Joseph Boju – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Tue, 20 Nov 2018 18:42:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 Sauver la presse francophone https://www.delitfrancais.com/2017/11/14/sauver-la-presse-francophone/ Tue, 14 Nov 2017 16:46:23 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=29857 Les universités québécoises, censées être le lieu du savoir et du débat d’idées, manquent à leur devoir de protection de la liberté d’expression. Sans presse libre et indépendante au sein des universités, cette liberté d’expression ne devient que façade. Nous demandons aux dirigeants de l’Université McGill d’abolir la mesure exigeant la tenue d’un référendum quinquennal sur les frais de cotisation de 3$ par session que chaque étudiant est tenu de payer aux journaux étudiants, Le Délit, The Mcgill Daily et le McGill Tribune

Nous pensons que cette mesure fragilise la liberté d’expression au sein de l’Université tout en marginalisant davantage les voix minoritaires, telles que les voix francophones qui sont représentées par Le Délit, le seul journal francophone de l’Université McGill. Nous demandons à l’administration de l’Université d’abolir cette obligation qui précarise la francophonie et les journaux étudiants sur le campus.

McGill néglige sa francophonie

Né sous le lys en 1977, Le Délit est la publication sœur du McGill Daily, créé en 1911, le plus vieux journal étudiant du Québec. Les deux rédactions forment la Société de publication du Daily (SPD), un organisme indépendant et à but non lucratif. Ce sont les éditeurs du Daily qui, lors des débats de la loi 101 sur le bilinguisme, ont reconnu la nécessité d’un journal entièrement francophone. Conséquement ils créèrent Le McGill Daily français, notre actuel Délit. Leur motivation était simple: favoriser l’entente entre les deux solitudes. 

À l’image des deux groupes linguistiques majoritaires du Québec, le Daily et Le Délit ont grandi dans l’interdépendance. Deux journaux, deux équipes, deux lignes éditoriales mais un seul bureau et une même vocation: proposer une presse libre et indépendante aux étudiants de l’université.

Jusqu’au 16 novembre, les étudiants doivent se prononcer sur la survie de ces deux institutions pour le référendum quinquennal. Un peu plus tôt ce mois-ci, le conseil législatif de l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM ou SSMU, en anglais, ndlr), a voté contre une motion de soutien au référendum d’existence de la SPD. Ce désaveu de la part des élu·e·s étudiants prouve leur absence de considération pour la francophonie à McGill.

Les francophones représentent pourtant 20% du corps étudiant, lequel est bilingue à plus de 50%. Pour tous ceux-là, Le Délit est un porte-parole et un acteur majeur de la vie étudiante. Dans ses pages, il couvre la scène et les coulisses de la politique étudiante mcgilloise, montréalaise et québécoise, désespérément cantonnée à la sphère anglophone. Dans la communauté, il joue un rôle prépondérant en co-organisant notamment la Francofête, une semaine de célébrations de la francophonie sur le campus. Il est aussi le représentant de McGill au sein de l’association de la Presse étudiante francophone (PrEF) et a remporté le prix du meilleur journal étudiant du Québec décerné par les Amis du Devoir. Ainsi, Le Délit relie nos étudiant·e·s francophones, parfois enfermés dans la McGill bubble, au reste du Québec.

De l’importance de la presse étudiante

Au cours de ces dernières années, les journaux étudiants mcgillois ont été d’utiles lanceurs d’alerte sur le campus. Agressions sexuelles, dysfonctionnement chronique des services de santé mentale, précarité ou encore malnutrition étudiante, autant de sujets mis en lumière par le Délit et The Daily.

Par ailleurs, en l’absence d’une école de journalisme à McGill, les journaux étudiants compensent et forment à chaque année des dizaines de mcgillois·e·s au journalisme en français et en anglais.

L’imposition de ce référendum menace les rédactions étudiantes comme une épée de Damoclès. Au lieu d’assurer leur fonction, elles se voient régulièrement contraintes d’allouer leurs maigres ressources à une campagne de survie. De plus, cette campagne devient en quelque sorte permanente, tant il faut se plier à la majorité et au bon vouloir des groupes de pression du campus. Comment, dans ces conditions, assurer la liberté de la presse et le fonctionnement même de la démocratie dans notre communauté étudiante?

Nous comptons sur la bonne volonté de l’administration de l’Université McGill pour mettre fin à ce système référendaire qui précarise les journaux étudiants et met en péril la seule voix francophone, indépendante et libre du campus.

Signataires : 

Ronny Al-Nosir, chef de section innovations, automne 2016

Joseph Boju, rédacteur en chef, 2014-2015

Julia Denis, rédactrice en chef, 2015-2016

Inès Dubois, coordinatrice réseaux sociaux, 2014-2016

Céline Fabre, chef de section culture 2015-2016

Ikram Mecheri, rédactrice en chef, 2016-2017

Magdalena Morales, coordinatrice multimédias, automne 2016

Chloé Mour, cheffe de section culture, automne 2016

Matilda Nottage, coordinatrice multimédias, 2015-2016

Esther Perrin Tabarly, cheffe de section société, 2015-2016

Théophile Vareille, éditeur de section actualités, 2015-2017

Arno Pedram, responsable multimédia Le Délit, hiver 2017, éditeur culture The McGill Daily, 2017-2018

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Mathieu Arsenault ou la phrase ininterrompue https://www.delitfrancais.com/2017/03/31/mathieu-arsenault-ou-la-phrase-ininterrompue/ Fri, 31 Mar 2017 13:15:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28366 Mathieu Arsenault cherche la phrase impossible. Ces deux dernières semaines, au Théâtre La Chapelle, l’homme qui s’est rendu célèbre en vendant des t-shirts «Louis Ferdinand Céline Dion» a confirmé qu’il est l’un des écrivains les plus originaux de sa génération. Dans La vie littéraire, adaptation théâtrale de son roman publié en 2014 aux éditions Le Quartanier, le poète porte lui-même son texte sur le tranchant de sa voix, avec une efficacité désarmante. La scénographie de Christian Lapointe, minimale, fait de cette voix seule en scène un vecteur inimitable du roman.

Ça ne veut pas rien dire

 Après quarante-cinq minutes furieuses d’un monologue sans queue ni tête sur les aspirations littéraires d’une jeune romancière québécoise découvrant le monde actuel de la culture et sa précarité maladive, le spectateur sort bluffé, abasourdi, presque soulagé. Il n’a pas entièrement compris ce texte elliptique et touffu, «produit compliqué d’une époque surchargée». Les argots, références savantes et populaires y sont trop nombreux pour cela. De 4chan à Skrillex en passant par Maria Chapdelaine et Sylvia Plath, Mathieu Arsenault refuse en effet de prendre l’auditeur de sa phrase folle par la main, démontrant (mais est-ce encore à démontrer?) qu’il n’est pas nécessaire de comprendre une œuvre pour en apprécier la beauté. Qu’est-ce tout cela voulait bien dire? se redemande le spectateur interloqué. L’angoisse de ne pas piger sera encore déçue par la causerie post-représentation. À chaque question posée par l’animateur, Mathieu Arsenault répond en jouant de nouveaux passages de son texte tordu. Conclusion: cela ne veut pas dire autre chose que ce qui est dit. Ça ne veut pas rien dire, comme disait l’autre.

Le désordre sacré

Nous sommes donc dans la tête d’une apprentie romancière pleine d’illusions à perdre et d’anecdotes loufoques à partager. Sa «vie plate et fruste» où rien d’extraordinaire n’arrive nous la rend attachante, comme familière. L’ambition, la fuite des responsabilités, la procrastination, le rêve, la recherche de ce qui serait l’amour; cette intrigue universelle est vécue par chaque être humain à l’heure d’entrer dans la carrière. Seulement, il s’agit ici de l’orageuse carrière des lettres, et vous l’aurez sans doute deviné, les aventures de notre jeune héroïne ne sont pas celles des héros de Marvel, ni celles circonscrites et absentes chez l’essayiste Isabelle Daunais, mais bien celles que décrit Gustave Flaubert à sa chère Élisa Shlésinger: «Je vais donc reprendre ma pauvre vie si plate et tranquille, où les phrases sont des aventures». Chez Mathieu Arsenault, l’aventure de la vie est celle de la phrase, immanquablement. Il s’agit de se «libérer du monde qui maîtrise la syntaxe de la phrase permettant d’exprimer dans un langage clair les sentiments qui l’habitent»; de combattre ceux qui mettent «du purell sur la langue syntaxe clostridium difficile». Pour certains esprits, il y a des désordres sacrés.

La seule phrase possible

Non éloigné en cela de Christian Prigent, Mathieu Arsenault habite sa phrase ininterrompue au point d’en faire sa signature — le seul lieu où la vie ordinaire peut se faire vie littéraire. Avec un débit parfois proche du génie d’Alaclair Ensemble, l’auteur-acteur prouve que les «orpailleurs du quotidien» n’auront jamais fini de surprendre. Lui seul, qui frappe «sa phrase ténue à côté du monde entier», lui qui devient «la fille de la phrase», arrive à ce degré d’altérité («le visage des étrangers ma seule famille ma seule issue») qui fait qu’une «phrase puisse durer un million d’année». Peut-être que ces «os de phrases»,  «ces phrases écrites avec de la cendre» ne dureront pas. Sans doute même, mais qu’importe, le geste est héroïque. En vérité, à chercher sa phrase impossible, Mathieu Arsenault a sans doute écrit la seule phrase possible de son temps: «pour que jamais la gueule ne m’arrête». Allez donc plisser les yeux pour lire ce feu d’artifice.
Mathieu Arsenault, La vie littéraire, Le Quartanier, coll. « Écho », 10$.

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McGill Inc.? https://www.delitfrancais.com/2016/02/09/mcgill-inc/ https://www.delitfrancais.com/2016/02/09/mcgill-inc/#respond Tue, 09 Feb 2016 20:19:04 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=24751 Depuis le 2 février, plusieurs journaux québécois, dont La Presse et Le Soleil, ont réagi avec inquiétude au sujet d’une proposition de réforme du système de financement des universités de la province: augmenter les frais de scolarité des étudiants étrangers afin «d’éponger» de potentielles compressions budgétaires. Le Délit s’alarme aussi.

Aujourd’hui (comme illustré ci-dessous), les étudiants étrangers de McGill paient des frais de scolarité d’environ 15 700$ par an. Ceux-ci sont divisés en trois parties: 2290$ de frais communs à tous les étudiants de l’Université, rentrant dans les recettes de McGill; un supplément «spécial» étudiants étrangers de 12 200$, dont le gouvernement québécois fixe le montant et tire profit; et un frais supplémentaire dont disposent les universités, plafonné à 10%. La réforme potentielle permettrait aux universités de dépasser ce plafond de 15% et d’augmenter les frais des étudiants étrangers — et donc les recettes qu’elles en tirent— de 25%. 

Comme Olivier Marcil, v.-p. aux communications et affaires externes, l’a réaffirmé lors d’un entretien exclusif avec Le Délit: cette mesure pour laquelle McGill plaide depuis plusieurs années n’est encore qu’à l’état de rumeur — le Québec n’ayant pas encore annoncé de décision officielle. Une «rumeur» et «proposition de longue date» qui fait beaucoup jaser ces derniers jours. Suite à une récente réunion des recteurs des universités québécoises et des représentants du gouvernement, l’annonce de nouvelles coupures budgétaires concernant l’Éducation pour 2016-2017 était sur toutes les bouches. Dans cette optique, l’augmentation des frais de scolarité des étrangers apparaîtrait comme solution compensatoire aux nouvelles contraintes budgétaires imposées aux universités.

Mahaut Engérant

Ce compromis laisserait sur le carreau le seul intéressé, c’est-à-dire l’étudiant. Non seulement celui-ci serait indirectement touché par les coupes budgétaires gouvernementales, mais dans le cas de l’étudiant étranger, son accessibilité à l’éducation supérieure s’en verrait réduite. Il y a quelque chose d’amer et de cynique dans cette mesure en projet, c’est que nul ne se sentira réellement concerné. Certes, fidèle à son poste, l’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante, ndlr) est montée au créneau pour condamner d’avance la possible hausse. Mais aucun étudiant d’ici ne haussera le ton, son intérêt personnel n’étant pas en jeu. Quels étudiants étrangers, dont plus de 40% sont à McGill et Concordia, prendront alors des moyens d’actions pour se faire entendre sur le sujet? Aucun. Tout comme pour les étudiants français l’an passé, une facture plus salée ne raccourcira pas la liste d’inscrits de ces universités. Les portefeuilles parentaux ne jouent pas l’indignation.

Pourquoi reproduire au Québec le schéma des universités américaines où le diplôme prestigieux s’accompagne forcément de frais exorbitants? «McGill n’est pas une institution pour faire du profit» répond Marcil, «vous prenez pour acquis que nous allons nous comporter comme une entreprise privée!» Laissons McGill nous prouver le contraire, en ne cédant point à l’exploitation d’une demande quasi inélastique.

L’Université promet de faire du lobby pour un système de bourses ouvertes aux étudiants étrangers au niveau provincial, ainsi qu’un système plus aidant au niveau universitaire. Déréguler pour réinvestir. Puisque tout ceci est hypothétique, nous ne pouvons encore juger l’application de telles promesses. Mais pourquoi guérir par des bourses un mal qui pourrait être endigué à la racine, c’est-à-dire au niveau des frais de scolarité? À cheval entre la logique d’entreprise et celle d’un apprentissage à la portée de tous, McGill semble hésitante à trancher le nœud gordien. D’aucuns diraient qu’elle a déjà fait son choix…

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Spleen et idéal https://www.delitfrancais.com/2015/10/27/spleen-et-ideal/ https://www.delitfrancais.com/2015/10/27/spleen-et-ideal/#respond Tue, 27 Oct 2015 18:04:00 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23769 Branle-bas de combat au Metropolis depuis jeudi dernier. Jean Leloup, après trois ans d’absence, occupe la salle avec son orchestre et les titres de son dernier disque, Paradis City. Chaque soir, la foule est dense et compacte, impatiente du rendez-vous avec le personnage-chanteur, car on est là pour le voir autant que pour l’entendre.

Un rideau de cabaret en carton nous sépare de la scène, un rideau pour signaler que nous somme assis dans la navette du temps, et que lorsque le concert aura débuté, c’est dans une galaxie lointaine, très lointaine que nous serons transportés. Rideau, donc. À peine le temps d’apercevoir un décor fait de gigantesques fleurs suspendues autour d’un soleil d’or que le chanteur, juché en haut d’une passerelle d’argent, démarre sur les chapeaux de roue. «Isabelle» puis «Barcelone», et puis d’autres encore, succès sur succès, la première partie du concert se déroule dans une ambiance électrique.

Dans cette soirée conçue comme un feu d’artifice Jean Leloup fait office de chef d’orchestre. Violons, violoncelle et contrebasse lui répondent à l’œil. Pas de pause entre les chansons, sinon un mouvement d’épaule ou de main du coryphée, décidant des transitions musicales. Les arrangements pour cordes se fondent dans cette musique comme si elle avait été composée pour et avec eux. L’inédit est naturel, comme à chaque concert du Roi Ponpon, et la musique n’en n’est que plus belle, la guitare surtout. Car Jean Leloup ce n’est pas que Mick Jagger, c’est aussi Keith Richards, comprendre un guitariste hors-pair. Armé de sa Fender Thinline, le sauvage est imprenable, capable de tenir la ligne rythmique et mélodique à la fois, capable de chanter et sur son chant, d’offrir des variations.

Entracte. Une lune remplace le soleil de la première partie et la splendeur de Paradis City fait place à la langueur. Des belles filles du «paradis perdu» de la première partie aux amours sans pitié de la seconde, c’est une catabase progressive.  On y joue surtout le dernier album, puisque «tous les chemins mènent en enfer» à Paradis City.  Le spectacle se fait plus intime, plus démoniaque, il y aurait d’ailleurs une étude à faire sur les liens entre Jean Leloup et Baudelaire (même fascination pour la beauté du mal, même engouement pour le «maître Edgard»).

Deux rappels plus tard, le sauvage, clope au bec, guitare à la main, est assis en haut de sa passerelle. Celle-ci a pivotée de 180° —clou du spectacle —, au-dessus des fronts de la foule, si bien que Leloup «joue de la guitare» comme un pierrot pêcherait des rimes, assis sur son croissant de lune. Il faut croire qu’il est fin pêcheur: la foule chante, et lui, sourit.

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«La contre-culture s’organise!» https://www.delitfrancais.com/2015/10/20/la-contre-culture-sorganise/ https://www.delitfrancais.com/2015/10/20/la-contre-culture-sorganise/#respond Tue, 20 Oct 2015 20:54:49 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23639 Les Anarchives exposent les reliques d’une décennie turbulente. 

Elle donne le vertige, cette impression de déjà vu pendant la grève étudiante de 2012, qui rappelle étrangement aux Québecois sexagénaires les mobilisations de 1970. La crise d’octobre 1970, ça vous dit quelque chose? Ça devrait.

Le collectif des Anarchives fait revivre les années turbulentes du Québec en exposant leurs archives. Dans le cadre du colloque international «Contre-culture: existences et persistances» organisé par Simon Harel (UdeM) et Simon-Pier Labelle (McGill), la médiathèque Gaëtan Dostie accueillait vendredi 16 octobre le collectif, pour présenter les reliques d’une décennie mouvementée.

L’exposition Criez, créez ou crevez: contre-culture au Québec de 1955 à 1975 est installée dans une salle au deuxième étage de la petite médiathèque, dont les murs sont envahis de vieilles revues anarchistes, marxistes, féministes, ou encore de manifestes maoïstes. Pour mettre un peu d’ordre dans cette amas de papiers révolutionnaires, les trois jeunes représentants du collectif Anarchives ont présenté leur démarche lors de la conférence «Réflexion sur la contre-culture et les devenirs révolutionnaires», précédant le vernissage de l’exposition.

«C’est plus un bordel qu’une bibliothèque» me glisse l’un des trois «anarchivistes» avec un sourire en coin, alors que je tourne les pages de la vieille revue Mainmise. Avant la conférence, on s’attarde dans la salle d’exposition, saturée de journaux qui décrivent un désir de révolution anti-coloniale, anti-capitaliste, anti-patriarcale. En effet, on aperçoit des revues qui parles de drogues, puis de féminisme et de mouvements gais, et puis plus loin un article sur Mao et des revues sur des concerts de rock. Une affiche appelle «Québécoises debouttes!», une autre demande «la drogue, problème ou solution?», et d’autres encore annoncent le «méga-concert de Pink Floyd au Stade Olympique de Montréal».

Finalement, pour être vraiment certain d’avoir cerné le sujet, un article annonce «la contre-culture s’organise!»

La présentation commence par l’introduction de Gaëtan Dostie, qui explique pourquoi il organise un événement tous les 16 octobre, depuis 1971. C’est dans la nuit du 16 octobre 1970, à quatre heure du matin, que la police est venue le sortir de son lit pour l’emprisonner. Il s’est retrouvé dans une cellule côte à côte avec d’autre révolutionnaires, notamment Pierre Vallières, qui lui glissa le crayon avec lequel Gaétan écrivit le poème «peur d’élire» qu’il nous lit alors ce vendredi. Applaudit par la dizaine de conférenciers, Gaëtan se retire, ému.

Les fouilleurs d’archives se sont attaqués au monceau de revues de Gaëtan Dostie pour rendre le passé vivant, avec une présentation intéractive de la presse des années 1955 à 1975, expliquent-ils pendant la conférence. Les trois jeunes intellectuels expriment leur «aversion pour les morgues à passé»: ici, «on peut toucher, sans cacher l’usure du monde».

Ainsi, exposer les journaux d’une autre époque permet de se connecter avec ce qui s’y est passé mais aussi ceux qui y sont passés. Ces archives mettent en avant les erreurs du passé, qui paraissent aujourd’hui si évitables… En bref: elles dépeignent «ce beau bordel là qu’ont été les années soixante-dix au Québec», concluent les «anarchivistes».

En soufflant la poussière qui s’était installée sur ces reliques, les anarchivistes ont mis la main sur les manifestes de la contre-culture, qu’ils définissent pour nous lors de la conférence. C’est une «rupture productive et transhistorique qui rejette le mainstream» avancent-ils, qui a été influencée par l’émergence du rock aux États-Unis, mais aussi de partout où des gens se révoltaient contre le gâchis capitaliste. Ce fût l’époque où le drop out décrochage) social était commun, où l’on expliquait le fonctionnement des armes à feu révolutionnaires felquistes (militants du FLQ, Front de Libération du Québec, ndlr) dans des revues où l’on pouvait aussi trouver un tutoriel pour faire pousser sa propre marijuana. Ce sont des revues révolutionnaires telles que La Claque, Logos, ou Mainmise qui ont véhiculé cette contre-culture, et que nous avons maintenant l’occasion de feuilleter dans une vieille médiathèque à Montréal. -Amandine.


Contre-célébration

Nous étions le dimanche 27 avril 1975 quelque part à Montréal et une bande de jeunes organisait un marathon de poésie de musique, de 14h00 à 2h00 du matin. À la barre du micro défilèrent les poètes du futur, c’est à dire Josée Yvon, Allen Ginsberg, Denis Vanier, William Burroughs, et j’en oublie vingt-et-un — autant de héros du langage qui changèrent le visage et la voix de l’Amérique Nordique.

40 ans plus tard, samedi dernier, ils ont remis ça. Qui ça «ils»? Les poètes bien sûr, ceux de 75 et ceux d’aujourd’hui, en hommage aux anciens, c’est à dire de vassaux à seigneur, puisque la poésie n’est après tout que l’exploitation agricole d’un langage, c’est à dire d’une même terre, et que l’on plante toujours ses choux sur la parcelle d’un autre qui était là avant nous (c’est d’ailleurs l’unique explication que Zadig&Voltaire devrait faire de la phrase de Candide, «il faut cultiver son jardin»).

C’était donc à l’Escogriffe, bar sombre et obscur de la rue Saint-Denis, à droite du Quai des Brumes quand vous descendez vers Sherbrooke, merci, bienvenue, bonne soirée, toi aussi. À l’ombre d’une scène mal éclairée par des lueurs vaporeuses de Guinness, Maudite et autres bières noires, à l’ombre de la nuit, à l’ombre de la vie, à l’ombre de tout cela réuni, la parole a repris son cours impétueux. Fiat lux, et lux fuit. Catherine Lalonde d’abord, accompagnée de Shawn Cotton, pour la lecture d’un duo Josée Yvon/Denis Vanier aux accents solennels et intimes. Le ton est donné, posé, place au poème.

Pas besoin d’avoir lu Introduction à la poésie orale de Paul Zumthor pour savourer les phrases qui tombaient en grappe cette soirée-là, des bouches ivres de sang des parleurs et des parleuses du collège informel de la vie littéraire. Un trio de jazz libre était planté derrière le micro, qui servait de l’improvisation en masse pour qui désirait un petit fond sonore à mettre au pied de leurs imbuvables vers qu’ils nous forcèrent à avaler.

C’était bon, littéralement et dans tous les sens, j’aimerais en manger davantage. Plus de Raôul Duguay dans son manteau de fourrure pourpre, casque à cornes de caribou sur le chef, trompette en main, mots dans la bouche. Plus de Paul Chamberland, élégant comme un prince qui s’excuserait d’en être, nous liturgifiant sa dernière encyclique personnelle et universelle, qui recale le Laudato Si’ du père François aux dernières vulgarités. Plus de sœurs DAF endiablées de partout, louant la mort du Christ un soir d’Octobre 70 sur un air de Jean Leduc. Plus de Jean-Paul Daoust, qui reste le Christian Dior de la poésie québécoise, quoiqu’en dise les racontars, tendez les yeux vers l’étoile de Marylin, elle vous répondra que oui. Plus de Sébastien Dulude à cheval sur son Patrick Straram, dégainant le lasso de sa phrase avec l’allant d’un John Wayne partant mourir à Rio Bravo pour la première fois. Plus de Mathieu Arseneau, haletant, haleté, instoppable, instoppé, prenant François Charron en excès de vitesse et le reste de la salle avec. Plus de ça, rien contre ça, tout pour ça. – Joseph.

Luce Engérant

Culture underground

Sous le petit dôme de verre de la Médiathèque Littéraire Gaëtan Dostie, la docteure en musicologie Marie Thérèse Lefebvre a accordé les couleurs de sa chemise rétro au thème du colloque qu’elle vient présenter. «L’Underground musical au Québec dans les années 70», voilà un cadre qui  va faire défiler dans nos imaginaires une suite de noms de musiciens excentriques, poètes insolents, magazines culottés et autres ingrédients alternatifs de la contre-culture de toute une décennie. Une décennie dont l’héritage est bel et bien vivant.

La musique underground se démarque du reste de la bulle musicale de l’époque par son absence d’institutionnalisation.  Vers la fin des années 1960, tandis que la musique considérée comme overground (musique populaire ndlr) était subventionnée, enseignée et diffusée dans des émissions de radio, son obscur concurrent évoluait dans une démarche collective désordonnée, à l’ombre de toute forme d’autorité.

D’influence américaine, ce mouvement expérimental pose ses dalles sur les traces de John Cage, musicien absurde dont le «4’33’’ for piano» présente un pianiste assis, qui se prépare à entamer son morceau pendant… 4: 33 minutes.

La dimension politique des artistes de l’underground est omniprésente jusque dans les années 1970. Elle constituait une nébuleuse créative de groupes musicaux tels que le Quatuor de jazz libre dont le musicien Yves Charbonneau déclarait: «Avant d’être musicien, je suis révolutionnaire. Au lieu d’avoir une mitraillette, j’ai une trompette. Aux autres, je prêche la liberté en disant: jouez libre, vous aussi.» Cependant, peu à peu, la vigueur politique du mouvement s’est estompée pour se tourner vers une réflexion plus esthétique.

C’est cette recherche de qualité sonore qui encourage les artistes Patrick Straram et Claude Vivier à organiser l’évènement de rencontre musical: «Du Son sur Sanguinet» dont les concerts ont fait vibrer les murs de la salle Conventum, fondée en 1973 par le groupe du même nom. Même si cet événement tomba dans un vide médiatique – grève de la presse, arrêt de la revue Cucul chronique  – on pouvait lire dans la brochure de l’événement: «Une nouvelle musique indépendante, voilà ce que défendent les protagonistes du concert de ce soir. Des sons fascinants, une volonté profonde d’exprimer un univers sonore encore inconnu, l’expérience vivante de la création de nouveaux horizons pour la vie… pour le rêve.» -Céline.

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Gilles Duceppe https://www.delitfrancais.com/2015/10/06/23393/ https://www.delitfrancais.com/2015/10/06/23393/#respond Tue, 06 Oct 2015 16:24:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23393 Le Délit (LD): Dimanche 27 septembre, les élections régionales en Catalogne ont donné vainqueurs les partis indépendantistes, pensez-vous que l’indépendance de la Catalogne pourrait redonner de la vigueur à l’élan souverainiste au Québec?

Gilles Duceppe (GD): Je pense qu’il est toujours heureux de voir des nations lutter pour ce qu’elles sont, afin de se donner les moyens de s’épanouir. C’était le cas en Écosse: ils n’ont pas gagné leur référendum mais ils ont fait un excellent score à Westminster par la suite. Là, ils ont gagné en termes de sièges, ce qui est intéressant. Aussi, lorsque les chefs des autres partis, durant le débat en français, disaient que la souveraineté est une «question dépassée», je crois qu’ils devraient appeler Madrid pour considérer si c’est une question qui se pose, et appeler Cameron à Westminster pour savoir quel est son avis.

LD: Au-delà même de la souveraineté, en quoi les positions du Bloc Québécois sont-elles actuelles et susceptibles de toucher la population étudiante?

GD: Regardez, moi je pense à la question de l’environnement, en premier lieu. Les jeunes sont particulièrement sensibles à cette question là. Or, on se rend compte que les trois partis fédéralistes sont pour l’oléoduc d’Énergie-Est et pour le train de transport de pétrole allant au Nouveau-Brunswick. C’est 240 wagons par jour qui traverseraient le Québec —du même type de ceux qui ont déraillé à Lac-Mégantic—, pour du pétrole qui n’est ni conservé, ni raffiné au Québec! Comment peut-on prétendre vouloir défendre l’environnement comme M. Mulcair et M. Trudeau l’ont dit, et appuyer ces projets? Il est vrai que M. Mulcair —Thomas au Québec—, laisse entendre qu’il veut reconsidérer les choses, mais Tom au Canada anglais, au Woodrow Wilson Centre a été très clair là-dessus: la priorité c’est Énergie-Est. Donc Tom et Thomas n’ont pas le même discours selon qu’ils parlent au Canada ou au Québec.

LD: À McGill, chaque année au début de septembre, on a une semaine des Premières Nations, et il se trouve selon nous, qu’on a peu parlé d’elles durant la campagne. Pourquoi selon-vous, et quels sont vos positionnements à ce sujet?

GD: Aux débats, ce n’est pas nous qui décidons des questions, ce sont les journalistes. Pour ma part, j’ai rencontré Ghislain Picard, le chef des Premières Nations du Québec, j’ai parlé aux représentants Inuits également, qui ne se considèrent pas comme Premières Nations, mais comme une nation distincte. Il faut se rappeler que c’est seulement au Québec que les Premières Nations sont reconnues comme telles, depuis 1985 sous René Lévesque. Il n’y pas d’autre législation au Canada qui ait passé de loi pour les reconnaître comme tels. Et le meilleur traité qui existe à l’échelle de la planète avec les Premières Nations, c’est certainement la Paix des Braves (entente signée entre le Québec et la nation Crie en 2002, ndlr). Or, pour moi, il faudrait considérer le fait qu’il faut investir dans le logement pour les Premières Nations, parce qu’il y a un taux de naissance vraiment très supérieur à la moyenne canadienne et québécoise. Il faut qu’il y ait une enquête sur la disparition et l’assassinat de plusieurs femmes autochtones. Enfin, il faut faire en sorte que le Canada accepte de signer la déclaration des Peuples Autochtones aux Nations Unies.

LD: Votre position sur le port de niqab diffère de celles du NDP et du Parti Libéral.

GD: Et des conservateurs aussi!

LD: Il semble que nous touchons là à une différence majeure entre deux visions du vivre-ensemble, celles du multiculturalisme et de l’inter-culturalisme, que vous revendiquez.

GD: Nous, c’est depuis l’an 2000 que l’on discute cette question, bien avant qu’elle se pose dans cette campagne. Nous avons fait des recommandations à Bouchard-Taylor (Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles créée en 2007, ndlr) qui les a reprises. Les positions de Bouchard-Taylor étaient celles du Bloc, à savoir les personnes qui représentent l’État, l’autorité ou un pouvoir de coercition ne doivent avoir aucun signe religieux ostentatoire: les policiers, les juges, les gardiens de prison, les greffiers et ainsi de suite. Et ça doit toujours être à visage découvert. Or, les conservateurs dans un seul cas, celui de l’assermentation, s’opposent à ce qu’elle se fasse à visage couvert. Mais cela arrive une fois dans la vie ça. Ils sont pour le vote à visage couvert et pour l’exercice de la fonction publique à visage couvert. En fait, on se rend compte que l’immense majorité des Québécois et des Québécoises, 93%, y est défavorable. Ça va contre la motion unanime de l’Assemblée Nationale et contre l’avis des Maires de Montréal, Québec et Saguenay, donc il y a rupture entre les conservateurs, les libéraux, les néo-démocrates, et l’opinion des Québécois et des Québécoises. Il faut être clair sur ces questions: il s’agit de la place de la femme dans notre société. Il ne faut pas que les femmes s’effacent de l’espace public.

LD: Le 20 septembre, vous avez proposé d’augmenter de 182 à 300 millions de dollars le budget du Conseil des arts. Pourquoi selon vous la culture doit redevenir une priorité?

GD: Parce que je vous dirais que c’est l’âme et l’expression d’un peuple. Vous savez, ce que j’ai entendu de plus beau en cette matière, c’est Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale. Les Anglais manquaient d’argent bien sûr, et devaient faire des sacrifices pour s’opposer au nazisme. Lorsqu’on lui a proposé de couper en culture, il a refusé en disant “si on coupe en culture, pourquoi ferions-nous la guerre alors?” Ça en dit long ça!

D’autre part, l’argent investi en culture rapporte plus que dans la plupart des secteurs économiques. Dans le cinéma par exemple, ce n’est pas seulement des acteurs, c’est également des menuisiers, c’est le transport, c’est la nourriture, c’est énormément de gens. Je pense qu’il est bon de préserver sa culture et de comprendre qu’il faut la développer. C’est important pour l’affirmation de toute nation, de la nation canadienne autant que la nation québécoise et c’est important également pour l’économie.

LD: On va revenir un peu dans le temps. Vous étiez directeur du Quartier Latin, le journal étudiant de l’ UdeM, de 1970 à 1971. Que retirez-vous de cet engagement étudiant?

GD: Pour moi, vous savez, c’était les premiers engagements. J’étais président de mon collège au Mont-Saint-Louis et j’ai lutté pour la création des cégeps. Je suis le premier membre fondateur du Cégep du Vieux-Montréal. J’ai lutté pour la création de l’Université du Québec à Montréal. J’ai mené des luttes dans le mouvement étudiant avec Claude Charon, Louise Harel, Jean Doré, Bernard Landry, tous ces gens qui étaient là à l’époque, et je pense que c’est un excellent apprentissage à l’éducation sociale et politique.

LD: Justement en 1966, l’Union générale des étudiants du Québec, dont vous fûtes vice-président en 1967, plaidait pour la gratuité scolaire. Est-ce que vous êtes toujours de ces combats-là, pour l’accessibilité aux études, à l’éducation?

GD: J’étais pour la gratuité à une condition cependant: un service civil obligatoire de deux ans. On remettait ainsi au contribuable l’argent qu’il devait investir en éducation. Moi je suis pour la gratuité, à condition que ce soit repris par cette forme d’éducation.

LD: De la même manière qu’il y a des francophones à McGill (environ 21% de natifs et plus de 50% de bilingues), il y a des francophones dans le reste du Canada. Que comptez vous faire pour eux si vous êtes élu?

GD: Je vous dirais que les franco-canadiens et les Acadiens ont reconnu par le passé que le Bloc est le parti qui défendait le mieux leurs intérêts, même si nous n’avons pas de candidat dans le reste du Canada. Cela étant dit, on ne peut que constater le fait qu’il y a une assimilation fulgurante parmi les franco-canadiens et même parmi les Acadiens. À plusieurs reprises, j’ai fait le tour du Canada et je les ai rencontré. Ils ne rêvent que d’avoir les mêmes conditions que les anglo-québécois au Québec. Parce qu’on ne vit pas dans les mêmes conditions là bas. Ici, les anglo-québécois, et c’est à l’honneur du Québec, disposent d’un réseau universitaire, culturel, de réseaux sociaux, d’un réseau hospitalier. Mais le Canada a toujours refusé d’accorder la réciprocité aux franco-canadiens et aux Acadiens. C’est très triste. Je crois qu’on devrait attribuer les mêmes droits aux Acadiens et aux franco-canadiens que ceux auxquels ont droit les anglo-québécois.

Portrait:

Votre mot préféré: Liberté

Le mot que vous détestez: Oppression

Votre drogue favorite: L’endorphine. C’est gratuit et légal. Quand on fait de l’exercice, cette drogue se dégage du cerveau.

Le son, le bruit que vous préférez: Un rire d’enfant

Le son, le bruit que vous détestez: Les cris de douleurs de quelqu’un que l’on persécute comme Raif Badawi.

Votre juron, gros mot ou blasphème favori: J’ai une vague collection de mots qui ne se révèle pas.

L’homme ou la femme à mettre sur un billet de banque: On pourrait mettre les travailleurs et les travailleuses de différentes origines qui ont construit le pays.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire: Chauffeur de camion, de gros camion.

La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné: Je ne crois pas à la réincarnation.

Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous qu’il vous dise après votre mort: Je n’ai pas d’espérance autre que ma vie sur cette planète.

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Le ronron de la dame Papillon https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/le-ronron-de-la-dame-papillon/ https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/le-ronron-de-la-dame-papillon/#respond Tue, 22 Sep 2015 16:21:11 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23093 Pour certaines questions d’argent et d’autres d’esthétique, l’opéra est un art réputé difficile d’accès. Aussi, pour le spectateur ayant payé le prix fort, aller à l’opéra, c’est déjà une fin en soi. Le prestige se passe de critique, et d’ailleurs, aucun amateur satisfait de son acquisition au sortir de Christie’s ne supporterait qu’on lui explique que celle-ci est plutôt médiocre. Mais qu’en est-il du journaliste dont le rôle est de passer la représentation au tamis?

À en juger par les titres d’articles qui traitent du nouveau Madame Butterfly de l’Opéra de Montréal, il dort d’un sommeil consensuel et débonnaire. Ce fut une «Très émouvante Butterfly» pour La Presse, «un beau moment d’opéra» sur le Huffington Post (toujours en recherche d’amateurs) et enfin «un bon moment» sur Pieuvre.ca. Passons sur «le Yankee, la Geisha et les Platters» du Journal de Montréal (qui touche le fond mais creuse encore).

Le marasme critique en est à ce point que La Presse se sent obligée de justifier l’avis de son très âgé critique musical, Claude Gingras, par ce paragraphe introductif: «Ayant vu trois fois la production du tandem argentin Roberto Oswald-Anibal Lapiz de Madama Butterfly à l’Opéra de Montréal, soit en 1988, 1993 et 2002, celui qui vous parle a redécouvert dans une nouvelle fraîcheur cette scénographie magnifiquement dépouillée» et cætera.

Le seul franc-tireur mettant du sel dans son titre, Christophe Huss, officie sans hasard au journal Le Devoir. Ce contempteur ose titrer: «Madame Butterfly: faut-il faire semblant d’y croire?». Et pour cause, la mise en scène proposée par François Racine est commune, c’est-à-dire moyenne, ronronnante, sans surprise. Les interprétations vocales sont pour la plupart passables. Mais si vous êtes malentendant, pas de souci, dans ce décor fait de papier de riz, les lumières indiquent s’il faut sourire (rose diffus) ou pleurer (rouge écarlate).

Heureusement d’ailleurs, car les performances d’acteur sont terribles. Nous ne sommes pourtant plus au XVIIe siècle, le chant et le jeu peuvent être considérés avec une égale importance! Mis à part Allyson McHardy qui fait une Suzuki crédible, on constate ici les dégâts d’une voix non incarnée: la vacuité, l’ennui. Où sont les passions? Voir tomber, une à une, à l’eau toutes les blagues d’un livret (hormis une seule soyons honnêtes), est assez affligeant. Le temps semble long. Après l’entracte, une voisine de gauche s’endort paisiblement, bercée par la douceur du chœur à bouche fermée. Une sieste luxueuse, est-ce là tout ce que l’on peut nous servir?

Pour sa première, en février 1904, Madame Butterfly avait fait un gigantesque plat à la Scala de Milan. Les spectateurs s’étaient même mis à pousser des cris de bêtes en entendant les gazouillis d’oiseaux lors de l’intermezzo du deuxième acte tant la chose leur paraissait absurde ! A-t-on cloué le bec à cette ironique basse-cour? Si la critique mollassonne qui sévit dans nos parodies de journaux est à l’image du public qui fréquente l’opéra, nous voilà bien embourbé dans notre appréciation de cet art exigeant. Qu’à cela ne tienne, le spectacle affiche complet pour les quatre représentations restantes! 

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Derniers Délits https://www.delitfrancais.com/2015/03/31/derniers-delits/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/31/derniers-delits/#respond Tue, 31 Mar 2015 16:14:11 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22775 «À ce jour, près de 110 000 étudiant-es seront en grève le 2 avril pour la Manifestation nationale» Association pour une solidarité syndicale étudiante, le 30 mars. «J’en appelle aux recteurs et aux doyens: ramenez l’ordre et le calme au plus vite!» Mario Asselin, Journal de Montréal du lundi 30 mars. «Le drame de notre époque, c’est que la bêtise s’est mise à penser» Jean Cocteau. «Un livre est un ami qui ne trompe jamais» Un vitrail de la bibliothèque Redpath, citant à tort René Charles Guilbert de Pixérécourt (1773-1844).

Permettez-nous un dernier mot. Nous avons observé cette dernière semaine un phénomène trop curieux pour ne pas être rapporté ici, à cette heure et en ce lieu. Il s’agit de la bêtise humaine, celle qui pousse des individus à créer une page sur notre prison sociale qu’est Facebook dont l’unique but est de moquer avec insistance une personne physique: Naomie Trudeau-Tremblay, victime jeudi dernier d’un tir de gaz lacrymogène à bout portant lors d’une manifestation devant l’Assemblée nationale à Québec. Au-delà de l’incompétence et de la violence des forces policières, c’est le phénomène de cyberintimidation qui nous alarme et nous rend solidaires. Ces derniers temps à McGill, les élections de l’AÉUM — festival de mi-session où la faune étudiante se régale derrière son ordinateur —, nous ont aussi laissé voir passer sur Reddit et Yik Yak un certain nombre d’insultes, toutes aussi anonymes et plus dégradantes les unes que les autres, notamment à l’encontre de la nouvelle v.-p. aux affaires internes, Lola Baraldi. Nous les condamnons fermement. Sans surprise aucune, les deux victimes sont des femmes. Cela devient lassant. Quand Internet cessera-t-il d’être cette poubelle incontrôlable et incontrôlée? Fausse question.

Cette année, l’équipe éditoriale du Délit était en majorité constituée de Français de France. Aussi, notre principal défi fut de nous éloigner de nous-mêmes. Mais la renégociation de l’accord France-Québec de 1978 sur les frais de scolarité ne pouvait nous laisser de marbre, nous nous y sommes donc opposés dans un hors-série dédié à la question. Cela devait être la seule entorse au règlement. Hélas, les attentats de Charlie Hebdo furent une autre baffe du réel à laquelle nous ne pouvions pas ne pas répondre. Notre édition du mardi suivant les attentats, qui fut la première sur le campus à traiter du sujet et la seule à republier des caricatures du journal irresponsable, titrait ainsi «La réplique» sur fond de marche de soutien montréalaise.

Aujourd’hui, nouvelle infraction à la règle: plus de 1000 stages d’étudiants français au Québec seraient menacés par les nouvelles règles imposées aux stagiaires étrangers par le gouvernement Harper. Le changement de réglementation du programme Expérience Internationale Canada, édicté sans préavis ni consultations le 21 février dernier, demande que les employeurs paient des frais de 230 dollars par stagiaire embauché (comme ils le feraient pour un employé), et détermine des quotas d’entrée pour chacune de ses 32 ententes bilatérales. Le but principal d’une telle mesure est de favoriser l’embauche canadienne en limitant le recours aux travailleurs étrangers. Selon Le Devoir de ce matin, près de la moitié des 200 employeurs et organismes québécois à but non-lucratif qui avaient parrainé des stagiaires étrangers ont refusé de se plier aux nouvelles règles d’Ottawa. Mais le gouvernement leur est revenu en les forçant à appliquer les mesures de verrouillage d’ici le 1er avril. Tout le problème est là: des étudiants français déjà acceptés pour différents stages se retrouvent désormais sur la glace, sans visa pour l’Amérique.

Considérant les liens étroits qui unissent la France et le Québec, notamment au niveau de la recherche universitaire, ces mesures ont été dénoncées par plusieurs directions d’établissements, de l’Université du Québec à Rimouski à l’association des directeurs d’Instituts Universitaires de Technologie français, mais aussi par les ministres Christine St-Pierre et Kathleen Weil de l’exécutif québécois, pour qui «le rayonnement du Québec à l’étranger» est en jeu.

De telles mesures mettent en péril les parcours scolaires et extra-scolaires d’étudiants français au Québec et au Canada, mais empêcheront aussi à l’avenir des stagiaires québécois d’aller en France. Une collaboration rendue à ce point fastidieuse pour les étudiants français et leurs employeurs au Canada pourrait en effet encourager les établissements français à cesser leurs différents partenariats avec le Québec. Mais la grogne n’est pas que franco-française, rassurez-vous; selon Le Devoir, «elle se fait sentir dans tout le Canada» et gagne tous les collèges du pays. Car en plus d’être prioritairement accordés aux étudiants canadiens, les stages visés par Ottawa font souvent partie du cursus universitaire des étudiants et ne sont pas rémunérés. Au nom de quel principe de telles ententes devraient-elles être révisées? La peur de l’autre?

Je n’écrirai pas que ceci est mon dernier éditorial. Le Délit, cet object de plus haute vertu, ce navire à la proue flamboyante, ira où bon lui semble. Lui qui tire ses bords tantôt sur la flaque de boue que laisse apparaître la neige fondante d’un Lower Field printanier, tantôt sur le peuple-océan qui défile dans les rues du centre-ville, pareil au cortège des dieux anciens, fous de colère et d’épouvante, il n’aura pas de mal à trouver son cap. Vogue donc, ô vaisseau-amiral du journalisme étudiant francophone mcgillois! Moi je reprends ma liberté.

À chaque Délit que je lie

Le temps me rapproche de toi

Ici-bas tout m’est interdit

X raisons, nouveaux combats.

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Tout va être dit https://www.delitfrancais.com/2015/03/24/tout-va-etre-dit/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/24/tout-va-etre-dit/#respond Tue, 24 Mar 2015 16:56:29 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22695 La couverture médiatique des événements qui se déroulent actuellement sur la place publique, à savoir une mobilisation étudiante d’ampleur contre les mesures d’austérité imposées aux universités par le gouvernement Couillard, prend depuis la fin de semaine dernière des proportions géniales.

Visez donc la titraille du Journal de Montréal: «En route vers leur printemps érable». Examinez ce «leur»; cela ne veut pas rien dire. «Leur» cause nous est étrangère, disent-ils. On pourrait en dire autant de «leur» couverture.

Sur ici.radio-canada.ca, un «texte» de Mathieu Gobeil — qui n’est en réalité qu’une suite de  points clés —, propose d’établir un comparatif entre les mouvements de 2012 et de 2015. En comparant des pommes avec des oranges on n’obtient pas grand chose. Sans surprise, le tableau général de la situation actuelle brossé par le journaliste est assez pessimiste concernant l’ampleur du mouvement et les appuis qu’il reçoit. Quitte à écrire dans le vide, il pourrait parler des différences de conditions météorologiques (qui jouent un rôle majeur, figurez-vous).

Mais c’est aussi le point de vue qui crée l’objet après tout. Sur Voir.ca, une entrée de blogue de Marc-André Cyr (un historien des mouvements sociaux, ravi de son nouveau sujet d’étude), propose une analyse de la situation à la sauce boétienne (et non béotienne), qui dissocie les loups des moutons, et pointe du doigt la «répression idéologique» que subissent les étudiants. Que cette répression vienne des commentateurs de l’actualité, accusant la confusion des revendications du mouvement qui concernent à la fois l’éducation et l’écologie, mais qu’elle vienne aussi d’institutions, à l’instar de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui choisit précisément cette semaine de déclenchement de grève pour menacer d’expulsion neuf de ses étudiants militants, impliqués dans des manifestations et levées de cours remontant pour certaines à 2013.

La couverture intéressante, comme dans tout mouvement étudiant, est celle menée sur place, par et pour les étudiants. J’en veux pour preuve ce court reportage vidéo d’Impact Campus, le journal étudiant de l’Université Laval, où l’on peut voir cet échange mémorable entre un agent de la sécurité de l’université et un étudiant réfractaire aux levées de cours, lors d’une scène de piquetage, dans la matinée du lundi 23 mars:

– Est-ce qu’il y en a, qui sont dans le cours et qui veulent assister à leur cours?

– Oui.

– Est-ce que votre association a voté pour la grève?

– Oui.

– Bah malheureusement vous êtes en grève Monsieur. (L’étudiant réfractaire sort.)

Ce n’est pas tout! Après ces mots pleins de sagesse, des agents du Service de Police de la Ville de Québec entrent dans la salle de classe et s’adressent aux étudiants réfractaires au vote de leur association étudiante: «Écoutez, votre association a voté pour la grève, malheureusement il n’y aura pas de cours.» Si toutes les grèves se déroulaient ainsi…

Anne, ma Suzanne, ne vois-tu rien venir?

On aurait presque envie d’écrire un éditorial intitulé «À McGill, rien de nouveau» dans lequel on parlerait des quatre anarchistes excités — toujours les mêmes depuis 2011, qui siègent sur différentes associations et comités anti-choses à la fois, qui proposent d’organiser des contingents pour manifester à l’UQAM sans toutefois être capable de produire du matériel de mobilisation convenable —,  ou bien de cette soirée des activités anti-austérité où les dix personnes présentes sont aussi celles qui organisent.

L’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM) et l’Association étudiante des cycles supérieurs de l’Université McGill (AÉCSUM) disposent de moyens, et même de mandats, pour sensibiliser les étudiants aux effets néfastes des politiques d’austérité. Pourquoi si peu de votes de grève sont-ils à l’ordre du jour au premier cycle? Le suivi est-il réellement fait avec les responsables des différentes associations étudiantes pour leur parler de la possibilité d’un vote de grève, ne serait-ce que symbolique — à l’instar de la Faculté de droit qui tient en ce moment un référendum pour partir en grève lors de la manifestation nationale du 2 avril et éventuellement se lancer dans une grève générale renouvelable? D’où vient que l’on vote des résolutions et qu’on ne les mette pas en application? C’est une fausse question éternelle.

Force tranquille, juchée sur son clocher, notre rectrice peut gouverner en paix. Pourtant, à l’ombre de notre fier clocher, bâti en 1843, à l’intérieur même de ce clocher dirais-je, d’autres forces, des forces citoyennes, sont en mouvement. Elles se nomment Droit, Women’s Studies, Langue et Littérature françaises, Médecine. D’autres suivront peut-être, elles seront les bienvenues. Réclamer une plénière sur l’austérité dans son association étudiante n’a jamais fait de mal à personne, M. Couillard lui-même le dit: «Il faut amener les étudiants à aller s’exprimer dans leurs assemblées générales et à voter.» 

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Art et idéal https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/art-et-ideal/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/art-et-ideal/#respond Tue, 17 Mar 2015 16:38:44 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22650 Figurez-vous que l’autre jour (celui où il faisait beau), lors d’une balade iconoclaste dans le Plateau, je parlais carrière avec un ami. Au moment de traverser le boulevard Saint-Laurent, il me posa la question suivante, qui me parut digne du langage d’un concours d’école de journalisme: «Imagines-tu un monde sans journaliste?». Aussitôt piqué d’une verve scolaire, je lui répondis sans ambages (ou si peu). Un monde sans journalistes n’est pas envisageable, à court terme du moins. Le mot même de «journaliste» est trop auréolé dans l’esprit public pour disparaître dans un avenir proche. La menace, si menace il y a, c’est que ce mot soit détourné de son sens originel et que, sous l’expression «monde du journalisme» on entende désormais autre chose: un monde de communicants, de relationnistes et d’actionnaires. Ces métiers existent déjà dans notre écosystème médiatique et leur présence ne va faire que s’accentuer. Toutefois, cela n’empêchera pas dans le même temps au véritable journalisme – manière de présenter l’information et de lui donner du sens – de continuer à s’inventer. Pourquoi ce double mouvement? Pour répondre à un double besoin, celui de s’informer et celui de comprendre. Le besoin d’information (les journalistes n’en ont plus le monopole) est d’ores et déjà comblé et ce, gratuitement. En revanche, le besoin de comprendre, qui relève de la curiosité intellectuelle, sera toujours comblé par les journalistes. Eux seuls ont les outils matériels et intellectuels pour être capables d’expliquer – c’est-à-dire déplier – un sujet pour le rendre accessible. Le journalisme connaît un processus de déterritorialisation (à ce moment précis mon interlocuteur me rappela que je n’avais pas vraiment lu Deleuze ni Guattari), de délocalisation si vous préférez. Il migre non seulement vers de nouvelles pratiques avec le numérique, mais aussi vers de nouveaux secteurs pour se créer une image de marque et interagir avec son lectorat (que ce soit de l’édition de livres au Monde ou l’organisation d’un festival au NYTimes). Le rapport vertical au lectorat est défait, concurrencé par l’horizontalité apparente que permet le numérique. Tout le monde écrit, photographie et filme, à tel point que Facebook a créé sa propre plateforme d’agrégation de contenus à l’usage des journalistes, leur permettant d’accéder aux vidéos publiques des organisations et particuliers inscrits. La question de la valeur de l’information se pose. Le défi principal du journaliste sera de faire reconnaître et certifier sa voix dans le désordre des discours. Cela relève de l’équilibre funambulesque. L’obsession de l’immédiateté facilite l’erreur, l’annonce par l’AFP de la récente fausse mort de Martin Bouygues en France n’en est qu’un exemple de plus. Qui donc est fiable? Celui dont le but n’est pas d’écrire pour ses collègues ou les acteurs politiques, mais pour le public. Celui dont le travail n’est pas de servir un pouvoir mais de rester un contre-pouvoir. Celui enfin dont la tâche n’est pas de rendre indispensable le dispensable, mais de hiérarchiser l’information et de lui donner du sens: le journaliste.

Une fois mon discours terminé, mon ami se mit à sourire, et renchérit: «Existe-t-il vraiment ce journaliste-là?» Je fus un peu plus bref. Il me semble qu’il relève avant tout d’un type idéal, type dont je n’ai de cesse de parfaire la définition au fur et à mesure que j’avance (ou m’enfonce) dans la pratique. Cet idéal du journalisme est celui qui provoque chez son lectorat la réalisation d’un apprentissage et la sensation d’une expérience de lecture, le dire soulignant le dit. Il se met au point de vue du lecteur, rapporte les pratiques et dévoile les enjeux de chacun des sujets qu’il se donne. Portant la responsabilité de la parole qu’il porte, ce journalisme s’écrit, car les hommes sont encore menés par les mots. Il est mode de connaissance du monde et acteur de changement social, tout simplement. Cette fois-ci, mon ami se mit à rire gentiment, sans trop de méchanceté, et nous entrâmes tous deux dans la librairie Gallimard, soucieux d’oublier tout ce qui venait de m’échapper.

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De l’envergure et du grotesque https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/de-lenvergure-et-du-grotesque/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/de-lenvergure-et-du-grotesque/#respond Tue, 17 Mar 2015 16:22:07 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22638 Un grand soleil surplombe la scène du Théâtre du Nouveau Monde. Les comédiens de Brigitte Haentjens sont sur le plancher, ils s’échauffent la voix et le corps, entre les lignes saillantes d’un parquet inégal. Sébastien Ricard, en passe de devenir Richard III, est en avant des autres, un capuchon lui couvrant le chef. Il a l’air d’avancer vers le public, de lutter sur place, de faire le guet, d’être en attente. Après un noir, le spectacle commence.

L’Angleterre de Richard III, drame de jeunesse de l’œuvre d’un certain William Shakespeare, est un pays du Moyen-Âge finissant où les despotes sont des monstres difformes et où les intrigues de cour prennent des aspects de luttes mythologiques. Le Duc de Gloucester, nommé Richard (Sébastien Ricard), supporte très mal le soleil de paix qui brille sur la dynastie de la Maison d’York depuis leur sanglante victoire contre les Lancastre. La première scène donne le ton: «J’ai décidé de jouer le rôle du grand méchant / Et de haïr les plaisirs frivoles de notre temps.» Pour accéder au trône de son frère aîné, le roi Edouard IV (Gaétan Nadeau), Richard multiplie les complots. Mariage d’intérêt avec la femme de son ancien ennemi (Sophie Desmarais); assassinat de l’autre frère, le duc de Clarence (Maxim Gaudette); emprisonnement des enfants du roi puis leur assassinat – rien n’est épargné.

Les pleurs et les malédictions des reines déchues n’y feront rien. Notre héros est cruel. D’une cruauté qui ne se cache pas mais qui se montre au contraire, à l’image de cette jambe boiteuse que l’aspirant tyran traine en soupirant devant ses ennemis. Les intentions sont claires, l’engrenage implacable. Aidé par le duc de Buckingham, (Marc Béland), Richard devient roi. Une fois en place, l’adjuvant devient gênant, on lui coupe la tête. Un bourreau entre sur la scène, abat sa hache dans un bruit retentissant, puis passe son chemin. Et l’intrigue infernale reprend de plus belle et ce, jusqu’à la mort du protagoniste.

Aucun répit dans ce vacarme? Si, les scènes grotesques, judicieusement traduites en joual par Jean-Marc Dalpé. Dans Hamlet, ce sont des fossoyeurs; ici, ce sont des assassins. L’un n’est pas sûr d’assumer son forfait et la langue de Shakespeare devient «Iiii shit! Y m’reste encore queques miettes de conscience de pris icitte», pour le plus grand plaisir de la foule.

L’acteur est censé représenter les monstres. Brigitte Haentjens l’a compris. La force de sa mise en scène repose dans la métamorphose de ses acteurs; pris dans des luttes de pouvoir, ils se transforment en loups. Ils font meute; meute officielle et claironnante du roi, ou meute éprise de justice, pleine de fougue, d’un Richmond (Francis Ducharme) et de ses hommes venus de France combattre le despote. 

Sébastien Ricard, d’une monstruosité désarmante, s’impose en premier fauve, lui le prétendant de l’ombre puis le chef tyrannique d’un royaume en révolte. Son personnage bossu, ricanant, claudiquant, est l’archétype de la bête noire, celle qui allie l’intelligence à la cruauté. Sa diction si particulière — proche de ce qu’on nommera la matérialité des mots, à défaut de comprendre ce dont il s’agit —, nous le rend étranger, effrayant, presque irréel. Si quelques palabres nous échappent ça et là, le rendu est sublime.

Sur le plancher instable de la scène du TNM, il n’est pas d’horizontalité possible. Ou l’on monte, ou l’on descend. Du soleil à la lune, de l’ascension à la déchéance, Richard III explore avec folie ce que l’époque exige, «de l’envergure». 

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Cultures de résistance et d’indifférence https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/cultures-de-resistance-et-dindifference/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/17/cultures-de-resistance-et-dindifference/#respond Tue, 17 Mar 2015 14:45:24 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22605 Aujourd’hui mardi 17 mars 2015, nous célébrons en silence le jour où l’Association Étudiante de l’Université McGill, dans un élan de solidarité dont plus d’un la croyait incapable, votait pour son dernier jour de grève. C’était il y a dix ans, jour pour jour, du temps que le gouvernement Charest imposait des coupes de 103 millions dans le régime provincial de prêts et bourses. Toute la province était en branle. Environ 230 000 des 450 000 étudiants au postsecondaire furent en grève cette semaine-là. L’Université McGill, ainsi que Polytechnique, HEC, ou encore Jean-de-Brébeuf – ceux qu’on ne voit pas beaucoup dans la rue –, ne restèrent pas non plus en reste. À l’issue d’une Assemblée Générale extraordinaire tenue dans le pavillon Shatner, où près de 1000 étudiants s’étaient présentés et près de 200 n’avaient pu rentrer, la communauté étudiante mcgilloise avait décidé, d’une majorité écrasante, de soutenir le mouvement de grève par 24 heures sans cours. L’éternité d’un jour de grève est un slogan tout à fait mcgillois.

Lors de notre dernière Assemblée Générale, ce dimanche 15 mars, la motion concernant la politique de l’AÉUM pour une éducation accessible a été votée par une large majorité, mais non sans commentaires de la part de certains agélastes. Ceux-ci étaient non seulement alarmés à l’idée d’un vote de grève à venir mais aussi ravis de la mention de la hausse des frais de scolarité français dans les «attendu que» pour ruer dans les brancards et qualifier cette motion d’infâme suppôt de la partisannerie francophone québécoise sur le campus (ou quelque chose de similaire). En 2005, suite à l’Assemblée Générale et à son vote de grève victorieux, un étudiant nommé Philippe Morin avait remarqué, en entrevue avec le McGill Daily «comment ce problème avait rassemblé les étudiants anglophones et francophones à McGill et pressé les votants à persévérer dans cette solidarité à travers les langues en rejoignant le reste des étudiants grévistes du Québec, lesquels sont majoritairement francophones». Une culture de résistance peut s’affranchir des barrières linguistiques. L’Université Concordia dispose à ce jour de plus de 3600 étudiants avec un mandat de grève reconductible et Dawson College, avec ses 10 000 étudiants, est en procédure de vote.

Que l’AÉUM n’embarque pas est prévisible, peu de risques non plus au niveau facultaire; pour les étudiants de premier cycle, la mobilisation se joue désormais au niveau départemental, ainsi qu’en 2012. Parmi d’autres – dont le Département de médecine –, l’Assemblée Générale des Étudiants-es de Littérature Française (AGELF) tiendra un vote ce mercredi à 16h dans la salle ARTS210, pour déterminer si un vote de grève devrait avoir lieu lors de son Assemblée Générale, qui se tiendra le lendemain.

La barre des 30 000 étudiants – plancher pour débrayer les mandats de grève de nombreuses associations étudiantes – a désormais été franchie.Vendredi dernier, les porte-paroles de l’ASSÉ appelaient à une «grève sociale», formule pour demander aux étudiants et aux travailleurs de se tenir unis dans leurs revendications contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard, notamment ses 200 millions de coupes dans le budget des universités. Selon le site du mouvement Printemps 2015, nous en sommes à 37 460 étudiants mandatés. Dans les prochains jours, plus de 71 associations, représentant près de 139 300 étudiants,  prévoient tenir leur consultation médicale – nom de code en vogue pour un vote de grève.

Samedi 21 mars, à 14h, place Émilie-Gamelin, débutera le printemps. Il n’est pas une fin rappelons-le, mais un moyen sans pareil pour préparer l’été. 

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Abattre les cartes https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/abattre-les-cartes/ https://www.delitfrancais.com/2015/03/10/abattre-les-cartes/#respond Tue, 10 Mar 2015 16:34:47 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22534 Motion portant sur la solidarité envers les étudiants et les protestataires demandant des gouvernements démocratiques, en particulier à Hong-Kong

D’abord présentée pour l’assemblée générale d’automne, cette motion avait été reportée à l’assemblée générale d’hiver. Entre-temps, le conflit s’est essoufflé, étouffé. Est-ce pour cela que les pétitionnaires ont élargi leur champ d’attaque et rajouté un appendice faisant la liste des dizaines de pays à travers le monde ne disposant pas de démocratie électorale? Curieuse démarche, cela dessert l’intention première. Le Délit déplore la maladresse de cette motion et refuse par conséquent de la soutenir.

Motion concernant les stages non-rémunérés

Le Délit soutient cette motion, dans la mesure où les lois du travail applicables encadrent et autorisent à certaines conditions les stages non-rémunérés, dans les milieux caritatifs notamment.

Motion concernant la politique de l’AÉUM pour une éducation accessible

Sans hésitation aucune, Le Délit soutient cette motion. Nos prises de positions précédentes contre les différentes hausses des frais de scolarité, notamment cette année concernant les étudiants français, nous y convient expressément. Nous encourageons l’AÉUM à défendre une éducation postsecondaire accessible, et ce, aux niveaux de l’administration de McGill, du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral. Cette défense passe aussi par une sensibilisation et une mobilisation des étudiants aux enjeux politiques liés à l’éducation postsecondaire, trop souvent absentes sur notre campus.

Motion concernant le désinvestissement des compagnies profitant de l’occupation illégale des territoires palestiniens

Ce dimanche 15 mars 2015, McGill sera de nouveau un microcosme de la géopolitique internationale. Ce qui va suivre est vulgaire. À votre gauche se trouve «Not in our name», slogan de la campagne du Oui, auquel répond la coterie des étudiants arabes et gauchistes. À votre droite, «SSMU for All Students» représente la campagne du Non, rassemblant les juifs et les libéraux-réacs’ du coin. L’amalgame est permis. Les terroristes contre les pourfendeurs des droits de l’homme, les antisémites contre les islamophobes et les racistes, ou bien encore l’inverse. Tout cela va être dit car nous sommes au siècle du dicible.

Les camps sont formés, les cartes s’abattent. Nous voyons McGill Student’s Solidarity for Palestinian Human Rights d’un bord, Israel on campus at McGill de l’autre; NPD McGill d’un côté, PLQ McGill de l’autre. Les pions avancent: Oxfam, Conservateurs, Désinvestissons McGill, Investissons McGill, Militarisons McGill, Démilitarisons McGill, etc.

Tombant en pleine Semaine contre l’apartheid israélien, moment de l’année où l’activisme pro-palestinien bat son plein, la motion de ce dimanche semble avoir été mûrie durant de longs mois par les activistes étudiants. Il faut dire que plus d’un avaient eu de la difficulté à avaler la défaite de l’assemblée générale du 22 octobre, troisième pour la cause palestinienne sur le campus depuis 2009.

En décembre dernier, la Concordia Student Union a voté une motion similaire sur le désinvestissement. Avec quelque petites 200 voix d’écart, les étudiants ont tranché en faveur des dépositaires, une première. Autant vous dire que la réaction de l’administration ne s’est pas fait attendre. Le lendemain du référendum, le président de Concordia Alan Shepard a fait savoir qu’il n’était pas ravi. Madame Fortier fera certainement de même si la motion de dimanche venait à passer. Quel message une telle motion enverrait en effet aux donateurs historiques et aux bienfaiteurs de l’Université?

En outre, constatant l’inévitable fossé qui sépare les groupes en présence, nous pensons qu’il serait nécessaire pour l’AÉUM de créer une cellule spécialisée dans le dialogue inter-étudiants sur le conflit israélo-palestinien, notamment entre les différentes associations communautaires (McGill Student’s in Solidarity for Palestinian Human Rights et Hillel McGill, par exemple) afin de prévenir tout débordement et de trouver des solutions durables pour que chacun se sente en paix sur le territoire mcgillois.

Rappelons-nous les débordements de 2002, lorsque Netanyahou avait été invité par Hillel à Concordia, le religieux-politique ne permet pas la demi-mesure. Les insultes fusent. Les débordements sont trop faciles. «It’s an emotional hot potato!» comme on dit dans des bureaux contigus aux nôtres. Mais pour aujourd’hui, la parole revient aux opprimés.

Bien qu’elle soit encore truffée de fautes d’orthographe et de verbes aux conjugaisons inconnues, Le Délit soutient la motion en question, moins agressive et plus pragmatiquement formulée que celle proposée au semestre dernier. Il espère qu’elle sera un premier pas vers un dialogue ouvert et constructif sur ce campus aux milles possibilités. Amen.

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Dans une université près de chez vous https://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-une-universite-pres-de-chez-vous/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-une-universite-pres-de-chez-vous/#respond Tue, 24 Feb 2015 16:26:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22450 Il était temps. L’Organe, le magazine étudiant francophone de l’Université Concordia — l’équivalent du Délit à McGill —, est à nouveau parmi nous, après plusieurs années sur la glace. De retour à la fin mars, la prochaine édition de l’Organe aura pour thème «bleu», et sera distribuée gratuitement sur le campus et en ville.

Il était non seulement temps, il était moins une. Le 11 décembre 2013, après trente mois sans publications, le Conseil des Gouverneurs de l’Université Concordia avait décidé de suspendre le financement étudiant du magazine francophone, lui donnant trois semestres de délai pour réapparaitre, sans quoi sa cotisation automatique serait coupée définitivement.

Contactée à la dernière seconde par Le Délit, la nouvelle rédactrice en chef, Charlotte Parent, explique la situation actuelle du magazine: «l’Organe a officiellement un nouveau conseil administratif et un nouveau comité de rédaction.» Du côté administratif, «une nouvelle constitution, plus transparente et plus complète que l’ancienne, dont nous avions hérité, a été votée et un processus légal est en cours pour avoir accès au compte en banque, avec l’aide d’un professeur de Concordia».

Joie! Notre presse étudiante avance, se réforme, se pense. Pour ceux que cela intéresse, il nous a semblé capital de nous poser la question suivante: «D’où vient l’Organe?», question qui justifie les élucubrations ci-dessous. 

Ceci est une histoire qui ne se passe pas sur le campus de McGill. Nous sommes en janvier 2002 et il fait froid, comme d’habitude, dans les rues de la ville où devrait se situer le campus de Concordia. Un étudiant répondant au nom de Gabriel Anctil, qui prétend suivre le programme de Communications de l’Université, sans savoir qu’il sera près de quinze ans plus tard publié aux éditions XYZ pour son deuxième roman, a une idée. Il dit, et le premier journal étudiant francophone de l’histoire de Concordia voit le jour. Il s’appelle le Concordia Français et son programme d’action nous fait encore vibrer : il «encrera l’université dans la ville qui l’a vu naître et qui l’a créé. Elle ne doit plus vivre dans sa tour d’ivoire, mais bien quitter son nuage pour s’ouvrir à ce qui l’entoure. Ce journal sera le véhicule de la créativité et d’un journalisme qui cherchera à comprendre, à fouiller, à élucider». Le «Concordia Français», quel joli titre! Sans doute est-il inspiré du non moins joli «Délit Français» — nom officiel d’un autre journal étudiant —, mais cela ne nous regarde pas.

L’affaire n’est pas simple. À vrai dire, monter un journal étudiant, et le faire prospérer, est plutôt une entreprise ardue. Plus d’un s’y sont cassé les dents. Toutes sortes d’obstacles apparaissent. En mars 2003, un premier référendum à la Concordia Student Union pour obtenir une cotisation étudiante de 6 cents par cours échoue à quelques voix près. Qu’à cela ne tienne, à l’automne suivant un nouveau référendum pose la même question, passe, et depuis lors le Concordia Français reçoit une cotisation étudiante qui lui permet de tirer à 3000 exemplaires, une fois par mois ou trois fois par semestre.

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Pour des raisons qui nous sont encore inconnues à ce jour, le Concordia Français, que l’on surnommait aussi «le bateau ivre», coule par un beau soir d’hiver, dispersant gouvernail et grappin.

Rien n’est perdu. En janvier 2006, de nouveaux étudiants, probablement inscrits dans des programmes de biologie, repêchent la carcasse du journal et fondent l’Organe, un magazine à thème. Le canard barbote quelques années et puis après la collation des grades de 2011, le départ d’une génération entière d’éditeurs laisse le «mag’ à thème» de Concordia sans comité de rédaction pour la rentrée suivante. Depuis lors, toutes les actions menées pour son retour sur les stands ont échoué. Toutes? Non! Car depuis l’hiver 2014, des étudiants se rencontraient dans l’ombre pour discuter de l’avenir de l’Organe, attendant le moment propice pour redémarrer un magazine francophone à Concordia. Vous connaissez la suite, la boucle est bouclée. ξ

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Triplement des frais de scolarité https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/triplement-des-frais-de-scolarite/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/triplement-des-frais-de-scolarite/#respond Tue, 17 Feb 2015 16:37:33 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22394 Le couperet fatal est tombé. Dans un communiqué conjoint publié le jeudi 12 février, les ministères des Affaires étrangères français et québécois ont confirmé la nouvelle qui menaçait les étudiants français au Québec depuis le dépôt du budget Marceau en février dernier. À compter de l’automne 2015, ces derniers seront «assujettis au tarif applicable à l’égard des étudiants canadiens non-résidents du Québec». Aussi, de 2224 dollars par année d’étude, les étudiants français de premier cycle devront débourser 6650 dollars, soit le triple de leur facture actuelle.

Cette nouvelle entente bilatérale viendra remplacer celle de 1978, qui assurait aux étudiants des deux pays un traitement similaire en termes de frais de scolarité sur les deux territoires. Alors qu’on évalue le nombre d’étudiants québécois en France à 1300, on estime aujourd’hui à 12 500 le nombre d’étudiants français au Québec, parmi lesquels deux tiers seraient inscrits à un programme de premier cycle universitaire, soit les étudiants visés par les nouveaux accords.

Tel qu’espéré par la diplomatie française, les étudiants des deuxième et troisième cycles ne verront pas leur facture augmenter. En revanche, l’idée énoncée en novembre, lors de la visite du président François Hollande, d’un système de quotas d’exemption des frais de scolarité, établi sur des critères de diversité, a été mise à la porte. Par ailleurs, l’ouverture des grandes écoles françaises aux étudiants québécois, souhaitée par le premier ministre Philippe Couillard, n’apparaît pas clairement à l’ordre du jour.

Applaudissements à McGill

Dans la foulée de l’annonce gouvernementale, l’administration de McGill s’est empressée de publier un communiqué intitulé «McGill hails Quebec-France agreement» [McGill salue l’entente Québec-France, ndlr] où la principale Fortier se dit «ravie de voir une solide entente sur la mobilité étudiante au niveau universitaire signée entre le Québec et la France».

Ailleurs sur le campus, le magazine étudiant de la faculté de gestion The Bull and Bear a publié l’opinion d’un étudiant appelé Jonah Silverman, qui condamne à plus forte raison les accords de mobilité étudiante entre la France et le Québec. Il les décrit comme «injustes» envers les Canadiens non-résidents du Québec et le contribuable québécois, poussant à l’«aliénation» des Canadiens dans leur propre pays.

Protestations et inquiétudes

Du côté des syndicats étudiants, le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) Jonathan Bouchard a dénoncé cette hausse avec virulence, déclarant être «choqué de cette décision, qui aura nécessairement un effet dissuasif sur leur choix [des étudiants français] d’étudier au Québec, car c’était entre autres pour cette raison qu’ils fréquentaient les universités québécoises». M. Bouchard précise qu’une telle augmentation viendra particulièrement affecter les universités francophones et en région, lesquelles «dépendent grandement de la présence des étudiants français afin de conserver une offre de cours intéressante».

Même inquiétude du côté des chefs d’établissement du réseau de l’Université du Québec, représentant plus de 96 000 étudiants. Dans un communiqué conjoint publié le lundi 16 février,  ils déclarent être «préoccupés par les impacts qu’aura la hausse substantielle des droits de scolarité des étudiants français, inscrits au premier cycle, sur la fréquentation des universités québécoises».

Le conseiller consulaire français Michaël Pilater, corédacteur d’une pétition contre la hausse en question ayant récolté plus de 4000 signatures, dit pour sa part regretter «la décision prise conjointement par la France et le Québec. Il y a un fort risque pour le Québec de voir la population étudiante française diminuer, puisqu’ils sont 70% à opter pour les études universitaires de premier cycle», explique t-il.

Dernière tentative

Selon le député de la première circonscription des Français établis hors de France — Amérique du Nord, Frédéric Lefebvre, les inscriptions des étudiants français au premier cycle pour la rentrée automnale 2015 s’élèvent déjà à 4700 et ont été motivées par des frais de scolarité moins élevés que ceux qui entreront en vigueur.

Aussi, dans une lettre adressée le vendredi 13 février au premier ministre français Manuel Valls, M. Lefebvre a demandé que le gouvernement français obtienne «que les étudiants français déjà inscrits ne soient pas [sic] soumis aux conditions nouvelles de cet accord qu’à la rentrée 2016».

La nouvelle entente devrait être signée lors de la visite officielle du premier ministre Philippe Couillard en France, du 2 au 6 mars prochain.

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«Enfin, my dear James, désengagez-vous!» https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/enfin-my-dear-james-desengagez-vous/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/17/enfin-my-dear-james-desengagez-vous/#respond Tue, 17 Feb 2015 15:37:09 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22367 «Comment l’appellerons-nous?» Journal aux inclinations religieuses le lundi soir, on murmure que Le Délit ne vivrait que pour baptiser ses sujets. Or il se trouve que l’Université McGill, avec ses milles et une associations étudiantes aux noms intraduisibles et intraduits, fournit un bassin sans pareil pour notre lubie évangéliste. Aujourd’hui, chers frères et sœurs et transgenres, le peuple des Déliites accueille un cas problématique, celui de Divest McGill, l’association étudiante militante la plus en vue du moment. Comment, en effet, accueillir dans notre communauté de valeurs cet organisme dont le nom lui-même nous est tout un problème?

Trêve de bigoteries. À ce jour, McGill place près de 5% de son fonds de dotation dans des entreprises liées aux sables bitumineux, soit environ un milliard de dollars. Ces actifs sont répartis sur une trentaine de compagnies du secteur des hydrocarbures. Parmi celles-ci figurent certains des plus grands noms de notre ère, à savoir British Petroleum, TransCanada, Chevron ou encore Repsol. Épargnez McGill demande ni plus ni moins le retrait intégral et immédiat des investissement de l’Université dans ces entreprises polluantes.

Après avoir obtenu le soutien de l’Association Étudiante de l’Université McGill et de l’Association des étudiants des cycles supérieurs de l’Université McGill, c’est au tour du corps professoral de prendre position en faveur du mouvement écologique.

Dans une lettre remise lundi dernier à l’administration, plus d’une centaine de professeurs de McGill se sont officiellement prononcés pour le «désinvestissement» de l’Université des industries polluantes, appui considérable pour Désengagez McGill.

À notre tour, journaux étudiants, The McGill Daily, Le Délit et le McGill Tribune lui dédions nos éditoriaux de cette semaine. Pour Le Délit, il ne fait pas un doute qu’à court terme, l’Université McGill doive suivre l’exemple de Concordia, qui a décidé en novembre dernier de transférer cinq millions de ses actifs dans un «fonds de placement durable», et qu’à long terme elle se désinvestisse entièrement de ses actifs, à l’instar de l’Université de Glasgow qui décidait le 8 octobre 2014 de réinvestir autrement ses 18 millions de livres sterling en industries fossiles, se donnant pour ce faire une période de dix ans. Nous encourageons donc, sans réserve aucune, l’action de Dépouillez McGill et souhaitons à tout étudiant qui croise son chemin de bien vouloir signer la pétition de l’association, et de grossir ainsi le nombre déjà pertinent de 1400 signataires. À moins que Divest McGill ne nous propose une meilleure traduction, le mot de code sera le suivant: «Dear James, quand diable vous déssaisirez-vous?»

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Rien sur Robert https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/rien-sur-robert/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/10/rien-sur-robert/#respond Tue, 10 Feb 2015 16:41:55 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22278 «D’ailleurs l’Anglais, pour Alexandre, c’était l’ennemi héréditaire, proposé par l’histoire, l’école, l’entourage, celui dont il pourrait à peine se passer, tant en le perdant, ses griefs manqueraient d’emploi.»

Gabrielle Roy, Alexandre Chenevert

Après la démission surprise de John Baird, ex-ministre des affaires étrangères, notre Premier Ministre Stephen Harper s’est vu dans l’obligation de procéder à un léger remaniement ministériel, ce qu’il a fait ce lundi 9 février, annonçant trois nouvelles nominations via le site internet Twitter. Veuillez juger par là de la contemporanéité de l’affaire.

Parmi les trois nouveaux ministres, Robert Douglas Nicholson, dit «Rob», qui occupait le ministère de la Défense depuis juillet 2013, récupère le portefeuille vacant des Affaires Étrangères. «Formidable, me direz-vous, j’en parlerai à mon orignal.» C’était sans compter l’adresse du gouvernement Harper. Selon La Presse et Le Devoir, le député de Niagara Falls qui vient d’être nommé chef de l’appareil diplomatique fédéral ne parlerait pas un traitre mot de français. Dans l’état fédéral canadien, depuis 1969, les deux langues officielles sont pourtant le français et l’anglais. Aussi, on attendrait d’un ministre des Affaires étrangères qu’il puisse être en mesure de s’exprimer dans chacune d’entre-elles.

Pour les notables du Nouveau Parti Démocratique au niveau fédéral, du Parti Québécois, de la Coalition Avenir Québec ou encore de Québec Solidaire au niveau provincial, la journée de ce lundi a donc été l’occasion de protester contre la nomination de Rob Nicholson, nouvelle inconséquence du gouvernement fédéral.

Pour nous autres, modestes journalistes-étudiants, la journée de ce lundi a donc été l’occasion d’aller en cours, et de fleureter ici et là, à la recherche de quelques perles du politicien de la seconde capable de satisfaire notre espièglerie.

En voilà une. Le 8 janvier dernier, dans la foulée des attentats de Charlie Hebdo, Rob Nicholson publie ce tweet à la syntaxe envoûtante: «La liberté doit être protégée. Canada est solidaire avec les peuple de France». Un ange passe. D’aucuns pourraient prétendre qu’il s’agit là d’une tactique très habile du ministre canadien pour s’adresser aux citoyens français en reconnaissant l’équilibre précaire de leur système d’intégration — entre assimilation et pluralisme —, conjuguant le pluriel de l’article «les» au singulier du mot «peuple» et prévoyant par là même les débats sur l’identité qui seront déclenchés par les événements. Mais d’autres prétendraient certainement l’inverse.

Il faut préciser qu’à la différence d’un Justin Trudeau ou d’un Thomas Mulcair, qui gazouillent en français et en anglais sur un même compte, Rob Nicholson, tout comme son patron Stephen Harper, ne met aucun de ses œufs dans le même panier et adopte une politique de comptes séparés. C’est une question d’attitude, d’action et de discours, choses qu’il nous convient d’inspecter, car au niveau fédéral, le temps des courtisans est sur le point de reprendre.

Une autre pour la route? Le 3 février, toujours sur Twitter, le vieux Rob se dit «attristés de prendre connaissance de l’attaque faite contre des militaires à Nice». Nous somme, pour notre pard, assé attrister, qu’un ministre des Affaires étrangères ne puisse s’exprimer correctement en anglais et en français sur la scène fédérale et internationale, de façon virtuelle ou réelle, intermodale enfin, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

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Eulogie culinaire https://www.delitfrancais.com/2015/02/03/eulogie-culinaire/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/03/eulogie-culinaire/#respond Tue, 03 Feb 2015 16:46:50 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22218

«Les jours défilent avec la constance du métronome, souvent conduits par la main de politiques grossières et ignorantes, sans scrupules, béates de leurs triomphes à courte vue et qui se juxtaposent tristement, selon des lignes serpentines, sur un horizon de déconvenues.» Jean-François Nadeau, Le Devoir, 2 février.

Qu’on nous permette ici de verser quelques larmes en l’honneur d’une vieille dame du paysage mcgillois disparue, hélas, la semaine dernière. Je veux parler d’Amelio’s, cette pizzeria familiale légendaire du Ghetto McGill, installée depuis 1985 au coin Milton et Sainte-Famille. Un an après la mort son fondateur, Christopher Scodras, le restaurant a déposé le bilan. on raconte que les patrons étaient durs avec leurs employés. Il me souvient aussi qu’ils ne prenaient que «comptant». Mais tout de même, quelle perte… Oui, quelle perte immense pour les étudiants de McGill et quelle tristesse pour les habitants de la communauté Milton Parc. Oh! Combien de rencards, combien de rendez-vous, qui sont partis joyeux pour des soupers divins. On apportait son vin, on se serrait les fesses et l’on mangeait gaiement jusqu’à la dernière miette, ou bien l’on mourrait étouffé en tâchant d’y parvenir. Que mangeait-on? Des pizzas pour oublier l’hiver, les cours et les responsabilités. Des pizzas à perdre la raison, des pizzas à n’en savoir que dire, à n’avoir que le fromage d’horizon. Des pizzas enfin, pour se dire que l’on s’aime, le cœur parti dans la dernière neige. Amelio’s, Amelio’s, le temps saigne. Quand donc aurais-je de tes nouvelles? Toi seule qui recevais Le Délit chaque semaine.

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Parallèlement https://www.delitfrancais.com/2015/02/03/parallelement/ https://www.delitfrancais.com/2015/02/03/parallelement/#respond Tue, 03 Feb 2015 16:29:08 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22206 Une pièce de Molière, mise en scène avec l’esprit de celui-ci, qui affiche complet tous les soirs; un colloque de littérature sur les voies et les voix de l’expérience; un débat politique sur la place de la langue française, une soirée Céline Dion chez Gertrude (Gerts); des cercles de conversations; un voyage à Québec; la liste est charmante. Que demande le peuple?

Depuis une semaine, et pour une semaine encore, l’entière — et je pèse mes maigres mots —, l’entière communauté mcgilloise vit au rythme de la Francofête. Qu’es aquo? Le rendez-vous annuel de la Commission des affaires francophones. C’est-à-dire? «Le pôle de la vie intellectuelle et culturelle des francophones et francophiles de l’Université McGill», selon leur page internet. Mais encore? L’affaire de quelques-uns, et pas des moindres.

Depuis des éternités, la vie étudiante du campus de McGill a toujours été animée par un certain nombre de sociétés. Parmi celles-ci, la tradition voulait qu’il y ait toujours une société française, une sorte de club pour étudiants décadents désireux de l’Europe aux anciens parapets et de la douce France. Tenez, en 1913, les étudiantes francophiles de McGill possédaient leur «Société française», haut lieu de conversations guindées et de manières apprêtées, tandis que les hommes leur récitaient des vers depuis les bancs de leur «Cercle français». Il est tout à fait naturel que l’on ressente la nostalgie de ce qui était l’Empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi? Les temps ont changé, les fleurs ont fané et le temps d’avant, c’était le temps d’avant.

En 2015, la bulle franco-mcgilloise dans la McGill Bubble continue d’être et d’intriguer. Avec son léger vingt pour cent d’étudiants francophones et son administration presque entièrement bilingue, McGill semble toujours soucieuse de sa minorité francophone. Et pourquoi ne le serait-elle pas? Le discours officiel semble toujours de bonne foi. S’il y a un problème concernant le fait francophone sur ce campus, il ne réside pas tant dans l’attitude de l’administration, elle progresse sur ce point. La question est étudiante. Et comme souvent, la solution est dans l’initiative.

En organisant la première Francofête digne de ce nom depuis 2011, l’AÉUM, via sa Commission des affaires francophones, se redore joliment le blason. Quelques étudiants se réunissent. Un représentant étudiant se trouve dans la possibilité d’ajouter 2600 dollars de plus au budget traditionnel de 400 dollars de la Commission. Les réunions s’enchaînent, les ponts se construisent, et un autre vent souffle sur la vie intellectuelle du campus. Ce n’est pas grand chose, seulement un autre espace linguistique, qui amène son lot de réalités, de voix singulières: tantôt la voix du pays de Québec, tantôt celle des Français de France, parfois la Belgique, d’autres fois le Vietnam, les possibilités sont nombreuses.

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Vers un nouveau printemps? https://www.delitfrancais.com/2015/01/27/vers-un-nouveau-printemps/ https://www.delitfrancais.com/2015/01/27/vers-un-nouveau-printemps/#respond Tue, 27 Jan 2015 15:57:55 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22146

«Messieurs, toute question a son idéal. Pour moi, l’idéal de cette question de l’enseignement, le voici. L’instruction gratuite et obligatoire. Obligatoire au premier degré seulement, gratuite à tous les degrés.» 

Victor Hugo , discours sur la liberté de l’enseignement.

Adieu la faculté de théologie de l’Université Sherbrooke! Fusionnez départements de littérature comparée, d’études anglaises et de langues modernes de l’Université de Montréal! Sortez 10% du corps professoral de l’Université du Québec à Rimouski! Baissez de 2%, salaires du personnel de l’UQAM! Disparaissez de ses départements, cours inutiles de sociologie! Le réseau de l’Université du Québec est exsangue, forcé d’absorber tant bien que mal les coupes de plus de 200 millions de dollars imposées par le gouvernement libéral.

«L’heure est au ménage» peut-on lire dans La Presse du 21 janvier. Mais enfin, «les universités sont autonomes» assure Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor, dans le même article, et le gouvernement n’est pas responsable de ces externalités négatives. Curieux personnage ce Martin Coiteux, écoutez-le déclamer son credo devant les membres de l’Association des constructeurs de routes et des grands travaux du Québec: «J’ai un peu de mal à concilier 11,5 milliards d’investissements en infrastructures, alors qu’on en faisait quatre fois moins il n’y a pas si longtemps, avec une quelconque idée que le Québec vivrait une période d’austérité.»

Alors que le collectif «Refusons l’austérité», rassemblant de nombreux services publics du Québec, du SPVM aux ambulanciers en passant par les employés des hôpitaux, continue de faire des siennes et prévoit une mobilisation d’ampleur à l’orée du mois d’avril, qu’un comité de mobilisation appelé «Printemps 2015» s’agite de plus en plus sur les réseaux sociaux et se met en marche vers le printemps — donc vers la grève —, que les associations étudiantes des différentes universités du Québec se sont non seulement positionnées mais appellent désormais à des journées d’actions contre l’austérité à l’instar de la FAÉCUM (Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal) le 29 janvier prochain, que les fédérations étudiantes aux niveaux universitaire et collégial condamnent unanimement les coupures répétées du gouvernement en éducation depuis octobre dernier, un ange passe sur notre sacro-saint campus. C’est peut-être l’ange d’Yves Bolduc, saint patron des hommes de loi ou du commerce de la librairie, je ne sais plus.

Le gouvernement libéral a compris la leçon. Il ne faut pas toucher à l’intérêt personnel de l’étudiant, sinon ce dernier se cabre, rue et mord. En 2012, c’était à l’acteur, au portefeuille de l’étudiant que l’on s’adressait. En 2015, c’est au décor, aux universités que l’on s’adresse. Les rideaux sont trop vieux? Jetez-les et ne les remplacez pas! Des fuites au plafond? Mettez donc des chaudières! L’étudiant n’en a cure, et s’il soupire un peu, c’est parce qu’il a sommeil d’avoir trop fait la fête.

Feu Jean-François Lisée avait raison de dire que le journaliste est toujours plus pessimiste que le politique. Le printemps érable  eut son 10 novembre, manifestation gigantesque qui avait aboutit sur le campus de l’Université McGill. Le 29 novembre dernier, la grande manifestation contre l’austérité, mêlant travailleurs, syndicats et étudiants ne s’est même pas donnée la peine de passer devant le portail Roddick. Bonjour tristesse. Le contingent mcgillois était constitué d’environ dix personnes, dont plus de la moitié avaient des fonctions de représentation ou faisaient partie de la faune médiatique étudiante. Mais relativisons, pour la plupart des étudiants de premier cycle de l’Université McGill, les événements de l’année 2012 auront passé inaperçus, comme autant de lettres à la poste.

Ainsi, on parle d’une grève ici et là, qui débuterait le 21 mars. Une grève pour quoi? «Contre le gouvernement libéral.» Pour quoi? «Contre l’austérité». Pour quoi? «Pour redescendre dans la rue et jouir à nouveau de se sentir en vie, et d’autres raisons plus sérieuses». C’est une discussion constructive et sans fin. Une chose est certaine, «le mal nécessaire» que prône Martin Coiteux n’est qu’une question de point de vue. S’essayer au balancier de la dette publique à grands coups de sabres d’abordage dans le budget de l’éducation n’a jamais été, et ne sera jamais, la bonne solution.

Aussi, il est grand temps que l’AÉUM retourne prendre sa carte d’adhérent à la FEUQ, la Fédération étudiante universitaire du Québec. Nous l’avions quittée pour la troisième fois en 2006, sur un coup de tête référendaire. C’était une erreur. Plus que jamais, les étudiants doivent peser dans le débat sur la place de l’éducation dans cette province. Ils sont 125 000, nous sommes 27 000, et comme on dit encore à Brooklyn: Een Draght Mackt Maght.

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