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	<title>Dalia Djazouli - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 24 Mar 2026 21:03:24 +0000</lastBuildDate>
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	<item>
		<title>Le retard et les bienfaits du temps long</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/le-retard-et-les-bienfaits-du-temps-long/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[accélération]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
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		<category><![CDATA[Utilitarisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Imposer sa propre subjectivité temporelle.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/le-retard-et-les-bienfaits-du-temps-long/" data-wpel-link="internal">Le retard et les bienfaits du temps long</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le retard est rarement reçu positivement : c’est un état des choses non désirable, une anomalie. Dans le langage courant, il renvoie à une situation négative à laquelle il faut absolument remédier, à un écart par rapport à la norme, ou par rapport à un idéal de développement à atteindre. Au <em>Délit</em>, il est préférable de ne pas rendre son article un dimanche soir – autrement dit, en retard –, au risque de s’attirer les foudres de notre rédactrice en chef : un décret qui me place dans l’embarras, en tant que retardataire pas tout à fait réformée, et dont la notion du temps est complètement détraquée. Sans chercher à faire l’apologie d’un comportement qui confine à l’irrespect de l’autre, j’ose émettre l’idée que nous voyons peut-être trop souvent le retard d’un mauvais œil.</p>



<p>L’imposition de la ponctualité comme norme suprême ne se cantonne pas à notre journal étudiant : elle est propre à nos sociétés industrialisées, dont la conception du temps est particulièrement rigoureuse et utilitariste. La temporalité est perçue comme un objet tangible, que l’on peut et doit rentabiliser autant que possible. Les journées sont compartimentées, et chaque heure doit être mise à profit.</p>



<p>Pour l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, l’extrême fragmentation du temps s’est accentuée en même temps que l’accélération technologique, laquelle caractérise la révolution industrielle du 20e siècle. L’accumulation de ces innovations a permis l’accroissement de notre efficacité et la rationalisation du travail – ou taylorisme. Mais cette conception s’est aussi étendue à notre rapport au temps : la logique capitaliste de fragmentation des tâches s’est appliquée au domaine temporel, et a remplacé les rythmes organiques. On se trouve désormais entraîné dans une course folle, où tout est urgent, les 24 heures d’une journée étant devenues un véritable compte à rebours.</p>



<p>Cet impératif absolu de performance est pourtant contre-productif. À vouloir à tout prix accroître la productivité au travail, on en oublie le bien-être des travailleurs. Ces exigences réduisent la qualité du bien produit, et nous aliènent par la même occasion. Il dévore l’oisiveté, pourtant indispensable au temps long du vivant.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1338" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2000x1338.jpeg" alt class="wp-image-60602" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2000x1338.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-650x435.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-150x100.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-768x514.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-1536x1028.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2048x1370.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/felix-fournier/?media=1" data-wpel-link="internal">Félix Fournier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>C’est une logique qui nous interdit les temps morts, l’ennui, le vide. On ne se laisse plus aller à divaguer dans les transports et dans les files d’attente ; on ne se laisse plus habiter par le temps… Les idées meurent dans l’œuf, et nos réflexions sont étouffées par les distractions numériques.</p>



<p>Pour Hélène L’Heuillet, le retard devient une micro-victoire au milieu de journées éreintantes et hautement compartimentées. Tous les retards ne sont pas pour autant bons à prendre, notamment celui qui permet d’exercer une forme de contrôle, et de faire attendre celui soumis au temps de l’autre. Aux yeux de la philosophe et psychanalyste, le retard doit être accidentel. Dans notre contexte de malaise temporel, il nous offre un moyen de nous échapper des normes de rendement et de l’aliénation qui en découle. Le retard nous offre une marge de liberté.</p>
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		<title>Extrême minceur, ou contrôle des corps</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/extreme-minceur-ou-controle-des-corps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[excès]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[maigreur]]></category>
		<category><![CDATA[résistance]]></category>
		<category><![CDATA[standards]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un inquiétant regain de popularité.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’atteinte d’une maigreur excessive et malsaine comme idéal de beauté semble être revenue hanter la sphère publique et médiatique. Les corps maladifs sous-pondérés sont à nouveau esthétisés et massivement célébrés. Et nous qui pensions en être enfin sorties. Le mouvement de la positivité corporelle qui avait battu son plein dans les années 2010, avait marqué un tournant favorable dans l’émancipation des corps, en particulier féminins. Certes, le bilan de cette période reste quelque peu à nuancer, les corps fins, valides et sculptés demeurant la norme, mais, dans l’ensemble, on observait une inclusivité accrue des différentes corpulences au sein de l’espace public, et moins d’injonctions à rentrer dans une taille S.</p>



<p>Cette fenêtre d’égalité dans le traitement des corps semble s’être désormais refermée. La minceur est redevenue la norme toute-puissante. Les <a href="https://www.cbc.ca/news/world/celebrity-weight-loss-ozempic-9.6975758" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">influenceurs</a> qui avaient construit leur audience autour de l’acceptation de leur corps fondent à vue d’œil. Les célébrités à l’apparence squelettique et aux visages émaciés affluent sur les tapis rouges. Et les médias sociaux en rajoutent, <a href="https://www.dw.com/en/bye-bye-body-positivity-hello-heroin-chic/a-70026120" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">suggérant</a> incessamment la désirabilité des corps les plus fins. Cet éloge s’observe à travers différentes tendances absolument dangereuses qui normalisent la dépendance aux produits médicamenteux, notamment l’Ozempic, pour n’en nommer qu’un seul. </p>



<p>On dissimule l’obsession de la finesse derrière des termes de soin et de développement personnel, et s’opère une instrumentalisation du langage médical comme moyen de culpabilisation. La graisse est vilipendée, synonyme de mauvaise santé et de laisser-aller. C’est un acharnement rhétorique et bien-pensant qu’on retrouve moins autour de la consommation d’alcool, par exemple, mais mobilisé à l’excès lorsqu’il s’agit d’exercer une forme de contrôle sur les corps féminins. Les médecins sont souvent en première ligne pour véhiculer ces <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4381543/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">biais grossophobes</a> et établir des diagnostics erronés auprès de leurs patients en surpoids. En associant systématiquement des symptômes sérieux à leur corpulence, les causes profondes demeurent non traitées, tandis que le régime devient la solution toute trouvée. Les personnes minces sont rarement pathologisées, même lorsqu’elles présentent des habitudes de vie et de santé similaires à une personne en surpoids.</p>



<p><strong>Une contrainte genrée </strong></p>



<p>Les femmes sont les premières victimes de cette tendance particulièrement nocive : les troubles du comportement alimentaire affectent <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-619-m/2012004/sections/sectiond-fra.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dix fois</a> plus les femmes que les hommes. <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-619-m/2012004/sections/sectiond-fra.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">90%</a> des cas d’anorexie mentale se manifestent chez les femmes. Les effets psychologiques d’un individu en déficit calorique ne sont pas négligeables : irritabilité, difficulté de concentration, dépression, isolement social. </p>



<p>J’ai employé le mot « tendance » quelques lignes plus tôt, mais il est évident que les attentes et pressions sociétales exercées sur les corps féminins ne datent pas d’hier. La valeur des femmes et leur accès au bonheur a depuis longtemps été conditionnel à leur apparence et à leur capacité à supporter la faim.</p>



<p><strong>L’histoire sans fin </strong></p>



<p>Une autre dimension bien pernicieuse de ce standard : c’est un idéal inatteignable. Un idéal qui exclut toute approche équilibrée. Impossible de peser moins que son poids naturel sans, au passage, dégrader sa santé. Qui dit inatteignable dit recherche constante, qui n’aboutira jamais à un résultat fini et définitif. On doit s’employer continuellement à atteindre la taille parfaite, et il n’est pas question de se relâcher, au risque de rapidement regagner le poids si difficilement perdu. </p>



<p>Cette quête interminable est périodiquement récompensée par des compliments et encouragements qui motivent sa poursuite. L’approbation sociale justifie toutes les souffrances, toutes les privations. </p>



<p>La faim devient obsédante, et le champ d’intérêt des affamées ne dépasse plus celui de l’assiette. Comme une sonnette, constante, qui réclame que cette sensation négative soit apaisée et disparaisse. Elle monopolise l’esprit, matin, midi et soir, jour après jour, semaine après semaine. La faim devient paralysante. </p>



<p>Pour Naomi Wolf, essayiste et militante féministe, cette culture du régime est une stratégie retorse élaborée par les sociétés industrialisées, et e, afin d’imposer des normes punitives à un segment de la population enfin libéré par la deuxième vague du féminisme. Cette propagande bien huilée, qui idolâtre la minceur et devient une injonction avant tout féminine, revêt un enjeu politique. Elle veut qu’on soit petite, apathique, faible. Tout le contraire de ce qu’avance le mouvement féministe, lequel prône solidarité et vigueur. </p>



<p>La faim était révélatrice du statut social: le mieux nourri est le plus valorisé par sa société. Ainsi, dans la France médiévale, les femmes recevaient deux tiers des céréales allouées aux hommes. Mais, dans un contexte de surabondance alimentaire qui caractérise nos sociétés industrielles, la logique voudrait que nos assiettes soient remplies à parts égales. La culture du régime devient un outil efficace pour imposer la faim aux femmes et la normaliser. Elle devient un sédatif politique puissant afin de les neutraliser et freiner leur émancipation.</p>



<p><strong>Paradoxe d’une injonction libératrice </strong></p>



<p>Une femme amaigrie est une femme qui a su se discipliner, dominer ce sentiment tenaillant de faim pour atteindre une visée suprême et superbe. </p>



<p>Celles dévouées à cet objectif s’entourent de rituels, croyances et symboles, avec la promesse d’un salut que représente la perte de poids. Selon <a href="https://journals.openedition.org/aof/571" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Michelle Lelwica</a>, professeure de religion à l’Université de Concordia, ces femmes ont fini par prendre la forme d’un culte. </p>



<p>La faim, ou plutôt sa maîtrise procure un sentiment de contrôle, voire d’émancipation. On est responsable de son propre corps, on a le pouvoir de le sculpter, de le soumettre à toutes les carences. C’est à nous que revient la décision du lieu, du temps de prise de repas : dans ce contexte, « <em>une femme fait preuve d’une forme d’autonomie qui, historiquement, a toujours été l’apanage des hommes </em>(<em>tdlr</em>) ».</p>



<p>Ne vous méprenez pas, ce régime alimentaire est subi, non choisi. La grossophobie est une construction sociale néfaste qui ne profite aucunement aux femmes. Celles-ci ont d’ailleurs besoin d’une quantité plus importante de gras dans leur corps – <a href="https://us.humankinetics.com/blogs/excerpt/learn-why-women-carry-more-fat-than-men?srsltid=AfmBOoouPl0dOFkVgNj1HTH7zwFWVbJURQbPLDzmnwjrWFa3sV_be3EF" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">18 à 20 %</a> du poids corporel, contre <a href="https://us.humankinetics.com/blogs/excerpt/learn-why-women-carry-more-fat-than-men?srsltid=AfmBOoouPl0dOFkVgNj1HTH7zwFWVbJURQbPLDzmnwjrWFa3sV_be3EF" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">10 à 15%</a> pour les hommes – et son élimination complète peut entraîner de sérieux dérèglements hormonaux. </p>



<p>Aimer son corps et rejeter les standards de beauté constituent un acte militant et féministe. Un acte de résistance à l’encontre des normes tyranniques du patriarcat. La nourriture, c’est notre carburant, notre source de force et d’énergie. Alors, mangez, et mangez bien, d’abord pour affronter le rude hiver montréalais, mais aussi pour vous réapproprier votre corps.</p>
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		<item>
		<title>McGill contre les syndicats</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mcgill-contre-les-syndicats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Union]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Plus d’un million de dollars auraient été déployés dans cette lutte antisyndicale.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mcgill-contre-les-syndicats/" data-wpel-link="internal">McGill contre les syndicats</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ce n’est qu’au sortir de la pandémie que la <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2022-11-08/universite-mcgill/un-premier-syndicat-de-professeurs-voit-le-jour.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">première union</a> syndicale de professeurs à McGill voit le jour : L’Association des professeurs de droit de McGill (AMPD). Formée en 2021, elle résulte de la mobilisation du corps professoral de droit. Parmi ses nombreux griefs figure le constat d’un modèle de gouvernance de plus en plus centralisé, qui prend peu, voire pas du tout, en compte les professeurs et employés dans son processus décisionnel. L’institution avait notamment stipulé, sans consultation, le retour à l’enseignement en présentiel à McGill lors du déconfinement. L’année de sa formation, l’union a déposé une demande d’accréditation au Tribunal administratif du travail, qu’elle a <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2108766/mcgill-suspension-greve-professeur-droit" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">obtenu </a>en 2022. </p>



<p><strong>Un processus de privatisation </strong></p>



<p>La syndicalisation des professeurs mcgillois est donc toute récente. Cette mobilisation tardive détonne face à la tradition de forte syndicalisation au sein des autres universités québécoises. Afin de bien comprendre les enjeux de syndicalisation à l’université, Le Délit a interrogé Barry Eidlin, professeur agrégé au Département de sociologie de l’Université McGill, et deuxième vice-président de l’Association mcgilloise des professeurs de la Faculté des arts (AMPFA). Ce dernier attribue cette récente union à une idée d’exception mcgilloise: « Au sein de la génération précédente, on s’accrochait à l’idée d’une gouvernance collégiale ou partagée, à l’idée que c’était des professeurs qui endossaient le rôle de doyen ou de chancelier », et ce, afin d’assurer le temps de quelques années la gestion de l’Université. «C’était comme une circulation », décrit-il. Une fois leur mandat terminé, les doyens ou chanceliers cédaient leur poste et « réintégraient le corps professoral », ce qui permettait de conserver l’essence d’une gouvernance collégiale. </p>



<p>Enfin, « historiquement, c’était le cas », affirme-t-il. Cette exception s’est progressivement érodée au cours des dernières décennies : « Ce qu’on a vu, c’est un processus de corporatisme. On a désormais une couche de gestionnaires qui ne sont plus vraiment des professeurs. Lorsque leur mandat est terminé, ils cherchent une position similaire dans d’autres universités, plutôt que de réintégrer le corps professoral dont ils étaient issus. » Eidlin s’appuie sur l’exemple du Dr. Deep Saini. Vice-chancelier de l’Université McGill depuis 2023, il occupait auparavant le poste de président de l’Université Dalhousie. « Les membres de l’exécutif se sont établis comme une couche séparée, composée de cadres et de la haute direction, et sont plutôt au service du gouverneur, et non plus des travailleurs et étudiants. » </p>



<p><strong>Des syndicats sous pression </strong></p>



<p>Ce corporatisme de McGill se traduit pour beaucoup par une lutte contre la syndicalisation. Même une fois leur accréditation obtenue en 2022, les membres de l’AMPD ont continué d’être entravés dans leur mobilisation, notamment parce que l’administration a longtemps <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">contesté</a> l’existence de cette nouvelle entité. Déplorant un manque de bonne foi de la part de l’administration à la table des négociations, le syndicat a déclenché une <a href="https://www.caut.ca/fr/nouvelles/les-professeur-e-s-de-droit-de-mcgill-votent-en-faveur-dune-greve-illimitee/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">grève illimitée</a> en avril 2024. </p>



<p>Toujours en 2024, le Tribunal administratif du travail a <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2101507/tribunal-administratif-travail-tat-mcgill-professeurs-droit-greve" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sommé </a>McGill de cesser toute entrave à la syndicalisation de ses professeurs. Cette décision fait suite à deux courriels de l’administration envoyés aux professeurs de droit, et ce, à quelques jours de la grève. Dans ces courriels il était affirmé que le syndicat diffusait des informations factuellement incorrectes et omettait certains éléments. Le Tribunal a fait état d’une ingérence de la part de l’université, laquelle a tenté de miner la crédibilité de l’AMPD. </p>



<p>Jonathan Nehme, président de l’Association des employés de soutien de l’Université McGill (AMUSE), affirme que « <em>dans le cadre du petit rôle que nous jouons au sein du syndicat, McGill était réputée pour son hostilité, tant envers ceux qui tentaient de se syndiquer que ceux qui l’étaient déjà</em> (tdlr) ». Concernant les règlements des conflits syndicaux, McGill « <em>embauche pas mal de consultants externes qui font montre d’une attitude assez agressive</em> ». </p>



<p><strong>Des dépenses déraisonnables? </strong></p>



<p>Un article d’investigation publié par <em>The Rover </em>au début du mois de février révèle des <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sommes vertigineuses</a> déboursées par l’administration, décidée à dresser des obstacles procéduraux face à ce processus de syndicalisation. </p>



<p>D’après des sources internes obtenues par le journal indépendant, McGill aurait dépensé au cours de ces cinq dernières années un peu plus d’un million de dollars en services juridiques extérieurs, bien qu’elle dispose a priori d’un service juridique interne. La somme avancée par <em>The Rover</em> n’est pas surprenante aux yeux de Jonathan Nehme : « <em>Ayant eu affaire à McGill et à ses avocats à maintes reprises, ça me semble logique qu’ils aient dépensé tant d’argent. Ils ne cessent de faire appel à des avocats, et de dresser des obstacles aux discussions. […] Cela s’inscrit aussi dans une logique de corporatisme de l’Université, qui est de moins en moins traitée comme un établissement d’enseignement public.</em> » </p>



<p>Le cabinet auquel McGill <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait eu recours </a>depuis cinq ans est celui de Borden Ladner Gervais, spécialisé en droit du travail et en négociations syndicales. Ses avocats sont notamment connus pour avoir représenté la multinationale américaine Walmart en 2005, menant au congédiement de 190 travailleurs après un vote favorable à la création d’un syndicat. Ces licenciements massifs ont été par la suite révoqués, ayant été jugés comme constituant une violation du Code du travail du Québec. </p>



<p><strong>Un écart qui se creuse entre gestionnaires et employés </strong></p>



<p>Cette somme d’un million de dollars <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait été puisée</a> à même les fonds publics de l’Université. Une dépense qui semble particulièrement incongrue, surtout dans un contexte de restrictions budgétaires accrues. </p>



<p>Accusant un déficit de <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2025-02-10/l-universite-mcgill-annonce-des-coupes-en-reponse-aux-nouvelles-politiques-du-quebec.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 millions de dollars</a> à l’année 2025, l’institution avait été contrainte d’opérer des compressions importantes au niveau du personnel, dont la dotation représentait <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2025-02-10/l-universite-mcgill-annonce-des-coupes-en-reponse-aux-nouvelles-politiques-du-quebec.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">80 %</a> des dépenses de McGill. Cette mesure incluait des licenciements et des gels d’embauche. Mais ces coûts que l’Université ne peut plus assumer sont redirigés vers le corps professoral, dont la charge de travail se voit particulièrement alourdie.</p>



<p> Dans ce même laps de temps, la classe gestionnaire a vu son salaire augmenter dramatiquement au cours de ces dix dernières années, creusant un écart de rémunération croissant entre l’exécutif et le reste des salariés. Alors que les fonds dédiés à la direction ont augmenté de <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">118 %</a>, la paie du personnel académique n’a augmenté quant à elle que de <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">6 %</a>. </p>



<p>Contactée au sujet de l’article de <em>The Rover</em>, une porte-parole de l’Université McGill a répondu au Délit : « Les frais juridiques engagés par McGill en matière de relations de travail concernent divers dossiers », sans apporter davantage de précisions. Elle ajoute que « McGill accueille favorablement les discussions avec l’ensemble de ses partenaires syndicaux et associatifs et apprécie le temps qu’ils consacrent aux négociations ».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mcgill-contre-les-syndicats/" data-wpel-link="internal">McGill contre les syndicats</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La représentation n’est qu’un premier pas</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/la-representation-nest-quun-premier-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[égalité]]></category>
		<category><![CDATA[histoire des noirs]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[polarisation]]></category>
		<category><![CDATA[quotas]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60090</guid>

					<description><![CDATA[<p>Corrigeons l’invisibilité et corrigeons les inégalités socio-économiques.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/la-representation-nest-quun-premier-pas/" data-wpel-link="internal">La représentation n’est qu’un premier pas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Super aubaine pour les résidents canadiens en ce Mois de l’histoire des Noirs! Pour la modique somme de <a href="https://disneyworld.disney.go.com/en_CA/events-tours/celebrate-soulfully/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">392,69 $</a>, il est possible de s’offrir quatre jours d’émerveillement au Walt Disney World Theme Park, consacré à la célébration de la culture et de l’héritage noir. La facture est même allégée pour les heureux détenteurs d’un abonnement Disney+. Décidément, l’accessibilité et la diversité sont deux valeurs chères à la multinationale américaine…</p>



<p>Plus sérieusement, l’industrie du divertissement est depuis longtemps un enjeu de représentation. Si mon ironie dissimule mal la critique d’un <a href="https://www.la-croix.com/culture/disney-fait-volte-face-sur-sa-politique-d-inclusion-et-de-diversite-20250217" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">opportunisme éhonté</a>, elle ne se veut pas être un rejet catégorique des efforts dirigés vers une meilleure inclusivité. Le divertissement reste un outil clé d’intégration, capable de façonner l’imaginaire collectif, pour le meilleur comme pour le pire. Le même constat s’applique, d’ailleurs, à l’entièreté de l’espace médiatique.</p>



<p>Toutes les formes de représentation sont-elles pour autant bonnes à prendre? Même celles peu subtiles, qui relèvent davantage de la complaisance que d’un réel souci d’inclusivité? Suffit-il d’ajouter des personnages racisés et queers ici et là, façon de compléter son quota et de se donner bonne conscience? La réponse est non, bien sûr.</p>



<p><strong>Réaffirmer son droit d’exister</strong></p>



<p><a href="https://www.psychologytoday.com/us/blog/psychology-the-people/202112/why-representation-matters-and-why-it-s-still-not-enough" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">L’espace médiatique porte une conception du monde</a>. Celui qui le regarde <a href="https://www.ebsco.com/research-starters/communication-and-mass-media/cultivation-theory" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’internalise</a>. Il s’approprie les normes véhiculées par les médias qu’il consomme. Lorsqu’une personne racisée est exposée à des personnages auxquels elle ne peut s’identifier, et ne voit aucune minorité visible occuper un poste clé au sein du gouvernement, elle en déduira que certaines fonctions ne sont pas taillées pour elle. Un manque de représentation, ou alors une représentation déformée ou négative, instille le doute, entrave la confiance en soi et restreint le champ d’aspirations et d’agentivité. Car plus l’on augmente nos <a href="https://www.icesi.edu.co/blogs/antro_conocimiento/files/2012/02/Hacking_making-up-people.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">possibilités de descriptions</a>, plus l’on élargit nos possibilités de façon d’être et d’agir. Une personne homosexuelle, qui se soupçonnait de l’être, ou qui ne possédait pas toutes les clés de compréhension pour se réapproprier son identité, peut se découvrir à travers la représentation d’un personnage queer, donc, par la représentation d’une orientation sexuelle autre que celle dominante, reconnue par les médias traditionnels. Autrement, comment peut-on envisager d’emprunter une voie dont l’accès semble impensable, ou dont on ignore même l’existence ? </p>



<p>Il n’est donc pas anodin que l’administration Trump, dans le cadre de sa croisade contre le « wokisme », <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/867637/chronique-chasse-mots-interdits" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">proscrive ou considère comme suspecte</a> l’utilisation de termes tels que « trans-sexuels », « antiracisme », « noir», « femmes ». Ces interdictions, qui relèvent ni plus ni moins de la dystopie, traduisent une négation explicite de la diversité et, par extension, des multiples possibilités d’existence qu’elle rend visibles.</p>



<p><strong>Vers une société plus tolérante</strong></p>



<p>La représentation positive n’ouvre pas seulement la voie aux possibles, elle gomme aussi l’invisibilité des communautés marginalisées, devenant un moyen de lutter contre leur stigmatisation. Une exposition et un contact accru à des personnes, ou des personnages issus de différentes communautés permettent de déconstruire les stéréotypes et préjugés qui leur sont associés. À terme, cette <a href="https://www.ebsco.com/research-starters/sociology/contact-hypothesis#:~:text=The Contact Hypothesis posits that,between members of different groups" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">exposition</a> peut atténuer les attitudes discriminatoires et réduire la polarisation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Le divertissement reste un outil clé d’intégration, capable de façonner l’imaginaire collectif »</p>
</blockquote>



<p>Il reste évidemment du travail à faire. Un sondage réalisé en 2023 mesurait les attitudes des personnes noires américaines vis-à-vis de leur couverture médiatique. Le rapport révèle que <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">57% </a>des participants estiment que les médias d’information couvrent uniquement certains segments de la réalité des communautés noires. Et <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">43% </a>considèrent que leur couverture véhicule largement des stéréotypes à leur égard.</p>



<p><strong>Les quotas : une représentation substantielle ?</strong></p>



<p>Les quotas sont perçus comme un moyen effectif pour réduire la discrimination à l’embauche et rééquilibrer les inégalités d’accès à l’emploi. Mais ces impositions peuvent aussi se révéler limitantes, conduisant à ce qu’on appelle le « <a href="https://globalnews.ca/news/2315588/do-diversity-quotas-work-symbol-vs-substance-in-canadas-cabinet/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plafond de quota</a> ». Une fois remplie, les employeurs n’ont pas d’intérêt à recruter davantage de personnes issues de minorités visibles, figeant ainsi la diversité à un seuil arbitraire.</p>



<p>Des quotas résident aussi l’idée que, si des personnes racisées grossissent les rangs, de la police ou de l’assemblée, elles seront plus à même de représenter les intérêts de leurs communautés et de mettre en œuvre des changements positifs en leur faveur. La réalité est toute autre. Une <a href="https://faculty.washington.edu/jdb/345/345%20Articles/Correll%20et%20al.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> menée en 2002 sur les biais au sein des forces de l’ordre révèle que les participants, qu’ils soient noirs ou blancs, sont tous plus susceptibles de tirer sur une cible noire plutôt que l’inverse. Une diversité accrue au sein de la police n’effacera pas, en un claquement de doigts, le racisme systémique qui gangrène l’institution policière.</p>



<p>La représentation, même la plus fidèle à la réalité des communautés marginalisées, ne suffit pas à elle seule. Si l’on s’en contente, on se retrouve dans une impasse, permettant de <a href="https://journals.kent.ac.uk/index.php/klr/article/view/1091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">disqualifier</a> des réflexions plus larges, celles des obstacles structurels à l’inclusivité. </p>



<p><strong>Politique de reconnaissance </strong></p>



<p>Le multiculturalisme est un pilier de l’identité canadienne. Promu par la Charte canadienne des droits et libertés (1982), il <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique/article/puzzling-persistence-of-racial-inequality-in-canada/E89DEFD1170245773E2CDDF23ACACE95" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’inscrit</a> dans une politique de reconnaissance permettant l’acceptation d’identités multiples et la facilitation de leur intégration au sein de la société canadienne. Mais sa valorisation, sans aucune forme de nuance, présente aussi le risque d’occulter la réalité des inégalités raciales, qui se traduisent à travers différentes dimensions économiques et sociales. En effet, <a href="https://www.torontomu.ca/content/dam/diversity/reports/state-of-black-economics/DI-FSC_Rapport-2025-sur-la-situation-economique-des-personnes-noires%20(1).pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15%</a> des Canadiens noirs vivent dans des conditions de faible revenu ; la proportion de la population non racisée s’élève quant à elle à 10,3 %. </p>



<p>La reconnaissance et la redistribution constituent les deux faces d’une même pièce : celle de la <a href="https://journals.kent.ac.uk/index.php/klr/article/view/1091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">justice sociale</a>. La première, sans la deuxième, entraîne la <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-political-science-revue-canadienne-de-science-politique/article/puzzling-persistence-of-racial-inequality-in-canada/E89DEFD1170245773E2CDDF23ACACE95" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">reproduction</a> des inégalités sociales et raciales. Car par sa nature, le racisme systémique se perpétue de lui-même. L’inaction politique est donc amplement suffisante pour reproduire ces inégalités. </p>



<p>Dans ce contexte, la reconnaissance peut devenir un outil de légitimation et d’absolution des politiques, permettant le maintien du statu quo. Elle excuse le manque d’actions concrètes et systématiques visant la réduction de ces inégalités raciales. </p>



<p>Pour Bruce McIvor, expert en droit autochtone, la reconnaissance des droits des Premières Nations dans la Constitution canadienne permet deux choses : la première étant de légitimer la poursuite du projet colonial ; la deuxième de souligner les progrès moraux des descendants des colonisateurs. La reconnaissance demeure purement symbolique. Parmi les <a href="https://www.ctvnews.ca/canada/article/its-going-to-take-us-150-years-canada-still-working-to-implement-truth-and-reconciliation-commission-recommendations/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">94 mesures</a> préconisées en 2015 par la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, seules <a href="https://www.pewresearch.org/journalism/2023/09/26/black-americans-experiences-with-news/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14</a> d’entre elles ont été effectivement réalisées. </p>



<p>Reconnaître le droit à un peuple de vivre dans la dignité, sans que cette reconnaissance soit suivie d’actions concrètes, est vide de sens. Les politiques redistributives doivent donc emboîter le pas. La représentation est essentielle, mais elle ne fait pas tout!</p>



<p></p>
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		<title>Un état des lieux du monde informatif</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-etat-des-lieux-du-monde-informatif/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[connaissance]]></category>
		<category><![CDATA[désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[fiabilité]]></category>
		<category><![CDATA[informations]]></category>
		<category><![CDATA[savoirs]]></category>
		<category><![CDATA[vérité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand l’avènement du savoir induit de nouvelles formes d’ignorances.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le savoir n’a jamais été si accessible. Avec l’aide de l’éducation de masse et des progrès des technologies de l’information et de la communication (TIC), la culture s’est démocratisée. Les réseaux sociaux constituent notamment un canal d’information utile à la diffusion rapide, indifférenciée et continuelle de données. Plus question d’attendre la sortie de votre journal hebdomadaire pour être renseigné sur l’actualité. Tout est désormais à portée de main. </p>



<p>De même, le capital intellectuel est devenu un enjeu de performance. Nous sommes entrés, d’après Peter Drucker, théoricien en management, dans une ère de la connaissance. Parce que le savoir est producteur de richesse, les États déploient des efforts importants pour attirer les travailleurs hautement qualifiés, et ainsi stimuler l’innovation. C’est le cas du Canada, qui leur facilite l’obtention d’une résidence permanente via le <a href="https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/services/immigrer-canada/entree-express/qui-presenter-demande/travailleurs-qualifies-federal.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Programme des travailleurs qualifiés</a>.</p>



<p><strong>On connaît tout, mais on ne comprend rien</strong></p>



<p>Paradoxalement, nous sommes aussi entrés dans une ère de méconnaissance et de désinformation sans précédent. Les savoirs affluent, prolifèrent, mais rien ne reste gravé. D’abord parce qu’avec la spécialisation de la connaissance, nous sommes saturés d’informations indépendantes les unes des autres, confinées dans des domaines spécifiques. Et on ne sait pas quoi en faire. Pour Daniel Innerarity, philosophe, cette surcharge informationnelle nous empêche de distinguer ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas et brouille notre compréhension globale du monde : « La complexité mal comprise est la nouvelle forme d’ignorance. » Ce trop-plein de savoirs nous dépasse ; on accepte alors notre ignorance et on adopte une attitude servile. On se soumet bien volontairement aux objets techniques, qui comblent nos lacunes et l’étendue de cette complexité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les savoirs affluent, prolifèrent, mais rien ne reste gravé »</p>
</blockquote>



<p>La multiplication globale des savoirs implique aussi une délégation. On ne peut pas tout découvrir par nous- mêmes. Les informations fournies sont admises par confiance. Un aspect qui donne bien du grain à moudre aux détracteurs des médias traditionnels et complotistes en tous genres : qui, finalement, est détenteur de vérité? Comment reconnaître la désinformation et comment adopter le bon référentiel?</p>



<p><br><strong>L’ère de post-vérité</strong></p>



<p>J’ai interrogé Jenny Burman, professeure au département de communications de l’Université McGill. Sur la question du rapport entre les citoyens et la vérité, elle affirme : « <em>Je pense que les citoyens souhaitent connaître la vérité, mais il existe une méfiance croissante envers toutes sortes de preuves, ou ce que nous considérions auparavant comme des preuves ; les photographies peuvent être retouchées, les vidéos peuvent être modifiées (tdlr)</em>. » Avec les progrès de l’intelligence artificielle, <a href="https://www.canada.ca/en/security-intelligence-service/corporate/publications/the-evolution-of-disinformation-a-deepfake-future/the-evolution-of-disinformation-a-deepfake-future.html#toc3" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">les hypertrucages (<em>deep-fakes</em>) prolifèrent sur les réseaux sociaux </a>et plus rien n’est totalement fiable. Des textes générés par l’intelligence artificielle (IA) s’immiscent au milieu de contenus légitimes : difficile alors de démêler le vrai du faux. Plus préoccupant encore, les hypertrucages peuvent être <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-vendredi-26-mai-2023-6520845" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">détournés</a> par des groupes partisans afin d’influencer l’opinion publique. L’utilisation de fausses images est devenue une stratégie politique de l’administration Trump, laquelle n’hésite plus à publier régulièrement des visuels manufacturés ridiculisant les démocrates.</p>



<p><br><strong>Démocratisation ou polarisation?</strong></p>



<p>La méfiance accrue des citoyens n’est pas le seul fait de l’avancée considérable de l’intelligence artificielle. </p>



<p>Les nouveaux canaux médiatiques ont le mérite de promouvoir une large participation publique. Seul problème   « <em>le degré de contrôle [des médias, ndlr], l’accès des utilisateurs, les règles qui l’encadrent, sont alors déterminés par des entrepreneurs </em>», affirme Burman. « <em>Une personnalité publique peut acheter une plateforme, puis modifier les règles de modération et,  par conséquent,  la relation à la vérité sur cette plateforme particulière</em> », ajoute-t-elle. Des plateformes, donc, qui sont « <em>contrôlées par des personnes qui n’ont aucun intérêt public à les modérer </em>». L’exemple le plus évident reste X (anciennement Twitter), qui, après le rachat d’Elon Musk, <a href="https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/20563051251330390" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">donne davantage de visibilité aux contenus orientés à droite</a>, plutôt que sur la base de leur véracité ou de leur intérêt public. Du côté de Facebook, on observe aussi une tolérance accrue aux discours haineux et à la désinformation. Mark Zuckerberg a largement assoupli sa politique de modération et de vérification systématique des faits.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« La lutte contre la désinformation est d’intérêt public, et se trouve à l’essence même du journalisme »</p>
</blockquote>



<p>À cela s’ajoute la problématique des boîtes noires et des biais de confirmation. Les médias sont confiés à des algorithmes faisant apparaître des publications en fonction de l’engagement qu’elles génèrent. Les utilisateurs sont exposés à des contenus qui confortent leurs propres croyances, ouvrant la voie à la polarisation.</p>



<p><br><strong>Journalisme en péril?</strong></p>



<p>Le monde de la presse n’est pas épargné. En 2024, seuls 39 % des Canadiens faisaient confiance aux nouvelles relayées par les médias d’information d’après le <a href="https://www.lapresse.ca/affaires/medias/2024-06-16/la-confiance-des-canadiens-envers-les-medias-d-information-continue-de-descendre.php#" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Centre d’études sur les médias</a>.</p>



<p>Si le journalisme en tant que contre-pouvoir est remis en question, c’est la légitimité du régime démocratique qui est, par voie de conséquence, susceptible d’en souffrir. D’autant plus que la presse écrite est compromise par le bouleversement du cycle des actualités. Le défi est double : le journalisme doit défendre sa crédibilité tout en disputant l’attention du public. La société de la connaissance implique un risque d’obsolescence. L’exclusivité sur la collection et la diffusion de nouvelles est désormais révolue et il devient nécessaire de s’ajuster au flux continuel d’informations prodigué par Internet.</p>



<p>Le travail d’investigation et la vérification systématique et rigoureuse des faits sont sapés par ce que David H. Weaver, professeur en journalisme et communication de masse qualifie de « journalisme d’assertion ». Les médias, motivés par l’impératif de livrer une nouvelle inédite, sont prêts à sacrifier les standards journalistiques les plus élémentaires.</p>



<p>La lutte contre la désinformation est d’intérêt public, et se trouve à l’essence même du journalisme. L’obsession de l’exclusivité doit être abandonnée au profit d’une mise en perspective sur le temps long. Et le lectorat doit pouvoir compter sur des médias capables de rapporter des données fiables, détachées d’intérêts partisans ou économiques. D’autant plus dans un contexte d’érosion démocratique, alimentée par les hypertrucages et la polarisation. L’engagement de citoyens bien informés est nécessaire pour lutter contre le recul de ces normes. Notre nouvelle sous-section « Décodage » s’emploiera à la défendre, en réfutant des idées reçues, en déconstruisant des mythes bien ancrés, et en récusant des infox.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-etat-des-lieux-du-monde-informatif/" data-wpel-link="internal">Un état des lieux du monde informatif</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>La fin d’une illusion collective</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/la-fin-dune-illusion-collective/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[davos]]></category>
		<category><![CDATA[internationale]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[relations internationales]]></category>
		<category><![CDATA[Trump]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas à Davos que s’est révélée l’imposture de l’ordre mondial.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/la-fin-dune-illusion-collective/" data-wpel-link="internal">La fin d’une illusion collective</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Enfin, on admet la faillite morale de l’Occident, et l’injustice de son deux poids deux mesures. Ce mardi 20 janvier, à Davos, Mark Carney a fait preuve d’une franchise inédite, reconnaissant un ordre mondial défaillant et une application conditionnelle des règles internationales. Les actualités parlent d’elles-mêmes. Car, tandis que Mark Carney réaffirme son soutien le plus ferme au Danemark en tant que pays souverain du Groenland, le président vénézuélien Nicolás Maduro est toujours détenu aux États-Unis, dans <a href="https://www.ledevoir.com/monde/945714/comment-chef-etat-etranger-peut-il-etre-juge-etats-unis" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’illégalité</a> la plus totale. Au Moyen-Orient, cette logique impérialiste continue : le <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/06/stephanie-latte-abdallah-historienne-le-plan-de-paix-de-trump-a-impose-une-vision-du-futur-de-gaza-fondee-sur-la-logique-coloniale_6652423_3232.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Conseil de paix</a> présidé par Trump poursuit l’effacement politique des Palestiniens, sans qu’aucune sanction ferme ne soit imposée à Israël.</p>



<p><strong>Un discours de rupture ?</strong></p>



<p>Le système international, tel qu’il a été conçu après 1945, devait être régi par les principes supposément universels de démocratie, de respect des droits de la personne et de souveraineté nationale. Or, ces valeurs ont été appliquées sélectivement, comme l’a si justement fait remarquer Mark Carney à Davos : « <a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse […] et nous savions que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.</a> » En prononçant ces paroles, le premier ministre canadien a joué la carte de l’honnêteté, admettant la supercherie de cet ordre mondial, et invitant les puissances moyennes à s’unir pour tracer une troisième voie.</p>



<p><strong>Un remaniement géopolitique ?</strong></p>



<p>On se doute que cette honnêteté cache des motivations plus larges. Son discours, sans être un mea culpa, reconnaît la participation du Canada à cette grande illusion. Faute avouée, à moitié pardonnée : Mark Carney cherche à gagner en crédibilité auprès des pays du Sud, et emprunte une rhétorique qui s’aligne davantage à la leur. Ses intérêts sont purement économiques : soucieux de diversifier son marché par-delà les États-Unis, le Canada a renforcé ses liens commerciaux avec la Chine, lors de sa <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2221219/mark-carney-accord-chine-vehicules-electriques-canola-fruits-mer" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">visite à Beijing</a> à la mi-janvier.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump »</p>
</blockquote>



<p>Fait rare pour un politicien canadien, son allocution a attiré l’attention internationale et recueilli un soutien domestique multipartite. Cette <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/22/au-canada-le-discours-de-mark-carney-a-davos-dessine-une-nouvelle-doctrine-nationale_6663717_3210.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">réception positive</a> n’est pas le résultat d’une conscience éveillée, d’un monde occidental las des transgressions des règles internationales et décidé à rompre avec ses doubles standards. Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump, au milieu de dirigeants européens réticents à contester l’hégémonie américaine.</p>



<p>Le système injuste dont parle M. Carney repose sur la coercition des grandes puissances sur les pays intermédiaires. Il fonctionnait pour les premiers relativement bien jusqu’ici. Mais maintenant que la menace d’une crise économique frappe à leur porte, le Canada et ses alliés occidentaux ne s’en accommodent plus vraiment… Guerres commerciales, <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/01/10/groenland-trump-brandit-la-maniere-forte-pour-accentuer-la-pression-selon-des-experts" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">menace d’intervention militaire</a> au Groenland : l’hypocrisie sous-jacente de cet ordre mondial, fondée sur le soutien inconditionnel à une puissance impérialiste, ne leur est apparemment plus si profitable.</p>



<p>Il aura donc fallu attendre que Trump menace d’annexer un territoire de l’Union européenne pour que l’indignation des démocraties occidentales se fasse entendre, et que l’on nous parle de « <a href="https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/20/principes-et-pragmatisme-la-voie-canada-choisie-allocution-du-premier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rupture</a> » de l’ordre mondial.</p>



<p><strong>Trop peu, trop tard</strong></p>



<p>Ces mêmes démocraties ne se sont pas mobilisées de la sorte pour faire appliquer le droit international à Gaza. Les armes provenant du Canada continuaient, en juillet 2025, à <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/arms-ammunition-shipments-israel-canada-1.7596091" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affluer</a> vers Israël. L’État hébreu poursuit encore ses attaques à l’encontre des civils palestiniens, <a href="https://www.aljazeera.com/news/2025/11/11/how-many-times-has-israel-violated-the-gaza-ceasefire-here-are-the-numbers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violant</a> ainsi l’accord du 10 octobre 2025. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le ministère de la Santé de Gaza recense <a href="https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158277#:~:text=Au%20total%2C%20477%20personnes%20auraient,le%20cessez%2Dle%2Dfeu." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">477</a> Palestiniens tués, dont 80 par le Hamas. Et plus tôt dans la semaine, Mark Carney <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/trump-board-of-peace-canada-uninvited-carney-letter-9.7057437" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">songeait</a> encore à accepter l’invitation au Conseil de paix, extension du projet colonial israélien. Rien sur le droit à l’autodétermination des Palestiniens ; rien non plus sur la question des responsabilités israéliennes et américaines.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ce ne sont pas ses failles qui ont été exposées au grand jour, mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial »</p>
</blockquote>



<p>Complaisance occidentale qui s’est aussi observée en ce début de janvier, lorsque les États-Unis, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, sont intervenus militairement dans un pays souverain. Motivée par <a href="https://www.bbc.com/news/articles/cd9enjeey3go" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’exploitation</a> des gisements de pétrole du Venezuela, cette ingérence a suscité de tièdes réactions auprès de la communauté internationale. Mark Carney, notamment, s’est contenté d’un timide appel à « <a href="https://www.ledevoir.com/politique/canada/945345/canada-appelle-toutes-parties-respecter-droit-international-affirme-carney" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">toutes les parties à respecter le droit international</a> ».</p>



<p>Cela fait bien longtemps que l’Occident s’affaisse sous le poids de ses propres contradictions. Ce ne sont pas ses failles qui ont été exposées au grand jour, mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial, tel qu’il est. Le discours de Carney se contente d’enfoncer des portes ouvertes et d’énoncer des évidences, vécues depuis des décennies déjà par les pays du Sud.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/la-fin-dune-illusion-collective/" data-wpel-link="internal">La fin d’une illusion collective</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Oppression et malnutrition</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/oppression-et-malnutrition/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Bourdieu]]></category>
		<category><![CDATA[malnutrition]]></category>
		<category><![CDATA[oppression]]></category>
		<category><![CDATA[restauration rapide]]></category>
		<category><![CDATA[socialisation]]></category>
		<category><![CDATA[Tasty Crousty]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La reproduction d’inégalités sociales et raciales à travers l’alimentation.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Tasty Crousty : c’est l’enseigne de restauration rapide qui a conquis Internet. Les courtes vidéos qui lui sont consacrées vantent les mérites d’un plat gourmand, et surtout, pas cher. Sa composition est simple : base de riz, sauce dite secrète et poulet frit. </p>



<p>Massivement relayé sur les réseaux, Tasty Crousty <a href="https://www.instagram.com/p/DIeYmysMs5Z/?hl=fr-ca" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">s’est établi dans plusieurs métropoles françaises</a>. Ses différents restaurants, à Paris, Marseille ou encore Lyon, ont été pris d’assaut par une file interminable de clients, attirés par le bouche-à-oreille et l’effet de nouveauté. Montréal n’a pas échappé à cet engouement : deux restaurants s’y sont déjà implantés, l’un près de la station Snowdon, l’autre sur le plateau Mont-Royal. Si le nom a quelque peu changé – <em>Mr. Crousty</em> – le concept reste quant à lui identique. </p>



<p>Ce phénomène culinaire rappelle celui d’<em>El Mordjene</em>, pâte à tartiner venue tout droit d’Algérie dont les stocks se sont rapidement écoulés à l’<a href="https://ici.radio-canada.ca/info/breve/10615/pate-tartiner-el-mordjene-interdiction" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">été 2024</a>. Elle a aussi trouvé ses détracteurs, notamment auprès de grands journaux français, qui se sont emparés de ce produit pour s’improviser diététiciens le temps d’une <a href="https://rmc.bfmtv.com/replay-emissions/apolline-matin/c-est-tous-les-jours-demanche-la-pate-a-tartiner-el-mordjene-interdite-en-europe-17-09_EN-202409170252.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chronique</a>. </p>



<p>À travers la raillerie du produit, ce sont ses consommateurs qui sont incidemment moqués. On moque la foule stupide, prête à faire la queue pour de la malbouffe. On raille les pauvres qui se nourrissent mal. </p>



<p><strong>« Le goût, c’est le dégoût du goût des autres » </strong></p>



<p>Dans son ouvrage intitulé <em>La Distinction</em> (1979), le sociologue Pierre Bourdieu montre combien le dégoût est outil de distinction sociale. Les préférences alimentaires en constituent un vecteur, car façonnées par le capital culturel et l’habitus – système de dispositions acquis par l’apprentissage – et la socialisation. Ainsi, les plats industriels, ultratransformés, finalement la malnutrition, sont l’apanage des classes populaires. Les plats sains, raffinés, « européens », sont ceux de la classe dominante. Derrière la moquerie d’une alimentation malsaine se cache un mépris de classe. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« À travers la raillerie du produit, ce sont ses consommateurs qui sont incidemment moqués »</p>
</blockquote>



<p>On entend ici malnutrition au sens de surnutrition, caractérisée par un excès calorique et une consommation excessive de produits gras et sucrés. Au-delà d’un simple reflet de statut social, la malnutrition, appuyée par les intérêts de l’industrie de la restauration rapide, peut nourrir la création et le maintien des inégalités sociales et raciales. </p>



<p><strong>Malnutrition : reproducteur d’inégalités sociales et raciales</strong></p>



<p>Andrea Freeman, dans <em>Fast Food : Oppression through Poor Nutrition</em> (2007), observe ce phénomène structurel aux États-Unis, qu’elle qualifie de « <em>food oppression</em> », ou oppression par la malnutrition. Structurel, car il ne trouve pas racine dans des actes discriminatoires isolés, mais dans des pratiques institutionnalisées, qui perpétuent et accentuent une crise sanitaire, fondée sur l’origine ethnique et la classe sociale. </p>



<p>Les restaurants de <em>fast-food</em> pullulent dans les quartiers urbains à faible revenu, où vivent souvent des communautés afro-américaines et latinos. Ces dernières sont davantage à risque de développer des maladies chroniques liées à la malnutrition. Et les réponses gouvernementales sont largement insuffisantes face à l’étendue des disparités sanitaires. Les produits sains restent encore trop chers, peu ou pas couverts par les subventions, tandis que l’accès aux soins de santé est particulièrement restreint. L’industrie déploie des efforts importants en matière de marketing, laquelle cible particulièrement les Afro-Américains et Latinos. Même processus à l’œuvre chez Tasty Crousty : les restaurants, implantés dans des quartiers populaires, s’adressent dans leurs vidéos publicitaires à une population jeune, racisée et à faible revenu. </p>



<p>Ces mauvaises conditions diététiques s’inscrivent dans une dialectique plus large de pauvreté : il est évident que la classe ouvrière privilégiera une alimentation qui combine accessibilité financière et gain de temps, avec une approche curative plutôt que préventive. Et lorsque l’on détériore la qualité et l’espérance de vie d’un groupe d’individus, on crée une sous-classe progressivement marginalisée et d’autant plus vulnérable. Cette logique capitaliste, dans laquelle la recherche de profit est privilégiée, piétine fatalement le bien-être individuel. Les producteurs n’hésitent pas à <a href="https://www.lepoint.fr/sante/agroalimentaire-au-secours-on-nous-empoisonne-20-10-2017-2166060_40.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">incorporer des substances toxiques</a> dans des produits pourtant destinés à la consommation. Et puis, tant pis si nos clients sont atteints d’un cancer. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Face à toutes ces possibilités qui s’offrent à nous, l’idée que chaque choix est réversible devient obsédante et nous condamne à une insatisfaction permanente »</p>
</blockquote>



<p><strong>Tyrannie du choix</strong> </p>



<p>L’autre intérêt de Tasty Crousty, c’est sa flexibilité. Le consommateur peut personnaliser son plat et ainsi l’ajuster selon ses goûts. D’ailleurs, des variantes sucrées ont rapidement emboîté le pas, offrant au client la possibilité de combiner riz au lait et chocolat pistache, ou encore tiramisu et Kinder Bueno. Bref, un plat certainement adaptable et pour le moins généreux en sucre et en matière grasse. Cette liberté qui est accordée au consommateur n’est pas offerte par pure bonté de cœur. Il s’agit, selon la philosophe Renata Salecl, d’une stratégie élaborée par le capitalisme tardif : la tyrannie du choix. Face à toutes ces possibilités qui s’offrent à nous, l’idée que chaque choix est réversible devient obsédante et nous condamne à une insatisfaction permanente. Cette tyrannie du choix nous aliène, et profite au régime, car ses sujets « <a href="https://www.philomag.com/articles/renata-salecl-pas-besoin-de-croire-une-ideologie-pour-quelle-vous-aliene" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sont portés à l’autocritique plutôt qu’à la critique du système</a> ». </p>



<p>Il serait donc temps de cesser l’infantilisation des classes ouvrières, à coup d’injonctions à manger plus sainement, et de se pencher sur les éléments systémiques qui contribuent à un cycle de pauvreté et de crise sanitaire. La mauvaise alimentation n’est pas le fait d’une irresponsabilité individuelle : les politiques publiques doivent être orientées vers la sensibilisation et l’éducation à une nourriture plus saine, et surtout, elles doivent en garantir son accessibilité.</p>
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		<title>Incendie de Crans-Montana</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/incendie-du-crans-montana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[En bref]]></category>
		<category><![CDATA[Crans-Montana]]></category>
		<category><![CDATA[homicide]]></category>
		<category><![CDATA[incendie]]></category>
		<category><![CDATA[nouvel an]]></category>
		<category><![CDATA[suisse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 9 janvier a été décrété jour de deuil national en Suisse, à la suite de l’incendie du bar Constellation à Crans-Montana, dans le canton du Valais. Survenu durant la nuit du Nouvel An, ce drame a fait 40 morts et 116 blessés, âgés en moyenne de 16 à 25 ans. Des bougies allumées, au&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/incendie-du-crans-montana/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Incendie de Crans-Montana</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 9 janvier a été décrété jour de deuil national en Suisse, à la suite de l’incendie du bar Constellation à Crans-Montana, dans le canton du Valais. Survenu durant la nuit du Nouvel An, ce drame a fait <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/06/incendie-de-crans-montana-les-hopitaux-francais-en-renfort-pour-accueillir-des-blesses_6660776_3210.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">40 morts et 116 blessés</a>, âgés en moyenne de 16 à 25 ans. Des bougies allumées, au contact du plafond du sous-sol du bar, auraient provoqué un embrasement généralisé. </p>



<p>« <a href="https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-01-01/suisse/une-quarantaine-de-morts-dans-un-bar-d-une-station-de-ski.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">C’est l’une des pires tragédies que notre pays ait connues</a> », a déclaré Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, durant ce qui devait être son discours traditionnel du Nouvel An. Les Moretti, couple français copropriétaire du Constellation, font l’objet d’une enquête pour « <a href="https://www.journaldequebec.com/2026/01/03/incendie-meurtrier-en-suisse-les-deux-gerants-francais-du-bar-mis-en-cause-pour-homicide-par-negligence" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence</a> ». Jacques Moretti, déjà condamné par la justice française en 2008 pour proxénétisme, a été placé en détention préventive à l’issue d’une audience de plus de six heures ce vendredi 9 janvier à Sion. Le risque de fuite était jugé élevé, compte tenu du lourd passé judiciaire de Moretti. Une mesure de détention réclamée depuis près d’une semaine par les familles des victimes, dont la colère s’est intensifiée à mesure que les premiers éléments d’enquête révélaient des manquements flagrants : voies de secours non conformes et panneaux phoniques inadaptés. D’après les autorités cantonales, <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/06/apres-la-tragedie-de-crans-montana-la-colere-et-la-honte-des-habitants_6660800_3224.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aucune inspection de sécurité et d’incendie n’avait été effectuée depuis 2019</a>.</p>



<p>En attendant que la justice cantonale fasse toute la lumière sur cette tragédie, la Suisse s’est recueillie le vendredi 9 janvier, jour de deuil national. L’ensemble de la population a observé une minute de silence à 14 h. Une cérémonie officielle d’hommage aux victimes s’est tenue à Martigny, marquée par la présence de hauts dignitaires suisses, français et italiens. En début de soirée, les Genevois se sont recueillis autour de la cathédrale Saint-Pierre.</p>
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		<title>Les violences invisibles au Mexique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Mexique]]></category>
		<category><![CDATA[migrant]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59008</guid>

					<description><![CDATA[<p>La criminalisation des migrants comme véhicule d’exploitation.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/" data-wpel-link="internal">Les violences invisibles au Mexique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis 2006, le Mexique est plongé dans une guerre civile marquée par une lutte acharnée contre le trafic de drogue. Le bilan humain : <a href="https://www.nouvelobs.com/monde/20241008.OBS94703/edile-decapite-guerre-de-cartels-au-mexique-la-nouvelle-presidente-sheinbaum-face-au-defi-de-la-violence-criminelle.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">450 000 homicides enregistrés en 2024</a>, <a href="https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240830-journ%C3%A9e-internationale-des-disparitions-forc%C3%A9es-mexique-narcos-disparus" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des centaines de milliers de disparitions</a> et des cas répétés de <a href="https://www.amnesty.org/fr/wp-content/uploads/sites/8/2021/07/amr410142010fra.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violations des droits de la personne</a>. Des violences largement attribuables aux cartels, mais aussi à la militarisation de la sécurité publique.</p>



<p>Les populations locales ne sont pas les uniques cibles de ces explosions de violences. En <a href="https://dam-oclc.bac-lac.gc.ca/download?is_thesis=1&amp;oclc_number=1132085319&amp;id=ce7c5c8d-bfb6-4057-b453-cd6af0f884c8&amp;fileName=33580.pdf#:~:text=La%20pr%C3%A9sence%20de%20Centram%C3%A9ricains%20en%20migration%20de,nombre%20d&#039;%C3%A9tudes%20s&#039;y%20rapportant%20soit%20en%20croissance" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2011</a>, le Mexique est devenu le corridor de transit le plus emprunté au monde. Ces importants flux migratoires se sont révélés être une source majeure de profit aux yeux des cartels. De ce fait, les migrants sont exposés à de multiples dangers au cours de leur traversée. Les cas d’extorsion, d’enlèvements et d’assassinats sont monnaie courante, et alimentent la peur.</p>



<p>Depuis le début du conflit et <a href="https://shs.cairn.info/revue-herodote-2004-1-page-49?lang=fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’élargissement du contrôle du territoire par les cartels</a>, les attaques dirigées contre les migrants de transit se sont intensifiées, transformant le pays en un véritable « triangle des Bermudes de l’Amérique latine » selon l’ouvrage de l’anthropologue Wendy A. Vogt, <em>Lives in Transit : Violence and Intimacy on the Migrant Journey</em>. Cette expression employée laisse entrevoir toute la dimension systémique et organisée de ces violences. C’est le « <em>cachuco industry </em>» : construit en parallèle de la guerre des cartels, ce système repose sur un véritable processus de réification qui facilite l’exploitation des migrants. Ces derniers deviennent la proie d’une industrie qui les dépouille de toute humanité, les transformant en une source de productivité dont il faut maximiser la rentabilité. Ils sont désormais réduits à une force de travail, des organes qui peuvent être vendus, un corps qui peut être abusé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>Les migrants sont exposés à de multiples dangers au cours de leur traversée. Les cas d’extorsion, d’enlèvements et d’assassinats sont monnaie courante, et alimentent la peur »</p>
</blockquote>



<p>Parmi les cartels les plus puissants du Mexique figure Los Zetas, fondé à la fin des années 1990. Opérant majoritairement dans la région du golfe du Mexique, il a élargi ses activités à l’extorsion et au trafic d’êtres humains, notamment en organisant des raids contre des trains de marchandises. Il s’agit d’un moyen de transport <a href="https://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/2023-09-20/des-dizaines-de-trains-mexicains-immobilises-apres-l-afflux-de-migrants.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">fréquemment</a> emprunté par les migrants pour effectuer leur transit. Ces attaques reposent sur la complicité du conducteur et, très souvent, des autorités locales. Les acteurs étatiques et non étatiques s’entre-mêlent dans cette exploitation systémique. Les cartels jouissent d’une impunité facilitée par l’incurie de l’État mexicain gangréné par la corruption. N’importe qui peut entretenir des liens avec un cartel comme Los Zetas. De cette présence tentaculaire résulte une incroyable méfiance de la part des migrants. De plus, les rares aides qui leur sont dédiées sont frappées par cette recherche de profit. De nombreux refuges subissent l’influence des cartels : leurs membres infiltrent ces abris à des fins de recrutement et d’exploitation. D’autres acteurs agissent aussi indépendamment, désireux d’en tirer parti. Wendy A. Vogt relate, dans son ouvrage, l’histoire de Mauricio, travailleur social au sein d’un refuge. Il est musicien et se produit régulièrement dans des bars locaux. À l’issue d’une de ses représentations, le patron d’un club de <em>striptease </em>a sollicité son aide pour recruter des danseuses centraméricaines. Une tâche qui serait naturellement rémunérée. Si Mauricio n’a pas accédé à sa requête, cet exemple illustre combien les migrants centraméricains sont vulnérables à bien des égards.</p>



<p>Mais c’est avant tout la criminalisation des migrants qui les rend si vulnérables aux violations des droits de la personne. Loin d’être des cas isolés, ou des dommages collatéraux, ces violences s’inscrivent au cœur d’un système économique et global qui profite de la main-d’œuvre bon marché que sont les sans-papiers. Cette exploitation ne serait <a href="https://www.unodc.org/documents/human-trafficking/2013/2013_GMG_Thematic_Paper.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pas rendue possible sans le statut d’illégalité imposé par des politiques anti-migrants</a>, qui réduisent la valeur de leur force de travail et, incidemment, leur légitimité au sein de la société. Les médias cultivent cette image de migrants « illégaux » qui représenteraient un danger pour la sécurité du pays, voire la composition ethnique de sa population. Cette illégalité justifie toutes les exactions qu’ils subissent lors de leur passage au Mexique, mais également à leur arrivée aux États-Unis.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>C’est avant tout la criminalisation des migrants qui les rend si vulnérables aux violations des droits de la personne. Loin d’être des cas isolés, ou des dommages collatéraux, ces violences s’inscrivent au cœur d’un système économique et global qui profite de la main-d’œuvre bon marché que sont les sans-papiers »</p>
</blockquote>



<p>Les <a href="https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250612-los-angeles-raids-ice-contre-les-immigres-donald-trump-veut-semer-la-terreur-et-la-propager" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">raids du 6 juin</a> à Los Angeles, opérés par la police de l’immigration et des douanes (ICE), ont marqué l’intensification de la répression des sans-papiers dans le pays. Ils illustrent la politique <a href="https://lecourrier.ch/2025/09/18/la-fascisation-est-indeniable/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">de déshumanisation et de xénophobie</a> portée par l’administration de Trump à l’égard des migrants en situation irrégulière. Relayés sur les réseaux sociaux, de nombreux messages de soutien aux familles de déportés appuient le caractère indispensable de ces individus, peignant l’image de personnes honnêtes et de travailleurs qui contribuent à la vitalité de l’économie américaine. Des économistes confirment : on compte sur le territoire américain <a href="https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/sans-migrants-leconomie-americaine-risque-lessoufflement-2170223" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">huit millions de clandestins</a> qui représentent une force de travail bon marché et flexible, payant à eux seuls <a href="https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/sans-migrants-leconomie-americaine-risque-lessoufflement-2170223" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">100 milliards de dollars de taxes</a> chaque année. Et s’il est certes important de valoriser leur contribution, la récurrence de ces arguments montre combien nous suivons malgré nous cette logique du profit, comme si la reconnaissance d’un migrant était conditionnelle à son degré de productivité.</p>



<p>Au lieu de parler de profit ou d’utilité, Amnistie internationale part plutôt d’un <a href="https://www.amnestyusa.org/press-releases/amnesty-international-usa-reaction-to-targeted-ice-enforcement/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">constat</a> simple. Les migrants sont des personnes disposant de droits, qui méritent d’être protégées et respectées dans leur dignité. L’ONG se réfère notamment à <a href="https://www.un.org/en/about-us/universal-declaration-of-human-rights" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’article 14</a> de la Déclaration universelle des droits de l’homme, laquelle affirme que toute personne a le droit de chercher asile et d’en bénéficier dans d’autres pays. La question des droits de l’homme doit occuper une place centrale dans la protection des migrants, durant leur transit et durant leur rétention.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/" data-wpel-link="internal">Les violences invisibles au Mexique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 11:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[étudiant]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Midnight Kitchen]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58634</guid>

					<description><![CDATA[<p>Midnight Kitchen : l’automatisation infiltre le processus de recrutement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/" data-wpel-link="internal">IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Entre pénurie d’emplois, intelligence artificielle (IA), et compétition accrue, le marché du travail est devenu marché du vide. ChatGPT, logiciels automatisés et autres IA génératives se relaient face à un processus d’embauche de plus en plus drainant. Ils permettent aux candidats, mais aussi aux employeurs, d’économiser du temps et de l’énergie. L’IA semble avoir endossé le rôle de candidat et de recruteur.</p>



<p>Le collectif mcgillois <a href="https://midnightkitchen.org/about-us" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Midnight Kitchen</a> (MK), notamment, a dû faire face à cette problématique. Depuis 2002, Midnight Kitchen combat l’insécurité alimentaire et la précarité étudiante, distribuant chaque semaine des paniers-repas à la communauté étudiante. L’association met l’accent sur la solidarité organique, la justice sociale, ou encore la protection environnementale, qu’elle se propose d’enseigner à travers différents ateliers.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« En fait, ça nous a assez surpris. L’utilisation de l’IA par les candidats était juste tellement évidente »</p>



<p class="has-text-align-center">Dania, membre du collectif MK</p>
</blockquote>



<p>Le mois dernier, l’association a ouvert trois postes aux étudiants de l’Université en prévision de la rentrée d’automne 2025. Partageant les valeurs portées par ce collectif, et étant par la même occasion à la recherche d’un emploi étudiant, j’ai naturellement candidaté à leur offre d’emploi. Mon profil n’a finalement pas été retenu, et, accoutumée aux courriels de rejet, je n’ai lu que distraitement celui de l’association. Toutefois, son contenu m’a interpellée. Car, d’après MK, au moins un quart (25 %) des postulants a eu recours à ChatGPT pour rédiger sa lettre de motivation et/ou son curriculum vitæ (CV). À ce sujet, j’ai interrogé Dania, membre du collectif <br>depuis presque cinq ans : « Nous avions un profil très spécifique en tête : actif au sein de sa communauté et politiquement engagé. Les expériences bénévoles et personnelles étaient un atout. » De ce fait, l’utilisation de l’IA a été particulièrement déroutante. Les lettres de motivation rédigées à l’aide de ChatGPT ne permettaient pas d’entrevoir la personnalité ou les convictions du candidat. « Cela semblait très impersonnel », avoue Dania, très étonnée lors de l’examen des candidatures. Les années précédentes, son utilisation était certes décelable, mais plus subtile, « et surtout, pas aussi généralisée », précise-t-elle. « Là, on a retrouvé plusieurs documents presque identiques, reprenant directement des éléments de la description de l’offre. C’était juste bizarre ». Il va sans dire que ces candidatures n’ont pas été sélectionnées.</p>



<p>Dans le cas de Midnight Kitchen, l’utilisation de l’IA s’est révélée contre-productive. Toutefois, on ne peut ignorer la quasi-nécessité d’en faire usage dans un contexte où l’obtention d’un emploi étudiant relève presque du miracle.</p>



<p><strong>La recherche d’emploi : un parcours du combattant</strong></p>



<p>Pendant près d’un an, Bryanna, 19 ans, a multiplié les candidatures. En l’interrogeant sur ses qualifications, force est de constater que ce n’est pas le manque d’expérience qui lui a fait défaut. Avec trois années en service à la clientèle, elle a concentré ses efforts sur ce secteur. Et sur les 200 offres d’emploi auxquelles elle a postulé, seulement deux ont débouché sur un entretien.</p>



<p>Elle a finalement trouvé un emploi au sein d’une compagnie de tutorat, à raison de quatre heures par semaine. Si ce temps de travail ne la satisfait pas, elle s’en contente, consciente de la pénurie actuelle d’offres d’emploi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le sentiment que, fournir des efforts pour produire une candidature qualitative, avec des compétences qui correspondent à la demande du recruteur n’est plus récompensé »</p>
</blockquote>



<p>En effet au Québec, le nombre de postes à pourvoir a atteint son niveau le plus bas depuis 2018, soit <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xHXl_jZiBfY" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">119 175</a>. Une pénurie d’emplois qui pénalise particulièrement les plus jeunes, âgés entre 15 et 24 ans, dont le taux de chômage s’élève à <a href="https://www.journaldemontreal.com/2025/08/08/perte-de-15-000-emplois-en-juillet" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14,2 % en 2025</a>. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xHXl_jZiBfY" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Ventes en baisse, pouvoir d’achat réduit, tarifs douaniers : au cœur de ce contexte économique incertain, les recruteurs ne recrutent plus vraiment…</a> De nombreux emplois n’ont pas survécu à ces coupes budgétaires, en particulier ceux à temps partiel : <a href="https://www.journaldemontreal.com/2025/08/08/perte-de-15-000-emplois-en-juillet" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 500 ont disparu cette année</a>, au détriment d’un bon nombre d’étudiants.</p>



<p>Les postes disponibles, notamment en service à la clientèle ou dans l’alimentation, font donc face à une augmentation accrue de candidatures. L’annonce de MK a cumulé près de 100 postulants, un nombre inhabituellement élevé pour l’association. Les jeunes à la recherche de leur premier petit boulot ont donc peu de chance de se démarquer face à des profils bien plus qualifiés.</p>



<p><strong>Privilégier la quantité à la qualité</strong></p>



<p>Pour obtenir un emploi coûte que coûte, certains étudiants sont donc bien contraints de répondre à un nombre considérable d’offres, parfois sans vraiment prendre le temps de lire <a href="https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/09/job-market-hell/684133/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la description ou les attentes du poste</a>. L’IA apparaît alors comme une aide bien fortuite. Les 25 postulants de MK ayant eu recours à ChatGPT étaient sans doute soucieux d’économiser du temps dans leur recherche d’emploi, espérant maximiser leur chance de déboucher sur une réponse positive. Piètre stratégie, certes, mais légitime.</p>



<p>Au-delà d’une volonté de gagner du temps dans leurs recherches, il y a aussi cette impression d’un processus de recrutement complètement arbitraire. Le sentiment que, fournir des efforts pour produire une candidature qualitative, avec des compétences qui correspondent à la demande du recruteur n’est plus récompensé. Le mérite personnel ne semble plus prévaloir : le piston et les relations préalables constituent la voie royale pour être embauché. <a href="https://www.cnbc.com/2019/12/27/how-to-get-a-job-often-comes-down-to-one-elite-personal-asset.html#:~:text=Research%20shows%20that%2070%25%20of,this%20the%20%22network%20gap.%22" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">80 % des emplois sont obtenus par l’intermédiaire d’une connaissance</a> personnelle ou professionnelle.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Cette sélection automatisée est devenue toutefois indispensable, compte tenu de la hausse de candidatures pour une seule offre d’emploi »</p>
</blockquote>



<p>En ce qui concerne Bryanna, elle a effectué sa recherche d’emploi sans l’aide de ChatGPT, pour des considérations éthiques et environnementales. Cela dit, elle peut concevoir qu’un nombre croissant de postulants y aient recours. Après tout, c’est de bonne guerre : « un pourcentage élevé de candidatures doit très probablement être examiné par une IA », présume-t-elle.</p>



<p><strong>Un marché de l’emploi du vide</strong></p>



<p>Effectivement, les employeurs ne s’en privent pas non plus. Afin d’accélérer le processus de recrutement, les candidatures doivent passer par un logiciel informatique, lequel est <a href="https://www.lexpert.ca/news/legal-insights/artificial-intelligence-real-liability-using-ai-tools-in-recruitment-and-hiring/390159" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">paramétré et entraîné par la base de données de la compagnie</a>. S’opère alors un tri minutieux : les CV sans mots-clés précis, incluant localisation géographique, compétence linguistique ou encore années d’expérience, sont rejetés d’office. L’IA ne conserve que les meilleurs candidats, qui sont dès lors recommandés et priorisés pour un entretien. Un processus assez déshumanisant, puisque les logiciels sont incapables de détecter <a href="https://www.theglobeandmail.com/business/article-how-ai-is-infiltrating-the-hiring-process-for-recruiters-and-job/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’intelligence émotionnelle du candidat</a>, qui doit apparaître notamment dans sa lettre de motivation.</p>



<p>Cette sélection automatisée est devenue toutefois indispensable, compte tenu de la hausse de candidatures pour une seule offre d’emploi. D’après un <a href="https://d341ezm4iqaae0.cloudfront.net/assets/sites/13/2025/01/21162341/Smarter-Hiring-With-Data-Driven-Insights_CA_en.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> publié en 2025 par <em>Indeed</em>, 51 % des compagnies américaines y ont recours. Pour leurs voisins canadiens, le pourcentage s’élève à 27 %.</p>



<p>Beaucoup de postulants ont conscience de ne pas correspondre au profil recherché, mais tentent leur chance malgré tout. C’est un véritable cercle vicieux qui s’est créé : la pénurie d’emplois pousse les postulants à déposer leur CV n’importe où, souvent à l’aide de ChatGPT. Pour gérer cette demande accrue, les compagnies n’hésitent pas à les filtrer au moyen d’une IA. Les candidats, eux, <a href="https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/09/job-market-hell/684133/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">continuent d’intensifier leur recherche</a>.</p>



<p>En tout cas, le climat professionnel actuel est décourageant pour plus d’un. Dania en a bien conscience. C’est pourquoi « l’organisation a pour politique de répondre à chacune des candidatures, même si la réponse est négative », m’a‑t-elle assuré. L’intelligence artificielle, quant à elle, n’a pas fini de <a href="https://www.forbes.com/sites/keithferrazzi/2025/03/27/the-ai-recruitment-takeover-redefining-hiring-in-the-digital-age/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">redéfinir</a> le marché du travail, et semble annonciatrice d’un effritement des liens organiques que nous entretenons les uns avec les autres.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/" data-wpel-link="internal">IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’assurance collective : une accessibilité compromise</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[assurance]]></category>
		<category><![CDATA[cour superieure]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58273</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le débat du retrait.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/" data-wpel-link="internal">L’assurance collective : une accessibilité compromise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Maintenir un régime d’assurance accessible pour la communauté étudiante ou protéger les étudiants en tant que consommateurs et consommatrices? C’est le dilemme que pose le régime d’assurance collective fourni par l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ) et Desjardins, et qui devra être étudié par la Cour supérieure du Québec.</p>



<p>Depuis 1996, des milliers d’étudiants québécois et canadiens bénéficient d’une assurance collective négociée par l’association étudiante de leur université respective. L’adhésion au régime d’assurance est automatique, avec la possibilité de s’en désinscrire à chaque nouvelle rentrée de session d’automne. À McGill, c’est Studentcare qui est derrière ce plan de santé, courtier entre Assurance Desjardins et l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Les <a href="https://www.studentcare.ca/rte/en/McGillUniversityundergraduatestudentsSSMU_Home" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">avantages</a> sont nombreux : couverture d’un large éventail de services, allant des soins dentaires aux conseils juridiques, le tout à un prix compétitif. Une offre <a href="https://ssmu.ca/resources/health-and-dental-plan/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trois à cinq fois moins chère</a> qu’une couverture classique, se voulant accessible pour tous. Ces assurances font surtout office de complément pour les étudiants, dont la plupart sont déjà couverts par un régime de base. Elles prennent en charge les soins dentaires, ophtalmologiques, de santé mentale et autres services non inclus dans le plan provincial.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le rapport suggère une simplification des démarches de retrait, un rallongement du délai et une meilleure communication »</p>
</blockquote>



<p>Si ce système d’assurance semble en tout point avantageux pour la communauté étudiante, des voix s’élèvent à son encontre. Les critiques sont principalement dirigées contre le caractère automatique de ce régime d’adhésion, jugé illégal. Déposée en juin 2023 et menée par deux anciennes étudiantes de McGill et Concordia, une <a href="https://www.droit-inc.com/conseils-carriere/nouvelles/action-collective-autorisee-contre-les-assurances-collectives-etudiantes-automatiques#:~:text=La%20Cour%20sup%C3%A9rieure%20autorise%20une,apr%C3%A8s%20le%2019%20d%C3%A9cembre%202019" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">action collective</a> conteste le modèle de retrait (<em>opt-out</em>). Manque d’informations et de transparence, délais de retrait trop limités, collection de données personnelles non consenties, voilà les principaux reproches adressés à l’assurance collective.</p>



<p>En détaillant la facture de frais d’étude, on peut s’apercevoir que la communication laisse effectivement à désirer : les dépenses optionnelles et automatiques ne sont pas explicitées. À la manière du petit poucet, McGill semble les dévoiler au compte-goutte, nous dirigeant d’un site à l’autre. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux étudiants ignorent jusqu’à l’existence de cette couverture. Certains frais, comme le programme de protection juridique et les frais dentaires de l’AÉUM sont accompagnés d’un astérisque, signifiant qu’ils sont facultatifs. Mais cela, la page ne le précise pas, et indique encore moins la démarche à suivre pour se retirer. Il faudra passer par la page intitulée « <a href="https://www.mcgill.ca/student-accounts/fr/droits-et-frais/description-des-frais" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Description des frais</a> », puis à nouveau par Minerva, puis enfin par Studentcare pour y parvenir. Et si les étudiants viennent à bout de cette chasse au trésor, il faut leur souhaiter d’y être arrivés avant la fin du délai de retrait. Cette année, la fenêtre de délai s’étend du 13 août au 26 septembre. En moyenne, les étudiants bénéficient de trois à six semaines pour se désinscrire. De nombreux étudiants déjà couverts l’ont manqué, et se sont vus contraints de payer une année entière d’assurance sans possibilité de remboursement.</p>



<p>Face aux critiques autour de l’assurance collective, la transition vers un régime d’adhésion individuelle semble être une solution idéale. Pourtant, un bon nombre d’étudiants reste attaché à son maintien.</p>



<p>En 2024, l’Université de Montréal a tenté de s’en défaire, soucieuse de se conformer à la <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/loi-25-sur-la-protection-des-renseignements-personnels-des-citoyens-du-quebec-entree-en-vigueur-de-nouvelles-dispositions-qui-font-du-quebec-un-chef-de-file-mondial-50726" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Loi 25 sur la protection des renseignements personnels au Québec</a>. L’Université voulait adopter un modèle d’adhésion. Cette démarche a été largement contestée par son association étudiante, la FAÉCUM. Défendant le droit à une assurance collective, elle a lancé <a href="https://www.ledevoir.com/societe/education/810795/bisbille-universite-montreal-gestion-assurances-etudiantes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une pétition</a> cumulant près de 1 400 signatures. Ce refus de la part de la FAÉCUM n’est pas surprenant, car c’est le modèle de retrait qui garantit l’accessibilité à l’assurance. En effet, l’adhésion du plus grand nombre d’étudiants au régime permet une plus grande répartition des coûts, au profit des étudiants les plus défavorisés. À l’inverse, une adhésion individuelle serait beaucoup moins rentable pour les fournisseurs d’assurance, <a href="https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/consultations/assurance-planification-financiere/2022-06/rapport_assurances-collectives-associations-etudiantes.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui verraient une baisse des montants perçus</a>.</p>



<p>Dans un <a href="https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/consultations/assurance-planification-financiere/2022-06/rapport_assurances-collectives-associations-etudiantes.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> publié en janvier 2024, l’Autorité des marchés financiers a lancé une consultation publique ouverte à diverses parties prenantes. Parmi celles-ci, 95% étaient favorables au maintien du modèle actuel et 43% jugeaient souhaitable que des améliorations soient mises en place. Le rapport suggère une simplification des démarches de retrait, un rallongement du délai et une meilleure communication.</p>



<p>Devons-nous donc totalement changer de modèle, en faveur d’un régime d’adhésion, ou seulement réexaminer certaines modalités de l’assurance collective? C’est la Cour supérieure du Québec qui tranchera.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/" data-wpel-link="internal">L’assurance collective : une accessibilité compromise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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