Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2017-05-24T19:22:05Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Christine Agathon-Burton, candidate aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28701 2017-05-24T19:22:05Z 2017-05-24T15:09:20Z Le Délit: Est-ce-que vous pouvez vous présenter rapidement?

Christine Agathon-Burton: Je suis née à Clichy en banlieue parisienne, je suis donc française d’origine mais je suis aussi américaine depuis 2003. Aujourd’hui j’habite à Washington, D.C. où je suis ingénieur dans le domaine aérospatiale. Cela fait plus de vingt ans que je suis en Amérique du nord. J’ai débuté en Californie chez un constructeur aéronautique et j’ai depuis déménagé sur la côte Est où j’ai rejoins une société aérospatiale.

J’ai fondé l’association de parents d’élèves du Lycée Rochambeau à Washington en 2009 lorsque l’école a imposé aux parents d’élèves une augmentation à deux chiffres des frais de scolarité. C’est à ce moment là que j’ai senti mon devoir de citoyenne m’appeler. À cette occasion, j’ai eu la possibilité d’être élue à la Fondation du Lycée Rochambeau qui est un organisme gestionnaire de droit privé américain. Par la même occasion, j’ai été administratrice de la FAPÉE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger) qui regroupe toutes les associations de parents d’élèves des lycées français dans le monde.

J’ai donc une connaissance assez approfondie du fonctionnement de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger, ndlr), et des soucis des parents d’élèves en général. L’éducation est vraiment une de mes priorités, et pas seulement au bénéfice des lycées Français à l’étranger.

 

LD: Quand est-ce-que vous avez adhéré à l’UPR ?

CAB: J’ai adhéré à l’UPR l’an dernier. C’était le moment où j’ai commencé à me renseigner sur l’élection présidentielle. Je n’avais pas alors l’idée de me présenter aux législatives.

Comme beaucoup des membres de l’UPR, j’ai découvert les conférences de François Asselineau sur internet. Elles permettent de comprendre beaucoup de choses par rapport aux événements récents, non seulement en France mais aussi dans le monde. Cet éclairage m’a interpelée. Pour la première fois, j’ai eu l’impression d’avoir en face de moi un politicien qui ne me prenait pas pour une imbécile et qui avait vraiment le soucis de l’intérêt général.

C’est ce qui m’a motivée pour joindre l’UPR alors que je n’aurais jamais eu l’idée d’adhérer à un parti politique avant.

 

LD: Pour vous, l’UPR ce n’est donc pas un parti comme les autres? Quelle est la différence?

CAB: Ce n’est pas du tout un parti comme les autres. J’ai par exemple fait la démarche d’aller [à la célébration des] dix ans [de l’UPR] le 25 mars dernier. J’y ai rencontré des gens de tous les milieux, de toutes les opinions politiques… ce sont des gens qui ont l’intérêt de la France à cœur.

Ils se rendent compte que nous sommes malheureusement soumis aux directives européennes. Ce sont des décisions qui sont prises par les personnes non-élues de la Commission de Bruxelles, et qui s’imposent à nous sans que l’on ait quoi que ce soit à dire. Il suffit de prendre comme exemple les Grandes Orientations de Politique Economique (GOPE, ndlr) pour se rendre compte du démantèlement de nos acquis sociaux et de notre modèle social français. C ‘est un grand pas en arrière. Je n’ai personnellement pas envie de laisser aux générations futures une France qui ne protège plus, une jungle livrée simplement au marché. Or c’est ce qu’imposent les traités européens.

 

LD: Quels sont les plus grand défis pour les expatriés?

CAB: Pour être plus locale, je pense que la fonction première d’un député des Français de l’étranger est d’être proche de ses concitoyens sur leur lieu de vie. Je pense que le député doit être beaucoup plus présent qu’il ne l’a été par le passé. À l’UPR, le travail en équipe est très bien fait et notre président s’adresse régulièrement aux membres et aux sympathisants en direct par internet. Il est à l’écoute. Cela permet de rendre compte du travail accompli. Je pense que le député aurait vocation à travailler avec les concitoyens pour améliorer la communication.

 

LD: Pour vous donc, les Français de l’étranger sont aliénés par rapport à la direction politique?

CAB: Oui, tout a fait.

Pour poursuivre sur votre question, un des défis des Français de l’étranger est l’accès à l’enseignement du français pour leurs enfants. Ici, les Lycées étant gérés par des Fondations, la France a une emprise limitée. Cependant, elle essaye de travailler avec les établissements pour maitriser les frais de scolarités ou développer les bourses. Toutefois, il faut mettre l’accent sur les structures alternatives. En la matière, il y a beaucoup à faire. On peut par exemple citer les programmes FLAM (Français LAngue Maternelle) ou les structures indépendantes qui mettent en place des programmes de qualité permettant de garder un lien avec la culture et la langue française.

Il y a également un partage des ressources à soutenir, non seulement en ce qui concerne les personnels enseignants mais aussi en matière d’infrastructures. En particulier, les locaux des lycées français pourraient être mis à disposition des écoles indépendantes moyennant compensation. La coopération avec les Alliances françaises est aussi à développer. Pour ce qui est des personnels enseignants, une aide doit être apportée pour le renouvellement de leur détachement. Enfin, des programmes de français doivent être implantés dans les écoles publiques locales pour répondre à la demande des familles francophones.

 

LD: Est-ce-que vous pouvez nous donner trois grands axes de votre programme ?

CAB: Il y a un soutient fort à apporter aux entrepreneurs, notamment dans les domaines de pointe qui se développent à toute allure ici. Il faut s’intéresser à la cyber sécurité. Il y a aussi les nanotechnologies en relation avec les sciences de la vie. Elon Musk [fondateur de SpaceX et Tesla, ndlr] nous parlait récemment d’interface homme-machine ce qui constitue non seulement des défis technologiques mais aussi de grandes questions éthiques. Nous, Français avons sur ces sujets largement notre mot à dire compte tenu de notre histoire et de nos compétences techniques.

Ensuite, il y a le développement durable. Quand on voit que l’Union européenne promeut la mondialisation et le commerce à tout va, on se demande où est la place des circuits courts dans cette politique. Avoir une vue un petit peu plus locale, plus humaine, et pas seulement orientée vers la maximisation du profit serait intéressant.

Enfin, j’aimerais développer un lien avec les Français sur place. Si j’étais élue, je ne serais pas en majorité du temps à l’Assemblée Nationale. Il y a des moments où il faut y être pour défendre des positions, notamment s’assurer de la constitutionnalité des projets du gouvernement, mais je pense qu’un député a un pouvoir et une position qui lui permettent de faire avancer les choses de manière concrète pour ses concitoyens sur place.

 

LD: Lors de sa candidature à la présidentielle, François Asselineau était connu pour ses prises de positions contre les États-Unis. Il présentait un monde où la France perdait son autonomie à la faveur des grandes puissances, notamment américaines. Est-ce-que vous n’avez pas l’impression d’être en territoire ennemi?

CAB: Non, pas vraiment. La vision que nous avons à l’UPR c’est de respecter tout le monde: c’est justement de ne pas promouvoir une puissance hégémonique qui dominerait. Chaque pays a sa place, chacun doit être respecté, et il est très important de respecter le droit international. Cela me tient à cœur: quand on ne respecte plus le droit, c’est le début de la barbarie.

Les États-Unis sont un grand pays dont je suis d’ailleurs citoyenne. Je pense qu’il faut que chacun ait sa place dans le monde. François Asselineau ne s’est jamais prononcé contre les États-Unis ou le peuple américain, il a simplement soutenu le fait que chacun doit être respecté. C’est valable pour la France, pour les États-Unis ou n’importe quel autre pays du monde.

 

LD: Vous prônez le «Frexit». Vous connaissez sûrement les critiques qui circulent: entre isolationnisme, recrudescence des tension sur le continent Européen, et explosion de la dette privée, comment faire pour que la sortie de l’UE ne soit pas un fiasco total ?

CAB: On prend un peu exemple sur nos voisins britanniques qui sont en train de négocier leur sortie. Ça n’a pas été le cataclysme qui avait été annoncé par toutes les instances, y compris le FMI. Ce dernier a d’ailleurs dû, en catimini, rehausser ses prévisions de croissance seulement pour le Royaume-Uni. Il faut aussi voir que le Brexit génère des investissements importants en ce moment. Il y a par exemple l’ouverture de lignes de production qui sont des investissements sur 25 ans, Google qui s’installe. Il y a quand même des éléments qui prônent pour une sortie de l’Union européenne.

Je vous donne un exemple intéressant. J’ai un collègue de travail britannique qui a de la famille au Royaume-Uni. Lui-même avait voté pour le Brexit alors que sa famille votait pour «remain» [rester dans l’UE, ndlr]. Je discutais avec lui récemment et il m’a confié que sa famille était maintenant bien contente que le Brexit ait eu lieu. Il y a eu récemment un sondage qui montrait le revirement de la position des britanniques sur le Brexit. Ils s’aperçoivent qu’il y a énormément d’avantages à ne pas être soumis à des normes ou à des restrictions de pêche dans leurs propres eaux territoriales, venant de la Commission européenne.

 

LD: Mais vous savez que l’intégration à l’Union Européenne de la Grande Bretagne était moins aboutie que celle de la France. Ils n’avaient notamment pas l’euro et n’avaient donc pas eu à changer de monnaie nationale. Que pensez-vous de cette problématique en particulier?

CAB: Il faut savoir que dans le droit international, il y a ce que l’on appelle la lex monetae qui prévoit que lors d’un changement de monnaie, la dette est libellée dans la nouvelle monnaie. Cela signifie que les 98% de la dette française [qui sont en droit français, ndlr] seront libellés en francs.

Du point de vue de la dette des français, il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

 

LD: Donc ceux qui parlent d’une explosion de la dette privée et d’un écroulement des marchés ont une mauvaise compréhension de la loi ?

CAB : Absolument.

 

LD: Asselineau était souvent identifié comme le candidat de la théorie du complot. Qu’est-ce que cette étiquette vous inspire?

CAB: Le système fait tout ce qu’il peut pour éviter que François Asselineau ne s’exprime sur des sujets importants. Le traiter de complotiste c’est la dernière ressource que les acteurs du système ont trouvée. Il faut passer là-dessus. Le complotisme c’est une manière d’essayer de le discréditer alors que lorsque l’on essaye de discuter avec lui, on s’aperçoit que personne ne réplique. C’est ce qui s’est produit lors du débat à onze par exemple.

 

LD: Dans votre programme, vous avez toute une partie sur réaffirmer les liens entre la France et les autres États francophones. Concrètement, qu’est-ce-que ça veut dire pour le Québec ?

CAB: Les liens sont déjà forts, mais il reste des choses à faire. D’un point de vue de la défense du français, les Québécois sont en première ligne.

D’un point de vue plus large, la francophonie c’est d’avoir une langue en commun. Quand on est à l’étranger et qu’on rencontre quelqu’un qui parle la même langue, cela créé des liens tout de suite. C’est quelque chose d’important, et c’est la manière dont la France doit rayonner. Cela doit être fait de manière pacifique: nous ne sommes plus au temps des colonies. Il y a une grande chance à saisir par l’intermédiaire de la francophonie pour établir des liens de coopération internationale. C’est valable pour les pays d’Afrique comme pour le Québec. C’est un lien à entretenir pour que chacun ait sa place, que la langue française comme la langue anglaise ait sa place. Je crois qu’un monde avec une seule langue et une seule façon de vivre serait effrayant.

 

LD: En regardant votre programme, on s’aperçoit qu’on a du mal à vous positionner sur un échiquier politique.

CAB: C’est bien! Si j’ai décidé de me présenter aux législatives, c’est surtout pour essayer d’apporter quelque chose. Je n’ai ni un positionnement de gauche, ni un positionnement de droite. Si l’on regarde le rôle du député selon notre Constitution, c’est d’être représentant du peuple. On défend notamment la Nation, valeur de gauche et la liberté qui est plutôt une valeur de droite. Il n’y a pas selon moi de positionnement à avoir.

 

LD: Cette idée d’être «ni de gauche, ni de droite» est présente ailleurs. Est-ce-que vous seriez prêt à travailler avec Emmanuel Macron si son mouvement faisait appel à l’UPR ?

CAB: Je ne crois pas que ce sera possible. Monsieur Macron s’est fait élire par une minorité des Français. Il est là grâce au rejet de la droite à cause des « affaires » et au rejet de M. Hollande à cause de son bilan catastrophique. On s’aperçoit qu’il a été «lancé» comme un produit par les médias avec un bourrage de crâne 24 heures sur 24 pendant plus d’un an.

De là à soutenir une Europe fédérale comme il le fait… ce n’est pas possible. En étant députés UPR à l’Assemblée Nationale, nous nous tiendrons à la charte de l’UPR qui est de défendre l’intérêt des Français, la souveraineté de la nation, et de s’assurer de la constitutionnalité des projets du gouvernement.

Je considère la Constitution de la Vème République comme le document majeur qui permet d’assurer la cohésion de la France. Elle a une valeur d’autant plus importante face aux traités européens qui sont en vérité inconstitutionnels comme l’avait relevé Philippe Seguin lors de son discours contre le traité de Maastricht demandant au Parlement français de le rejeter.

 

LD: Donc, pas de coalition avec En Marche, mais est-ce-que vous imaginez que, à l’occasion, vous pourriez être en faveur d’un texte issu du gouvernement ?

CAB: Écoutez, j’ai regardé le programme d’Emmanuel Macron. Il y a des choses très générales où tout le monde est d’accord mais dès que l’on rentre un petit peu dans le détail, on s’aperçoit que ce sont les propositions de la Commission européenne et c’est le démantèlement des services publics.

Je n’ai pas d’a priori négatif. Je pars toujours avec une vision positive des choses. Mais quand on regarde en détail, je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup d’accords possibles.

 

LD: Est-ce que l’on peut vous demander pour qui vous avez voté au second tour ?

CAB: Je n’ai pas voté. Je ne pouvais pas choisir entre la peste et le choléra.

 

LD: Connaissez-vous bien Montréal ?

CAB: J’y suis passée il y a très longtemps, je connais plus les grands espaces que Montréal.

 

LD: Que pensez vous du gouvernement qu’Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe ont annoncé?

CAB : C’est un jeune gouvernement qui va durer un mois puisqu’il aura vocation à être renouvelé après les législatives.

Une chose qui m’a choquée c’est la nouvelle dénomination du ministère de la Défense. Il s’appelle maintenant le ministère des Armées. C’est un changement quelque peu belliciste. De plus, je crois que la nouvelle ministre a déclaré il y a quelque temps qu’elle ne se sentait pas vraiment Française. J’ai trouvé ça un petit peu fort. On est quand même l’héritage d’un certain passé. On a des parents, des grands-parents qui ont défendu un certain model social. On est un pays généreux. Mettre tout cela à la trappe pour une Union Européenne qui n’a absolument pas tenu ses promesses depuis des décennies, je trouve cela assez incroyable.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

]]>
Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[WannaCry, un virus en dormance ?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28687 2017-05-22T15:44:03Z 2017-05-22T15:43:18Z Si vous êtes le moindrement branché, vous avez certainement entendu parlé du rançongiciel (ransomware) surnommé WannaCry qui s’est propagé mondialement dans la journée de vendredi le 12 mai. Ce virus bloque votre ordinateur, empêchant tout accès à vos données, et demande un montant pouvant monter jusqu’à 600 USD afin de vous rendre vos informations. Après une semaine, si aucun paiement n’est envoyé, le message stipule que les fichiers piratés seront effacés.

Le virus utilise une faille des systèmes d’exploitation Windows détecté par la NSA (National Security Agency, un organisme de sécurité gouvernemental étasunien). Cette faille fut rendue publique par la mise en ligne de dossiers de la NSA qui furent piratés par le groupe de hackers ShadowBrokers. Plus précisément, WannaCry s’attaque aux versions antérieures à Windows 10, qui ne bénéficient plus de mise à jour de sécurité quotidienne et se retrouvaient susceptibles d’être attaquées. Un patch de sécurité fut distribué, mais trop tard dans de nombreux cas. Les ordinateurs ayant le système d’exploitation Windows 10 ont été, pour leur part, fixé en mars — soit deux mois avant l’attaque. De nombreux experts dénoncent l’utilisation de ces systèmes d’exploitation périmés, qui ne peuvent se protéger adéquatement des attaques de virus, par les grandes compagnies.

En date de samedi soir 20 mai, le montant total payé au niveau mondial approche les 100 000 USD, assez peu considérant le nombre important d’ordinateurs infectés — plus de 200 000 à travers le monde, dont le service public de santé britannique (NHS), les entreprises FedEx et Renault. L’Université de Montréal a été victime de la cyberattaque, avec un total de 120 ordinateurs infectés sur 8 300 disponibles. Les autres universités montréalaises ne présenteraient pour l’instant pas de trace du virus.

L’expansion du virus s’est toutefois ralentie presque miraculeusement, grâce aux efforts du programmeur MalwareTech qui, pour quelques dollars, acheta le domaine dont se servait le rançongiciel. Pour simplifier, WannaCry, comme de nombreux virus, se connecte à un domaine (un domaine renvoie au nom utilisé comme adresse d’un ensemble de serveurs; il est plus simple à retenir qu’une adresse IP) lors de sa mise en marche pour s’assurer de ne pas se trouver dans un sandbox. Le sandbox est un espace contrôlé par des antivirus qui peut faire fonctionner des programmes en huis clos. En analysant leurs réactions, les antivirus peuvent détecter la présence de programmes malicieux. Si la connexion ne réussit pas, le virus s’active et commence l’encryptage. Toutefois, et comparativement à la plupart des virus informatiques, WannaCry se connectait à un domaine précis plutôt qu’aléatoire. Il a donc suffit à MalwareTech d’acheter le domaine pour que WannaCry cesse de se propager.

Voici l’état des choses en début de semaine passée. Qu’en est-il depuis?

De nombreux sites de nouvelles ont fait état d’un possible lien avec la Corée du Nord, lien par ailleurs démenti par l’ambassadeur nord-coréen Kim In Ryoung lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU à New York. Les experts en informatique suspectent un groupe de hackers de ce pays suite à la découverte d’une ligne de code singulière partagée par une version antérieure de WannaCry et par un autre programme associé au groupe connu sous le nom de Lazarus. Il semblerait opérer de la Corée du Nord.

Un groupe d’informaticiens français auraient aussi trouvé un moyen de débloquer les fichiers encryptés, dans une moindre mesure. Leurs efforts ont abouti à un outil de décryptage, nommé Wanakiwi, qui réussit effectivement à débloquer les fichiers sous des conditions bien précises. Ce processus n’est donc pas universel, car il implique de ne pas avoir redémarré votre ordinateur après l’attaque et d’appliquer la mise à jour de sécurité avant que les dossiers ne soient encryptés de manière permanente. Il s’agit donc d’une panacée aux pouvoirs limités.

Des hackers essaient de faire revivre le virus en s’attaquant au domaine acheté par MalwareTech, ayant arrêté WannaCry en premier lieu. Pour ce faire, les hackers utilisent des copies du virus Mirai, qui a fait son apparition en septembre dernier, pour congestionner le domaine jusqu’à ce que celui-ci crash. Mirai est un botnet, c’est-à-dire un virus capable de contrôler des machines quelconques (caméras et modems, notamment) et de leur faire envoyer des requêtes sur un domaine précis. Le but d’une telle opération: faire planter le domaine en le surchargeant de requêtes, causant la panne de celui-ci. Dans l’éventualité d’une telle situation, le virus pourrait reprendre du service et recommencer sa propagation. Pour l’instant, ces efforts n’ont pas porté fruit.

]]>
Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Singulariser le théâtre]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28670 2017-05-19T20:44:03Z 2017-05-19T20:42:08Z Une femme étendue au sol, que l’on finira par connaître sous le nom d’Anne, se lève, puis dépose une serviette de plage au sol. Quelque chose cloche. Simultanément, un flash lumineux et un bruit de bobine qu’on rembobine. La même scène, sauf que cette fois une femme avec une chaise longue entre en scène et demande à Anne ce qu’elle pense du temps. Toujours pas satisfaisant. On recommence, ajoute, reforme. Les premières minutes de La singularité est proche, la plus récente pièce de théâtre de Jean-Philippe Baril Guérard présentée à l’Espace libre jusqu’au 20 mai, ne sont pas sans rappeler Groundhog Day, auquel on aurait injecté une poignante sensation d’étrangeté. Se basant sur l’essai du même nom de Ray Kurzweil, la pièce explore un futur dans lequel l’homme et la technologie ont fusionné jusqu’à devenir interdépendants. Plus précisément, elle met en scène le passage de la conscience d’Anne de son corps synthétique vers un autre aux suites de sa mort.

Nous apprenons assez tôt dans la représentation que l’entièreté de la pièce se déroule dans la tête et les souvenirs de la protagoniste, plus particulièrement pendant un voyage à la plage d’Anne, sa sœur, le copain de sa sœur et un ami. Les dialogues, qui se construisent notamment sur une répétition des mêmes lignes avec des modulations, s’approfondissent régulièrement et réfléchissent autour du processus de transfert de conscience vers un nouveau corps, tandis que les lumières passent de chaud à froid – des LED projetant alors des courbes qui renvoient aux replis du cerveau. L’effet est efficace et permet de créer deux trames narratives distinctes, mais complémentaires: des échanges supposément liés aux souvenirs et un métadiscours dans lequel Anne peut «caviarder» les moments qu’elle ne veut pas transférer dans son nouveau corps. Ce métadiscours, quoique impératif pour la compréhension de la pièce, dérangent parfois en expliquant trop littéralement la situation, ce qui ne laisse pas au spectateur le plaisir de faire des liens et de fabuler sur diverses théories – pourtant l’un des plus grands plaisir de la science-fiction.

Au travers ces discussions se met en place une réflexion transhumaniste – selon laquelle les progrès de la science et de la technologie permettront d’améliorer les capacités de l’être humain – qui consolide la fibre science-fiction de l’œuvre et en pose les bases philosophiques. Comment pouvons-nous vivre lorsque nous contrôlons totalement notre mémoire? Comment craindre la mort quand celle-ci ne se pose plus comme finalité? Comment vivre en sachant que nous avons l’éternité devant nous? Autant de questions qui obsèdent Anne et que Jean-Philippe Baril Guérard réussit à aborder dans une variété impressionnante de tons. L’ambiance oscille toujours entre le dramatique et le comique, le personnage de Bruno – qui se qualifie lui-même de glitch, car présent dans un souvenir où il n’y était pas en premier lieu – faisant office de soulagement comique, alors que les acteurs passent aisément d’une émotion à l’autre aux pulsations des flash lumineux et effets sonores. Ces transitions constantes amplifient le caractère tragique de La singularité est proche auprès du spectateur, qui comprend de plus en plus que la beauté des souvenirs n’est au final qu’une construction éphémère de la protagoniste cherchant à supprimer toute négativité de sa mémoire, pouvant passer de simple modification d’une ligne à la suppression complète d’un souvenir.

Cet intéressant mélange entre le théâtre et la science-fiction surprend et parvient à créer un tout plaisant. De multiples émotions attendent les spectateurs, qui réfléchiront certainement après coup aux questionnements qui traversent les personnages de La singularité est proche. Jean-Philippe Baril Guérard réussit à rendre cohérent et identifiable un univers qui se veut pourtant autre, marquant son talent pour l’écriture et les dialogues. Une pièce à voir, et revoir, et revoir, et revoir…

 

La singularité est proche de Jean-Philippe Baril Guérard est présentée jusqu’au 20 mai à l’Espace libre.

]]>
Charles Gauthier-Ouellette <![CDATA[Comme un pétard mouillé]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28663 2017-05-18T23:12:38Z 2017-05-18T23:12:38Z Des banderoles affichant les couleurs de la ville volent au-dessus des cônes orange des travaux qui auraient évidemment dû être terminés plus tôt. Des festivités du 375e anniversaire de Montréal se déploieront toute l’année sous diverses formes, dont le spectacle sur le politicien Camillien Houde, la Symphonie montréalaise avec Kent Nagano et la Scène contemporaine autochtone (qui regroupe des performances artistiques de tous genres). Parmi tous ces événements, celui annoncé avec le plus de candeur reste la fête de la fondation officielle de la métropole, qui eut lieu le mercredi 17 mai.

C’est sous les sons des cloches de toutes les églises de Montréal qu’ont débuté les réjouissances, suivi d’une messe commémorative à la Basilique Notre-Dame.

De nombreuses figures politiques, dont le premier ministre du Canada Justin Trudeau, le premier ministre du Québec Philippe Couillard et le maire de Montréal Denis Coderre, ont plus tard assisté à un dîner honorifique en hommage à la Grande Paix de Montréal (1701) – année de signature d’un traité de paix entre la colonie française et trente-neuf nations amérindiennes –, dîner gastronomique typiquement autochtone concocté par la cheffe Nhaka Bertrand.

Ce fut aussi l’occasion pour un discours par le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qui salua « les fondateurs non officiels qu’on n’a pas oubliés au fil des ans, ces Premières Nations, nos frères et sœurs mohawks » et rappela que « Tiohtià:ke, [nom mohawk de Montréal], était déjà une métropole, une métropole des Premières Nations. Et cette présence est déjà millénaire ». Denis Coderre a d’ailleurs renouvelé le projet d’intégrer un symbole afin de reconnaître les Premières Nations sur le drapeau de la ville.

L’inauguration du Fort de Ville-Marie, le septième pavillon du musée Pointe-à-Callière, la soirée culturelle Bonne fête Montréal! – où se sont notamment côtoyés Louis-José Houde, Ariane Moffatt et Dead Obies – et la première de Montréal Avudo, spectacle multimédia présenté au quai King-Edward, ont aussi marqué la journée de mercredi.

De ces nombreuses festivités, très peu s’adressaient au grand public, que ce soit pour des divergences de religion, des places disponibles en quantité limitée ou tout simplement parce que les installations n’étaient pas accessibles à tous. La population attendait donc avec impatience le climax de la journée : l’illumination du pont Jacques-Cartier. Force est de constater que le résultat de ce moment fut, somme toute, fort décevant. Des milliers de Montréalais réunis au pied du pont assistèrent à un jeu de lumières peu impressionnant accompagné de quelques feux d’artifice épars. À croire qu’ils ont sorti les fusées restantes de l’International des Feux Loto-Québec de l’an dernier. Faut-il rappeler que cette extravagance, qui illuminera le fleuve pendant 10 ans, coûte 40 millions ? Comme si cela n’était pas suffisant, le maire songe à reprendre le spectacle pour s’excuser des contestations policières qui ont marqué la soirée. Arborant brassards rouges et casquettes, les manifestants dénonçaient l’absence de contrat de travail depuis trois ans et les mesures empêchant une négociation équitable. « Le pont Jacques-Cartier, ça va être notre tour Eiffel, dit le maire de Montréal Denis Coderre, ça va être notre signature qui va avoir un impact extraordinaire partout dans le monde ! »

Désolé de vous annoncer qu’il s’agit d’un pétard mouillé.

]]>
Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Yan Chantrel, candidat aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28658 2017-05-21T15:53:08Z 2017-05-18T20:33:15Z Le Délit : Est-ce-que vous pouvez vous présenter rapidement ?

Yan Chantrel : J’ai 38 ans, je suis à Montréal depuis plus de 6 ans. Je suis élu consulaire auprès du Consulat de France à Montréal, qui regroupe les Français de Montréal, Moncton et Halifax. Depuis trois ans, je suis aussi élu à l’assemblée des Français de l’étranger pour représenter tous les Français du Canada. C’est une instance qui se réunit deux fois par ans et qui fait des propositions au gouvernement sur des problématiques spécifiques concernant les Français établis hors de France. Ce sont des mandats bénévoles, qui me permettent d’avoir une connaissance assez fine des Français qui sont établis en Amérique du Nord, puisque j’y réponds quasi-quotidiennement.

En plus de ça, bien sûr, j’ai un emploi. Je vis à Montréal, je travaille ici aussi. Je travaille pour un comité consultatif auprès de la CPMT [Commission des partenaires du marché du travail, ndlr]. C’est une institution attachée au ministère de l’emploi québécois. J’y fais des avis et des recommandations pour permettre la réinsertion sur le marché du travail des personnes judiciarisées.

Ça fait un an que je fais campagne, puisque j’ai été investi par les militants socialistes en Amérique du Nord lors d’une primaire en juin 2016. Je crois beaucoup en la démocratie participative, donc j’ai voulu faire un projet participatif. Je me suis dit que je voulais m’ouvrir, et ne pas rester enfermé dans une étiquette politique. L’intérêt d’avoir des députés des Français de l’étranger, pour moi, c’est qu’ils puissent apporter quelque chose de rafraîchissant, de différent. Je ne peux pas être la même personne qu’un socialiste en France, j’ai des différences, des spécificités et j’ai envie de les défendre à l’assemblée. Si c’est pour avoir un député qui se comporte et qui soit exactement comme les autres, je n’en vois pas beaucoup l’intérêt. Le fait que je vive ici, que j’ai une autre réalité, une autre culture, je pense que ça peut enrichir la France d’apporter ça.

 

LD : Est-ce-que vous pouvez nous donner trois grands axes de votre programme ?

YC : Il y a beaucoup de propositions dans mon projet, mais il y a trois axes principaux. Le premier c’est les propositions pour les Français établis en Amérique du Nord. Dans ces propositions là il y a un volet très important qui est l’éducation pour les Français. Je veux mettre en place un plan d’éducation pour tous. Je veux par exemple que les familles de classe moyenne aient accès aux bourses, et aider au développement des offres alternatives d’éducation en français.

Ensuite, il y a les projets pour la France. Dans ce volet, j’ai notamment des propositions sur l’écologie —je suis quelqu’un de très écolo. J’ai par exemple comme objectif de se fixer à l’horizon 2050, 100% d’énergies renouvelables, zéro pesticides, interdire les perturbateurs endocriniens, favoriser les circuits courts…

J’ai aussi des propositions sur les libertés individuelles, auxquelles je suis très attaché. Par exemple, je suis pour la PMA [procréation médicale assistée, ndlr] pour les couples homosexuels et pour les femmes seules. Je suis aussi pour la GPA [gestation pour autrui, ndlr], pour qu’elle soit reconnue pour les Français qui naissent à l’étranger [via cette pratique], mais aussi pour en France mais ne l’encadrant de manière très stricte —comme c’est fait au Royaume-Uni. Il y a aussi le droit à mourir dans la dignité, qui est un sujet important. Ils sont plus avancés ici au Québec sur tous ces sujets.

Et il y a un dernier volet, qui est peut-être ma signature à moi: c’est la démocratie participative. Ce n’est pas juste pendant la campagne. J’y crois profondément. Je veux donc qu’elle soit institutionnalisée. Par exemple, je suis pour la création d’une chambre citoyenne qui serait tirée au sort. Tout ce qui émanerait de cette chambre serait mis à l’ordre du jour du parlement. Les parlementaires seraient obligés de se positionner, sans devoir de les adopter. Ça permet d’avoir une relation constante entre les citoyens et leurs représentants.

 

LD : Au sujet de la démocratie participative, en regardant votre programme, on aperçoit une ressemblance frappante avec le mode de fonctionnement qu’avait la campagne présidentielle des Insoumis [nom donné aux militants du mouvement mené par Jean-Luc Mélenchon, ndlr]. Est-ce-que vous vous êtes inspirés du style de campagne de Jean-Luc Mélenchon ?

YC : Non, ce n’est pas qu’il y a une inspiration. Il faut voir que des gens qui sont insoumis ont participé à mon projet. Et puis, quand je me suis lancé en campagne, il n’y avait pas encore les présidentielles. On ne connaissait pas encore les candidats la plupart du temps. Il y a des qui gens qui soutenaient Emmanuel Macron qui ont participé à mon projet aussi. Ça veut peut-être juste dire que j’ai une base programmatique qui rassemble réellement les gens de gauche et progressistes.

 

LD : Que pensez vous de la décision du gouvernement qui renonce au vote électronique pour les Français établis à l’étranger?

YC : J’étais à l’assemblée des français de l’étranger au moment de l’annonce. J’ai vu que concrètement, il y avait un rapport de l’INSEE, une autorité indépendante et reconnue pour la qualité de ses travaux, qui montrait des risques. Qui plus est, on l’a vu avec Emmanuel Macron: pendant les présidentielles, il s’est fait hacké! La menace est plus que crédible puisqu’on a des faits qui peuvent l’établir. De tous les experts, il y en a pas un seul qui peut garantir une fiabilité à 100%. Pas un seul!

 

LD : Donc, le fait que ça ait été annulé pour cette fois, vous êtes pour. Mais philosophiquement, vous être favorable au vote électronique ?

YC : Philosophiquement, j’y suis favorable. Tout ce qui peut contribuer à aider les Français qui sont éloignés —et surtout les Français de l’étranger —des bureaux de votes, il faut les aider. Par contre, après, il faut des réélections démocratiques. Est-ce que, quand on organise un scrutin, on considère que même s’il n’y a qu’un pourcent de doute, c’est démocratiquement acceptable? Est-ce qu’on considère que le doute est permis ?

 

LD : Le parti socialiste n’a pas fait un bon score aux présidentielles. À quoi attribuez-vous cela?

YC : Pour plein de raisons. Premièrement, beaucoup de personnes ont voté pour Emmanuel Macron pour bloquer la route à Fillion.

 

LD : Donc, la faute au vote stratégique ?

YC : La faute au vote très stratégique. Ce n’était pas forcément pour bloquer l’extrême droite. C’était pour que ce ne soit pas l’extrême droite face à Fillion.

L’autre versant, c’est Mélenchon qui a bénéficié d’une dynamique importante. Si on voulait un candidat de gauche, certains pensaient qu’il fallait se rabattre sur lui. Dans la dernière ligne droite, ça a siphonné le vote Hamon. Ç’aurait été l’inverse si Hamon avait été à 17% à une semaine du premier tour.

Il y a eu une dynamique énorme à ce niveau-là. C’est pour ça que je suis un peu en dehors de ça: je fais campagne depuis longtemps, les gens font la part des choses. Ils savent que s’ils veulent peser à l’Assemblée nationale, si possible, ce serait de peser par rapport à des choses dont ils sont proches. Ils pourront se dire «Au moins, lui, il va bien nous représenter. On va être fière de voir qu’il me représente vraiment ».

 

LD : Donc vous vous faites pas trop de soucis par rapport à ça?

YC : Non je ne me fais pas de soucis. Là, je pense que l’on va avoir à faire à des candidats «étiquette». Ils se présentent trois semaines avant le vote avec une étiquette «élisez-moi». Vu la taille du territoire, pour moi, c’est presque une insulte aux électeurs. C’est leur manquer de respect.

 

LD : Le PS dans sa forme historique semble aujourd’hui menacé, contraint d’évoluer ou de s’écrouler. Que prévoyez-vous? Une disparition du parti ? Une «gauchisation»? Une «droitisation» ?

YC : Moi, je n’ai pas de spéculation pour être tout à fait honnête. Par contre, je vais participer à sa rénovation. Le projet que je porte, c’est un projet de rénovation. Peu importe le parti où je serai!

J’ai une base programmatique de rénovation qui s’est faite à partir du terrain. Ce n’est pas comme si l’on m’avait fait un programme, comme pour tous les autres candidats. Ce n’est pas un truc décidé à Paris, et qu’on leur a dit «tiens, maintenant tu vas aller porter cette parole». Quelle est la valeur ajoutée? Zéro! Moi, je fais un travail de terrain, je suis cohérent dans la démarche. Quand je serai en France, je vais défendre ça.

 

LD : Quels projets souhaitez vous voir apparaître pour pousser plus loin l’amitié franco-québécoise ?

YC : Le lien est déjà fort. Dans certaines provinces, ils aimeraient avoir une relation équivalente. Mais il faut le renforcer quand même, sur la reconnaissance des diplômes, par exemple.

Moi, en tant que parlementaire, je serai l’artisan, le représentant, de cette alliance entre le Québec et la France. Je participerai à le renforcer d’autant plus que je vis ici, je suis un acteur des deux côtés de l’Atlantique. Participer à la relation entre le Québec et la France, c’est aussi y vivre au quotidien.

Mais il faut aussi voir les choses dans l’autre sens. Il faut aussi faire en sorte que des Québécois viennent en France. Le Québec vend très bien auprès de la France, mais que la France se vende un peu mieux auprès des autres !

 

LD : Ça fait six ans que vous vivez ici à Montréal. Quel est votre lieu culturel préféré ?

YC : Le Musée des beaux-arts. Il n’est pas très loin de McGill d’ailleurs!

 

LD : Est-ce-que vous seriez prêt à travailler avec Emmanuel Macron si son mouvement faisait appel à la gauche de l’assemblée?

YC : Je resterai cohérent dans ma démarche de député. Je défendrai mon projet. Après, s’il y a des propositions qui sont faites par Macron qui me semblent intéressantes, je voterai pour. J’appuierai le gouvernement sur une base programmatique, je ne m’accorderai pas simplement pour accorder.

Je me donne une certaine liberté vis-à-vis de mon parti.

Mon programme a été construit sur le terrain, et c’est celui que je défendrai. Mais je ne suis pas dans l’obstruction systématique—comme Jean-Luc Mélenchon par exemple. Mon but c’est que la France avance et que l’extrême droite recule.

 

LD : Donc pas de coalition sur papier mais il peut y avoir des accords de circonstance. La logique est la même pour les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon ?

YC : Bien sûr.

 

LD : Benoît Hamon a annoncé la création d’un mouvement «transpartisan» le 1er juillet 2017. Savez-vous de quoi il s’agit?

YC : Pour être honnête, non (rires). Mais ce n’est pas le seul mouvement. Il y a aussi une formation qui s’appelle «Demain» avec Martine Aubry et Christiane Taubira. Cette dernière fait d’ailleurs officiellement partie de mon comité de soutien.

 

LD : Est-ce-que vous acceptez l’étiquette de «frondeur»?

YC : Non, je n’ai jamais accepté cette étiquette-là. Mon but c’est d’avancer. Par contre, manifester ses désaccords, je le ferai—et je l’aurai fait lors de la précédente majorité, sur la déchéance de nationalité par exemple.

 

LD : Si vous voulez une certaine liberté d’action, quel intérêt de se présenter en tant que candidat du PS? Pour pas Divers Gauche ou sans étiquette ?

YC : Moi, je crois fondamentalement au rôle des partis politiques. Je pense que le Parti socialiste est, à la base, un parti de gauche réformiste. Je crois, contrairement à d’autres, au fait de participer à la décision publique. Je veux impacter la vie des gens.

Pour moi, c’est important d’avoir un parti qui permet d’accéder aux responsabilités. Les endroits où il n’y a pas de parti, c’est des dictatures. Je pense que les partis politiques sont des systèmes à eux seuls, et il en faut. Par contre, il faut les réformer.

 

LD : Si vous aviez un reproche à faire à Frédéric Lefebvre ?

YC : Mon gros problème, c’est son absence. Pour moi, c’était un député absent. Il connaissait mal la circonscription puisqu’il n’y avait jamais vécu et, malheureusement, ça ne s’est pas beaucoup amélioré. Il n’a pas prouvé vis-à-vis des Français ce que ça apportait en plus d’avoir un député des Français de l’étranger.

 

LD : Dernière question, est-ce-que vous avez un compte de campagne au Canada ?

YC : (rires) Non, j’ai une association de financement qui a été faite dans les règles. J’ai fait un crédit personnel, je n’ai pas eu un seul centime d’un parti. Ça fait aussi partie de la liberté que je me donne. Je n’ai absolument aucune aide: tout vient de crédits personnels et de dons des citoyens.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

]]>
Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Damien Regnard, candidat aux législatives françaises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28649 2017-05-21T16:27:34Z 2017-05-16T19:28:07Z Le Délit: Est-ce-que vous pouvez vous présenter rapidement?

Damien Regnard: Je suis Damien Regnard, j’ai 51 ans, j’ai trois enfants de 19 à 24 ans, je suis marié. Je vis depuis un peu plus de vingt ans à la Nouvelle-Orléans en Louisiane, terre française et proche de nos amis québécois. Je suis venu ici pour ouvrir la filiale d’un groupe français. Quand ils m’ont demandé au début des années 2000 de rentrer, j’ai décidé de rester et je me suis lancé dans l’entreprise. J’ai créé une société dans le service au commerce international. Depuis mon arrivé, j’ai été très vite engagé dans le domaine associatif: j’étais président de la Chambre de Commerce Franco-Américaine, j’ai été conseiller du commerce extérieur de la France, président de l’Union des français de l’étranger, membre du conseil d’administration de l’Alliance Française, et impliqué également dans l’ouverture de nombreux établissements scolaires publics et privés.

 

LD: Quel est le plus grand défi pour les expatriés?

DR: C’est une bonne question. Les défis d’une expatriation sont d’ordre personnel et familial avant tout. Que l’on soit jeune étudiant ou qu’on soit en préretraité —et tout ce qui vient au milieu —je pense qu’il faut une bonne préparation, une bonne connaissance, et un environnement favorable. On ne part pas s’expatrier pour fuir quelque chose sinon c’est souvent un échec. On ne part pas à l’aventure. L’aventure n’est pas autorisée, je crois, si on veut être sérieux dans son expatriation. Il faut la préparer. J’ai dû, souvent, intervenir pour repêcher des situations catastrophiques —au niveau des visas par exemple. On ne part pas en se disant «c’est la même chose de l’autre côté de l’Atlantique». Que ce soit au Canada ou aux Etats-Unis, il y a un océan entre les deux, il y a une culture différente, il y a un mode de fonctionnement différent, un comportement différent.

Pour vos lecteurs spécifiques au Québec, l’erreur pour de très nombreux français c’est de penser que, parce qu’on y parle le français, c’est la même chose. Les Québécois sont nos cousins, mais ils sont nos cousins d’Amérique du Nord. Il y a une véritable différence de culture qui me semble importante à appréhender avant de partir si on ne veut pas subir un échec et rentrer en France avec une certaine amertume. Donc, je crois que le principal défi c’est une bonne préparation et une bonne appréhension de ce qu’on va faire.

Mettez vos idées et vos papiers en ordre, et ayez un projet! Tout est possible après. Si on arrive en se disant «nous les Français on est attendus aux États-Unis, on est attendus là parce que nous sommes les meilleurs», en général on fait face à des échecs flagrants.

 

LD: Est-ce-que vous pouvez nous donner trois grands axes de votre programme? En quoi est-ce qu’il aiderait à créer ce projet dont vous parlez?

DR: Il y a plusieurs aspects. En créant les onze députés des français à l’étranger, en supplément des douze sénateurs, je crois qu’il y a vraiment un besoin de travailler ensemble. C’est pour ça que je souhaiterais mettre en place un «groupe interparlementaire des élus des Français de l’étranger» en dehors de toute considérations politiciennes. Cette organisation permettrait de peser. Aujourd’hui, nous sommes une minorité, nous les élus des Français à l’étranger. C’est très difficile d’être entendus et on est souvent mis de côté. La première chose c’est donc d’essayer de créer un poids politique à notre action.

Ensuite, je permets d’avoir un député qui connaisse à la fois la langue anglaise et la politique locale. C’est ce que j’appelle le bilatéralisme. Mon engagement, c’est de travailler avec les dix provinces et les cinquante États. Pourquoi? Parce que quand vous travaillez et que vous rencontrez le gouverneur d’un État et que vous lui dites : «Voilà, chez vous, un de vos plus grands employeurs est une société française, et elle a des besoins. Est-ce-que nous pouvons travailler ensemble pour mettre en place des introductions, des relations et des appuis politiques?». Même un grand groupe en a besoin pour pouvoir s’exprimer et faire passer des messages. Moi, je voudrais être ce lien entre la communauté des Français de l’étranger qui vivent en Amérique du nord et nos élus ici. Je veux être un député des Français à l’étranger, et non pas un député à Paris qui passe son temps à aller s’occuper de préoccupations qui n’ont rien à voir avec celles de nos ressortissants ici.

 

LD: Vous aviez présenté votre candidature en 2013, où vous aviez reçu 12,67% des scrutins. En quoi est-ce que votre programme a changé depuis?

DR: Les bases sont restées les mêmes, c’est-à-dire que c’est un engagement au service des Français. Je me suis toujours positionné là-dessus. Ce volet là n’a pas changé.

Ce qui a changé, c’est l’engagement un peu plus politique. Je suis plutôt un candidat qui souhaite incarner une alternative de droite. Je crois que l’on a besoin de se mobiliser et de redonner une certaine confiance dans notre pays, redonner une certaine liberté au niveau de l’entreprise, redonner une certaine image de notre pays qui a, à mon avis, été assez détériorée ces cinq dernières années. C’est un engagement aussi par rapport à ce que je considère être un échec au niveau des droits des Français à l’étranger en quatre ans. Que ce soit dans le domaine des bourses, du budget de l’action extérieur de l’État, du budget sur les consulats, le budget de l’action culturel, la suppression de vote internet, il y a eu peu ou pas de progrès. Là, il y a une grosse différence par rapport à mon engagement parce qu’en 2013, on n’avait pas ce bilan.

Dernier point: ça fait un peu plus d’un an que je réfléchis à cette élection législative, que je m’y prépare, sans savoir si j’allais y aller ou pas, parce que c’est un travail énorme et un engagement personnel, financier, familial, important. C’est un gros sacrifice. À ce titre j’aimerais saluer tous les candidats qui le font, quelque que soit leur tendance.

 

LD: Que pensez-vous de la décision du gouvernement qui renonce au vote électronique pour les français établis à l’étranger?

DR: C’est une vaste fumisterie cette affaire. Nous avons été informés lors de l’assemblée des Français à l’étranger en session plénière au mois de mars par une ribambelle de hauts fonctionnaires, à la tête de laquelle se trouvait notre secrétaire d’État aux Français de l’étranger de l’époque Matthias Fekl, aujourd’hui [ex] ministre de l’intérieur. Il est venu nous informer gentiment alors qu’il n’y avait plus de session parlementaire — donc pas d’Assemblée nationale ni de Sénat — et qu’ils allaient supprimer le vote Internet.

Je me suis un peu révolté de cette situation. Le fait de lancer une pétition ne sert strictement à rien: vous pouvez faire autant de signatures que vous voulez, ce n’est pas ça qui va changer quoi que ce soit. Je regrette que notre député en place n’ait pensé qu’à cette solution.

Personnellement, je vois plusieurs aspects. Première chose: on n’annule pas un vote comme ça, hors session, sans permettre au Parlement de chercher des solutions. Donc déjà, sur le calendrier, j’étais particulièrement choqué.

Deuxièmement, les raisons qui nous ont été présentées. C’est lamentable d’oser nous expliquer que les Russes vont attaquer onze députés des Français de l’étranger. On est 577 députés, en quoi pourrait-on me dire que les Russes s’y intéressent? Et pourquoi les Russes, pourquoi pas aussi la Corée du Nord? On ne sait pas. On est dans la désinformation.

Troisièmement point. On nous a dit: «Rappelez-vous, quand TV5 Monde a été attaqué, rappelez-vous, ils ont perturbé les élections aux États-Unis». Alors là, on a dit: «Premièrement, sur TV5, c’est des failles de sécurité flagrantes, que la chaîne a admise, qui ont permis de faire ce hacking»; ensuite, j’ai dit: «Pouvez-vous me prouver qu’un seul bulletin, un seul bureau de vote a été hacké aux États-Unis au mois de novembre ? ». Ils ont bien dû avouer que non, effectivement, ça n’était pas l’élection qui avait été piratée, mais il y avait eu des tentatives de pénétration du parti Démocrate ». Donc déjà, nous sommes partis sur deux mauvais exemples.

La France souffre aujourd’hui d’un mal qui risque de ne pas s’arranger, qui nous ronge depuis des années: c’est une grosse administration, une machine à mammouth de l’administration, qui la gouverne. Ce ne sont plus les politiques qui, aujourd’hui, ont le pouvoir de définir une ligne, une stratégie, un projet. Ce sont des administrations qui bloquent. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis, quand il y a une nouvelle administration qui arrive, vous avez 6 000-7 000 têtes d’administration qui changent, pour travailler en collaboration. Ce n’est pas du nettoyage, c’est juste d’avoir une certaine logique. Vous avez besoin d’avoir une administration qui est en accord avec les politiques que vous voulez mener. La commission qui a bloqué le vote électronique a, pour moi, outrepassé ses fonctions.

 

LD: Vous avez soutenu François Fillion lors des élections présidentielles, or Les Républicains ont déjà un candidat pour cette circonscription. Pourquoi vous présenter contre lui?

DR: La règle qui tue tous nos partis, elle n’est pas écrite, mais c’est une espèce de tradition ancienne: on reconduit les sortants, et ce, qu’ils soient bons ou mauvais. Il a fallu plus de neuf mois et quatre refus en commission d’investiture pour que M. Lefebvre soit finalement investi.  Il n’a absolument pas fait état de son investiture; il l’a annoncé il y a quelques jours seulement. Il n’a jamais fait campagne pour le candidat de la famille Les Républicains. Il n’a pas fait un seul tweet en trois mois pour appeler à voter pour le candidat de sa famille.

Alors effectivement, je me suis engagé parce que je voulais cette alternance. Fillion, c’était le candidat qui avait été choisi par ma famille. Comme je l’ai dit, j’ai un engagement, je suis droit dans mes bottes. C’était le candidat qui a été mis en avant, c’était le candidat de l’alternative, il avait un programme extraordinaire. La campagne a été polluée par des tas d’affaires —légitimes, non légitimes, ce n’est pas à moi de juger. Les Français ont jugé, et la justice passera par là. On aura l’air chouette s’il est innocenté.

J’ai beaucoup regretté cette absence de mobilisation, et je ne suis pas le seul. Maintenant, on ne sait pas trop où se positionne [Frédéric Lefebvre]. Ses messages disent «Je suis de droite, mais avec Macron», «Je suis LR mais contre Wauquiez et Baroin ». Ce sont quand même les deux leaders de la droite aujourd’hui, donc on se demande où il se trouve idéologiquement. Moi, j’ai été vraiment choqué par ça. Je me suis senti vraiment orphelin à titre personnel.

Je crois qu’aujourd’hui je suis le seul candidat pour les électeurs qui soit plutôt à droite, et qui a été assez sidéré par les positionnements du député sortant.

Il y a un deuxième aspect. Moi je suis Français d’Amérique, et je ne m’engage qu’à ça. Je n’ai pas d’ambition politique derrière. Nous avons été désertés pendant plus de neuf mois par un député qui s’est lancé dans une campagne pour la primaire, pour devenir président de la République française.

Donc voilà, je ne peux pas cautionner ce genre de comportement, il fallait s’engager.

 

LD: Quels projets souhaitez-vous voir apparaître pour pousser plus loin l’amitié franco-québécoise?

DR: J’étais à Montréal la semaine dernière. J’ai eu un très long entretien téléphonique avec Thomas Mulcair [l’ancien candidat fédéral du Nouveau Parti Démocrate, ndlr], qui m’a contacté. Il voulait échanger pour avoir mon point de vue, et je dois le revoir lors de mon prochain passage à Montréal. J’ai aussi eu des échos autour de l’équipe autour de M. Couillard [le premier ministre du Québec, ndlr] récemment. Il faut connaître, apprécier, respecter les gens. On n’est pas là pour dicter la voie de la France. On est là pour voir comment, ensemble, on peut travailler dans le cadre d’un respect mutuel, et pas pour dire: «Ce que vous faites c’est contre la France, c’est pas bien».

Quand vous êtes un député parisien et que vous arrivez en disant ça, vous avez à faire face à des gens qui sont très courtois et qui, par derrière, ne vous donneront rien. Vous ne pourrez avancer sur aucun dossier. Les échos que j’ai eu de multiples Franco-Québécois installés depuis de multiples années —dont mon suppléant François Pichard du Page qui est depuis plus de quarante ans à Québec —c’est qu’on a tout raté ces quatre dernières années. On n’a rien réussi à construire, on n’a pas fait les passerelles qu’on devait faire, on a pas créé cette confiance, ce lien bâti sur une expérience partagée, sur une connaissance de leur état d’esprit. C’est une analyse partagée. Je suis ici depuis plus de vingt ans, je suis devenu un Américain du nord, je raisonne comme un Américain du nord.

C’est là où je peux apporter quelque chose à l’Assemblée Nationale. Je suis aujourd’hui avec un raisonnement, une approche et un fonctionnement qui est différent d’un député de Corrèze ou de Haute-Savoie. Ce n’est pas que je suis meilleur, c’est que j’apporte cette différence. Dites-moi quelle différence apporte un député parachuté, qui vit depuis trente ans dans les cercles politiques? Qu’est-ce qu’il apporte comme différence?

Travailler avec les Québécois, c’est d’abord respecter les Québécois. C’est partager.

 

LD: Est-ce-que vous seriez prêt à travailler avec Emmanuel Macron si son mouvement faisait appel à la droite de l’Assemblée ?

DR: Mais bien évidemment! Et tous les parlementaires, même les chefs de file chez les Républicains, le disent. J’ai entendu deux interviews récemment, l’une de François Baroin, l’autre d’Eric Ciotti —on ne peut pas le qualifier de socialiste ou de macroniste— ils ont dit «oui».

Je crois que le problème n’est pas droite/gauche, il n’est pas dans les barrages. Moi ce que je vois, c’est que le respect il doit venir des deux côtés. Je pense que le respect il a manqué des deux côtés, là-dessus je suis assez centriste. Un projet de loi qui est bon ne veut pas dire qu’il est parfait. On peut apporter des amendements. Si on travaille en bonne intelligence en disant «Votre projet de loi présente de nombreuses avancées pour la France. Est-ce que si on ajoutait ça, ça et ça…» bien sûr que les lois seront votées.

Ce que je veux dire c’est que, oui, quand les lois vont dans le bon sens, je ne serai pas quelqu’un de sectaire. Le groupe interparlementaire pourrait nous permettre de travailler de façon beaucoup plus forte.

J’insiste sur un point: mon mandat sera fait dans l’honnêteté et dans l’intégrité. Je n’ai pas d’ambitions politiciennes derrière, je souhaite faire ce mandat de cinq ans au service de notre communauté. Je ne suis pas du tout dans la perspective de briguer un second mandat. D’autre part, je n’embaucherai pas ma femme. Je respecterai mes engagements, contrairement à notre député sortant qui a dit qu’il ne cumulerait pas les fonctions mais qui l’a fait jusqu’à la fin de son mandat de conseiller régional. Je m’engage réellement pour les Français d’Amérique du Nord.

 

LD: Est-ce-que vous connaissez bien Montréal?

DR: J’y ai vécu quand j’étais enfant, mon père y travaillait. J’en garde des souvenirs mais je ne suis pas comme certains, je ne vais pas prétendre être un expert. J’ai pris les bus jaunes, je suis parti avec ma boîte à lunch, avec mes boots. J’en garde de très bons souvenirs mais je ne peux pas dire que je connaisse Montréal. Mais c’est une ville que j’aime beaucoup, j’y ai été à plusieurs reprises professionnellement.

 

LD: Aujourd’hui on voit, en France comme ailleurs, un rejet des partis traditionnels. Pensez-vous que ça peut jouer en votre faveur, vous qui n’émanez pas d’un de ceux-ci?

DR: Je n’analyse pas forcément toujours les choses de la même façon. Il y a un rejet du personnel. Est-ce qu’il y a un rejet d’une idée de la droite ou de la gauche? Je n’y crois pas.

Monsieur Macron a fait un très beau parcours qui a sidéré beaucoup de monde. Il a réussi à être élu avec un alignement des planètes extraordinaire. On s’en rend compte déjà là: il y a des gens qui ont des convictions politiques. Ces convictions politiques elles sont sur une voie économique, écologique, sociale, familiale, conservatrice… donc ces valeurs, elles existent au sein des gens. Je crois qu’il y a eu un rejet des partis uniquement par rapport à leur fonctionnement, par rapport à certains de leurs représentants.

Donc oui, mon engagement ferme, définitif, droit dans mes bottes, avec un projet, une ambition, une expérience, et une implantation ici… oui, je pense et j’espère pouvoir convaincre les gens de ce renouveau de la politique.

 

Les élections des français·e·s en Amérique du nord auront lieu les 3 et 17 juin 2017.

]]>
Sébastien Oudin-Filipecki <![CDATA[Sadie’s tire sa révérence]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28639 2017-05-21T16:43:33Z 2017-05-13T14:31:25Z Annoncée par un message sur leur page Facebook le 20 Avril dernier, la fermeture de Sadie’s (la cafétéria étudiante dans le bâtiment Shatner, ndlr) a eu lieu le 5 mai dernier.

Bien que celle-ci n’ait pas fait l’objet d’une quelconque annonce ou communiqué de la part de l’Association des Étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM, SSMU en anglais, ndlr), dans un courriel au Délit, le vice-président aux finances Niall Carolan a affirmé que «Sadie’s avait un budget déficitaire depuis son ouverture en 2013», que «ces déficits impactaient négativement les opérations et l’association tout entière» et qu’il était devenu impossible de «justifier un investissement continu» qui se ferait «au détriment de la stabilité financière de l’AÉUM et de ses services». M. Carolan a ajouté que, bien que l’année fiscale ne s’achève que le 31 mai prochain, «le déficit prévu de Sadie’s serait de 80 000 à 100 000 dollars canadiens à la fin de l’année».

 

Manque de transparence

Cependant, selon des sources proches du dossier, souhaitant garder l’anonymat, Sadie’s ne serait pas en déficit et ferait même des profits depuis le mois de janvier. Ces mêmes sources avancent un chiffre d’affaire à hauteur de 227 000 dollars canadiens pour l’année fiscale 2016-2017 et contestent catégoriquement que Sadie’s arrive à un déficit de 100 000 dollars canadiens au 31 mai prochain comme le prétend M. Carolan.

aucun rapport de sortie n’[a] pu être trouvé

Ces informations contradictoires sont invérifiables, dû à un manque de transparence de la part de l’AÉUM. En effet, le budget de l’association pour cette année ne sera publié que le 31 mai. De plus, le dernier budget disponible sur le site de l’association remonte à 2015, ce qui complique le suivi du possible déficit de la cafétéria étudiante. Sur ce budget en question, il est fait état que The Nest (le café étudiant que Sadie’s a remplacé, ndlr) enregistre un déficit net de 67 119 dollars canadiens. Cependant, une source anonyme a affirmé au Délit que ce chiffre était en partie dû à un investissement de 50 000 dollars canadiens afin d’agrandir la cafétéria et de rénover ses locaux. Le véritable déficit de l’année fiscale 2015 ne s’élevait alors qu’aux alentours de 17 119 dollars.

Contacté par Le Délit au sujet du budget de l’année fiscale 2016 et du rapport de fin d’année du précédent vice-président aux finances et opérations (documents indisponibles sur le site internet de l’AÉUM), l’actuel vice-président aux opérations Sacha Magder a déclaré «qu’aucun rapport de sortie n’avait pu être trouvé». En l’absence du rapport de fin d’année, le budget de l’année dernière devient primordial, or au moment de la publication de cet article, il n’est toujours pas disponible sur le site internet de l’association étudiante.

 

Futur incertain

Des interrogations demeurent quant à l’avenir des locaux de Sadie’s, des anciens employé·e·s de la cafétéria étudiante, qui ont souhaité demeurer anonymes, ont déclaré au Délit que l’annonce de la fermeture (et donc de leur licenciement) avait été faite de manière très soudaine à la mi-avril et que très peu d’informations avaient été transmises depuis.
Certaines personnes ont même été découragées de parler à la presse étudiante et sommées de renvoyer toute demande de questions à leurs supérieurs au sein de l’AÉUM.

Le vice-président aux finances de l’association, Niall Carolan a d’ailleurs démenti (sans que Le Délit ait posé la question, ndlr) des rumeurs selon lesquelles Midnight Kitchen pourrait occuper, l’année prochaine, les anciens locaux de la cafétéria.

 

]]>
Margot Hutton <![CDATA[Ça tourne en rond]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28631 2017-05-21T16:48:22Z 2017-05-10T01:48:30Z Un désastre tombé du ciel

Comme beaucoup d’îles caribéennes, Haïti se retrouve régulièrement en proie à de violentes pluies diluviennes caractéristiques du climat tropical. Chaque année, le bilan de ces ravages naturels est très lourd, d’autant plus que la région est déjà confrontée à de multiples difficultés. Récemment, ces précipitations ont donné lieu à d’importantes inondations ayant engendré de désastreuses conséquences, notamment au Sud du pays.

 

Un bilan alarmant

C’est donc une fois de plus le département du Sud qui a le plus souffert de ces intempéries, frappant plus de la moitié de la population de cette région. D’énormes dégâts matériels peuvent être observés. En effet, de nombreux ménages se retrouvent sinistrés à cause des inondations, près de 10 000 maisons sont endommagées, et certaines communes sont même inaccessibles durant la période critique de ces précipitations. Le pays a également subi de lourdes pertes au niveau de ses ressources avec la destruction de 80% de ses récoltes printanières. Les outils de pêche et d’agriculture ont également pour la plupart été grandement abîmés. Cependant, les dégâts ne s’arrêtent pas là, puisque quatre personnes ont perdu la vie à cause de l’affluence des pluies.

Ce phénomène, malgré son caractère répétitif, est toujours difficile pour le pays, cette année particulièrement: Haïti se remettait à peine du passage de l’ouragan Matthew en automne dernier, qui avait déjà largement affecté les mêmes régions.

Après que la tempête Matthew ait frappé Haïti, l’ONU avait apporté son aide pour faire en sorte que le pays puisse subvenir à ses besoins primaires. Cependant, ces efforts ont été réduits à néant le temps d’une averse. Le pays doit à présent repartir à zéro, et tenter de se reconstruire.

 

L’histoire se répète

Ce n’est pas la première fois qu’Haïti est frappée par des pluies d’une telle violence. De plus, comme mentionné au dessus, sitôt que le pays commence à guérir d’une catastrophe l’ayant touché, une autre survient et rouvre ses plaies. C’est un peu comme si l’île était maudite. Si l’on se penche sur sa situation géographique et sa géologie, il est évident qu’Haïti se trouve à un emplacement propice aux colères de dame nature.

Rajoutons à cela un gouvernement corrompu détournant les fonds monétaires supposés aider à la reconstruction du pays, et l’on obtient une région qui stagne, voire qui régresse, en proie à l’éternel recommencement des tempêtes, séismes, et autres calamités naturelles. Puisque la saison des pluies n’est qu’à son début, il ne serait pas étonnant que d’autres dommages surviennent au cours des prochains mois.

 

]]>
Théophile Vareille <![CDATA[Marche du 1er mai à Montréal]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28610 2017-05-21T16:53:13Z 2017-05-05T19:52:08Z Ce lundi 1er mai 2017 plusieurs centaines de manifestants ont investi les rues de Montréal, sous la houlette de l’organisation Convergence des luttes anticapitalistes, pour la journée internationale des travailleurs. La marche de plusieurs heures dans le centre-ville, tant anticapitaliste qu’anarchiste, s’est faite en compagnie d’une importante escorte policière, à laquelle quelques manifestants ont fait face lors d’une altercation en début de soirée.

Plusieurs mouvements anticapitalistes, dont le Parti communiste révolutionnaire, et des dizaines de sympathisants s’étaient donnés rendez-vous à 18h sur le square Phillips. On y retrouvait les drapeaux du YPG, la troupe de combattants kurdes présente en Syrie, alors que se succédèrent au micro des intervenants en faveur de l’accueil des réfugiés ou au discours anticolonialiste.

 

Les deux cents manifestants présents se sont mis en marche vers 18h30, s’enfonçant dans le centre-ville, faisant bon chemin pendant une demi-heure, avant qu’une échauffourée avec la police ait lieu.
La police, à la présence possiblement aussi nombreuse que les manifestants, regroupait notamment des policiers anti-émeute, montés à vélo ou à cheval.

 

Un groupe de manifestants s’en est pris à une escouade policière regroupée devant les bureaux de Bombardier sur le boulevard René-Levesque. Quelques lancers de fumigènes roses furent suivis par un échange de coups. Une personne a été arrêtée.

 

 

La marche est ensuite revenue vers le square Phillips, pour y retrouver une manifestation antifasciste elle aussi
dénombrant une centaine d’individus, avec notamment la présence du Black Bloc.

 

 

 

 

Les deux groupes se joignirent l’un à l’autre jusqu’à la fin d’une soirée qui les amena, sous l’averse, de Concordia jusqu’au Plateau, pour venir s’achever au métro Place des Arts.

 

 

 

 

 

La communauté mcgilloise était elle aussi présente. McGill contre l’austérité (MAA, McGill Against Austerity en anglais, ndlr) avait en effet son propre contingent. Parmi eux, plusieurs militants tenaientt une banderole, dont Connor Spencer, fraîchement élue au poste de vice-présidente des Affaires externes à l’Association des étudiants en premier cycle de l’université McGill.

 

Étaient aussi présents les militants de la Riposte Socialiste, qui ont rejoint la marche vers 20h après avoir participé à une manifestation syndicale au parc Jean Brillant.

 

 

 

 

 

]]>
Léandre Barôme <![CDATA[Promenade républicaine pour le second tour]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28576 2017-05-22T22:04:49Z 2017-05-03T21:08:40Z Le 29 avril 2017, au moment où la population américaine se mobilisait pour protester contre le gouvernement Trump à l’occasion de ses 100 jours au pouvoir, les Français de Montréal s’organisaient également. En Marche Montréal donnait rendez-vous à ses adhérents, ainsi qu’à tous les intéressés, au Monument George-Etienne Cartier pour une « Promenade Républicaine » afin d’inciter les citoyens français de Montréal à voter au second tour de l’élection présidentielle, préférablement pour Emmanuel Macron.

Appel au barrage à l’extrême droite

D’après les organisateurs, ce rassemblement s’adressait davantage aux électeurs redoutant une victoire de Marine Le Pen qu’aux véritables militants de Macron des premiers jours. Christopher, un de ses organisateurs, nous explique: «On n’est pas là aujourd’hui pour faire du prosélytisme pour Emmanuel Macron, mais vraiment pour mobiliser les gens qui n’ont pas envie de voir ce qui s’est passé aux États-Unis avoir lieu en France aussi.». L’événement visait donc ceux qui n’avaient pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour le 23 avril, mais qui seraient susceptibles de préférer le candidat d’En Marche à la présidente du Front National.

Ainsi, Thomas, un des participants, s’adresse à ceux qui font le choix de l’abstention ou du vote blanc au second tour : «Il faudrait penser à ouvrir un livre d’histoire, et se rendre compte que la guerre n’était il n’ y a pas si longtemps, et regarder à nos frontières pour voir que les bruits de bottes ne sont pas très loin ni à l’Est ni ailleurs, et que la liberté, il faut se battre pour y arriver.» Participants et organisateurs regrettent par ailleurs la banalisation du Front National et son discours, ou encore la «disparition du front républicain» qui avait uni la France contre Jean-Marie Le Pen en 2002, également présent au second tour pour finalement perdre face à Jacques Chirac.

Malgré l’insistance de l’organisation sur le caractère fédérateur de la manifestation, la plupart des participants affirmait se retrouver plus dans les idées d’Emmanuel Macron que n’importe quel·le autre candidat·e présent au premier tour, et beaucoup comptaient parmi les adhérents d’En Marche. On notera aussi la présence de quelques Québécois, venus « en guise de solidarité pour leurs cousins Français», comme l’explique Martine.

Déroulement de la marche sans encombre

Vers 14h, les quelques 200 personnes attirées par l’événement se sont donc mises en marche vers le Mont Royal. Agitant les drapeaux bleus étoilés de l’Union Européenne en référence aux positions divergentes des deux candidats en lice au sujet de la place de la France dans cette institution, le groupe a su attirer l’attention des promeneurs et divers joggeurs du parc. Après quelques discours au mégaphone, au cours desquels les participants ont pu prendre la parole, la troupe s’est finalement dirigée vers le Belvédère avant de se disperser. Aucun incident à reporter, la paisible «promenade républicaine» fut donc un succès pour les organisateurs.

]]>
Théophile Vareille <![CDATA[Le bâtiment Shatner en travaux à l’été 2018]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28572 2017-05-22T22:09:28Z 2017-05-02T23:53:34Z Le bâtiment Shatner, ou «Centre universitaire», sera probablement fermé à l’été 2018, pour laisser place à des travaux de rénovation. À l’instar du reste du campus de McGill, le bâtiment Shatner est en effet en assez mauvais état. L’automne passé, un rapport du gouvernement provincial avait décrit le trois-quart des bâtiments du campus comme étant en «mauvais ou très mauvais état», le pire ratio des toutes les universités québécoises. Ce rapport évalue le coût des rénovations nécessaires à 614 millions de dollars; McGill, elle, estime 1 milliard de dollars. Les bâtiments Strathcona et Stewart Bio ont notamment reçu de très mauvaises cotes, et sont en besoins urgents de rénovations. Des travaux sont déjà prévus pour la bibliothèque Stewart sur le campus MacDonald.

Des travaux pris en charge par l’Université

Rappelons que le bâtiment Shatner, inauguré en 1965, n’a jamais subi de changement ou rénovation majeurs. Il est ainsi prévu, selon Jean Ouellet, directeur à la Gestion de projets et Gestion des installations et services auxiliaires de McGill, de «remplacer les systèmes mécaniques désuets, dont le système de ventilation.» M. Ouellet a précisé que le bâtiment devrait être fermé «pendant quelques mois, […] probablement durant l’été 2018.» Ce dernier a aussi ajouté que «l’Université défraiera la totalité des coûts de ce projet», étant donné que l’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM) est locataire de l’Université. Dans un email au Délit, Elaine Patterson, présidente par intérim de l’AÉUM, a expliqué que «l’échéancier n’a pas été finalisé et nous travaillons activement avec McGill pour déterminer les dates.» Mme Patterson a précisé que McGill avait été informée de la situation des locataires du bâtiment, dont la Société de publication du Daily -qui publie le Délit-, et qu’il restait à trouver des emplacements temporaires pour les services les plus importants fournis par l’AÉUM.

Détails incertains

Plus de détails quant à la durée et portée exactes des travaux seront communiqués «à l’automne 2017», selon M. Ouellet. Le bureau du premier vice-principal exécutif adjoint aux études et à la vie étudiante Ollivier Dyens a ajouté que des «négociations» étaient actuellement en cours sur un «ajustement éventuel du loyer de l’Association» si cette dernière encourrait des pertes financières à cause des travaux. Lors de la publication de cet article, l’AÉUM n’avait pas répondu aux appels du Délit afin de commenter cette information.

]]>
Hortense Leclercq-Olhagaray <![CDATA[Le mariage de Figaro: une alliance de danse et de théâtre finement exécutée]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28566 2017-05-22T22:31:12Z 2017-05-01T21:53:45Z Un bijou! C’est le premier mot qui me vint à l’esprit à la tombée du rideau pour qualifier la performance que venait de nous offrir le Ballet National d’Ukraine.

Avec des costumes et un décor haut en couleurs, le caractère des personnages qui le sont tout autant vous émerveillera. Avec une histoire qui est un peu complexe à suivre de prime abords sans les dialogues de Mozart, il est conseillé de lire un petit résumé avant afin de ne pas perdre le fil. Entre une gouvernante euphorique promenant ses airs de diva telle une princesse de conte de fée excentrique et un chérubin vivant son complexe d’Œdipe sous les jupons de la comtesse, on ne s’ennuie pas au palais!

Par son interprétation chorégraphiée du célèbre opéra, le directeur artistique Gradimir Pankov a su nous présenter un «Mariage de Figaro» réinventé avec panache. Ce ballet est ponctué de comiques de situation, d’anecdotes et de scènes de danse groupée aussi prenantes que ses solos et nous présente un magnifique agencement de toutes les intrigues gravitant autour de ce mariage auquel le comte Almaviva se refuse à donner son consentement.

Rarement a-t-on vu un public s’esclaffer et ponctuer une pièce avec autant d’applaudissements, saluant aussi bien la mise en scène que les performances exceptionnelles offertes par les danseurs. Cette émulsion et cet enthousiasme tout particulier est notamment dû au décalage présent dans l’œuvre qui éveille tout l’intérêt et la curiosité des spectateurs autour des personnages secondaires. La question de savoir si l’amour de Suzanne et Figaro vaincra ne semble même plus représenter l’intrigue principale, tant les histoires anecdotiques se chevauchent et nous emportent.

Avec des représentations ne courant que jusqu’au 29 avril à la salle Wilfried-Pelletier Place des arts, on ne peut que vous encourager à acheter votre billet aujourd’hui pour ce ballet rafraîchissant et finement réalisé à tous les niveaux!

]]>
Antoine Jourdan <![CDATA[Entrevue avec Frédéric Lefebvre]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28514 2017-05-22T23:55:00Z 2017-04-23T00:13:59Z NB: Monsieur Lefebvre a clairement expliqué qu’il ne souhaitait pas répondre à des questions qui touchaient à ses affinités politiques et à la présidentielle. L’absence de questions à ce propos n’est pas souhaitée mais contrainte.

 

Le Délit: Quel est, selon vous, le plus grand défi des Français expatriés aujourd’hui ?

Frédéric Lefebvre: Le défi des Français quand ils sont partis c’est d’atteindre leur objectif. Ce n’est jamais le même: il peut être familial, professionnel, entrepreneurial, scolaire; mais d’abord, chacun veut réussir. Tout le travail que j’essaie de faire en m’appuyant sur les associations françaises qui existent déjà ou les élus locaux, c’est de les aider à réussir. En les aidant à réussir individuellement, on aide collectivement la France mondiale à réussir. Or, la France mondiale, pour moi, c’est celle qui est fidèle à son histoire. On est un pays qui est ouvert, qui a pour objectif de partir à la conquête du monde — c’est pour ça qu’on parle français sur tous les continents, il n’y a pas longtemps le français est devenu la troisième langue du monde en repassant devant l’espagnol.

Il y a des études démographiques américaines qui sont passionnantes. En France, on a parfois l’impression qu’on ne comprend pas que notre langue est une richesse. J’ai monté un certain nombre de programmes en tant que député pour que les Français puissent partir à la conquête du monde — y compris des jeunes qui n’ont pas la chance de pouvoir faire des études supérieures. C’est cette France-là que je veux essayer de porter, c’est-à-dire là France que j’ai rencontrée ici à Montréal.

 

LD: Avec son système scolaire mondialisé et sa place dans une communauté linguistique importante, la France a la capacité d’être un acteur de poids dans la communauté internationale. Comment expliquez-vous que la francophonie soit si absente dans les projets présidentiels.

FL: La France est en capacité, mais elle n’a pas pris conscience de cette force. C’est très frappant de voir que dans le monde politique, dans le débat public, souvent, on n’appréhende pas suffisamment cette force que nous avons pour peser dans le monde.

La logique de la France doit être d’investir — j’emploie ce mot parce que je ne pense pas que c’est des dépenses de fonctionnement — massivement sur la jeunesse française à l’étranger. J’ai la chance d’avoir des neveux et nièces franco-américaines, et je vois à quel point c’est difficile de maintenir le capital «France» chez ses propres enfants. À chaque fois que la France n’investie pas dans leur éducation, elle se coupe elle-même d’une chance de réussir. Je crois que c’est un des sujets absolument majeurs.

On peut aussi parler d’entrepreneuriat. J’entends toute la journée que les Français quittent la France parce qu’on y paye trop d’impôts. On accroche une étiquette négative aux jeunes qui lancent des startups, aux entrepreneurs… alors qu’en fait on se trompe complètement ! Les États-Unis et le Canada, honnêtement, ce sont des pays où l’on paye beaucoup d’impôts.

On a un pouvoir politique et économique qui n’est, de mon point de vue, pas à la hauteur de la dynamique mondiale qui pourrait exister. Quand on compare les pays du nord de l’Europe, qui ont compris qu’il faut investir sur l’Afrique, qui cherchent à faire venir des jeunes qui ont des racines africaines pour investir sur eux, et nous, qui avons tant de jeunes qui ont des racines africaines, au lieu de leur expliquer qu’ils ont un avenir on les stigmatise. Quand j’entends dans le débat public, à droite et à gauche, culpabiliser ceux qui ont deux nationalités ou qui assument leurs racines… moi quand je suis ici et que je vois un français, je lui dit «surtout, reste fière de tes racines, entretient les, la France en a besoin». Pourquoi j’aurais un discours inverse quand je suis en France? Pourquoi je dirais à quelqu’un qui a des origines et des racines d’un pays d’Afrique «tu dois t’assimiler totalement à la France, oublier tes racines…» c’est ridicule ! Au contraire, on a besoin de cette richesse-là.

Donc, c’est tout ça que j’essaye d’amener dans le débat public en France. C’est difficile avec le monde de la haute fonction publique, politique ou économique. La France a une tendance à se regarder le nombril, elle est recroquevillée sur elle-même, elle a peur de s’ouvrir.

 

LD: Vous avez donné une interview dans Nouvelles d’Arménie Magasine dans laquelle vous disiez que l’Europe ne devait plus céder à la Turquie et ne devait plus verser la rançon annuelle de six milliards de dollars. Votre position reste-t-elle la même après le résultat, serré, de ce référendum ?

FL: D’autant plus! Le référendum servait à renforcer les pouvoirs d’un homme qui en abuse déjà très largement avec des motivations que n’importe quel pays démocratique ne peut que regretter. Il y a une difficulté: c’est à la fois l’allié des Américains, des Canadiens, et de l’Europe via l’OTAN, et, en même temps, c’est un pays qui s’est fixé comme objectif depuis de nombreuses années d’intégrer l’Europe.

Prenons l’exemple de la Grèce, qui a les difficultés qu’on connaît. Honnêtement j’avais honte, vraiment, de la position qu’ont prise l’Italie, l’Allemagne ou la France quand il y a eu les réfugiés. Tout le monde s’est tourné vers les Grecs en leur tapant dessus parce qu’ils n’avaient pas protégé leurs frontières. Comment est-ce que l’on peut demander aux Grecs dont on connaît la situation, et comment est-ce que l’on peut être aussi inconséquent pour laisser la protection de la frontière commune européenne uniquement sous l’autorité d’un pays?

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il y a trop d’Europe, je pense qu’il n’y en a pas assez. Je reproche fortement à l’Europe de ne pas assumer cette mission-là. Ça fait des années que je demande un coup de rein, une réaction, et j’aimerais que la France soit à la tête de cette réaction. Je le demandais quand j’étais ministre!

 

LD: Vous connaissez bien Montréal ?

FL: Je viens très souvent à Montréal, oui.

 

LD: Est-ce-que vous avez un lieu culturel préféré ?

FL: C’est ce qui est amusant: je trouve que Montréal c’est presque en soi un lieu culturel. Les endroits où je prends le plus de plaisir, c’est où je me retrouve emmené dans une des discussions avec des gens qui portent des projets. Ce que j’aime ici c’est qu’on est dans la culture vivante.

Je vais vous faire une confidence, et beaucoup de Français qui vivent ici me disent la même chose: je ne vais pas beaucoup au musée ici. Quand on connaît les musées français, on ne peut pas dire qu’on ait une grande chance de découvrir des choses…

En revanche, je trouve absolument extraordinaire qu’on puisse avoir une espèce de culture ambiante. Ça, c’est passionnant. Je dirais, qu’au lieu de parler d’un lieu précis, ici, la culture elle est partout. Ce qui est le plus intéressant c’est ce que réussi à faire naître le mélange culturel. L’atmosphère est à l’échange ici, je pense que c’est une des grandes forces.

 

LD: Si vous aviez un projet que vous pouviez mettre en œuvre pour renforcer l’amitié franco-québécoise, ce serait quoi ?

FL: Il faut pas se voiler la face: ce n’est pas tous les jours rose les rapports entre les Français et les Québécois, y compris quand on construit son avenir. On fait ses études ici, et quand on commence à chercher un boulot, on ne trouve pas toujours ce qu’on veut, on vous offre pas toujours le même parcours qu’à un Québécois. Je dis ça avec des mots policés, mais c’est parfois le parcours du combattant, même quand on est là depuis très longtemps.

Les citoyens, ils ont envie de faire des choses ensemble. Les entrepreneurs, je les vois, ils ont envie de faire des choses ensemble. Les entrepreneurs québécois admirent beaucoup la France, et réciproquement. Les gens ont envie, c’est les institutions qui bloquent.

Je pense qu’aujourd’hui, on est parfois un peu trop dans des discussions qui font référence à notre histoire, à votre amitié et à nos liens culturels, et on n’est pas assez dans l’efficacité. Si je devais vraiment changer quelque chose c’est ça.

 

LD: Comment est-ce-que vous concevez votre rôle de député étant donné le fait que vous représentez les français établis à l’étranger? Est-ce-que vous considérez que cela vous différencie de vos collègues? En quoi?

FL: D’abord, j’ai été député en France, donc j’ai un bon moyen de comparer. J’ai une circonscription qui est un petit peu plus grande que celle que j’avais quand j’étais en région parisienne (rires). Elle fait quarante fois la taille de la France.

Quand j’étais en France, comme tous les députés, il y avait un endroit où les gens savaient qu’ils pouvaient venir me voir. J’ai rapidement compris que [maintenant] je devais aller vers les gens. Donc, mes permanences je les fais en allant dans toutes les grandes villes de la circonscription.

Les gens viennent de voir. Croire que les gens sont à l’étranger et ont zéro problème, c’est ridicule. Moi, je vois plein de gens qui ont des difficultés sociales, avec le système fiscal en France, sur le plan de la santé… j’en vois en permanence des gens.

C’est exactement la même chose que quand j’étais député en France, c’est-à-dire que je vois des gens pour essayer de les aider à régler leurs problèmes, sauf que l’organisation est quand même pas tout à fait la même. Je vois beaucoup de gens dans les avions. Ça me permet d’écrire. Je suis dans un système qui est assez différent. Pendant six mois, je suis très actif sur les sujets qui concernent les Français qui vivent dans cette circonscription immense, et je suis à leur rencontre les six autres mois sur tout le territoire.

Quand je suis à Montréal, je suis au consulat pour faire la permanence. Quand je suis à Kansas City, comme je l’étais l’autre jour, je fais la permanence dans un café. Mais ça pour moi c’est très important parce que, c’est le paradoxe, je ne cesse de nourrir mon travail de député à l’assemblée avec tout ce que les gens viennent me dire quand je les vois dans les permanences.

 

LD: En mot de fin, est-ce-que vous avez quelque chose à dire par rapport aux récentes révélations concernant la planification d’un attentat contre un ou des candidat·e·s à la présidentielle ? (NB: cette question a été posé avant les événements qui ont eu lieu sur les Champs-Elysées le 20 avril dernier)

FL: C’est un sujet absolument majeur. On voit bien que ça a d’ailleurs servi un peu de prétexte, même sans faire référence aux menaces terroristes, mais par exemple les hypothétiques manipulations [de puissances extérieures], pour empêcher le vote internet. Ce n’est pas à Montréal que c’est essentiel, mais plutôt à d’autres endroits au Canada ou aux États-Unis.

Moi, je suis trop attaché à la démocratie, au droit de vote des Français ici, à la capacité des Français de se mobiliser sur les sujets essentiels, pour que ce qui vient de se passer (où le gouvernement a déjoué avec les forces de police un attentat qui était orchestré pour éliminer un des candidats à la présidentielle, qui semblerait être Fillon) ne m’effraie. Et en même temps, ce sont des choses que l’on a eu l’habitude de voir dans des pays comme les États-Unis, où tout le monde a en tête les assassinats qu’il y a pu avoir, voir que ce sont des choses qui commencent à arriver en France et en Europe, ça demande que l’on crie tous notre attachement à la démocratie. Qu’on montre à quel point on ne cèdera jamais au terrorisme, jamais à ces combats qui sont menés au nom, non pas de la religion, mais au dévoiement de la religion.

Le Canada a été frappé, à plusieurs reprises, et il n’y a pas du tout le même type de politique. Moi qui ai des témoignages, y compris de jeunes, qui ont pu aller dans un certain nombre de régions du monde qui sont aujourd’hui en guerre, c’est vrai que pour eux, sur place, c’est plus facile d’avoir la vie sauve en disant «On a étudié au Canada» qu’en disant «On a étudié en France». Le Canada est vécu comme laissant plus de libertés, et étant plus tolérant. Ça ne l’a pas épargné pour autant. Aujourd’hui, les démocraties n’ont pas les réponses. Là encore, je pense que les réponses viendront des citoyens, et de la force des citoyens qui résisteront et qui ne se laisseront pas manipuler par des terroristes.

]]>
Lara Benattar <![CDATA[Entre amitiés et journalisme]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28511 2017-05-22T23:58:43Z 2017-04-21T20:33:42Z Le Délit (LD): Comment avez-vous entendu parler du Délit?

David Drouin-Lê (DDL): À l’automne 2003, en tombant par hasard sur un présentoir du Daily et du Délit, je n’ai pu m’empêcher d’esquisser un sourire en comprenant le jeu de mots.

LD: Quelle était la place du français et des francophones à ce moment-là à McGill?

DDL: Les francophones à McGill constituaient une importante minorité silencieuse (20%) ne souhaitant pas faire de vagues et qui se fondait à la masse anglophone. Le sentiment d’appartenance des francophones à McGill était beaucoup moins prononcé que celui des anglophones et des étudiants étrangers pour qui la vie sociale semblait évoluer autour du campus. Cela s’explique assez facilement. Pour les anglophones, McGill représentait une de leurs institutions historiques à laquelle ils étaient profondément attachés. En ce qui concerne les étrangers, l’université représentaient la raison de leur présence à Montréal. La situation était différente pour les francophones, pour la plupart issus du cégep. Ceux-ci avaient déjà une vie sociale développée dans la région de Montréal avant leur arrivée à McGill et pour qui fréquenter McGill, ce n’était que fréquenter une université, aussi prestigieuse soit-elle. La place du français était conséquente à ce sentiment d’appartenance et rare étaient les francophones qui insistaient pour y parler leur langue ou exiger d’être servis dans celle-ci.

LD: Est-ce que votre contribution au Délit a influencé vos choix professionnels?

DDL: Certainement. Paradoxalement toutefois, le fait d’y avoir travaillé pendant 2 ans et demi m’a poussé vers d’autres métiers que celui du journalisme. Pas nécessairement parce que je n’ai pas apprécié l’expérience, bien au contraire, mais plutôt parce que j’avais envie d’essayer autre chose.

LD: Quel est le meilleur souvenir que vous conservez du journal?

DDL: Les rencontres que le journal m’a permis de faire à l’extérieur et à l’intérieur de la salle de rédaction. Grâce au Délit, j’ai noué plusieurs belles amitiés que j’entretiens encore à ce jour, dont celle avec une collaboratrice qui est devenue ma colocataire avant de me succéder à la tête du journal et pour qui j’ai fait office de témoin de (relative) dernière minute à son mariage à Londres.

LD: Comment percevez-vous l’avenir des journaux étudiants?

DDL: Dix ans après être sorti du monde universitaire, il serait un peu prétentieux de me prononcer sérieusement sur cette question. Toujours est-il, j’estime que les étudiants auront toujours besoin de quelque chose à lire de facilement accessible pour passer le temps entre deux cours soporifiques (ou bien pendant ceux-ci). 

]]>
Jeffrey Edwards <![CDATA[Le McGill Délit Français, une fenêtre sur McGill]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28509 2017-04-23T01:11:00Z 2017-04-21T20:27:47Z J’ai des souvenirs exceptionnels de mon passage au Délit (à l’époque Le McGill Daily français). Je me rappelle du partage des tâches et de la collaboration intense entre tous les membres de l’équipe.

Et quelle équipe! Daniel Weinstock, plus tard professeur de philosophie (Université de Montréal) et maintenant de droit (McGill), Richard Latendresse (correspondant de TVA à Washington), Sophie Durocher (chroniqueuse-animatrice et passionnée de la culture québécoise) et tellement d’autres collaborateurs dotés d’immenses talents et venant de presque toutes les facultés.

À l’époque, le nom du journal n’était pas Le Délit. C’était The McGill Daily, Édition française. Nous avons francisé le nom du journal en ajoutant «Le» au début et «français» à la fin. Ce changement de forme faisait écho et marquait dans les faits un changement de fond.

L’équipe responsable du McGill Daily français était en effet devenue un regroupement distinct d’individus dédiés exclusivement à la production du numéro francophone. Le ou la «responsable» de «l’édition française» est devenu(e) le rédacteur ou rédactrice en chef d’une équipe comprenant des rédacteurs distincts en matière culturelle, politique et autres domaines pour le journal de langue française. Autre développement: le numéro francophone comprenait dans ses pages son propre bloc technique.

Nous nous considérions une fenêtre de McGill sur la société québécoise et du même coup, une fenêtre du Québec francophone sur l’université. Fiers de notre appartenance à la Presse étudiante du Québec, et branchés sur le monde francophone d’ici et d’ailleurs, nous faisions état des actualités politiques et culturelles pouvant intéresser les étudiants de McGill.

Quel lieu de stimulation intellectuelle et d’apprentissage! En plus de la planification du journal, notre pain quotidien était fait de débats d’idées et de société.

Et on apprenait de tout: le métier de journaliste et celui de réviseur de textes, la gestion avec peu de ressources, la mise en page, le travail sous pression et l’accommodement des approches de chacun, ainsi que le respect des dates de tombée qui nous imposaient des choix ultimes et de l’efficacité.

J’ai particulièrement apprécié l’apprentissage de deux habiletés inhérentes au journalisme que j’utilise encore régulièrement: la synthèse et la vulgarisation. J’y ai recours dans le but de rendre des jugements clairs et donc à la portée de tous.

Hormis le contexte particulier, je me garderais, en raison de mes fonctions actuelles, d’employer une certaine formule de souhait. Mais ici, c’est tout à fait approprié: longue vie au Délit! 

]]>
Ikram Mecheri <![CDATA[Le McGill Délit Français, un «mal nécessaire»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28507 2017-04-23T01:13:05Z 2017-04-21T20:26:18Z Le Délit (LD):Comment avez-vous connu/entendu parler du Délit?

Sophie Durocher (SD): C’était le journal étudiant, tout le monde le lisait et le commentait.

LD: Qu’est-ce qui vous as convaincu de rejoindre l’équipe et de continuer à vous impliquer?

SD: Je voulais me lancer en journalisme. J’ai rencontré l’équipe, j’ai aimé le leadership de Richard Latendresse et j’ai embarqué. J’étudias en Études Nord-américaine. C’était une super activité parascolaire. Et en plus, j’y ai rencontré mon chum de l’époque!

LD: Quelle était la place du français et des francophones à ce moment-là à McGill?

SD: On était un «mal nécessaire». Incapables d’avoir des services en français, nous n’étions pas pris au sérieux par l’administration.

LD: Est-ce que votre contribution au Délit a influencé vos choix professionnels?

SD: Non, je savais déjà que je voulais faire du journalisme. Dès que j’ai fini mon bac à McGill, j’ai commencé à travailler dans la salle des nouvelles de Radio-Canada.

LD: Quel est le meilleur souvenir que vous conservez du journal?

SD: Les soirs où l’on finissait de coller les articles à la cire sur le mock up et que l’on envoyait les épreuves à l’imprimeur. On partait faire la fête chez Ben’s , une institution montréalaise qui a depuis été démolie.

LD: Quel est la leçon la plus importante que vous avait apprise grâce au Délit?

SD: Toujours garder en tête les intérêts des lecteurs. Nos collègues du Daily anglais parlaient de politique étrangère, mais ne s’intéressaient pas à ce qui se passait dans les corridors de l’université…

LD: Est-ce que vous vous rappelez de vos premiers textes?

SD: Je me souviens que j’étais allé voir Girerd, caricaturiste à La Presse (le Chapleau de l’époque) et que je lui avais demandé de nous faire une caricature. Il avait dessiné son chien emblématique en train de pisser sur la statue de James McGill. On a tellement ri!

LD: Vous avez commencé à écrire à une époque où la profession de journaliste était dominé par les hommes, comment avez-vous réussis à tailler votre place dans ce boys club?

SD: Je n’ai jamais, JAMAIS eu l’impression de travailler dans un boys club.

LD: Finalement, disons que vous êtes en train de produire le journal, il est très tard, le moral de l’équipe est à plat, quelle chanson est-ce que vous mettrez?

SD: Gigi Lamoroso chanté par Dalida! 

]]>
Lara Benattar <![CDATA[Où ça? Où ça?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28459 2017-05-16T19:06:10Z 2017-04-21T19:27:10Z Le cirque itinérant

Àl’occasion du 375e anniversaire de Montréal cet été, la métropole sera rythmée par de nombreuses activités qui vous permettront de varier les plaisirs après votre énième sieste au Parc Jeanne Mance. L’un des événements majeurs de ce programme sera la tournée des arrondissements du cirque Éloize : pendant 19 fins de semaine la troupe va s’emparer de 19 quartiers de la ville et, du soir au matin, va les animer de performances intermittentes. Le cirque Éloize est une véritable institution québécoise. La troupe a été formée en 1993 et produit des spectacles qui s’inscrivent dans la lignée du nouveau cirque, de véritables performances artistiques poussées loin du sensationnalisme du cirque traditionnel. Les moments clés à ne pas rater seront les samedis soirs où, dans la lumière du coucher du soleil, la troupe donnera un spectacle divisé en sept tableaux qui s’articulent autour de lettres d’amour écrites à, de et pour Montréal. Un moment qui s’annonce, en somme, plein de magie et d’émotion.

– Dior Sow


Festival mural de Montréal

Tout au long de l’année, les passants s’émerveillent devant la créativité des artistes de rue montréalais. Tags et peintures murales tapissent les briques et font de la ville une galerie atypique. Du 8 au 18 juin 2017, les œuvres seront mises à l’honneur sur le boulevard Saint-Laurent, perdant pour une semaine leur rôle de simple décor.

À l’occasion de la cinquième édition du festival, le boulevard sera transformé en véritable musée à ciel ouvert. Les sens des participants seront tous sollicités. Leurs yeux se poseront sur les murales au cours de leur déploiement et leurs papilles découvriront de nouvelles saveurs. Ce voyage visuel et gustatif sera rythmé par les notes de groupes de musique locaux et internationaux. Les curieux pourront parcourir la rue seuls ou accompagnés d’un guide qui leur présentera les œuvres. N’hésitez-plus, montréalais, ce sera l’occasion pour vous de découvrir des artistes venus des quatre coins du monde pour célébrer l’art urbain! 

– Lara Benattar


D’Atwater au Musée de Lachine

Bientôt le début des beaux jours, bientôt la fin des finaux. Pour ceux et celles qui ne partent pas, ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’agglomération de Montréal. Le Délit vous propose un petit périple facile à prévoir sur une journée.

Le point de départ: le marché Atwater. Pas loin de la station Lionel-Groulx et de la résidence Solin Hall de McGill, allez faire un tour à ce marché public qui est l’un des plus grands de Montréal. On aime déambuler entre les parterres colorés des nombreux stands de fleuristes, et acheter des produits locaux (bonne halte pour les piques-niques) auprès des divers commerçants situés dans l’édifice art déco du marché.

Continuez ensuite le long du Canal Lachine, direction ouest, sur une piste accessible aux piétons et aux vélos. Considéré comme l’un des plus beaux circuits urbains du monde, la piste du canal Lachine s’étend sur 14,5 km, et ce depuis la naissance du Délit en 1977! Le circuit avait notamment été élu au troisième rang mondial des circuits urbains par le magazine Time en 2009. Vous aurez l’occasion de vous arrêter pour piquer-niquer en bordure du canal ou encore de profiter des services de location de vélos.

À pied pour les plus courageux, vous atteindrez la fin du canal Lachine qui débouche sur le lac St-Louis. Au bout du chemin se trouve également le Musée de Lachine, auparavant ancien poste de traite et point stratégique commercial. Composée de bâtisses du 17e siècle et d’une collection archéologique qui témoigne de l’époque de la traite des fourrures, le Musée ré-ouvre le 3 mai et propose des activités particulières pour les 375e de Montréal. Enfin, l’histoire côtoie le contemporain grâce au Musée plein air de Lachine qui expose plus d’une cinquantaine d’œuvres contemporaines. À découvrir! 

– Chloé Mour

]]>
Ikram Mecheri <![CDATA[Du McGill Délit Français à ICI Musique Radio-Canada]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28474 2017-04-23T01:13:45Z 2017-04-21T19:26:33Z Alors qu’elle était étudiante à la faculté de gestion à McGill, Josée Bellemare a découvert Le Délit, alors le Mcgill Daily Francais. Son expérience l’a incitée à se lancer dans le journalisme et aujourd’hui elle est la directrice des émissions à la radio d’ICI Musique de Radio-Canada. Le Délit s’est entretenu avec elle pour parler de son expérience au sein du journal.

Le Délit (LD): Comment avez-vous entendu du Délit quand vous étiez à McGill?

Josée Bellemare (JB): J’ai dû voir Le Délit traîner dans un local, et je m’y suis intéressée. J’étais dans la faculté de gestion, impliquée dans diverses associations en commerce, et j’avais le goût de faire autre chose. C’est pour ça que je me suis intéressée au journalisme étudiant.

LD: Est-ce qu’il avait-il un certain contexte à McGill autour de la langue française, du Québec?

JB: Oui, c’est sûr. Il y aura toujours ce contexte dans cette université anglophone au milieu d’une province majoritairement francophone. Mais cette réalité était vécue différemment d’une faculté à l’autre. Moi, ce n’est pas par souci de me retrouver entre francophones que je suis allé au journal étudiant. C’était plus pour m’intéresser à des questions d’actualités, à la vie étudiante.   

LD: Quel était le fonctionnement du journal à cette époque-là?

JB: Je me rappelle que nous étions assez autonome. On fréquentait quand même l’équipe du journal anglophone. Ce qui me marque encore aujourd’hui, c’est à quel point nous avions le sens de la critique entre nous. J’ai rarement rencontré une équipe aussi franche et aussi droit au but dans ma carrière. Le journal était publié le mardi matin, et le mardi soir on faisait le slash: c’était de passer en revue le journal et les articles de tous le monde, en plus de préparer la production du prochain numéro. Les critiques étaient toujours constructives, j’ai vu qu’on pouvait vraiment améliorer un article.

LD: On voit que les traditions n’ont pas changées!

JB: Je vous en parle parce que c’est vraiment ce qu’il me reste de mieux, vingt-cinq plus tard (rires)! De se mettre en équipe, regarder le journal, critiquer et se faire critiquer.

LD: Quel est votre meilleur souvenir au Délit?

JB: Ah mais il y en a trop (rires)! D’un point de vue personnel, je me souviens du moment où je me suis dit que je serai journaliste dans la vie. J’écrivais un article sur l’école alternative et je me suis dit : «Un jour on va peut-être me payer pour que j’apprenne davantage et que je cultive ma curiosité». Cette idée-là me séduit encore aujourd’hui. Il y a eu d’autres moments, des bons et des plus difficiles. Et je me souviens des moments difficiles, parce qu’ils ont été formateurs.

LD: Quelle chanson mettriez-vous pour motiver votre équipe du Délit un lundi soir?

JB: On avait une chanson fétiche JB notre gang, c’était «Le phoque en Alaska» [de Beau Dommage, ndlr]. On ne la mettait pas en production, mais on finissait tous nos partys avec ça! Si je la mettais au bureau, c’est sûr que tout le monde comprendrait que c’est le temps de se serrer les coudes! 

]]>
Marc-Antoine Godin <![CDATA[Le Délit: «un laboratoire dont il faut savoir profiter»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28479 2017-04-23T01:15:49Z 2017-04-21T19:16:31Z Je vais vous faire une confidence. S’il y a le même nombre de lecteurs du Délit qu’à l’époque, je suis sûr qu’il s’agit d’une confidence.

Lorsque j’ai été embauché à La Presse, je n’ai même pas eu besoin de justifier le fait que je n’avais jamais étudié en journalisme. «À nos yeux ton expérience au journal étudiant vaut bien un bacc en journalisme.» Woah, ok!

Ce n’est pas vrai que l’Université McGill n’a aucun programme en journalisme; c’est juste qu’on n’y trouve aucun cours, aucun professeur et aucune théorie. Le programme du Délit français est entièrement pratique ! Je vous assure que ça recèle plus d’avantages que vous ne le croyez. Car si les grands principes du journalisme demeurent, les façons de faire, elles, changent continuellement. Apprendre les façons de faire sur les bancs d’école peut s’avérer une perte de temps si, au moment d’entreprendre le boulot, l’industrie est déjà passée à d’autres méthodes. C’est en tout cas ce qu’ont dit certains collègues qui, du bout des lèvres, regrettaient leurs études.

De mon expérience au Délit, il n’y a rien à regretter. C’est un laboratoire dont il faut savoir profiter. Au départ, c’est la chronique qui me venait le plus aisément. Je voulais teinter mes articles de mon point de vue. Je me prononçais pompeusement sur des sujets que je ne maîtrisais pas tout à fait. Je cherchais le style d’abord et le sujet ensuite. Tsk tsk tsk. Mais il a fallu passer par là pour me rentre compte que plus on en sait, plus il nous en reste à apprendre…

Ça fera bientôt 20 ans que j’ai quitté McGill. Ma cohorte a été parmi les dernières à faire ses études sans internet. Saint-Wiki n’était pas là pour nous sauver. Les choses n’ont changé qu’en apparence. Aujourd’hui, autant dans les cours qu’au journal, il y a certes un fond d’informations facilement accessible, un Astroturf de savoir qu’on étend sur le plancher de nos sujets. Mais après ça? Après il reste la vraie histoire à raconter, celle pour laquelle il faut fouiller, questionner… Il faut sortir, parler aux gens — les faire parler surtout — et être les porte-voix d’une réalité pas toujours belle mais néanmoins réelle. Là où il y a de l’authenticité il n’y aura pas de fake news.

J’ai appris à McGill deux conseils qui ne me quittent plus. Tout d’abord cette citation d’Yvon Deschamps: «on ne veut pas le savoir, on veut le voir». Rien à ajouter! Et puis cette riche idée que mon directeur de mémoire m’a transmise: «le plus petit contient le plus grand». En d’autres mots, inutile de vouloir décrire une réalité dans son ensemble, en trop de mots et en trop de façons de s’y perdre. Trouvez un petit exemple probant et, si vous l’exprimez bien, il va irradier une vérité beaucoup plus grande.

Sur ce, je vous laisse. Vous avez un monde à changer et moi une fille à aller chercher à la garderie.

]]>
David Groison <![CDATA[Le tournant journalistique]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28481 2017-04-23T01:18:07Z 2017-04-21T19:16:15Z Je parle souvent du Délit car cette expérience a été pour moi un tournant. J’ai créé un journal quand j’avais 11 ans, je savais déjà que je voulais être journaliste. Mais arrivé au lycée, j’ai abandonné l’idée. Ça me semblait irréalisable. Depuis ma ville de Lyon, en France, ne connaissant aucun journaliste, cela me semblait un délire inatteignable. J’ai fait alors une école d’ingénieur, un an à McGill. J’ai assez peu bossé mes cours d’informatique, mais j’ai pu m’investir dans une troupe de théâtre et la vie du journal. Et j’ai adoré ça. J’ai découvert celui qui était encore un metteur en scène peu connu, à la tête du théâtre de Quatre Sous, Wadjdi Mouawad. Une claque que j’ai voulu partager d’abord avec Maude et les copains de la rédaction… et puis avec tous les lecteurs du Délit. J’ai aussi pris un café — après l’avoir renversé de stress sur la table du bistrot — avec Gad Elmaleh. J’ai rencontré des artistes, réalisé reportages critiques et interviews. Et puis un jour, en mars, L’Oréal m’a proposé une mission d’ingénieur à New York. Je suis allé passer les entretiens, mais dans le bus qui m’a ramené la nuit vers Montréal, j’ai fait mon choix. Je leur ai dit non et ai postulé à l’École de journalisme de Lille. Je dois beaucoup au Daily et au Délit (c’est cette année là qu’on a changé de nom).

Bel anniversaire à vous.

]]>