Le visage d’une paix entravée
28 juillet 2017 - Image par Capucine Lorber
En Birmanie, les actions d’Aung San Suu Kyi contredisent son discours pour la paix et la liberté.

Vous avez tous déjà probablement entendu parler d’Aung San Suu Kyi, femme d’État reconnue pour ses actions pro-démocratiques en Birmanie. Puisque ces dernières mettaient le régime à mal, le gouvernement l’a placée sous résidence surveillée pendant près de quinze ans. Cela n’a pas empêché la Dame d’obtenir le prix Nobel de la paix en 1991, mais aussi de gagner une reconnaissance internationale. Elle est ainsi devenue un modèle, un emblème de la lutte en faveur de la démocratie. Ce labeur a fini par payer, puisque la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont Aung San Suu Kyi est secrétaire générale, a accédé au pouvoir en novembre 2015. Cette élection l’a néanmoins placée de facto à la tête du pays, lui permettant d’accéder aux postes de ministre des Affaires étrangères, de conseillère spéciale de l’État et de porte-parole de la Présidence. Cet évènement n’a pas pour autant signé le retour de la paix en Birmanie. La situation semble en effet s’aggraver depuis que la LND est au pouvoir. Comment expliquer qu’une héroïne ait pu prendre des mesures faisant plonger son pays plus bas qu’il ne l’était déjà?

«Faites ce que je dis, pas ce que je fais»

Pour beaucoup, Aung San Suu Kyi est une figure à admirer. Il n’y a qu’à constater la multitude d’hommages qui lui ont été rendus au fil du temps, que cela soit sous forme de films, d’événements ponctuels ou de discours. L’acclamer semble un devoir. Mais est-ce mérité? Depuis le début de sa gouvernance, les bavures ne font que se succéder. La minorité musulmane des Rohingya se retrouve fortement opprimée. Cette situation va à l’encontre des droits de l’homme, qui pourtant Cette dernière est même allée jusqu’à nier la tenue d’un génocide à l’encontre de cette population ayant eu lieu à l’automne passé. En juin dernier, notre héroïne a également refusé que l’ONU enquête sur ce génocide, et est même allée jusqu’à empêcher une mission onusienne d’avoir lieu dans son pays. En faisant l’addition, le résultat semble bien être un refus de coopérer à l’international. Serait-ce donc là le vrai visage de notre héroïne?

Personne n’est parfait

Il serait hâtif que de conclure que «l’orchidée de fer» aurait fait volte-face aussi brutalement. Il y a forcément une raison à ses actions. Pour commencer, la perception de la minorité Rohingya a toujours été négative en Birmanie, ces derniers étant souvent en proie à des tensions avec les Arakanais bouddhistes formant la majorité ethnique de la population. Suu Kyi étant elle-même issue de cette ethnie, on peut craindre un conflit d’intérêt. La Dame s’est d’ailleurs déjà montrée dédaigneuse à l’encontre de musulmans. En 2013, le fait d’avoir été interrogée par la célèbre journaliste anglo-pakistanaise Mishal Husain (BBC) l’avait profondément dérangée. Est-ce cependant suffisant pour aller à l’encontre de la volonté internationale? Se conformer aux mœurs de son ethnie est une chose aller à l’encontre des droits de l’Homme au sein du pays que l’on dirige en est une autre. L’origine du geste est pourtant la même. C’est une question de perspective. Il est clair que l’on n’attend pas d’un prix Nobel de la paix de passer sous silence l’oppression d’une minorité dans son pays. Néanmoins, c’est devenu une réalité dans la Birmanie d’Aung San Suu Kyi, si bien que la communauté internationale s’en retrouve offusquée. Est-ce que ces réactions suffiront à faire changer d’avis la meneuse du pays, et à redonner au monde l’icône qu’il pensait connaître?

 
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