Jean-Francois Trudelle – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Tue, 18 Sep 2018 21:30:16 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 J’aurais aimé manifester https://www.delitfrancais.com/2012/03/27/jaurais-aime-manifester/ Tue, 27 Mar 2012 14:28:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12231 Avez-vous remarqué comment cela se passe dans la sphère publique? Ceux en faveur du plan de financement gouvernemental parleront en chiffres et en notions d’économie. Ceux qui sont contre répéterons que la question n‘est pas comptable, que l’éducation ne devrait pas être soumise à une telle logique et que la collectivité devrait s’en occuper.

J’aurais aimé manifester, mais je suis trop cérébral et les enjeux de cœur ne me rejoignent pas. Ils sont toujours du côté de la gauche, on dirait. Je ne m’en étonne plus: parler de productivité, de dette, de croissance et de responsabilité n’est pas aussi sexy que de parler de collectivité, d’entraide et de solidarité. Je considère toujours que l’idéologie à laquelle j’appartiens en est une regroupant ces valeurs, mais leur compréhension requiert trop d’analyse à froid. L’analyse à froid ne pousse personne dans les rues avec des pancartes.

Comme je disais, j’aurais aimé manifester. Me plaindre que mon éducation allait coûter trop cher. Me déclarer membre du printemps québécois (eh misère). Malheureusement, la seule idée qui me venait en tête, c’était le remboursement proportionnel au revenu (RPR).

C’est moche hein? C’est pas mal moins sexy que se promener seins nus pour contester. C’est pas mal moins excitant qu’une banderole grande comme un coin de rue. C’est pas mal moins poignant que des dizaines de milliers de jeunes dans la rue.

Mais c’est ma solution et c’est pas mal la seule qui ferait consensus si tout le monde était de bonne foi et arrêtait de se crêper le chignon pour défendre leurs petits orgueils. La CLASSE vit finalement le fantasme d’être à la tête d’un mouvement massif et s’accroche à son rêve fantaisiste de gratuité pendant que la FEUQ et la FECQ pensent sincèrement que seule une meilleure gestion règlera tous les problèmes. De plus, ils ont décidé de partir en guerre politique contre les libéraux en général. Ajoutez à cela une ministre qui ne veut plus rien savoir et vous avez un bon mélange pour une grève qui mène dans un mur.

Le RPR permettrait de moduler les frais de scolarité en fonction de la faculté, de synchroniser le monde de l’éducation avec le marché du travail et de mieux financer nos universités et d’augmenter l’accessibilité d’un même coup. Il protégerait les plus pauvres de leur dette étudiante. Il ferait payer les plus riches pour leurs études. Trouvez une revendication qui n’est pas satisfaite ici. En quelques phrases, je viens de répondre aux demandes de l’IEDM, du ministère, de la FEUQ et de la FECQ. Les seuls qui ne seront pas contents sont les membres de la CLASSE, mais c’est difficile de satisfaire des gens qui vivent dans un monde où tu n’as qu’à planter un riche dans le sol et un arbre d’argent poussera.

J’aurais aimé manifester jeudi dernier avec une pancarte fluo qui demande un RPR. Malheureusement, c’est comptable. Ça ne déplace pas des dizaines de milliers de personnes. Je ne crois pas que j’aurais été le bienvenu.

Le cœur prend maintenant toute la place dans le débat sur la hausse. Pendant ce temps, le Québec rate une chance d’entrer dans le XXIe siècle.

Quel manque de vision.

J’aurais dû aller manifester.

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The English way https://www.delitfrancais.com/2012/03/13/the-english-way/ Tue, 13 Mar 2012 12:26:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=11845 Bien que Stephen Harper jouisse maintenant d’une majorité à la Chambre des communes, un sentiment d’inconfort et de scepticisme politique semble toujours régner autour de lui et du conservatisme canadien. Que va-t-il faire aux gais, aux femmes, aux minorités? Bien que ces craintes soient souvent non-fondées, elles persistent obstinément au sein des médias. En occupant une partie de l’espace médiatique, elles inhibent une analyse plus intelligente du mouvement conservateur et du gouvernement en place.

C’est au cours de la conférence que j’ai compris une partie du problème: le conservatisme canadien désire trop calquer le conservatisme étatsunien. Le malaise émane de là. Le Canada n’est pas les États-Unis et ne le sera jamais. Nos sociétés sont trop différentes et nos institutions, encore plus. C’est cette seconde différence qui rend vaine la tentative de recréer l’enthousiasme conservateur étatsunien.

Pourquoi? Parce que bien que nous soyons culturellement semblables aux Américains, nos institutions démocratiques et étatiques sont bel et bien britanniques. Notre sénat n’a rien à voir avec celui de nos voisins du Sud, le Parlement fonctionne de manière radicalement différente que le Congrès des États-Unis. La société canadienne est aussi moins ancrée dans le communautarisme religieux, perçu comme outil de rechange à l’État providence par les conservateurs étatsuniens.

Le conservatisme canadien ne sera jamais entièrement convaincant tant qu’il regardera au Sud. C’est plutôt outre-Atlantique qu’il devra trouver son inspiration. Il semblerait que c’est ce que les partisans du mouvement veulent. Lorsque Daniel Hannan a pris la parole lors du dernier panel, aucun autre invité de la conférence n’avait eu un accueil aussi chaleureux. Les applaudissements et les rires se suivaient et les spectateurs se sont empressés de lui poser une multitude de questions, ignorant presque David Wilkins, l’ancien ambassadeur des États-Unis au Canada.

Ce n’est pas surprenant. Le conservatisme britannique est lui aussi basé sur un petit gouvernement et la décentralisation des pouvoirs. Toutefois, il a opéré un changement majeur: du conservatisme social, il a évolué vers le conservatisme culturel. Au Royaume-Uni, aucun politicien ne peut espérer mener une campagne sur l’homosexualité, l’avortement ou d’autres questions relevant de la moralité. Sa popularité descendrait en flèche. Toutefois, il peut espérer marquer des points en se présentant comme défenseur de la communauté britannique, de ses valeurs, de sa culture, de son identité et de son indépendance. C’est précisément ce que les Canadiens recherchent. Ils ne veulent pas entendre parler de bondieuseries, mais bien de fierté, de patriotisme et de liberté. Le concept de «big society» de David Cameron serait particulièrement accrocheur ici.

Devons-nous nous en étonner? Avant les ravages du multiculturalisme institutionnel, les Canadiens étaient encore très attachés à la Grande-Bretagne. Au plus profond d’eux-mêmes, ils n’ont pas tourné le dos à la mère patrie et à ses manières de faire de la politique.

C’est sûrement pour cela que le discours de Hannan a trouvé un si grand écho parmi les 700 participants. C’est pour cela aussi qu’il mériterait d’être entendu par un plus grand nombre de Canadiens.

La droite y trouverait finalement la force de faire tomber les craintes qui l’entourent.

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P.S.: À tous les étudiants de la Faculté des arts, allez voter contre la grève lors de l’AG de mardi. Vous avez le choix entre faire la grève ou avoir une éducation abordable et des universités bien financées. Choisissez votre camp.

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Je ne suis pas un robot https://www.delitfrancais.com/2012/02/28/je-ne-suis-pas-un-robot/ Tue, 28 Feb 2012 14:31:09 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=11358 Je le suis depuis que j’ai commencé à écrire pour Le Délit, il y a de ça plus d’un an maintenant. Je l’étais d’ailleurs déjà auparavant.

Les lecteurs assidus de ma chronique auront constaté que j’ai souvent des opinions radicalement différentes de celle du parti dont je suis membre depuis juin 2007. Est-ce que cela devrait vous surprendre? Pas du tout. Si vous êtes surpris, vous souffrez sûrement de cynisme avancé et je vous invite à reconsidérer votre opinion de la politique partisane. Je n’appartiens pas au PLQ pour être le lecteur de cassettes de Jean Charest. Je suis libéral parce que je considère que c’est ce parti qui me permet de mieux véhiculer mes idées. Je fais souvent rager certaines personnes qui aimeraient bien voir de jeunes membres dociles. J’en suis fier: la politique n’est pas faite pour le confort intellectuel.

Votre chroniqueur préféré a été projeté sous les feux de la rampe au début de la semaine de lecture. Puis, mercredi soir, j’ai découvert qu’être libéral était devenu une sorte de crime au Québec. Un membre libéral peut-il embrasser une cause qui lui tient à cœur sans être télécommandé par les apparatchiks du bureau du premier ministre? Pour la classe journalistique québécoise, on croirait que non. J’ai le malheur de leur annoncer que oui, c’est possible.

Les derniers jours m’ont permis de constater un des principaux vecteurs du cynisme au Québec. Les journalistes ne semblent plus croire à la bonne foi de quiconque. Pour eux, il y a une anguille sous chaque roche du Québec, un complot rampant ou une conspiration éhontée.

Il se peut que je croie fondamentalement que la hausse des frais de scolarité est un mal nécessaire pour assurer l’avenir de l’éducation universitaire québécoise. Il se peut que je croie fondamentalement que la grève étudiante n’est pas une bonne chose et que nous devrions plutôt comprendre et accepter que nous ne puissions éternellement recevoir des cadeaux des contribuables.

Il se peut que je sois un citoyen comme tout le monde qui a choisi d’embrasser une cause. J’aime la démocratie québécoise et j’apprécie la chance que nous avons de l’avoir. J’apprécierais que nous n’abusions pas d’elle et que nous parlions de grève et de frais de scolarité uniquement et non pas des cartes de parti ou des affiliations, passées ou présentes, des acteurs du débat.

Nous sommes tous concernés par ce sujet, et McGill en premier. Ici, la démocratie étudiante est malade. Nos assemblées générales peinent à obtenir le quorum et la Arts Undergraduate Society a rejoint la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) sans même une majorité des voix. En effet, seule une pluralité s’est prononcée en faveur, avec seulement 13 voix d’avance. Un étudiant sur huit a voté.

Alors dites-moi quel est le vrai problème. Qu’un porte-parole contre la grève et pour la hausse s’implique au sein du PLQ ou que la plus grosse faculté de notre université rejoigne une coalition pour la grève avec seulement 6,4% des étudiants en faveur ?

Dans les prochaines semaines, vous serez appelés à vous prononcer sur la grève générale. J’espère que vous irez voter. J’espère aussi que vous irez voter contre.

Mais ça, c’est à vous de décider. Et ce n’est pas Jean Charest qui vous le dit.

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Pour un nouveau Canada… et joyeux Jubilé de Diamant! https://www.delitfrancais.com/2012/02/07/pour-un-nouveau-canada-et-joyeux-jubile-de-diamant/ Tue, 07 Feb 2012 14:40:49 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=10903 Toutefois, en en apprenant plus à propos de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB),  je me suis rendu compte que si le Québec faisait partie du Canada, c’est parce qu’on avait promis de laisser tranquille les provinces dans leurs champs de compétence. Cela inclut la santé et l’éducation.

Vous opposeriez-vous à la création d’un ministère de l’Éducation à Ottawa qui superviserait les provinces et qui implanterait des programmes pancanadiens? J’espère que oui. C’est simple, cette compétence appartient aux provinces. C’est le cas aussi de la santé. Malheureusement, le gouvernement fédéral ne s’est pas retenu de voter la Loi canadienne sur la santé, imposant ses fameuses cinq conditions (gestion publique, intégralité, universalité, transférabilité, accessibilité) pour que les provinces puissent recevoir la totalité des transferts auxquels elles ont droit de la part d’Ottawa. L’argent est devenu le moyen le plus aisé de contourner notre loi fondamentale. À quoi bon respecter les fondations du pays quand celles-ci se mettent dans le chemin d’un grand idéal canadien?

Là est le problème. Le Québec revendique constamment le droit de se retirer de programmes qui ne devraient même pas pouvoir exister! Obtenir ce droit ne changerait rien, le gouvernement fédéral aurait toujours son mot à dire sur les programmes sociaux qui seraient mis en place. Se retirer ne fait que transférer la gestion. Ce n’est pas à Ottawa de décider quels sont les «bons» services à offrir à la population des différentes provinces. C’est aux parlements provinciaux, dûment élus par leurs commettants, de décider de quels services ils se doteront ou se délaisseront. Ottawa lève des taxes pour créer un système de garderies? Les provinces devraient pouvoir dire non, réclamer l’argent, et ce, sans condition. Si le Manitoba désire offrir des baisses d’impôts avec les transferts, ainsi soit-il! Ottawa ne devrait pas pouvoir rouspéter face à une telle décision: il n’avait qu’à ne pas sortir des limites constitutionnelles qu’on lui avait accordées.

Un tel droit devrait être protégé par la cour suprême du Canada. Elle devrait veiller à ce que le pouvoir fédéral de dépenser ne serve pas à se soustraire à la constitution. Si un transfert de fonds est conditionnel à la création d’un programme qui devrait émaner d’une initiative provinciale, la condition devrait être retirée et l’argent, transféré.

Depuis 1867, le monde a évolué. L’environnement est devenu une question centrale et les États du monde ont dû se charger de gérer certains aspects de la révolution technologique, dont les télécommunications. Ces pouvoirs ont malheureusement atterri dans les mains d’Ottawa. Cela ne devrait pas être le cas. Si le progrès humain justifie la création d’une nouvelle compétence, elle devrait immédiatement être remise aux provinces.

Le gouvernement fédéral deviendrait ainsi un symbole canadien plutôt qu’un centre d’ingénierie sociale. Il s’occuperait de protéger nos frontières, de garantir nos droits et notre sécurité, d’émettre nos passeports et d’assurer la présence canadienne à l’international. Il serait une institution lointaine, s’occupant de problèmes qui appartiennent à une sphère plus élevée que la gestion quotidienne d’une société, tout en inspirant respect et loyauté. C’est ce qu’il aurait toujours dû être.

Si les Québécois désirent être maîtres de leurs affaires, la souveraineté n’est pas l’option. Il faut que le Canada redevienne décentralisé et respectueux du fait qu’il existe pour protéger les provinces le constituant.

De toute manière, personne n’a à faire la morale sur les choix politiques du voisin. Si les Albertains désirent privatiser leur système de santé, pourquoi les Ontariens devraient-ils s’indigner? Si le Québec veut des garderies publiques, pourquoi les Manitobains devraient-ils suivre?

«Protégera nos foyers et nos droits» dit l’hymne national. Je demande ni plus, ni moins!

P.S. : May she defend our laws and ever give us cause, to sing with heart and voice, God save the Queen ! 60 ans sur le Trône pour notre Reine ! Célébrez en grand !

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La doctrine de la foi https://www.delitfrancais.com/2012/01/24/la-doctrine-de-la-foi/ Tue, 24 Jan 2012 13:32:29 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=10555 Il prendra toutefois, et malheureusement, la forme d’une critique d’une croyance religieuse qui ne devrait pas en être une. Je parle de l’idéologie. Certains y opposeront le pragmatisme, ce qui est, à mon avis, un aveu détourné d’absence de convictions profondes. Se vanter d’être pragmatique, c’est se vanter que nos opinions n’ont aucun fondement solide et qu’elles sont guidées par un impératif plutôt vague de bonheur général. Au pragmatisme et à l’idéologie, il faut opposer un troisième joueur.

Ce dernier, c’est celui qui considère que l’idéologie n’est pas une fin en soi, mais les fondations d’une pensée politique sur laquelle un individu se doit de construire. Celui qui adopte ce mode de pensée évite deux pièges: celui d’être une girouette qui suit l’air du temps et celui d’être un fanatique obsédé par le respect de la norme idéologique qu’il a fait sienne.

Ceux qui se bornent d’idéologie, la voyant comme une fin en soi, cessent de réfléchir à ce qui doit être fait et à ce qui doit être évité. Le modèle qu’ils se sont construit se justifie lui-même et cela est suffisant: hors du modèle, il n’y a que des idiots qui n’ont rien compris.

L’idéologie devient pour eux un outil qui pense à leur place, qui leur soumet les opinions à adopter, sous peine d’excommunication de leur Église respective. Au Vatican, la Congrégation pour la doctrine de la foi a pour mission de promouvoir et défendre la doctrine et les mœurs catholiques.

Le courant de pensée dicte les normes, les opinions et les fondations, et la transgression ne saurait être tolérée puisque seule l’hérésie s’en suit. La simple peur d’être un outsider suffit à tenir les idéologues en rang.

Ces gens adopteront des livres cultes, venant jouer le rôle de la Bible ou du Coran, mais s’appelleront Anarchie, État et Utopie, Le Capital, Atlas Shrugged ou La Conquête du Pain. Ces livres décrivent peut-être un monde à créer dans la tête de leurs auteurs, mais pour l’être humain moyen doté d’un minimum de sens critique, ils doivent former la base d’un système de pensée et non pas le système de pensée en soi.

Ils jettent les principes sur lesquels quelqu’un doit construire ses opinions pour affirmer son individualité intellectuelle en y ajoutant ce qu’il croit être juste. Y obéir aveuglément ne fait que noyer la raison dans une marre intellectuelle collectiviste d’où rien, sauf de la rigidité, n’émerge.

L’idéologie est utile comme levier intellectuel, mais elle ne doit pas définir quelqu’un. Combien de fois me suis-je fait demander si j’étais un libertarien, un néo-libéral, un monétariste, etc.? Honnêtement, je ne sais pas ce que je suis. Je serai ce que vous voulez que je sois, si vous avez tant besoin de me coller une étiquette.

À quoi bon se définir idéologiquement? Vous finirez toujours par diverger du groupe auquel vous prétendez appartenir. Laissez les autres vous donnez un titre si ça les conforte de se convaincre que vous avez tort pour le simple fait que vous êtes un «néokeynésien».

La dernière chose dont nous avons besoin ces temps-ci, c’est d’une doctrine de la foi intellectuelle.

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Boire de l’eau, c’est mal https://www.delitfrancais.com/2011/11/27/boire-de-l%e2%80%99eau-c%e2%80%99est-mal/ Mon, 28 Nov 2011 03:57:49 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=10057 Vous reluquez avidement cette Fiji que vous avez achetée au prix fort parce qu’elle a supposément un délicieux arrière-goût de noix de coco. Vous n’attendez que la fin de la messe de minuit pour aller ouvrir cette Evian que vous avez payée sept dollars à cause de sa forme excentrique et pour l’aspect pratique de sa poignée faisant aussi office de bouchon.

Quel sentiment satisfaisant que de boire de l’eau de si bonne qualité, être réhydraté et plein d’énergie pour déballer ces cadeaux qui vous ont tenu éveillé toute la nuit. Sachez que si votre chroniqueur préféré travaillait pour une compagnie d’embouteillement d’eau au Royaume-Uni, il finirait sûrement en prison pour deux ans. Je crois que c’est le rêve de certains, mais passons.

Eh oui, la Commission européenne n’a que faire de l’effondrement de la superbureaucratie européenne, du chaos économique et monétaire qui sévit et des taux d’intérêts en hausse sur la dette «blindée» allemande. Après trois ans de laborieuses discussions et vingt-et-un experts plus tard, elle est heureuse d’annoncer que vous ne pouvez plus prétendre, si vous êtes un embouteilleur, que l’eau réhydrate! Paul Nuttal, député européen britannique du parti eurosceptique UKIP, a déclaré qu’un tel règlement faisait paraître le règlement sur la courbure des bananes (car il y en a un) sain. Toutefois, une compagnie peut toujours annoncer que son produit maintiendra votre température corporelle. Heureusement qu’il y a peu de grands déserts en Europe, on arriverait bien rapidement à court d’Européens! Ils sont si amusants à regarder se débattre contre la fatalité. Le spectacle prendrait fin abruptement. Décidemment, rien n’arrête le progrès sur le Vieux Continent.

Si l’utopie européenne le dit, alors ça doit être vrai. Qu’allez-vous faire, chers lecteurs? Vos bouteilles de Fiji et d’Evian achetées au prix fort n’étaient que duperie. Vous ne serez pas pleins de vigueur pour ouvrir vos cadeaux. N’ayez crainte, il y a de la bière. Il y a du scotch, du cognac, du vin. La nature fait bien les choses n’est-ce pas? Profitez-en, avant que les bureaucrates ne décident que le vin vous donnera le cancer à 75 ans et devrait être interdit, que le scotch brûle trop la gorge des néophytes et présente donc une forme d’oppression discriminatoire des Écossais envers le reste de la planète et que la bière est responsable des publicités sexistes à la télé et doit disparaître des tablettes. En plus, elle est produite par un peuple qui n’a pas de gouvernement depuis plus d’un an! Oh, l’enfer pour un eurocrate!

Considérez cette interdiction comme une bénédiction. Vous aurez l’air plus intelligent en ayant la gueule de bois. Vous pourrez dire fièrement que vous n’avez pas succombé aux mensonges de l’industrie de l’eau embouteillée. Vive la révolution! Occupy Dasani!

Je vous souhaiterais bien un joyeux solstice d’hiver, un joyeux décembre, une joyeuse célébration de l’amour fraternel universel, mais j’aime trop Jésus pour ça.

Joyeux Noël.

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De la démocratie à McGill https://www.delitfrancais.com/2011/11/15/de-la-democratie-a-mcgill/ Tue, 15 Nov 2011 13:58:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9695 Parmi les questions débattues se trouvait une motion de grève. Les étudiants de la faculté étaient appelés à se prononcer en faveur ou contre une grève d’un jour pour protester contre la hausse des frais de scolarité de 1625 dollars sur cinq ans.

Il faut saluer le climat démocratique dans lequel a été voté ce débrayage. L’assemblée était clairement noyautée par la frange radicale de la communauté étudiante de McGill qui rêve de mettre un portrait de Karl Marx dans la cafétéria du Shatner Building. Cette frange, réputée pour être friande de démocratie et de pouvoir au peuple, semblait pressée de faire avancer son agenda. Après avoir écourté prématurément la période de question sur la motion de grève, l’assemblée a voté pour qu’il n’y ait aucun débat sur la motion et a appelé au vote. Il va de soi que l’enjeu fait l’unanimité. À quoi bon écouter les moutons noirs qui sont en faveur de la hausse?

C’est ainsi que les étudiants de la Faculté des Arts de McGill se sont retrouvés en grève: en muselant le débat et en s’assurant que personne ne puisse s’informer en posant des questions. Selon un courriel de l’AÉFA, l’assemblée comptait près de 246 membres lors du plus haut niveau de présence. En 2010, il y avait 7 936 étudiants inscrits à la faculté. L’association peut donc se féliciter d’avoir précipité en grève près de 8000 élèves avec un taux de participation au vote de près de… 3%.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, l’AÉFA a écrit dans le même courriel que 203 000 étudiants du Québec participeraient à la grève. Comme si 203 000 étudiants avaient donné leur accord à cette action! Par 203 000, ils voulaient sûrement dire 12 000, soit le nombre de protestataires qui se sont présentés à la grande manifestation, selon la police. Cela équivaut à une participation deux fois plus grande que ce que l’association a eu, à 6%. Il est intéressant de se pencher sur comment certains ont «participé» à la manifestation. Il est connu que le mouvement étudiant est pacifiste et désire un dialogue respectueux, mais lorsqu’il présume qu’un groupe de personnes est en désaccord avec lui, ces dernières ne méritent pas ce respect. Félicitons les manifestants qui ont envahi le bâtiment James à McGill, siège de l’administration, et lancé des objets aux policiers, forçant la mobilisation de l’escouade anti-émeute. Un peu comme pour leurs études, ce seront les autres qui paieront pour leurs actes.

Dans la foulée du mouvement Occupy Wall Street, il est intéressant de se pencher sur les proportions. Dans le cas des étudiants universitaires, ce n’est pas le 1% contre les 99%, mais les 5% contre les 95%. En 2008, il y avait 262 142 étudiants dans le réseau universitaire et près de six millions de contribuables au Québec. Les travailleurs détenant un diplôme universitaire gagnaient entre 10 000 et 20 000 dollars de plus par année que la moyenne québécoise en 2010. Les étudiants en droit qui deviendront avocats dans une grande firme bénéficieront quant à eux d’un salaire de 82 000 à 89 000 dollars lors de leur première année, soit de 23 000 à 38 000 de plus que la moyenne! Autrement dit, maintenir les frais de scolarité artificiellement bas ou vouloir la gratuité scolaire, c’est demander à l’écrasante majorité de la population de subventionner les riches de demain.

Chapeau bas la démocratie étudiante! Non seulement se fiche-t-elle de respecter ceux qu’elle prétend représenter, mais elle demande aux autres de payer pour s’enrichir dans le futur.

Solidarité!

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Débat sur la question référendaire : Non https://www.delitfrancais.com/2011/11/01/debat-sur-la-question-referendaire-non/ Tue, 01 Nov 2011 20:32:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9361 La stratégie du groupe radical est évidente: il s’agit de profiter d’un biais psychologique chez l’être humain. William Samuelson et Richard Zeckhauser l’ont appelé le «biais du statu quo». C’est ce biais qui fait que vous ne vous désabonnez pas des revues que vous ne lisez pourtant pas et que vous vous asseyez toujours à la même place en classe.

Il est évident que bien des étudiants de McGill ne réclament pas leur argent même s’ils ne sont pas intéressés à financer le GRIP-McGill, tout simplement parce qu’ils doivent prendre l’initiative de le faire. Imaginez maintenant si vous rendez la chose encore plus difficile pour ces derniers. Il est évident que cela va décourager ceux qui désapprouvent les actions du GRIP-McGill! De plus, cela ne va que donner une occasion de plus aux membres de l’organisation pour faire valoir à quel point ils sont bons, en négligeant de mentionner les actions les plus radicales dont ils font la promotion.

Pourquoi abuser des défauts de l’être humain pour obtenir de l’argent pour supporter des groupes comme Tadamon!, des grands admirateurs du Hezbollah? Ou à des manifestations anticapitalistes comme celle de ce 3 novembre? Ou à faire l’acquisition d’ouvrages radicaux pour les Alternative Libraries? Ne prenons pas les gens pour des valises: peu d’entre nous soutiennent un agenda aussi radical, même si le GRIP-McGill tente de se camoufler derrière sa supposée ouverture aux homosexuels, aux communautés «victimes de racisme», aux femmes et ses prétendus services à la communauté.

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Je n’aime pas Occupy Wall Street https://www.delitfrancais.com/2011/10/18/je-n%e2%80%99aime-pas-occupy-wall-street/ Tue, 18 Oct 2011 14:55:53 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=9031 Il est toujours splendide de voir les «99%», le «peuple», cette curieuse entité dont nos professeurs d’université qui n’en ont pas fini de leur phase révolutionnaire nous parlent constamment. Finalement, la «résistance» contre les «structures de domination» s’organise! La «démocratie» sera regagnée au parc Zucotti à New York et au square Victoria à Montréal!

Ce mouvement se prétend pacifiste et se veut une sorte de Tea party de la gauche qui en a ras-le-bol des riches. La comparaison est rapidement apparue dans les médias, mais elle ne trouve aucune résonance dans la réalité. Il n’y a eu aucune arrestation lors des manifestations du Tea party. Il y en a eu 700 en une journée d’Occupy Wall Street. Un protestataire a été vu en train de déféquer sur une voiture de police.  À Washington, des manifestants ont forcé la fermeture du Air and Space Museum. Le Tea party a été déclaré violent parce qu’une poignée de fans du second amendement se sont pointés à des rassemblements avec leur arme à feu bien en vue, un droit aux États-Unis. Il serait aussi supposément raciste, même si Herman Cain se rapproche de Mitt Romney dans la course à l’investiture républicaine. En passant, les obsédés du consensus de Occupy Atlanta ont refusé la parole à John Lewis, figure proéminente du mouvement des droits civiques parce que tous n’étaient pas d’accord pour l’entendre. Racistes, les Occupy? La rhétorique «haineuse» du Tea party a été dénoncée quand certains orateurs parlaient d’arroser l’arbre de la liberté avec le sang des tyrans et des patriotes, une citation que l’histoire a attribué à nul autre que Thomas Jefferson. Pourtant, Roseanne Barr, figure célèbre du milieu de la culture aux États-Unis, a expliqué à Russia Today que les banquiers refusant de partager leur fortune devraient être envoyés en camp de rééducation. Si cela ne faisait pas l’affaire, ils devraient être décapités. Entre Jefferson et Barr, il n’est pas difficile de voir qui appelle réellement à la violence.

Quoi de mieux que de se déguiser pour aller à la mascarade? Le quotidien britannique Daily Mail est allé jeter un œil pour voir de quoi avaient l’air les protestataires. Ils ne semblaient pas trop mal en point! Jeans à 300 dollars, tricots en laine de haute qualité et souliers de marque semblaient être l’accoutrement de bien des manifestants. Pas mal pour des gens qui se baladent avec des pancartes «Eat the rich»! Un habillement n’est cependant jamais complet sans les accessoires qui viennent avec. Il est toujours bon de voir des gens comme Kanye West se pointer pour soutenir les «99%» avec de beaux bijoux en or. On devrait lui dire qu’il peut faire une contribution volontaire à l’IRS s’il veut «partager sa richesse».

D’ailleurs, finissons-en avec cette idée du 99%. D’abord, allez faire un tour sur la page Tumblr The 53, en référence aux 53% d’Américains qui paient des impôts pour les 47% qui reçoivent. En 2008, le fameux 1% dénoncé a payé 38% des impôts sur le revenu perçus par le gouvernement américain. Pour les 25% les plus riches, il s’agissait de 86%. Au Québec, en 2007, 3,6% des contribuables gagnaient plus de 100 000 dollars. Ils ont payé 30,8% des impôts sur le revenu.
Alors contre quoi les Occupy se battent-ils? Allez savoir!

Une chose est sûre, ils communiqueront tout sur Twitter à partir de leur iPhone! À bas le capitalisme!

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Couche-Tard, ou le mal absolu https://www.delitfrancais.com/2011/09/27/couche-tard-ou-le-mal-absolu/ Tue, 27 Sep 2011 11:34:54 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=8661 La Commission des normes du travail, la Commission des relations du travail, la CSST et j’en passe veillent au bien-être des salariés du Québec. Nous sommes bien loin de la misère qu’ont pu connaître nos grands-parents et arrière-grands-parents dans les usines.

Pourtant, la CSN (Confédération des syndicats nationaux) semble croire qu’elle a toujours un rôle à jouer pour protéger la veuve et l’orphelin. Serait-ce dans des usines surchauffées avec des quarts de douze heures pour les employés? Non, plus maintenant. Ça n’existe plus au Québec. La centrale se tourne maintenant vers le milieu très «oppressif» du commerce au détail.

Dans ce milieu, le roulement est très élevé, ce qui veut dire que les employés ne garderont pas leur emploi sur une longue période de temps. Les emplois ne requièrent pas de qualifications. La mobilité est grande. Alors dites-moi pourquoi imposer la structure rigide d’un syndicat dans un environnement de travail pareil? Le récent cas de Couche-Tard, qui vient de fermer une seconde succursale cette année suite à sa toute nouvelle syndicalisation, a de nouveau donné lieu à une crise d’hystérie anti-entrepreneuriat. La raison, selon l’employeur, était que la succursale coin Iberville et Jean-Talon à Montréal n’était pas assez rentable. Plusieurs doutent, mais cela importe peu. Ce que Couche-Tard veut faire, c’est éviter qu’une vague de syndicalisation survienne parmi ses employés et cela est bien correct.

Si la CSN intervient dans les relations de travail au sein de la chaîne de dépanneurs, les conséquences habituelles surviendront. Les coûts d’opération plus élevés signifieront des pertes d’emploi. Pourtant, comme je le mentionnais plus haut, ce sont des emplois qui ne nécessitent aucune qualification. Ils sont donc faits pour les plus défavorisés de la société. La syndicalisation, fidèle à ses habitudes, créera une classe de gens privilégiés: ceux qui auront accès aux emplois et à tous les avantages sociaux et fiscaux qui viendront avec et ceux qui se retrouveront les mains vides. La voilà, l’idée du syndicat. La CSN pourra parader en disant qu’elle a aidé les pauvres employés des Couche-Tard québécois en montrant tout ce qu’ils auront obtenu. Les emplois perdus ou jamais créés, eux, ne seront jamais mentionnés. C’est évident: on ne peut connaître quelque chose qui devait exister dans le futur, mais qui n’est finalement jamais arrivé.

Il faut parfois accepter des conditions de travail de moindre qualité (et elles ne sont pas si pires chez Couche-Tard, malgré les histoires relatées dans La Presse en avril dernier!) lorsqu’on cherche un emploi que tout le monde peut occuper, justement parce que tout le monde peut l’occuper!

D’ailleurs, personne n’est forcé de travailler chez Couche-Tard. Les insatisfaits des méthodes de gestion de la compagnie peuvent aller voir ailleurs. Se syndiquer serait utiliser une approche tout à fait contraire. Les chanceux prennent tout et protègent jalousement leur emploi et ce sont les malheureux qui doivent aller voir ailleurs.

Si la CSN vivait selon les principes qu’elle prêche, elle laisserait Couche-Tard en paix pour le bien-être des pauvres.
Pour une fois qu’elle s’en soucierait!

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Nationalisme québécois ad nauseam https://www.delitfrancais.com/2011/09/13/nationalisme-quebecois-ad-nauseam/ Tue, 13 Sep 2011 12:57:47 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=8340 Les Québécois ont voté massivement aux dernières élections fédérales pour un parti de gauche ultra-centralisateur et semblent vouloir bouder le PQ ainsi que son option séparatiste. Pourtant, la bête ne semble pas vouloir mourir.

Je parle ici de l’ambition de l’Office québécois de la langue française (OQLF) de franciser les raisons sociales des entreprises. S’attaquer à ce phénomène linguistique est ridiculement farfelu.

Je ne vois absolument pas en quoi la survie de la langue française au Québec passe par le fait que New Look s’appelle Lunetterie New Look. Vouloir s’acharner de la sorte sur un aspect purement esthétique d’une compagnie, c’est s’attaquer à un symptôme plutôt qu’au problème et faire croire qu’en masquant la plaie, on a guéri l’infection. Le problème ne vient pas de l’extérieur, il vient de l’intérieur. Il réside dans la mauvaise relation que les francophones ont avec leur langue, puisqu’ils en ont été dépossédés par le gouvernement.

En fait, ce souhait de l’OQLF semble avoir été motivé par autre chose que la seule «protection» du fait français. «À cause de la mondialisation, les grandes surfaces viennent de plus en plus s’installer au Québec où elles utilisent leur marque de commerce (en anglais)» disait la présidente-directrice générale de l’OQLF, Louise Marchand, à la Presse Canadienne. Ici, l’autre motivation apparaît mieux. Il est observé et bien connu au sein des domaines d’étude s’intéressant aux nationalismes que ces mouvements voient comme des menaces la libre entreprise et les investissements étrangers.

L’OQLF pointe donc du doigt la mondialisation. Quoi de mieux pour contrer cette idéologie que du protectionnisme? À quoi bon des tarifs, des quotas et des subventions quand on peut tout simplement nuire aux entreprises étrangères en leur imposant le fardeau futile de changer leur nom?

Faut-il vraiment s’en étonner? Au Québec, le libre-marché n’est pas notre tasse de thé. La responsabilité individuelle non plus, puisque la proposition ne semble pas avoir rencontré trop d’opposition.

Autrement dit, pour l’OQLF, la survie du français ne repose pas dans l’enseignement convenable de la langue dans nos écoles, alors que 54,6% des Québécois ne savent pas lire suffisamment bien pour obtenir un emploi nécessitant de la lecture, et ce n’est pas pour donner le goût aux Québécois de se soucier de leur langue et de la défendre par eux-mêmes. Elle reposerait dans la réglementation de l’affichage et de la raison sociale des entreprises. Ça ne devrait pas être une priorité. Ça ne devrait même pas être un souci.
Frédéric Bastiat, célèbre économiste français, a bien résumé la situation en écrivant que «Protectionnisme, […] Socialisme et même […] Communisme, […] ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance». Nous pouvons nous féliciter, car nous avons déjà les deux pieds dans la première période et nous sommes à mi-chemin de nous enfoncer dans la seconde.

Et certains appelleront ça du progrès!

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Pour nos quatorze reines https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/pour-nos-quatorze-reines/ Tue, 29 Mar 2011 12:48:36 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7537 Lors de chaque tuerie scolaire, l’indignation mondiale suivit. Comment rester indifférent au côté sombre de l’être humain lorsqu’il se déchaîne ainsi?

Nous étions tous pour la plupart encore un «projet», ou bien trop jeunes pour savoir ce qui s’est passé à la Polytechnique et à l’Université Concordia. Par contre, lorsque les événements de Dawson sont survenus, nous avons réalisé que nous étions particulièrement affectés parce que nous étions étudiants. Après tout, l’école devrait être un milieu dédié à l’éducation, où la possibilité d’y mourir d’une agression est nulle.

Qu’avons-nous dit après le choc initial des fusillades? Qu’il fallait être vigilant. Les tireurs laissent des signes derrière eux avant de passer à l’acte. Pour un établissement scolaire, il est impossible de surveiller tous les étudiants et tous les employés. Il faut donc faire appel à la vigilance populaire pour remarquer et dénoncer les comportements louches et les excès inquiétants. Si les messages que Kimveer Gill avait laissés sur Internet avaient été lus avant, Anastasia de Sousa serait peut-être encore en vie.

Récemment, à McGill, des étudiants sont tombés sur les tweets violents et haineux d’un de leurs confrères. Celui-ci avait assisté à la représentation d’Indoctrinate U, un documentaire amateur sur le politiquement correct sur les campus universitaires. Le contenu du documentaire portait à controverse, mais n’incitait certainement pas à la menace de mort. Réfléchir ainsi est oublier que certaines personnes ont l’épiderme sensible.

Comment réagiriez-vous si vous lisiez sur un profil Twitter que son auteur aurait voulu apporter un M16 et tirer sur tout le monde dans la salle où il se trouve? Ou qu’il veut désintégrer le consortium WASP-Juifs? Ou, finalement, qu’il considère que la race blanche est, a été et sera toujours la plus grande menace pour l’humanité? Vous seriez sûrement alarmé et vous avertiriez la direction pour qu’elle prenne des mesures disciplinaires. En toute logique, si vous étiez le responsable de tels dossiers, vous vous assureriez que l’élève en question subisse des mesures correctionnelles.

Toutefois, à McGill, les choses ne fonctionnent pas ainsi. Marc Lépine, Valery Fabrikant et Kimveer Gill semblent n’avoir jamais existé. Peut-être sont-ils les méchants d’une quelconque bande dessinée. Dix-neuf morts, ce n’est pas assez. Non, des menaces de mort, ça ne compte pas. Ce n’est pas suffisant pour punir le responsable. On dit souvent que nous sommes condamnés à répéter les erreurs du passé. McGill semble se jeter dans l’erreur à bras ouverts.

Peut-être faudra-t-il répéter les noms de Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik-Widajewicz, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault, Annie Turcotte, Michael Hogben, Jaan Saber, Phoivos Ziogas, Matthew Douglas et Anastasia De Sousa pour rappeler à notre chère université qu’on ne rigole pas avec la vie de ses étudiants? Pour lui rappeler que si ces personnes sont mortes, c’est pour qu’on cesse de fermer les yeux et de croire que ça n’arrive qu’aux autres. Elles sont mortes pour que nous portions attention aux autres, pour prévoir quand l’irréparable pourrait être commis.

Pendant trois jours, un étudiant a tenu des propos violents, haineux et racistes en public. Avant qu’une personne de plus ne vienne s’ajouter à l’horrible bilan que les institutions scolaires montréalaises ont à porter sur leurs épaules, les personnes concernées devraient peut-être penser à aller faire un tour à la place du 6-décembre-1989 et se dire que ça ne devait plus jamais arriver.

Un moment de recueillement devant La nef pour quatorze reines recalibrera certainement leur boussole morale, parce qu’en ce moment, celle-ci ne les mène nulle part.

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St-Jean-de-Tremblay https://www.delitfrancais.com/2011/03/15/st-jean-de-tremblay/ Tue, 15 Mar 2011 16:12:40 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=7073 Le maire de Saguenay, Jean Trembay, est tout un numéro. Les amateurs d’Infoman auront pu gentiment se moquer de lui en voyant les chroniques plutôt surréalistes diffusées presque à chaque semaine à l’émission de Jean-René Dufort. Il n’a cessé de faire parler de lui. Il est le Jean Drapeau du nord, mais avec les bondieuseries en prime.

Le maire tient mordicus à la prière chrétienne (pour ne pas dire catholique) ainsi qu’aux signes religieux au sein du conseil municipal. Y voyez-vous une entorse au principe de séparation de l’Église et de l’État? Si c’est le cas, n’ajustez pas votre appareil. Vos questionnements sont légitimes.

Le débat a été relancé par une poursuite devant la Commission des droits de la personne adressée contre le Maire Tremblay par Alain Simoneau, un athée du Mouvement laïque québécois (MLQ). Le plaignant réclamait 100 000$ pour dommages et intérêts ainsi que pour couvrir les frais juridiques. Le recours en justice demandait aussi le retrait du crucifix ainsi que de la statue du Sacré-Cœur de la salle du conseil municipal. J’éprouve de sérieuses réticences quant à la manière employée pour se débarrasser de ces objets et pratiques. Je doute fortement qu’un homme puisse subir des dommages de la part d’un Dieu auquel il ne croit pas. Aussi, il n’est pas du mandat d’une Commission des droits de la personne de ménager les sentiments des croyants et des non-croyants. Il n’est pas non plus de son mandat de demander des compensations monétaires pour des pratiques qui devraient faire l’objet d’un débat public.

Or, maintenant que nous y sommes, je ne peux rester silencieux devant la situation. La religion et l’État sont deux choses séparées. Il s’agit pour moi d’une éthique d’État inébranlable, peu importe la situation qui prévaut au sein de la société. Je me serais opposé à la prière au sein d’une assemblée étatique en 1910, même lorsque notre province était un bastion de ferveur catholique. L’homogénéité religieuse, la ferveur et la tradition ne sont pas des arguments valables pour justifier l’intrusion de la foi dans nos institutions puisqu’il y aura toujours au moins un athée, un protestant, un juif ou quelqu’un de confession différente au sein d’une population. L’État a aussi le mandat de les représenter et de les défendre.

Je désire également approfondir l’aspect traditionnel de la prière. Certaines personnes qui me connaissent savent que j’appelle parfois l’Église catholique du Québec la «béquille identitaire» de la province. Lorsqu’une crise identitaire en lien avec notre passé de bons sujets du Pape pointe à l’horizon, nos curés et prêtres deviennent des gens commodes et utiles sur lesquels s’appuyer pour faire valoir notre identité! Après tout, le catholicisme, comme bien des confessions chrétiennes, est aisé à définir. Vous êtes baptisé et vous faites partie du groupe. Lorsque l’Autre se pointe à nous, il est si aisé de ressortir cet aspect pour définir le groupe du Nous. Maintenir la prière ainsi que les signes religieux au sein d’un organe de l’État ne fait que rappeler ce phénomène de béquille. Combien des plus de 81 000$ amassés (en date du 24 février 2011) par l’appel au don pour protéger les rituels religieux au sein du conseil municipal proviennent de sincères croyants qui pensent que Dieu veut que la vie des hommes soit régie par Sa loi sur la Terre comme au Ciel? Il y a fort à parier que bien de ces deniers proviennent de gens qui ne croient pas particulièrement à Dieu, qui ne vont qu’à la messe pour Noël, mais qui trouvent que Dieu est important parce que c’est la tradition. On ne gère pas un État ou une ville ainsi. Les Québécois ont rejeté l’Église catholique dans les années 1960. Qu’ils soient cohérents et qu’ils la laissent disparaître de nos institutions. Elle n’y a jamais eu de place légitime.

Comme il faut combattre le feu par le feu, je me permettrai de citer la Bible pour justifier le retrait du crucifix ainsi que l’abandon de la prière à Saguenay. Dans l’Évangile de Jean, alors que Ponce Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs, sa réponse est la suivante: «Ma royauté n’est pas de ce monde. […] Mais ma royauté, maintenant, n’est pas d’ici» (Jean 18 :36). Que Jean Tremblay accepte les enseignements de celui en qui il croit.

Il aura tout le loisir d’être gouverné par Jésus lorsqu’il rejoindra Son royaume.

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J’aime la Reine https://www.delitfrancais.com/2011/03/01/jaime-la-reine/ Tue, 01 Mar 2011 20:30:00 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=6661 Ce n’est un secret pour personne; je suis un grand fan de la Reine et de la monarchie britannique. Rien ne me fait plus rager que ces mouvements républicains au sein du Commonwealth. Rien ne me fait plus rager que le Réseau de Résistance du Québécois qui a le culot de venir déranger la visite du Prince Charles à Montréal. Si j’en avais eu le temps, je serais allé chanter Rule, Britannia! au visage des protestataires.

Mon affection démesurée pour notre chef d’État en étonne plus d’un. En effet, les Québécois «de souche» de mon âge souhaiteraient plutôt voir disparaître cette institution qui a traversé les siècles. Pourtant, c’est précisément pour cette raison que je souhaite le maintien de la monarchie. Elle transcende les âges. Le Royal Standard, le drapeau du monarque, n’est jamais en berne, même si ce dernier décède. Aussi, l’institution permet d’offrir une continuité même lorsque la société change. Elisabeth II règne depuis maintenant cinquante-neuf ans. Elle aura vu son pays se relever de la Seconde Guerre mondiale, connu la Dame de fer, traversé l’épreuve de la mort de Diana, assisté au mouvement du New Labour et aura nommé David Cameron comme premier ministre à la tête de la première coalition depuis le conflit mondial de 1939-1945. Aucun de ces grands moments de l’histoire britannique ne se sera traduit par une grande instabilité à la tête de l’État, mise à part peut-être la mort de Diana. Faites le fil des événements au cours de la même période aux États-Unis. Pour n’en nommer que quelques-uns, un président a reçu une balle dans la tête, un autre a été contraint de démissionner pour des histoires de fraude et d’espionnage et un dernier a failli subir une procédure d’impeachment pour des histoires de couchette.

D’ailleurs, un président élu est partisan. Rappelez vous décembre 2008, lorsque nous vivions une crise parlementaire qui a rendu la vie politique canadienne bien plus excitante pour une majorité de la population. Le gouverneur général de l’époque, Michaëlle Jean, fut contrainte à faire un choix. Stephen Harper avait-il le droit de proroger le Parlement pour éviter un vote de confiance qui aurait signifié la chute de son gouvernement? Si le Canada avait été une république, le président aurait dû trancher. Imaginez s’il avait été conservateur et avait donné au Premier ministre ce qu’il désirait. La décision aurait été décriée comme un choix partisan. Imaginez maintenant qu’il eût été libéral et qu’il n’eût pas exaucé le dit souhait. Nous aurions eu droit à la même psychose politique. John Howard, ancien premier ministre australien, demandait, alors que son pays se posait des questions sur l’avenir de son lien à la Couronne anglaise, s’il était possible d’avoir un chef d’État plus neutre que la Reine. Je crois que non. La Reine, ou le gouverneur général, n’ont d’autre choix que de s’en tenir à la Constitution ou aux traditions parlementaires. Leurs décisions seront objectives.

Le God Save the Queen, dans son dernier couplet, proclame fièrement: «May she defend our laws». La Reine est l’ultime protectrice de nos libertés. Elle est l’État et les droits qu’il nous garantit. Jamais une tyrannie ne pourra s’établir au sein de nos démocraties tant et aussi longtemps que notre monarque veillera à ce que ceux-là soient respectés. Le monarque peut aussi devenir le symbole de la résistance contre l’hostilité de certaines nations. Les Britanniques auront su serrer les rangs autour de George VI alors qu’ils mettaient tous leurs efforts en commun pour défaire l’Allemagne nazie. Les affiches de propagande britanniques portaient l’effigie de la Couronne ou l’indication God Save the King au cours des deux guerres mondiales pour rappeler aux Britanniques que la Couronne ne fléchirait pas devant ceux qui voulaient la voir disparaître.

Trêve de rationalité. Mon attachement pour la monarchie vient du cœur. J’aime le faste. J’aime le protocole. J’aime la cour. J’aime le symbole que représente la Couronne anglaise. C’est cette couronne qui aura répandu l’État de droit à travers le monde. C’est sur cette couronne que le soleil ne se couchait jamais. Elle est la représentation de la gloire d’un Empire qui aura donné naissance aux États-Unis et à notre pays, le Canada. C’est d’elle que sont nés nos institutions et notre Parlement. De voir nos soldats, en tenue de cérémonie, l’accueillir sur nos terres qui sont aussi les siennes fait toujours vibrer une corde sensible en moi. D’ailleurs, cet accueil est toujours pleinement justifié pour notre Chef d’État qui aime beaucoup le Canada.
C’est d’ailleurs pourquoi je chanterai toujours, pour citer notre hymne royal, with heart and voice: God Save the Queen!

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Ma langue, mon choix https://www.delitfrancais.com/2011/02/08/ma-langue-mon-choix/ Tue, 08 Feb 2011 18:58:11 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=6082 Je désire continuer sur la même lancée que la chronique de mon collègue Francis L. Racine datant du 1er février. Ces derniers jours, Pierre Curzi a décidé d’occuper un grand espace médiatique en déclarant vouloir mettre en application la loi 101 au niveau collégial. Cette proposition est d’une tristesse sans nom. Pourquoi? Parce qu’elle marque le fait que certains élus au Québec ne se rendent plus compte qu’ils sont en poste pour défendre les droits et libertés des Québécois et non pas pour les en dépouiller.

On croirait, dans la tête de Pierre Curzi, que le Québécois moyen est un enfant. Le gouvernement doit lui tenir la main pour qu’il traverse le grand boulevard de la vie sans se faire frapper par un véhicule (qui serait assurément conduit par un Anglais). Pourtant, on ne cesse de nous casser les oreilles avec la «fierté» québécoise, tout particulièrement lorsqu’on approche de la Saint-Jean-Baptiste. Être fier de son identité, ce n’est pas seulement agiter le fleurdelisé une fois par année et joindre tous les groupes possibles et imaginables qui manifestent pour la pérennité du français et pour l’indépendance du Québec sur Facebook.

Une identité, c’est être. Être, nous le faisons à tous les jours, individuellement. Je suis extrêmement fier de parler français. J’aime ma langue. Je l’écris avec soin, je la parle avec tout le respect que je lui dois et j’ai la ferme intention d’élever mes enfants dans cette langue. Il devrait en être de même  pour tous les francophones d’Amérique du Nord. Les lois linguistiques ne font que créer un faux sentiment de sécurité par lequel les citoyens ne font que décharger leur responsabilité culturelle sur les bureaucrates. Ce qui a fait, qui fait et qui fera la force d’une culture sera, pour toujours et à jamais, la volonté du groupe culturel. Jamais le gouvernement ne pourra être garant d’une telle charge et s’en occuper convenablement. Imaginez un monde où les francophones du Québec cessent de parler français du jour au lendemain. L’État pourra bien faire ce qu’il veut, jamais il ne réussira à imposer sa volonté sur des gens qui n’en veulent plus. Si la langue française est si importante pour les Québécois, alors pourquoi ne la parlent-ils pas eux-mêmes?

De toute manière, avons-nous vraiment besoin que le gouvernement vienne nous dire comment élever nos enfants? Pour ceux d’entre nous qui ont ou auront des enfants, avez-vous vraiment besoin qu’un fonctionnaire vous dise que votre enfant peut désormais faire ses propres choix en matière d’éducation parce qu’il a passé suffisamment d’années dans le système francophone au goût des législateurs nationalistes? Absolument pas. Vous êtes assez intelligents pour savoir que le niveau de français de votre enfant est suffisant et que vous désirez désormais qu’il aille à l’école anglaise. En outre, si l’enfant en question veut aller étudier en anglais, qui est Pierre Curzi pour lui dire que son choix est mauvais? Avons-nous si peu foi en nous-mêmes pour apprécier d’être gouvernés à ce point?

Pendant que nos «défenseurs» de la langue se demandent comment mieux s’introduire dans chacune de nos décisions personnelles (parce que c’est bien connu, un député sait mieux que vous ce qui est bien pour vous), 54% des Québécois peinent à lire des textes de faible complexité. Or, ça ne compte pas; ce qui importe, c’est de forcer les 5% de francophones qui font le choix, après une scolarité francophone, d’aller au Cégep anglophone. C’est aussi de forcer des adultes responsables à ne pas faire les choix qu’ils jugent les meilleurs pour eux. Pour Pierre Curzi, un peuple qui ne sait majoritairement pas lire n’a pas d’importance. Pour lui, l’État n’est qu’un outil pour faire de la projection de valeurs. Parlez-moi d’une base solide pour l’avenir du Québec.

Le député de Borduas devrait plutôt insuffler aux francophones le courage des Catalans, qui, suite  à la victoire de Philippe V lors de la Guerre de succession d’Espagne en 1714 et l’application des décrets de Nueva Planta en 1716, n’ont cessé de vivre opprimés sous la houlette de gouvernements qui leur étaient réellement hostiles. Pourtant, de nos jours, il y a près de neuf millions de catalans.

Montrez aux péquistes que vous n’avez pas besoin d’eux. Parlez en français, exigez d’être servis en français à Montréal et prenez soin de votre langue. Vos actions feront son avenir.

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Ils ont tué Socrate https://www.delitfrancais.com/2011/01/25/ils-ont-tue-socrate/ Tue, 25 Jan 2011 19:14:26 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=5608 Stephen Harper a déclaré cette semaine qu’il était, à titre personnel, pour le rétablissement de la peine capitale dans certains cas. Je m’étais opposé à ce châtiment dans un texte que j’avais publié le 22 mai 2010.

Pourtant abolie le 16 juillet 1976 au Canada, la peine de mort semble encore charmer bien des gens, selon ce que révèle un sondage paru le 23 janvier 2010 dans le quotidien Le Devoir. En effet, 62% des Canadiens se disent en faveur de la peine capitale pour certains cas de meurtre, et cette proportion augmente à 69% lorsqu’on ne tient compte que des Québécois.

Que l’État se réserve le monopole de la violence est un principe globalement accepté au sein de notre société, dans la mesure où tout le monde assume que ce dernier ne peut se permettre arbitrairement d’user de ce pouvoir. De cela ne résulterait que la dictature. Toutefois, si ce dernier a un tel droit, pourquoi ne peut-il pas mettre quelqu’un à mort si celui-ci a été déclaré coupable par un tribunal légitime après un procès juste et équitable?

D’abord, il y a la mort. La mort est la seule justice sur Terre et cette justice se perpétuera, peu importe le niveau d’évolution économique, sociale et intellectuelle d’un peuple. Nous mourrions avant d’avoir découvert le feu, nous mourons alors que la médecine ne cesse de progresser à un rythme époustouflant et nous mourrons lorsque nous aurons dépassé les frontières de notre planète bleue. Tout cela pour dire que l’humain n’a jamais inventé la mort. Il n’a fait et ne fera que la subir, la trouvant absurde après tant d’efforts pour vivre, mais ne pourra rien y faire. Elle est un cadeau de Dame Nature (ou de Dieu, selon ce que vous croyez) et est faite pour rester. Qui sommes-nous pour pouvoir l’imposer à un autre? En vertu de quoi pouvons-nous décider pour quelqu’un d’autre si son heure est venue? Cela serait d’autant plus inquiétant que ce serait l’État qui déciderait de cela. Cela me fait frémir de savoir qu’une entité imaginaire puisse décider de mon droit (ou non-droit) de vivre, alors que cette dernière est supposée me protéger contre les abus. De toute façon, l’État ne peut avoir la prétention de se substituer à la nature (ou à Dieu). Ce serait se prendre pour un objet de nature divine, ce qu’il est loin d’être.

Ensuite, il y a la liberté. Si l’humain n’a jamais inventé la mort, il a imaginé et théorisé la liberté. De Platon à Voltaire, en passant par Hobbes, les théories de la liberté se sont succédées et se sont vues mises en application par le biais des structures politiques et sociales créées par l’Homme. Ce concept n’est donc qu’une pure vue de l’esprit acceptée par la communauté. Cela est d’ailleurs merveilleusement exprimé dans le célèbre et terrifiant 1984. Si le mot liberté n’existait pas, comment pourrait-elle elle-même exister? C’est justement dans cette optique de liberté théorisée par l’Homme que nous pouvons nous permettre de punir des individus nuisibles à la société en les emprisonnant. Cette action est légitime, puisque tout ce qui est perdu est un concept et non pas un besoin fondamental pour l’existence, pour la vie.

Une société accepte, par son contrat social, la liberté qu’elle voudrait voir mise en application. Accepter toutefois d’aller plus loin en laissant la collectivité, soit la majorité, tuer un individu, est une forme de collectivisme parfaitement inacceptable, une immense négation de l’individualisme. Pouvons-nous tolérer ce rejet de cette pierre d’assise de la société occidentale? Absolument pas, puisque l’Histoire regorge d’exemples où la fin de l’individualisme comme priorité sociale a tranquillement mené à la dictature. Ce fut le cas de l’Italie fasciste, de la tristement célèbre Allemagne nazie et de l’immense boucherie soviétique. De plus, Lévi-Strauss mentionnait que le désir de prolonger la vie était un élément fondamental de l’Occident. Nous considérons l’espérance de vie comme une mesure de développement d’une nation, notre médecine est axée sur le prolongement de cette dernière et une des philosophies les plus marquantes du XXe siècle occidental, l’existentialisme, érigeait le repoussement de la mort comme l’un de ses principes fondamentaux. Comment pourrions-nous légitimer l’arrêt de la vie par un pouvoir reposant sur la confiance? Comment pouvons-nous nous nier nous-mêmes?

Il suffit aussi de lire L’Apologie de Socrate pour réaliser l’absurdité de cette peine. On a mis fin à la vie d’un homme juste à cause de l’incurie de la majorité, et Athènes l’a regretté. Nous avons mis un terme à ce potentiel d’abus au Canada il y a trente-quatre ans. Évitons que Socrate ne meure à nouveau.

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Au nom du Père? https://www.delitfrancais.com/2011/01/11/au-nom-du-pere/ Tue, 11 Jan 2011 18:42:47 +0000 http://delitfrancais.com/?p=5097 Quel meilleur moment que le retour des vacances de Noël pour vous parler de patrimoine religieux au Québec? Après avoir apprécié les derniers restants de notre héritage chrétien pendant deux semaines, je désire revenir sur un débat qui a eu lieu au courant du mois de juin, entourant la préservation d’églises et d’orgues, par le biais de la nationalisation.

Avec l’ex-député péquiste Daniel Turp en tête, quelques dizaines de personnes ont signé une lettre ouverte implorant le gouvernement québécois d’intervenir pour que cesse la vente des églises et des orgues pendant un an. Je dois avouer que c’est un sujet qui me touche. Je suis le premier à déplorer la dégradation de nos églises et le nombre de Québécois qui manquent de respect envers les traditions religieuses qu’ils ont jadis endossées.

Mes doléances s’arrêtent là. Qui suis-je pour imposer le dictat de mes valeurs à mon voisin? Absolument personne. C’est ce que Daniel Turp et ceux qui approuvent son initiative ne semblent pas avoir compris. Si les Québécois se sont massivement détournés de la foi catholique, ils doivent aussi en assumer les conséquences. Celles-ci sont nombreuses et elles doivent être acceptées, si les gens ne changent pas librement de comportement.

Il faut dire que le manifeste pour la sauvegarde du patrimoine religieux du Québec n’a rien d’étonnant. Un sondage publié le 3 avril 2010 dans La Presse nous apprenait que 61% des gens qui ne vont jamais à l’église au Québec croient malgré tout que Jésus est le fils de Dieu, ce qui est l’une des pierres angulaires du dogme catholique. Autrement dit, pour reprendre les mots de l’analyse du quotidien montréalais, nous sommes les «champions du catholicisme non-pratiquant».  Où est le lien avec le manifeste? Je dirais qu’il se trouve dans l’hypocrisie.

Il semblerait que nous tenions à notre religion. Malgré la désaffection de masse, nous ne voulons pas nous en détacher. Que faire quand on ne veut pas assumer la responsabilité de nos actions et de nos désirs? On se tourne vers le gouvernement et on demande qu’il le fasse à notre place. C’est exactement ce que fait Daniel Turp. Son manifeste, s’il avait été réellement axé sur la protection du patrimoine religieux, aurait fait la promotion de l’importance d’avoir la foi. Ici, il ne fait que récupérer la lamentation de gauche implorant le gouvernement de tout faire pour l’«intérêt supérieur des Québécois».

Deux solutions s’offrent réellement à nous. La première serait d’instaurer un impôt religieux volontaire que les Québécois paieraient en indiquant la religion dont ils sont membres. Ainsi, un Catholique se déclarerait tel et paierait une certaine somme qui irait à sa paroisse. Cet impôt lui donnerait accès aux services religieux tels le baptême, le mariage et les funérailles. S’il ne voulait pas payer, mais qu’il voulait tout de même avoir accès à certains services, il devrait débourser la somme requise par l’église. Agir ainsi permettrait à tous de supporter le patrimoine religieux sans devoir aller à la messe et sans être contraints par le gouvernement de débourser, par le biais des impôts obligatoires, pour des églises qui ne leur importent pas où dont ils ne veulent pas assumer le fardeau individuellement. Un tel système existe en Suisse.

La seconde solution serait que les gens retournent à l’église et vivent leur foi sans avoir à passer par le gouvernement pour collecter la dîme et la redistribuer. Si le patrimoine religieux est si important aux yeux des Québécois, qu’ils le prouvent en allant écouter ce que leur curé a à dire.  Sinon, ce désir de préserver le côté agréable de la foi, soit la valeur esthétique des églises, ne tient aucunement compte du but de la construction de telles infrastructures. Elles n’ont pas été construites uniquement pour être belles et pour servir de reposoir à une identité nationale boiteuse. Elles sont là pour célébrer Dieu.

Si plus personne ne veut le faire, laissons le marché s’occuper d’elles. Si des entrepreneurs veulent y construire des condos et que des gens veulent y habiter, nous ne pouvons rien y faire. Nous ne pouvons refuser à des personnes le droit de vivre dans certains édifices parce que jadis, ils étaient importants. À tous ceux pour qui le patrimoine religieux est important, quand êtes-vous allés à la messe pour la dernière fois? Si votre réponse est jamais, allez donc y faire un tour et faites votre part. Sinon, taisez-vous à jamais.

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Gallowayland https://www.delitfrancais.com/2010/11/29/gallowayland/ Mon, 29 Nov 2010 20:33:50 +0000 http://delitfrancais.com/?p=4888 Le 17 novembre, George Galloway venait nous entretenir à l’UQÀM de la liberté d’expression et de libération pour l’Afghanistan et la Palestine. Je ne pouvais pas manquer l’occasion.
À peine assise, j’ai eu un avant-goût de ce qui m’attendait. L’homme à ma gauche disait à un ami qu’Agnès Gruda de La Presse était au service du «lobby juif». À ma droite se trouvait un couple de femmes. Quelle délicate ironie de voir ce couple venir faire la cour à des islamistes qui voudraient assurément les voir disparaître.
L’événement a commencé avec une demi-heure de retard. Le maître de cérémonie, Stéphan Corriveau du Bateau Canadien pour Gaza, nous a servi un splendide discours. Il a vertement critiqué la droite qui défend les libertés individuelles en déclarant que la seule liberté qu’elle défendait est celle de faire la guerre. Un peu de recherche lui aurait permis de connaître des instituts tels le Cato Institute, un organisme libertarien américain, qui fait notamment la promotion du retrait des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan. Parmi tous les orateurs, c’est une belle jeune femme qui m’a le plus étonné; Marie Auer-Labonté d’Alternatives, venue parler, keffieh au cou et en jupe, devant une foule de femmes dûment voilées. Qui sait si elle aura toujours le droit d’être si légèrement vêtue dans quarante ans?
Une heure plus tard, George Galloway a pris la parole. Il a eu droit à une ovation. Puis, il a commencé à débiter ses niaiseries. Il a commencé par se présenter comme un champion de la liberté d’expression à cause de son «combat» pour entrer au Canada. Ce combat n’a en fait jamais eu lieu étant donné qu’il n’a jamais été interdit d’accès au Canada. Ne reculant devant rien, et ce après avoir dit qu’il était en faveur de la liberté d’expression, il a exprimé son souhait que les lois contre la diffamation soient utilisées contre le ministre Kenney qui l’aurait prétendument refoulé aux frontières! Ce n’est pas tout. Il a ajouté qu’il était contre la liberté d’expression sans limite!
Il a notamment témoigné son appui aux lois contre la diffamation des religions (lire l’islam). En tentant de se défendre des accusations d’antisémitisme, il a avoué son affection profonde pour les «titanesques génies» Marx et Trotsky (ce dernier disait que «toute opposition signifie mort par inanition»). Autrement dit, vous pouvez dire tout ce que vous voulez, dans la mesure où lui et sa bande d’autoritaristes sont d’accord.
Il a poursuivi en parlant de l’Afghanistan. Selon lui, l’OTAN est la puissance colonisatrice. Il faut dire qu’il ne fallait pas s’attendre à mieux de quelqu’un qui disait que les Talibans ne sont pas ses ennemis! Par contre, il s’est empressé de dire qu’il était entièrement derrière les droits des gays et des femmes. L’odeur d’hypocrisie commençait sérieusement à me brûler les narines.
Finalement, il est arrivé au point le plus important de son discours; la Palestine. Il a prétendu que le Hamas avait été démocratiquement élu et que la communauté internationale se devait de respecter le choix des Palestiniens. Il a totalement négligé le fait que ce «parti» a mené un violent putsch contre le Fatah en 2007. Il a aussi eu le culot de dire que le terrorisme était causé par l’État hébreu et l’Occident. L’islam radical, dans son imaginaire, n’y est pour rien. Pourtant, une petite lecture de la charte du Hamas lui aurait permis de découvrir que ce parti, bras palestinien des Frères Musulmans, est profondément ancré dans la haine des Juifs.
Cet homme vit dans un déni total de la réalité. Pour lui, Ahmadinejad ne veut pas détruire Israël. Lorsque je lui ai demandé, sous les huées, d’expliquer pourquoi il assistait à des événements organisés par des organismes affiliés aux Frères Musulmans, une organisation pro-charia (donc anti-gay et misogyne), il a simplement esquivé la question en prétendant qu’il n’y avait aucun membre des Frères Musulmans dans la salle.
Vous doutez encore de la folie des gens présents? Les organisateurs ont réussi à récolter des milliers de dollars pour le Bateau Canadien pour Gaza. Ce bateau se veut être une deuxième flottille de la «paix». Cette flottille avait été organisée par l’IHH, un groupe turc associé au Hamas et parrainé par les Frères Musulmans.
J’oubliais, Amir Khadir a fait une apparition. Imaginez si un député conservateur était présent à un événement où on faisait l’apologie de Mussolini. Il devrait démissionner.
Je suis sorti de cet événement, en entendant encore le maître de cérémonie crier «Palestine libre!» plus amoureux de ma liberté et de la démocratie que jamais.
Vous savez pourquoi? Parce que George Galloway a perdu son siège.

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Les gens normaux https://www.delitfrancais.com/2010/11/17/les-gens-normaux/ Thu, 18 Nov 2010 03:33:58 +0000 http://delitfrancais.com/?p=4489 Combien de politiciens se targuent de parler au nom des «gens normaux»? Nous entendons souvent ce titre octroyé au peuple. Combien se vantent de se soucier du «vrai monde» et de les défendre contre les «élites», ces méchants gens qui veulent leur dire quoi faire et quoi penser?

Un peu trop quant à moi. Les élections de mi-mandat aux États-Unis nous ont donné notre lot de populisme et la politique canadienne semble suivre la même tangente. Il suffit d’écouter les discours de certains députés à la Chambre des Communes. Par exemple, certains ont déjà cru bon d’esquiver des questions cruciales, notamment sur la torture, sous prétexte que les Canadiens «normaux» ne s’en soucient pas. Édifiant.

En fait, les gens ordinaires semblent seulement exister dans la tête de ceux qui veulent bien qu’ils existent. Ils sont un mythe créé dans l’esprit de gens avides de votes, qui, à défaut d’avoir des preuves crédibles pour appuyer leurs opinions, utilisent cet argument simpliste et facile pour avoir de bonnes lignes dans les journaux du coin. Il se drape ainsi dans la vertu du citoyen ordinaire, aussi factice soit-elle, et ils s’en félicitent.

Pourtant, de tels discours ne font aucunement l’éloge du peuple. Ils ne font que l’éloge de la médiocrité. La plupart du temps, leurs cibles sont les gens diplômés, ceux qui ont le malheur d’avoir fait des études supérieures à Harvard, et qui émettent une opinion contraires à ce que veut le «vrai» peuple. Désormais, ils ne sont que des élitistes qui pensent tout savoir mieux que tout le monde, alors qu’ils ne font que dire ce qu’ils croient être mieux pour tous. Pourtant, ils sont des éléments du débat démocratique. Ils font partie du peuple.

Il faut énormément de prétention pour se faire le porte-parole du peuple. C’est à se demander qui est réellement l’élitiste. Celui qui a une expertise dans un certain milieu et qui partage son avis dans ce domaine ou quelqu’un qui prétend être l’agrégation des idées de la masse? D’ailleurs, ils vont, plus souvent qu’autrement, faire la promotion des préjugés largement répandus dans l’opinion publique. En effet, il est tellement plus aisé de surfer sur la vague plutôt que de la confronter. Qu’une idée soit répandue massivement ne veut pas dire qu’elle est bonne. Une opinion minoritaire n’est pas méprisante du peuple. Elle est uniquement différente. Avoir le courage de s’exprimer lorsque nous allons au contraire du consensus est une preuve que nous ne prenons pas les gens pour des imbéciles. Nous les considérons capables de faire un examen critique de leurs opinions face à de nouveaux arguments. Donc, au contraire de ce que les populistes représentant le «vrai monde» disent, ce sont parfois les «élites» qui sont les plus respectueuses de monsieur et madame tout-le-monde. Ne pas prendre les gens pour des cons est une marque de respect.

Souvent, les attaques des porte-voix du vrai peuple vont aussi être dirigées vers ceux qui font la promotion de la culture générale. Lire Hugo et écouter Mozart serait le hobby d’une gauche caviar complètement déconnectée du monde réel. Encore une fois, ils se montrent plus irrespectueux que n’importe quel «élitiste» envers ceux dont ils croient porter l’opinion. Un petit tour dans la bibliothèque personnelle d’un citoyen ordinaire leur ferait découvrir que ce qu’ils disent n’est qu’un tissu de mensonge et de préjugés. Non seulement découvriraient-ils que le peuple sait lire, mais qu’il aime lire. Ils découvriraient aussi que non seulement les gens écoutent de la musique, mais qu’ils l’apprécient. Être cultivé ne signifie pas se déconnecter des réalités du monde. C’est uniquement apprécié ce que l’Humanité a de mieux à offrir.

Parler au nom du vrai peuple, ce n’est pas le glorifier. C’est le considérer comme trop stupide pour se cultiver et réfléchir. C’est installer une culture de la médiocrité, une valorisation de l’imbécillité et un dédain de l’éducation uniquement pour satisfaire son désir de pouvoir. Ceux qui prétendent parler en son nom ne font que le rabaisser, le traiter en ignare et dire que l’ignorance est quelque chose de bien. On nage ici en plein monde orwellien où l’ignorance, c’est la force. Une telle culture est malheureusement en train de s’installer et laisse présager un triste avenir. Comment espérer que nos enfants veuillent aller à l’université si tout ce qui porte un diplôme est pointé avec un doigt accusateur?

Alors, la citation de Churchill, à l’effet que le meilleur moyen d’être découragé de la démocratie est d’avoir une discussion de 5 minutes avec un électeur, prendra tout son sens.

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Se souvenir https://www.delitfrancais.com/2010/11/03/se-souvenir/ Wed, 03 Nov 2010 05:28:50 +0000 http://delitfrancais.com/?p=4018 ATTENTION, CHRONIQUE DE DROITE

Le mois de novembre débute. L’hiver s’installera bientôt, la session tirera à sa fin dans peu de temps et nous aurons bientôt tous la tête à l’esprit de Noël. Toutefois, lorsque vous dégriserez de vos fêtes d’Halloween, vous devrez vous rappeler que des gens sont morts pour que vous puissiez fêter ainsi sans vous inquiéter. Les onze premiers jours de novembre sont là pour eux.

Peu importe vos opinions politiques, peu importe ce que vous pensez de la guerre et peu importe ce que vous pensez de la société dans laquelle nous vivons, vous devez au moins témoigner votre gratitude envers ceux qui ont choisi de donner leur vie pour l’Humanité, pour les enfants de cette dernière, pour vous et pour moi.

Nous tenons souvent nos libertés pour acquises. Or, il y a soixante-dix ans, nous étions loin de la coupe aux lèvres. L’Europe était sous la botte nazie et le Japon étendait sa sphère de coprospérité. L’Amérique allait bientôt être frappée et le Vieux Continent semblait perdu.

Or, des hommes et des femmes ont refusé que le monde sombre dans l’obscurité. Ils ont eu le courage et l’abnégation de considérer que leur seule et unique vie valait bien d’être sacrifiée pour la liberté. Ce sont des millions d’êtres humains qui ont caché des Juifs, abrité des résistants et pris les armes pour combattre. L’Italie, la Hollande, l’Afrique du Nord, l’Angleterre, la France et l’Allemagne furent la scène de l’horreur. Ils furent le tombeau de jeunes hommes plein de vie. Or, leur sacrifice ne fut pas en vain. Nous vivons encore dans un État de droit, l’Europe est libérée de la dictature et le Japon est une démocratie.

Ne pas leur témoigner de respect tient de l’ingratitude la plus dégoûtante. Se souvenir d’eux, c’est les remercier d’avoir considéré que leur vie valait bien ce qui restait d’Humanité dans le monde de l’époque. Il ne s’agit pas d’une prise de position belliciste. Au contraire, c’est s’opposer de manière claire et nette aux barbarismes les plus répugnants.

Du 1er au 11 novembre, affichez-vous. Portez un coquelicot et remerciez les vétérans que vous croiserez dans les commerces et dans les rues. Ils ont vu leurs amis périr. Rappelez-leur qu’ils ont fait le bon choix. Le devoir du souvenir se doit d’être transmis à notre génération, nous qui n’avons pas vécu les sacrifices et qui connaissons bien peu d’anciens combattants.

Aussi, dites-vous qu’en ce moment, dans le désert afghan, nos soldats se battent encore pour la même cause qui a animé des millions de personnes au cours du XXe siècle. Là-bas, la barbarie n’a pas encore cédé. Là-bas, ils ne sont pas libres d’aller à l’université. Là-bas, plus de 150 de nos combattants sont tombés.

À vous jeunes désabusés. À vous de porter l’oriflamme. Et de garder au fond de l’âme. Le goût de vivre en liberté.
 Acceptez le défi, sinon. Les coquelicots se faneront. Au champ d’honneur.

-John McCrae-

Ne les oublions jamais.

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