour ça. En fait, j’étais en train d’écrire un titre sur une instrumentale de Meyso. J’avais écrit «sept jours sur sept» et j’ai trouvé une analogie avec «cette foutue perle». On a trouvé que c’était un délire marrant et que ça résumait bien l’esprit du projet.

LD: Sachant que vous travaillez à deux, quelle est votre démarche pour construire un morceau?

L: Il faut que l’un des deux produise un peu de matière, l’autre s’en inspire pour produire de la matière aussi, ça se fait à cheval, comme ça.

M: Parfois je lui envoie une «instru» déjà faite, mais sans variations, s’il kiffe la boucle je la travaille un peu plus, il écrit ses textes et puis on fait des arrangements. J’essaie de faire ressortir le côté rythmique de son texte. Lui, il va peut-être vouloir mettre en valeur certains mots, du coup il va demander à ce que je coupe à un certain moment. Ce travail-là, on le fait vraiment ensemble.

LD: Selon vous, avez-vous réussi à développer un style, une identité qui vous est propre?

M: Pas d’identité, forcément. Moi je fais ce que j’aime. Après, tout ce que je fais ne ressemble pas forcément à ce que je fais avec Lomepal.

L: Je n’essaie pas de me créer un personnage, j’essaie de faire les choses dans le sens où je veux aller. Après, est-ce que ça crée une sorte de couleur ou est-ce qu’on peut reconnaître un morceau à moi tout de suite, c’est un peu aux autres de me le dire.

LD: Pouvez-vous chacun nommer votre titre favori de l’album et expliquer les raisons de votre choix?

L: Moi c’est Roule. Parce qu’on l’a fait en dernier, les autres m’ont peut-être saoulé avec le temps, on a travaillé longtemps sur le projet. Ce que j’aime bien avec Roule, c’est qu’on l’a faite en quelques jours. Ça s’est fait sur un voyage à Bruxelles d’un jour ou deux. Dans la voiture il a préparé l’«instru», il me l’a fait écouter, j’ai écrit le truc, on est arrivé en studio et j’ai posé le tout. La spontanéité du morceau fait que c’est celui que je préfère. L’«instru» a un côté western, ça fait un peu musique de film.

M: Moi, peut-être Coquillage. Encore un morceau qu’on a fait un peu dans l’urgence.

L: Coquillage c’était un texte que j’avais déjà écrit. J’ai demandé à Meyso qu’il fasse une «instru» dans un style un peu plage, tranquille, un peu lente. Il m’a fait ça et c’était pile ce que je cherchais.

LD: Lomepal, quelle relation entretiens-tu avec la langue française, tu parles notamment dans un morceau de «hobby» en évoquant l’écriture?

L: Un hobby, oui, mais aussi une passion, je dis un hobby, mais c’est pour que ça rime aussi (rires). C’est une passion, je fais ça tout le temps en fait, j’écris tous les jours, j’écoute que ça, je passe ma vie à écouter du rap et à en écrire, c’est plus qu’un hobby.

LD: Meyso, considères-tu la musique comme un mode de communication aussi puissant que l’écriture ou l’image?

M: Ouais carrément! Je ne sais pas trop si ça peut se comparer. On dit souvent que ça fait danser les gens, mais ça peut faire totalement autre chose.

LD: Par exemple, quand j’écoute le titre Les Battements, j’ai tout de suite des images de Paris qui me viennent dans la tête, c’est assez visuel…

M: Je travaille plus sur les textures que sur les mélodies, je m’en fous un peu des mélodies. Quand on parle de texture, c’est toujours des couleurs, des machins…Je le trouvais un peu électrisant, parisien ce sample des Battements.

L: Quand il me l’a envoyé, il était un peu perplexe, moi j’ai accroché direct.

LD: Qu’est-ce que ça vous fait de voir des gens si enthousiastes par rapport à votre musique aussi loin de chez vous?

L: Moi j’avais déjà rencontré des Québécois lors d’un festival à Liège, deux Québécois étaient venus nous parler, c’était la première fois que j’avais réalisé qu’il y avait peut-être des gens outre-atlantique qui nous écoutent.

LD: Est-ce que vous connaissez le rap québécois et est-ce que vous seriez prêt à collaborer avec des Québécois?

L: Bien sûr! Il y a des Québécois que j’écoute depuis très longtemps, par exemple Obia Le Chef que je voulais capter cette semaine. C’est un gars que j’ai bien écouté, sinon toute la clique de Casse-Croûte. Il y a quand même une scène québécoise que j’aime bien, même à travers les Word-Up. C’est cool, moi j’aime bien, ils ont un style bien à eux, et je ferais un morceau avec eux avec plaisir!

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« 103 » https://www.delitfrancais.com/2013/09/10/103/ Tue, 10 Sep 2013 06:09:01 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=18182  

Blasé est un producteur de hip-hop et de musique électronique français. Après avoir grandi à New York, il intègre la Faculté de musique de l’Université McGill. Le 24 mars 2013, il sort sa première mixtape réunissant nombre de rappeurs de son entourage. Le 28 août dernier, il publie le premier clip vidéo issu du projet. C’est le titre «103» qu’il a mis en image. Nous nous sommes penchés avec lui sur tout cela.

 

Le Délit: Pourrais-tu te présenter et nous décrire ton parcours musical? 

 

Blasé: «Je suis un producteur de hip-hop connu sous le nom de Blasé. La plupart des sons que je produis sont hip-hop avec une influence plutôt musique électronique. J’ai commencé en jouant du saxophone vers l’âge de onze ans, puis je me suis mis à la guitare avant de découvrir la production sur ordinateur et c’est à partir de là que j’ai commencé à créer de la musique. Je me suis ensuite familiarisé avec le hip-hop parce que c’était un style que je ne connaissais pas trop mais que j’aimais bien écouter».

 

Le Délit: Tu as récemment publié sur Internet le clip vidéo de «103», extrait de ta première mixtape, «Bad Wake Up», où apparaissent notamment les deux rappeurs Prime et Ioan Delice. Pourquoi avoir choisi ce titre en particulier? 

 

Blasé: «Au départ, l’idée n’était pas de clipper ce titre-là, mais plutôt «Me And You», le seul titre qui incluait tous les participants de la mixtape. On voulait faire un beau clip avec tout le monde mais on n’a malheureusement pas pu organiser cela. On a donc filmé «103» avec Ioan et Prime qui étaient tous les deux disponibles. C’est un de mes morceaux préférés de la mixtape et ça a donné un bon résultat».

 

Le Délit: Le titre est très rap, tu as clairement des influences boom-bap. Comment t’es venu cet intérêt pour le hip-hop? 

 

Blasé: «J’ai commencé en écoutant Eminem, tout le monde a écouté un peu d’Eminem dans sa vie, jai tout de suite accroché, il y a eu une période où je n’écoutais quasiment que ça. J’ai ensuite découvert d’autres choses, et notamment DJ Premier, sans doute ma plus grande influence, mon producteur préféré. C’est un des pionniers du boom-bap. J’ai beaucoup pensé à lui en faisant les titres de ce projet».

 

Le Délit: Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta collaboration avec ces deux rappeurs?  

 

Blasé: «Ioan et Prime sont basés à New York, moi à Montréal. Ioan était dans ma classe au Lycée Français de New York, c’est comme ça que je l’ai connu, et Prime est son cousin. J’ai invité sur ma mixtape tous les rappeurs que je connaissais et qui étaient assez bons. Ils sont tous les deux talentueux c’est pour ça qu’ils ont naturellement participé. Ça s’est fait sur Internet, je leur ai envoyé l’instrumental et ils m’ont dit qu’ils voulaient faire un titre avec ça. Ils ont écrit les paroles et ont enregistré, ils m’ont renvoyé le tout et je l’ai mixé. Je trouve que c’est un des titres les plus forts du projet et j’en suis content».

 

Le Délit: Pour ce clip, tu as collaboré avec un autre artiste, le cinéaste Axel de Chaunac. Comment vous êtes-vous rencontrés? 

 

Blasé: «Il a un an de plus que moi, il est jeune et super doué, je l’ai rencontré dans mon lycée aussi».

 

Le Délit: Comment vous êtes-vous organisé pour donner vie à ce clip? On te sait également dessinateur et graphiste, quelle fut ta contribution à la réalisation de la vidéo en soi? 

 

Blasé: «Le directeur, c’est Axel, c’est lui qui a tout pris en main, il a filmé, fait l’édition… Je l’ai un peu conseillé dans la direction artistique. Je lui disais ce qui me plaisait ou pas, les idées de base venaient de lui».

 

Le Délit: Quelle impression avez-vous voulu transmettre à travers le clip? 

 

Blasé: «On a choisi le titre un peu par hasard. Quand je produis des instrumentals, je les intitule au hasard. Normalement, les artistes qui les prennent les renomment. J’avais mis «103» au hasard mais Ioan et Prime l’ont interprété en termes de température et ils ont écrit un texte en jouant avec le thème de la chaleur. On a donc voulu représenter cela dans le clip, c’est pour ça qu’on a des images de lave qui reviennent. Mais il y a aussi des images froides et sensuelles avec la fille qui apparaît. On a voulu faire quelque chose d’agressif car les raps sont énergétiques».

 

Le Délit: Justement, la jeune fille qui apparaît à plusieurs reprises à l’écran est assez énigmatique. Pourquoi lui avoir donné ce rôle? 

 

Blasé: «Ça s’est fait un peu sur le moment. Au départ, on cherchait une fille pour faire un peu comme dans tous les clips de rap, qui se trémousse et tout… Mais Axel est quelqu’un d’assez mystérieux, il joue pas mal avec les images de religion, les crânes, les incantations… Du coup on s’est dit qu’on allait faire quelque chose d’un peu plus sombre et original. On a voulu lui faire faire des incantations mais on a pas gardé ces images et on a juste des zooms un peu intrigants sur son visage».

 

Le Délit: Peux-tu éclaircir le sens des paroles qui introduisent le clip? 

 

Blasé: «Elles sont extraites d’un poème de Henry Lawson intitulé «103». Il est inspiré des jours que le poète a passé en prison. Son numéro de prisonnier était 103. J’en ai coupé un morceau et je l’ai mis au début du clip. Il dit «Keep step 103». Il y a le thème de la persévérance et de la motivation, il ne faut jamais abandonner, même en prison. On continue toujours et on ne s’arrête jamais. C’est un peu l’idée qu’on a avec les rappeurs avec qui j’ai travaillé. On continuera toujours à faire du son, on est dans notre élan».

 

Le Délit: Qu’aimerais-tu dire à tous ceux qui lisent cette interview et regarderont peut-être ton clip?

 

Blasé: «Faites tourner si ça vous plaît et attendez-vous à entendre du nouveau bientôt parce qu’on s’arrête pas».

 

Le Délit: Quels sont tes futurs projets musicaux?

 

Blasé: «J’ai des collaborations en cours avec plusieurs rappeurs, avec des gens de Montréal. Sinon, je travaille avec une chanteuse sur un autre projet mais ça ne va pas sortir avant un bout de temps parce qu›on essaie de faire un truc vraiment abouti. C›est différent, pas trop dans le style hip-hop. C’est plutôt de la chanson, mais c’est avec une fille qui compose super bien et qui a une voix magnifique».

 

 

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