Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2017-06-23T20:43:57Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[L’art contemporain débarque à McGill (il y a même un loup)]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28821 2017-06-23T20:43:57Z 2017-06-23T20:43:57Z Depuis quelques semaines, des installations artistiques décorent le campus de McGill. Ces installations, ainsi que plusieurs autres, ornent le parterre de l’université McGill. Elles font partie de l’exposition d’art public «La balade de la paix», qui célèbre les valeurs humanistes et de paix en intégrant des œuvres d’un peu partout dans le monde. Cette exposition se tient jusqu’au 29 octobre, débutant au coin Sherbrooke et Mackay et se terminant au coin Sherbrooke et Robert-Bourassa.

Fautes de plaques officielles décrivant chacune de celles-ci, je me permets d’en faire ici ma propre interprétation.

Avertissement: j’ai déjà gagné le concours de dessin de mon salon de coiffure.

Winter is Coming

Joe Fafard, Mahihkan, 2015.

Nous ne sommes pas les seuls à attendre la nouvelle saison de Game Of Thrones. Avec cette immense statue en bronze peint, le campus de McGill annonce fièrement ses couleurs dans la guerre pour Westeros. Et d’après mes recherches, il semblerait bien que l’artiste s’est inspiré de Grey Wind, le loup de Robb Stark. Espérons qu’aucun nouveau du frosh n’aura à porter la tête de la statue sur ses épaules !

 

Ma vie pixelisée

Jonathan Borofsky, Structures humaines, 2010.

Peut-être étiez vous parmi les fervents à faire la file devant un EB Games l’automne dernier pour obtenir votre Nintendo Entertainment System (NES) mini. Si, comme moi, vous n’avez pas réussi à mettre votre main sur l’une de ces consoles de notre enfance, ne vous en faites pas. Vous pourrez toujours consoler votre mélancolie d’un univers 8-bit avec cette installation. Casquette rouge, salopette et moustache non inclus.

 

Des quadriceps de feu

Wang Shugang, L’Assemblée, 2007.

Pour réduire les dépressions reliées aux études, l’université McGill a investi dans une série de memes grandeur nature. Le premier de ce catalogue, les squatting slavs. Ces huit figures portent des survêtements de la couleur de l’université, faute d’une commandite d’Adidas. La position ouverte des mains encourage d’ailleurs l’étudiant modèle à faire un don de vodka à ces idoles memetiques. L’arrangement floral devant le Arts sera, quant à lui, refait pour représenter Pepe la grenouille.

 

Vous avais-je dit que j’ai manqué tous mes cours d’histoire de l’art, préférant boire au Gerts ?

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Trois villes, un questionnement]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28831 2017-06-23T20:41:26Z 2017-06-23T20:41:26Z Depuis quelques années, la question de l’immigration est devenue l’une des priorités des milieux politiques. En Europe, l’arrivée massive de réfugié·e·s, la plupart fuyant la guerre de Syrie, a entraîné une véritable crise dans la gestion et l’intégration de ces hommes et femmes venu·e·s trouver refuge dans l’Union européenne. Cependant, d’autres pays, comme le Canada et l’Argentine, ont accepté d’accueillir des réfugié·e·s.

C’est dans cette ambiance chargée de questionnements que la fondation Friedrich Ebert a organisé une discussion entre le maire de Montréal, Denis Coderre, le chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires, Horacio Rodriguez Larreta, et le bourgmestre régnant de Berlin, Michael Müller. Cette conférence publique, intitulée «Le développement social et économique des métropoles par l’intégration réussie des immigrants», s’est déroulée à McGill le 19 juin, sous la modération de la professeure de droit Angela Campbell.

Le maire Denis Coderre a commencé sa présentation en décrivant une distinction qui lui semble pertinente dans le domaine de l’immigration: celle en Europe serait liée à un mouvement temporaire, alors qu’au Canada cela serait plutôt dans le but de s’installer et de refaire leur vie. En ce sens, le maire s’est félicité d’avoir implanté un agenda de vigilance promouvant des infrastructures de prévention de la radicalisation ainsi qu’un Observatoire international des maires sur le vivre-ensemble. Le statut de Montréal comme métropole, en voie d’obtention avec le projet de loi 121, devrait aussi faciliter l’intégration d’immigrants.

Les trois figures politiques se sont entendues sur le besoin de reconnaissance des diplômes dans leur pays d’accueil. Le bourgmestre de Berlin a aussi fait valoir qu’il fallait aussi s’attaquer à la situation inverse: de nombreux réfugiés ne possèdent pas de qualifications professionnelles particulières. Michael Müller a soulevé ce problème en expliquant qu’il faudrait un programme spécialisé pour ces individus, en partenariat avec des entreprises. Pour sa part, Horacio Rodriguez Larreta à détailler le désir de son gouvernement d’offrir des services plus appropriés aux commerces en les officialisant. Il ne considérait pas que l’intégration d’immigrants dans le milieu du travail proposait un réel enjeu en Argentine.

Sur la question de la discrimination en milieu de travail, Horacio Rodriguez Larreta et Michael Müller ont déclaré que les lois anti-discriminations mises en place dans leur pays respectif jouent un rôle important dans la réduction de ce problème. Müller a aussi fait valoir un projet de candidature anonyme. Pour sa part, Denis Coderre a évoqué le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants à Montréal (BINAM) et son but, de faciliter l’intégration sociale et économique des immigrants.

En réponse aux actes terroristes et l’influence que ceux-ci peuvent avoir avec l’immigration, les trois maires se sont fait rassurants. La prévention et le dialogue constituaient leurs points de vue sur le sujet. De plus, ils condamnaient tous la montée du populisme ambiant, quoique le maire de Buenos Aires ne semblait pas considérer que sa capitale était affectée par les mouvements nationalistes.

Le présent événement fut l’occasion pour ces trois maires de défendre leur bilan et leurs initiatives. En se prononçant chacun sur leurs politiques, ils n’ont néanmoins pas interagi entre eux ou réfléchit collectivement aux problèmes, optant plutôt pour un rapport unilatéral avec le public. En l’absence de réfugié·e·s pour confirmer ou infirmer ces propos, il semble difficile de se prononcer sur les effets réels de ces pratiques gouvernementales.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Un loyer, mais à quel prix?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28833 2017-06-23T20:34:46Z 2017-06-23T20:34:46Z Avec le 1er juillet qui approche, nous sommes nombreux à déménager dans un nouvel appartement. C’est aussi l’occasion pour de nombreux propriétaires de modifier les prix de leurs logements, profitant du changement de locataires pour les monter. Afin de diminuer ces éventuels abus, un organisme à but non-lucratif a lancé le projet monloyer.quebec.

«Le site permet de répondre à une question principale: combien coûte réellement un logement dans mon quartier?» explique Luis Nobres, l’un des instigateurs du projet. «Notre but est de permettre au locataire de faire des choix éclairés en matière de logement, mais aussi de faire avancer l’état des connaissances au bénéfice de tout le monde» continue son collègue Julien Fortier. Pour y arriver, le site propose aux utilisateurs d’enregistrer le coût mensuel de leur logement, auquel ils peuvent ajouter des détails comme les frais d’électricité et de gaz, le droit aux animaux et l’ameublement fourni.

Avec l’aide de la coopérative numérique Caravan, les fondateurs de monloyer.quebec ont créé une carte interactive sur laquelle apparaissent des points bleus. En cliquant sur ceux-ci, des informations spécifiques concernant le logement sélectionné et des statistiques générales s’ouvrent à l’écran. «Nous voulions une plateforme simple et ludique pour que des utilisateurs de toutes les générations puissent consulter des logements sans difficulté.»

Rappelons qu’à Montréal, plus du tiers des ménages consacre au moins 30% de leurs revenus à se loger. «Comment se fait-il qu’on puisse comparer les prix d’à peu près tous les produits, sauf la dépense la plus importante — et qui est récurrente chaque mois» explique Nobres. C’est afin de répondre à ce manque de transparence dans le milieu immobilier que ce site fut conçu. À noter qu’avec la Régie du logement, il est présentement possible de renégocier un bail dans les dix jours suivant l’installation dans un nouveau logement si le locataire se rend compte que son loyer est trop élevé.

Hans Brouillette de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) a déclaré que l’archivage et le partage d’informations quant aux coûts du logement étaient illégaux. «Ce site fournit des informations personnelles et confidentielles à propos de nos baux, de nos loyers et de nos revenus» a-t-il dit à CTV. D’autres propriétaires pointent aussi l’impossibilité de s’assurer de la véracité des informations disponibles sur ce site. Les responsables de monloyer.quebec ont déclaré travailler sur une méthode de vérification plus sérieuse que celle présentement en place — seule une adresse courriel valide suffit —, par preuve de bail notamment.

Le rapide succès du site monloyer.quebec laisse néanmoins penser que cette initiative répond à une demande forte dans le milieu du logement. Avec plus de deux mille loyers étaient déjà inscrits, le site pourrait rapidement devenir un incontournable au moment de se chercher un nouvel endroit où vivre.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[De la contestation à bicyclette]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28808 2017-06-22T14:58:30Z 2017-06-21T18:41:48Z Une cinquantaine de cyclistes ont déferlé sur la rue Maisonneuve et les environs vendredi le 9 juin pour manifester contre le Grand Prix. Organisé par Virginie Nanchang et Renaud Poupart, l’événement reprenait le concept de la masse critique, cette rencontre plus ou moins spontanée entre individus voulant manifester à bicyclette pour dénoncer divers problèmes écologiques. «La masse critique rejoint trois groupes: les activistes/écologiques, les cyclistes de tous types et tout ce qui à trait aux dénonciations de l’objectivation des femmes en lien avec la course automobile» dit l’organisatrice, en parlant plus spécifiquement de cette manifestation. Cela se veut aussi une occasion de festivités pour la plupart, qui y voient une rencontre amicale entre passionné·e·s de vélo.

Cette initiative citoyenne s’attaquait au «véritable culte de la voiture, un culte du moteur à essence» que l’on retrouve dans les rencontres automobiles. Avec cette dénonciation précise en tête, les cyclistes plaidaient en faveur d’une réévaluation de cet événement touristique. «Nous sommes en faveur du plaisir du Grand Prix, mais les gens qui sont attirés autour de ces événements ne participent pas d’une conscience écologique» explique Virginie Nanchang. Montréal participe déjà à cette dynamique plus écologique, en organisant cette année une course de formule E (électrique). La ville a toutefois dû débourser des montants de vingt-quatre millions de dollars pour l’événement, comparativement aux autres grandes villes participantes qui n’ont eu aucune dépense.

La masse critique se prononce aussi sur l’exploitation des femmes, qui «sont présentées et utilisées comme un objet de consommation et de promotion dans le cadre du Grand Prix.» Avec l’appui de l’organisme Stella, l’événement se prononce en faveur d’un choix libre et éclairé du travail du sexe: «Il est important qu’il y ait des organismes, des groupes, une discussion autour du fait qu’on doit aider les personnes qui veulent sortir du travail du sexe. Ceux qui veulent y rester, ou ceux qui y sont encore mais qui veulent le quitter, sont aussi des êtres humains qui ont droit au respect.» D’autres organismes ont, quant à eux, dénoncé toute forme d’exploitation sexuelle. L’augmentation de l’offre de ce genre de service coïncide avec le fort nombre de touristes en ville durant ce week-end.

Le dernier point soulevé par l’événement est économique. En effet, les chiffres du Grand Prix seraient gonflés par trois, selon les organisateurs. «En comparant notre événement avec le Grand Prix de Melbourne, qui est de la même ampleur, on remarque que les retombés de Melbourne sont autour de 32,6 millions de dollars, alors que Tourisme Montréal parle de 89,3 millions.» Considérant le nombre important de subventions gouvernementales déposées dans ce projet — une somme totale 219 millions de dollars pour la période 2014-2024, provenant de contributions de divers paliers gouvernementaux et de Tourisme Montréal —, la masse critique cherche à dénoncer ces dépenses faramineuses pour ce seul événement.

Somme tout moins agressif que sa version de l’été 2012, «On va vous l’organiser votre Grand Prix!», la masse critique à vélo du 9 juin 2017 s’est déroulé dans une ambiance festive et contestataire. Les rues prises d’assaut par les cyclistes ont résonnées sous leurs revendications, offrant une vue prenante sur les problèmes entourant le Grand Prix de Montréal.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Les amants sous le Molotov]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28764 2017-06-20T16:09:52Z 2017-06-20T14:31:21Z Dans son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967), le belge Raoul Vaneigem déclare que «ceux qui parlent de révolution et de lutte de classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu’il y a de subversif dans l’amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre».

Cinquante ans plus tard, la québécoise Catherine Dorion publie l’essai Les luttes fécondes, dans lequel elle propose de «parler de ce désir qui explose lors des soulèvements populaires ainsi que de celui qui prend feu dans la passion amoureuse, parce que les deux participent d’une chimie très semblable.» Il semblerait bien que le discours de Vaneigem ait rejoint le public québécois post-Printemps érable.

Ainsi, l’intime et le collectif s’unissent tout au long de l’essai. Cette alternance bien maniée dans les exemples et le contenu nous fait comprendre que les deux n’agissent jamais en vase clos; ils sont reliés, enchevêtrés en nous et s’influencent réciproquement. «On n’a pas suffisamment compris que l’instinct politique des gens va aussi profond et est sujet aux mêmes lois psychologiques que leur libido sexuelle. Comme tous les instincts vitaux, il est irrationnel et imperméable aux arguments de la raison», écrit d’ailleurs Arthur Koestler, qui est cité en exergue. Et les pulsions libidinales, ici, se doivent d’être contestataires. En effet, elles ne peuvent s’emprisonner dans le moule arbitraire de la société, sous peine de devenir une corvée: «Si je suis libre et que je suis mes désirs, tu me trouveras plus pleine, plus impressionnante, plus belle. Plus déstabilisante. Tu m’aimeras et me respecteras encore davantage. Pourquoi me demander de rendre les armes et d’abandonner la force que j’ai de te bouleverser?»

Cette conclusion, elle y arrive en développant une analogie avec la révolution cubaine, qui se voulait une libération de l’impérialisme américain avant que Fidel Castro, «par la peur de perdre le pouvoir, de ne pas être à la hauteur de la force du peuple, [préfère] mettre sous clé et exploiter pour lui seul cette force qui l’avait porté au zénith dans une effusion magnifique de désir collectif.» Ce contre-exemple illustre parfaitement le sentiment malsain qui nous pousse à réduire le présent en une série de règles pour s’assurer d’un futur. Sauf qu’une telle relation restera stérile. «L’amour n’est pas là pour rassurer. L’amour met en danger. Une lutte féconde, oui. Sinon, c’est une paix inféconde, une paix obligée qui tient par la contrainte.»

Si l’amour est lutte, le désir lui est révolutionnaire. Et si la politique en est inséparable, elle doit subir une remise en question semblable: «[la politique] a été imaginée pour que notre vie commune puisse devenir un espace de luttes ouvertes et décomplexées, un espace de sincérité. Elle n’a rien à voir avec ces injonctions d’ordre et ces promesses de stabilité, avec ces mensonges que nous répétons en masse».

Les luttes fécondes de Catherine Dorion lie donc deux facettes de notre société sous le thème commun de la révolution. Cet essai se veut ainsi à la fois un plaidoyer pour la libération sexuelle – la vraie, non celle proposée par l’industrie de la pub – et politique, visant à libérer «cette libido que nous avons écrasée sous toutes sortes d’anesthésiants – workaholism, télévision, pilules, Facebook, alcool, magasinage.»

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Les graffiteurs prennent Montréal]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28803 2017-06-19T17:34:34Z 2017-06-19T17:34:34Z Le boulevard Saint-Laurent a vibré sous les festivités du festival Mural au cours des derniers jours. Cet événement célébrant l’art public et la créativité a transformé la rue en véritable tableau gigantesque. Des artistes graffiteurs locaux et internationaux se sont côtoyés pour faire vivre l’art urbain, offrant une expérience de musée sur près d’un kilomètre et demi.

Charles Gauthier-Ouellette
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Hannah Raffin <![CDATA[Bruxelles à Montréal]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28777 2017-06-18T15:16:15Z 2017-06-18T15:16:15Z On le sait déjà, Montréal est le carrefour des artistes francophones en Amérique du Nord. À l’occasion des nombreux festivals qui ont lieu à Montréal au mois de juin, comme le Festival Mural et les Francofolies, ce sont nos compatriotes belges qui sont de passage au Québec. Tout juste un an après leur première performance au Québec en juin 2016, ces artistes représentatifs de cette nouvelle vague du rap belge affirment ainsi leur influence au-delà des frontières de leur royaume.

La venue de plusieurs d’entre eux a été rendue possible grâce à la coordination de la maison de production Smoking Camel, et de l’émission Hip Hop Café radio. 

On y retrouve notamment le duo Caballero et JeanJass, après la sortie de leur dernier projet Double Hélice 2, mais aussi Roméo Elvis et le Motel, ou encore le plus belge des parisiens, Lomepal.

La Poutine, meilleure avec des frites belges?

Tout d’abord, le 9 juin dernier, l’événement « Bruxelles arrive » présentait le duo Caballero et JeanJass partageant la tête d’affiche avec Lomepal. Ces derniers étaient précédés par le rappeur québécois La Hes et le groupe Clay and Friends. Une première partie agréable, bien que tirant relativement sur le long qui a donné naissance à une impatience latente du public. Dès la demie-heure se rapprochant de l’arrivée sur scène de Lomepal, la foule s’est faite plus compacte. L’énergie de celui qu’on peut désigner comme un performer s’est dès lors transmise à la fosse, ne la quittant plus jusqu’à la fermeture de l’établissement. Jean Jass et Caballero ont donc fait leur arrivée devant un public chauffé à blanc, et en ont bien bénéficié. Le public semblait être connaisseur des morceaux du premier et second volet de leur projet « Double Hélice ». Un accueil plaisant et étonnant pour ces derniers, qui ne se produisent que très peu outre atlantique et peuvent aujourd’hui se targuer d’y avoir des fans fidèles.

Ce soir, c’est Roméo Elvis et Le Motel, ainsi que l’Or du Commun qui se produiront dans la même salle. La frite sera t-elle de qualité?

Du rap français au rap francophone

Au programme donc, rap belge, rap québécois, et rap français. Est-ce le début d’un réel dialogue entre les différentes scènes de rap francophones? Dans une entrevue avec le Devoir, Caballero précise « Je pense qu’il y a des parallèles à faire entre la scène rap du Québec et celle de la Belgique» » 

Le duo qu’il forme avec Jean Jass se distingue en effet des grands pans du rap Francais — au sens national du terme. Plus ou moins proches des thèmes abordés par les rappeurs de l’hexagone ( l’argent, le succès, la marijuana en quantité, et les filles), ces derniers l’abordent tout comme Roméo Elvis avec un certain second degré, apportant ainsi leur touche belge. L’accent est réellement mis sur la musicalité et la dimension divertissante du morceau narratif. La langue française est en effet chez certains rappeurs belges mise au service d’un récit: au-delà de leur simple beauté, les rimes ont aussi ici une réelle utilité. A voir, par exemple, le couplet du rappeur Le Dé dans le Grunt 33, spécial bruxelles élaborant sur une sombre altercation finalement amusante entre poissons humanisés.

Cette dimension du rap belge rejoint le travail de certains artistes québécois, à l’image de Dead Obies ou de Fouki, qui usent de la même impression narrative tout en utilisant le slang québécois ou même l’anglais.

Ici, le géant français ne semble plus faire de l’ombre à des jeunes scènes aux talents en expansion.

Pour creuser le sujet, consultez notre édition spéciale rap du 7 Février 2017, en version papier digitalisée,  ou sur notre site internet directement :

http://www.delitfrancais.com/2017/02/07/27543/

http://www.delitfrancais.com/2017/02/08/la-guerre-des-mots/

http://www.delitfrancais.com/2017/02/07/le-rap-cetait-mieux-avant/

http://www.delitfrancais.com/2017/02/07/nouvelle-vague-du-rap-montrealais/

http://www.delitfrancais.com/2017/02/08/comprendre-notre-monde-par-le-rap/

…et beaucoup d’autres!

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Une ouverture tout en crescendo]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28766 2017-06-13T18:10:06Z 2017-06-13T18:09:05Z L’événement d’ouverture de la 29e édition des FrancoFolies a eu lieu jeudi dernier en soirée, sur la scène Ford.

Première artiste à monter sur scène, Lydia Képinski, gagnante des dernières Francouvertes. Artiste multi-instrumentaliste, elle offrit une prestation dans laquelle se mêla des accents de rock et d’indie. Accompagnée d’un violoniste/claviériste et d’un batteur, elle réussit à capter l’attention d’une foule assez distraite avec ses paroles aux accents poétiques. Lydia Képinski incarne assez bien cette jeunesse passionnée de musique, mais mal à l’aise lors de ses interventions entre les chansons. Heureusement, ce stress disparaît complètement lorsqu’elle chante.

Pierre Kwenders s’est, par la suite, installé sur scène. Mêlant la musique traditionnelle congolaise à l’électro, le chanteur a proposé des rythmes qu’on classifie comme du World 2.0. Même si la foule semblait plus encline à participer, l’ambiance générale restait frigide – malgré la chaleur accablante.

Il a fallu l’arrivée de Dumas pour que les spectateurs se réchauffent. Malgré quelques problèmes techniques, le chanteur et guitariste, accompagné de choristes, d’un bassiste et d’un batteur, a joué succès sur succès pendant son concert. Il mélangea des titres plus dansants, notamment une réinterprétation de Je ne sais pas frôlant le disco, à d’autres plus rock alternatif, comme la célèbre Au gré des saisons. « On va vous apprendre le YMCA de Matane », a lancé le chanteur. Cet effort risible de faire bouger une foule déjà gagnée par la musique a calmé les ardeurs de plusieurs. Si ce n’était de cet écart, le reste de la prestation fut un succès.

Le clou de la soirée fut sans contredit le spectacle des Trois accords. Commençant en force, le groupe a enchainé les titres avec une efficacité surprenante, n’intervenant que sporadiquement avec des blagues biens placées. «Cette chanson porte sur un des sujets qui nous tient le plus à cœur… la géographie», dit le chanteur avant de débuter St-Bruno – et plus tard, de revenir sur la blague pour Saskatchewan. À chaque chanson on entendait une nouvelle clameur du public; naturellement, le public dansait sur ces titres connus. Et je reste encore déstabilisé d’avoir entendue une foule de tous âges entonnée en chœur Je me touche dans le parc.

 

Quelques artistes à (re)découvrir

15 juin : Grunge. Éclaté. Apocalyptique. Si ces mots vous parlent, vous apprécierez la concert de Violett Pi, artiste surprenant qui offrira une performance solo en début de soirée. (La Zone Coors Light)

16 juin : Pour les fans de Jimmy Hunt, Chocolat (un projet parallèle) mérite une écoute attentive. Très difficile de catégoriser ce groupe qui alterne entre le prog, le rock alternatif, le folk et le punk. Une chose est sûre, c’est un plaisir presque culinaire. (Scène Ford)

18 juin : L’événement de clôture sera certainement la cerise sur le sundae. Avec neuf heures de concert, le rap côtoiera l’électro et la pop dans un cocktail sublime. Les Cowboys Fringants, Marie-Pierre Arthur, Safia Nolin, Philippe Brach et plusieurs autres se passeront le flambeau à partir de 15h sur la scène Ford.

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Julia Denis <![CDATA[La Bohème héroïque]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28755 2017-06-08T15:07:31Z 2017-06-07T15:30:53Z La Bohème est de ces œuvres où la critique s’accorde rarement avec le public. Opéra écrit par Puccini en 1895, il s’inspire du roman Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger: un groupe de jeunes artistes parisiens remplis d’autant d’espoirs que de dettes, se voit balloté entre vie quotidienne de «Bohème» et passions tragiques.

Alliant jeunesse et passion, vie d’artiste et vie parisienne, amour et amitié, — « triple cocktail idéal » — La Bohème est l’un des opéras les plus appréciés du public nord-américain. L’œuvre est si populaire qu’elle fut l’une des inspirations majeures de Baz Lurhmann pour son blockbusterMoulin Rouge.
La critique, à l’inverse, semble généralement agacée par ses représentations tombant souvent dans le «déjà vu» et cette triste facilité à se laisser aller au cliché ou au manque d’émotion.
La dernière production de l’Opéra de Montréal, à la salle Wilfried Pelletier du 20 au 27 mai, réussira-t-elle à être l’exception à la règle?


Critique tapie dans l’ombre

Lors de la répétition générale de La Bohême présentée par l’Opéra de Montréal le 18 mai, le public n’a pas masqué son appréciation habituelle pour Puccini: il a crié à chaque apparition du chef d’orchestre et applaudi bruyamment. Notons que la présence de centaines d’élèves du secondaire en sortie scolaire semble être un facteur important de cet enthousiasme plus propre au Centre Bell qu’à la Salle Wilfried Pelletier…
Qu’en est-il du critique? Est-il tout autant exalté ou cherche-t-il la petite bête là où chacun de ses lecteurs aurait passé un moment magique? Nous dirons qu’il «nuance» — terme précieux qui a malheureusement parfois manqué dans cette représentation.

Une émotion surprenante

On ressort bien de La Bohême bercé, les joues humides, la musique et les dernières paroles flottant encore. La distribution jeune et entièrement canadienne a su livrer une représentation d’une rare émotion. Une intensité qui monte crescendo, inattendue lors d’une répétition générale où les chanteurs auraient pu s’abstenir de chanter à pleine voix.
L’orchestre dirigé par James Meena est impeccable. Le chef a su tenir les notes, sublimer les silences et la distinction des instruments à vent si chers à Puccini, pour accompagner magistralement les chanteurs. Chargé d’émotion sans jamais prendre le devant de la scène, à la manière d’une grande musique de film américain, l’orchestre reste sans doute la force de cette production.

Une équation incomplète…

Il s’agirait d’un véritable sans faute si l’équation qui fait la singularité du chef d’œuvre de Puccini avait été mieux respectée : «passion et vie de bohème». La Bohème a certes tout d’un opéra classique et tragique, mais il dépeint aussi la vie quotidienne de jeunes artistes insouciants et débraillés. C’est de ce contraste entre classique et romantique, permis par l’ironie et le talent, qu’émane le génie de Puccini. Or ici, l’insouciante «Bohème» meurt sous le poids des passions.
Cette absence marque particulièrement le premier acte. Dans leur mansarde, les quatre amis artistes, Rodolfo, Marcello, Colline et Schaunard scandent des vers humoristiques sur cette vie quotidienne dénuée d’argent et de lendemains certains. Les décors ressemblent bien trop aux images Walt Disney des Aristochats pour parvenir à nous plonger dans la réalité poétique de la vie de bohème. «C’est d’un kitch!»

L’interprétation des chanteurs ne parvient pas non plus à transmettre le regard ironique — quasi cynique — de Puccini vis-à-vis des artistes ratés de son temps. Le chant est déjà trop passionnel et sérieux.
Quant au jeu, il plonge dès l’amorce dans la facilité du gag ridicule. Serions-nous dans un vaudeville pour ténors? Car oui, il faut bien parler de «jeu» chez Puccini, où les chanteurs se doivent d’être des acteurs polyvalents et précis pour marquer le contraste entre la musique de virtuose et le texte souvent décalé.
La seule qui se détache alors — et qui continuera de nous impressionner tout au long des deux heures suivantes — c’est la jeune France Bellemare qui interprète Mimi. En voisine frigorifiée qui va chercher de l’aide auprès de Rodolfo resté seul dans la mansarde, elle nous montre déjà une véritable intériorité et une amplitude tant dans la voix que dans la palette de jeu. La soprano, lauréate du Concours musical international de Montréal nous livre un «Mi Chiamano Mimi» qui lance enfin l’opéra sur un rythme et une émotion qui ne cessera de monter lors des autres tableaux.

… mais qui tombe parfaitement juste

À la manière de ces recettes ratées qui parviennent à créer un produit délicieux, La Bohème de l’Opéra de Montréal omet certains ingrédients mais nous livre, par un coup de maître, une des plus belles productions de l’année.
Le second acte, au Café Momus, est un spectacle captivant et joyeux tel un «tableau final», comme l’avait lui-même écrit Puccini. Le troisième acte nous replonge dans la tragédie et la souffrance dans un quatuor d’une justesse exemplaire.
Comme le cycle quotidien de la vie de bohème, pour le quatrième acte les personnages retrouvent leur état initial. L’apogée de l’histoire est passée et la nostalgie prend place. Mimi et Rodolfo se souviennent de leur première rencontre alors que Mimi, malade, est à l’article de la mort. «Sono andati» chantent-ils dans un duo qui captive le public et transforme cette production en chef d’œuvre.
L’intensité et l’émotion de la partition sont démultipliées par une interprétation d’une rare beauté. Luc Robert, ténor du prestigieux Metropolitan Opera de New York nous démontre son talent par sa voix grave, homogène et sonore.
L’effet est quasi automatique: cette larme, signe d’un opéra réussi, ne cesse d’en appeler d’autres à couler jusqu’à la commissure de nos lèvres. Mimi meurt, Rodolfo crie son nom; la salle entière sort de cette hypnose magnifique qu’est le dernier acte. On est abasourdis, vidés, jeunes et romantiques.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[«Démocratiser le côté caché de la restauration»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28749 2017-06-06T19:14:14Z 2017-06-06T14:33:55Z Situé à un jet de pierre du signe lumineux d’Hochelaga, côté ouest, le café Rond-point ouvrait ses portes le vendredi 2 juin. Du café sous toutes ses déclinaisons, servi dans des tasses typiques aux vaisseliers de nos grand-mères, se jumelle à des grilled-cheese à bas prix. «On décline le grilled-cheese de plusieurs façons», proposant un style qui se rapproche de la cuisine fusion. Des options végétaliennes et sans gluten se retrouvent aussi sur le menu, de sorte que tou·te·s peuvent y trouver le repas approprié.

Installé dans le local de l’ancien café Bobby McGee, le Rond-point est le résultat d’efforts continus de ses trois membres fondatrices, Chanel, Héloïse et Caroline. «On a bien réfléchi, on a pris du temps pour rêver à ce projet. On aimait le décor de l’ancien café, la façon dont il était divisé et l’emplacement. Quand il a été mis en vente, ça a propulsé notre rêve».

Le café Rond-point propose une ambiance salon, avec ses divans et une aire de jeux pour enfants. Des jeux de société sont aussi mis à la disponibilité de tous. Les grandes aires vitrées à l’avant, avec vue sur la rue Ontario et l’impressionnante église en face, offrent un joli contrepoint aux luminaires rustiques qui illuminent l’intérieur. Désormais un classique des cafés hip, les murs sont truffés de peintures, qui agrémentent bien le look.

En entrant, un tableau mensuel où sont épinglés divers événements mensuels surplombe un piano droit. «On collabore avec des organismes communautaires du quartier. On veut partager les savoirs, abolir les préjugés». Au menu, des soirées en partenariat avec des organismes communautaires du quartier, des ateliers culturels et, éventuellement, des soirées musicales.

Le modèle financier de ce café le distingue de ses compétiteurs. En effet, il suit le modèle de l’autogestion. «Nous ne voulions pas hiérarchiser les positions, pour que tout le monde puisse prendre part dans les tâches du café et dans celles de gestion». Les décisions sont donc prises aux suites d’une réflexion collective des enjeux, assurant une transparence et légitimant les actions entreprises. «Cela permet d’avoir une vision réelle du travail. Un jour, on peut faire la vaisselle et, le suivant, s’impliquer dans la comptabilité. C’est plus facile dans la gestion des tâches, tout en participant à l’esprit d’équipe».

Un tel concept existe déjà dans d’autres commerces montréalais, dont le café coop Touski, qui existe depuis 2003. Pourtant, il est difficile de percer dans le milieu: «La restauration est un milieu qui fait peur aux investisseurs, surtout à Montréal. Il a fallu qu’on se distingue dès le début.» C’est que le concept de coopérative fait peur aux investisseur·se·s, car il implique une séparation de la responsabilité entre plusieurs membres, considéré·e·s comme une entité morale au sens économique, plutôt qu’à un·e seul·e investisseur·se. Heureusement, les membres du café Rond-point assurent qu’elles visent la pérennité avec leur projet, le considérant comme la réalisation d’un rêve de plusieurs années.

 

Le café Rond-point est situé au 3213 rue Ontario Est, Montréal.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Le neuvième art en fête]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28732 2017-06-05T18:14:47Z 2017-06-05T18:14:47Z Tout au long du mois de mai, les bibliothèques montréalaises offraient des activités pour fêter le mois de la bande dessinée. À l’honneur cette année, la bande dessinée historique. Des bédéistes comme Jean-Paul Eid, connu entre autres pour sa sublime La femme aux cartes postales (qui tourne autour des clubs de jazz des années 50), discutèrent de l’importance de la bande dessinée dans le milieu québécois.

Au cours de la fin de semaine dernière eut lieu le Festival de la BD de Montréal (FBDM), événement conjoint aux autres festivités où se rejoignirent pour une sixième année de nombreux exposants au parc Lafontaine. Ce fut l’occasion de partager leur passion du neuvième art avec un large public à travers des ateliers, des quizz et des conversations avec des auteurs. Ce fut aussi l’occasion pour différents membres du milieu (artistique, éditorial, professoral, événementiel) de discuter des divers enjeux de la bande dessinée québécoise. Bonne nouvelle, la BD québécoise se porte magnifiquement bien!

 

Comment se définit la bande dessinée québécoise?

La bande dessinée québécoise apparaît avant tout comme une bande dessinée d’auteur·e, marquée par une touche personnelle. On retrouve assez peu de franchises, sur le modèle américain DC ou Marvel, alors que foisonnent les œuvres hétéroclites aux sujets tout aussi variés. Comme le thème de cette année est la bande dessinée historique, ne nommons que La petite patrie (qui reprend la télésérie de Claude Jasmin), de Julie Rocheleau, le très récent Lénine de Denis Rodier et Louis Riel, de Chester Brown.

Le neuvième art est encore jeune au Québec, ne possédant pas de tradition aussi forte que la Belgique (Tintin) ou la France (Astérix). Plutôt qu’un mal, les bédéistes québécois perçoivent cette faible filiation d’un point de vue libérateur: ils n’ont pas de cadre préétabli par le milieu à respecter. Cela se traduit par une grande exploration des limites éditoriales, dont l’un des meilleurs exemples se trouve dans Le fond du trou, de Jean-Paul Eid. Dans cette œuvre atypique, le bédéiste s’est contraint à dessiner chaque planche en prenant en compte qu’un trou traverserait littéralement la page. Le résultat: une histoire rocambolesque où chaque page joue avec la matérialité du livre.

Sur le plan financier, la bande dessinée québécoise produit un véritable engouement dans la province. Les tirages se chiffrent régulièrement entre deux mille et cinq mille copies par titre, ce qui nous rapproche de nos cousins français (qui environnent les cinq à dix mille copies) alors que notre bassin de population est pourtant presque dix fois inférieur. Parmi les plus grands vendeurs québécois, la série Paul de Michel Rabagliati, qui raconte différentes tranches de vie avec une simplicité et une beauté touchantes, s’est vendue à plus d’un demi-million de copies. Les bibliothèques recensent aussi une augmentation palpable des prêts d’oeuvres issues de ce médium, qui constituent aujourd’hui environ 13% des titres empruntés.

 

Y a-t-il une place pour la bande dessinée anglophone dans le milieu québécois?

Principalement concentrée à Montréal, la bande dessinée anglophone est déjà bien ancrée dans le milieu québécois. La librairie Drawn & Quarterly en est certainement l’exemple le plus probant.

Quoique la plupart des bandes dessinées anglophones vendues au Québec proviennent des Etats-Unis ou du Canada anglais, certains auteurs québécois publient dans les deux langues. C’est le cas de Michel Hellman qui, après avoir publié Iceberg et Mile End en français, lance Nunavik en version originale anglaise.

Chez les éditeurs, on remarque aussi un intérêt de plus en plus important pour la traduction d’œuvres, que ce soit du français vers l’anglais (l’incontournable Coquelicots d’Irak de Brigitte Findakly et Lewis Trondheim sortira en anglais en septembre) ou l’inverse (le nouvellement traduit Titan de François Vigneault). Ce phénomène reste, quoiqu’en hausse, encore marginal et symbolique plutôt que financier.

 

Le numérique est-il en voie de remplacer le format papier?

Le constat qui ressort de la discussion est simple: non. Il s’agit d’un non-marché, c’est-à-dire que les ventes aux particuliers n’existent presque pas, dans sa transposition directe du moins. Des projets comme Tout garni, de la maison d’édition La Pastèque, cherchent à donner vie à la bande dessinée numérique en réfléchissant au médium autrement. Le but visé: opter pour l’interactivité propre aux nouvelles technologies pour inclure le lecteur dans l’histoire.

L’option de la bande dessinée pour téléphone, très populaire en Orient, mérite d’être envisagée au Québec. Cette forme, qui consiste en une suite de vignettes présentées verticalement (pour faciliter le défilement), s’est développée ailleurs dans le monde par moyen de micro-abonnement; en échange d’un montant mensuel fixe, les usagers reçoivent quotidiennement du contenu exclusif.

Il est aussi à noter que le festival de bande dessinée d’Angoulème a récemment créé un prix pour la meilleure création numérique.

 

Avec des festivals de plus en plus importants au Québec, le neuvième art s’intègre lentement dans notre quotidien. La bande dessinée québécoise reste le fruit d’un travail de passionné·e·s, empreint d’une touche bien personnelle la distinguant de ses contemporains français ou américains, qui mérite d’être explorée!

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Le principe du pull out]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28743 2017-06-02T15:31:04Z 2017-06-02T15:31:04Z On peut traduire «pull out» par «se retirer», au sens de quitter un lieu, un groupe. Lorsqu’un ami te dit qu’il va se retirer pour aller se coucher, il implique qu’il ne veut plus te voir et préfère le confort de son petit monde. Sous-entendu pour son lit et la nouvelle saison de House of Cards.

Le terme pull out réfère aussi à une méthode contraceptive dans laquelle l’homme «se retire» du sexe de sa partenaire avant l’éjaculation, évitant ainsi de devoir endurer une éventuelle progéniture pour les 18 prochaines années. Le défaut de cette pratique : elle ne constitue en rien un moyen de protection efficace…

Prenons maintenant un exemple hypothétique : le président d’un des pays les plus puissants mondialement, le genre d’individu qui pourrait tweeter un soir «Despite the negative press covfefe». Demandons-lui de se prononcer sur le premier accord mondial sur le climat, accord qui viserait à minimiser l’impact des gaz à effet de serre afin de contenir le réchauffement climatique.

Maintenant, analysons ce qui se produit lorsque ledit président décide de se pull out de l’accord mondial sur le climat signé par 195 pays. L’homme d’affaires – car, bien évidemment, seul un homme d’affaires peut se permettre de mettre en danger la planète pour quelques dollars – se mettrait à dos tout l’Europe, envenimant des relations déjà tendues. «Le moment où nous pouvions compter sur les autres pays est, dans une certaine mesure, fini» s’exclamerait à ce sujet une chancelière, devant une foule ramassée pour un événement brassicole. Ce à quoi il répondrait très certainement, dans sa roseraie devant un public avachi et partiellement lobotomisé en complet-cravate, que «cet accord place son pays dans un sérieux désavantage», que «personne ne s’inquiète de l’environnement comme il le fait » et que « cet accord n’est pas une question d’environnement, mais de contrôle de son pays par des forces extérieures.» En somme, que le retrait de l’accord panserait la «large blessure économique dont souffre son pays». Comme un prépubère qui s’enferme dans sa chambre pour prouver à ses parents qu’il a le contrôle sur sa vie, sauf que l’ado aurait soixante-dix ans et que sa chambre serait un immense manoir en Floride. Le réchauffement climatique, ça fait de belles pelouses, non?

Si on se tourne vers l’analogie sexuelle, peut-être douteuse j’en conviens, force est de constater que son pull out n’empêcherait pas la lutte contre le charbon. Au contraire, des compagnies bien installées dans son hypothétique pays lui ferait volte face et n’embarquerait pas dans son jeu. Les grands conglomérats de l’électricité et le grand méchant loup de l’agrochimie s’engageraient à réduire leur impact écologique. Même les compagnies pétrolières imploreraient ce président de ne pas quitter l’accord mondial sur le climat. «J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris», se bornerait-il à dire, totalement inconscient que non seulement les gens de Pittsburgh, mais de partout au pays, s’opposeraient à ce retrait. Et comme un adolescent qui cherche à montrer sa virilité en retenant son orgasme jusqu’à la dernière minute, «le retrait constitue une réaffirmation de [sa] souveraineté» et de son contrôle sur son corps (politique).

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Jacques Simon <![CDATA[Frédéric Lefebvre oscille entre avocat et député]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28738 2017-06-01T23:53:22Z 2017-06-01T21:57:18Z  

Entre remise en cause de l’intégrité de M. Lefebvre et l’exclusion de M. Regnard du parti Les Républicains, cet avant premier tour des législatives a été mouvementé pour la droite. Aujourd’hui député sortant et candidat à sa réélection, Frédéric Lefebvre n’est pas sûr de garder sa place à l’Assemblée nationale française. Lui qui a été élu en 2013 à l’occasion d’une élection partielle qui connut à l’époque un taux d’abstention de l’ordre de 80% est menacé sur sa gauche par Roland Lescure, candidat du mouvement d’Emmanuel Macron, et sur sa droite par Damien Regnard, candidat désormais dissident des Républicains.

Attaqué pour avoir employé sa femme comme collaboratrice parlementaire, et pour avoir continué à siéger au sein du Conseil régional d’Île-de-France alors élu député, il apparaît que M. Lefebvre a en début d’année rejoint un cabinet d’avocat international basé à Atlanta, en Géorgie.

Lemoine & co.

Créé en 1997, le cabinet d’avocats Carreras & Lemoine donne des conseils légaux en matière de droit international. Les deux avocats éponymes sont Eduardo Carreras et Dominique Lemoine, tous deux titulaires du barreau de l’État de Géorgie. Depuis 1992, monsieur Lemoine est aussi admis au barreau de New York. Quant à Monsieur Carreras, il avait été admis en 1979, mais a été suspendu à deux reprises, une fois en 2004 et une autre en 2013. Monsieur Lefebvre, lui, n’est titulaire d’aucun barreau de quelque État américain.

Le cabinet change de nom en janvier 2017, et devient Lemoine & Lefebvre. La description fournie par Linkedin est identique pour les deux entreprises, si ce n’est que la deuxième a «strategic investment advice» («conseils d’investissement stratégique», ndlr) à sa liste de compétences. Sur la page Facebook du cabinet, peu active, on peut notamment voir un post vantant la proximité apparente entre Frédéric Lefebvre et Bill Clinton lors de l’inauguration du président américain Donald Trump.

Interrogé par Le Délit, Dominique Lemoine a confirmé le rattachement du député des Français à l’étranger au cabinet. «Le nom du cabinet a été changé au cours du premier semestre de 2017» a-t-il expliqué, précisant toutefois que la «participation» du député n’est pas encore «opérationnelle», et qu’il n’a, jusqu’à lors «contracté aucun client et [n’a] perçu aucune rémunération». M. Lefebvre, avocat au barreau de Paris, travaillera pour le bureau parisien du cabinet, indique M. Lemoine.

Lefebvre se défend de toute mauvaise intention

Interrogé par le Délit à travers son conseiller de presse Jean-Christian Larrain, monsieur Lefebvre s’est défendu  de toute mauvaise intention. «Une association est un grand classique» dans [la profession d’avocat ]» a-t-il expliqué, avant d’ajouter que cette union «ancr[ait] encore plus [son] activité en Amérique du Nord».

Qui plus est, le député assure avoir reçu le «quitus du déontologie de l’Assemblée nationale en France en mars». Il n’a pas précisé s’il avait signalé son activité à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), organe qui, en France, s’occupe des situations fiscales et patrimoniales des élus.

Notons que la loi de la moralisation de la vie publique, présentée ce 1er juin par François Bayrou, ministre de la Justice, prévoit d’encadrer toute activité de conseil, et notamment la profession d’avocat, ceci pour tout parlementaire.

Pour l’instant, aucune des personnes interrogées par Le Délit n’a présenté l’expertise que monsieur Lefebvre allait apporter à la firme, ni expliqué pourquoi l’intéressé a effectué ces changements pendant qu’il siégeait à l’Assemblée Nationale.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Portrait du cinéaste en jeune poète]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28730 2017-06-01T14:23:23Z 2017-06-01T14:10:12Z Une femme maquillée de la tête aux pieds entre dans un bar géré par des vieillards en complet et chapeau melon. Elle s’écrie que tous les hommes dans la pièce ne valent rien, avant de se commander un deux litres de bière qu’elle cale sous le regard stupéfait du personnage principal. Un homme l’aborde alors, lui susurre à l’oreille, reçoit en retour un poing au visage. La femme, Stella Díaz, se rassoie ensuite et ébauche un poème vite fait avant de partir en criant de nouveau. Si cette scène vous laisse perplexe, attendez de voir l’entièreté de Poesía Sin Fin, le plus récent film d’Alejandro Jodorowsky. Cet opus retrace les jeunes années d’un Alejandro Jodorowsky voulant devenir poète, réinventant son histoire dans un Chili marqué par la montée au pouvoir du parti fasciste.

«Si votre vie quotidienne vous paraît pauvre, ne l’accusez pas; accusez-vous plutôt, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses.» Cette citation, tirée de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, pourrait bien servir d’exergue au film tellement elle résonne avec l’histoire. Récit de vie, Poesía Sin Fin récupère le mythe de l’artiste incompris et fait de la moindre parcelle de son existence une œuvre poétique. De sa fugue initiale – qui l’emmène dans le monde artistique – jusqu’à la confrontation finale avec son père, chaque évènement est extrapolé et conjugué à des dialogues absurdes avec des personnages excentriques jusqu’à créer un effet d’étrangeté. «La poésie est un art vivant,» crient le jeune Alejandro Jodorowsky et son homologue poète devant un groupe de littéraires pompeux, avant d’ouvrir des étuis à guitare remplis de viande crue et d’œufs pour leurs lancer au visage. Et ce n’est qu’une scène parmi tant d’autres.

L’excentricité du récit se conjugue à la réinvention du soi qui traverse tout le narratif. Le film s’ouvre sur le metteur en scène debout dans la rue qui l’a vue grandir, aujourd’hui décrépite. Il explique qu’à l’époque elle était l’un des carrefours les plus importants de Santiago, tandis qu’une équipe technique appose d’immenses impressions sur les bâtisses défraichies. Une foule immense et masquée – symbole de la masse d’individus sans nom qu’il a côtoyé toute sa vie – remplit ensuite les lieux et nous voilà renvoyés dans son enfance. La présence répétée de figures complètement encagoulées, dont la seule utilité est de bouger du mobilier ou des objets, participe aussi à cette distanciation par rapport à la réalité; le film adopte ici des techniques théâtrales plutôt qu’un effet de vérisimilitude. Ces jeux visuels offrent donc un joli contrepoint aux effets poétiques qui traversent la narration

Parsemé de symboles spirituels, propres à l’œuvre de Jodorowsky, Poesía Sin Fin propose un divertissement certes déroutant, mais fort appréciable dans son ensemble. Malgré – ou grâce à – un scénario somme toute classique, le film se démarque en offrant une ambiance unique qui reflète la poésie du quotidien. Ce n’est donc pas un hasard si le film se conclue sur une immense scène de carnaval, où dansent démons et squelettes; Poesía Sin Fin est un immense renversement des valeurs au profit de l’art et de la bohème.

 

Poesía Sin Fin est présenté en version originale espagnole, sous-titré anglais, au cinéma du Parc jusqu’au 7 juin.

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Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Clémentine Langlois, candidate aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28722 2017-05-31T18:17:47Z 2017-05-31T17:54:46Z  

Le Délit: Est-ce-que vous pouvez vous présenter rapidement?

Clémentine Langlois: Je m’appelle Clémentine Langlois, je suis installée avec mes filles et mon mari à Ottawa.

J’ai commencé par faire des recherches sur les nouvelles technologies et leur impact social, économique, etc. J’étais spécialisée sur les rapports Nord/Sud. J’ai fait des études en France et à Southampton en Angleterre.

À partir de là, j’ai rencontré beaucoup de monde dans le domaine du logiciel libre, et je me suis orientée vers cette nouvelle culture: je m’y suis lancée à corps perdu en montant différents groupes et associations. Assez rapidement, il est apparu que je devais pouvoir maîtriser les nouvelles technologies. J’ai donc fait une formation à Paris en développement des applications. Cela m’a permise d’être directrice de projet, de programme, consultante, etc.

Et puis, j’ai eu l’impression de m’être un peu perdue. En voyant ce qui se passe dans le monde — je pense notamment au changement climatique — je me suis rendue compte que je me fourvoyais dans mes projets. J’ai commencé à me dire qu’il fallait que je revienne plus activement vers ce que je voulais à la base: la transformation numérique, l’économie collaborative, etc.

J’ai donc créé une société qui promeut ce genre de choses au sein des entreprises. Nous développons des logiciels libres en Afrique avec une association que j’ai créé qui s’appelle «Fongwama» ce qui veut dire «s’ouvrir» en lingala. Nous faisons donc des applications mobiles au Congo avec des Congolais. Nous rendons plus accessible l’éducation sur la santé. Par exemple, le premier programme concernait la lutte contre le paludisme.

De là, je me suis dit qu’il fallait que l’on traite le sujet des enfants réfugiés. Il faut savoir qu’en Afrique, comme ailleurs, il y a des enfants réfugiés qui sont martyrisés psychologiquement. Nous sommes en train de travailler sur une application qui permettra d’évaluer le niveau de stress post-traumatique des enfants.

Toute cette démarche a été faite en parallèle à mon investissement dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Je participais à des réunions dans le 15e arrondissement de Paris, où on se disait qu’il faut que l’on réussisse à renouveler notre démocratie. Dès que la campagne «France insoumise» a été lancée en 2015, nous nous sommes investis. J’ai créé le groupe d’appui de Paris XVe avant de faire la même chose à Ottawa.

 

LD: Quels sont les plus grand défi des expatriés français?

CL: Le premier qui me vient à l’esprit — parce que c’est le plus important et que je le vis tous les jours — c’est l’éducation. Permettre aux Français de l’étranger d’avoir accès au lycée français à des coûts abordables n’est pas toujours facile: aujourd’hui, le lycée français de New York coûte 32 000 dollars par an. L’objectif de la France insoumise c’est de subventionner et de développer le réseau des établissements français. Il y en a 55 en Amérique du Nord.

Il y a aussi le développement de la culture. Au Québec, ça peut paraître simple, mais avoir accès à une bibliothèque francophone n’est pas donné partout. Il faut promouvoir des bourses de recherche, les échanges, et solidifier les alliances. En réalité, l’investissement n’est pas si lourd que ça. Cela demande juste un peu de stratégie et une vision à long terme. Il faut comprendre que le programme de la France insoumise, c’est du bon sens. Quand on le lit on se rend compte qu’il n’y a rien de clivant: tout le monde peut y adhérer.

 

LD: Quels sont les trois grands axes de votre programme?

CL: Le cœur de notre projet c’est l’humain et l’écologie: c’est l’homme dans son milieu. Le programme de L’avenir en commun n’est pas une vision linéaire; au contraire, c’est une vision croisée. Chaque proposition prend en compte l’humain et l’environnement.

Articulé à cela, il y a les trois valeurs de la France que sont la liberté, l’égalité, et la fraternité. On a tendance à oublier les deux derniers. Quand on regarde les programmes politiques on se rend compte qu’ils sont principalement axés sur le libéralisme ils font fi de l’égalité des chances et de la fraternité entre tous.

 

LD : L’impossibilité de faire une candidature commune à gauche a été très médiatisée pendant les présidentielles. Parfois, on a l’impression que la gauche est divisée à outrance et que, finalement, ces factions sont d’accords sur l’immense majorité des thèmes. Quelle est votre analyse de l’état de la gauche française aujourd’hui?

CL : Je vais peut-être faire grincer un peu les dents, mais pour moi, il n’y a qu’une seule «gauche française» aujourd’hui : elle se regroupe globalement autour de Jean-Luc Mélenchon. La seule politique de gauche qui soit vraiment affichée et qui sera soutenue à l’Assemblée nationale c’est la politique de la France insoumise.

Aujourd’hui, le PS est largement intégré dans la logique macronniste, qui est une politique d’austérité, de réduction du service public et qui promeut plutôt la financiarisation du monde. Ça n’est pas vraiment une logique de gauche.

Ce que je ne comprends pas c’est le positionnement de Hamon. Entre ce qu’il dit et le milieu dans lequel il vit, il y avait un monde. Au sein du PS, il était totalement isolé. D’une certaine manière, il a préféré son positionnement politique à ses valeurs républicaines.

 

LD: Qu’est-ce que vous dites à ce groupe qu’on peut appeler « les frondeurs »? Est-ce que vous leur demandez de venir vers la France insoumise, quitte à lâcher le PS?

CL: Oui. France insoumise ou autre chose, mais j’aimerais les voir revenir vers un programme réellement de gauche. Je ne veux pas qu’il y ait de négociations, de retrait de certains aspects du programme pour les remplacer avec d’autres politiques. J’aimerais un rapprochement vers une vraie force de gauche qui croit en ce qu’elle dit.

De manière générale, je pense que les Français en ont marre de voir des gens qui négocient simplement pour des intérêts personnels alors qu’il y a énormément de choses à faire.

 

LD: Mélenchon a beaucoup fait parlé de lui depuis le premier tour. Entre sa réaction aux résultats, son parachutage à Marseille, ou encore son tweet au lendemain de l’attentat de Manchester, certains disent qu’on a retrouvé le Mélenchon agressif et désagréable de 2012. A-t-il mal géré sa communication post-électorale?

CL: Jean-Luc Mélenchon est quelqu’un de vrai. C’est quelqu’un qui parle avec son cœur et qui voit tous les jours la réalité des inégalités sociales. C’est quelque chose qui, effectivement, peut déborder. Aucun être humain ne peut rester impassible devant tant de misère.

 

LD : Donc c’est en réaction à la misère du monde que Mélenchon peut sembler un peu énervé?

CL : C’est le fait de ne pas être entendu, de se confronter systématiquement au pouvoir de l’argent. Il réagit non pas comme un politicien, mais comme un être humain qui est fatigué par une longue et difficile campagne.

 

LD: La campagne France insoumise s’est distinguée largement des campagnes classiques par l’implication active de ses militants. Un jeu vidéo été créé, Mélenchon avait la chaîne politique la plus regardé de YouTube, bref, on sentait qu’une communauté vivante s’organisait. Quel est son avenir? Comment faire pour que cela ne s’essouffle pas au lendemain des législatives?

CL: C’est tout simplement en votant pour la France insoumise et en faisant en sorte qu’il y ait au moins 289 députés pour qu’on puisse mettre en place ce programme qui a été co-rédigé par des milliers de personnes.

 

LD: Mais la chose intéressante avec la campagne de Mélenchon c’est qu’elle était imprégnée de la société civile. Il y avait un mouvement du bas vers le haut. Est-ce que vous êtes en train de me dire que la seule façon de conserver cela c’est de faire entrer cette société civile à l’Assemblée? Si on n’arrive pas le faire, elle s’essouffle ?

CL : Non. Il y a aussi beaucoup de combats qui sont à mener tous les jours. On va mettre en place une plateformes collaboratives, ainsi que des outils de type mobile, pour que tous les citoyens puissent interagir, réclamer des droits, et mettre la pression sur le gouvernement pour que l’on puisse sortir des l’ornières sur un certain nombre de sujets.

 

LD: Le programme de France insoumise prévoit de faire payer aux Français de l’étranger la différence entre leur taux d’imposition dans leur pays d’accueil, et le taux qu’ils auraient payé s’ils étaient restés en France. Certains trouvent ça injuste: ils ne sont pas en France et ne bénéficient donc pas des mêmes services sociaux. Pourquoi pensez-vous que c’est justifié?

CL: Avant tout, l’idée du programme, c’est de dire « les Français sont des Français ». Ils ont de facto des droits équivalents — en tout cas, c’est ce que nous souhaitons. C’est ce que nous essayons de faire en investissant dans l’éducation, ou en créant un réseau consulaire plus proche. Tout ça à un coût.

Mais il faut s’avoir qu’à la base, l’impôt différentiel n’était pas ciblé vers les Français de l’étranger mais plutôt vers les évadés fiscaux. D’autant plus que le programme de L’avenir en commun prévoit 14 tranches d’imposition au lieu de cinq. La quasi-totalité des Français de l’étranger n’auront pas à payer un euro de plus. Seuls les très, très, hauts revenus auront à payer une cotisation; mais c’est à partir d’environ 190 000€ par an qu’on est concerné.

Évidemment, les opposants politiques caricaturent ce sujet à des fins électoralistes.

 

LD: Le programme économique de Hamon proposait un revenu d’existence ainsi qu’une taxation des robots, suggérant ainsi l’instauration d’une vision plus moderne du travail. À l’opposé, la France insoumise se base sur une relance keynésienne traditionnelle. Est-ce qu’il y a aujourd’hui deux gauches en France? Si oui, est-ce que vous n’êtes pas héritière de la tradition de gauche qui n’est plus d’actualité ?

CL: On ne peut pas dire qu’il y ait deux gauches. Il y a un individu, Benoît Hamon, qui propose des choses au sein d’un parti qui n’est pas du tout d’accord avec ce qu’il dit. Il n’y a bien qu’une seule gauche.

Après, sur le côté moderne, au contraire! La France insoumise n’est pas passéiste, elle est plutôt tournée vers l’avenir. Elle propose un modèle économique qui est éco-responsable. Le fait de parler de robots ne rend pas le programme de Benoît Hamon moderne. Nous, de notre côté, on parle d’économie collaborative et circulaire: c’est très moderne. Nous proposons de redéfinir la façon dont on voit nos structures sociales: c’est une autre façon d’imaginer le vivre ensemble.

 

LD: Le contexte social et philosophique de l’Amérique du Nord diffère énormément de celui de l’Europe. Des concepts tels que l’appropriation culturelle ou la discrimination positive sont largement discutés ici. Pensez-vous qu’ils soient compatible ou souhaitable avec la société française ?

CL: Les personnes qui forment le mouvement de la France insoumise n’ont pas une vision arrêtée des choses. Toutes les idées qui peuvent faire avancer les choses sont bonnes à prendre. Nous n’avons pas de philosophie fermée, si ce n’est que le programme doit être tourné vers l’humain, la responsabilité écologique, et qu’il doit conserver nos valeurs «liberté, égalité, fraternité». Si il y a des choses dans d’autres pays qui nous semblent bonnes et qui sont en accord avec ses valeurs, alors, oui, nous sommes prêts à y réfléchir.

 

LD: Certaines personnes disent que le programme économique du Front National et celui de France insoumise sont très similaires. Que leur répondez-vous?

CL: Ce sont vraiment de mauvaises langues. Il est plus facile de caricaturer les gens que de réfléchir ou de penser différemment une société. C’est là le sujet de notre programme. Il demande de la réflexion et de la lecture.

Depuis des années nous nous battons contre le Front National. C’est grâce à Jean-Luc Mélenchon que l’on peut aujourd’hui dire que Marine Le Pen est une fasciste. Les personnes qui sont aujourd’hui dans la France insoumise n’ont rien à voir avec les personnes qui sont au Front National. C’est une opposition franche: nous n’avons rien à voir avec eux.

 

LD: Par rapport à l’Union européenne et à l’euro: est-ce que vous pouvez clarifier ce que vous, en tant que députée, voudrez voir être approuvé par l’Assemblée?

CL: La logique de la France insoumise est la suivante: nous voulons une Europe de la paix. Il faut qu’elle respecte l’ensemble des cultures, il faut qu’elle soit sociale, etc. Nous ne sommes donc pas contre l’Europe.

Là où nous sommes contre, c’est quand l’Europe est dirigée par une banque centrale complètement indépendante des États, gérée par des grandes entreprises, et qui impose une austérité qui n’a aucun sens.

 

LD: Et donc ce fameux «Plan B» [la sortie de l’U.E., ndlr] de Mélenchon? Quand est-ce qu’on l’enclenche?

CL: Ce que dit Mélenchon est assez simple: il veut une Europe qui continue, mais une Europe de la paix. Les Français sont parfois un peu trop pessimistes sur leurs propres capacités. L’Europe sans la France, ce n’est pas possible. Si Jean-Luc Mélenchon arrive face à Merkel en lui disant «Je veux négocier» la discussion aura été ouverte.

 

LD: Donc le «Plan B» était une sorte d’épouvantail politique pour asseoir son autorité?

CL: Évidemment! Mais ça ne peut pas se présenter comme ça. Lorsque l’on est un dirigeant politique et que l’on veut mener une discussion de ce niveau avec ses partenaires on ne peut pas dévoiler ses cartes avant même de commencer!

 

LD: Est-ce que vous connaissez bien Montréal?

CL: De mieux en mieux en tout cas!

 

LD: Que pensez-vous du gouvernement qu’Emmanuel Macron et son premier ministre Édouard Philippe ont annoncé?

CL: C’est surtout un gouvernement de transition avant les législatives. C’est refaire du neuf avec du vieux, en mettant une bonne couche de peinture.

 

LD: Aujourd’hui on voit, en France comme ailleurs, un rejet des partis traditionnels. Est-ce que cette dynamique et positive? À quoi vous l’attribuez ?

CL: Je pense que c’est super positif. C’est toute la société civile qui se lève, et qui veut s’engager. C’est un mouvement collectif: je trouve ça très bien.

Ça se voit dans les sondages: 80 % des Français sont en faveur d’une sixième république. À terme, c’est sûr qu’elle sera mise en place. Ces personnes de tous âges veulent une nouvelle république, plus participative, plus démocratique, plus citoyenne.

 

LD: Justement, cette sixième République, qu’apporte-elle aux Français de l’étranger?

CL: Pour les Français de l’étranger, elle permet de participer plus activement dans la vie démocratique de la France. Les Français de l’étranger sont les premiers s’intéresser à la vie politique de leur pays : ils se sentent loin, et ont envie de s’impliquer. Cette sixième république accroît leurs droits de citoyens et permet plus d’échange.

On voit qu’il y a un collectif fort, une envie de participer. Malgré le fait que les gens soient partis depuis longtemps, ils restent français.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

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Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec David Sanchez, candidat aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28717 2017-05-26T20:48:24Z 2017-05-26T20:44:58Z Le Délit : Pouvez-vous vous présenter rapidement?

David Sanchez : Je m’appelle David Sanchez, j’ai 31 ans. Je suis candidat pour le parti Nouvelle Donne, parti fondé en 2013 par un groupe de citoyens issus pour un grand nombre d’entre eux du collectif Roosevelt. Il prône un New Deal en France. Parmi les personnalités qui ont participé à la création du mouvement, on peut citer Pierre Larrouturou ou Stéphane Hessel. Pour ma part, je suis convaincu par les idées que nous présentons, je pense qu’elles découlent d’une logique évidente.

J’ai travaillé plusieurs années dans le marché de l’énergie en France. Aujourd’hui je suis engagé auprès de plusieurs associations de lutte contre la pauvreté, l’exclusion, etc. Ce sont des engagements dans des domaines variés avec des fonctions différentes.

Au sein de Nouvelle Donne, je milite et j’ai participé à la constitution du programme que l’on a produit et que l’on présente aux élections. Depuis un moment, je suis chargé de la coordination du financement: je m’assure qu’il y ait les financements nécessaires pour présenter le maximum de candidats. On va en avoir environ 80 dans toute la France.

 

LD : Quel est selon vous le plus grand défi des expatriés français ?

DS : Il y a déjà le défi personnel d’être expatrié. Ceux qui partent vivre au Canada ou aux États-Unis partent à la réalisation de certains rêves, d’une certaine volonté, d’un certain projet. C’est quelque chose de très personnel.

Après, il y a le défi d’avoir une France qui soit là pour les soutenir. Je pense par exemple à l’éducation. Pour ceux qui ont des enfants, il faut un accès à une éducation française. Dans une grande ville comme New York ce n’est pas toujours accessible d’offrir ça à ses enfants. C’est dommage: la France a la chance d’avoir un réseau d’école un peu partout dans le monde. Il faut absolument assurer un accès pour le plus grand nombre.

Depuis 2012 il y a une réduction d’à peu près 10 % du budget qui est alloué pour ce réseau. En même temps, la population française expatriée a cru d’environ 10 ou 11%. D’une part les ressources ont diminué et d’autre part la demande augmente. Il est essentiel que durant le prochain quinquennat le budget pour les écoles françaises augmente.

Après une autre problématique c’est la question du vote. J’ai été contacté par nombreux d’électeurs qui m’ont dit qu’ils ne pourraient pas voter. Par exemple il y a des gens en situation de handicap qui ne pourront pas voter.

Du coup la question du vote électronique se pose. Pour tous les citoyens vivant en démocratie, le vote est essentiel. Si nous ne sommes pas sûrs que notre vote sera pris en compte c’est tout le système qui tombe à l’eau. Il faut absolument réfléchir à la sécurisation du vote, et, si ce n’est pas possible de mettre à nouveau en place le vote à distance électronique, nous devons travailler avec l’administration pour rendre le vote plus accessible. Je pense par exemple au vote par correspondance que nous pourrions faciliter d’avantage en ouvrant la déclaration des candidats et donc l’envoi du matériel électoral, encore une semaine plus tôt que ce qui est déjà fait aujourd’hui.

 

LD : Est-ce que vous pouvez nous donner trois grands axes de votre programme ?

DS : Déjà, il y a la question de l’éducation et du vote que nous avons abordé plus haut.

Mais il y a d’autres thèmes. Je pense par exemple que la consultation est essentielle. Qui de mieux que vous, qui vivez tous les jours les problématiques dont on parle, pour me guider dans le bon chemin? C’est pour ça que, élu, je lancerai des consultations des électeurs dans ma circonscription. Pour moi, un député représente, mais il doit aussi être à l’écoute. Cette consultation doit être faite en coordination avec les autres députés des Français de l’étranger.

On peut avoir des points de divergence, mais nous devons travailler ensemble pour l’intérêt général.

 

LD : Votre programme ne parle pas spécifiquement des Français de l’étranger. Comment vous différencier-vous d’un candidat de la métropole ?

DS : Comme je vous disais plus haut, il y a les questions du scrutin, de la dématérialisation et de l’éducation. Mais il y a une chose qu’il ne faut pas oublier.

Un député des Français établis hors de France doit à la fois proposer des choses concrètes pour les Français de l’étranger, et aussi pour l’ensemble des Français. Tout ce qui se passe en France concerne aussi les Français établis hors de France. C’est leur patrie, c’est leur pays. Ils ont un droit de regard sur ce qui se passe en métropole.

 

LD : Vous faites l’analyse que le travail se raréfie. Comment comptez-vous le partager plus équitablement sans faire baisser le style de vie des Français ?

DS : Il y a plusieurs façons de partager le travail. Le chômage en est un: certains travaillent, d’autres non. Nous ne pensons pas que c’est une configuration idéale.

Nous, on propose d’ouvrir les négociations: on veut réguler le partage de l’emploi. Cela se fera évidemment par branche et par secteur. La régulation se fera au cas par cas.

Essentiellement, ce qu’on propose c’est le cas de figure suivant: un salarié travaillera moins que maintenant. Pourtant, il gardera le même revenu. Comment? La différence sera payée par l’entreprise et elle pourra financer cette augmentation du coût horaire car l’État lui demandera de payer moins de cotisations sociales. Cette baisse des cotisations sociales sera accordée en échange d’une augmentation des emplois. Au final les salariés sont payés autant, ils sont plus nombreux, et les entreprises payent moins de charges sociales. Le système s’équilibre aussi financièrement du fait que les caisses d’allocations chômage et autres paient évidemment moins d’indemnités aux anciens chômeurs qui désormais sont salariés.

Évidemment, comme je le disais plus haut, cette organisation sera faite au cas par cas selon les branches et les secteurs.

 

LD : L’environnement fait partie de vos sujets clés. Que proposez-vous?

DS : On propose que la banque centrale européenne finance un plan européen de l’environnement. La BCE (Banque centrale européenne, ndlr) émettrait un certain montant d’argent, quelle prêterait à un taux de 0 %. Nous envisageons que chaque pays reçoive un montant équivalent à 2 % de son PIB tous les ans. Ce plan durerait 10 ans. Cela représente environ 1000 milliards d’euros investis pour la cause écologique.

Il faut aussi penser la question largement. Qui dit investissement sur l’environnement dit aussi création d’emplois. Il y a aussi les effets sur l’innovation. Bref, ce plan ne se limite pas seulement à l’écologie. Il engendre beaucoup de différents bénéfices pour la société.

 

LD : Un des thèmes où Nouvelle Donne se différencie des autres partis c’est la question européenne. Vous avez l’air de vouloir solidifier l’union, tout en réduisant les membres. N’est-ce pas paradoxal? Pouvez-vous expliquer votre vision ?

DS : Nous sommes absolument europhiles, mais il y a une chose à prendre en compte: il y a des dispositifs européens qui permettent la coopération renforcée.

En réalité, il serait injuste d’inclure certains pays dans des projets d’envergure, et en exclure d’autres. Mais la coopération renforcée ce n’est pas cela.

Nous souhaitons approfondir certains dispositifs de coopération renforcée. Pourquoi? Lorsque certaines voies peuvent être expérimentées par certains pays, ceux-ci ne doivent pas être freinés par le refus des autres. Nous sommes plus forts à 27. Cependant il faut être pragmatique: si nous ne pouvons pas avancer tous en même temps, nous pouvons faire des progrès par étape sur certains domaines entre les pays volontaires. Cela n’est pas pour autant synonyme de sortie de l’Union européenne. Nous n’avons pas sorti la Grande-Bretagne de l’Union européenne lorsqu’elle a refusé d’adopter l’euro. La même logique doit s’appliquer ailleurs.

 

LD : Donc vous envisagez une Union européenne à plusieurs vitesses?

DS : C’est déjà le cas! Certains avancent plus que plus vite que d’autres, et c’est normal.

Lors des négociations, il va falloir voir qui voudra avancer vers une Union plus sociale. Cela ne veut pas dire que nous sortirons les autres, mais l’on peut envisager une coopération plus approfondie entre certains pays. Nous inviterons les autres à se joindre à nous sans les forcer.

 

LD : Vous avez une conception assez participative de la démocratie. C’est aussi le cas de Yan Chantrel pour le Parti socialiste ou encore de la France insoumise. On a parfois l’impression que la gauche française et fracturée à outrance malgré le fait que ses factions soient d’accords sur l’immense majorité des thèmes. Quelle est votre analyse de l’état de la gauche française aujourd’hui?

DS : En tant que parti, nous avons milité pour un rassemblement de la gauche. Nous avons continuellement demandé à la France insoumise et au Parti socialiste de s’allier : il vaut mieux une victoire que deux défaites. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus.

Par la suite, après les présidentielles, nous avons essayé de faire des rassemblements. Encore une fois nous n’avons pas été entendus. Certains ne veulent pas négocier car ils pensent pouvoir tout faire tout seul, d’autres préfèrent peut être voir l’ensemble détruit pour mieux reconstruire, enfin je ne peux pas vous donner les raisons car je ne suis pas dans la tête ou le parti des autres. Au final notre constat est que nous n’avons pas réussi à rassembler la gauche.

Nous restons ouverts à l’idée de travailler avec les partis qui ont des ressemblances programmatiques avec nous.

 

LD : Est-ce que vous en particulier aviez fait appel à Yan Chantrel du Parti socialiste ou à Madame Langlois de France insoumise ?

DS : Au niveau national, il y a une volonté de rassemblement. Après, parler en termes précis d’une circonscription à une autre, ça n’a pas forcément d’intérêt.

Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos adhérents. Comme je l’ai dit, nous pouvons travailler avec des partis qui nous ressemblent par contre si l’on nous demande simplement de nous retirer dans toutes les circonscriptions pour faire gagner un candidat, ce n’est pas ce que j’appelle la coopération. Il faut discuter sérieusement. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.

 

LD : Est-ce que vous seriez prêt à travailler avec Emmanuel Macron si son mouvement faisait appel à la gauche de l’assemblée pour créer une coalition gouvernementale?

DS : Très simplement: je pense que rester dans une position fermée n’est pas très intelligent. Nous serons dans l’opposition, mais nous serons prêts à travailler avec des idées que nous partageons. Nous ne serons pas dans l’opposition systématique.

Par contre, nous ne serons pas des députés soumis. Nous allons défendre les projets de lois concrets qui vont réduire les inégalités, accélérer la transition écologique, et le renouvellement de la démocratie. Ce qui va dans le sens contraire, nous ne le soutiendront pas.

 

LD : Que pensez-vous du gouvernement qu’Emmanuel Macron et son premier ministre Édouard Philippe ont annoncé?

DS : Il est vraiment trop tôt pour pouvoir juger du gouvernement. On ne juge pas un gouvernement par les personnes qui le forment, mais par les lois qu’il propose. On connaîtra la couleur du gouvernement Macron le jour où il proposera des lois.

Après, on peut se tourner vers le passé pour se faire une idée. Si vous regardez le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ndlr), On voit quand même qu’environ 40 milliards d’euros ont été donnés aux entreprises chaque année dans une logique de création d’emploi. Il n’y a pas eu de contrepartie. Le chômage au contraire a augmenté. À partir de là, on peut déjà voir comment se profile Emmanuel Macron. Aux électeurs de juger le passé pour pouvoir pré-juger le futur.

 

LD : Est-ce que vous connaissez Montréal?

DS : J’aime le Québec. J’ai eu la chance d’être conseiller national de la jeunesse. Dans ce cadre j’ai pu visiter Montréal à travers l’office franco-québécoise de la jeunesse. C’était dans le cadre de la semaine d’action contre le racisme.

J’ai même pu visiter l’Université McGill! (rires)

 

LD : Quels projets souhaitez-vous voir apparaître pour pousser plus loin l’amitié franco-québécoise ?

DS : Il faut continuer à travailler sur ce qui est déjà existant. Il faut soutenir les administrations, il faut participer aux initiatives de tissage de liens des deux côtés de l’Atlantique. Il faut soutenir les initiatives culturelles, éducatives, entrepreneuriales, etc. Il faut qu’il y ait des échanges fréquents, dans un respect mutuel.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Un renouveau poétique]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28711 2017-05-26T18:41:08Z 2017-05-26T18:39:44Z Le phénomène du micro ouvert, plus connu sous son nom anglais open mic, prend de plus en plus d’ampleur dans le milieu culturel québécois. Il se présente sous plusieurs formes, dont les très prisées soirées de poésie. Durant ces dernières, des poètes de tout horizon se rejoignent pour partager leurs créations et leur passion pour les mots. Pour en discuter, Le Délit a rejoint Stéphanie Roussel et Alexandre Turgeon Dalpé, deux passionnés qui travaillent présentement sur le documentaire Open mic.

 

Le Délit (LD): Avant de commencer, pouvez-vous vous présenter?

Alexandre Turgeon Dalpé (AT): J’ai étudié au baccalauréat en études littéraires à l’UQÀM. C’est là qu’on s’est rencontré, en fait. Je commence une maîtrise en communication, profil média expérimental, cet automne, dans le cadre duquel je m’intéresserai à la vidéopoésie.

Stéphanie Roussel (SR): Je suis candidate à la maîtrise en études littéraires à l’UQÀM. Mes recherches actuelles portent justement sur les micros libres de poésie.

 

LD: Pouvez-vous nous décrire la visée de votre documentaire?

AT: Pour résumer de manière très brève, Open mic est un court-métrage documentaire bilingue sur les scènes libres et ouvertes de poésie au Québec.

SR: On remarque une effervescence de ces scènes au Québec depuis, peut-être, 2010. Si elles existaient avant, de nouveaux évènements mensuels ou sporadiques sont constamment créés autant à Montréal qu’en région. Cela permet aux personnes de partager ce qu’elles créent sans passer par tout le système éditorial, ou sans avoir à être invitées. Malgré leur forte popularité (ou comme tout ce qui est populaire), ces scènes sont souvent jugées avec une certaine suspicion – est-ce que c’est de la poésie, est-ce que ce n’en est pas? Nous ne voulons pas donner de réponses de facto, mais montrer ces tensions; montrer aussi que cette pratique existe même si ces prises de parole n’ont pas la même matérialité ou durée qu’un livre.

 

LD: Dans cet ordre d’idées, pouvez-vous nous démystifier les soirées de poésie? À quoi peut-on s’attendre en allant à une soirée de poésie?

AT: Une soirée de poésie, ce n’est pas nécessairement un micro libre, et vice versa. Le documentaire traite des scènes libres de poésie, ou du moins où la poésie est mise de l’avant (et non pas l’humour ou la musique par exemple).  Je dirais que ça ressemble souvent à un laboratoire, où on explore des styles, des voix, des vécus. On peut s’attendre à une multiplicité de points de vue.

SR: Dans sa forme la plus simple, un micro libre de poésie est un espace dans lequel des personnes se réunissent pour partager ce qu’elles créent ou être attentives à ce que les autres créent. On utilise la formule «open mic» parce qu’elle renvoie rapidement à cela, mais le micro n’existe pas nécessairement (ne pensons qu’aux scènes qui accueillent des personnes sourdes).

 

LD: Vous avez déjà publié un livre, De gestes et de paroles. Pourquoi avez-vous opté pour le format documentaire filmé pour parler des open mics?

SR: Notre livre est dédié tant aux habitué.e.s de ces scènes qu’aux chercheur.euse.s. Bien sûr, d’autres lecteur.ice.s peuvent l’apprécier, sauf que je pense que si ma tante le lisait, elle ne saisirait peut-être toujours pas ce que les micros ouverts de poésie représentent. Avec le documentaire, nous voulons agrandir le public et nous adresser aussi à des personnes, comme ma tante, qui ne connaissent pas la poésie, ou qui ont gardé l’image figée d’une poésie enseignée au secondaire à coup de classiques français. Une des problématiques qu’on a rencontrées avec De gestes et de paroles, c’est l’horizon d’attente qu’on peut avoir par rapport à un livre. On m’a souvent questionné sur le travail éditorial des poèmes, alors que le livre ne se présentait pas comme un recueil de poésie mais comme un regard sur des scènes vivantes. Les textes étaient restés tels que lorsqu’ils avaient été lus. Aussi, évidemment, l’interaction entre la salle et la scène est difficile à reproduire sans son. Même si une retranscription vidéo ne traduit pas l’effet du live, on pourra au moins jouer avec les réactions du public, avec les rythmes et les corps. Ça permet que l’attention ne soit plus seulement portée sur le texte en lui-même.

AT: Je trouvais aussi qu’il y avait peu de photographes, ou de vidéastes, qui s’intéressaient à ces scènes, ou qui cherchaient à esthétiser visuellement ce qu’on y rencontrait. Comme je travaille sur la vidéopoésie, je suis très sensible à ces enjeux, à la retranscription d’une expérience poétique vécue dans un média (un livre, une performance) dans un autre média (un film). Je pense que c’est une relation qui peut être enrichissante autant du point de vue de la poésie que du cinéma. Et puis, le cinéma est un art populaire, il est plus accessible de par sa distribution. Je crois que ça va être plus facile de rendre visibles cette pratique, les micros ouverts, en passant par ce médium-là.

 

LD: Quelle est l’ambiance générale de ces soirées?

SR: Cela dépend vraiment des évènements et des communautés, des raisons pour lesquelles les différentes personnes se présentent au micro ouvert. Par exemple, il est certain que le public du Cabaret des mots doux ou de Gender b(l)ender agit différemment que celui du Bistro Ouvert ou de Vaincre la nuit, parce que les deux premières soirées sont des «safe spaces» où les gens racontent des expériences vécues souvent violentes. La foule est silencieuse parce que le contenu partagé nécessite ce silence-là. Le fait de s’exprimer sur ces scènes peut être primordial, nécessaire, pour ces personnes, et ce qu’on y vit est puissant et intense. La «littérarité» des textes côtoie d’autres enjeux de la communication littéraire comme celui du témoignage. Sur d’autres scènes, qui n’ont pas de cadre particulier, l’attention du public est très variable. Les salles peuvent être très bruyantes; on n’est pas dans une salle de théâtre où le silence est donné. Mais il s’agit d’un dialogue. Si ce qui se passe sur scène requiert le silence, la salle va l’offrir. Si, au contraire, la personne qui lit impose sa présence, prend tout l’espace et le temps sur scène, tient des propos irrespectueux, la salle va réagir.

AT: Il ne faut pas oublier que certains de ces lieux-là, comme le Bistro de Paris ou L’Île noire, sont des lieux ouverts (l’entrée est gratuite), où il y a beaucoup de circulation: des gens peuvent être en train d’écouter un match de hockey, de discuter avec des ami.e.s. Ça peut donner des situations très particulières. Comme caméraman, j’essaie de capter les réactions de ces gens-là qui sont de divers horizons et croisent, parfois par accident, le milieu poétique.

 

LD: Avec votre projet, vous vous déployez à l’extérieur de Montréal. Est-ce que la scène poétique se développe à l’extérieur de la métropole?

AT: Règne, bien souvent, cette impression très montréalocentriste que la poésie n’existe que dans les grandes villes, alors qu’elle se développe beaucoup dans les régions. Je ne pense qu’à Chicoutimi, à Joliette, à Rimouski ou à Trois-Rivières. C’est super vivant, ça grouille. Il y a autant de monde à ces événements-là qu’à Montréal. Avec notre campagne de sociofinancement, nous voulons aller découvrir ce qu’on fait ailleurs et le faire découvrir. C’est important de donner une visibilité à la vie culturelle en région aussi.

 

LD: Quel est votre rapport avec le multilinguisme dans les micros ouverts? Y a-t-il autant de soirées en français qu’en anglais?

AT: Il n’y a pas de restriction de langues dans ces évènements et ils sont portés, au Québec, par des personnes qui parlent différentes langues. Certains peuvent peut-être le voir d’un œil méfiant, c’est difficile parler de littérature — et surtout de poésie — sans que la question de la langue surgisse. Toutefois, nous cherchons à rétablir une situation de confiance entre les deux langues. Nous avons choisi de faire un documentaire sur le Québec pour restreindre un espace à travers lequel se déplacer et filmer, et non, dans la perspective d’une identité nationale exclusive. Et la poésie, au Québec, elle ne se fait pas qu’en français.

 

Le documentaire Open mic est présentement en campagne de financement participatif sur la plateforme IndieGoGo.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Pour l’audibilité de la diversité culturelle]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28708 2017-05-25T17:15:09Z 2017-05-25T15:39:45Z La controverse a commencé il y a plus d’une semaine, suite à l’éditorial du plus récent numéro du magazine Write: le nom de l’éditorial, Winning The Appropriation Prize (Gagner le Prix de l’appropriation, ndlr), par Hal Niedviecki, alors rédacteur en chef de Writers’ Union of Canada. Dans cet article, et dans les réponses de nombreux acteurs médiatiques, la notion d’appropriation culturelle fut mise à mal. L’article de Niedviecki s’ouvre sur ces mots : «I don’t believe in cultural appropriation. In my opinion, anyone, anywhere, should be encouraged to imagine other peoples, other cultures, other identities. I’d go so far as to say that there should even be an award for doing so – the Appropriatioon Prize for best book by an author who writes about people who aren’t even remotely like her or him.» (Je ne crois pas à l’appropriation culturelle. Mon opinion, c’est que n’importe qui, n’importe quand, devrait être encourager à imaginer d’autres personnes, d’autres cultures, d’autres identités. J’irais jusqu’à dire que nous devrions même avoir un prix pour cela — le Prix de l’appropriation pour le meilleur livre par un auteur écrivant sur des cultures qui lui sont étrangères, ndlr)

Cette proposition s’est rapidement propagée sur les médias sociaux. Parmi les figures médiatiques qui ont encouragé l’idée, notons l’ancien exécutif de Rogers, Ken Whyte, la rédactrice en chef du National Post, Anne Marie Owens, et le rédacteur en chef de CBC, Steven Ladurantaye. Des tweets comme celui de Ken Whyte — « Je donnerai 500$ pour la fondation du prix de l’Appropriation, si quelqu’un veut l’organiser» — ont enflammé la toile, alors que des défenseurs des droits autochtones dénonçaient la banalisation de l’appropriation culturelle qui était en train de se produire. Les auteurs de ces messages se sont, pour la plupart, par la suite excusés de la teneur de leurs propos.

En réponse à cette première vague de tweets, l’avocate torontoise Robin Park a lancé une campagne de sociofinancement sur le site IndieGoGo pour favoriser l’émergence des voix autochtones dans le milieu littéraire. Elle explique au journal CBC : «Je ne veux pas créer un espace d’argumentation. Je veux aider à créer un espace pour la créativité et l’art». Son objectif est d’encourager les écrivains avec de l’argent qui provient de la communauté, afin de donner le sentiment qu’une société complète appuie le mouvement. En date du 23 mai, les fonds amassés dépassent les 87 000$, soit 870% plus que le montant fixé initialement.

Petite mise au point: qu’est-ce que l’appropriation culturelle? On parle généralement d’appropriation culturelle lorsqu’un groupe dominant (dans le cas présent, des auteurs caucasiens) s’approprie les éléments d’une minorité (dans le cas présent, la culture autochtone) dans le but d’engendrer des profits culturels ou monétaires. Il en résulte une dépossession de la culture minoritaire par la culture dominante.

De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer ce qu’ils perçoivent comme une muselière se resserrant sur leur liberté d’expression. Par la banalisation d’un traumatisme collectif, ces critiques font fi d’une histoire qui s’est bâtie dans la violence et la persécution. Ne pas croire en l’appropriation culturelle sous prétexte de liberté artistique revient à caviarder l’histoire d’un peuple qui, par les efforts de plus en plus médiatisés, cherche à se réapproprier sa voix. Comme le décrit Rima Elkouri dans son article «Les paroles invisibles», «le problème, ce n’est pas qu’on entende la voix de l’homme blanc qui croit tout savoir. Le problème, ce sont toutes les voix qui, dans son ombre, restent inaudibles alors qu’elles ont tant d’histoires à raconter, tant de murs à faire tomber, tant d’indifférence à secouer».

Lecture conseillée pour approfondir le sujet: Kuei, je te salue (2016, Écosociété), de Deni Ellis Béchard et Natasha Kanapé Fontaine, essai sur le racisme écrit sous forme épistolaire.

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Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Christine Agathon-Burton, candidate aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28701 2017-05-24T19:22:05Z 2017-05-24T15:09:20Z Le Délit: Est-ce-que vous pouvez vous présenter rapidement?

Christine Agathon-Burton: Je suis née à Clichy en banlieue parisienne, je suis donc française d’origine mais je suis aussi américaine depuis 2003. Aujourd’hui j’habite à Washington, D.C. où je suis ingénieur dans le domaine aérospatiale. Cela fait plus de vingt ans que je suis en Amérique du nord. J’ai débuté en Californie chez un constructeur aéronautique et j’ai depuis déménagé sur la côte Est où j’ai rejoins une société aérospatiale.

J’ai fondé l’association de parents d’élèves du Lycée Rochambeau à Washington en 2009 lorsque l’école a imposé aux parents d’élèves une augmentation à deux chiffres des frais de scolarité. C’est à ce moment là que j’ai senti mon devoir de citoyenne m’appeler. À cette occasion, j’ai eu la possibilité d’être élue à la Fondation du Lycée Rochambeau qui est un organisme gestionnaire de droit privé américain. Par la même occasion, j’ai été administratrice de la FAPÉE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger) qui regroupe toutes les associations de parents d’élèves des lycées français dans le monde.

J’ai donc une connaissance assez approfondie du fonctionnement de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger, ndlr), et des soucis des parents d’élèves en général. L’éducation est vraiment une de mes priorités, et pas seulement au bénéfice des lycées Français à l’étranger.

 

LD: Quand est-ce-que vous avez adhéré à l’UPR ?

CAB: J’ai adhéré à l’UPR l’an dernier. C’était le moment où j’ai commencé à me renseigner sur l’élection présidentielle. Je n’avais pas alors l’idée de me présenter aux législatives.

Comme beaucoup des membres de l’UPR, j’ai découvert les conférences de François Asselineau sur internet. Elles permettent de comprendre beaucoup de choses par rapport aux événements récents, non seulement en France mais aussi dans le monde. Cet éclairage m’a interpelée. Pour la première fois, j’ai eu l’impression d’avoir en face de moi un politicien qui ne me prenait pas pour une imbécile et qui avait vraiment le soucis de l’intérêt général.

C’est ce qui m’a motivée pour joindre l’UPR alors que je n’aurais jamais eu l’idée d’adhérer à un parti politique avant.

 

LD: Pour vous, l’UPR ce n’est donc pas un parti comme les autres? Quelle est la différence?

CAB: Ce n’est pas du tout un parti comme les autres. J’ai par exemple fait la démarche d’aller [à la célébration des] dix ans [de l’UPR] le 25 mars dernier. J’y ai rencontré des gens de tous les milieux, de toutes les opinions politiques… ce sont des gens qui ont l’intérêt de la France à cœur.

Ils se rendent compte que nous sommes malheureusement soumis aux directives européennes. Ce sont des décisions qui sont prises par les personnes non-élues de la Commission de Bruxelles, et qui s’imposent à nous sans que l’on ait quoi que ce soit à dire. Il suffit de prendre comme exemple les Grandes Orientations de Politique Economique (GOPE, ndlr) pour se rendre compte du démantèlement de nos acquis sociaux et de notre modèle social français. C ‘est un grand pas en arrière. Je n’ai personnellement pas envie de laisser aux générations futures une France qui ne protège plus, une jungle livrée simplement au marché. Or c’est ce qu’imposent les traités européens.

 

LD: Quels sont les plus grand défis pour les expatriés?

CAB: Pour être plus locale, je pense que la fonction première d’un député des Français de l’étranger est d’être proche de ses concitoyens sur leur lieu de vie. Je pense que le député doit être beaucoup plus présent qu’il ne l’a été par le passé. À l’UPR, le travail en équipe est très bien fait et notre président s’adresse régulièrement aux membres et aux sympathisants en direct par internet. Il est à l’écoute. Cela permet de rendre compte du travail accompli. Je pense que le député aurait vocation à travailler avec les concitoyens pour améliorer la communication.

 

LD: Pour vous donc, les Français de l’étranger sont aliénés par rapport à la direction politique?

CAB: Oui, tout a fait.

Pour poursuivre sur votre question, un des défis des Français de l’étranger est l’accès à l’enseignement du français pour leurs enfants. Ici, les Lycées étant gérés par des Fondations, la France a une emprise limitée. Cependant, elle essaye de travailler avec les établissements pour maitriser les frais de scolarités ou développer les bourses. Toutefois, il faut mettre l’accent sur les structures alternatives. En la matière, il y a beaucoup à faire. On peut par exemple citer les programmes FLAM (Français LAngue Maternelle) ou les structures indépendantes qui mettent en place des programmes de qualité permettant de garder un lien avec la culture et la langue française.

Il y a également un partage des ressources à soutenir, non seulement en ce qui concerne les personnels enseignants mais aussi en matière d’infrastructures. En particulier, les locaux des lycées français pourraient être mis à disposition des écoles indépendantes moyennant compensation. La coopération avec les Alliances françaises est aussi à développer. Pour ce qui est des personnels enseignants, une aide doit être apportée pour le renouvellement de leur détachement. Enfin, des programmes de français doivent être implantés dans les écoles publiques locales pour répondre à la demande des familles francophones.

 

LD: Est-ce-que vous pouvez nous donner trois grands axes de votre programme ?

CAB: Il y a un soutient fort à apporter aux entrepreneurs, notamment dans les domaines de pointe qui se développent à toute allure ici. Il faut s’intéresser à la cyber sécurité. Il y a aussi les nanotechnologies en relation avec les sciences de la vie. Elon Musk [fondateur de SpaceX et Tesla, ndlr] nous parlait récemment d’interface homme-machine ce qui constitue non seulement des défis technologiques mais aussi de grandes questions éthiques. Nous, Français avons sur ces sujets largement notre mot à dire compte tenu de notre histoire et de nos compétences techniques.

Ensuite, il y a le développement durable. Quand on voit que l’Union européenne promeut la mondialisation et le commerce à tout va, on se demande où est la place des circuits courts dans cette politique. Avoir une vue un petit peu plus locale, plus humaine, et pas seulement orientée vers la maximisation du profit serait intéressant.

Enfin, j’aimerais développer un lien avec les Français sur place. Si j’étais élue, je ne serais pas en majorité du temps à l’Assemblée Nationale. Il y a des moments où il faut y être pour défendre des positions, notamment s’assurer de la constitutionnalité des projets du gouvernement, mais je pense qu’un député a un pouvoir et une position qui lui permettent de faire avancer les choses de manière concrète pour ses concitoyens sur place.

 

LD: Lors de sa candidature à la présidentielle, François Asselineau était connu pour ses prises de positions contre les États-Unis. Il présentait un monde où la France perdait son autonomie à la faveur des grandes puissances, notamment américaines. Est-ce-que vous n’avez pas l’impression d’être en territoire ennemi?

CAB: Non, pas vraiment. La vision que nous avons à l’UPR c’est de respecter tout le monde: c’est justement de ne pas promouvoir une puissance hégémonique qui dominerait. Chaque pays a sa place, chacun doit être respecté, et il est très important de respecter le droit international. Cela me tient à cœur: quand on ne respecte plus le droit, c’est le début de la barbarie.

Les États-Unis sont un grand pays dont je suis d’ailleurs citoyenne. Je pense qu’il faut que chacun ait sa place dans le monde. François Asselineau ne s’est jamais prononcé contre les États-Unis ou le peuple américain, il a simplement soutenu le fait que chacun doit être respecté. C’est valable pour la France, pour les États-Unis ou n’importe quel autre pays du monde.

 

LD: Vous prônez le «Frexit». Vous connaissez sûrement les critiques qui circulent: entre isolationnisme, recrudescence des tension sur le continent Européen, et explosion de la dette privée, comment faire pour que la sortie de l’UE ne soit pas un fiasco total ?

CAB: On prend un peu exemple sur nos voisins britanniques qui sont en train de négocier leur sortie. Ça n’a pas été le cataclysme qui avait été annoncé par toutes les instances, y compris le FMI. Ce dernier a d’ailleurs dû, en catimini, rehausser ses prévisions de croissance seulement pour le Royaume-Uni. Il faut aussi voir que le Brexit génère des investissements importants en ce moment. Il y a par exemple l’ouverture de lignes de production qui sont des investissements sur 25 ans, Google qui s’installe. Il y a quand même des éléments qui prônent pour une sortie de l’Union européenne.

Je vous donne un exemple intéressant. J’ai un collègue de travail britannique qui a de la famille au Royaume-Uni. Lui-même avait voté pour le Brexit alors que sa famille votait pour «remain» [rester dans l’UE, ndlr]. Je discutais avec lui récemment et il m’a confié que sa famille était maintenant bien contente que le Brexit ait eu lieu. Il y a eu récemment un sondage qui montrait le revirement de la position des britanniques sur le Brexit. Ils s’aperçoivent qu’il y a énormément d’avantages à ne pas être soumis à des normes ou à des restrictions de pêche dans leurs propres eaux territoriales, venant de la Commission européenne.

 

LD: Mais vous savez que l’intégration à l’Union Européenne de la Grande Bretagne était moins aboutie que celle de la France. Ils n’avaient notamment pas l’euro et n’avaient donc pas eu à changer de monnaie nationale. Que pensez-vous de cette problématique en particulier?

CAB: Il faut savoir que dans le droit international, il y a ce que l’on appelle la lex monetae qui prévoit que lors d’un changement de monnaie, la dette est libellée dans la nouvelle monnaie. Cela signifie que les 98% de la dette française [qui sont en droit français, ndlr] seront libellés en francs.

Du point de vue de la dette des français, il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

 

LD: Donc ceux qui parlent d’une explosion de la dette privée et d’un écroulement des marchés ont une mauvaise compréhension de la loi ?

CAB : Absolument.

 

LD: Asselineau était souvent identifié comme le candidat de la théorie du complot. Qu’est-ce que cette étiquette vous inspire?

CAB: Le système fait tout ce qu’il peut pour éviter que François Asselineau ne s’exprime sur des sujets importants. Le traiter de complotiste c’est la dernière ressource que les acteurs du système ont trouvée. Il faut passer là-dessus. Le complotisme c’est une manière d’essayer de le discréditer alors que lorsque l’on essaye de discuter avec lui, on s’aperçoit que personne ne réplique. C’est ce qui s’est produit lors du débat à onze par exemple.

 

LD: Dans votre programme, vous avez toute une partie sur réaffirmer les liens entre la France et les autres États francophones. Concrètement, qu’est-ce-que ça veut dire pour le Québec ?

CAB: Les liens sont déjà forts, mais il reste des choses à faire. D’un point de vue de la défense du français, les Québécois sont en première ligne.

D’un point de vue plus large, la francophonie c’est d’avoir une langue en commun. Quand on est à l’étranger et qu’on rencontre quelqu’un qui parle la même langue, cela créé des liens tout de suite. C’est quelque chose d’important, et c’est la manière dont la France doit rayonner. Cela doit être fait de manière pacifique: nous ne sommes plus au temps des colonies. Il y a une grande chance à saisir par l’intermédiaire de la francophonie pour établir des liens de coopération internationale. C’est valable pour les pays d’Afrique comme pour le Québec. C’est un lien à entretenir pour que chacun ait sa place, que la langue française comme la langue anglaise ait sa place. Je crois qu’un monde avec une seule langue et une seule façon de vivre serait effrayant.

 

LD: En regardant votre programme, on s’aperçoit qu’on a du mal à vous positionner sur un échiquier politique.

CAB: C’est bien! Si j’ai décidé de me présenter aux législatives, c’est surtout pour essayer d’apporter quelque chose. Je n’ai ni un positionnement de gauche, ni un positionnement de droite. Si l’on regarde le rôle du député selon notre Constitution, c’est d’être représentant du peuple. On défend notamment la Nation, valeur de gauche et la liberté qui est plutôt une valeur de droite. Il n’y a pas selon moi de positionnement à avoir.

 

LD: Cette idée d’être «ni de gauche, ni de droite» est présente ailleurs. Est-ce-que vous seriez prêt à travailler avec Emmanuel Macron si son mouvement faisait appel à l’UPR ?

CAB: Je ne crois pas que ce sera possible. Monsieur Macron s’est fait élire par une minorité des Français. Il est là grâce au rejet de la droite à cause des « affaires » et au rejet de M. Hollande à cause de son bilan catastrophique. On s’aperçoit qu’il a été «lancé» comme un produit par les médias avec un bourrage de crâne 24 heures sur 24 pendant plus d’un an.

De là à soutenir une Europe fédérale comme il le fait… ce n’est pas possible. En étant députés UPR à l’Assemblée Nationale, nous nous tiendrons à la charte de l’UPR qui est de défendre l’intérêt des Français, la souveraineté de la nation, et de s’assurer de la constitutionnalité des projets du gouvernement.

Je considère la Constitution de la Vème République comme le document majeur qui permet d’assurer la cohésion de la France. Elle a une valeur d’autant plus importante face aux traités européens qui sont en vérité inconstitutionnels comme l’avait relevé Philippe Seguin lors de son discours contre le traité de Maastricht demandant au Parlement français de le rejeter.

 

LD: Donc, pas de coalition avec En Marche, mais est-ce-que vous imaginez que, à l’occasion, vous pourriez être en faveur d’un texte issu du gouvernement ?

CAB: Écoutez, j’ai regardé le programme d’Emmanuel Macron. Il y a des choses très générales où tout le monde est d’accord mais dès que l’on rentre un petit peu dans le détail, on s’aperçoit que ce sont les propositions de la Commission européenne et c’est le démantèlement des services publics.

Je n’ai pas d’a priori négatif. Je pars toujours avec une vision positive des choses. Mais quand on regarde en détail, je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup d’accords possibles.

 

LD: Est-ce que l’on peut vous demander pour qui vous avez voté au second tour ?

CAB: Je n’ai pas voté. Je ne pouvais pas choisir entre la peste et le choléra.

 

LD: Connaissez-vous bien Montréal ?

CAB: J’y suis passée il y a très longtemps, je connais plus les grands espaces que Montréal.

 

LD: Que pensez vous du gouvernement qu’Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe ont annoncé?

CAB : C’est un jeune gouvernement qui va durer un mois puisqu’il aura vocation à être renouvelé après les législatives.

Une chose qui m’a choquée c’est la nouvelle dénomination du ministère de la Défense. Il s’appelle maintenant le ministère des Armées. C’est un changement quelque peu belliciste. De plus, je crois que la nouvelle ministre a déclaré il y a quelque temps qu’elle ne se sentait pas vraiment Française. J’ai trouvé ça un petit peu fort. On est quand même l’héritage d’un certain passé. On a des parents, des grands-parents qui ont défendu un certain model social. On est un pays généreux. Mettre tout cela à la trappe pour une Union Européenne qui n’a absolument pas tenu ses promesses depuis des décennies, je trouve cela assez incroyable.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

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Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[WannaCry, un virus en dormance ?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28687 2017-05-22T15:44:03Z 2017-05-22T15:43:18Z Si vous êtes le moindrement branché, vous avez certainement entendu parlé du rançongiciel (ransomware) surnommé WannaCry qui s’est propagé mondialement dans la journée de vendredi le 12 mai. Ce virus bloque votre ordinateur, empêchant tout accès à vos données, et demande un montant pouvant monter jusqu’à 600 USD afin de vous rendre vos informations. Après une semaine, si aucun paiement n’est envoyé, le message stipule que les fichiers piratés seront effacés.

Le virus utilise une faille des systèmes d’exploitation Windows détecté par la NSA (National Security Agency, un organisme de sécurité gouvernemental étasunien). Cette faille fut rendue publique par la mise en ligne de dossiers de la NSA qui furent piratés par le groupe de hackers ShadowBrokers. Plus précisément, WannaCry s’attaque aux versions antérieures à Windows 10, qui ne bénéficient plus de mise à jour de sécurité quotidienne et se retrouvaient susceptibles d’être attaquées. Un patch de sécurité fut distribué, mais trop tard dans de nombreux cas. Les ordinateurs ayant le système d’exploitation Windows 10 ont été, pour leur part, fixé en mars — soit deux mois avant l’attaque. De nombreux experts dénoncent l’utilisation de ces systèmes d’exploitation périmés, qui ne peuvent se protéger adéquatement des attaques de virus, par les grandes compagnies.

En date de samedi soir 20 mai, le montant total payé au niveau mondial approche les 100 000 USD, assez peu considérant le nombre important d’ordinateurs infectés — plus de 200 000 à travers le monde, dont le service public de santé britannique (NHS), les entreprises FedEx et Renault. L’Université de Montréal a été victime de la cyberattaque, avec un total de 120 ordinateurs infectés sur 8 300 disponibles. Les autres universités montréalaises ne présenteraient pour l’instant pas de trace du virus.

L’expansion du virus s’est toutefois ralentie presque miraculeusement, grâce aux efforts du programmeur MalwareTech qui, pour quelques dollars, acheta le domaine dont se servait le rançongiciel. Pour simplifier, WannaCry, comme de nombreux virus, se connecte à un domaine (un domaine renvoie au nom utilisé comme adresse d’un ensemble de serveurs; il est plus simple à retenir qu’une adresse IP) lors de sa mise en marche pour s’assurer de ne pas se trouver dans un sandbox. Le sandbox est un espace contrôlé par des antivirus qui peut faire fonctionner des programmes en huis clos. En analysant leurs réactions, les antivirus peuvent détecter la présence de programmes malicieux. Si la connexion ne réussit pas, le virus s’active et commence l’encryptage. Toutefois, et comparativement à la plupart des virus informatiques, WannaCry se connectait à un domaine précis plutôt qu’aléatoire. Il a donc suffit à MalwareTech d’acheter le domaine pour que WannaCry cesse de se propager.

Voici l’état des choses en début de semaine passée. Qu’en est-il depuis?

De nombreux sites de nouvelles ont fait état d’un possible lien avec la Corée du Nord, lien par ailleurs démenti par l’ambassadeur nord-coréen Kim In Ryoung lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU à New York. Les experts en informatique suspectent un groupe de hackers de ce pays suite à la découverte d’une ligne de code singulière partagée par une version antérieure de WannaCry et par un autre programme associé au groupe connu sous le nom de Lazarus. Il semblerait opérer de la Corée du Nord.

Un groupe d’informaticiens français auraient aussi trouvé un moyen de débloquer les fichiers encryptés, dans une moindre mesure. Leurs efforts ont abouti à un outil de décryptage, nommé Wanakiwi, qui réussit effectivement à débloquer les fichiers sous des conditions bien précises. Ce processus n’est donc pas universel, car il implique de ne pas avoir redémarré votre ordinateur après l’attaque et d’appliquer la mise à jour de sécurité avant que les dossiers ne soient encryptés de manière permanente. Il s’agit donc d’une panacée aux pouvoirs limités.

Des hackers essaient de faire revivre le virus en s’attaquant au domaine acheté par MalwareTech, ayant arrêté WannaCry en premier lieu. Pour ce faire, les hackers utilisent des copies du virus Mirai, qui a fait son apparition en septembre dernier, pour congestionner le domaine jusqu’à ce que celui-ci crash. Mirai est un botnet, c’est-à-dire un virus capable de contrôler des machines quelconques (caméras et modems, notamment) et de leur faire envoyer des requêtes sur un domaine précis. Le but d’une telle opération: faire planter le domaine en le surchargeant de requêtes, causant la panne de celui-ci. Dans l’éventualité d’une telle situation, le virus pourrait reprendre du service et recommencer sa propagation. Pour l’instant, ces efforts n’ont pas porté fruit.

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