Collaboration spéciale – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 19 Sep 2018 23:06:47 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 Cahier Création 2014 https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/20861/ Tue, 01 Apr 2014 22:31:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20861 Cahier Création 2014

Poésie

Rencontres- Yuliya Gorelkina

Rencontres -Alec Tilly 

Réminiscences d’octobre -Elizabeth Plante

Znamenny -Joseph Boju

Tu me chantais, l’autre soir -Philippe Robichaud

En un premier jet -Habib B. Hassoun

Deux poèmes -Lola-Jeanne de la Hosseraye

Délires -Sophie Chauvet

Trois courts poèmes (et un bonus) -Virginie Daigle

Deux poèmes -Léa Bégis

Prose

Ce que l’on craint -Jacob Leon

Adieux à part moi -Gilles Dry

Triste Comédie -Mathilde Milpied

P comme Salam -Jade Moussa

Du lys à la rose -Gwenn Duval

Essais Photo

Pages 3, 8, 12 du Cahier Création:
L’extérieur -Luiz Kazuo Takei (page 3)
Reykjavik entre-deux -Lauriane Giroux (page 8)
Mirages -Nataia Lara Diaz-Berrio (page 12)

 

 

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P comme Salam -Jade Moussa https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/p-comme-salam-jade-moussa/ Tue, 01 Apr 2014 21:55:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20843 Jade Moussa

La guerre civile du Liban, de 1975 à 1990, a causé entre 130 000 et 250 000 victimes civiles. Elle inclut non seulement le peuple divisé entre musulmans et chrétiens, mais aussi les Palestiniens des camps de réfugiés, les Syriens et les Israéliens. Des barricades placées sur les routes divisaient en quartiers musulmans et quartiers chrétiens, où les milices des deux camps égorgeaient les gens à la carte d’identité. Des francs-tireurs isolés fusillaient les civils au hasard.

Les draps amassés sur un côté de son lit, sa robe de nuit froissée dévoilant le haut d’une de ses cuisses, Salam se réveilla dans une position assez inconfortable – la tête sur un coussin mis verticalement sur le montant. Elle posa ses minces pieds nus sur le sol froid, enleva les épingles de ses cheveux, et s’en alla regarder dehors. Elle soupira. Une autre journée de guerre. Mais elle s’en fichait.

Salam s’en alla boire son café turc. D’habitude elle l’aurait pris amer, mais aujourd’hui elle décida d’y mettre du sucre, pour changer. Elle huma l’odeur du café et s’assit près de la radio. Tout en écoutant les nouvelles, elle admira une rose jaune sur la table et laissa son esprit se perdre dans le nœud tortueux de ses pétales. La trêve était annoncée. «C’est temporaire, mais au moins on pourra respirer un peu…», pensa-t-elle. Elle resta quelques minutes ainsi, pensive, les yeux rivés sur la fleur.

Elle bâilla, passa sa main dans ses cheveux de jais, puis décida de se préparer pour la journée. Elle était distraite, pensant à la joie inexplicable qui la prenait soudain. Elle allait revoir son village natal, assister à un mariage.

Elle fit sa valise, s’habilla, puis au lieu de se faire un chignon comme d’habitude, elle décida de laisser ses cheveux couler en cascade sur son dos. Elle traça ses lèvres d’un rouge qu’elle n’avait jamais utilisé auparavant, et sauta sa routinière cigarette matinale.

Salam sortit à l’air libre, elle prit l’étroite allée morne qui la menait vers ce qui avait été autrefois, l’une des plus belles rues de Beyrouth. La rue Hamra, littéralement la rue Rouge.

Cette rue, avant 1975, débordait de vie. Centre des intellectuels arabophones et francophones, lieu de rencontre des jeunes. Les dalles de pierre qui la formaient rendaient l’atmosphère de cette avenue miniature cabalistique. Des arbres qui se réchauffaient sous le soleil, des cafés où les esprits illuminés venaient discuter de philosophie ou de littérature, des clubs de danse où les chansons disco les plus en vogue étaient répétées jusqu’à l’aube, des cinémas qui chaque jour présentaient une dizaine de nouveaux films internationaux – de Hollywood jusqu’à Bollywood en passant par l’Europe et l’Afrique – et des réverbères qui fascinaient le monde chaque nuit en illuminant la rue Hamra de mille feux, empire de beauté incendiée.

Avec la guerre, avec la séparation de la capitale en secteurs Est et Ouest, Hamra a perdu sa beauté: les trottoirs balafrés par les obus, les immeubles portant les cicatrices de fusillades, l’air déserté des babillages des chaussures et des discussions interminables qu’on entendait d’habitude à chaque coin de rue, les réverbères ne s’allumant presque plus jamais.

Aujourd’hui, en cette journée de trêve, cette journée de paix éphémère, Hamra reprenait un peu de forces. Quelques têtes se risquaient dehors discrètement. Aucun signe de milices, de blindés, aucun cri, aucune larme, aucune goutte de sang. Aucune victime.

Salam marchait tout en regardant les lampadaires qui avaient perdu leurs feux, les vitrines brisées des magasins. Elle marchait lentement, enivrée par ce rare moment qui goûtait l’âge d’or de Beyrouth, son Beyrouth d’adolescente. Elle ne pensait pas à ce qu’elle laissait derrière elle, elle ne pensait qu’à ce qui l’attendait au village, cet autre monde qui l’envoûtait. Amchit.

Amchit, village qui règne au-dessus de Byblos, magnifique par sa verdure et son paysage maritime, connu pour son poisson frais et sa population joviale. Amchit, village qui d’après la légende, abrita la déesse Ashtart, équivalente phénicienne de Vénus. Mais ce village était éloigné de Beyrouth, et pour y aller il fallait passer du secteur Ouest au secteur Est, par la rue de l’hippodrome.

Salam avait hâte d’y arriver, de retrouver l’odeur du jasmin que dégageait sa grand-mère, le parfum du persil fraîchement coupé pour préparer le taboulé, les graves voix moroses des commerçants de fruits qui braillaient à l’haut-parleur «Au couteau les pastèques!»

Elle avait hâte de retrouver les petites boulangeries, pour regarder les femmes malaxer la pâte pendant qu’un adolescent nourrirait le feu et sortirait de la grosse bouche du four les délicieuses manakiches au thym et au fromage. Elle admirait la ferveur avec laquelle elles travaillaient, l’amour qu’elles offraient. Elle se rappela les jours d’avant-guerre quand, revenant les vendredis soir à Amchit, elle s’en allait tout de suite se réchauffer dans la chaleur de ces kiosques.

Concorde, rue connexe à Hamra. Concorde et son magnifique hôtel Bristol. Concorde et son succulent restaurant l’Eldorado. Concorde et ses embouteillages. Concorde poussiéreuse. Concorde morte, disparue.

Les belles journées d’été qu’elle passait sous les tilleuls de cette avenue, sirotant son jus, trouvant un certain plaisir à écouter les insultes des chauffards et les cris des enfants qui réclamaient, affamés, des fallafels. Les belles journées d’hiver où, enroulée dans un manteau, elle venait humer l’odeur du café des marchands ambulants.

Salam comptait les minutes, les secondes, ne cachant pas son excitation. Si elle avait pu, elle aurait couru pieds nus jusqu’à Amchit. Elle voulait gambader, comme une gamine, dans les plaines vertes, cueillir des coquelicots et des boutons d’or pour sa mère. Elle voulait porter cette robe blanche en dentelle qui reposait entre les sacs de lavande dans l’ancienne armoire, marcher un sourire béat sur ses lèvres roses.

Puis ce fut Verdun, autrefois la rue du luxe, la rue classe, la rue des gens riches, qui devint la rue des gens pauvres, rongée par les cris de souffrance. Elle continua son trajet, ne prêtant pas attention à la destruction qui l’entourait, indifférente aux misères, inattentive aux blessures sanglantes de la ville. Les bâtiments étaient délabrés, l’asphalte portait sa robe tachée de sang. Elle marchait, le regard lointain, fixé sur l’horizon, imaginant les prochaines heures, le mariage auquel elle était invitée. Elle se voyait assise, troisième rangée du côté de la mariée, fascinée par l’espoir de ces gens qui fêtent leur amour sous les bombardements. Le petit dîner qui suivrait, et les discussions en pleine nuit.

Elle gloussa comme une folle quand elle se souvint des «fausses» bourgeoises dont elle écoutait les moindres petits détails quand elle passait régulièrement sous la pénombre de leur véranda. Ces grosses dames, peinturées de maquillage, se réunissaient chaque matin autour d’un café pour discuter du voyage de Joséphine à Berlin «où j’ai admiré la tour Eiffel», ou bien du sac Choco Channelle «dernier cri, dernier cri!» que Madeleine a acheté, même aussi de la soirée que Georgette a passé à l’hôtel Sursok en compagnie d’Asmahane, chanteuse très populaire. «Nous sommes amies maintenant, elle m’a appelée hier pour la rejoindre à une fête au Bristol. Tu sais, je suis aussi célèbre qu’elle», affirmait-elle; et elles se chamaillaient comme des poules en plein public à cause d’une rumeur racontant que les diamants de Dolly sont aussi faux que son amour pour son mari.

Plongée dans ses pensées, Salam n’avait pas remarqué qu’elle y était presque. Juste devant elle se trouvait le fameux musée national. Celui qui portait tous les secrets des phéniciens, toute leur culture, toute leur histoire; mais telle toute autre rue de Beyrouth, le musée avait subi le pire traitement: violé, vandalisé, volé, dénudé de toute sa beauté. Un titan déchu. Des années de recherche, des trésors, des œuvres d’art, le tout disparu en moins d’une nuit. Tout avait été détruit, transformé en ruines totales.

Encore quelques minutes, elle arriverait à la barricade, appelant un taxi pour l’emmener loin, loin de la capitale et ses bombardements incessants, loin des quartiers morts, loin de toute cette peine. Elle avait hâte de s’asseoir sur la balançoire que son père lui avait accrochée sur le châtaigner devant leur maison. Elle avait hâte de se recroqueviller dans son lit, et écouter la respiration de ses parents endormis dans la chambre d’à côté, la symphonie des criquets, le froissement des feuilles jaunes. Elle avait hâte.

Enfin! L’hippodrome. Elle adorait ce stade-là, le hennissement des chevaux, les gens qui hurlaient, les gamins des rues qui vendaient des cajous et des gommes au mastic syrien. Son père lui racontait toujours comment il rentrait sans payer, se faufilant à travers la longue ligne.

En passant le long de l’hippodrome, elle se rappela les jours où ses quatre amies et elle s’en allaient s’asseoir sur un banc au centre-ville, Place des martyrs, et faisaient les petites adolescentes de seize ans. Le tramway qui sifflait, les bicyclettes, les Mercédès. Puis elles allaient acheter cette crème glacée digne des dieux sur la rue de Bliss, pour se promener après dans le parc de l’université américaine. Elle croyait ces jours perdus à jamais, mais cette journée-là redonnait espoir, redonnait vie aux souvenirs.

Les quelques nuages se dissipèrent, et un timide ciel bleu apparut. L’hippodrome était juste à côté, et la barricade en face. Il y avait des gens qui erraient dans les parages. Elle allait passer la limite, ensuite prendre un taxi jusqu’au village et retrouver les anciennes soirées familiales.

Elle respirait lentement, longeant le mur de pierre, laissant ses doigts glisser dessus. Elle adorait ce silence, le silence du monde qui soupire, qui lâche son stress en une bouffée de vent. Elle avait une mince couche de sueur sur le front, elle massa son cou et ferma les yeux pour savourer la main froide de la brise d’automne. Un mince sourire sur ses lèvres, un regard discret. Elle rentrait chez elle.

Elle s’arrêta devant le lierre géant qui grimpait sur le seul pin de la rue. Dix mètres de plus et elle serait dans l’autre secteur. Elle serait encore plus proche de son village. Rien que dix mètres.

Un coup sec, comme le destin qui frappe à la porte.

Un goût de sang dans sa bouche, une douleur dans son torse. Respiration saccadée. Frémissements. Elle sombra dans un lac de sang, sourde aux cris des autres victimes qui l’entouraient.

Salam continua sa route. Elle commanda un taxi pour l’emmener au nord. Elle avait hâte. Le magnifique coucher de soleil, les hirondelles qui voltigeaient, et l’odeur salée de la mer. Le potager de sa mère, la cabane à pêche de son père, et sa chambre blanche. La place du village et les quelques bougies qu’on allumerait durant la célébration. L’église et sa cloche. Les rires, la joie. Un monde différent, envahi par le bonheur. La nuit étoilée. L’allégresse.

Ses yeux étaient grand ouverts, un sourire fendait son visage. Cadavre paisible.

Salam rêvait à la paix.

Salam voulait dire Paix.

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Triste Comédie -Mathilde Milpied https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/triste-comedie-mathilde-milpied/ Tue, 01 Apr 2014 21:43:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20832 Mathilde Milpied

Annie attendait assise sur une chaise qui faisait face à la fenêtre de la chambre. Sur son lit impeccablement fait, reposait une rose rouge. Sur sa table de nuit, un livre, un verre d’eau. La chambre était dans un désordre épouvantable, comme si une catastrophe l’avait détruite. Annie refusait de croire qu’une catastrophe venait d’avoir lieu. Elle attendait, assise face à la fenêtre, en fumant une cigarette, ses jambes repliées contre son corps. Elle tremblait, mais elle empêchait les larmes de couler. Elle avait mal à la gorge.

Alex attendait assis sur un banc qui bordait une rue peu passante. A côté de lui, une photo à moitié déchirée reposait. Soulevée de temps à autres par la douce brise de cette soirée d’été, la photo ne se laissait pas faire – s’envoler c’est pour les idiots –  et elle restait fidèlement aux côtés d’Alex. Alex était sûr cependant qu’une catastrophe venait d’avoir lieu, et qu’une simple photo n’y changerait rien. Il attendait, assis sur un banc perdu, en fumant une cigarette, les yeux dans le vide. Son corps ne trahissait en aucun cas le tumulte assourdissant qui emplissait sa tête. Il se refusait à laisser les larmes couler. Il avait mal à la tête.

Annie essaya vainement de s’endormir, elle essaya vainement de rester éveillée, elle finit par se lasser et attrapa sa veste. Elle détacha ses cheveux, son visage fut immédiatement caché par son imposante chevelure. Elle sortit, alluma une autre cigarette dans le couloir, le temps d’arriver au coin de la rue elle l’avait finie. L’air était doux et c’était une belle soirée de juin. Elle se sentait étrangement apaisée. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû, alors elle se sentit un peu coupable, puis elle se souvint brusquement qu’il était parti, et soudain elle eut envie de courir jusqu’aux bords de la Tamise pour s’y noyer; ça aurait fait une mort bien solennelle et grandiloquente, les journaux auraient titré: elle se noie dans la Tamise par amour. Un quidam aurait trouvé son cadavre flottant à la surface de l’eau, sous le pont de Westminster, peut-être un jeune couple rentrant d’une nuit trop arrosée, cela aurait été bien ironique. Peut-être un agent de police, ou peut-être un clochard à moitié saoul qui n’en aurait pas cru ses yeux. En marchant, Annie était arrivée à Westminster, elle contemplait la surface sale et boueuse du fleuve. Elle fut tentée, personne ne passait sur ce pont à cette heure à part quelques taxis qui ne prêtaient attention à rien d’autre que leur itinéraire; elle aurait été tranquille. Elle alluma une cigarette. On verrait après pour la noyade. Elle avait été jeune, elle aussi, un jour. Dans ses lointains souvenirs elle était jeune, et belle, et sa vie était agréable, elle était étudiante, elle vivait à Londres, elle sortait boire des bières le vendredi soir avec ses amis dans des pubs du West-End dans lesquels seuls les habitués du quartier descendaient, elle buvait rarement des bières d’ailleurs, et souvent des Bloody Marys, parce que la douceur du jus de tomate était trompeuse et que derrière se cachait l’âpreté de la vodka et qu’elle était toujours surprise par le goût. Elle portait encore des T-shirts de ses groupes préférés, en signe de révolte, en signe de contradiction avec son visage de poupée. De poupée anachronique. Elle avait de grands yeux très clairs, des sourcils très minces et une bouche très fine; elle ressemblait à une actrice de cinéma muet des années vingt, c’était d’ailleurs peut-être cela qui l’avait perdue. Elle était heureuse, elle marchait dans les rues de Londres en imaginant que la ville lui appartenait. Dans le métro elle se faisait passer pour ce qu’elle n’était pas, mais cela ne trompait plus personne après un certain temps, parce que tous les habitués de la District Line de 8h30 comprirent vite qu’en réalité elle étudiait simplement à l’Imperial College et qu’elle n’était pas une héroïne tragique d’une histoire d’amour tragique avec ses grands yeux bleus et ses bottes en cuir. Parmi les habitués de la District Line à 8h30 il y avait un jeune homme qui devait sûrement avoir le même âge qu’Annie, qui s’habillait comme les musiciens qu’elle écoutait à longueur de temps, il avait les cheveux un peu longs en bataille qui lui tombaient dans les yeux; la première fois que leurs regards se sont croisés, ils ont tous les deux reçu un poignard en plein ventre, mais Annie descendait à la prochaine station, alors ce fut tout. Elle aurait dû savoir, déjà à l’époque, qu’un coup de poignard n’était pas un très bon présage.

En repensant à tout cela, Alex eut l’impression que rien n’avait eu d’importance dans cette histoire, que tout n’avait été qu’un vaste tissu de conneries depuis le début. Il aurait surtout aimé s’en persuader, mais il savait que, si c’était vraiment le cas, jamais il n’aurait été autant affecté. Il parcourut ses souvenirs à la recherche de ce moment précis où il l’avait vue pour la première fois; non, ce moment où ils s’étaient croisés par hasard dans la rue. Oui, voilà. Ils s’étaient croisés. La fille du métro. Elle paraissait très tragique, il fut intimidé en la voyant. Il pensait qu’elle devait vivre des centaines de choses très fortes et il se sentait un peu nul, lui, le garçon des beaux quartiers de l’ouest, avec sa vie toute rangée. Il s’était dit alors, que lui s’habillait comme un rockeur de l’East London parce qu’il voulait échapper à son quotidien monotone, et réalisa soudain qu’il en allait probablement de même pour elle. Il prit son courage à deux mains, la rattrapa, lui offrit un sourire adorable de timidité et une cigarette. Voilà comment tout avait commencé. Un poignard, une cigarette.

Mais tout cela n’était qu’un enchaînement d’événements impromptus et qui n’avaient rien à voir avec la réalité: la réalité se déroulait maintenant, lui, assis sur un banc, elle, perdue dans le centre de Londres, en essayant de rassembler ses souvenirs, le cerveau embué par la tristesse et la nostalgie. Alex se leva, ramassa la photo dans sa poche, et s’en alla.

Annie regarda une dernière fois la Tamise, alluma une autre cigarette, et s’en alla.

Ce n’est qu’une fois qu’ils furent tous les deux arrivés dans la chambre qu’ils comprirent que rien n’avait de sens, et que le monde pouvait bien s’écrouler, ils n’en auraient plus jamais rien à faire.

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Réminiscences d’octobre -Elizabeth Plante https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/reminiscences-doctobre-elizabeth-plante/ Tue, 01 Apr 2014 21:33:23 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20823 Elizabeth Plante

Réminiscences d’octobre

Végétation extatique
Moiteur, écorce gorgée
Fauves et broussaille sous l’averse

[Variations chromatiques]

Aurore ténue, draps froissés
Fenêtres ruisselantes
Timide étreinte

Bruine évanescente – Mémoire photographique

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Les ballerines -Marie-Andrée Champoux https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/les-ballerines-marie-andree-champoux/ Tue, 01 Apr 2014 21:31:12 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20821 Marie-Andrée Champoux

Les ballerines

Je t’écris pour te dire que je t’attends
Même lorsque je me perds en verbiages,
En grimages ignares d’émaux et camées,
En fardage de vers enfirouapés

Je t’écris pour te dire que je te sens
Coups de tête et coups de poings et coups de pieds
Et tonne et tonne et tonne, rythme bleuté
Qui file de la mer à toi, sans portage
Car voilà longtemps que nos corps font adage,
En une longue promenade du sang

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Ce que l’on craint -Jacob Leon https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/ce-que-lon-craint-jacob-leon/ Tue, 01 Apr 2014 21:26:37 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20816 Le texte suivant a été choisi par Le Délit parmi quatre textes écrits par des étudiants du Centre d’Enseignement du Français (CEF), pour le cours FRSL 455 – Grammaire et Création, donné par Jean-Yves Richard. Le but était d’écrire une courte nouvelle en s’inspirant des premiers mots de nouvelles écrites par des auteurs connus (ici, Gabrielle Roy).

Jacob Leon

Maman et moi nous roulions dans un train vers la Saskatchewan, pour aller là-bas empêcher un mariage. (Début d’une nouvelle de Gabrielle Roy.)

Le sentiment d’urgence avec lequel nous avions débuté cette aventure m’avait déjà, il y a longtemps, abandonné aux périphéries de cette terre vide. Je contemplais les champs de blé, illuminés par la lueur muette de l’aube, qui nous entouraient depuis des heures. Ayant passé le jour précédent dans un sommeil rétif, j’ai survécu à la nuit interminable d’une manière insomniaque. Dans ces temps-là, je ne comprenais guère la motivation de notre voyage. Malgré les murmures et chuchotements qui m’avaient confié l’ébauche d’un scandale familial, la raison des sanglots de ma grand-mère et de l’angoisse de ma mère demeurait floue. Ma mère avait essayé de m’expliquer les détails de la situation, à travers le vacarme du train, en usant des métaphores pudiques que l’on emploie en abordant des sujets délicats avec les enfants, mais pour moi l’histoire du gros homme ukrainien aux yeux bleus et aux cheveux blonds, qui s’était enfui avec ma jeune tante de vingt-deux ans avait plutôt l’air d’un conte de fées que d’une tragédie.

Au début de notre voyage le wagon était rempli de passagers. Les gens se bousculaient en hurlant des conversations dans tous les dialectes d’un pays en train de se peupler. Ils emplissaient l’atmosphère en se mêlant et s’entrechoquant, tellement que l’on ne pouvait entendre ses propres pensées. Là, par contre, au bout de notre trajet, la plupart des gens étaient descendus, et il n’y restait que cinq ou six hommes sombres et fatigués qui traînaient leur vie en bandoulière jusqu’au bout de la civilisation. Dans le silence du petit matin, on n’entendait que ses propres réflexions qui rebondissaient sans cesse dans sa tête et se mêlaient au fracas rythmique du train. Hypnotisée par la multitude de tiges de blé que nous dépassions à pleine vitesse, j’essayais de comprendre avec mes facultés émotionnelles de gamine de huit ans, les sentiments qu’éprouvait ma mère envers sa sœur. Avant le début de cette affaire turbulente, ma mère me semblait imperturbable, calme et juste dans tous les aspects de son comportement. Même pendant les longs mois qu’a duré l’agonie de mon père, je ne l’ai jamais vue dans un tel état d’agitation. Ces jours-là par contre, le moindre mot pouvait déclencher une colère féroce ou des sanglots irrépressibles. Je n’arrivais point à comprendre pourquoi le départ de sa sœur avait déclenché en elle un tel conflit spirituel.

Soudain,  à travers la brume matinale, illuminée par une lueur bleuâtre, j’ai aperçu un visage entre les tiges de blé. En réalité, je n’aurais pas pu le voir durant plus de quelques secondes, mais, dans mes souvenirs, le moment s’est étalé, pour que quand j’y réfléchisse, j’aie l’impression d’avoir étudié le moindre détail de cette mine sombre pendant une éternité. Dans ma conception juvénile, il avait l’air âgé comme le sont tous les adultes, mais à en juger par le brun profond et uniforme de ses cheveux il n’aurait pas pu avoir plus d’une trentaine d’années. Il portait la figure abîmée de ceux qui travaillent longtemps et dur pour survivre. Le vent, le soleil, la fatigue, et le froid avaient déchiqueté toutes les surfaces lisses de son visage et y avaient laissé une topographie montagneuse, où s’était installée une tristesse profonde. Dans ses yeux, on voyait une âme qui s’était habituée il y a longtemps aux malheurs quotidiens.

Aussi soudainement qu’il est apparu, il a disparu derrière l’horizon. À ce moment-là j’ai compris ce que ressentait ma mère pour sa sœur. Elle n’éprouvait ni colère ni honte, comme je l’avais soupçonné auparavant. Par contre, ma mère qui avait tant souffert au cours de ces trente années craignait que sa sœur gaspille aussi sa vie en souffrances et en malheurs. Je n’ai appris que plus tard intégralité de l’histoire, que le bel Ukrainien aimait boire, que ses belles grosses mains suivaient des fois une trajectoire imprévisible, mais en ce moment je comprends la crainte et le regret qui hantaient ma mère.

Cet après-midi-là le train est tombé en panne. Nous avons pris quinze heures de retard. Nous sommes arrivés le jour suivant.

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Rencontres -Alec Tilly https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/rencontres-alec-tilly/ Tue, 01 Apr 2014 21:23:53 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20812 Les slam suivant a été écrit par un étudiant du Centre d’enseignement du français (CEF) à McGill, dans le cadre du cours FRSL 407 – Français oral, donné par Natallia Liakina. L’objectif était d’écrire un texte inspiré du slam « Rencontres » de Grand Corps Malade.

Alec Tilly

Oui, j’apprends toujours, et oui, j’ne suis pas très vieux,
Mais y’a des choses dans ma vie qui m’influencent plus qu’un peu
Grâce à ma famille, et aussi à l’expérience,
J’ai beaucoup appris, et ce n’est pas seulement de la chance.

Au début de mon chemin, j’ai rencontré la vie sans soucis
Pas caractéristique de la vie réelle, comme le printemps sans la pluie
Le monde était sans fin, et j’étais seulement un enfant
Je m’en fichais de ce qu’il se passait, à condition que ce soit amusant,
Des jours pleins de jeux, avec deux ou trois amies.
M’enfin, comme j’ai vieilli, la vie me donne plus de soucis.

Un peu plus tard, au début du lycée
Mes relations ont changé, et j’ai retrouvé l’amitié.
Il ne s’agit pas de jeux, c’est plus profond,
On peut partager soi-même et partager le monde
Des rêves, des problèmes, et surtout de l’humour,
La vie vaut le coup, quand t’as des amies, toujours.

Un moment sur ma route, j’ai rencontré la musique,
Enrichissante et tranquille, c’était une rencontre bénéfique
J’y suis devenu accro, mais ça fait rien,
Quoiqu’il se passe, elle me fait du  bien.
Je me promène dans la vie avec des mélodies dans ma tête,
Toujours apaisantes, elles rendent la vie parfaite
Ou presque, y’a dans la vie infiniment de problèmes.

Assez tôt sur mon parcours, j’ai rencontré la maladie,
Mais aussi je suis devenu plus fort, sans besoin de cris
Pour raisons de santé, mes parents ont traversé le pays
J’ai vécu avec mon parrain durant presque une année.
C’était dur sans doute, et j’ai du compter sur moi-même,
Mais aussi avantageux, et ça a valu la peine.

Grace à cette expérience, j’ai rencontré l’Independence,
J’ai pris contrôle de ma vie entière,
Et j’ai réalisé ce que je voulais faire.
Sans une personne pour me guider,
Je devais prendre mes responsabilités.
Je suis a l’université dans un pays diffèrent,
Mais avant ça, d’autres trucs ont été importants.

Pendant la dernière année chez moi, j’ai rencontré la nostalgie,
Pas une seule fois, y’a toujours le fait que la vie passe trop vite.
Mon enfance me manque, à l’époque je n’avais pas de soucis,
Mais y’a des changements que je dois accepter avec le sourire.
Une chose que j’ai apprise, c’est d’avoir un esprit ouvert
Le temps passe, les saisons changent, et l’herbe n’est pas toujours verte
Mais je suis une personne très heureuse, pleine de bonheur,
Si je me calme et je prends l’air, je peux faire tout sans peur.

Bien que la vitesse de la vie me rende nerveux,
Le futur m’attire, et mes ambitions brûlent comme un feu.
Récemment sur mon trajet, j’ai rencontré le voyage
Le monde attend d’être découvert, et j’ai besoin de courage
Un tas de pays, un tas de personnes, chacun est incroyable
Tout est ici pour une raison, même si elle est insondable
Donc j’vais tout voir et rencontrer tout le monde
Pour vivre ma propre vie, sans gaspiller une seule seconde.

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Rencontres https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/rencontres/ Tue, 01 Apr 2014 21:20:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=20810 Les slam suivant a été écrit par une étudiante du Centre d’enseignement du français (CEF) à McGill, dans le cadre du cours FRSL 407 – Français oral, donné par Natallia Liakina. L’objectif était d’écrire un texte inspiré du slam « Rencontres » de Grand Corps Malade.

Y. G. 

Maman, papa
Je ne vous ai jamais expliqué
Que grâce à vous et à l’encouragement que vous m’avez donné,
J’ai rencontré des situations positives qui m’ont donné la joie, le courage et le succès.
Vous m’accompagnez sur mon parcours difficile
Et maintenant vous apprendrez
Comment vous avez rendu ma vie heureuse
Et comment vous m’avez influencée.
Tout d’abord sur ma route, je marchais sans rencontrer de résistance
J’étais très petite, c’est vrai, mais je me promenais avec l’assurance
Mais quand j’avais sept ans, j’ai rencontré mon premier ennemi
Il était terrifiant, il a bouleversé ma vie
Cet ennemi était l’immigration
Et je me suis donc familiarisée avec la confusion
En arrivant au Canada, j’ai remarqué que tout était nouveau
Les gens, la nourriture, la langue
J’essayais d’écouter, mais je ne comprenais pas les mots
Je me sentais perdue, j’étais sans voix
J’ai rencontré des nouvelles personnes, mais j’avais peur chaque fois
Je me faisais du mauvais sang et je pleurais
Mais sans arrêt, vous m’avez consolée
Vous m’avez expliqué que les changements sont difficiles
Et que la vie n’est pas toujours facile
Vous avez eu raison et au fil du temps, je me suis fait l’oreille
J’ai commencé à comprendre les mots et les expressions
Enfin, j’ai appris l’anglais

Donc, j’ai continué sur ma route avec plus de vigueur
Parce que mon premier ennemi avait fortifié mon cœur
Mais après avoir déménagé plusieurs fois
J’ai rencontré un autre ennemi que je n’aimais pas
C’était la timidité qui m’a suivie de près
Elle m’a rendue peureuse et je m’inquiétais
J’avais envie d’être sociable et extravertie
Mais puisque je manquais d’assurance, je n’ai pas réussi
Néanmoins, vous m’avez tenue par la main gentiment
Et je suis devenue plus à l’aise au fil du temps

Un peu plus tard sur mon chemin, j’ai rencontré une vraie amie
Elle s’appelait «curiosité» et elle était vraiment jolie
En la rencontrant j’ai découvert
Quelque chose d’extraordinaire:
J’ai compris que j’adorais étudier
Je voulais apprendre les maths, l’histoire, la science et le français
Même si vous étiez très occupés, vous avez joué un grand rôle
Dans l’énorme succès que j’ai connu à l’école
Vous avez enrichi mon éducation
En répondant à mes nombreuses questions

Assez tôt sur mon chemin, j’ai rencontré deux êtres destructifs et inconnus
Et ils m’ont attaquée à première vue
J’étais désarmée, naïve et terrifiée
Pendant que l’anxiété et le trouble d’alimentation me tourmentaient
Je me sentais isolée parce que j’étais différente
Malheureusement, mes pensées étaient toujours méchantes
La nourriture et moi, nous avons développé une relation bizarre
J’étais têtue et je ne mangeais pas
Je suis rapidement devenue très mince, tordue, malade
Ma peine psychologique était évidente
Les médecins étaient fâchés quand leurs médicaments n’ont pas fait d’effets
Malgré tous leurs efforts, rien n’a changé
Pourquoi? Parce que leurs remèdes n’étaient pas ce dont j’avais besoin
J’avais envie du réconfort de mes parents, ainsi que de leur soutien
Alors, chers parents, votre tendresse et patience ont transformé mon état d’esprit
J’ai choisi d’arrêter de me faire du mal, et j’ai guéri

Donc, j’ai marché sur mon chemin avec plus d’assurance
Après avoir découvert l’amour propre et l’indépendance
J’étais plus forte et ouverte d’esprit
Et quand j’ai rencontré un nouveau copain, je l’ai accueilli
Ce copain était le choix et il m’a montré des possibilités
Il m’a donné l’occasion d’adopter la liberté
Je devais choisir une université pour mes études
J’étais enthousiaste, mais en même temps, il y avait des incertitudes
Donc, mes chers parents, c’est vous qui m’avez guidée
Quand vous m’avez rappelé qu’on doit toujours rêver
Vous m’avez encouragée à choisir l’Université McGill
Et maintenant je suis contente d’apprendre les matières utiles

Mais je ne vous ai jamais dit «Merci»
C’est grâce à vous que je suis ici
Au Canada, à Montréal, à l’Université McGill
Vous m’avez inspirée à braver les normes, à faire de mon mieux, à être moi-même
Et pour cette raison, je dois vous dire «je vous aime»

Maintenant je brûle d’impatience de continuer sur ma route
Je suis pleine d’espoir et je n’ai aucun doute
Vous êtes très loin et je marche toute seule
Mais je sais que vous me soutenez

Et maintenant, à ce moment, je vous dis
Du plus profond de mon cœur,
Chers maman et papa,
« Merci »

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Francofête 2013 https://www.delitfrancais.com/2013/02/12/francofete-2013/ Tue, 12 Feb 2013 20:02:04 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=17104 La Commission des Affaires Francophones de McGill (CAF) organise cette année encore la Francofête. Cet événement annuel comprend une semaine d’activités hivernales et culturelles à saveur francophone. Du 11 au 15 février, des activités sont organisées afin de permettre à qui le veut d’en apprendre plus au sujet de la communauté francophone de McGill.

Les activités commenceront mardi soir à Gert’s avec un 5 à 7 avec les francophones de Concordia. En collaboration avec l’association des francophones de Concordia (CFSA), la CAF vise à tisser des liens avec la communauté étudiante francophone dans les deux plus grandes universités anglophones de Montréal.

Mercredi le 13 février, .une cabane à sucre mobile sera installée devant le pavillon de l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM) entre 11h et 14h. Les cent premier arrivés  pourront gratuitement déguster leur tire d’érable, gracieuseté de la CAF! Plusieurs produits à l’érable seront aussi en vente.

Plus tard dans l’après-midi, un panel culturel sera présenté sous le thème: «Les deux solitudes: l’intersection du français et de l’anglais à Montréal». Il y sera discuté entre autres de la dualité linguistique qui existe à Montréal.

Parmi les panellistes: William Straw, professeur au département de l’histoire de l’art et de communications et directeur du de l’Institut des études canadiennes de McGill, Gilian Lane-Mercier, professeur du département de langue et de littérature française et Manon Gauthier, Directrice du Centre Segal de Montréal. L’événement se déroulera dans la salle Lev Bukhman dans le pavillon Shatner et débutera à 15h30. Il sera bilingue ainsi qu’organisé en collaboration avec d’autres organisations étudiantes de McGill.

Le 14 février, une session d’information mettra en valeur les régions francophones de quelques étudiants de McGill.

De Toronto jusqu’au Lac Saint-Jean, toutes les régions seront couvertes. Par la suite, une session portant sur l’histoire du Québec sera présentée.

Ces deux événements auront lieu dans la salle Lev Bukhman dans le pavillon Shatner entre 11h30 et 12h30.

Pour terminer la semaine, vendredi soir, la CAF organise une excursion vers le Vieux Port pour une soirée de patinage. Le thème? Musique des années 80-90. Joyeuse Francofête! ξ

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Ménage à McLennan https://www.delitfrancais.com/2013/02/12/menage-a-mclennan/ Tue, 12 Feb 2013 07:27:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=17010 C’est avec étonnement que nous apprenions ce lundi 11 février au matin, que des changements sont en cours à la bibliothèque McLennan: à l’initiative de la doyenne Colleen Cook, la collection de référence sera progressivement retirée des rayons. Ceci s’effectue sans aucune consultation ni des bibliothécaires ni des professeurs ou des étudiants; l’information a été découverte et révélée par l’un des professeurs du Département d’Anglais. Le principal argument invoqué pour justifier cette suppression est la présence de tous ces textes sur Internet; or, outre le fait que cela s’avère être faux, les textes en version papier sont extrêmement utiles aux étudiants, notamment aux étudiants en Maîtrise et en Doctorat, qui ont besoin d’avoir le meilleur accès possible aux documents nécessaires à leurs travaux. La collection de référence de McLennan contient, entre autres, de nombreux dictionnaires, et son retrait pénaliserait d’autant plus les élèves travaillant dans une langue autre que l’anglais. L’espace gagné par le retrait des rayons de livres permettrait de créer un nouvel espace de travail destiné aux étudiants de premier cycle, mais cet espace semble un bien maigre gain face à la perte de toute une partie de la bibliothèque. L’Association des étudiant(e)s en langue et littérature françaises inscrit(e)s aux études supérieures (ADELFIES), apprenant cette nouvelle, a rapidement réagi et a envoyé dès lundi matin un courriel à Colleen Cook pour demander l’arrêt immédiat du processus. Renaud Roussel, représentant de l’ADELFIES à l’Association étudiante des cycles supérieurs de l’Université McGill (AÉCSUM) et rédacteur du courriel à la doyenne, se dit «à la fois surpris et horrifié» de la nouvelle. Il met en avant les nombreuses pannes informatiques susceptibles de priver les étudiants de leurs outils de recherche, et déplore surtout le manque de consultation des membres de la communauté mcgilloise avant de mettre en place le projet. La question doit être débattue lors de la prochaine assemblée générale de l’AECSUM qui se tiendra mercredi le 13 février. Le Délit suivra l’affaire à jour dans le prochain numéro.

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Comission des Affaires francophones https://www.delitfrancais.com/2012/09/18/comission-des-affaires-francophones/ Tue, 18 Sep 2012 07:28:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=14247 La Commission des affaires francophones est un service offert par l’AÉUM qui vise à faire résonner la culture et l’identité francophone au sein de la communauté mcgilloise. En organisant des activités culturelles, politiques et littéraires qui adhèrent aux intérêts des francophones, la CAF a pour but d’inciter les francophones et francophiles à s’intégrer à la communauté francophone.

Pourquoi avoir la CAF? L’université McGill compte parmi ses 37 000 étudiants une communauté francophone marquante: 18% de la population étudiante de McGill déclare la langue française comme étant leur langue maternelle et presque 1000 nouveaux étudiants nous proviennent de la France à chaque année. En tenant compte de ces chiffres, c’est en 2007 que l’AÉUM créa la CAF afin d’assurer un espace de rassemblement francophone et de pouvoir vivre en français à McGill.

Cette année, nous sommes deux commissaires à diriger la CAF et c’est avec plaisir que nous prenons ce dossier en main! Tous les deux provenant de l’extérieur de la province de Québec, nous sommes un fier francophile de l’Ontario et une fière franco-canadienne du Nouveau-Brunswick, respectivement. Matthew Chung, étudiant en Histoire et en Études québécoises, espère abattre les barrières qui existent entre les francophones et les anglophones. Emmanuelle Arpin, étudiante en Sociologie, de son côté, espère rassembler des francophones provenant de tous les coins de la francophonie, afin de sensibiliser la communauté mcgilloise à l’élément francophone qui existe sur le campus. C’est avec esprit et enthousiasme que nous entamons cette année avec déjà plusieurs activités en tête!

Comme à chaque année, nous prévoyons vous offrir encore une autre Francofête du tonnerre, en incluant un voyage au Carnaval de Québec. Cet automne, nous organisons un pub crawl francophone pour découvrir les bars et boîtes du Quartier Latin – oui, nous irons plus loin que Saint-Laurent! Nous prévoyons aussi deux débats politiques axés sur des questions de politiques linguistiques, des enjeux toujours présents dans la communauté francophone. De plus, nous aurons des rencontres mensuelles qui offriront un temps de partage de vos idées d’activités et d’initiatives francophones que vous aimeriez voir se réaliser cette année.

Pour plus d’informations au sujet de la CAF, de la communauté francophone mcgilloise et pour les dates de nos rencontres mensuelles, abonnez vous à notre liste de diffusion en nous écrivant au caf@ssmu.mcgill.ca. La première rencontre aura lieu le jeudi 20 septembre à 20h dans la salle B29 du pavillon Shatner. Soyez des nôtres!

– Emmanuelle Arpin et Matthew Chung

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Manifestation du 20 Avril https://www.delitfrancais.com/2012/04/24/manifestation-du-20-avril/ Tue, 24 Apr 2012 22:06:08 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12862

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Créer l’insécurité : McGill et la grève étudiante https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/creer-linsecurite-mcgill-et-la-greve-etudiante/ Tue, 03 Apr 2012 13:29:35 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12444 Depuis que le mouvement de grève étudiante a pris de l’ampleur, les membres des corps étudiant et professoral de l’Université McGill reçoivent de l’administration nombre de courriels – parfois plusieurs fois par jour – visant à les tenir informés de tout événement qui pourrait perturber leur routine. L’Université a même lancé un blogue détaillant les actions et déplacements des groupes opposés à la hausse des droits de scolarité. Ces initiatives s’ajoutent aux mises à jour en temps réel permises par ses nouveaux services d’alertes téléphoniques et informatiques, McGill/Attention! et Alertus.

L’administration prétend que ses messages font suite à des craintes exprimées par les étudiants pour leur sécurité. Il semble plutôt que ce soit l’intensité de cette réponse qui crée de toutes pièces l’impression d’une menace et contribue à entretenir un sentiment d’insécurité au sein de la population étudiante.

À force de présenter les événements sans aucune différenciation, l’administration finit par produire un dangereux amalgame entre violence et manifestation. Elle informe d’un rassemblement paisible d’étudiants avec les mêmes moyens et dans les mêmes termes que d’un attroupement d’individus «masqués et cagoulés» défilant au centre-ville ou lançant «des projectiles». La résistance à la hausse des droits de scolarité est ainsi systématiquement assimilée à une lutte violente tandis que ses partisans sont rendus responsables de la «menace» qui pèse sur le campus. En évitant de trier l’information qu’elle envoie et en refusant d’établir de réelles distinctions entre la majorité pacifique des manifestants et quelques groupuscules radicaux, l’administration dénature la réalité des événements de ces dernières semaines et prend implicitement parti contre le soulèvement étudiant.

Au cours des derniers jours, alors que les piquets de grève se sont durcis devant les cours, l’Université McGill s’est mise à dénigrer explicitement l’action des manifestants issus de sa propre communauté. Elle écrit que chacun devrait pouvoir jouir de «la libre expression des opinions», mais cela «sans nuire à la mission de l’Université, laquelle consiste à offrir une formation de qualité à ses étudiants». L’administration restreint ainsi artificiellement le cadre à l’intérieur duquel les opinions peuvent être librement exprimées : si l’étudiant sort de ce cadre, son action devient illégitime. Ce faisant, elle néglige le fait que bloquer l’accès aux cours est l’un des principaux moyens de pression actuellement utilisés par l’ensemble des étudiants en grève au Québec, moyen justifié par le fait que leur «opinion» n’est pas entendue autrement.

Les messages précisent que «tout individu refusant de s’identifier auprès du personnel de sécurité sera considéré comme ne faisant pas partie de McGill. Dans un tel cas, l’Université se réserve le droit de faire appel aux autorités policières.» L’Université représente ainsi ses propres étudiants en grève comme des éléments extérieurs venus perturber la paix. Une telle formulation crée un clivage au sein de la population étudiante, reproduisant celui déjà existant entre le microcosme mcgillois et le reste du Québec. En effet, l’administration encourage de manière insistante les étudiants qui se sentiraient menacés à se joindre à ses efforts, en portant plainte et en appelant les services de sécurité.

Alors que la contestation s’installe progressivement au sein de l’institution, il serait temps que l’administration mcgilloise reconnaisse l’ampleur de ce qu’elle présente comme une «so-called general student strike» – une expression qui n’est, étrangement, pas rendue dans la traduction française du message. Il serait également temps que l’administration cesse de dissimuler ses véritables positions derrière la question de la sécurité, réduisant le débat à une simple opposition entre elle (ses étudiants «menacés») et les autres («menaçants»). Avec la rhétorique douteuse de ces nombreux courriels et alertes, McGill semble moins protéger ses membres que préparer le terrain pour une répression excessive à laquelle certains étudiants ont déjà goûté le 10 novembre dernier après avoir occupé pacifiquement les bureaux de la principale et vice-chancelière.

Pour toutes ces raisons, nous contestons la prétendue objectivité des services d’information de l’Université McGill et estimons injustifiable la multiplication des gardes de sécurité sur le campus. Cette dérive sécuritaire, incommensurable à la dimension de la menace, est indigne de la vocation de l’institution. Nous espérons que notre université se montrera dorénavant à la hauteur de sa «mission», qui consiste non seulement à offrir une formation de qualité à l’intérieur des salles de cours, mais aussi à aiguiser l’esprit critique de ses étudiants et à former des citoyens humains et lucides.

Véronique Samson
Gabrielle Roy-Chevarier
Renaud Roussel
Francis Loranger
Félix-Antoine Lorrain
Aurélie Chevanelle-Couture
Nelly Desmarais
Caroline Loranger
Valérie Mailhot
Julie Beauvais
Myriam Vien
Luba Markovskaïa
Julie Turcotte
Mathieu Simard
Catherine Côté-Ostiguy
Simon Arès
Anne-Marie Bélanger
Alex Noël
Maude Labelle
Xavier Jacob
Claire Leydenbach
Catherine Renaud
Sonia Sara Theberge
Émilie Choquet
Thomas Mainguy
Mai Anh Tran-Ho
Katia Belkhodja

Étudiants aux cycles supérieurs du Département de langue et littérature françaises de l’Université McGill

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Photos-Création https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/photos-creation/ Tue, 03 Apr 2012 12:26:23 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12724 Joey Shea
Joey Shea
Joey Shea
Joey Shea
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Gaza https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/gaza/ Tue, 03 Apr 2012 12:22:08 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12500 Un désert
enflammé
Des roches qui suintent le crime

Voilà la noyade du feu
Dans une terre semée de tombes infertiles
Que parcoure l’homme à tâtons

Un ciel béat,
Presque incrédule,
Si médusé, en fait,
Qu’il en suspend ses nuages

Des chemins incomplets
Vierges de toute intention
Qui rampent le long de plates collines

Des êtres humains
Fatigués de la mort
Qui se défendent de l’habitude
Par l’habitude

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Un bouquet de mémoires https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/un-bouquet-de-memoires/ Tue, 03 Apr 2012 12:21:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12487 Les mémoires de mon année ici
sont festonnées brillamment
par un bouquet abondant.
Un bouquet,
Garni avec des fleurs de triomphes,
Et salé avec du crottin de calomnies.

Je n’ai pas de regrets,
Je n’ai pas d’alternatives.
Néanmoins,
J’ai mes mémoires,
Qui existent encore,
Qui me réjouissent, et que j’abhorre.
Qui sont servies comme des cours,
D’un vieux professeur,
Pour changer l’essence de mon séjour,
Pour conjurer les réalisations
d’un espoir,
Et pour exposer les prétentions d’un
étudiant et sa vaine gloire.

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En lire de toutes les couleurs https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/en-lire-de-toutes-les-couleurs/ Tue, 03 Apr 2012 12:11:58 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12662 Les quatorze écrits donnés à lire sont, pour une deuxième année consécutive, le fruit d’un processus d’écriture créative à partir du recueil Les aurores montréales  de Monique Proulx auprès d’étudiants du cours FRSL 321: Oral and Written French II au Centre d’enseignement du français (CEF). Ces écrits, ou plus précisément prologues et nouvelles, viennent conclure deux semestres d’expériences de lecture, discussions-analyses et écriture menées en présentiel et à distance avec le blogue-magazine Legoutdufrancais.org, une tribune pour ces étudiants.

On découvre ainsi des prologues et nouvelles qui s’enchâssent symboliquement  dans le recueil existant afin d’enrichir la palette des couleurs initialement choisies par Monique Proulx. Sans aucune prétention, les étudiants non-francophones proposent de partager, en français, leurs visions montréalaises de la diversité culturelle -qu’elle soit linguistique, ethnique, sexuelle, sociale ou encore religieuse– ou les raisons d’être d’un questionnement identitaire. Ces dernières s’expriment d’ailleurs à travers une mosaïque d’expressions baignées d’émotions et souvent imprégnées de la réalité socio-politique du moment. Il s’agit d’autant de clins d’œil à l’œuvre de Monique Proulx qui revêt  la remarquable particularité d’entrouvrir la porte à tout un chacun à une identification , mais surtout qui donne la possibilité de s’en affranchir comme en témoignent ces écrits.

Nous présentons dans ces pages cinq des textes les plus forts; les quatorze œuvres du recueil intégral sont disponibles sur le site web du Délit.

Bonne lecRIture!
Marion Vergues

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Rouge et Bleu https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/rouge-et-bleu/ Tue, 03 Apr 2012 12:10:36 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12504 Cher Jin,

Hamlet s’est demandé une fois: «Être ou ne pas être ». Eh bien, pour être honnête, je n’ai pas vraiment le choix de décider d’être ou de ne pas être. 

Dans cette ville sombre qu’est Montréal, je suis un fantôme; je suis une paria qui ne peut pas être accueillie dans les deux mondes.

Cela fait douze ans que je vis à Montréal. Je parle français, anglais, et j’ai reçu mon diplôme à HEC Montréal. Même mon passeport indique que je suis canadienne. 

Cependant, mes amis me considèrent comme une Coréenne ou une immigrante asiatique. 

Mes amis me posent souvent des questions à propos de la musique populaire coréenne, mais pour être honnête, je n’ai aucune idée de ce dont ils parlent. La Corée me manque.

Même si Montréal est une ville diverse, je n’ai pas trouvé ma niche. Je n’appartiens plus à la société coréenne, mais je ne suis pas acceptée complètement dans la société québécoise.

Qui suis-je, Jin? Mon identité est entre les deux mondes maintenant. Est-ce que je dois prêter serment d’allégeance à seulement une culture? Ou est-ce qu’il est possible de faire partie des deux?

J’ai rencontré des personnes de nombreux pays différents et de cultures différentes. Mais ils trouvent des similitudes dans leur situation –la situation d’un immigrant dans ce pays tellement froid.

Nous nous battons ensemble, mais c’est encore une bataille individuelle. Comment est-ce qu’on peut l’expliquer? C’est un sentiment bizarre. Même s’il y a beaucoup de cultures en ma présence pour une quelconque raison, je me sens encore seule.

Aujourd’hui, j’ai rencontré mes amis coréens dans un bar. Je voulais juste me détendre et profiter de ma soirée avec un cocktail. Mais non, les Coréens sont supposés boire jusqu’à ce qu’ils vomissent et ils considèrent cela comme un geste de politesse! Comme c’est stupide! 

Les Coréens sont comme les taureaux: quand ils sont fâchés, ils voient tout en rouge. Mais cette lettre est devenue trop déprimante! Je ne suis pas vraiment si malheureuse, c’est seulement une humeur pensive qui est passagère.

J’ai survécu à l’hiver, et maintenant les beaux jours sont là. L’été approche, et, avec l’été, mon retour en Corée! J’espère te voir bientôt. Donne mon amour à la famille.

Tu sais, Montréal est une ville diverse et multiculturelle, c’est un mélange d’individus de toutes ethnicités dans une ville où il y a des quartiers chinois, espagnol, italien…

Je suis un esprit libre qui n’est lié à aucune chaîne ethnique, ni coréenne, ni canadienne. En fait, je suis montréalaise, car Montréal est mon ciel et mon enfer, et je demeure ici.

Sophia Ma, Xiaowan Qin, Sung-Bong Woo, Nathalie Boyle

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La foule https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/la-foule/ Tue, 03 Apr 2012 12:09:30 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12506 Étendu dans son lit, il reste un moment entre un état de rêve et de veille, un lieu entre sa réalité et son passé.

Attiré par les sirènes de la rue, il s’approche de la fenêtre. Les grévistes manifestent avec un tonnerre de hurlement, de cris d’orgueil sur le boulevard de Maisonneuve. «Je dois les rejoindre» marmonne-t-il en ouvrant la boîte de café. L’eau tombe goutte à goutte à travers la mouture riche et noire, infusant l’air et donnant une forte sensation nostalgique.

Il lève les yeux de sa tâche se disant «C’est ma responsabilité. Pourquoi ne peux-tu pas me comprendre?»  Sans attendre de réponse, il continue à parler: «Ne me dites pas que je fais la grève sans raison. Ne me dites pas de l’oublier» dit-il avec véhémence en coupant une tranche de pain pour son petit déjeuner aussitôt expédié. Brandissant le couteau, il continue «C’est toi qui oublies que les émeutes chez nous étaient les seules mesures qui pouvaient promouvoir la cause de la liberté!» Maintenant criant, «Je n’attendrai pas en silence, hors de danger alors que tu restes en Égypte pour lutter contre l’oppression!»

Le soleil perce, jetant des ombres autour de son appartement. Dans la distance, la montagne devient visible. Il voit la Croix au nord, toute seule, illuminée même dans le matin.

Au sud, il est sensible au fleuve, tellement différent du fleuve qui définissait sa vie d’enfant: froid, dangereux et désert plutôt que lent et tiède, plein d’activité en fait. «C’est toi qui ne comprends pas la raison de la grève. Je suis certain que cet enjeu est important, comme les autres étaient importants.»
Il se tourne dos à la fenêtre, face aux ombres dans l’appartement. Face à l’est, à la Mecque, et à sa famille. «C’est là où je suis important, c’est là où je suis accepté» crie-t-il, «Qui êtes-vous pour déterminer ma vie ?  Ma vie repose dans mes mains, et seulement mes mains. Avec mille autres corps et mille autres voix, je vais faire partie de cette manifestation!»

Il s’arrête. Ces mots pénètrent en profondeur pour attendre une réponse, inutile comme toujours. Il cesse de parler. Il at assez entendu sa propre voix. Il sort de sa chambre vide pour rejoindre la foule.

* * *

Il est entouré par des gens mais il est encore profondément seul.

Alvira Rao, Emma Gause, Hans Krause, Maria Mejia, Zuzanna Kuza.

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De la baie au parc https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/de-la-baie-au-parc/ Tue, 03 Apr 2012 12:08:19 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=12508 Les gratte-ciel projettent une grande ombre sur toute la rue. Lorsqu’il s’approche du bâtiment, il voit le reflet de son visage neutre dans la vitre.

Dans l’ascenseur, il lit avec ennui les dernières nouvelles du marché financier. Après être arrivé au deuxième étage, il passe devant les conversations fortes du nouveau Premier ministre Pearson dans les volutes de fumée.
«Bonjour, Jack» dit sa secrétaire, Penny. Elle s’approche de lui et chuchote à son oreille: «vous m’avez manqué hier soir…» Il ne répond pas et continue vers son coin bureau, triste quand il pense à son épouse qui a découvert qu’il avait une liaison avec sa secrétaire. Il ferme la porte avec frustration et s’assoit dans son fauteuil. Il regarde la rue par la fenêtre et pense: «J’ai tout, mais je me sens vide.»

***

Il traverse l’avenue du Parc avec le tambour qu’il prend chaque dimanche. Le soleil brille à travers les arbres et contre son visage barbu.

Lorsqu’il s’approche du cercle de «Tam-Tams» il peut voir les sourires de tous ses amis. Ils parlent avec mépris du Premier ministre Harper dans les volutes de fumée de marijuana.

«Bonjour Jacques!» dit tout le monde dans le cercle. Après s’être assis, il voit à son coté une femme avec des yeux dont il se souvient. La femme le voit et tourne son corps vers lui.

Avec un visage rempli de surprise, elle dit: «Vous m’avez manqué toutes ces années, Jacques.».

Et il tourne son regard pour un moment vers les gratte-ciels du centre-ville de Montréal et pense à sa vie à Toronto. Ensuite il se tourne vers la femme et lui dit: Penny, ce moi-là ne me manque pas du tout »

Zachary Lewsen, Erin Sunell, Kyle Jacques et Alexandra Brown

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