Histoire de «pingouineries»
4 novembre 2008

«Ça va être méga-compliqué Bob, j’ai un pingouin de 6’2 et 220 livres avec moi!» Bob, c’est un bon copain de la fac’ de droit. Il voulait m’aider à rentrer discrètement et sans billet dans une fête d’Halloween organisée par son département. En fait, son vrai nom, c’est Julien, mais il se fait appeler Bob. Il joue aussi au football américain, portait un sac à dos rose au cégep, roule en Smart et est fan de chants tziganes. Mais pour être honnête, on s’en balance de l’histoire de Bob; elle est seulement un prétexte pour introduire mon pingouin de 220 livres. Désolé, mon Bobby.

Nikola Dizdar lui, plus communément et affectueusement surnommé «Dizdou » ou «Obélix» (dû à sa carrure de tailleur de menhir), aurait pu jouer au football américain s’il n’était pas gardien de but de soccer. Il a fait son lycée en France plutôt que le cégep au Québec et n’aime le rose que dans le lettrage de sa police de messagerie instantanée. Il préfère également la chanson traditionnelle croate aux complaintes tziganes et conduit habituellement un scooter dans les rues de Paris. Sa grande carcasse sur son scooter minuscule lui donne d’ailleurs une allure assez étrange, un peu comme si Georges Laraque se rendait au Centre Bell sur un tricycle. Sacré Georges.

Arrivé pour faire son bac à l’Université de Montréal, Dizdou est déjà au fait de tous les secrets des nuits montréalaises. À 10h50 tapantes, bien installés pour une pré-soirée entamée devant le match des Canadiens (à imaginer Georges sur un tricycle rouge), notre manchot en toxedo et hôte nous envoie gentiment chercher quelques dernières provisions alcoolisées avant qu’il ne soit impossible de le faire. Quelques verres plus tard et une victoire de plus de nos Canadiens derrière la cravate, nous nous sommes rués dehors avec entrain pour rejoindre Bob. Dizdou était fier comme un paon dans son déguisement de pingouin, escorté en plus par un infirmier travesti en infirmière dévergondée, un Robin des Bois et un Charlie.

«Il y a deux différences fondamentales qui séparent la nightlife montréalaise des nuits parisiennes. Les interactions entre les deux sexes sont d’abord beaucoup plus libérales et les règles de bienséance ne semblent pas tenir. Une demoiselle – bouteille de bière à la main – te plaît? Tu fonces et tentes ta chance.» Certes, on est bien loin des courbettes et re-courbettes parisiennes… «Ah, et la musique des clubs de Montréal est de loin supérieure! Un grand respect!»

À peine arrivés devant la boîte de nuit, dans un flash de savoureuse spontanéité typiquement montréalaise, un gorille déjà dans la file d’attente décide d’engager le combat avec notre pingouin parisien. «La visibilité réduite de mon masque de pingouin n’étant pas propice à un affrontement, j’ai essayé de calmer le jeu. Mais face au fanatisme de mon adversaire, j’ai dû me résoudre à combattre», m’avait ensuite expliqué Dizdou. Dans un corps à corps qui avantageait inévitablement ses 220 livres, inutile de décrire sa déception face à l’intervention impromptue d’un Pape en baskets blanches qui passait par-là.
Cette petite altercation amicale a mis fin à nos chances de passer inaperçus. Bob a tout essayé, même de proposer à l’armoire à glace de videur un tour dans sa Smart, mais nous avons été forcés de payer notre entrée en scène. Un énorme videur heureux comme un gamin et coincé dans une Smart, conduit par un joueur de football déguisé en tzigane, ça aurait pourtant été un grand moment d’Halloween.

 
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