Haïtiens, en attente d’asile politique
31 octobre 2017 - Image par Joachim Dos Santos
Après la menace de Trump, la communauté haïtienne arrive à la frontière canadienne.

Le 12 janvier 2010, la terre tremblait à Haïti. Plus de 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abris. Par la suite, le président américain d’alors, Barack Obama, avait accordé aux demandeurs d’asile haïtiens un statut de protection temporaire. Cependant, en mai 2017, le nouveau Président Donald Trump menace la communauté haïtienne de ne pas renouveler leur permis de séjour dès janvier 2018. Ainsi, depuis fin juin, les ressortissants haïtiens, inquiets d’être expulsés des États-Unis, arrivent par centaines chaque jour à la frontière canadienne afin de demander le statut de réfugié. Cette option n’est pourtant pas de tout repos, comme le montre le parcours qu’ils doivent suivre, et ne donne aucune garantie d’obtention du statut.

L’entrée irrégulière et les camps

Comme plus de 8 000 migrants l’ont fait depuis le début de l’été, la demandeur d’asile entre au Canada de façon irrégulière par le rang Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle. Au moment de franchir la frontière, les agents des douanes et les policiers de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) l’informent qu’il se place dans l’illégalité. Une fois entré, il est fouillé puis viennent quelques questions sommaires pour vérifier l’identité de la personne, ainsi que la somme d’argent qu’il détient. Des camps sont érigés, en cas d’afflux importants, par les forces armées canadiennes.

Les militaires montent des tentes et les services frontaliers y installent des lits, des toilettes, des douches et fournissent de la nourriture et de l’eau. Un migrant reste trois à quatre jours sur place avant de parler à un agent des douanes. Celui-ci fait une prise d’empreintes, prend une photo et fait des vérifications de sécurité. Ensuite, il lui donne un rendez-vous dans les bureaux montréalais de Citoyenneté et Immigration Canada au 1010, rue Saint-Antoine pour entreprendre ses démarches de demande d’asile.

« La demandeur d’asile entre au Canada de façon irrégulière par le rang Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle »

Centre d’hébergement

Transféré en autobus à Montréal, le migrant est installé dans un centre d’hébergement temporaire tel que le Stade olympique et l’ancien hôpital Royal Victoria à Montréal. Le migrant y trouve un lit, des toilettes, une douche, trois repas par jour, des produits de première nécessité et une carte de transport. La durée du séjour est d’un peu plus d’un mois, car une fois cette période écoulée, l’aide sociale n’est plus fournie et il devra se trouver un autre logement.

Administration et demande d’asile

Dans les jours suivant son arrivée à Montréal, la priorité est d’aller au rendez-vous donné à la frontière pour y déposer sa demande d’asile. L’agent d’Immigration Canada fixe ensuite une date d’entrevue pour déterminer si la requête est recevable. Pendant les quelques mois précédant l’entrevue, le migrant ne peut pas obtenir de permis de travail. Le demandeur d’asile peut ensuite se rendre au Centre de service spécialisé afin de faire une demande d’aide sociale. Le ministère provincial du Travail traite la demande et, si elle est acceptée, lui remet un premier chèque au bout d’environ 10 jours. Le montant de ce chèque reçu au centre d’hébergement est le même que pour n’importe quel autre bénéficiaire au Québec, soit 628$ par mois pour une personne seule et 1189$ pour une famille de deux adultes et deux enfants.Le migrant doit attendre jusqu’à l’automne ou l’hiver pour avoir une entrevue avec un agent de l’immigration afin de déterminer si sa demande d’asile peut être accueillie. Or, quand l’affluence était plus faible, cet examen se faisait directement à la frontière. Si la demande n’est pas reçue, la personne doit retourner d’où elle vient, donc les Etats-Unis, ou son pays d’origine si elle n’a pas de statut légal aux États-Unis. Elle peut néanmoins faire appel au programme d’Examen des risques avant renvoi, mais son taux de succès est de moins de 2%, d’après l’avocat en immigration Stéphane Handfield. Si la demande est jugée acceptable, une date d’audience est fixée dans les 60 jours, mais risque d’être reportée de quelques semaines, voire quelques mois.

Selon M. Handfield, l’audience du demandeur d’asile haïtien n’aura pas lieu avant le printemps 2018.

« Si la demande est jugée acceptable, une date d’audience est fixée dans les 60 jours »

Décision

Environ un an après son arrivée au Canada, la personne est entendue par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada qui doit déterminer s’il s’agit bien d’un réfugié au sens de la loi. Selon Immigration Canada, la Commission donne une réponse dans les quatre mois suivant l’audience. Si la demande d’asile est acceptée, la personne peut alors rester en sol canadien et entamer la procédure pour devenir résident permanent. Si la demande est rejetée, la personne doit retourner dans son pays d’origine ou faire appel devant la section d’appel des réfugiés. En cas d’échec, elle peut demander un contrôle judiciaire à la Cour fédérale du Canada. Au total, ces démarches peuvent ajouter 12 à 24 mois de procédures. Le taux actuel de succès des demandes d’asile est d’environ 50%, mais il pourrait changer avec la vague récente de migrants – des Haïtiens pour la plupart. 

« Le taux actuel de succès des demandes d’asile est d’environ 50 % »

La situation à la frontière se stabilise

Depuis le 22 septembre, 900 demandeurs d’asile ont été récupérés à la frontière puis hébergés par le CIUSSS du Centre-Ouest. Au mois d’août, durant le pic d’arrivées, 3 000 personnes pouvaient être hébergées par jour. «On est dans une courbe descendante, on revient à des taux plus stabilisés», explique Francine Dupuis, PDG adjointe au CIUSSS du Centre-Ouest. «En période normale, c’est 500 personnes qu’on héberge par mois.» Sur les trois centres d’hébergement temporaires, deux ont été fermés et le troisième le sera dans les prochaines semaines. Le camp érigé par l’armée à Saint-Bernard-de-Lacolle a lui aussi été démantelé.

Des attentes pour cet hiver

L’armée a installé beaucoup de roulottes chauffantes pour anticiper des arrivées de demandeurs d’asile qu’elle prévoit pour cet hiver. «S’il y a de nouvelles vagues, ce seront des Haïtiens qui n’auront pas eu de renouvellement de visa au États-Unis», prévient Francine Dupuis.

 
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