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	<title>Elie Nguyen - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>L’épidémie de la nonchalance</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/lepidemie-de-la-nonchalance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
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		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[expression]]></category>
		<category><![CDATA[nonchalance]]></category>
		<category><![CDATA[relations humaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour en finir avec l’insouciance de façade et embrasser pleinement l’authenticité.</p>
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<p class="has-drop-cap">L’un des travers de notre génération est la tendance à adopter une attitude indifférente face à la vie. La nonchalance est devenue une forme de protection, où on minimise tout ce que l’on ressent : on cache ce qui pourrait nous atteindre et on évite de trop s’exposer. En paraissant insouciant, on garde le contrôle, puisque personne ne peut utiliser contre nous ce dont il ne mesure pas l’importance.</p>



<p>On est devenus profondément préoccupés par le regard des autres, au point d’ajuster nos réactions en permanence. Même dans des situations anodines, comme trébucher dans la rue, il faudrait rester nonchalant pour paraître cool et maître de soi, comme si de rien n’était. Mais pourquoi ne pas simplement en rire? Pourquoi a‑t-on ce réflexe de tout lisser, de tout contrôler, au lieu d’assumer pleinement des réactions humaines?</p>



<p>La même logique s’applique aux relations : avec l’essor des réseaux sociaux et des applications de rencontre, nos interactions semblent devenir de plus en plus calculées, presque stratégiques. On hésite à exprimer ce que l’on ressent vraiment, parce qu’on ne sait jamais ce que l’autre pourrait en penser. On craint de se montrer vulnérable, donc on ajuste et on réécrit. Dans nos messages, on pèse chaque mot, on mesure chaque silence. On veut éviter d’en dire trop, de paraître trop investi, comme si le simple fait de ressentir pleinement était un risque.</p>



<p>À force de craindre d’être « trop » – trop sensible, trop sincère – on finit par se taire. Je me suis souvent repliée sur moi-même, par peur d’être trop intense, trop envahissante. Avec le temps, j’ai appris à garder mes pensées pour moi, à mettre de la distance avec les autres. Mais si tout le monde faisait pareil, que resterait-il de l’élan partagé, de la passion exprimée sans retenue?</p>



<p>Si une personne a changé votre vie en mieux, si elle vous rend plus heureux que vous ne l’ayez jamais été, si elle a fait preuve de patience et de bienveillance, elle mérite de le savoir, simplement, sincèrement. Et la même chose vaut pour d’autres aspects de la vie : ne soyez pas nonchalants à propos de ce qui vous passionne. Célébrez votre travail acharné, soyez fiers de vos réussites. Apprenons à dire ce que l’on ressent, à offrir des compliments et à exprimer notre amour. Ce n’est ni excessif ni honteux.</p>



<p>Le risque d’embarras ne devrait jamais nous réduire au silence. On ne perd rien à partager de l’affection et de la joie, mais on ne peut que regretter de ne pas l’avoir fait. Ne nous privons pas du bonheur pour nous protéger d’une douleur potentielle, et cessons de nous contenter de vivre dans des peurs inventées de toutes pièces.</p>



<p>Montrer ce que l’on ressent n’est pas une faiblesse. Être honnête n’est pas une marque de vulnérabilité.</p>



<p>Aimons sans retenue. Applaudissons ouvertement. N’ayons pas peur d’être sincères. Rejetons l’idée de rentrer dans le moule des tendances nonchalantes. Soyons fiers et reconnaissants de ce que nous avons la chance de recevoir.</p>
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		<title>Des initiatives qui rassemblent</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/des-initiatives-qui-rassemblent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
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		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À McGill, des projets pour célébrer et soutenir les femmes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p></p>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/mots-croises-6/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Mots croisés]]></category>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mots-croises-5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/mots-croises-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Mots croisés]]></category>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/mots-croises-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/mots-croises-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Mots croisés]]></category>
		<category><![CDATA[mots croisés]]></category>
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		<title>Vos prochaines sorties</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/vos-prochaines-sorties-6/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
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		<title>Mots croisés</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/mots-croises/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
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		<title>Survivre à la fin du monde</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/01/survivre-a-la-fin-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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		<category><![CDATA[espoir]]></category>
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		<category><![CDATA[Lux]]></category>
		<category><![CDATA[Une brève histoire de l'espoir]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entrevue avec Mathieu Bélisle, auteur d’<em>Une brève histoire de l’espoir</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/01/survivre-a-la-fin-du-monde/" data-wpel-link="internal">Survivre à la fin du monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Au fil du temps, plusieurs penseurs se sont penchés sur l’effondrement, le manque, le malheur. Mais que dire de l’espoir, cette force qui soulève sans bruit? Dans son dernier ouvrage, <em>Une brève histoire de l’espoir</em>, l’essayiste Mathieu Bélisle s’empare de cette question en traversant l’histoire des civilisations, des religions et des imaginaires collectifs. Nous avons eu la chance de le rencontrer pour comprendre ce qui, selon lui, continue à tenir le monde debout.</p>



<p><strong>Le Délit (LD) </strong>: <em>Nous avons souvent délaissé l’espoir au profit de thèmes plus rationnels ou critiques. Pourquoi est-ce si important, selon vous, de réhabiliter l’espoir, et particulièrement aujourd’hui?</em></p>



<p><strong>Mathieu Bélisle (MB) </strong>: Parce que tout le monde va mal. Il y a une crise de l’avenir et une perte d’élan. Aujourd’hui, on dirait qu’on peut très facilement raconter des dystopies. On peut en produire presque à volonté, mais on n’arrive plus à penser le meilleur. On est éduqués aussi à penser à ce qui manque, à ce qui fait défaut. Pour moi, c’était vraiment la volonté de donner confiance aux plus jeunes, à mes étudiants, à mes filles, aux garçons. À tout le monde qui m’a poussé à me pencher sur la question. Des fois, on a tendance à penser qu’on vit dans la pire époque. Évidemment, aujourd’hui, on ne dirait pas cela sur le plan technologique, parce qu’on a des avantages. Mais, sur le plan politique, sur celui de notre rapport au temps et peut-être aussi de la pression sociale, on ne se rend pas compte que ça n’a jamais été évident. Il faut croire au futur, parce que, si on n’y croit pas, on devrait arrêter tout de suite. Si on ne le fait pas, c’est qu’au fond, il y a quelque chose en nous qui nous dit que le monde va continuer malgré tout. C’est ce quelque chose en nous que je voulais chercher, et je me suis rendu compte que, souvent, nous les intellectuels, avons de la difficulté à penser ce qui est proche de la vie. On a beaucoup plus de facilité à penser à ce qui nous place en porte-à-faux, en recul.</p>



<p><strong>LD </strong><em>: Il y semble y avoir un retour aux valeurs traditionnelles et à la religion ces dernières années, et en particulier aux États-Unis. Ce phénomène serait-il pour plusieurs personnes un moyen de se rassurer, en « revenant à la norme »? En se rapprochant de la religion, notamment.</em></p>



<p><strong>MB </strong>: C’est intéressant parce qu’on voit que ça fait plus de 2 000 ans qu’on est dans le milieu religieux, et il continue d’y avoir des retours impressionnants. Dans le cas des États-Unis, j’ai l’impression que c’est un pays très étrange parce que c’est le plus riche, le plus puissant, où beaucoup de gens veulent encore aller. Et, paradoxalement, c’est là où on ressent le plus l’approche de la fin. Ce retour religieux, actuellement, je le sens donc beaucoup comme marqué par une sorte de mentalité d’assiégé. Il y a aussi une démission, je trouve, dans le sens où c’est comme si l’on se repliait dans la religion et que l’on attendait véritablement la fin. Le monde va trop mal, tout va trop mal. C’est comme le dernier recours. Donc, ce n’est pas une religion qui est tournée vers la vie, malheureusement. Au fond, c’est presque une manière de se détacher du monde.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Plus je remontais loin en arrière, plus je me rendais compte qu’en fait, je trouvais les clés pour que le monde continue. Parce que la fin, on l’a vécue plein de fois »</p>



<p class="has-text-align-center"><sub>Mathieu Bélisle, auteur d’<em>Une brève histoire de l’espoir</em></sub></p>
</blockquote>



<p><strong>LD </strong>: <em>Vous parlez dans votre livre des ultra-riches qui se préparent à la fin du monde. Serait-ce parce qu’ils ont les moyens d’abandonner l’espoir, les moyens financiers et technologiques de chercher d’autres alternatives à notre monde si ce dernier s’effondre, alors que la majorité de la population n’a pas cette chance? Tout ce qu’ils ont, c’est justement l’espoir.</em></p>



<p><strong>MB</strong> : Il y a un moment où j’ai constaté que la dépression était un phénomène particulièrement prévalent dans les sociétés riches. Je ne veux pas dire que, dans les sociétés pauvres, il n’y a pas de problèmes de santé mentale. Mais peut-être qu’à un moment, on a déjà tout. Tout est planifié, tout est prévu. Donc l’espoir devient inutile ou, en tout cas, on ne le sent pas. Curieusement, c’est ça qui nous rend déprimés. Pour revenir aux ultra-riches, je me suis rendu compte que ces gens-là pratiquent l’espoir à une échelle tellement individuelle, tellement individualiste, qu’en fait, eux, ça ne les relie pas aux autres. Ils ont misé sur leur ambition, leurs affaires et leurs projets, puis ils sont devenus très riches. À un moment donné, ils ont découvert qu’ils étaient en réalité seuls et que tous leurs pouvoirs, leurs ambitions et leurs succès s’étaient peut-être faits au détriment du bien commun. Et à ce moment-là, que leur reste-t-il? Ils se sont détachés. C’est un groupe où il y a énormément de désir individuel, mais pas de désir collectif. Je trouve que l’espoir est une vertu qui nous relie.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Peut-on réellement espérer sans quelqu’un sur qui s’appuyer?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Je pense que même seuls, l’espoir nous relie à ce que j’appelle une communauté imaginable, une communauté d’absents. L’espoir, d’abord, c’est ce qui relie le passé et l’avenir, qui nous met dans un mouvement qui va du passé vers l’avenir, à l’inverse de la nostalgie qui va de l’avenir au passé, voulant empêcher le mouvement. Je dirais que oui, mais que même dans la solitude, on communie malgré tout avec d’autres absents. On communie avec un auteur, on communie avec un philosophe, on communie avec une idée, aussi, qui nous rattache au monde.</p>



<p><strong>LD </strong>: <em>Que devrait-on retenir du passé pour nourrir notre espoir en l’avenir?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Je pense que ce qu’il faut retenir, c’est l’extraordinaire vitalité des humains, leur ingéniosité. C’est aussi leur capacité à se donner des raisons de continuer. Cela dit, je ne me place pas dans une position de supériorité par rapport au passé. J’ai l’image que le passé nous donne toute cette accumulation, qui crée une sorte de promontoire sur lequel on peut se placer, devenir comme les nains juchés sur l’épaule des géants. Il y a des chemins qu’on a empruntés, puis à un moment, on est arrivé à un cul-de-sac. Il a fallu trouver de nouveaux motifs pour poursuivre l’aventure. Cette quête-là m’impressionne.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Je trouve que l’espoir est une vertu qui nous relie »<br><sub>Mathieu Bélisle, auteur d’Une brève histoire de l’espoir</sub></p>
</blockquote>



<p><strong>LD </strong>: <em>Est-ce qu’écrire ce livre vous a redonné espoir dans le monde ou vous a plutôt découragé?</em></p>



<p><strong>MB </strong>: Ça m’a donné espoir. Je crois que ça m’a vraiment apaisé. Je ne suis pas naïf, mais ça m’a apaisé parce que je me suis rendu compte que le pire n’est pas certain, que les humains ont aussi plus de résilience qu’on pense. Ce dont je voulais me rappeler, c’est qu’on est dans une époque où ce qui domine beaucoup, ce sont les discours que j’appellerais déclinistes ou crépusculaires. On est toujours dans l’image qu’il est « minuit moins une ». Ces discours sont là pour nous secouer, mais je ne pense pas qu’ils aient cet effet-là. Je pense qu’ils nous poussent plutôt à une sorte d”« aquabonisme » [de la question « à quoi bon? », <em>ndlr</em>]. Dès lors, on n’est pas en train de s’occuper du monde et ça commence par ce qui est proche de nous. Je sais qu’on aime toujours penser à des grandes révolutions à l’échelle planétaire, mais en fait, ça se passe dans le monde qu’on habite. Si le monde continue, ça veut dire qu’il faut recommencer à penser à long terme aussi. On est pris dans une boucle, une spirale que j’appellerais présentiste : avec les informations en continu, et les réseaux sociaux accélérateurs et propagateurs de mauvaises nouvelles, on est peut-être dans un rapport avec un présent bouché ou qui tourne sur lui-même, allant de catastrophe en catastrophe. On s’alimente six heures, huit heures par jour du discours en continu sur le monde. Il n’y a aucun moyen d’espérer parce qu’on est pris dans une immédiateté qui, en fait, nous rend absent au vrai monde ; on est dans sa projection, dans sa représentation. Les nouvelles en continu provoquent un découragement tout aussi continu. Mon idée, c’est de dire qu’il faut prendre un pas de recul. Pas nier ce qui se passe, évidemment. Mais il y a un moment où on en sait tellement qu’on ne fait que mesurer notre impuissance quotidiennement. Prendre un pas de recul, puis écrire l’histoire de l’espoir, c’était pour moi retrouver cette longue perspective. Et curieusement, plus je remontais loin en arrière, plus je me rendais compte qu’en fait, je trouvais les clés pour que le monde continue. Parce que la fin, on l’a vécue plein de fois.</p>
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		<title>Grève d’enseignement des médecins spécialistes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/greve-denseignement-des-medecins-specialistes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les étudiant·e·s en médecine plongé·e·s dans l’incertitude.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis le lundi 15 septembre, une grève de l’enseignement menée par les médecins spécialistes secoue le Québec. Cette mobilisation touche des milliers d’étudiant·e·s en médecine, tant au premier cycle qu’à l’externat. </p>



<p><strong>Une rémunération conditionnelle qui fait polémique </strong></p>



<p>La grève est une réponse directe au projet de loi 106, proposé par le gouvernement du Québec, qui vise à lier <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2025-09-15/suspension-de-l-enseignement/les-etudiants-en-medecine-affectes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">25% de la rémunération</a> des médecins aux critères de performances, dans le but de « <a href="https://www.quebec.ca/gouvernement/politiques-orientations/acces-soins-sante#c379211" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mettre la priorité sur les patientes et les patients et de s’assurer que le temps et l’expertise des médecins contribuent pleinement à améliorer l’accès aux soins</a> ». </p>



<p><strong>Des étudiants laissés en plan </strong></p>



<p><em>Le Délit </em>s’est entretenu avec Ryan Kara, président de l’Association des étudiant·e·s en médecine de McGill (<a href="https://mcgillmed.com/fr_CA/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>MSS : Medical Students’ Society</em></a>), qui entame sa troisième année du doctorat en médecine, équivalente à la première année d’externat.</p>



<p>« Pour les étudiants au préclinique, les cours magistraux sont désormais remplacés par des enregistrements d’années précédentes, ce qui retire la possibilité de poser des questions en direct », explique-t-il. « Les petits groupes, qui étaient encadrés par des spécialistes, sont fusionnés en groupes plus larges avec des professeurs non cliniciens ou des médecins de famille, réduisant ainsi l’interaction directe et l’apprentissage personnalisé. » Mais l’impact est encore plus marquant pour les étudiants en externat : « Tous les stages cliniques, sauf ceux en médecine familiale, sont annulés. Cela signifie que les externes n’ont plus d’exposition clinique, ce qui compromet leur formation pratique essentielle. »</p>



<p><strong>La réponse de McGill</strong></p>



<p> Face à la situation, l’Université McGill tente de s’adapter en offrant plus de flexibilité administrative. Il est désormais possible de modifier ou d’annuler un stage à la dernière minute, souvent pour le remplacer par un stage de recherche. Mais la rapidité avec laquelle ces décisions doivent être prises constitue une source de stress supplémentaire pour les étudiant·e·s, déjà contraint·e·s de naviguer dans un contexte hautement incertain. </p>



<p>Malgré tout, Kara souligne les efforts de la Faculté de médecine pour soutenir les étudiant·e·s. Selon lui, celle-ci s’efforcerait de maintenir une exposition clinique en facilitant l’accès à des stages à l’extérieur de la province. Une mesure saluée par les étudiant·e·s bien qu’elle aille à l’encontre des objectifs du gouvernement, notamment ceux exprimés dans le projet de loi 83, qui vise à <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/pour-les-patients-adoption-du-projet-de-loi-83-quebec-protege-lacces-au-reseau-public-62408" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">retenir les diplômé·e·s au Québec après leur formation</a>. Un contraste que Kara juge pour le moins paradoxal. </p>



<p><strong>Les impacts potentiels sont considérables</strong></p>



<p>Kara souligne également les risques à long terme de la grève : retards de l’obtention du diplôme, perte d’accès au Service canadien de jumelage des résidents (CaRMS) et affaiblissement global de la formation clinique. Les étudiant·e·s concerné·e·s aujourd’hui seront les résident·e·s de demain, en première ligne dans les hôpitaux. « Si une cohorte entière de résidents manquait à l’appel en juillet 2026, cela créerait une pression supplémentaire importante sur le système de santé, qui se ferait malheureusement sentir par les patients », ajoute-t-il. </p>



<p>Tout en réitérant leur solidarité envers les médecins spécialistes et omnipraticiens dans leurs revendications, les étudiant·e·s en médecine, qui seront éventuellement représentés par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ou par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), dénoncent le projet de loi 106. Le corps étudiant demande au gouvernement de reconnaître l’enseignement médical comme une priorité et d’accélérer les négociations. Kara déplore : « Le blocage actuel pénalise les médecins, les étudiants et, ultimement, les patients. »</p>



<p>Si cette grève constitue une contestation claire des médecins face à la réforme proposée, elle engendre aussi un ralentissement préoccupant de la formation des futurs médecins. En l’absence de résolution rapide du conflit, l’incertitude plane sur la suite de leur parcours.</p>



<p></p>



<p></p>
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		<title>Tết loin de chez soi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/tet-loin-de-chez-soi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Tết]]></category>
		<category><![CDATA[Vietnam]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre nostalgie, adaptation et redécouverte.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">C’est ma quatrième année à célébrer le <em>Tết</em> loin de chez moi. Vivre le temps du <em>Tết</em>, plutôt que de le fêter. Une étrange indifférence s’installe en moi et elle me fait peur : étreinte oppressante à l’idée de me perdre. L’excitation usuelle qui m’habite est désormais inexistante. Je repense au Nouvel An 2021 célébré à Hanoï, quand je suis rentrée dans la maison après avoir « franchi son seuil ». Selon cette coutume, la première personne à le faire, le premier jour de la nouvelle année, doit être choisie à l’avance, en fonction des signes du zodiaque porteurs de chance. Je crois que c’était mon frère qui était le premier à entrer. Chez nous, on achetait aussi des thés aux perles. Une tradition simple et familiale, en raison de mon anniversaire et de celui de mon frère qui tombaient étrangement – deux années de suite – le jour du Nouvel An. Mon père me serre dans ses bras, me souhaitant la santé et le bonheur. Je me souviens vivement lui avoir dit que ce serait la dernière fois, pour très longtemps, que je fêterais le Nouvel An à la maison.</p>



<p>Tous les objets, parfums et sensations me reviennent tendrement. <em>Lì xì</em>, enveloppe d’argent porte-bonheur. La rue <em>Hàng Mã</em>, ornée de décorations festives. Occasionnellement, les gens vêtus de <em>áo dài</em> [robe traditionelle vietnamienne, <em>ndlr</em>]. Il m’est difficile de décrire cette excitation palpable suspendue dans l’air frais, comme si tout autour était baigné dans une atmosphère festive. Chez nous, il y a toujours un kumquat, un petit abricotier, et mon favori : un grand pêcher forestier, rose pâle et non rose vif, qui occupe toute l’entrée menant au salon. Sur la table du salon, une multitude de grignotines : des fruits confits (<em>ô mai</em>), des bonbons, des chocolats et des biscuits, mais mes préférés ont toujours été les graines de citrouille et les pistaches. Une théière, constamment maintenue au chaud, car la maison ne cesse de recevoir des visiteurs. Pour le repas, on mange des rouleaux impériaux (<em>nem</em>), du poulet bouilli, et surtout du <em>bánh chưng</em>, un gâteau fait de riz gluant, rempli de haricots mungo et de viande. Chez nous, le <em>bánh chưng</em> se mange avec du <em>chè kho</em>, un pudding sucré à base de ces mêmes haricots, spécialité de ma grand-mère. Il y a des chansons de fête qui résonnent partout : à la télé, dans la voiture de mon père, dans la rue, dans les cafés et les restaurants. Pourtant, le matin du Nouvel An, toute la ville se plonge dans un silence paisible et tellement doux. On sort pour rendre visite à la famille. Le deuxième jour, on part à la campagne pour brûler des encens en l’honneur de nos ancêtres.</p>



<p>Présentement, à Montréal, cette excitation et cette joie vibrante sont absentes. Je sors de l’école à 19 heures, la nuit étincelée de cristaux de neige. Il ne fait pas froid, du moins pas ce froid qui giflait comme au Vietnam, même si la température là-bas ne descendait que rarement en dessous de 10°C. Ici, tout est blanc.</p>



<p>Dans mes souvenirs, tout était rouge.</p>



<p>Une nostalgie amère s’empare de moi. Il est difficile de parler des expériences qu’on a vécues lorsqu’elles ne sont plus que des souvenirs. Des souvenirs teintés de mélancolie. Du regret de ne pas avoir vécu pleinement ces moments, de ne pas les avoir appréciés lorsque j’en avais l’occasion. D’une envie persistante de revenir en arrière, de redevenir enfant au temps des fêtes, innocente et insouciante. De jouer des pièces de piano pour ceux qui nous rendent visite, de cueillir les pétales de mon arbre fruitier préféré tombés au sol. De manger des plats de <em>Tết</em> tous les jours durant le temps des fêtes.</p>



<p>L’hiver montréalais m’a été pénible. Pourtant, cette année, je le trouve bienveillant. Le froid me caresse. Je pense aux travaux qui m’attendent. Ils me rappellent pourquoi tout cela en vaut la peine. Il est temps pour moi de créer mes propres traditions, loin de mon pays natal, loin de ma famille. Mais une partie en moi craint cet élan. Je m’accroche à mes souvenirs, je mets des chansons que j’écoutais autrefois. Je casse mes pistaches. Elles n’ont plus le même goût qu’à l’époque où j’étais enfant. Les moments de ma jeunesse se transforment en un rêve lointain, auquel je reviens sans cesse, tentant de revivre ce que j’étais. J’essaye de revoir ma maison pendant le <em>Tết</em>, encore et encore, espérant qu’elle y reste à jamais si j’y songe assez longtemps.</p>



<p>Comme Verlaine qui dit,<br>« Je me souviens<br>Des jours anciens<br>Et je pleure »</p>
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		<title>Arrière-saison</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/arriere-saison/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elie Nguyen]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Créations]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littéraires]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je te dis adieu. Je reviens au présent. La vie reprend sa régularité morose. Le temps se gèle, les souvenirs s’enracinent, éternisant cette affliction amoureuse. L’ordinaire me tue, la solitude me paralyse. Ton regard, qui me subjuguait autrefois, m’est désormais morne et insoutenable. Je me force à écrire pour faire cesser ce déchirement. À peine&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2024/10/09/arriere-saison/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Arrière-saison</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em>Je te dis adieu.</em></p>



<p>Je reviens au présent. La vie reprend sa régularité morose. Le temps se gèle, les souvenirs s’enracinent, éternisant cette affliction amoureuse. L’ordinaire me tue, la solitude me paralyse. Ton regard, qui me subjuguait autrefois, m’est désormais morne et insoutenable. </p>



<p>Je me force à écrire pour faire cesser ce déchirement. À peine ai-je commencé, tout ce qui restait en moi s’évade en un bref instant. Je ne suis plus qu’une âme flottante. Les mots s’enchaînent, se plient et s’entassent pour finir enfouis dans une lettre gribouillée. L’écriture s’achève et me renvoie à mon désarroi initial. La honte m’envahit. Je parle trop pour ne rien dire. Je cherche constamment un regard étranger pour apaiser l’orage qui m’avale. Une escapade futile pour me faire revivre nos passions évanescentes. </p>



<p>Le mal-être de la ville s’empare de moi comme une bête vorace. L’automne, affreusement maussade, ne songe qu’à ta caresse. Mon automne est nostalgique, le tien, je l’ignore. Je blâme cette ville pour ma douleur, je refuse frénétiquement son charme pour me livrer aux cris de ma détresse. </p>



<p>Je déambule dans les rues. Je regarde les couples se tenir la main, les enfants jouer au bord du lac. Je contemple leur vie qui se déroule tranquillement, paisiblement, comme si elle se moquait de mes affres. Je suis perdue dans cet écoulement et son chaos. J’ai ralenti pour être laissée derrière à jamais. La vie continue encore, mais je n’ai plus les moyens pour la rattraper. Je reprends mon souffle, tout devient flou. </p>



<p>Je crains la solitude. J’ai honte de ne pas pouvoir vivre joyeusement avec moi-même. </p>



<p>Je me promène. Les feuilles des arbres saignent, tombant tour à tour, laissant le sol orné des teintes jaunes et rouges. Le ciel, ombragé par le crépuscule, enferme la ville démunie de ses dernières beautés estivales dans une brume ténébreuse et angoissante. </p>



<p>Les branches dépouillées de feuilles, mon coeur dénudé de ses remparts. <br>Je pourrais être vulnérable devant le monde entier, mais jamais avec toi.</p>



<p>Je ne peux m’empêcher de penser à Apollinaire. Ceci est <em>ma chanson du mal-aimé</em>.</p>
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