Arthur Corbel – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Sun, 18 Nov 2018 20:20:20 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 La Main de L’Homme https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/la-main-de-lhomme/ https://www.delitfrancais.com/2015/09/22/la-main-de-lhomme/#respond Tue, 22 Sep 2015 16:23:09 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=23096 Il s’était décrit comme «un ouvrier dont la journée ne finit jamais». La longue journée de Rodin s’est pourtant bel et bien terminée le 17 novembre 1917. Mais elle fût riche!

Le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) nous propose de la vivre nous-même, à travers Métamorphoses. Dans le secret de l’atelier de Rodin. Présentant plus de 300 œuvres, dont de superbes prêts du musée Rodin de Paris, cette exposition est la plus importante que le Canada ait consacré au sculpteur révolutionnaire. En plus de nous faire découvrir des chefs d’œuvre, le MBAM nous propose d’observer leur processus de création. Des moules sont exposés à côté d’œuvres originales et la même sculpture peut être retrouvée dans différents matériaux et différentes dimensions.

Assemblage, fragmentation, agrandissement: tout est expliqué en mots mais aussi en sculpture. Même des dessins, que Rodin définissait lui-même comme la clé de son œuvre, sont affichés.

Les praticiens

Ne sont pas mis en lumière que les matériaux et techniques utilisés. La vie de l’atelier est révélée en intégralité. Une œuvre aussi importante ne peut se faire seule, et Rodin, comme beaucoup d’artistes de l’époque, s’entourait de praticiens pour effectuer les tâches redondantes. Une partie de l’exposition leur rend hommage. Le plus souvent anonymes et pourtant très nombreux dans le lieu de travail que nous découvrons, leurs noms ont été effacés de l’Histoire par la célébrité de cet homme. Celui de la très talentueuse Camille Claudel apparaît de temps à autre, ici et là. Aujourd’hui encore son jaloux amant et maître préfère garder dans l’ombre celle qu’il appela son «praticien le plus extraordinaire».  Pourtant, dans ces salles du MBAM, le travail de ses mains est présent partout autour de nous, comme celui de tous les autres praticiens.

Les mains

Voilà l’obsession de Rodin. Les utiliser pour créer est ce qui le rapproche le plus du divin, ce qui le transcende, ce qui le propulse au-dessus des Hommes. «Dieu est un sculpteur», disait-il. Il n’est donc pas surprenant que l’une de ses œuvres majeures, celle qui trône à l’entrée de cette exposition, ne soit autre que La Main de Dieu elle-même. Cette sculpture est l’apothéose de nombreux autres essais, dont plusieurs exemplaires sont rassemblés dans la première pièce. Main crispée, main inerte, main protégeant le vide…

Le visiteur peut se rendre compte du labeur nécessaire à la création d’un tel chef d’œuvre. Et ce n’est pas le seul qu’il pourra observer. Car le fameux Penseur, représentant le florentin Dante Alighieri qui contemple son œuvre, est l’un des autres invités de marque de cet événement. Les figures de Dante et de sa Divine Comédie sont une source d’inspiration importante pour Rodin. La statue dans sa première forme avait d’ailleurs été créée pour orner la non moins fameuse Porte de L’Enfer, qui reprend beaucoup des neuf cercles de l’Enfer imaginés par le poète dans son livre.

L’omniprésence du  Penseur en dit beaucoup sur l’artiste. Sans doute le maître aspirait-il à l’apaisement de sa sculpture, à cet instant hors du temps au cours duquel, tel Dante, il pourrait admirer l’ensemble de sa propre création. Cette exposition est notre chance de faire de même. 

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«Making money is art.» https://www.delitfrancais.com/2015/01/20/making-money-is-art/ https://www.delitfrancais.com/2015/01/20/making-money-is-art/#respond Tue, 20 Jan 2015 17:24:36 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22101 Roi de l’art? Roi du marketing? Warhol a tout fait, touché à tout. Si une exposition devait retracer toute son œuvre, elle devrait concilier films, musiques, photographies, peintures, dessins… Difficile. Seule la fameuse Factory de l’artiste pouvait harmoniser un tel ensemble. Le Musée des beaux-arts de Montréal devait donc faire un choix et a pris le parti de l’affiche publicitaire.

Le marketing est sans aucun doute l’un des domaines de prédilection de Warhol. Sa technique de la photographie sérigraphiée, la simple efficacité de son œuvre et sa maîtrise du graphique feront sa gloire. Tout est déjà présent dans ses représentations de la soupe Campbell qui marquent le début de sa carrière Pop Art. À partir de ce moment, il recevra de nombreuses commandes d’affiches publicitaires. Chronologiquement, c’est là que l’exposition entre en scène. Ce sont ces commandes qui vont suivre que le Musée propose au visiteur. Warhol en réalisera cinquante-deux, «toutes présentes à une exception près» précise Diane Meunier, guide bénévole au musée.

La représentation de célébrités, pour des promotions de disques, ou pour des couvertures de magazines, occupe une place centrale dans son portfolio d’affiches. Warhol fait toujours efficace, il prend une caractéristique principale et la représente sans artifice. La technique est compliquée mais le message est simple. Ainsi, Diana Ross est représentée très sensuelle, les Beatles sont sympathiques à souhait, et le groupe japonais Rats and Stars est bleuté pour se rapprocher physiquement des artistes R&B afro-américains. Un message artistique ne saurait être plus direct que celui de Warhol. Cependant, il lui arrive de faire quelques écarts. C’est le cas avec une étrange représentation d’un cochon très coloré dont Diane Meunier nous raconte l’histoire: «il devait faire une affiche pour une imprimante couleur. Warhol, trouvant une imprimante bien trop laide, décide plutôt de prendre un cochon comme modèle». Dans un élan de génie publicitaire, il photographie un vrai cochon sur lequel il peint des fleurs. Cette affiche délirante pour un produit qui l’est très peu est ornée des mots «As pretty as a pigture». Warhol est assurément un personnage insolite. Même les personnalités françaises ont droit à leur part d’affiches puisque l’exposition présente également des portraits de Jean Cocteau et de François Mitterrand, réalisés respectivement pour Libération et Le Nouvel Observateur.

Cependant, le coup de génie de Warhol ne se trouve pas dans le portrait des personnalités, mais plutôt dans le portrait des marques. Dans les représentations de Perrier ou d’Absolut Vodka présentes à l’exposition, Warhol semble peindre le portrait des bouteilles comme il le ferait pour des êtres humains. Cette tendance à donner une image plus humaine à des objets influence aujourd’hui les philosophies du marketing: Coca-Cola veut apparaître comme une marque heureuse,  Apple comme une marque créative. Warhol a-t-il alors eu une influence sur le marketing moderne? Diane Meunier répond à l’affirmative.

Il semble cependant presque logique que Warhol influence une activité si lucrative en écoutant ses réflexions sur l’argent. Oui, définitivement, faire de l’argent, c’est de l’art.

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Qui es-tu Amy? https://www.delitfrancais.com/2014/11/24/qui-es-tu-amy/ https://www.delitfrancais.com/2014/11/24/qui-es-tu-amy/#respond Mon, 24 Nov 2014 23:05:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21893 En septembre dernier, Gone Girl, adaptation cinématographique du livre de Gillian Flynn Les Apparences, faisait une entrée fracassante en salles. Porté par le célèbre réalisateur David Fincher, et des critiques plus que positives, le film connaît un gros succès et est même considéré par certains comme le film de l’année.

Gone Girl, c’est l’histoire de Nick (Ben Affleck) et Amy (Rosamund Pike), un couple marié, en apparence normal. Leur destin est bouleversé quand Nick rentre chez lui, le jour de son anniversaire de mariage, et retrouve sa maison saccagée. Se rendant compte de la disparition d’Amy, il contacte immédiatement la police. Cependant, la scène de crime douteuse, des révélations de plus en plus accablantes, et surtout, la découverte du journal intime de sa femme, vont projeter Nick à la place de suspect numéro un et d’homme le plus détesté de la nation. Ni Nick, ni le spectateur, ne semblent reconnaître l’infâme personnage décrit par Amy dans son journal quand elle présente son mari. Qui est le véritable menteur? Où est passée Amy? Mais surtout, qui est-elle réellement? Le spectateur interloqué s’engage dans une véritable bataille psychologique avec les deux personnages.

Certains diront que la tâche de réaliser ce film était grandement simplifiée par un scénario de génie concocté d’avance par Flynn. Il est vrai que le lecteur devenu spectateur sortira sûrement avec un fort sentiment de déjà vu tant le scénario respecte celui du livre. Comment reprocher cependant à Fincher d’avoir esquivé la plainte tant de fois entendue: «ils ont vraiment massacré le livre»? Le réalisateur rend justice au best-seller sans trahir son registre: l’atmosphère sombre, légèrement teintée d’humour, qu’on lui connaissait était presque déjà présente dans Les Apparences.

Il faut de plus considérer la difficulté de travailler avec le format du roman. En effet, la moitié de l’œuvre est constituée du journal intime d’Amy, qu’il fallait adapter sans interrompre la tension de l’action. Pari réussi, notamment grâce à Rosamund Pike, qui tient bien son rôle. Moins connue que son homologue Ben Affleck, elle a toutefois été acclamée par la critique pour sa performance. Le spectateur oscille entre des émotions très variées à l’égard d’Amy, sans tomber dans les extrêmes, jusqu’à ce qu’il saisisse sa réelle identité. Ne l’appréciant ou ne la détestant jamais complètement jusqu’à ce moment précis, le spectateur subit le jeu de l’actrice britannique, qui respecte très bien la principale caractéristique de son personnage: insaisissable.

En résumé, sans s’éloigner des grandes lignes du roman, et avec l’aide de la bonne performance des acteurs, Fincher réussit son pari: il crée une ambiance insoutenable, menant à un spectaculaire final qui ne déçoit en rien. Si le spectateur a lu le roman, il sera peut-être un peu déçu d’une certaine absence de prise de risques. Il retrouvera cependant les ingrédients qui lui avaient fait apprécier le livre, et peut-être quelques-uns en plus. Quoiqu’il arrive, il ne sortira pas sans émotion. Personne ne le fera. C’est déjà une très belle réussite. 

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«Je vois, je vois…» https://www.delitfrancais.com/2014/10/28/je-vois-je-vois/ https://www.delitfrancais.com/2014/10/28/je-vois-je-vois/#respond Tue, 28 Oct 2014 05:17:27 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21615 «La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer», disait Peter Drucker, professeur et théoricien de management. C’est justement au milieu des affaires qu’on demandait, ce jeudi, de façonner l’avenir de la scène artistique montréalaise. Invités par la toute nouvelle BAAM (Brigade des Arts et Affaires de Montréal), les grands du milieu artistique (le comité de gestion de la Place des Arts, le Musée des Beaux-Arts de Montréal, les jeunes leaders des arts de la scène, l’Opéra de Montréal, le Musée d’Art Contemporain, les Grands Ballets …) et du milieu des affaires (Le journal Les Affaires, des représentants d’HEC Montréal, et tous les jeunes cadres et entrepreneurs invités) se retrouvaient en masse au Musée des Beaux Arts.

Ambiance distinguée donc, alors que tous les invités profitent d’un cocktail offert par la BAAM en présence d’invités de marque, comme la rédactrice en chef du journal Les Affaires, Géraldine Martin. Cette dernière félicite d’ailleurs ceux qui ont répondu présent ce soir, avant de rappeler l’objectif de la soirée; «Vous êtes les artisans de demain. A vous de décider dans quelle société vous voulez vivre». Les orateurs ne sont définitivement pas avares de compliments. Alexandre Taillefer, du Musée d’Art Contemporain de Montréal (MAC), ne fait pas exception à la règle: «Qui aurait cru, que ce serait la génération Y qui sauverait la société?». Nous y voilà: l’appel aux dons. Les invités de la réception sont appelés à assumer «leur rôle très important: celui de mécène». Les orateurs donnent l’exemple, deux d’entre eux étant à l’origine des premiers dons pour la BAAM: 1000 dollars chacun.

C’est alors que le spectacle commence: chaque don de 1000 dollars est signalé par une alarme, le nom du donneur s’affichant sur un écran géant, spécialement affrété pour l’occasion. Commence alors le jeu des alarmes, qui n’arrêtent pas en début de soirée, dans une cascade de dons. On se croirait dans une scène de L’Argent de Zola, revivant la folie de la Bourse du début du 20e siècle: le succès est incontestable. Les organisateurs avaient tout prévu: 850 personnes ont répondu positivement à l’invitation, expliquant les nombreux dons de la soirée.

Mais la vraie réussite se construit dans la durée. La question des actions à venir pour les arts à Montréal est donc d’une importance capitale. Géraldine Martin s’explique au Délit sur son engagement passé et à venir via Les Affaires: «C’est assez facile vous savez. Il faut régulièrement amener ce sujet. La clé appartient aux jeunes, nous cherchons du renouveau. C’est pourquoi il est important d’être présent dans des évènements comme celui-là. Quant à nos actions à travers le journal, nous tenons par exemple une page philanthropie chaque semaine, ainsi que des cahiers philanthropiques deux fois par an.»

Devant la générosité des mécènes-philantropes, l’industrie culturelle montréalaise semble promise à un avenir doré.

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L’expressionisme s’invite à Montréal https://www.delitfrancais.com/2014/10/21/lexpressionisme-sinvite-a-montreal/ https://www.delitfrancais.com/2014/10/21/lexpressionisme-sinvite-a-montreal/#respond Tue, 21 Oct 2014 08:04:55 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21522 Le mardi 7 octobre, devant une foule de journalistes, Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des Beaux-arts de Montréal (MBAM), a dévoilé l’exposition tant attendue «De Van Gogh à Kandinsky», qui retrace la naissance de l’expressionisme. Détaillant les liens artistiques entre l’Allemagne et la France de la Belle Époque, de 1900 à 1914, l’exposition permet de comprendre les origines d’un mouvement qui marquera l’Europe tout au long du 20e siècle. Timothy O. Benson, conservateur du Robert Gore Rifkind Center for German Expressionist Studies au LACMA (Los Angeles County Museum of Art), à qui l’on doit en grande partie cette exposition, le dit lui-même: «La nature de l’expressionisme est compliquée, même pour moi qui suis censé être expert en la matière». Tentons de la comprendre.

L’influence du postimpressionnisme

La première salle permet au visiteur de visualiser le contexte historique du mouvement: des photographies montrent le Paris de la Belle Époque, en pleine effervescence culturelle et artistique grâce à l’Exposition universelle de 1900. Dans les salles suivantes, l’influence du postimpressionnisme est tout de suite soulignée. Ce style assez flou est défini par les mouvements qui ont suivi l’impressionnisme, qui en ont divergé et qui s’y sont parfois opposés. On compte comme représentants importants Gauguin, Cézanne, mais surtout Van Gogh. Ces artistes, tous représentés dans l’exposition, ont eu une grande importance en Allemagne. Un exemple marquant: le premier achat d’un tableau de Cézanne a été fait par un musée allemand! En effet, Hugo von Tschudi, directeur de la Nationalgalerie de Berlin, procède à cet achat en 1897. 

Les relations artistiques franco-allemandes sont alors très fortes, comme le symbolise «l’académie Matisse», un des principaux creusets artistiques franco-allemands. Il ne faut alors pas s’étonner que, sous l’influence du postimpressionnisme, deux mouvements se développent en même temps: le fauvisme en France, dont Matisse est le chef de file, et «Die Brücke» («le pont») en Allemagne, le premier grand mouvement expressionniste outre-Rhin. Le fauvisme est notamment marqué par la libération de la couleur, qui est également une des caractéristiques de l’expressionisme allemand.  Cette libération se ressent aussi dans l’esthétique du «Brücke», comme dans les tableaux de Kirchner, un des artistes les plus importants du mouvement, très présent dans cette exposition. Un grand travail sur la libération de la forme apparaît également dans ces deux groupes. 

Après ces premières salles déjà remplies de chefs-d’œuvre, la définition de l’expressionisme semble s’éclaircir un peu.  Les magnifiques Faaturuma de  Gauguin, Académie bleue de Matisse, Le Corsage rayé de Vuillard, et un autoportait de Van Gogh, méritent une attention toute particulière parmi ces premières toiles.

Cubisme, libération de la forme et naissance de l’abstrait

Les salles suivantes mettent les cubistes à l’honneur. Qu’est-ce que le cubisme? Le 15 avril 1904, Cézanne dit à Emile Bernard: «Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central.» C’est le point de départ du mouvement: en travaillant les formes géométriques, les artistes ne se doivent plus de représenter la réalité comme ils la voient: c’est la libération de la forme. Sous l’impulsion d’artistes présents en France, comme Picasso et Braque, le cubisme prend une importance capitale sur la scène picturale, et, par extension, culturelle. L’exposition présente de magnifiques œuvres issues de ce mouvement, notamment un Picasso, et la superbe Tour Eiffel de Robert Delaunay.

Le cubisme affectera les deux mouvements cités précédemment, mais également un nouveau, créé sous l’impulsion de Wassily Kandinsky, le «Blaue Reiter» («Le Cavalier bleu»). Les œuvres de Kandinsky, exposées plusieurs fois dans les dernières salles, sont particulièrement intéressantes pour comprendre le chemin parcouru jusqu’ici. Grâce à l’organisation instructive de l’exposition, le visiteur comprend clairement comment quinze années ont pu mener à ces ultimes chefs-d’œuvre (Au Délit, coup de cœur pour Sans titre, Improvisation III). Influencé par les mouvements qui l’ont précédé, Kandinsky (créateur de la première œuvre considérée comme abstraite, en 1910) superpose les lignes et les couleurs de façon beaucoup plus libre qu’au début du siècle, ce qui donne lieu à des tableaux très puissants.

Le visiteur peut alors beaucoup mieux comprendre la définition théorique de l’expressionisme, dont le jeu sur les formes et les couleurs déforme la réalité, permettant d’exprimer des sensations de manière expressive, beaucoup plus forte.

Cependant, l’exposition arrive à sa fin, tout comme cette période de foisonnement artistique. Après la montée d’un fort nationalisme allemand, porté par des personnalités comme l’artiste Carl Vinnen, l’opinion se divise. Les œuvres françaises sont à la fois adulées par une partie de la population, et sévèrement rejetées par une autre. Le point d’orgue de cette profonde animosité est évidemment le 3 août 1914: l’Allemagne déclare la guerre à la France. Mais que cette triste conclusion ne décourage surtout pas de se rendre à cette exposition, qui reste, sans aucun doute, l’un des plus beaux rendez-vous artistiques montréalais du moment.

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Speed-dating littéraire https://www.delitfrancais.com/2014/09/22/speed-dating-litteraire/ https://www.delitfrancais.com/2014/09/22/speed-dating-litteraire/#respond Tue, 23 Sep 2014 04:29:45 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21179 Ce soir, honneur aux essais! En plein lancement de la saison littéraire, la librairie Gallimard du boulevard Saint-Laurent organisait jeudi un événement dédié à ce genre trop souvent ignoré. Dans ce lieu bien connu des francophones et francophiles, quatre maisons d’édition sont invitées à présenter leur nouvelle collection. Pour ce faire, les deux libraires innovent: à tour de rôle, ils interrogent le représentant d’une des maisons, autour d’une table ronde disposée face au public. Ambiance de speed-dating, donc.

La soirée débute avec la maison Liber. Leur représentant décrit la maison comme un éditeur différent, proposant un cadre plus chaleureux pour les artistes: «Laurent-Michel Vacher, Pierre Bertrand… De grands noms sont passés chez nous. C’est parce que leur activité philosophique peut s’y exprimer. Les auteurs trouvent leur compte chez nous.» «La maison prime sur l’édition», complète le libraire qui l’interroge.

Place à monsieur Louis-Frédéric Gaudet, éditeur chez Lux. Et n’oublions pas notre changement de libraire, comme le veut le concept de ce soir. Lux est un éditeur qui s’est fait connaître dans les domaines tels que l’histoire des Amériques et la politique, mais qui s’attache aussi à la littérature, du théâtre au conte. Notre nouveau libraire-interviewer cite par exemple le nom d’Eduardo Galeano, passé chez Lux.  Monsieur Gaudet annonce la saison littéraire, citant d’abord le livre L’armée indigène de monsieur Jean-Pierre Le Glaunec, présent ce soir. Cette œuvre, fruit de plusieurs années de recherches, raconte le gain de son indépendance par Haïti face aux armées napoléoniennes. Un livre à venir: Soeurs volées, signé Emmanuelle Walter, (passée à Libération, France 3, France 5 et au Nouvel Obs)se penchera sur la disparition des femmes autochtones au Canada. Enfin, clou de cette présentation,  Démocratie.com d’Astra Taylor, pas encore disponible pour le grand public, est mis en vente de manière inédite pour les invités présents ce soir.

La parole revient aux Éditions Écosociété, au centre de l’actualité quelques années plus tôt avec les poursuites judiciaires dont le livre Noir Canada a été la cible. Pour sa rentrée littéraire, on retient notamment la publication de Libres d’apprendre, un ouvrage collectif sous la direction de Gabriel Nadeau-Dubois, lancée officielle à la soirée de l’Upop la veille (cf : article de Nadia Lemieux page 6). À lire aussi, La tyrannie de la valeur, dirigé par Éric Martin et Maxime Ouellet, analyse marxiste à travers la médiation du travail, de l’argent et du temps abstrait que les humains passent à travailler.

Enfin, les Éditions Nota Bene closent le bal. Passation de pouvoir dans cette maison d’édition, où un triumvirat prend les rênes de la direction. Cependant, seul Nicolas Lévesque, également auteur, est présent ce soir. Il cite notamment l’ouverture d’une nouvelle collection, «Philosophie continentale», avec comme première œuvre Axelos et le jeu du monde de Michel Malette. Fils de l’écrivain Claude Lévesque, Nicolas Lévesque explique au Délit: «Mon père est un peu celui qui a amené la philosophie continentale, issue de la philosophie française et allemande, au Québec. Cette philosophie est encore très peu connue ici, mais elle mérite d’être défendue. Je reprends le travail de mon père ici.»

Alors que la soirée arrive à son terme, le duo de libraires de Gallimard annonce d’autres rendez-vous de ce type à venir, invitant tous ceux qui ont apprécié à renouveler l’exercice. Avec plaisir.

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À la new-yorkaise 

Murs de brique, public branché… L’espace Notre-Dame et la Rack galerie ouvraient leurs portes cette semaine. L’allure de loft new-yorkais est frappante dès l’entrée. Magalie, jeune femme responsable de la galerie et à l’origine du concept, apporte un petit bout de la Grosse Pomme en plein cœur de Montréal.  En collaboration avec Ariane, à la tête de l’espace culturel, elle lance un projet qui a pour objectif d’apporter de la visibilité à des artistes encore méconnus du grand public. «J’aime découvrir des talents, explique-t-elle, leur donner une plateforme. Là est tout l’intérêt de la combinaison galerie/espace culturel. Je ne veux pas que la galerie soit un endroit froid. Pendant les concerts et autres évènements organisés par Ariane, le public aura accès aux œuvres. Les deux projets s’alimentent entre eux.»

Un projet ouvert

Le principe d’espace culturel rapproche le public des œuvres de la galerie. Mais le projet est aussi très ouvert du point de vue des arts. Magalie, également à l’origine du choix des artistes, se félicite de rassembler tous les styles: «Dès ce soir, nous présentons de la photographie retravaillée, du transfert d’images, de l’acrylique… Il y en a pour tous les goûts!» En effet, des travaux en noir et blanc, à l’air old school de Marylise Julien, aux instruments de musique décorés de John Lantier, jusqu’aux décors exotiques de Paul-André Larocque, la variété des genres semble évidente.

Ce dernier ainsi que son agent Nicolas sont d’ailleurs complètement satisfaits du résultat. «L’agencement est très bien géré», félicite l’agent, «Paul-André cherche de la visibilité au Québec et à l’international. L’espace Notre-Dame est une bonne opportunité pour la partie québécoise du projet.» Ce projet est d’ailleurs bien en place. Monsieur Larocque a déjà exposé des œuvres en Australie ainsi qu’en Europe, et voit son agenda complet jusqu’en juin. «J’ai besoin de voyager», confirme l’artiste. «Je me vois comme un oiseau dans un bateau» avoue-t-il, le sourire aux lèvres. Justement tatoué d’oiseaux et de bateaux tout le long de ses bras, ce fils de marin n’a pas peur de montrer sa différence. «Je suis atteint du THADA (trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention)», ajoute-t-il. «Ma tête est un permanent chaos ordonné. Mes œuvres me permettent de recoller les morceaux.»

Un public conquis

Un mot semble se présenter très clairement après cette première soirée: atypique. Pour le décor, pour le passage d’instruments décorés aux peintures très fortes d’Ani Müller, pour le projet.  Cette première soirée montre le choix de Magalie et Ariane: celui d’un pari. Et la première partie de ce pari semble réussie. En effet, les éloges sont nombreux: «Voir des jeunes se lancer dans un projet comme ça, de façon aussi créative, c’est vraiment génial» s’exclame une visiteuse. Mais d’autres vont encore plus loin: «C’est formidable! La combinaison des artistes me plait car elle est très intéressante. En plus, l’endroit est vraiment très beau.»  À la question «êtes-vous susceptible de revenir?», toutes les personnes interrogées ont répondu de manière positive. Le désir d’accessibilité des deux organisatrices semble donc assouvi pour cette première soirée. Mais le plus gros est encore à venir avec les futurs événements culturels au cœur de la promotion de cette nouvelle place artistique. Un endroit à surveiller, assurément.

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