Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2016-12-08T03:53:21Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Ikram Mecheri <![CDATA[L’accablante banalité de l’existence]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27044 2016-12-08T03:48:42Z 2016-12-06T19:34:01Z Trois ans après sa création, Franc-Jeu présente Exil(s), une pièce écrite et mise en scène par Léa Frydman, Clémence Lepic, Victor Gassmann et Max Bouchaud. À travers ce spectacle, la troupe de théâtre francophone de McGill prend plaisir à déconstruire le fantasme de la solitude en nous immergeant dans un univers que l’on croyait comprendre.


La pièce est un tableau authentique de la société actuelle qui semble étouffer sous le poids des inanités de la vie mondaine. À son cœur on retrouve un homme, Alceste, interprété par le talentueux Samuel Ferrer, qui est rongé par un mal de vivre exacerbé par son entourage. Les amis d’Alceste, des diseurs de bonnes paroles dont l’absence d’esprit n’a d’égal que la grandeur de leurs égos, sont le reflet de cette jeunesse conformiste et centrée sur elle-même. Lors d’un repas d’anniversaire, Alceste réalise ce vide et souhaite s’isoler afin de mettre de l’ordre dans ses idées.

Le vocabulaire riche et nuancé met en valeur le jeu complexe et recherché des acteurs.

Ainsi débute la quête d’Alceste qui part à la rencontre de misanthropes afin d’élucider les causes de leur isolement. On se laisse emporter par les questionnements des personnages qui nous guident à travers les différents tableaux. Le vocabulaire riche et nuancé met en valeur le jeu complexe et recherché des acteurs. À tour de rôle, ils critiquent l’hypocrisie et le vide des habitudes sociales actuelles. Delphine Khoury, qui incarne une hurluberlue esseulée, est une véritable révélation. Pierre Gugenheim brille par sa maîtrise du comique et du dramatique en alternant entre le rôle de Fred, cet ami passionné de foot incapable de conversations sérieuses et le rôle d’un misanthrope qui en cherchant la lumière s’est retrouvé prisonnier d’une caverne. La misanthropie forcée des deux amantes, Bénédicte et Valentine, pose un regard critique sur l’actualité récente. Ces rôles sont interprétées par Chloé Leys et Ines Thiolat, qui dénoncent avec éloquence le mouvement de La Manif pour tous qui a contraint leurs personnages à s’exclure de la société. Lyna Khellef et Grégoire Collet viennent compléter la distribution de cette première partie à travers des personnages attachants et comiques.

Mieux vaut être mal accompagné que seul

Paradoxal et complexe, le personnage d’Alceste concilie avec acuité les contradictions de la jeunesse actuelle. L’Homme est un animal social qui rêve de solitude pour se réconcilier avec lui-même et pour s’abandonner à ses rêveries.  Alceste ne veut pas être seul, il veut être laissé seul. En faisant grief de ses amitiés, le jeune homme tente de se convaincre de sa répulsion pour l’espèce humaine qui s’avère fausse. Sa quête se termine donc dans le repentir et nous fait réaliser que les solutions extrêmes ne sont jamais les bonnes. Choisir sa solitude est un luxe que les vrais solitaires ne peuvent se permettre.

FJVittorio Pessin | Le Délit

La célébration du vide  

Après avoir exploré en profondeur la misanthropie, le spectacle nous met face à nos contradictions durant la deuxième partie en laissant place à un show survolté qui exploite l’exubérance du divertissement-spectacle. Pierre-Olivier Avezou nous démontre ensuite l’étendue de ses talents en jouant à la perfection le rôle de Dieu. Nicolas Fisch prends ensuite le relais et excelle dans le rôle d’un maître de cérémonie adepte de la superficialité et des sourires figés. La scène est ensuite cédée à la troupe enflammée du Small Talk Show qui fait honneur aux performances de Marco Panatella, Mathilde Delabie et Chloé Rinaldi. Cependant, la saynète suivante sur «l’andouillette» (saucisse, ndlr) viens jeter de l’ombre au spectacle. Le personnage de l’agriculteur a un très fort accent du sud de la France qui peut être difficile à comprendre pour un spectateur non Français. Enfin, Sara Maria Moubarak maîtrise parfaitement la tragédie et conclut le spectacle par une interprétation mélodramatique haute en couleur qu’elle partage avec Océane Bouhier. La célébration du vide n’aura jamais été aussi drôle.

img_4614Mahaut Engérant | Le Délit

Le rendez-vous du vendredi soir

Pari risqué, le choix de Fonzie pour monter ce spectacle s’est avéré une véritable réussite. En présentant la pièce dans cet espace non conventionnel, les metteurs en scène ont désacralisé la rigidité du cadre théâtrale en l’exportant dans ce lieu unique et enchanteur. La mise en scène est ingénieuse et s’adapte aux contraintes de l’espace restreint. La proximité est au rendez-vous. Le spectateur est un témoin direct qui doit parfois se retenir de se lever de son siège pour se joindre au jeu convaincant des acteurs.

Fonzie charme par son élégance et sa simplicité. Les décors sont intimes et permettent une ambiance graduelle qui ne sombre jamais dans l’excès ou l’extravagance. À chaque semaine, l’endroit se réinvente au gré des artistes exposés et des événements organisés. Véritable espace de convergence artistique, Fonzie permet de découvrir les artistes émergents de la scène montréalaise tout en se laissant emporter par le rythme enivrant de la musique.

La pièce arrive à jeter un doute sur nos illusions et à nous faire réfléchir.

Exil(s) s’articule avec force dans les zones troubles de la tragi-comédie. La pièce permet d’effectuer une réflexion approfondie sur la nature de nos relations personnelles et la nature humaine. Rousseau disait que la société corrompt l’âme humaine. La pièce nous démontre que la réconciliation de l’homme solitaire avec la société est possible pour peu qu’il soit conscient de son état. Cependant l’homme doit-il renoncer à sa sincérité pour sauver son âme? La pièce arrive à jeter un doute sur nos illusions et à nous faire réfléchir. On s’extirpe de ce rêve avec l’envie de se retrouver et de revenir dans ce lieu magique.

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Vincent Morréale <![CDATA[Entretien avec Robert « Robo » Murray]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27031 2016-12-08T03:53:21Z 2016-12-06T18:13:05Z Le Délit a rencontré Robert Murray, un des pratiquants de l’Airsoft les plus connus au Canada, grâce, entre autres, à son activité parallèle de Youtubeur. Nous vous avions présenté cette activité il y a quelques semaines, en sa qualité «d’expérience ludique de la vie militaire». Murray partage avec vous sa conception de l’Airsoft, quelques réflexions sur la situation actuelle de cette pratique au Canada et sur la possibilité d’une professionnalisation de l’Airsoft au futur.


Le Délit (LD): Pour la communauté participant aux nombreux événements, l’Airsoft est un jeu. Toutefois, beaucoup de non-joueurs jugent ce jeu comme étant violent et incitant à la guerre. D’un point de vue professionnel, qu’en pensez-vous?                        

Robert Murray (RM) : Selon moi, le problème n’est pas en lien avec l’Airsoft, mais plutôt avec les préjugés que la société attribue à des activités comme le paintball ou l’Airsoft. Vous avez raison : l’Airsoft et le paintball (bien qu’à de faible degrés) sont des représentations d’activités que la société considère comme étant «violents». Par contre, la chose importante à retenir est que la violence est commune dans les sports populaires ou les autres formes de divertissements, ce qui nous pousse à nous demander : pourquoi l’Airsoft serait différent?                                                                                                                                      

L’Airsoft reproduit volontairement la guerre, des armes, et des situations que nous, en tant que citoyen, reconnaissons comme étant violentes. L’activité est entièrement basée sur ces concepts, la rendant donc violente. Par contre, si vous regardez de plus près des activités comme le football Américain ou le hockey, vous y trouverez des exemples de violence. De vrais exemples de violences physiques. Pour la plupart, ces actes font partie intégrante de ces sports même si le but du jeu ne consiste qu’à déplacer un objet d’un bout à l’autre du terrain de jeu. C’est ce qui rend les notion de sport et de violence biaisées : nous acceptons la violence sportive puisqu’elle fait «partie du jeu», et qu’elle ne se rapproche pas visuellement d’une représentation de la guerre . L’ironie est que sur le terrain de jeu, de ma vaste expérience, personne ne désire faire de mal aux autres. La plupart du temps, tout le monde termine la journée heureux et entre amis. Par contraste, il y a plusieurs preuves qui montrent que les joueurs de football Américain ou de hockey sont trop souvent encouragés à blesser les joueurs des équipes adverses ou de laisser aller leur rage sur le terrain.

LD: Bien que la majorité des gens pensent que l’Airsoft fait la promotion de la violence, beaucoup croient que ce hobby a la possibilité de devenir un sport au même titre que le hockey ou le baseball. Avec une communauté grandissante et des réglementations différentes pour chaque organisation, croyez-vous que ce soit possible?
RM: C’est toujours une question qui resurgit de temps à autre : est-ce que du Airsoft professionnel a la possibilité d’exister? Pour vous dire la vérité, je n’ai pas de réponse. L’idéaliste en moi désire son existence: je suis quelqu’un de compétitif et j’adorerais mettre mes habilités sous forme de statistiques. Le réaliste en moi, toutefois, croit que tant que nous n’avons pas une façon efficace, bon marché, et consistante de compter les points, l’Airsoft professionnel ne peut pas exister.
Ultimement, c’est un problème relié à l’individu même : si tout le monde pouvait être juste et honnête quand ils se font toucher, ce sport pourrait exister dès demain. Malheureusement, la tricherie et la malhonnêteté sont une plaie qui existe dans le jeu malgré le fait qu’il n’y ait rien d’important en jeu. Il ne faut pourtant pas croire qu’il n’y a pas de forme de compétition dans l’Airsoft : les compétitions de tir sur cible existent, et c’est le seul endroit où il est possible d’avoir une forme de profession : cela demeure honnête puisque le seul compétiteur est soi-même.

LD: Comparativement au Canada, les organisateurs états-uniens proposent une expérience de jeu dont la qualité dépasse largement ce que nous pouvons voir localement, je pense notamment à Milsimwest et à American Milsim. Pourquoi croyez-vous que de tels événements soient possibles aux États-Unis, et non au Canada. Est-ce un problème de popularité? De lois?
RM: Ce sont en fait ces deux points que vous avez soulevé qui sont à l’origine de cette problématique, mais avec une zone grise. Ce n’est pas vraiment un problème de popularité si l’on calcule la popularité par capita : c’est un problème de densité de population. Les États-Unis ont une population approximative de 319 million d’habitant, alors que le Canada n’en compte que près de 35 million éparpillé un peu partout sans avoir une grande concentration de population.

Si nous mettons la situation en perspective, l’état de Californie compte près de 38 million d’habitants, soit 3 million de plus que toutes les provinces du Canada réunies. C’est une de ces raisons pour lesquelles la Californie, en plus d’être un état clé dans l’exportation de biens à travers le monde, est le centre des activités reliés au Airsoft en Amérique du nord.

Alors, même si au Canada il y a un intérêt élevé pour ce hobby, l’éparpillement de la population crée des poches de vide dans certaines communautés. L’autre problème est que, en comparaison avec les Etats-Unis, les joueurs ont là-bas accès à une multitude de sites et de terrains de jeux dits «premium». Les lois aux États-Unis permettent l’accès au public à, par exemple, des bases militaires désaffectées. Alors qu’au Canada, bien que de tel endroits existent et soient abandonnés, le gouvernement y refuse l’accès au public.

LD: Quel est votre intérêt personnel par rapport à l’Airsoft?
RM: Mon intérêt pour l’Airsoft a débuté lorsque j’étais enfant : je me passionnais pour la sécurité civile et la simulation tactique. J’ai choisi une autre orientation professionnelle, mais j’ai toujours maintenu une passion, tant pour la sécurité civile que pour la simulation. C’est après mes études universitaires que j’ai pris pour hobby l’Airsoft, me permettant de mélanger les deux passions mentionnées plus tôt ainsi que de me garder physiquement en forme.

LD: Pour la plupart des joueurs, l’Airsoft est un passe-temps, un hobby de fin de semaine. Dans votre cas, vous avez fait du hobby une carrière : vous êtes commandité par de grandes entreprises et vous développez votre propre gamme de produits. Comment en êtes-vous arrivé là?
RM: Soyons clair : je ne suis pas payé pour jouer à l’Airsoft, alors je ne peux pas réellement considérer mes activités comme étant une carrière à proprement dire: j’ai un emploi à temps plein comme tout le monde. Par contre, je fais de l’Airsoft un hobby à temps plein, et passe la plus grande partie de mon temps libre à participer ou à produire du contenu pour l’industrie de l’Airsoft et pour la communauté.

Comment tout cela est arrivé? Par un mélange de hasards et de dur labeur. En 2010, je faisais du montage vidéo pour mon ancienne équipe et je publiais régulièrement des photos sur Instagram. Tranquillement, de plus en plus de personnes commencèrent à me suivre sur les réseaux sociaux et je voulais m’investir davantage dans la communauté, c’est alors que je suis entré en contact avec les figures dominantes de l’industrie. Plusieurs de ces figures devinrent mes mentors et m’apprirent à utiliser efficacement les réseaux sociaux et la plateforme qu’est YouTube.

La chance et la sociabilité valent pour beaucoup dans mon cheminement, mais si je pouvais exprimer une façon de faire en une phrase simple, je dirais: établissez-vous un but, trouvez ce dont vous avez besoin pour y arriver, et puis faite ce que vous aurez trouvé sans arrêt jusqu’à ce que vous y arriviez.

LD: Malgré la « carrière », avez-vous toujours autant de plaisir dans le jeu?
RM: Le plaisir est le même que lorsque j’ai commencé! Personnellement, je ferais le même contenu que je publie sur les réseaux sociaux même si je n’étais pas commandité: je faisais tout cela bien avant mes partenariats avec les entreprises. Y-a-t-il des jours où je ne suis pas aussi motivé de travailler sur du contenu ou d’aller jouer?
Certainement, mais c’est comme cela pour n’importe quelle passion. Plusieurs peuvent se sentir écrasé par leurs responsabilités et se sentir obligé de publier du contenu régulièrement, la passion devenant alors un  travail. Pour moi, bien que je prenne le jeu au sérieux et que cela occupe une grande partie de ma vie, je n’en fais pas un boulet et des chaînes. C’est une activité créée pour être appréciée et peu importent les responsabilités que l’on y gère.

LD: Une question qui revient souvent dans l’industrie de l’Airsoft est la place que devrait avoir les enfants dans l’industrie. Par rapport à ce que nous nous sommes dit plus tôt en lien avec la promotion de la violence et de la guerre, que pensez-vous de cette situation?
RM: Bien que ce soit, du moins pour moi, une question à laquelle il est simple de répondre, c’est un sujet qui, en réalité, est difficile d’approche, principalement dû aux faits que j’ai illustrés précédemment sur ce que l’Airsoft représente et tente de représenter. Il va y avoir des groupes qui trouveront que l’Airsoft est mauvais pour les enfants puisque c’est basé sur la reproduction d’un environnement de guerre et d’armement.

Afin de vous montrer pourquoi je trouve qu’il est simple de répondre à cette question, laissez-moi réfuter : est-ce la responsabilité de l’activité de paraître d’une façon ou d’une autre, ou est-ce au participant de savoir comment bien appliquer un contexte à une activité? Certes, c’est un jeu qui ressemble à des combats d’arme à feu, mais il est important de rappeler que ce ne sont pas des armes à feu et ce n’est pas une zone de guerre: un film d’horreur présentant un monstre caché dans un lac ne peut pas être considéré comme étant un documentaire. Plus directement, le même contexte peut être appliqué à d’autres sports, comme de combat au corps à corps, ou de tir, peut être appliqué à l’Airsoft. L’Airsoft est une simulation de combat qui prend lieu dans un contexte de plaisir et se détache complètement d’une vrai situation militaire, au même titre que le tir-à-l’arc moderne se détache de la défense d’un château au XIIIe siècle. Malheureusement, ceux qui appliquent cette logique à cette activité perdent de vue les vastes bénéfices variées que ce hobby peut apporter à un individu en croissance. L’Airsoft étant basé sur des dynamiques d’équipes, les situations intenses, et la stratégie, un joueur développe des attributs qui lui sont bénéfiques, comme le travail d’équipe, l’entraînement physique, la coordination spatio-temporelle, et de l’initiative.

Selon moi, il existe peu d’activités qu’un individu peut prendre en tant que hobby qui lui développe autant de talents qui aident à devenir, non seulement un bon citoyen, mais aussi un bon sportif. Ultimement, si un parent est en mesure de bien expliquer le contexte du jeu et de rappeler que ce n’est pas une mise en situation réelle, mais bien une simulation, je ne vois pas comment l’aspect de la violence pourrait brimer le jeu, ni même la promouvoir. Pour ce qui est des jeunes enfants, la responsabilité revient aux parents.

LD: Être un joueur professionnel est dispendieux. Comme pour n’importe quel sport ou hobby, il est toujours favorable de s’équiper avec la meilleure qualité afin d’être le plus efficace possible sur le terrain de jeu. Comme dans le domaine du tir à l’arc, est-ce l’outil qui fait l’athlète? Est-ce que l’investissement en vaut la peine?
RM: Afin de répondre efficacement, laissez-moi diviser cette question afin de pouvoir appliquer certaines de ces affirmations dans leur contexte. L’homme versus la machine. C’est une question de tout temps : est-ce l’homme ou l’outil qui produit la performance ? Personnellement, je ne vois pas pourquoi c’est toujours une question : je crois qu’il existe suffisamment de preuves historiques qui prouvent qu’ultimement, c’est toujours l’homme qui définit le résultat.

L’outil ne permet que d’améliorer ou de créer cette performance. Une maxime circule dans le monde militaire qui dit: «le fusil est un outil : je suis l’arme». Ceci étant dit, il existe un point où un athlète extrêmement talentueux peut, de fait, avoir un avantage considérable par l’utilisation d’un meilleur équipement.

Si un joueur est déjà le plus rapide, le plus intelligent, le plus stratégique, et le mieux entraîné sur le terrain, il sera une menace encore plus grande s’il est équipé avec le meilleur équipement. L’inverse est toutefois impossible. Un joueur sans réel entraînement, malgré son utilisation d’un meilleur équipement et d’un équipement haut de gamme ne saurait égaler le joueur professionnel. Est-ce que cela vaut la peine ? Tout dépend de la fréquence à laquelle vous jouez.
Si vous ne participez qu’à quelques événements par année, un équipement standard fera l’affaire. Par contre, si vous voyagez partout à travers l’Amérique du nord pour jouer dans des événements qui coûtent cher, alors investir dans un équipement qui sera fiable et performant vaudra la peine puisque vous investissez déjà autant dans vos déplacements.

LD: Croyez-vous que la communauté grandissante de l’Airsoft est positive ou, au contraire, devrait-elle rester comme elle est présentement?
RM: Positive et seulement positive! – sans être sarcastique, j’ai moi aussi vu la mauvaise publicité que l’Airsoft, et plus spécifiquement sa communauté de joueurs, reçoit de la part des médias, et quelques-uns de ces «mauvais» joueurs existent dû à cette expansion rapide que connaît le hobby. Par contre, cela ne veut pas dire que l’expansion d’une industrie est mauvaise et ne devrait pas être supporté, au contraire. Le fait est que, plus il y a de participants dans une activité, plus elle se répand un peu partout, un plus grand pourcentage de personnes peuvent participer à ces activités.

En soit, il y a beaucoup d’êtres humains exécrables dans le monde, et plus une activité est grandissante, plus il y a de risques que ces individus prennent part à ses événements. Cela dit, mon affirmation revient à parler d’un aspect de la nature humaine, et non de l’Airsoft en général. Peu importe ce que vous faites, il est impossible d’échapper à ce phénomène tant et aussi longtemps qu’il y aura des êtres humains impliqués dans une activité. Le fait est que, plus l’industrie grandit, plus le nombre de magasins, de terrains, de manufactures, de joueurs, et d’emplois peuvent exister.

Pour résumer, l’industrie grandissante fait en sorte que l’activité-même devient davantage publique, faisant en sorte que le citoyen moyen y devient accommodé et insensible, l’acceptant comme étant l’activité qu’elle est. En encourageant cette expansion de l’industrie, nous assurons qu’elle survive et de fait, nous pouvons continuer à apprécier le support constant de la communauté pour un passe-temps et un hobby aussi divertissant et amusant.

LD: Un mot pour conclure M. Murray?
RM: Certainement! Alors comme je dis toujours, continuez à jouer à l’Airsoft, continuez à avoir du plaisir, à être de bons membres de la communauté : défendez ce que vous aimez.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Vincent Morréale

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Jacques Simon <![CDATA[Violence sexuelle, un pas de plus]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27014 2016-12-01T01:55:17Z 2016-12-01T01:55:17Z  

Ça s’est passé vite: un vote à main levée, unanimité, motion approuvée. Mercredi 23 novembre, le sénat mcgillois s’est prononcé en faveur de la politique de lutte contre les agressions sexuelles (Sexual Assault Policy — SAP en anglais). C’est une avancée majeure pour un débat qui dure depuis deux longues années, et aussi un pas dans la bonne direction pour les victimes d’agressions sexuelles.

Une politique large

La motion prévoit plusieurs mesures afin de combattre et répondre aux agressions sexuelles de façon plus efficace. Concernant la prévention, il y a la création d’un bureau dédié à l’éducation et aux contremesures  aux violences sexuelles. Celui-ci sera «armé» de professionnels entrainés et spécialisés dans le domaine. La politique prévoit aussi un cours obligatoire pour tous les membres de la communauté des services mcgillois qui sont susceptibles d’être confrontés à de telles problématiques.

Pour ce qui est du soutien aux victimes, le texte suggère une habilitation par le biais d’une procédure claire, confidentielle, et sans jugements. Un suivi centré sur la communication sera aussi établi pour celles et ceux qui ont rapporté une agression.

Si la politique est explicitement orientée vers les victimes, elle touche néanmoins aussi à la façon dont McGill compte sanctionner les présumés coupables. Le texte envisage en effet de clarifier l’éventail des procédures disciplinaires pour ceux qui sont accusés d’avoir commis un tel crime.

Erratum

La version du 23 novembre est retravaillée par rapport aux versions précédentes du texte, dont le langage avait parfois été présenté comme «ambigu ou légaliste» et «potentiellement aliénant».

Ainsi, alors qu’auparavant «violence sexuelle» se référait simplement à une activité sexuelle sans consentement exprimé, la définition a été élargie et clarifiée. Aujourd’hui, elle n’incorpore pas que des actions physiques, mais aussi le voyeurisme ou l’exhibition publique, et peut avoir lieu sur Internet ou au téléphone. De plus, si les objectifs étaient avant excessivement vagues, la version actuelle contient un plan détaillé en huit points. Ceux-ci parlent, entre autres, d’une allocation de fond pour la création d’un bureau, l’embauche de personnel qualifié en la matière ou encore la révision et l’amélioration des services qui sont actuellement à disposition des victimes.

Ces précisions sont évidemment les bienvenues, puisqu’elles clarifient la direction dans laquelle la politique contre les agressions sexuelles ira, et permettront de rappeler l’administration à l’ordre plus facilement si celle-ci venait à faillir sur ses promesses.

On y est presque

Il est important de se rappeler que cette avancée n’a aucune implication concrète — pour l’instant. Il faut en effet que le Conseil des gouverneurs ratifie la décision avant qu’elle ne soit appliquée.

Cet organe exécutif a le dernier mot sur toutes les politiques mcgilloises, et est donc un acteur absolument essentiel de la vie du campus. Il est composé de 25 votants et de 2 observateurs. Ceux-ci sont des membres académiques et administratifs, des représentants d’associations étudiantes, ou encore d’anciens élèves.

Pour faire la démarche

Si vous souhaitez parler d’une agression sexuelle, il est important de savoir que McGill prévoit dès aujourd’hui des services à cet effet. Vous pouvez aller au B-27 du bâtiment de l’AÉUM (devant Gert’s) pour parler avec la SACOMSS (Sexual Assault Center of the Mcgill Students’ Society en anglais). Là, vous pourrez avoir une conversation avec une personne qui vous écoutera, qui vous croira, et qui pourra vous conseiller sur la démarche à suivre.

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Marina Cupido <![CDATA[Mobilisation autochtone]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27013 2016-12-01T01:51:09Z 2016-12-01T01:51:09Z Le 22 novembre, le groupe de travail du prévôt sur l’éducation autochtone a effectué leur première session de consultation. Officiellement lancé lors de la semaine Indigenous Awareness en septembre 2016 suite à des années de travail de la part d’étudiants autochtones et leurs alliés, le groupe de travail est mené par trois co-Présidents: Paige Isaac, coordinatrice de la Maison des peuples autochtones à McGill, Hudson Meadwell, doyen du département des Sciences politiques et Angela Campbell, assistante-prévôt dans le domaine de l’apprentissage et la vie étudiante.

À peu près 60 personnes ont assisté à la session consultative, qui a débuté avec quelques mots de la part de Kenneth Deer, Secrétaire de la nation Mohawk de Kahnawake et professeur à McGill. Adoptant un ton révérencieux, Deer a parlé des différents domaines de la biodiversité: les animaux terrestres et marins, les plantes et la terre qui les nourrit, le soleil, la lune et les étoiles.

Par la suite, Isaac expliqua l’objectif du groupe de travail: «Nous allons publier des recommandations concernant le rôle que McGill peut et devrait jouer, en répondant aux appels à l’action de la Commission sur la vérité et la réconciliation. Cela comprend des initiatives et des stratégies concrètes, afin d’ancrer l’autochtonie dans la vie et les activités de l’Université, et d’augmenter la présence et le succès des étudiants et des employés autochtones.»

Dans le cadre de leur recherche et leur consultation, le groupe de travail publiera des recommandations préliminaires en janvier 2017, suivie d’un rapport final en juin. En théorie, leurs idées seront intégrées dans le plan stratégique du prévôt, et mises en pratique lors des années à venir. Selon le prévôt lui-même, Christopher Manfredi, l’autochtonisation du campus est officiellement une priorité budgétaire, avec des fonds octroyés pour accomplir les buts du groupe de travail.

«Je pense que la communauté a identifié ceci comme étant une priorité» a expliqué Manfredi lors d’une entrevue avec Le Délit. «On a une responsabilité, on a une opportunité, et c’est la bonne chose à faire pour McGill.»

Par contre, Manfredi avoue qu’il y aura des défis considérables à surmonter: «Identifier les étudiants qui veulent venir à McGill, faire en sorte que McGill soit un environnement accueillant pour les étudiants autochtones (…), s’assurer d’avoir les bons systèmes de support en place (…), recruter et retenir les professeurs autochtones (…), je pense que ce sont là quelques-uns des défis, explique-t-il. Je pense que les plus grands défis concerneront les questions de curriculums, qui sont extrêmement décentralisés: ils dépendent largement des professeurs individuels.»

En effet, il parait que l’administration de McGill a peu d’autorité en ce qui concerne le matériel enseigné en salle de classe. Par exemple, il est pratiquement impossible d’obliger chaque professeur à intégrer dans leur curriculum un minimum de matériel traitant des enjeux autochtones.

«C’est une question très délicate, car c’est lié à toutes sortes de questions sur la liberté académique, explique Manfredi. Donc je crois qu’il s’agit de persuader les professeurs d’appuyer nos efforts en matière d’autochtonisation, (…) et de les convaincre qu’il s’agit d’une bonne initiative.»

Lors de cette première session consultative, les personnes présentes ont été invitées à faire part de leurs suggestions sur six thèmes: le recrutement et la rétention des étudiants autochtones, les programmes académiques, la représentation physique et la reconnaissance symbolique, la recherche, les ressources humaines, et, finalement, «qu’est-ce qui manque?». Circulant autour de la salle Lev Bukhman, entre six stations correspondant à ces thèmes, les gens partagèrent leurs expériences et leurs idées avec enthousiasme. Un thème du «modèle de l’Ouest» revenait souvent. Il s’agit de la façon exemplaire dont plusieurs universités dans l’ouest canadien — notamment l’Université Victoria et l’Université de la Colombie-Britannique — ont intégré les cultures, les identités, et les connaissances autochtones sur leurs campus. L’idée de créer des liens plus étroits entre McGill et Kahnawake afin de faciliter l’éducation des jeunes des deux communautés avait aussi un certain succès.

Selon Isaac, ce fut une conversation productive, mais nécessairement limitée par les paramètres de l’autochtonisation. Lors d’un entretient avec Le Délit, a discuté de la différence entre ce concept et celui de la décolonisation. Selon elle, l’autochtonisation consisterait en l’intégration de la présence et la connaissance des personnes autochtones dans le quotidien de McGill, tandis que la décolonisation serait un changement beaucoup plus profond dans le structure et le fonctionnement de l’Université. Il s’agit, par exemple, «d’apprendre à travers le **storytelling**», ou «d’amener une classe ».

«Je crois que finalement, la décolonisation (…) consisterait à regarder les choses d’une perspective autochtone,» dit Isaac. « Je crois que c’est dur d’avoir cette conversation en milieu universitaire, car l’université est une structure tellement coloniale, donc je crois que pour beaucoup d’universités, l’autochtonisation semble plus facile [que la décolonisation], ainsi que plus pratique. »

«Finalement ce n’est qu’un début, dit-elle. Ce sera un processus et un engagement à long terme. Mais je suis certainement optimiste.»

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Hortense Chauvin <![CDATA[Difficile exercice du pouvoir]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27010 2016-12-02T13:48:00Z 2016-11-30T22:39:19Z Nombreux sont ceux étant amenés à passer des examens de sélection au cours de leur vie mais peu en connaissent les rouages. Après Le bois dont les rêves sont faits, Claire Simon nous fait découvrir l’envers du décor des concours d’admission avec son nouveau documentaire, Le concours, présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Enseignante à la Fémis, prestigieuse école de cinéma française, la réalisatrice a filmé les coulisses de son concours d’entrée extrêmement sélectif: sur les mille candidats, seule une trentaine d’élèves est admise chaque année. Claire Simon adopte le point de vue du comité de sélection et livre une exploration brillante du processus de sélection des aspirants cinéastes.

Les dessous d’une épreuve

Afin de différencier les enseignants des jurés, la Fémis a mis en place un comité de sélection dont les membres sont extérieurs à l’établissement. Journalistes culturels, réalisateurs et producteurs s’attèlent donc à la tâche difficile de choisir les futurs acteurs du cinéma français. Le documentaire suit leurs évaluations des épreuves écrites, orales et pratiques des jeunes cinéastes en devenir. Claire Simon suit inlassablement leurs discussions interminables, et leurs querelles quant aux candidats qui défilent et dont ils tiennent l’avenir professionnel entre les mains. Sa caméra capte sans relâche les hésitations et les doutes de ces individus dotés soudainement d’une responsabilité égale aux espoirs immenses des nombreux candidats.

Le concours propose une réflexion tout en contraste sur les processus de sélection et les rapports de pouvoir qu’ils impliquent. Si certains membres du jury portent des jugements sans appel sur les candidats, d’autres semblent démunis face aux responsabilités que leur position de juge leur confère.  Parfois drôles, souvent cinglants, leurs jugements nous laissent entrevoir un univers peu exploré au cinéma, et où se jouent pourtant de véritables conflits moraux et émotionnels. Claire Simon parvient à nous tenir en haleine jusqu’au dénouement final. Plus le nombre de candidats se restreint, plus la tension et le suspens s’installe.

Le documentaire touche également habilement à la question de la reproduction sociale dans le monde artistique. Une scène marquante se penche sur la délibération des jurés quant à la décision à prendre sur un candidat prometteur mais appartenant à un milieu social moins favorisé que celui de la majorité des étudiants de l’école. Les esprits s’échauffent, les disputes éclatent entre ceux qui veulent lui «donner sa chance» malgré tout et ceux qui craignent qu’il ne parvienne pas à s’intégrer en raison de ses origines sociales. Tapie entre les jurés, la caméra de Claire Simon touche au cœur du problème.

La sensibilité hors pair du regard de Claire Simon offre une vision tout en nuances de ce concours, des enjeux qui l’entourent et des drames du quotidien qui s’y jouent. La réalisatrice parvient à rendre son sujet étonnamment palpitant et touchant. Les concours de sélection deviennent bien plus agréables quand on les vit en spectateur.

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Hortense Chauvin <![CDATA[Oléoducs: Trudeau dit oui]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26994 2016-12-02T00:29:12Z 2016-11-30T16:26:17Z Lors d’une conférence de presse tenue après son retour du sommet de la Francophonie, Justin Trudeau a annoncé que son gouvernement avait décidé d’appuyer la construction des oléoducs Kinder Morgan et Line 3. Il a cependant bloqué la construction du projet Northern Gateway.

Trudeau a commencé sa conférence en rappelant un des principes sur lesquels il a été élu: faire le lien entre l’économie et l’environnement. «Les électeurs ont rejeté la vieille mentalité qui dictait que ce qui est bon pour l’économie ne l’est pas pour l’environnement» a-t-il expliqué. La formule est maligne: elle permet de poursuivre les politiques actuelles, et de se dédouaner de toute responsabilité écologique.

Bien qu’il essayait de projeter la confiance, Trudeau était toutefois bien sur la défensive. Il a rappelé qu’il avait mis un prix au carbone et a souligné qu’il avait l’accord de la Première Ministre Albertaine. Il a également mis l’emphase sur les 15 000 nouveaux emplois présumés, et a évoqué les moments qu’il a passés sur la côte ouest dans son enfance.

 

De quoi parle-t-on?

Kinder Morgan, de loin l’oléoduc le plus polémique et médiatisé, vise à augmenter les capacités actuelles des transports de pétrole. Ce projet coûte quelques 6,8 milliards de dollars, et fera circuler l’or noir sur 1 150 kilomètres entre Edmonton en Alberta et la ville portuaire de Burnaby en Colombie Britannique. L’oléoduc ferait croître la capacité de transport actuelle de 300 000 à 890 000 barils de pétroles quotidiens. L’agence canadienne d’évaluation environnementale projette que Kinder Morgan causerait entre 13,5 et 17 mégatonnes d’émissions de gazes à effet de serre par an.

Line 3 est un projet organisé par la société pétrolière Enbridge Pipelines. S’il a été moins médiatisé, cet oléoduc a néanmoins des proportions bien comparables à son cousin de l’Ouest. Il vise à déplacer 760 000 barils quotidiennement entre Hardisty en Alberta jusqu’à Superior au Wisconsin; un trajet 1 659 kilomètres. Le projet coûte 7,5 milliards de dollars.

Quant au Northern Gateway, l’oléoduc rejeté par le gouvernement fédéral, il s’agissait d’un projet de 7,9 milliards de dollars, qui aurait fait passer 525 000 barils tous les jours entre les 1 177 kilomètres qui séparent Bruderheim en Alberta et Kitimat en Colombie Britannique.

 

«C’est extrêmement, extrêmement décevant»

L’annonce n’a pas plu aux militants de Divest McGill, une organisation étudiante mcgilloise qui a pour objectif notoire de demander à l’Université de se séparer de ses investissements dans les énergies fossiles. Ceux-ci s’étaient d’ailleurs déplacés par dizaines à Ottawa le 24 octobre pour manifester contre le projet Kinder Morgan. Ils avaient fait parti des 99 étudiants arrêtés pour avoir franchi un barrage policier devant le Parlement fédéral.

«C’est n’importe quoi de dire que l’on protège l’économie et l’environnement quand on donne son accord pour trois oléoducs en un an» s’exclame Nicolas Protetch, militant de l’organisation. «Dire que le gouvernement lie écologie et économie est illusoire» ajoute Julia Epstein, «il ne fait qu’appuyer l’économie et ne se soucie pas des personnes réelles qui vont être affectés par cette décision. […] C’est extrêmement, extrêmement décevant».

 

Indignations autochtones

Parmi les «personnes réelles» dont parle Epstein, il y a notamment les communautés autochtones, qui se sont largement positionnées contre les oléoducs.

Plusieurs communautés autochtones se sont en effet fermement opposées au projet Kinder Morgan ces dernières années. Entre autres, la nation Tsleil-Waututh, une communauté Salish de la côte, lutte contre l’agrandissement de l’oléoduc depuis mai 2014. Selon la cheffe Maureen Thomas, le projet est une violation de leurs droits territoriaux. Son accroissement représente également de nombreux risques environnementaux pour les conditions de vie de ses membres, qui vivent à proximité du terminal pétrolier de Burnaby. La communauté craint particulièrement les fuites de pétrole pouvant être occasionnées par le développement des capacités de l’oléoduc. Ces dites fuites sont susceptibles de détruire l’environnement marin dont les activités halieutiques de la communauté dépendent.

La nation Squamish s’était également opposée au projet «au nom des générations à venir». En juin dernier, son équipe légale avait lancé une action en justice et demandé une révision judiciaire du rapport de l’Office National de l’Énergie. Cette dernière avait approuvé l’agrandissement du réseau de Trans Mountain, sous réserve du respect de 157 conditions.

Selon le chef Ian Campbell, les recommandations de l’Office National de l’Énergie ne faisaient pas assez cas des préoccupations et des intérêts de la nation Squamish. Ce rapport avait également été dénoncé par la nation Tsleil-Waututh. Le 28 novembre, la cheffe Maureen Thomas expliquait que l’approbation du projet allait à l’encontre des promesses de Justin Trudeau relatives aux affaires autochtones lors de sa campagne en 2015. Ce dernier s’était en effet engagé à bâtir une relation «de nation à nation», fondée sur la consultation, et à prendre en compte les revendications des Autochtones dans le processus de prise de décision.

 

Le revers de la médaille

Quelques personnes et organisations se sont toutefois félicitées de la position prise par le gouvernement. C’est notamment le cas de nombreux Albertains, qui, dû à la chute du cours du pétrole, vivent une crise économique assez grave. «Notre province a été brutalement affectée par la chute des prix des commodités », a expliqué Rachel Notely, la première ministre de l’Alberta qui est allée rencontrer Trudeau à Ottawa dès que l’annonce a été faite. Notely a expliqué que cela était la «lumière du jour» après une «longue nuit». Même analyse pour Gary Leach, président de l’association canadienne des explorateurs et producteurs, qui a parlé d’«un grand jour pour l’industrie canadienne».

Au delà des réjouissances pour les nouveaux oléoducs, certains ont aussi salué les interdictions. Sven Biggs de l’ONG Stand Earth par exemple, a expliqué que la proposition Northern Gateway était «dangereuse» et que le gouvernement avait bien fait de la bloquer. Il a néanmoins souligné son désaccord avec le reste de la ligne gouvernementale.

Ce qui est en tout cas clair, est que cette position vient encore affaiblir la lune-de-miel que s’est octroyée le gouvernement libéral, depuis son élection il y a un an. Si l’administration reste encore appréciée du grand public, sa prise de position vient, au fur et à mesure, miner sa base de sympathisants. Les membres de Divest McGill expliquaient par exemple en parlant du Trudeau il y a quelques semaines, que «s’il est pour les oléoducs, nous ne serons pas pour lui lors des prochaines élections». Reste donc à savoir combien de temps le gouvernement pourra surfer sur sa vague de popularité avant qu’elle ne s’écrase.

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Ikram Mecheri <![CDATA[Cette amie que l’on n’a pu sauver]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26959 2016-11-29T19:45:05Z 2016-11-28T15:50:06Z Mise en garde: ce texte parle de suicide.

La session s’achève, tire à sa fin. Les derniers mois se sont écoulés au rythme d’un fleuve qui se déverse. Hier encore nous étions au Open Air Pub à rire et boire au son de la musique envoûtante et des rires contagieux qui caractérisent si bien l’insouciance de nos jeunes années.

Octobre, les premiers assignments, les premiers intras, on tente tant bien que mal de rattraper le temps perdu, les cours manqués et les notes égarées. L’isolement s’immisce dans nos fins de semaine, le café devient alors notre plus grand compagnon et le temps devient soluble. On sort l’espace d’une soirée, en se disant que l’on a bien mérité cet instant de bonheur volé.

Novembre, les arbres perdent peu à peu leur couleur, le rouge des feuilles annonce symboliquement l’urgence et le stress normalisés de nos vies académiques. On se croise, se salue, sans même prendre le temps de se retrouver autour d’un café ou d’un thé.

Puis décembre. La panique, le stress, le Redbull. L’anxiété et tout ce qui l’accompagne. Soudain, un après-midi, un appel. Celui dont on aurait jamais pu soupçonner l’arrivée. Le mot fatidique tombe: notre amie s’est enlevée la vie.

De respirer on oublie. Continuer on ne veut plus.

Et puis, assister à l’enterrement de cette amie entre deux examens. Saluer machinalement ces connaissances que l’on a négligées. Se dire que non, ce n’est pas possible, que tout ceci n’est qu’un malheureux cauchemar et que l’on finira bien par se réveiller. L’envie de hurler n’aura jamais été aussi forte.

Mais à quoi bon. L’amie n’est plus là, et tous les cris ou les larmes du monde ne sauront la ramener.
On se dit que l’on a failli. C’est de notre faute. On s’était promis l’amitié, mais sans s’appeler, sans se demander si ça allait. Parler de pouvoir de résistance et de mobilisation, certes, mais sans s’égarer et s’oublier dans tout ce non-sens.

La perfection ou rien

«Vouloir, c’est pouvoir» nous martèle-t-on. L’échec est tabou, mourir c’est échouer sa vie. «Si l’on ne réussit pas, c’est parce qu’on ne le voulait pas assez.» La méritocratie est devenue un prétexte pour ne pas venir en aide à ceux en détresse. À quoi bon étudier si c’est pour au final vouloir se tuer?

À l’Université, les étudiants ont, à de multiples reprises, demandé une semaine de congé avant les examens, histoire de se ressourcer, respirer. Le silence fut la seule réponse. Puis attendre trois mois avant d’obtenir un suivi psychologique approfondi à la Mental Health Clinic de McGill. «J’aurais l’occasion de me tuer au moins cinq fois d’ici-là» me confiait avec humour et désespoir un ami.

L’absence de pouvoir peut aussi être fatale. Récemment, l’Université a autorisé la fusion du Counseling Services avec les Mental Health, question d’économiser quelques malheureux dollars au lieu de quelques vies. Plus question de donner des notes médicales lors des rendez-vous d’urgence, seuls les quelques rares étudiants bénéficiant d’un suivi psychologique de long terme peuvent en demander un.

Notre système universitaire doit investir davantage pour venir en aide à ses étudiants. L’approche humaniste n’est plus qu’une utopie. L’empathie a laissé place à la compétitivité. La moindre difficulté est vue comme un échec. La moindre contestation ou mobilisation est vue comme une nuisance. Le pouvoir nous échappe peu à peu, laissant place à l’impression de ne plus rien contrôler.

Au milieu de ce chaos, je repense à cette amie que j’ai perdue. Que je n’ai pas pu sauver. J’ai depuis appris à ne plus culpabiliser. J’ai adopté de meilleures habitudes pour mieux résister. Toutefois, cette leçon j’aurais tant souhaité l’apprendre avec cette amie encore à mes côtés. Elle est partie et elle ne reviendra pas. L’hiver est long, mais le printemps est au tournant. Ne pas abandonner et continuer à respirer, un semestre à la fois. Prendre conscience est parfois douloureux, mais c’est la première étape pour avancer.

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Magdalena Morales <![CDATA[Inspirations artistiques]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26955 2016-11-28T15:45:44Z 2016-11-28T15:45:44Z Le 16 novembre dernier avait lieu la conférence artistique de la Société des Arts visuels des étudiants de McGill (McGill Students’ Visual Arts Society, ndlr). Mettant en vedette quatre conférenciers de la scène artistique montréalaise, le but était d’offrir aux gens présents une vision concrète des différents aspects féministes, identitaires, commerciaux et thérapeutiques de l’art. C’était une première pour le club mcgillois, dont le mandat vise à promouvoir les arts visuels au sein de l’Université.

Un discours féministe

Entamant la soirée avec une présentation parsemée d’images controversées, Dr. Skelly, historienne de l’art, a habilement traité des thèmes qui feront partie de son prochain livre: Radical Decadence: Excess in Contemporary Feminist Textiles and Craft, à paraître en mai prochain (2017.) Sans contexte, plusieurs des œuvres présentées, exécutées entre autres par les artistes Orly Cogan et Shary Boyle, auraient d’abord paru étranges à l’œil non habitué. Femmes blanches nues en plein acte de masturbation, petits gâteaux répartis sur la scène, lignes de cocaïne offertes aux personnages, la liste est longue mais l’excès de plaisir est toujours présent. Point commun entre les œuvres? La présence de matériaux d’artisanat, si répudiés des critiques d’art. L’utilisation, par exemple, de céramique ou de faux diamants afin d’agrémenter une peinture, est fortement reliée à l’idée d’excessivité chez la femme. Une excessivité, comme le fait remarquer Dr. Skelly, qui est encore fortement rejetée par certains qui veulent empêcher la femme d’y sombrer, y voyant la féminité menacée.
Se sont ensuite succédées plusieurs œuvres de Mickalene Thomas, mettant en vedette les femmes noires. Les sculptures arboraient des cristaux Swarovski, synonymes d’un luxe qui contraste avec l’histoire des Noirs dans le monde occidental. Choix volontaire de l’artiste afin de donner le pouvoir aux femmes, l’idée d’excès si répudiée par les conservateurs se voit donc ainsi embrassée par l’usage de médias artisanaux. Ces matériaux «de bricolage», qui occupent une place grandissante dans la scène contemporaine, viennent donc briser la hiérarchie de l’art dans un cadre féministe.

Le pouvoir politique et identitaire de l’art

Traitant du pouvoir de l’art contemporain dans les politiques identitaires, Florence Yee a commencé sa présentation en reconnaissant que la conférence avait lieu sur le territoire traditionnel Kanien’kehá:ka des peuples autochtones. Canadienne de seconde génération, la question «d’où viens-tu ?» ne lui est pas étrangère. Celle de «non, mais d’où viens-tu vraiment ?» l’est encore moins, causant une certaine confusion identitaire. Après avoir vécu toute une vie au Canada, comment réconcilier la partie «asiatique» de soi avec celle qui ne pourra jamais vraiment l’être?
Ayant donc longtemps écarté la représentation de l’Asie de son art afin d’éviter l’étiquette, ce n’est que lorsqu’une amie verra dans une de ses peintures un coup de pinceau ressemblant à des caractères chinois que Florence réalisa que son art ne pourra jamais être réellement séparé de son héritage. Car sans les traits asiatiques de son visage, la forme des feuilles de sa peinture n’aurait jamais été perçue comme celle de caractères chinois, par un processus de racialisation auquel Florence n’échappera jamais complètement. De cela naîtront une curiosité et un intérêt, envers l’orientalisme, cette représentation raciste des personnes asiatiques. D’une certaine façon forcée par le regard des autres qui la voient en tant qu’étrangère, elle crée donc un corpus artistique explorant héritage, écriture, dualité, exotisme et autoportrait. Décrivant cela comme un processus d’exploration des enjeux ethnoculturels, Florence y voit maintenant une façon de mieux y définir son identité en réponse à la racialisation et l’orientalisme.

Ouvrir l’art aux millenials

Historienne d’art de formation, c’est son intérêt envers les millenials qui a poussé Emily Robertson à se spécialiser en street art et graffitis. Née d’un père mathématicien et d’une mère conseillère en orientation, ce fut tout un choc lorsqu’elle annonça à ses parents qu’elle étudierait en arts. Déterminée, elle compléta son baccalauréat en histoire de l’art avant d’entamer une maîtrise et une thèse sur l’art postal. C’est pourtant à ce moment qu’elle saisit à quel point son quotidien était vide de sens, à quel point elle était prisonnière de ses propres pensées.
Emily entreprit donc de sillonner les galeries d’art contemporain de Montréal afin de respirer intellectuellement. S’arrêtant devant l’une des portes, elle y entra et demanda un emploi à la directrice qui lui posa en retour une série de questions sur les matériaux, les prix et les styles. Incapable d’y répondre correctement, Emily réalisa que, malgré ses diplômes, elle manquait cruellement d’expérience. Négociant un accord avec la directrice, elle finit par trouver un emploi dans la galerie, où elle rencontra ensuite son mentor: un homme passionné, sympathique et un peu fou qui lui proposa d’ouvrir une galerie d’art urbain avec lui. Sans plan d’affaires, de bail à long terme ou d’expérience en gestion, Emily donna tout de même son accord et se lança dans l’aventure de Station 16, qui est devenue la galerie officielle du festival Mural. Emily attribue aujourd’hui son succès à son intérêt aux millenials qui lui ont enseigné l’utilisation des médias sociaux à son avantage, puisque Station 16 est l’une des rares galeries contemporaines montréalaises à avoir une plateforme en ligne et de la musique forte lorsqu’on y entre.

Vers un art thérapeutique

Diagnostiquée à l’âge de 6 ans d’une tumeur au cerveau, c’est à travers l’origami qu’Anita Raj a su traverser les épreuves que la vie lui a réservées. L’art du papier plié, venant des mots japonais ori et kami, respectivement «plier» et «papier», a une importance symbolique, mais aussi cérémoniale, dans la culture japonaise. Retraçant d’ailleurs ses origines à plus de 1200 ans, cette forme d’art a été développée dans les années trente en grande partie par Akira Yoshizawa, qui, avec ses 50 000 nouveaux modèles est considéré comme le père de l’origami.
Inspirée par ses expériences personnelles, Anita décida de partager ses connaissances. Ayant profité elle-même des bénéfices de l’origami, elle participe maintenant à plusieurs sessions de papier plié collectives à l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales ou encore au Centre du cancer des Cèdres. Décrivant les sessions comme magiques, elle admet tout de même que l’origami aide à gérer la frustration, par exemple lorsqu’il est difficile de plier correctement son papier, ou encore le sens de la réussite lorsqu’un modèle d’une cinquantaine d’étapes est réussi. Sous thérapie et hormones de remplacement pour le reste de ses jours, Anita traverse ainsi les effets secondaires de sa médication grâce à l’origami, qui restera toujours une forme d’art sur laquelle elle pourra compter.

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Ikram Mecheri <![CDATA[Partir avant de toucher le fond]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26952 2016-12-04T23:35:40Z 2016-11-28T15:43:23Z Co-produit par le Théâtre d’Aujourd’hui et le collectif La Bataille qui fête cette année son cinquième anniversaire, Dimanche Napalm trace le récit d’un jeune homme, Alex, joué par Alex Bergeron, qui se brise les deux jambes après avoir sauté du deuxième étage. Coincé dans une chaise roulante et criblé de dettes, le jeune homme est contraint de retourner vivre chez ses parents. Tout au long des différents tableaux, l’auteur et le metteur en scène Sébastien David, dresse le portrait d’une société renfermée sur elle-même, sur le point d’imploser. Le silence y est salvateur: il permet aux personnages de se libérer du poids de leurs secrets et de leurs angoisses.

Survivre au printemps

La pièce se déroule peu de temps après les grèves étudiantes de 2012. Le climat survolté qui régnait depuis quelques mois dans la province s’est peu à peu éteint. À l’image d’Alex, la jeunesse québécoise est désabusée et sans repères. Après avoir gouté à l’ivresse du pouvoir et aux chants des manifestations, les étudiants sont confrontés à la solitude de la vie ordinaire. Le silence de l’acteur est éloquent: il illustre l’impuissance de ce dernier à contrôler sa vie et celles des étudiants descendus dans les rues à se réinsérer dans la société. La grève étudiante semble avoir déconnecté les étudiants du monde matériel. La conversation est taboue et personne n’ose pleinement aborder le sujet. La réinsertion sociale des ex-grévistes est alors lente et pénible.

Sauter dans le vide

On ne sait presque rien sur les raisons qui ont poussé le jeune homme à se lancer dans le vide à partir du deuxième étage. Kim, l’ex-petite amie jouée par l’éclatante Cynthia Wu-Maheux, apparait alors comme un mirage et évoque leur rupture amoureuse récente. Cependant, le spectateur n’obtient aucune confirmation. Les causes semblent être multiples et secondaires, presque dérisoires. La jeune femme semble elle aussi être en proie à une dépression post-partum liée à la fin de la grève.

«Un esprit sain avec de gros seins»

Le thème de la folie est exploré avec humour et tendresse par le personnage de la petite sœur qui est joué par l’éblouissante Geneviève Schmidt. Vêtue d’un uniforme d’école privée, la jeune femme exploite le silence de son frère pour lui raconter les déboires de son existence. Tout y passe: intimidation, image corporelle, régime, obésité, hygiène, fugue et même radicalisation. La jeune femme étudie les mœurs de la société et comprend, malgré son jeune âge, que l’on attend d’elle de devenir «un esprit sain avec de gros seins». Parfaite, jolie, intelligente, mince, polie, l’adolescente étouffe sous la pression des normes sociales. Elle tente tant bien que mal de résister à cette pression afin de ne pas terminer en «gif vivant». Le spectateur s’y perd, il ne sait plus s’il doit rire ou pleurer.

Le petit escalier qui mène vers celle-ci nous fait rappeler la minceur de la frontière entre la sénilité et la raison et entre le pouvoir et l’impuissance.

Les décors sont graves. Chaque élément semble avoir été minutieusement choisit. Les morceaux de vitres brisées rappellent sans cesse la chute première du personnage. La deuxième scène, qui se trouve derrière ces vitres sert de tribune à la grand-mère qui a été confiée puis oubliée dans une résidence pour personnes âgées. On la voit mourir à petit feu avant de s’évaporer dans la mort. Le petit escalier qui mène vers celle-ci nous fait rappeler la minceur de la frontière entre la sénilité et la raison et entre le pouvoir et l’impuissance. Un chef d’oeuvre à voir et à revoir.

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Hortense Chauvin <![CDATA[La rose au fusil]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26948 2016-11-28T15:40:34Z 2016-11-28T15:40:34Z Gulîstan, terre de roses, réalisé par Zaynê Akyol, était présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) les 16 et 17 novembre. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice a choisi de se pencher sur le quotidien des combattantes des guérillas kurdes affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Vivant entre les montagnes et le désert kurdes, ces jeunes femmes ont fait le choix de quitter leurs familles pour rejoindre les forces du PKK et combattre l’État islamique (EI). Akyol livre un portrait tendre de ces femmes, de leurs entraînements, de leurs jeux, de leurs rêves et de leurs luttes.
Lors de la projection du documentaire, la réalisatrice expliquait s’être particulièrement intéressée au PKK en raison de l’importance du féminisme au sein du mouvement. À l’origine de ce projet, il y a le souhait de longue date de la réalisatrice de retracer le parcours de ces femmes-soldats et de comprendre les raisons de leur enrôlement dans les guérillas kurdes. Durant son enfance, Zaynê Akyol a en effet connu une jeune femme, Gulîstan, ayant fait le choix de tout quitter pour rejoindre le PKK. Zaynê Akyol a voulu reconstituer son parcours et celui de celles qui ont suivi le même chemin idéologique. Hasard du calendrier, la réalisatrice n’a pu entamer son projet qu’en 2014, alors que le groupe faisait face à l’EI. Amenée à redéfinir le sujet de son film, la cinéaste s’est ainsi penchée sur la place du PKK et de ces combattantes dans ce conflit international. Outre la lutte du PKK contre l’État islamique, le documentaire aborde également la lutte du mouvement contre les puissances nationales qui l’entourent.
Le film s’émancipe ainsi du format traditionnel des films de guerre en adoptant une approche résolument intimiste. Si la menace d’une attaque est toujours sous-jacente, la tension de la guerre s’efface au cours du film pour mieux laisser libre cours aux rires. Le documentaire adopte un rythme lent, ponctué par les témoignages de ces protagonistes. La cadence du film permet une immersion totale dans la vie des soldates que la caméra d’Akyol suit inlassablement. On découvre avec étonnement la vie particulière de ces femmes qui donnent des noms à leurs armes entre deux confidences. Zaynê Akyol parvient à capturer ces moments d’intimité avec talent, magnifiés par une photographie éblouissante.
Portrait sensible de femmes peu ordinaires, Gulîstan, terre de roses est un film bouleversant. À travers le regard de sa caméra, la lutte du PKK et de ses actrices se dévoile sous un nouveau jour. On ne peut qu’attendre avec impatience le prochain documentaire de Zaynê Akyol, dont le tournage devrait avoir lieu prochainement à Raqqa.

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Dior Sow <![CDATA[Le retour de la tribu]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26945 2016-11-28T19:28:29Z 2016-11-28T15:38:11Z Après 18 ans d’absence et de spéculations, A Tribe Called Quest nous a livré le 11 novembre dernier leur album final We got it from here…Thank you 4 your service. Enregistré peu de temps avant la disparition de Phife Dawg, un des membres fondateurs du groupe, cet opus est une dernière réunion au sommet qui signe leur départ par la grande porte. Formé au milieu des années 1980 dans le Queens, A Tribe Called Quest est avant tout l’histoire d’un hip-hop aux influences jazzy qui a su repousser les limites du sampling (réutilisation d’un échantillon musical, ndlr) et faire du partage d’un message le cœur de son projet musical. Ce dernier album reste fidèle à l’ADN du groupe, sans pour autant sonner comme un voyage dans le temps, dédié aux enfants des années 1990. Au contraire, il réalise la prouesse de se placer comme une des sorties rafraîchissantes de 2016 et d’une scène hip-hop marquée par l’avènement de la trap (un rap à base de basses lentes et d’egotrips).

Entre pouvoir des mots…

Lorsque que l’on mentionne A Tribe Called Quest, il est difficile de ne pas avoir à l’esprit la dimension profondément politique de leurs chansons qui, à travers la rime, explorent habilement et intelligemment les réalités d’une société américaine profondément divisée. Le groupe, figure phare des années 1990, semble avoir été façonné par cette décennie tumultueuse, où les violences policières envers les Afro-Américains ont réouvert les blessures des années 1960. Alors que des manifestations éclataient à travers le pays et en particulier à Los Angeles, le hip-hop a su se nourrir de cette frustration et s’est posé comme le porte-parole d’une jeunesse en plein doute. Cette «âge d’or» du rap, celui où au micro les MC (les «maîtres de cérémonies», ndlr) criaient à pleins poumons leurs revendications, n’est que trop souvent évoqué avec nostalgie par certains amateurs du genre qui voient dans le récent sacre du «bling bling» une utilisation presque perverse de son pouvoir. Est-ce donc pour faire face à cela que A Tribe Called Quest est sorti de son exil? C’est ce à quoi le titre de l’album, «On s’en charge maintenant… Merci pour vos services», semble faire allusion; comme si le groupe revenait taquiner ses successeurs pour mieux les remettre dans le droit chemin. Une interprétation qui tient la route lorsque l’on pense aux événements qui ont marqué 2016, qu’il s’agisse de la résurgence des tensions raciales aux États-Unis ou de la récente élection de Donald Trump. L’album se pose en effet presque comme un commentaire de ces dernières années, une visée qui est annoncée dès la première chanson, Space Program. On réentend avec émotion dans cette chanson les voix de Q-Tip et de Phife Dawg se répondre mutuellement et discuter de la gentrification et de l’ostracisation des communautés afro-américaines. Une critique continuée sur We the People, le premier single de l’album où la voix lancinante de Q-Tip reprend sur le refrain le discours de la campagne de Trump et le désir de ce dernier de voir les minorités ethniques, religieuses et sexuelles quitter le pays. Si l’on compte encore des chansons comme Whateva Will Be, Kids…, The Killing Season ou encore Conrad Tokyo c’est donc une large partie des seize titres de l’album qui vient s’ajouter au répertoire engagé et afro-centriste du groupe, qui continue de frapper par la pertinence de son discours.

…et passation de pouvoir.

A Tribe Called Quest parle aussi dans cet album de musique, de continuité et d’héritage. On nous offre des samples magnifiquement orchestrés qui vont de Elton John et Michael Jackson à la bande son de Charlie et la chocolaterie. La disparition de Phife Dawg est aussi au cœur de certains titres, un album posthume où ses confrères lui rendent hommage, qu’il s’agisse de son partenaire Q-Tip dans Lost Somebody ou son collaborateur de longue date Busta Rhymes dans The Donald. Dans cet opus, on célèbre le passé mais aussi le futur car, au milieu de cette discussion sur l’évolution du rap, A Tribe Called Quest ne va pas se ranger aux côtés des défenseurs de la doctrine du «le rap c’était mieux avant». Au contraire: dans le morceaux Dis Generation ils partent en croisade pour, justement, cette nouvelle génération et font un clin d’œil à ceux qui font le rap d’aujourd’hui: Talk to Joey, Earl, Kendrick, and Cole, gatekeepers of the flow disent-ils en faisant référence aux jeunes artistes chez qui ont ressent leur influence. Une reconnaissance qu’ils mettent en pratique dans We got it from here…Thank you 4 your service en collaborant sur certains morceaux avec Kendrick Lamar ou encore Kanye West. Un dernier album qui finalement tient lieu de passation de pouvoir entre les monstres sacrés du hip-hop et leurs successeurs, et qui vient les réconcilier aux yeux du public. Cette visée de l’album nous pousse à nous demander si certains phénomènes contemporains comme la trap ne serait pas finalement le nouvel exutoire d’une jeunesse qui vit par procuration une mobilité sociale rêvée, mais que le système leur refuse.
Le rap comme force cathartique a donc survécu du Queens des années 1990 à celui d’aujourd’hui, face à une société qui n’a pas réussi ces dernières décennies à combler les vides qui séparent classes, races et générations. Comme nous le rappelle la voix de Phife Dawg dans Solid Wall of Sound les grandes chansons font tourner le monde et avec We got it from here…Thank you 4 your service, il a encore de quoi tourner.

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Mahée Merica <![CDATA[Explorer la réalité, trouver la vérité]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26942 2016-11-28T15:30:39Z 2016-11-28T15:30:39Z Ancien éditeur du McGill Daily, Jesse Rosenfeld est le héros du nouveau documentaire de Santiago Bertolino, Un journaliste au front, produit par l’Office national du film du Canada (ONF). Depuis 2007, il couvre les évolutions de la situation politique au Moyen-Orient, que ce soit en Egypte, en Turquie, en Irak, en Israël ou en Palestine. Après Carré rouge sur fond noir, Santiago Bertolino se penche sur le quotidien de ce jeune journaliste pigiste, entre enquêtes sur le terrain et négociations de publication avec les journaux. Le Délit est parti à la rencontre du protagoniste du film pour discuter de l’avenir du journalisme et du rôle des reporters dans la mobilisation politique des citoyens contre les pouvoirs en place.


Le Délit (LD): Qu’est-ce qui t’a motivé à voyager au Moyen-Orient?
Jesse Rosenfeld (JR): En tant qu’éditeur du McGill Daily et étudiant en sciences politiques, j’ai toujours été un activiste. Les enjeux au Moyen-Orient m’intéressaient. Donc, lorsque j’ai eu mon diplôme, j’ai décidé de faire un rapprochement entre les deux et de voyager au Moyen-Orient pour commencer à travailler en freelance. C’était juste avant l’année 2008 et la crise économique, donc j’avais toujours l’opportunité de trouver un travail stable là-bas. Je pensais travailler comme pigiste pour un an ou deux. De 2007 à 2013 j’ai vécu dans des endroits variés: Romola, Tel-Aviv, Le Caire, et finalement en 2014 j’ai déménagé à Istanbul. Le film commence juste après que j’ai déménagé en Egypte, lorsque la révolution a commencé.

LD: Pourquoi as-tu décidé de devenir journaliste pigiste?
JR: Ce n’est pas mon choix.
LD: Vraiment?
JR: Non, bien sûr que non. Pourquoi aurais-je fait le choix d’un travail aussi précaire? Non, c’est la réalité économique d’aujourd’hui. Les médias s’appuient de plus en plus sur le journalisme freelance. Je suis devenu journaliste pour les raisons que j’ai expliqué plus tôt, je veux raconter les histoires que je trouve importante et qui doivent être débattues. Le Moyen Orient est un endroit où des choses importantes se passent, et l’Occident s’appuie de plus en plus sur les journalistes pigistes pour expliquer ces histoires. J’ai choisi de devenir journaliste pour explorer cette réalité et chercher la vérité dans l’un des endroits où l’Occident a le plus d’impact. Ces histoires doivent être dites. Donc la manière dont je raconte ces histoires est la manière dont je vis dans ces sociétés. Je vis ces histoires de l’intérieur.

LD: Penses-tu qu’être un journaliste pigiste t’offre plus de liberté?
JR: Non. Nous obtenons les nouvelles de la même manière. Si tu travailles en tant que journaliste salarié, tu dois toujours présenter tes sujets, mais tu as la sécurité de l’éditeur et les garanties financières. Être journaliste pigiste ne te permet pas d’avoir cette sécurité. Quand tu es journaliste pigiste, soixante pourcent de ton travail consiste à trouver un éditeur, tu dois te battre pour la rédaction. Il y a juste une différence dans les relations de travail.

LD: Qu’est-ce qui t’a donné envie de passer du journalisme écrit à un documentaire filmé?
JR: Santiago (Bertolino, le réalisateur du film, ndlr) voulait raconter l’histoire du journalisme pigiste, et je voulais raconter l’histoire de ce qui s’est passé au Moyen-Orient pendant la période de la contre révolution, et élargir le sujet sur la guerre ces dernières années. J’ai pensé que ce serait intéressant de donner une seconde vie à ces histoires à travers l’objectif d’une caméra. J’espère que ça se croise. Nous avons couvert le reportage dans différents endroits. Le Moyen-Orient est à un stade entre la stagnation (avec le conflit israélien) et l’expansion (avec la guerre réactionnaire et la division). Je trouve cela fondamentalement important. Le documentaire est une super manière de montrer ça.

LD: Quels sont les avantages et les limites de la caméra?
JR: Santiago voyageait avec moi partout, mais il n’a pas été en mesure de filmer certains des sujets parce que les sources ne voulaient pas apparaître à l’écran, la situation étant parfois trop dangereuse ou trop difficile à transmettre. En tant que journaliste écrit, je peux effacer mes traces, mais c’est impossible avec une caméra. D’un autre côté, la caméra montre des images que j’ai du mal à décrire, même avec les termes les plus vivaces, lorsque j’écris mes textes.

LD: Est-ce que c’est Santiago qui est venu à vous?
JR: Oui, on s’est rencontré en Grèce, en 2011, pendant la crise à Gaza. On était sur le bateau canadien. On a commencé à faire connaissance là-bas. Puis lorsque j’ai couvert les manifestations étudiantes au Québec je l’ai revu. Il m’a recontacté lorsque je suis retourné à Romola, en me disant qu’il voulait tourner un documentaire en 2013. À l’époque on a commencé le tournage en Israël, on ne savait pas que j’allais déménager en Égypte. Et puis il y a eu le coup d’état qui m’a poussé à partir au Caire car c’était un tournant décisif de l’histoire que nous avons décidé d’immortaliser. Le retour des militaires au pouvoir et l’usage de la rhétorique totalitaire pour justifier la répression et étouffer les demandes démocratiques se propageaient à travers le Moyen-Orient. C’était un moment clé.

LD: Est-ce que pour vous Santiago était une responsabilité?
JR: Oui, contrairement à moi il n’avait jamais fait de reportage au Moyen-Orient. L’histoire qu’il raconte c’est celle de moi en train d’en raconter une autre. On a eu de longues discussions à propos de ce à quoi on devait s’attendre et ce qui allait arriver, comment se préparer, l’équipement et les ressources nécessaire… Vous pouvez le voir dans le film, je lui dis: «Écoute juste mes instructions.» Il m’a beaucoup fait confiance…

LD: Lors du tournage qui décidait de ce que vous alliez filmer? Toi ou Santiago?
JR: Il voulait juste voir l’histoire à travers moi, donc je travaillais sur mes articles, j’avais mes plans et Santiago me suivait.

LD: Est-ce que tu penses réitérer cette expérience?
JR: Je n’en ai aucune idée. L’écriture est mon medium; c’est comme ça que je communique le mieux. Mais le film est aussi une bonne façon de raconter une histoire donc je ne sais pas. On ne sait jamais ce que le futur nous réserve.
LD: Alors aimerais-tu écrire un livre?
JR: C’est certain! J’ai des idées il s’agit juste de trouver le temps.

LD: Est-ce que tu penses qu’avec toutes les avancées technologiques on peut changer le future du journalisme d’investigation?
JR: L’information circule maintenant plus facilement et rapidement et ce à travers le monde. Cela nous donne l’opportunité d’aller plus loin dans nos reportage, de mieux enquêter et de discuter plus du «pourquoi?», car le «qui?» et le «où» sont déjà définis.

LD: Est-ce que tu penses que les Occidentaux réalisent vraiment ce qui est en train de se passer et que ton travail peut les inciter à s’engager?
JR: C’est à eux de décider, c’est leur responsabilité. Mon boulot est de donner l’information et j’espère que les gens ont assez de solidarité humaine pour la recevoir. J’espère qu’ils vont agir. Maintenant plus que jamais depuis que Trump a été élu… Toute les scènes dans le film sont sous l’administration d’Obama. Après cette élection, la situation va empirer. Alors maintenant plus que jamais il faut que les gens s’organisent en tant que citoyens et qu’ils empêchent leur gouvernement d’aggraver la situation afin de permettre la création d’une nouvelle réalité à offrir au monde. Mais je ne leur dirai pas comment. Je vais juste transmettre l’information: c’est de là que je pars et c’est comme ça que je peux avoir un impact.

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Emma Combier <![CDATA[NaTakallam: renouer les mondes par les mots]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26938 2016-11-28T15:24:12Z 2016-11-28T15:24:12Z Enveloppé dans une couverture de survie, l’œil hagard et le visage couvert de larmes: voici l’image glacée du réfugié syrien qui nous est livrée depuis trop longtemps. Et à raison, puisqu’après cinq ans de guerre, plus de la moitié de la population syrienne a été déplacée, dont 4.7 millions hors du pays et ce dans des conditions désolantes. Malgré les discours victimisants, parfois xénophobes, qui concernent ces anonymes majoritairement bloqués dans des camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie ou au Liban, certaines initiatives regroupées par l’organisation TechFugee révisent les solutions que nous pouvons apporter à cette crise humanitaire. Inventer une plateforme qui recrute des réfugiés au travers des ONG, les mette en contact avec des centaines d’étudiants à travers le monde pour leur enseigner l’arabe via des leçons orales sur Skype; c’est le pari qu’a relevé la startup NaTakallam («Nous parlons» en arabe, ndlr).

Réhabilitation sociale

NaTakallam nous prouve que l’innovation offre à chacun de nous la possibilité de participer à créer des emplois et à améliorer la situation de ces individus déplacés, sans leur apporter secours, mais en les réhabilitant socialement et économiquement. Grâce aux sessions de langue proposées en ligne, certains réfugiés gagnent jusqu’à 1200 dollars par mois: bien plus que le salaire minium de la plupart de leurs pays d’accueil.
Ces Syriens sont donc récompensés financièrement pour leurs services, mais également d’un point de vue personnel, puisque c’est leur langue et leur culture bafouées qu’ils sont capables de retransmettre à tous les curieux. Surtout, c’est une autre façon d’approcher la question des millions de réfugiés syriens. En les considérant comme une source enrichissante d’apprentissage, et non plus comme un fardeau, cette initiative propose une forme d’empowerement

La langue: de barrières à ponts

De l’autre côté de l’écran, les gains sont tout aussi valorisants pour les personnes qui souhaitent apprendre l’arabe dialectal partout dans le monde. Celui-ci diffère de l’arabe classique, plus difficile et rarement utilisé, mais qui est généralement enseigné. Aujourd’hui dissuadés de se rendre dans les pays arabes, la pratique manque à aux étudiants, professionnels et spécialistes qui s’intéressent au Moyen Orient. Surtout, et plus que jamais, avec l’islamophobie grandissante et la présemce d’un grand nombre d’arabophones dans nos sociétés occidentales, la nécessité de construire des ponts là où s’élèvent des barrières n’a jamais été aussi cruciale. La langue demeure, tel que le prouve une initiative comme NaTakallam, une façon très efficace de le faire.

Un futur à McGill?

NaTakallam entame déjà des collaborations avec plusieurs universités américaines (dont Swarthmore et George Washington University) afin que leurs départements de langues et de cultures arabes complémentent leurs classes traditionnelles avec ce type d’apprentissage différent et enrichissant. On ne peut qu’encourager de telles initiatives. Qui sait? Un partenariat avec McGill est peut-être à l’horizon.

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Ronny Al-Nosir <![CDATA[Révolution Voi-Turo!]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26934 2016-11-28T15:21:13Z 2016-11-28T15:21:13Z Démarrée à Boston en 2009 sous le nom de RelayRides, Turo est désormais basée à San Francisco et est arrivée au Canada le 19 avril dernier. Il s’agit d’une application à la croisée des chemins entre Airbnb et Uber. En téléchargeant l’application sur son téléphone, on peut louer une voiture à prix moindre. La compagnie dessert 70 villes québécoises, et compte 350 modèles de voitures dans la région de Montréal.

Voyager en toute facilité

Quand l’application est installée, on indique la ville de destination et la durée du séjour. On obtient accès au répertoire des voitures disponibles sur une carte de la région , les caractéristiques des véhicules, le prix et les commentaires des derniers locataires. Une fois le paiement effectué, la voiture peut être livrée chez le locataire par le locateur, telle une pizza. Selon Cédric Mathieu, directeur de Turo pour le Canada, on veut de remettre le «fun et l’aventure au centre de l’expérience». Avec un système utilisateur-payeur, Turo est jusqu’à 30% moins cher que les entreprises traditionnelles de location de voiture. Ce qui est le plus impressionnant, selon M. Mathieu, c’est qu’avec 900 marques de voitures disponibles, «on peut conduire la voiture qu’on veut pour l’occasion qu’on veut». On y trouve autant des Smart que des Cabriolet, mais on peut aussi louer des voitures avec différents types de pneus, transmissions, etc. Turo veut rendre la de location de voitures plus «facile, flexible et personnalisée».

Un impact sur les étudiants

S’il y a un problème que l’on peut remarquer chez les étudiants à McGill, c’est que peu explorent l’ensemble de la ville de Montréal, et encore moins le Québec ou le Canada durant leur séjour. Alors que les étudiants européens sont habitués à voyager à faibles coûts et à parcourir de courtes distances, leur arrivée au Canada et au Québec change la donne. Les plus beaux recoins du Québec, tels la Gaspésie, sont difficilement accessibles autrement qu’en voiture. En louant une voiture avec Turo, qui est encore moins chère si l’on se partage les coûts entre amis, il est possible pour les étudiants mcgillois de s’approvisionner chez Super Sandwich, prendre le volant, et partir à l’aventure loin du McGill Ghetto sans trop débourser.
Tout comme Uber, Turo se veut une bonne opportunité de générer quelques revenus supplémentaires, que l’on soit travailleur ou étudiant. Ainsi, en plus de représenter une économie pour les personnes voulant louer une voiture, Turo permet également aux propriétaires de voiture de couvrir les coûts de possession et d’entretien de leur véhicule.
Concernant les étudiants, selon M. Mathieu, ils sont nombreux à utiliser les revenus générés par la location de leur voiture pour payer leur loyer ou leurs sorties. Selon des statistiques transmises au Délit, onestimait au mois d’août dernier que locateurs avec Turo généraient un revenu moyen de 590$ par mois. Ceux qui mettent leur voiture à louer peuvent donc acheter 59 pichets au Gerts le vendredi, manger une multitude de samossas, ou même acheter leurs livres de cours à deux semaines des finaux.

Talent recherché

Turo n’ a pas de bureaux à Montréal et au Québec, mais les étudiants de Montréal, et particulièrement de McGill, sont les employés potentiels parfaits. Tel que l’a indiqué M. Mathieu au Délit, les personnes bilingues sont fortement encouragées à postuler aux bureaux de Turo, situé à Toronto. Turo a été dans les 14 startups les plus en demande du magazine Forbes en 2015, preuve du succès qu’elle remporte. Que ce soit en marketing, en communications ou en génie informatique, le recrutement risque de s’accentuer dès l’année prochaine.

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Louisane Raisonnier <![CDATA[Pouvoir algorithmique de désinformation]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26931 2016-11-28T15:19:14Z 2016-11-28T15:19:14Z La révolution du Web a permis une explosion de potentialités et d’interactions, notamment grâce aux nouvelles plateformes médiatiques. Facebook, créé en 2004 par Mark Zuckerberg, en est le parfait exemple. Avec plus de 900 millions d’utilisateurs quotidiens, rassemblant près du quart de la population adulte mondiale, il ne serait pas utopiste de penser que le portail Facebook aurait le devoir, de la façon la plus factuelle qui soit, de transmettre de l’information. Toutefois, tel n’est manifestement pas le cas puisque force est de constater que Facebook s’applique plutôt à jouer un rôle de gatekeeper (portier, ndlr): l’information disponible est filtrée et l’entreprise décide, de façon unilatérale, ce qui sera transmis vers le fil d’actualité. Pour y parvenir, Facebook n’hésite pas à avoir recours à des procédés controversés: ils utilisent en effet un algorithme qui prend en compte des données nous concernant telles que nos intérêts, nos goûts, et opinions — données déguisées sous forme de pages auxquelles l’individu a attribué la mention «J’aime». Le fil d’actualités a une puissance telle, qu’en connaissant, par exemple, nos opinions politiques, il peut nous partager des informations susceptibles de nous intéresser.

Un environnement personnalisé

Notre vie numérique quotidienne est pleine de contenu généré de façon algorithmique: ces derniers filtrent, classent et mettent en avant seulement certaines informations. En se basant sur des critères présupposés tenant compte des goûts de l’utilisateur, Facebook s’arroge donc le droit de penser pour lui grâce à sa collection de métadonnées. Facebook modifie, cache et altère l’information, et ne remplit plus son devoir de vérité. En effet, les métadonnées obtenues par le site lui donnent une puissance sans égale. À qui sert donc cette collecte d’informations relevant de la sphère privée et dans quel contexte? Dans le cas présent, à l’instar des entités étatiques et gouvernementales, le secteur commercial porte grand intérêt à nos données. Nous faisons donc l’objet d’un certain profilage: nos préférences sont ciblées et sont combinées aux publicités. Ainsi, nos données sont récupérées et propagées afin de pouvoir influencer notre comportement de consommateur, nourrissant les besoins du capitalisme.

Le pouvoir de désinformation

Les nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux comme Facebook, de par leurs algorithmes, sont de véritables dangers nuisibles à l’intimité. Une simple plateforme de communication comme Facebook, qui semble agréable d’utilisation, n’est en fait qu’un simple moyen de surveillance omniprésente. Avec les données transmises, ce genre de site anticipe nos achats et nos modes de vies. Facebook devient aussi un relai pour renforcer les opinions que les utilisateurs ont déjà. Le site a tendance à devenir un lieu de réconfort, où les préjugées sont confirmés. Inconsciemment, les utilisateurs voient leurs biais renforcés sans cesse, car leurs opinions sont caressées dans le sens du poil. Également, Facebook peut nous partager des fausses nouvelles produites par des sites frauduleux. Le fait que nos informations soient triées et filtrées fait de Facebook, qui est censé être un simple outil de communication, de partage d’opinions et d’intérêts, devient un acteur social.

Le cas de l’élection 2016

Craig Silverman de Buzzfeed Canada révélait que des adolescents dans les Balkans se sont amusés, ayant des visées qui semblent être lucratives, à créer de fausses pages de nouvelles. Cette désinformation pose problème car, prise au sérieux, elle renforce ou influence l’opinion politique.
Pendant l’élection 2016, le danger s’est avéré être bel et bien réel, puisque l’audience des fausses nouvelles dépassaient souvent celle des vraies. Par exemple, une fausse nouvelle prétendant que le pape a donné son appui à Trump a eu une portée d’environ 960 000 personnes, alors qu’un article du New York Times révélant les impôts impayés du candidat milliardaire a reçu beaucoup moins d’attention. Ceci n’est pas un cas unique. Dans certains cas, les fausses nouvelles sont facilement identifiables, (par exemple «Trump est né au Pakistan»), d’autres sont moins visibles et peuvent influencer les électeurs les moins renseignés.
Par exemple, le fameux meme partagé plus de 500 000 fois sur Facebook, où Trump aurait déclaré, en 1998, au journal People pouvoir devenir «facilement président en étant un candidat républicain, parce qu’il s’agit du parti le plus idiot» n’était en vérité qu’une fausse information, ces propos n’ayant jamais été tenus par le désormais président-désigné. L’ensemble de fausses nouvelles ait eu une portée de 8,7 millions de vues, tandis que la véritable actualité plus d’un million de moins, à savoir 7,3 millions. De plus en terme d’audience, le top 20 des fausses nouvelles combinées a atteint plus de personnes que le top 20 des nouvelles véridiques mises ensemble.

Comment y échapper ?

Peut-on déjouer l’algorithme de Facebook et ainsi rendre la plateforme plus démocratique? Voilà une question à laquelle tous tentent de répondre. Alors que certains proposent de nouvelles applications ou algorithmes, tel FeedVis, pour contourner celui du géant de la toile, d’autres demeurent plus sceptiques en admettant qu’il faut simplement accepter cette éthique de transparence. Pour remédier à ce contrôle de données de la part de l’application, il faudrait sensibiliser la population sur l’existence de tels outils de contrôle, car nombreux sont ceux qui l’ignorent. Il faudrait également que Facebook partage le contrôle de données qu’elle exerce avec ses abonnés, leur laissant le pouvoir de décider eux-mêmes ce qu’ils veulent voir, ou pas, comme la récente mise à jour du logiciel commence timidement à permettre. De plus, les utilisateurs peuvent aller «aimer» des pages qui présentent un contenu qui défie leurs opinions. Pendant l’élection, il était très intéressant de se «promener» à la fois sur les pages pro-Trump et pro-Clinton. Cet exercice déjoue non seulement l’algorithme qui collecte des informations contradictoires, mais c’est intellectuellement sain d’affronter ses propres opinions avec ceux des groupes adverses.

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Lara Benattar <![CDATA[Penser le Pouvoi’Art]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26928 2016-11-28T15:16:30Z 2016-11-28T15:16:30Z L’art est souvent conçu comme divertissement, comme luxe stérile. Dans l’opinion publique, les préjugés sur le monde de l’art sont nombreux: il y a la «vraie vie» d’un côté et puis l’art de l’autre, les acteurs de notre monde et ses spectateurs, les citoyens «productifs» et «utiles» et puis les artistes, les uns arpentant la terre avec détermination, les autres volant dans l’Éther bercés par leurs illusions. Ne pourrions-nous pas penser une réconciliation, un dépassement de cette séparation artificielle? Qu’en est-il aujourd’hui du pouvoir de l’art et de l’artiste?

L’art comme fin en soi

«La vie n’a pas de sens, j’ai fait le deuil, l’impression de n’avancer que sur feuille». Oxmo Puccino l’a écrit: la création donne à l’artiste le pouvoir et la satisfaction de créer à partir de rien, de faire d’une idée une œuvre tangible. En cela, l’art donne un sens, une direction à celui qui en manque.
Deux qualités essentielles à l’art lui donnent une place capitale au sein de nos sociétés ultra-connectées, mues par la quête du résultat et du profit, où la vélocité augmente d’autant plus rapidement que les idéaux se perdent.
D’abord, l’art est une fin en soi, il est à lui-même son propre but: l’art est, parfois, le seul but de l’art. Quand le publicitaire travaille pour faire vendre les produits qu’il promeut et l’avocat défend pour alléger la peine de son client, l’artiste lui, crée pour créer. Piètres sont les œuvres quand les artistes créent pour le profit, la rapidité et l’efficacité. Désillusionnés seraient les cinéphiles et mélomanes s’ils refusaient de voyager. Cette vertu fait de l’art un contre-pouvoir: il offre aux artistes et aux amateurs d’art la chance d’interrompre un instant le flot continu, de ne vivre non plus dans l’attente de l’avenir mais pour l’instant présent. Il sert aussi de trêve au règne de l’Utile: l’art s’apprécie pour lui-même, et déconstruit l’idée que tout objet doit pouvoir servir d’autres fins que sa simple utilisation.

L’art en dehors du temps

De plus, l’art a la qualité d’être intemporel. Chaque création artistique porte l’empreinte de son temps, témoignant de l’avancée technologique et des phénomènes sociaux, politiques et même religieux de la société dans laquelle elle s’inscrit. Mais l’artiste crée pour une durée non déterminée, les œuvres d’art ne subissent pas d’obsolescence programmée. Dans la création, l’artiste a le pouvoir de laisser une marque infinie sur la toile de l’Humanité et par l’art, les sociétés posent une trace qui leur survivra. Ainsi, par exemple, les destructions par le groupe État Islamique de vestiges archéologiques et le vol d’œuvres d’art datant de plusieurs siècles sur des territoires qu’il contrôle en Syrie, en Irak et en Libye symbolisent la volonté de destruction d’un passé et de civilisations qui bien qu’éteintes, vivaient encore à travers ces œuvres.

L’art engagé: véhicule de revendication

Limiter l’art à une fin en soi serait ignorer l’immense importance de la création artistique comme revendication sociale. L’œuvre d’art en effet offre souvent un puissant témoignage des réalités vécues par l’artiste et ses contemporains. L’artiste, par la création, nous fait voir à travers ses yeux. Par exemple, dans les années 60, le succès underground du rock anglais, notamment des Beatles et des Rolling Stones, diffusés d’abord illégalement, a contribué au chamboulement des mœurs, des lois et des mentalités en renversant l’emprise du gouvernement sur l’accès à la culture. Picasso et Otto Dix ont peint l’horreur des guerres, Mapplethorpe et Keith Haring ont célébré l’homosexualité et revendiqué les droits des homosexuels. Frida Khalo est symbole de féminisme. Le rap depuis son émergence dans les ghettos américains donne une voix à ceux qui ne se sentent pas entendus. Récemment, Yann-Arthus Bertrand montrait aussi la force unificatrice de l’art dans Human, témoignant de la similarité des hommes, lorsque tombent les frontières des pays, des religions et des statuts sociaux. Les artistes bousculent les codes, dénoncent, déconstruisent et interrogent. Car l’art a le pouvoir de toucher, fait appel aux sentiments purs quand sévit le règne déraisonnable de la Raison.

L’art comme soutien des pouvoirs en place

L’art peut cependant être utilisé à des fins moins louables que celles précédemment énoncées. Il a souvent été au cours de l’Histoire employé à des fins de propagande. Dans ce cas-là, l’artiste est au service de l’État, et il n’est plus complètement maître de sa création.
Ainsi, l’art de propagande participe au culte de personnalité de certains dirigeants, illustrant à travers les arts visuels notamment, leur supposée grandeur. Cette forme d’art est caractéristique des totalitarismes du 20e siècle et se retrouve encore aujourd’hui. En général, l’art de propagande est un outil à l’exercice du pouvoir politique pour influencer sa population dans l’exercice de sa gouvernance. Envisagé sous cet aspect-là, l’art perd de son caractère contestataire. Cependant, on voit là toute la force de l’art, puissant moyen de séduction.
Il est important de se rappeler que la liberté artistique est loin d’être aujourd’hui une valeur universelle. Si en théorie, l’artiste est profondément libre, sa liberté effective n’est pas une réalité globale. Allant de corps avec la liberté d’expression, la liberté de création artistique est une question éminemment complexe. Régulièrement, et ce dans tous les pays du monde, les œuvres d’art sont censurées par les pouvoirs en place, faisant souvent appel à des raisons morales. Doit-on laisser à l’artiste le pouvoir de tout dire et de tout montrer? Cette question reste en suspens et se doit d’être posée, puisque l’art par sa force subversive, a le pouvoir de déranger les consciences et les sensibilités.
Enfin, la notion d’appropriation culturelle nous pousse à nous demander si l’art peut être, à la fois, source de pouvoir et moyen de privation de ce même pouvoir. Ce concept désigne l’utilisation d’éléments d’une culture par les membres d’une autre culture. Cet emploi est particulièrement controversé lorsque les éléments sont issus d’une culture minoritaire historiquement dominée, vidés de leur symbolique et véhiculant des stéréotypes négatifs. Par cette pratique, l’art semble ne plus être source de pouvoir pour son artiste, et son œuvre est utilisée comme un bien commun à tous, séparée de son auteur et de sa signification première.
Ainsi, il semble plus urgent que jamais de souligner l’importance de l’art, puissant contre-pouvoir au cœur de sociétés où l’on célèbre des valeurs d’utilité concrète, d’efficacité et de rapidité. L’art nous donne le goût du présent et efface les frontières, nous rappelant que l’homme est un animal tout aussi sentimental que rationnel.

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Sami Meffre <![CDATA[Le vent tourne pour les statisticiens]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26925 2016-11-28T15:13:50Z 2016-11-28T15:13:50Z «Il y a quelques années, j’ai compris une chose à propos des sciences économiques, c’est que les économistes n’y ont jamais rien compris.» Dans une entrevue avec le Washington Post parue en mars 2009, Nassim Taleb expliquait ainsi pour la énième fois que les économistes, ces docteurs de notre fragile bien-être économique, ne sont tout simplement pas digne de notre confiance aveugle. Il poursuit sa diatribe en rappelant au journaliste que Bernanke, ancien président de la Fed (Federal Reserve, banque centrale américaine, ndlr), prédisait une «période de prise de risques modérée» en 2007, alors que l’économie mondiale était sur le point d’imploser. En rétrospective, on pourrait presque se permettre la comparaison avec un étudiant de troisième année se persuadant que son cours de 8h30 le lendemain ne sera pas douloureux alors qu’il commande sa douzième bière.

Des sondeurs visiblement myopes

Un parallèle pourrait être aisément fait avec un bon nombre d’experts en 2016. En effet, dans la série des experts décrédibilisés, après un mémorable premier épisode en 2008, 2016 semble faire office de suite. Non, le Royaume-Uni n’a pas voté pour rester dans l’Union européenne. Non, les conséquences de ce résultat inattendu pour beaucoup n’ont pas jusqu’ici été cataclysmiques. Non, Hillary Clinton n’a pas été élue. Non, l’avènement de Trump n’a pas — du moins, pas pour l’instant— engendré une réaction en chaîne apocalyptique.
Pourtant, économistes, analystes politiques, prédicateurs, astrologues et experts de l’avenir en tout genre nous avaient annoncé un avenir bien différent. Bloomberg a affiché un agrégat de sondages tout au long de la campagne du référendum britannique. Le camp Brexit a été prédit vainqueur moins de 10 jours sur une période s’étendant sur plus de 300 jours. Et même le 22 juin, veille du vote, l’agrégat de sondages montrait encore le camp Brexit perdant, bien que, à ce point de la campagne, les résultats étaient tellement serrés que la marge d’erreur réduisait à néant la pertinence des sondages. Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait quant à lui laissé entendre qu’une sortie de l’Union européenne aurait des conséquences dramatiques pour le royaume.
Pourtant, la Grande-Bretagne a voté «Oui» et, bien que la Livre britannique ait chuté de près de vingt pourcents face au dollar américain, l’index boursier traquant les 100 plus importantes compagnies britanniques, le FTSE 100 (lire «le footsie», ndlr) a grimpé de presque huit pourcents depuis le 22 juin dernier.

Un problème mondial

Outre-Atlantique, l’histoire semble s’être répétée. Le Huffington Post a aussi publié un agrégat de sondages qui traquait les résultats de pas moins de 377 sondages émis par 43 organismes lors de la campagne des élections américaines. M. Trump n’a pas été donné vainqueur une seule semaine.
En outre, sa possible élection avait été annoncée comme la prochaine période de grande instabilité. Pourtant, trois semaines après son élection — car oui il a été élu — les indices boursiers américains ont atteint des sommets. Le vénérable Dow Jones Industrial Average (Dow, ndlr), indice traquant la performance de trente des plus importantes firmes américaines, est récemment passé au-dessus de la barre historique des 19 000 points, enregistrant une augmentation de pas moins de sept pourcents depuis le 8 novembre dernier. Le S&P 500, indice souvent regardé comme l’indice de référence des marchés américains, a lui aussi atteint des records historiques. Pourtant, pas plus tard qu’une semaine avant le vote, Tobias Levkovich, responsable du département d’analyses sur le marché des actions américaines auprès de la banque Citi, annonçait à ses clients que le S&P 500 pourrait chuter de trois à cinq pourcents si Trump était donné vainqueur. La prédiction de M. Levkovich n’était pas celle d’un tireur isolé, mais s’inscrivait plutôt dans un consensus global qu’une victoire du camp Trump mettrait les marchés financiers à mal.

Le futur nous le dira

Les conséquences de ces humiliations publiques subies par les médias, sondeurs, économistes, et chercheurs sont assez simples: la confiance accordée aux experts par la population a chuté au fur et à mesure que leur taux d’erreurs s’aggravait. Cependant si l’on regarde des études faites par le passé, on serait tenté de dire que les résultats des élections ne sont pas arrivés en dépit des prédictions de ces experts mais peut-être à cause d’elles.
Eiser, J. R., Stafford, T., Henneberry, J., et Catney, P. expliquent ainsi dans un publication universitaire publié en 2009 que même si la population a grande confiance en la communauté d’experts et scientifiques, l’expertise n’est pas le critère principal quand il en vient à donner complète crédibilité aux propos d’un autre individu. Ils démontrent en effet que l’on donne une plus grande crédibilité aux personnes que l’on perçoit comme ayant les meilleurs intentions à notre égard, qui font souvent parti de nos amis et de notre famille. Or, ce sont les grandes villes et campus universitaires, foyers des statisticiens et académiciens, qui ont voté comme le conseillaient les experts. Il est donc normal que les personnes ne vivant pas dans ces zones là aient été moins sensibles à l’avis des experts, qu’à celui de leurs proches. L’évolution des sondages semblait illustrer pertinemment cette idée. En effet, alors que l’intelligentsia continuait à rendre publics leur avis pro-Clinton et pro-Europe, l’opposition ne se sentait que davantage étrangère à cette classe politique. Michael Gove — ancien ministre de la justice et pilier de la campagne du pro-Brexit — s’est même félicité de ne pas avoir le soutien de la communauté académique, en expliquant que la Grande-Bretagne «en avait assez des experts».
Nous serions donc confrontés à une nouvelle réalité où les masses ne croient plus forcément en au prétendu consensus que les experts et scientifiques mettent en place. Toutefois, peut-on vraiment mettre le blâme sur ces masses, quand les médias publient des prédictions comme des quasi-certitudes et que les problèmes de conflits d’intérêts sont ancrés dans notre système électoral? Il reste à voir si ce problème va s’exacerber au vu des prochains grands événements politiques, avec notamment les élections présidentielles et législatives françaises et les élections fédérales allemandes.

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Esther Perrin Tabarly <![CDATA[Le climat, éternel combat]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26921 2016-11-28T22:03:33Z 2016-11-28T15:11:11Z Cette semaine, le gouvernement canadien devrait rendre sa décision sur le projet d’oléoduc Kinder Morgan. L’oléoduc transporterait chaque jour près de 900 000 barils de pétrole entre l’Alberta et la Colombie Britannique. Le projet a été largement dénoncé par la société civile nationale et internationale, parce qu’il empêcherait tout simplement le Canada de respecter les promesses faites lors de la ratification de l’Accord de Paris. Au sud de la frontière, des centaines de personnes se sont mobilisées dans la réserve sioux de Standing Rock pour exprimer leur opposition au nouvel oléoduc Dakota Access.
Lundi le 24 novembre, des opposants à Kinder Morgan se sont rassemblés sur la colline du Parlement à Ottawa, pour tenter d’exercer une pression sur le gouvernement libéral. Une centaine d’étudiants ont été arrêtées. À Standing Rock, les forces de l’ordre ont déployé poivre de Cayenne, gaz lacrymogène, balles en caoutchouc et jets d’eau par températures glaciales pour dissuader les participants. Plus de 400 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, et plusieurs dizaines ont été blessées, certaines hospitalisées. Ces deux exemples d’opposition viennent illustrer la relation compliquée entre gouvernements et citoyens lorsqu’il s’agit d’action pour le climat.
L’irréfutable impact des changements climatiques

La question des changements climatiques est devenu l’objet d’un brouhaha politique qui semble opposer deux formes de pouvoir: le pouvoir institutionnel, et le pouvoir civil.
D’un côté, les gouvernements sont mariés de longue date avec les industries fossiles, ce qu’ils tentent de concilier à de leur concubinage passionnel avec le développement d’une économie verte. Arrêtons ici la métaphore, avant que les subventions aux sociétés pétrolières et gazières — de l’ordre de 3,3 milliards de dollars annuellement au Canada — ne deviennent un acte de galanterie.
De l’autre côté, une grande partie de la société civile est de plus en plus sensibilisée à la cause climatique et sa mobilisation politique grandissante ces dernières années en est la preuve. À l’automne 2015, 25 000 personnes défilèrent à Ottawa à l’occasion de la Marche mondiale pour le climat. Au même moment, ils furent 400 000 à New York. Selon un sondage du groupe de recherche Nanos, 72% des Canadiens pensent que «la science des changements climatiques est irréfutable». De ce côté-ci des barricades, l’activiste le plus endurci, tout comme l’engagé occasionnel, se posent la même question: quelle influence avons-nous vraiment sur les politiques de nos politiques? Le pouvoir de l’électeur est-il une illusion? L’activiste fait-il une différence?

Mi-figue, mi-raisin

Il est difficile de ne pas devenir cynique quand on suit de près les développements de la politique climatique. Nos chefs d’État font des déclarations de héros à l’écran, et des pas de fourmis pour le progrès. Le changement aura-t-il lieu si nos gouvernements ne suivent pas la cadence? Peut-être devrons-nous remettre en cause notre façon de concevoir, de déléguer et d’utiliser le pouvoir si nous voulons sauver les meubles. Il est grand temps d’adapter nos institutions. On peut néanmoins se permettre un peu d’optimisme: si la société civile n’a que peu d’influence sur les décisions étatiques, la métamorphose récente de leur demande de consommation oblige le secteur privé à, lui, avancer. Qui aurait cru que le capitalisme serait en partie le moteur du développement durable? Les consommateurs cherchent en effet de plus en plus à consommer responsable. Cette récente tendance explique l’essor du «bio», du végétarisme ou encore du commerce équitable. Aussi, dans le secteur privé, de plus en plus d’initiatives prennent vie. Des sommes considérables sont investies dans la recherche et développement de solutions propres. La part des énergies renouvelables, par exemple, augmente d’année en année. De plus en plus d’entreprises développent leur composante de responsabilité sociale. Avec le génie des masses et des espaces collaboratifs au niveau individuel comme moteurs, ce progrès semble presque inéluctable. En cela repose le pouvoir civil.

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Augustin De Trogoff <![CDATA[La bureaucratie s’emballe]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26917 2016-11-30T21:27:54Z 2016-11-28T15:07:56Z Ce texte est un écrit satirique.

Cette semaine, les membres de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts (AÉFA, ndlr) étaient priés de participer au référendum d’automne, moment crucial de la politique étudiante à McGill, en répondant à la question:
«Acceptez-vous les changements suivants à la constitution de l’AÉFA»
Les changements en question? Le ou la président·e ne siégera plus à la tête du comité de conseil au bureau des stages (Arts Internship Office Advisory Committee en anglais,ndlr.) À partir de maintenant, c’est le ou la vice-président·e académique qui se chargera du poste. Résultat, l’alinéa V de l’article h de la section 12.4 déménage et se retrouve à la section 12.5, article, alinéa II.

Taux d’absentéisme record

Bien qu’il soit encore trop tôt pour annoncer les résultats, l’AÉFA se veut confiante. «Oui, ça va passer, sans aucun doute» nous a dit sa v.-p. aux référendums, Artem Tepimko. Par contre, le nombre très bas de participants inquiète les hautes sphères du pouvoir étudiant de la faculté. «Plus personne ne vote. Sommes-nous en train d’assister à un déraillement de la démocratie étudiante à McGill? C’est décourageant de se dire qu’on travaille pour des moules apolitiques. Bougez-vous un peu!» poursuit Tepimko, visiblement attristé par l’apathie générale vis-à-vis la politique du campus.
Que faire pour enrayer la tendance? Justine Trudeau (aucune relation connue avec le premier ministre), la v.-p. chargée des référendums, pense qu’il faut plus d’élections et de référendums. «Notre stratégie est double: d’un côté, nous voulons augmenter massivement le nombre d’élections et de référendums pour rendre le pouvoir aux étudiants, et de l’autre nous travaillons vers des élections plus engageantes, plus «fun», pour ainsi dire, afin d’encourager nos membres à voter. Donc, pour la semaine qui vient, nous avons préparé trois référendums. Le premier, mardi, sera sur l’interdiction de la lettre «e» dans tous les documents officiels de l’Association. Mercredi, les électeurs se prononceront pour ou contre l’adoption de «All Star» comme hymne officiel de l’AÉFA. Et vendredi, le 2 décembre, ce sera pour ou contre l’adoption de Fidel Castro comme Saint Patron de l’association. «Nous nous attendons à un taux de participation autour de 80%.»

Référendums en cascade

Surpris par l’existence même du poste de v.-p. des référendums, nous avons demandé au président de l’AÉFA, Kamil Glick, comment il comptait financer tout ça. «En fait, en ce moment, Simply Voting (le service de vote en ligne utilisé par les organisations étudiantes, ndlr) propose 50% de rabais sur les référendums étudiants! C’est génial, non? Vive Black Friday!» s’est-il extasié. «En plus, on a un surplus énorme dans le budget. On s’est demandé: de quoi a-t-on urgemment besoin à McGill? La réponse, bien évidemment, c’était plus d’élections.»
Face à cette vague bureaucratique, le Délit s’inquiète. Aussi, nous aimerions proposer un projet de référendum le semestre prochain: pour ou contre les référendums à McGill? Là, taux de participation à 100% garanti.

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Baptiste Rinner <![CDATA[L’Impact pris en embuscade]]> http://www.delitfrancais.com/?p=26913 2016-11-30T18:53:11Z 2016-11-28T15:05:04Z L’Impact de Montréal s’est imposé trois buts à deux face à son rival, le Toronto FC, mardi soir au Stade Olympique dans la première manche de la finale de l’Association de l’Est de la Major League Soccer (MLS) devant une foule record. La rencontre, qui se jouait à guichets fermés, a égalé la plus grande affluence pour un match de l’Impact avec 61 004 spectateurs, précédemment atteinte lors du match retour de la finale de la Ligue des Champions de la CONCACAF (Conderation of North, Central American and Caribbean Association Football) le 29 avril 2015. La formation montréalaise, alors dirigée par Frank Klopas, s’était inclinée face au club mexicain Club America.
Cette fois-ci, la joie était au rendez-vous pour les partisans de l’Impact, malgré un délai d’une demi-heure au coup d’envoi: le personnel du stade a dû repeindre les limites de la surface de réparation, qui, n’étant pas réglementaires, ont dû être agrandies d’environ deux mètres de chaque côté. L’incident a contraint les équipes à effectuer un second échauffement, et permis aux spectateurs retardataires de ne pas rater le début de la partie.

Une entame pleine d’autorité

Il faut croire que ce contretemps n’a pas troublé la formation de Mauro Biello, qui affichait le même onze partant que lors des trois derniers matchs. Emmené par son trio d’attaque de feu, l’Impact a d’emblée mis la pression sur la défense torontoise, qui affiche le meilleur bilan de la ligue. À la dixième minute, le capitaine Patrice Bernier a lancé Dominic Oduro dans le dos des défenseurs du Toronto FC. L’ailier a fait parler sa vitesse pour se présenter face au but de Clint Irwin, le trompant de l’extérieur du pied et faisant exploser les décibels du Stade Olympique.
À peine remis de leurs émotions, les partisans bleu-blanc-noir ont pu célébrer un deuxième but. Oduro, très en jambes, a récupéré un ballon dans le dernier tiers et a décalé Piatti sur la gauche. L’ailier argentin, auteur d’un doublé lors du dernier match de l’Impact contre le New York Red Bull, a centré vers Matteo Mancosu qui s’est imposé face à Moor et Hagglund pour crucifier le gardien torontois et porter la marque à 2-0 après seulement douze minutes. Mancosu confirme sa forme du moment, reléguant la star Didier Drogba sur le banc.
Le rythme du match s’est ensuite calmé, l’Impact se contentant de contrôler le ballon et repousser les quelques attaques torontoises en première demie, sans grande frayeur. La deuxième mi-temps a commencée de la même manière que la première: à la cinquantième minute, le défenseur gauche Ambroise Oyongo s’empare du ballon avant d’embarquer sur un raid de soliste jusqu’à l’entrée de la surface torontoise. Sa frappe, bien qu’un peu trop écrasée, trompe Irwin pour donner un avantage quasi-définitif, croyait-on, à l’Impact avant le match retour.

Un match en deux temps

A 3-0, l’Impact s’est sans doute relâché, invitant ses rivaux dans son camp. S’en remettant à leurs trois joueurs désignés, les Torontois réduisirent le score par deux fois en l’espace de cinq minutes. A la soixante-huitième minute, après un cafouillage dans la surface de l’Impact, ,Sebastian Giovinco centre vers Jozy Altidore qui a pu tromper Evan Bush à bout portant d’une tête puissante. Peu après, c’est Michael Bradley qui a ajusté le gardien américain de l’IMFC. Ces deux buts à l’étranger du Toronto FC ont terni la prestation de l’Impact, qui a pu tout de même conserver son avantage avant le match retour.

Timide dernière pour Drogba

Cette première manche de finale d’Association marquait la dernière apparition de Didier Drogba devant le public montréalais sous le maillot de l’Impact. La légende ivoirienne, à l’image de sa deuxième saison à Montréal, a semblé dépassée physiquement. Entré à la place de Mancosu à la soixante-dixième minute, Drogba a eu quelques bons ballons à exploiter, mais on a le sentiment qu’il freinait le collectif montréalais, lui qui l’a si souvent porté à bout de bras depuis son arrivée au Québec. Toujours aussi à l’aise techniquement, il a cependant voulu trop en faire pour ce dernier match à domicile et n’a pas su faire la différence.
Il lui reste encore le match retour à Toronto ce mercredi, au terme duquel l’Impact se qualifiera pour la finale de la Coupe MLS s’il évite la défaite. Ce serait la première équipe canadienne à atteindre ce stade de la compétition, et de quoi offrir à DD une sortie digne de ce nom.

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