Claire Mccusker – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Wed, 19 Sep 2018 18:01:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 Limites à l’expression https://www.delitfrancais.com/2013/11/12/limites-a-lexpression/ Tue, 12 Nov 2013 06:19:13 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=19218 Une conférence sur les problèmes actuels dans le monde du travail a été organisée le mardi 5 novembre dans le cadre de la Semaine du travail à McGill. Trois conférenciers ont essayé d’expliquer les enjeux reliés au monde syndical: Jamie Burnett, agent des griefs à l’Association des étudiants et étudiantes diplômé(e)s employé(e)s de McGill (AÉÉDEM), ainsi que Thomas Lafontaine et Caroline Jacquet, respectivement responsable aux affaires externes et responsable à la convention collective du Syndicat des étudiant(e)s employé(e)s de l’UQAM (SÉTUE).

 

Formule Rand et limites à la grève

La formule Rand a été mise en place au Canada par le juge Ivan Rand en 1946. Cette formule avait mis fin à une grève des travailleurs pour la compagnie automobile Ford à Windsor en Ontario. Lorsqu’elle est incluse à la convention collective entre l’employeur et le syndicat, la formule rend les cotisations syndicales obligatoires pour tous les employés, qu’ils fassent partie du syndicat ou non, pour éviter que certains ne bénéficient des avantages du syndicat sans en faire partie. Au lieu de collecter les cotisations personne par personne, le syndicat les reçoit de l’employeur qui les prélève directement du salaire de chaque employé. Ce système a permis aux syndicats de se concentrer sur d’autres actions que la collecte de fonds.

Toutefois, la formule Rand rend les syndicats et les employés non-syndiqués susceptibles de subir des pénalités financières par l’employeur. En effet, en cas d’arrêt de travail ou de grèves illégales, les cotisations syndicales pourraient ne plus être versées par l’employeur. La formule Rand laisse croire que les syndicats ont échangé leur droit de grève contre une stabilité financière accrue.

 

Grève illégale

Une grève légale doit prendre place durant la négociation de la convention collective (une fois tous les trois ou quatre ans) et uniquement toucher les sujets reliés à la convention collective (tels que les salaires ou les régimes de retraite). Si la grève sort de ce cadre (grève de solidarité par exemple), on parle alors de grève illégale et les pénalités de la formule entrent en force. La grève du syndicat des employés non-académiques de McGill, (MUNACA, McGill University Non-Academic Certified Association) commencée en septembre 2011, était légale.

 

Plus grande liberté pour les étudiants?

En 2012, plusieurs associations étudiantes au Québec ont déclaré une grève «générale et illimitée» lors du débat sur la hausse des frais de scolarité. Était-elle légale? En réalité, cette grève n’en était pas une du point de vue juridique, mais était plutôt un «boycott», comme mentionnée lors de la conférence. Les étudiants, n’étant pas salariés, n’ont pas de droit de grève. Ils ne sont pas non plus sous la juridiction de la formule Rand et de ses pénalités dans le cas d’une grève illégale. Ceci pourrait donc permettre une plus grande liberté d’action aux associations étudiantes, qui pourraient, en principe, ne pas être pénalisées financièrement.

 

Injonctions et réglementation

En 2012, la loi 78, une loi spéciale adoptée par le gouvernement libéral de Jean Charest, tente de bâillonner le mouvement étudiant en criminalisant d’une certaine façon les manifestations. En 1999, la grève des infirmières syndiquées de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec fut également soldée par une loi spéciale, la loi 72. Même résultat pour les grèves d’Air Canada, de la poste canadienne, et du secteur de la construction.

Si les gouvernements emploient des lois pour miner un mouvement de grève, les employeurs peuvent pour leur part limiter le droit de grève en utilisant des injonctions à travers le système judiciaire. Par exemple, lors de la grève de MUNACA, McGill a fait une demande d’injonction interlocutoire. Celle-ci limitait l’accès au campus universitaire des membres de MUNACA pour piqueter, malgré que les piquets de grève n’empêchaient personne d’aller en classe. D’après Thomas Lafontaine et Caroline Jacquet, les lois spéciales et les injonctions sont tout autant de tactiques visant à réduire le droit de grève.

Des solutions pour l’avenir

La non-application de la formule Rand aux étudiants leur a donné un avantage durant les grèves étudiantes du Printemps 2012 Printemps érable. Doit-on donc essayer d’abolir la formule Rand? Le problème, dit Jamie Burnett lors de la conférence, est qu’abolir la formule Rand ne redonnera pas le droit de grève aux syndicats: «on ne peut pas retourner en arrière». Il ajoute que, sans cette formule, les syndicats perdraient en influence.

D’autres stratégies peuvent être efficaces pour augmenter le pouvoir de négociation des employés et étudiants. D’abord, une meilleure information et une meilleure éducation sont nécessaires. Les membres des syndicats ont besoin d’être informés sur le fait qu’ils en sont membres, et sur les bénéfices qu’ils peuvent en tirer. Ensuite, une meilleure collaboration est requise entre les différents syndicats et associations, qui doivent s’entraider et jouer sur les forces de chacun. Aussi, il faut créer une certaine émotion, c’est-à-dire favoriser un sentiment d’appartenance au groupe ainsi qu’une grande liberté d’action. Ceci est un facteur clé pour la force et la réussite d’un mouvement. Il faut aussi ouvertement présenter les demandes du mouvement au reste de la société et ouvrir une discussion sur la réelle étendue des demandes.

Le droit de grève fait partie d’une démocratie en bonne santé. Le gouvernement québécois ne semble toutefois pas toujours de cet avis. Par exemple, la Commission Ménard, mise en place récemment pour enquêter sur les événements du «Printemps érable», a très peu de temps pour dresser un bilan et très peu de marge de manœuvre pour faire la lumière sur les pouvoirs des associations étudiantes.

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Au-delà des frontières matérielles https://www.delitfrancais.com/2013/10/22/au-dela-des-frontieres-materielles/ Tue, 22 Oct 2013 05:40:46 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=18799 Le colloque «Frontières, murs et sécurité», tenu à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) les jeudi 17 et vendredi 18 octobre 2013, a présenté une diversité de sujets. Lors de l’atelier du vendredi après-midi, nommé «Murs et Migrations» , la création d’une frontière digitale européenne, EUROSUR, était au centre de la discussion. Nommée «Fencing the Sea Borders ? Making sense of EU new Digital Borders» la conférence était présenté par Denis Duez, professeur à l’Université Saint-Louis et Rocco Bellanova, chercheuse à l’Institut de recherche sur la paix à Oslo.

Une frontière digitale

Le projet EUROSUR, proposé et adopté au Parlement Européen, couvrirait les frontières maritimes de l’Union Européenne (UE) et aurait pour but d’assurer la surveillance des frontières de l’UE. Ce projet a trois objectifs: réduire le nombre d’immigrants, augmenter la sécurité intérieure de manière générale et diminuer la perte de vie en mer. Comment? En intégrant des bases de données préexistantes et en partageant l’information recueillie entre tous les pays européens en fonction de leur pertinence. Pour améliorer la capacité de réaction, le système ne serait pas centralisé; la frontière serait découpée en tronçons et il y aurait divers centres de coordination. Les bases de données, liées à des logiciels comparables à ceux utilisés par les compagnies d’assurance, pourraient détecter des mouvements de navires suspects en mettant en relation multiples informations apparemment anodines. Laissant les risques éthiques «Big Brother» à d’autres, Monsieur Duez se concentre sur l’aspect politique d’EUROSUR. Plus particulièrement, il veut montrer que l’UE dépolitise la question controversée de cette frontière européenne digitale en la ramenant à un simple enjeu technique. Mais si l’UE contrôle les mers avec ce projet, contrôle-t-elle les effets du projet lui-même?

Politique et technique

En se bornant à l’aspect technique, l’UE n’élimine pas le côté politique. Cet objet technique et technologique qu’est la frontière digitale européenne va elle-même façonner le «représentation de l’autre» et l’image de la frontière pour tous les Européens. Tous auront la même représentation cartographique qui, dit Duez, mènera à une mise en récit partagée: les Européens vont «lire leur histoire et l’histoire de leur confrontation à l’extérieur». Mais cette représentation sera produite indépendamment du choix des acteurs. Ceci ramène au côté performatif des objets non-humains et leur effet sur les sujets humains. Duez suggère que la mise en récit sera quand même produite, mais par l’objet qu’est EUROSUR. Elle renverra l’image «d’une Europe assiégée dont il faudrait se défendre». En ignorant la question politique par le biais d’une solution technique, l’UE ne fait qu’empêcher les Européens de créer un discours ouvert et une nouvelle image de la frontière. Il faudrait donc faire attention à ne pas se faire piéger par les propres objets que l’on invente pour des problèmes soi-disant «techniques».

Ce colloque a lieu tous les deux ans et rassemble des gens de tous horizons. Véronique Pronovost, une des organisatrices de l’événement, dévoile que l’organisation commence environ un an à l’avance, tandis que Caroline Leprince, chargée du financement, a déclaré que c’était «très difficile d’obtenir du financement» car beaucoup de réglementations ont changé depuis la crise de 2008. Tout organisme lié de près ou de loin à la question des frontières a été contacté. Enfin, il a fallu trier plus de 200 publications pour choisir les participants, et Madame Pronovost a affirmé que les sujets étaient vraiment divers, allant de l’architecture à l’écologie en passant par la politique et la géographie.

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Lumière sur l’énergie https://www.delitfrancais.com/2013/10/07/lumiere-sur-lenergie/ Tue, 08 Oct 2013 04:36:19 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=18667 L’événement  «Walrus Talks», l’un des quatre de ce genre tenus à travers le pays, était dédié à l’énergie. Huit courtes présentations ont eu lieu le mardi 1er octobre. Organisé par la Fondation Walrus, qui tient un magazine éponyme indépendant, et par l’Université McGill, l’événement avait pour but de promouvoir un débat équilibré et transparent sur l’énergie.

SUNCOR, une des plus grandes compagnies énergétiques au Canada, finançait la soirée. La présence de SUNCOR à cet événement n’est pas passée inaperçue en raison de l’implication de la compagnie dans les gaz de schiste. Dans son introduction, Martin Krayer von Krauss du Bureau de Développement Durable de McGill, a admis que certains pouvaient se demander «comment on peut avoir un débat ouvert quand le sponsor principal est tellement investi dans l’exploitation des gaz de schiste». Il croit malgré tout que c’est possible. Aucun présentateur n’a abordé le sujet par la suite.

Les participants aux présentations ont d’abord essayé de définir ce qu’est l’énergie. Certains ont rappelé que l’on ne produit jamais d’énergie, on ne fait que la transformer d’une forme à une autre (1ère loi de thermodynamique).

D’autres ont voulu mettre l’accent sur sa capacité à produire du travail: c’est ce qu’on fait avec l’énergie qui importe. L’énergie prend également plusieurs formes différentes: électricité ou nourriture par exemple. Il n’y a pas eu de consensus sur la définition, car chaque présentation était indépendante. Malgré tout, les multiples nuances énoncées ont éclairé les différentes facettes de ce mot quelque peu fourre-tout.

Ensuite, l’énergie a été placée dans son contexte socio-économique. Le professeur Bryne Purchase, de l’Université Queen’s, a rappelé l’«impact profondément négatif» lorsque son prix a augmenté dans les années 1970. Cette hausse «changea la structure fondamentale de notre économie et de notre société». Il a aussi rappelé qu’une hausse est un «désastre pour les pauvres». Chris Henderson, conseiller pour des projets d’énergie renouvelable au Canada est pour sa part optimiste quant à l’avenir de l’énergie. Il voit les projets énergétiques comme autant d’opportunités pour forger de nouvelles relations sociales avec les communautés des Premières Nations, Métis et Inuits. D’un autre côté, Sophie Cousineau, correspondante pour le Québec au Globe and Mail, voit plutôt l’énergie au cœur d’un débat partisan qui n’arrive pas à se résoudre: trop de méfiance des citoyens envers leurs élus, et trop de contradictions entre les partis impliqués. L’impact environnemental de l’énergie n’a pas été abordé de plein front mais était sous-jacent dans toutes les présentations.

 

Vers l’avenir

Comment la société peut-elle avancer? Quelles visions pour le futur? D’après Kali Taylor, fondatrice du blog «Student Energy», il faut remettre l’humain au centre du débat sur l’énergie pour pouvoir avancer au-delà des conflits partisans. L’énergie est un projet de société qui doit changer les normes établies et tirer avantage de «l’engagement, la vision, la créativité, la positivité, le pragmatisme et la collaboration» des êtres humains.

Martin Krayer von Krauss rappelle, en entrevue avec Le Délit, le rôle que McGill peut jouer. Il dit qu’en plus de ses capacités d’innovation, McGill est un lieu d’expérimentation où les étudiants ont l’opportunité de faire changer les choses, par exemple grâce au «Sustainability Projects Fund» (SPF) et à d’autres projets directement ou indirectement reliés au campus.

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