Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2016-09-29T17:42:05Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Andreas Bercin <![CDATA[Et on court à Montréal!]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25996 2016-09-27T22:46:26Z 2016-09-27T22:45:41Z Plus de 30 000 coureurs ont participé, dimanche passé, à cette 26e édition du Marathon Rock’n Roll Oasis de Montréal. Bien courageux, ces coureurs ont aussi dû faire face au froid! Eh oui, le thermomètre affichait 5 degrés à la ligne de départ du Pont Jacques-Cartier pour les athlètes qui participaient au marathon, ainsi qu’au semi-marathon. Les amateurs de sport ont eu droit à une belle ambiance sur le pont avec un orchestre qui se trouvait là pour apporter une source de motivation, comme les nombreux orchestres essaimés tout au long du parcours. Au total, environ 10 000 athlètes ont couru les épreuves du 10km, 5km et 1km; 15 000, celui du semi-marathon (21km), alors que 5 000 champion(ne)s ont trouvé les ressources nécessaires pour s’attaquer à l’épreuve reine, le marathon (42,195km).

Historique du Marathon de Montréal

La première édition remonte à 1979, alors qu’elle portait le nom de «Marathon international de Montréal». Cette première édition commença sur le pont Jacques-Cartier et se termina sur l’île Sainte-Hélène. Pour les 25 éditions qui suivirent, la tradition voulut que le départ se fasse au même endroit.
Le plus grand changement survint au tournant du millénaire, lorsque les propriétaires du Marathon décidèrent de ne plus financer la venue de l’élite mondiale marathonienne, laissant ainsi la chance à des coureurs locaux de faire leur marque.

a-marathonMahaut Engérant | Le Délit

Bilan de l’édition cette année

La course a commencé sur l’île Sainte-Hélène, passant par le mythique circuit Gilles-Villeneuve, le Vieux-Montréal pour finalement s’achever au parc Lafontaine. Les organisateurs de l’événement ont eu du mal à planifier le parcours à cause des nombreux travaux encombrant la ville.
Cette année, la Québécoise Arianne Raby fut la première coureuse à franchir la ligne, 2 heures et 48 minutes plus tard,  alors que Karl Steinn Karlsson, un athlète islandais, fut sacré après avoir bouclé la distance en 2 heures et 24 minutes, suc- cédant au québécois Nicholas Berrouard.
En cours de trajet, des centaines de personnes se sont déplacées pour encourager les Philippidès du jour à ne rien lâcher et les motiver à aller au bout d’eux-mêmes. Parmi les fans réunis, certains avaient des pancartes où l’on pouvait lire «Vous y êtes presque! Pensez à la médaille au bout !», mais aussi «Votre détermination est notre inspiration». Le public était ainsi au rendez-vous et a joué avec les honneurs son rôle de trente mille et unième homme!

À l’année prochaine

Cette année encore, le Marathon de Montréal, qui représente d’ailleurs l’un des plus grands événements de course à pied au Canada, a connu un énorme succès. Un grand bravo à tous ces coureurs qui ont sillonné les quatre coins de la ville, avalant le bitûme avec voracité. Montréal donne rendez-vous l’année prochaine à tous les amateurs de course à pied pour la 27e édition qui se déroulera les 23 et 24 septembre 2017!

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Grace Hebert <![CDATA[Anglicisation des études à l’étranger]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25991 2016-09-27T22:37:57Z 2016-09-27T22:36:21Z Tout le monde connaît quelqu’un dans son entourage qui a étudié à l’étranger, que ce soit au lycée ou à l’université. Cette personne a certainement dû insister pour vous montrer ses photos, et ne cesse pas de détailler son expérience «incroyable et inoubliable». Mais l’expérience stéréotypée des études à l’étranger n’est pas aussi épanouissante que l’on voudrait le croire.
Lorsque j’ai moi-même décidé d’aller en échange à Strasbourg, je cherchais à améliorer ma connaissance de la langue et de la culture française, et ce en m’intégrant dans la société étudiante: je souhaitais vivre une année complètement franco- phone. Mais ça n’a pas été facile.

L’omniprésence anglophone

L’université de Strasbourg accueille plus de 44 000 étudiants chaque année, et 20% d’entre eux sont des étudiants étrangers. Cependant, malgré leur impor- tance dans le corps étudiant, ils restent à la marge de la société étudiante. Trop souvent, ils finissent par rester entre eux à cause de leur lien commun principal: l’anglais. Et pourtant… l’anglicisation de l’Europe saute aux yeux, quand on entend les français se lancer des «what’s up?» ou quand on entend une Finlandaise et un Russe qui se parlent dans un anglais digne d’un londonien bien british. Ce n’est alors pas surprenant qu’il y ait 750 millions de locuteurs qui parlent l’anglais en tant que langue étrangère, selon David Crystal, l’auteur de English as a Global Language.
Ce conflit linguistique ne nous est pas étranger: au Québec la loi 101 a été établie pour lutter contre les anglicismes, et en France quelques personnes tentent en vain de résister encore et toujours aux mots envahisseurs comme le smartphone, le week-end, ou encore stop, job… Bien sûr, ce conflit n’est pas sans avantages: la globalisation favorise la communication et la compréhension entre les cultures. L’échange interculturel n’est pas un phénomène nouveau et beaucoup pensent que c’est essentiel pour une éducation plus globale, et pour encourager une plus grande ouver- ture d’esprit.

a-echangetheophilleMahaut Engérant | Le Délit

Vents contraires

Cependant, cette unité pousse à l’unicité culturelle et menace la survie d’autres langues. C’est la nature humaine d’être attiré par ce qui est familier mais aussi ce qui est «cool», et l’anglais représente maintenant les deux… Evin Sanaa, alors que Karl Steinn Karlsson, un athlète islandais, fut sacré après avoir bouclé la distance en 2 heures et 24 minutes, suc- cédant au québécois Nicholas Berrouard.

En cours de trajet, des centaines de personnes se sont déplacées pour encourager les Philippidès du jour à ne rien lâcher et les motiver à aller auune autre étudiante de McGill qui était aussi en échange à Strasbourg dit: «Je suis d’accord que l’anglicisation du monde affecte les études à l’étranger d’une manière négative. Les écoles — surtout dans des pays anglophones — devraient être plus strictes quant au niveau de langue pour ses étudiants partant en échange. […] J’ai observé beaucoup d’étudiants qui parlent très peu ou pas du tout français…» Sans un ni- veau courant, ces étudiants vivent une expérience semblable à celle de touristes: ils se retrouvent plongés dans une culture étrangère — mais aussi étrangement familière.

Néanmoins, selon Evin, tout n’est pas perdu: «J’ai tout de même observé les effets positifs de la mondialisation quand j’ai assisté aux événements multiculturels organisés par nos hôtes français, qui pro- mouvaient la diversité. La réceptivité, l’ouverture d’esprit, et l’ambiance d’échange culturel étaient présents dans la société française.» Pour un anglophone qui veut sortir de sa zone de confort, les études à l’étranger valent la peine. Par contre, à cause de l’anglicisation de l’expérience de l’étudiant à l’étranger, des expériences linguistiques authentiques deviennent de plus en plus ardues à trouver.

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Éléonore Berne <![CDATA[«Black Lives Matter»: le combat continue]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25907 2016-09-27T22:24:40Z 2016-09-27T22:24:40Z «#Black Lives Matter»: vous en avez sûrement déjà entendu parlé. Ce «mot-clic» se traduit par «les vies noires comptent» en français. Il fait référence au mouvement militant américain qui se bat contre la discrimination des Afro-Américains par les policiers. Pour l’année 2016, 700 personnes ont été tuées par la police américaine. Parmi les victimes, il y a 173 Noirs contre 324 Blancs. Seulement, ces chiffres sont disproportionnés par rapport aux pourcentages que ces groupes représentent dans la population américaine: les Blancs forment 64 pourcents de cette société contre seulement 13% d’Afro-Américains: ils représentent une minorité de la population et ce chiffre laisse penser qu’ils sont plus victimes de la brutalité policière. C’est d’ailleurs après le tristement célèbre décès de l’Afro-Américain Martin Trayvon que le mouvement militant «Black Lives Matter» (BLM, ndlr) a vu le jour, dans le but de lutter contre le profilage racial.

Du hashtag à la manifestation

L’affaire remonte à février 2012, lorsque Georges Zimmerman, un agent de surveillance de voisinage, tire un coup de feu mortel sur le jeune afro-américain Martin. Lors de son procès, le policier invoque la légitime défense et est acquitté. Cela déclenche une indignation et une prise de conscience d’un problème racial dans la communauté Afro-Américaine aux États-Unis. C’est alors que «Black Lives Matter» est officiellement créé le 13 juillet 2013 par Alicia Garza, Opal Tometi et Patrisse Cullors. Elles écrivent un billet de soutien à la communauté Noire sur Facebook en utilisant le hashtag «les vies noires comptent», qui sera repris sur de nombreux réseaux sociaux. Après cela, elles décident d’en faire un mouvement et commencent à organiser des manifestations. La popularité du groupe est donc due en grande partie aux réseaux sociaux, qui permettent d’atteindre un large public de tout horizon. 

BLM a permis une prise de conscience internationale par rapport à un problème social jugé comme étant le plus important aux États-Unis par 13% des Américains.

Depuis 2013, trois affaires – parmi tant d’autres – sont devenues emblématiques. La mort d’Eric Garner à New-York, celle de Michael Brown à Ferguson et celle de Freddie Gray à Baltimore ont tour à tour contribué à l’expansion du mouvement. Les trois hommes étaient d’origine afro-américaine et étaient non armés lors de leur arrestation. De même, la quasi-totalité des agents de police impliqués dans leurs décès a été acquittée, accentuant l’oppression et la colère ressentie par la communauté Afro-Américaine. Face à l’injustice que la minorité subit, BLM organise des rassemblements qui attirent de plus en plus de personnes, notamment des jeunes. Ils représentent ainsi le combat de la nouvelle génération antiraciste contre la violence policière et le profilage dont les Noirs se considèrent victimes. Ils défendent également les intérêts des mouvements féministes, altermondialistes et de la communauté LGBT.

s-blacklivesVittorio Pessin | Le Délit

Un problème toujours d’actualité

Mardi dernier, le 20 septembre 2016, l’afro-américain Keith Lamont Scott a été abattu par un policier à Charlotte. Pour se justifier, les forces policières ont affirmé que Scott était en possession d’une arme et qu’il représentait un danger, ce que sa famille a nié. Depuis, de violentes manifestations ont lieu à Charlotte, qui ont causé l’arrestation d’une quarantaine de personnes.

Ces altercations entre la police et les minorités ethniques ne sont pas limitées au continent américain. Le 29 juillet 2016, une affaire similaire a eu lieu dans le Val-D’Oise, en France. Adama Traoré, un jeune français d’origine malienne, est décédé à la suite d’un contrôle de papiers qui a mal tourné. Les proches de la victime sont convaincus de la culpabilité des policiers, mais jusqu’ici, la justice française ne leur a pas donné raison. Dans les jours qui ont suivis, plusieurs manifestations ont eu lieu en mémoire de Traoré à Paris. Ce sont les premiers rassemblements «Black Lives Matter France», directement inspirés du groupe américain et formés par des associations antiracistes françaises. Ceci montre le retentissement et l’impact mondial du mouvement originel. Issu des États-Unis, sa notoriété est donc un moyen de susciter l’attention des autorités locales dans d’autres pays, comme en France par exemple.

Un mouvement parfois critiqué

«Black Lives Matter» est un mouvement activiste controversé. Il est notamment critiqué pour son slogan «les vies noires comptent». Les conservateurs américains le perçoivent comme un encouragement à la division raciale. Le 7 juillet 2016, pendant une protestation contre la mort de deux Afro-Américains, cinq policiers ont été tués. Le tireur, un ancien soldat de l’armée américaine, voulait «tuer des blancs» pour venger les victimes. BLM a tout de suite condamné l’acte et rappelé que c’était un acte isolé pour éviter tout amalgame entre le criminel et le mouvement. Cependant, pour les Républicains, cet incident prouve que le mouvement a une responsabilité dans l’incitation de la haine envers les Blancs et les policiers. «Black Lives Matter» se dit être un mouvement pacifiste, mais il arrive parfois qu’il y ait de la violence lors des manifestations. Toutefois, peut-on blâmer le mouvement pour les situations qui peuvent parfois dégénérer lors des manifestations? Quel est le lien entre ce mouvement pacifiste et les groupes plus extrémistes qui arrivent à s’immiscer au sein de ses manifestations? Parallèlement, certaines personnalités politiques ont ouvertement accusé le groupe de racisme, dont l’ancien maire de New-York, Rudy Giuliani: «Quand les gens disent que les vies des Noirs comptent (Black Lives Matter, ndlr), c’est fondamentalement raciste. Les vies des Noirs comptent. Les vies des Blancs comptent. Les vies des Asiatiques comptent. Les vies des Hispaniques comptent. C’est anti-américain et c’est raciste.» Les opposants au mouvement seraient aussi plus nombreux chez le parti des Républicains aux États-Unis, car les idéaux du mouvement seraient plus alignés avec ceux des Démocrates. Par ailleurs, 28% des Américains blancs, tout parti politique confondu, se disent contre ce mouvement.

BLM: une prise de conscience internationale

«Black Lives Matter» fait désormais partie des mouvements les plus influents de notre époque, non seulement sur le continent nord-américain mais également en Europe comme nous avons pu le voir avec l’affaire d’Adama Traoré. Internet et les réseaux sociaux – principalement Facebook et Twitter – ont permis au mouvement de s’exporter plus rapidement dans d’autres pays. BLM a permis une prise de conscience internationale par rapport à un problème social jugé comme étant le plus important aux États-Unis par 13% des Américains.  Ce mouvement issu de la société civile est désormais un symbole de la lutte contre la discrimination et le profilage racial. Mais plus encore, il incarne les évolutions de notre société vers le haut. 

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Jacques Simon <![CDATA[Dossier spécial Homa Hoodfar]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25898 2016-09-29T17:42:05Z 2016-09-27T22:23:23Z Retour sur les événements

Homa Hoodfar. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant un véritable mouvement citoyen se forme autour de lui depuis plusieurs mois. Homa Hoodfar est professeure à Concordia depuis presque trente ans. Cette iranienne d’origine est spécialiste du rôle de la femme dans les sociétés musulmanes. Elle a construit au Canada une vie, une carrière, une famille et un entourage amical. Tout cela a cependant brusquement basculé en mars, lorsqu’elle a été arrêtée puis emprisonnée alors qu’elle rendait visite à sa famille en Iran.

Des motifs de détention flous

Les raisons de son emprisonnement ne sont pas évidentes. Officiellement, elle n’est coupable d’aucun crime. Les conditions de sa captivité ne sont pas plus clairs. Elle était détenue à la prison d’Evin à Téhéran — connue pour avoir hébergé des opposants du régime iranien — avant d’être hospitalisée. Il faut en effet préciser que prof. Hoodfar souffre de myasthénie, une maladie auto-immune qui affaiblit la musculature. D’une santé fragile, elle n’a pas accès à ses médicaments.

Rassemblement solidaire

Le 21 septembre, une manifestation a été organisée place Norman-Bethune (Montréal, ndlr) pour la soutenir et pour demander au gouvernement canadien d’intervenir en sa faveur. Parmi ceux qui ont répondu présent, des amis, des collègues, des élèves de prof. Hoodfar, des personnalités publiques, mais aussi beaucoup de personnes touchées par la tragédie que vit cette montréalaise.

L’événement était coordonné par Hayley Lewis, ancienne élève de la détenue, habitant aujourd’hui au Vermont. Elle est venue avec le Bread and Puppet Theater qui jouait une pièce liant désespoir humain et néolibéralisme thatchérien. Pendant le rassemblement, des personnes ont pris la parole pour partager histoires, souvenirs et sentiments. La plupart sont des collègues de prof. Hoodfar, mais Alex Tyrrell, chef du Parti vert du Québec, a aussi fait le déplacement.

«Homa savait organiser de superbes soirées, explique une de ses amies et collègues, lorsqu’on allait chez elle, on ne savait jamais sur qui on allait tomber. La porte était toujours ouverte, c’était vraiment super.» Le portrait présenté par les proches de la détenue est flatteur. Une femme qui incarnait la joie de vivre, un humour débordant, passionnée par sa recherche, et toujours à l’écoute de ses étudiants.

La manifestation s’est déroulée sur fond de musique dansante. Certains parlaient, riaient, d’autres pleuraient, mais tous avaient une seule envie: revoir Homa Hoodfar parmi eux.

D’autres avant Homa

Le 26 septembre, une nouvelle inattendue apparaît dans la presse : «Homa Hoodfar recouvre sa liberté» publie Radio-Canada. Dans un communiqué, Justin Trudeau explique avoir travaillé «en étroite coopération» avec l’Oman, l’Italie, et la Suisse pour faire pression sur les autorités iraniennes. Même sans préciser son état de santé, ni quand elle reviendrait sur le territoire national, la nouvelle a été reçue avec joie sur les réseaux sociaux. Amnesty International a par exemple partagé la «bonne nouvelle» sur Twitter.

Homa n’est pas la première canadienne à avoir été détenue injustement en Iran. Le 23 juin 2003, Zahra Kazemi, photojournaliste indépendante, avait été arrêtée et emprisonnée dans la prison d’Evin. Le gouvernement iranien avait annoncé son décès «accidentel» le 12 juillet suivant. C’est donc en connaissance de cause que de nombreuses personnes se sont inquiétées pour Homa Hoodfar. Pendant sa détention, la pétition «académique» est montée jusqu’à 5547 signatures. Certaines personnalités importantes comme Noam Chomsky, ou le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk avaient d’ailleurs apporté leur soutien.

Le 21 septembre marquait le 107e jour de détention de professeur Hoodfar. – Jacques Simon

s-homaMahaut Engérant | Le Délit

Dialogue : deux perspectives

Les moyens de pression occidentaux ne sont pas exportables en Iran.

La nouvelle indignation trendy sur les réseaux sociaux en ce moment, c’est # freehoma. On écrit, s’écrie, on signe, on partage, on manifeste. Seulement, je refuse d’y prendre part, d’où l’espace entre mon hashtag et «freehoma».

Je ne suis pas allé à la manifestation ce 21 septembre, volontairement. Une amie y est allée et a confirmé mes doutes: la manifestation était composée essentiellement de personnes qui n’étaient vraisemblablement pas de nationalité ou d’origine iranienne, tentant de représenter ses conditions de vie dans la tristement célèbre prison Evin. Les Iraniens étaient absents d’après moi pour deux raisons. D’abord, beaucoup admettent tristement que ce n’est pas ainsi que le gouvernement pliera: l’indignation parfumée au buzz qui est si populaire ici est loin d’être monnaie courante là bas. De plus, les accusations occidentales ne font que rajouter une goutte dans un océan de reproches bien connus. Aussi, les Iraniens sont souvent dépolitisés, et pour cause, en Iran, la politique est un sujet tabou en public: les gens ont peur de la répression et de l’emprisonnement qui visent plus spécifiquement les personnes impliquées dans ces activités. En dehors de l’Iran, les Iraniens craignent que la porte leur claque dans le dos, ou pire, qu’une fois rentrés en famille, la porte se ferme sur leur cellule. C’est aussi pourquoi je ne signerai pas cet article.

On sait que l’on enferme arbitrairement, on sait que le témoignage d’un homme vaut celui de deux femmes, on sait aussi que la loi, c’est le juge, c’est à dire le mollah, qui la fait, et rien n’y est à redire. L’Iran n’est pas l’Amérique, ni l’Europe: là-bas la loi y est virtuelle. Homa n’est pas aux mains de l’opinion publique iranienne que vous croyez à tort alerter, elle est entre les doigts de nulle autre personne que le Guide Suprême, l’Ayatollah Khamenei, le même qui entonne marg bar âmrikâ! (mort à l’Amérique!) à la fin de chacune de ses interventions publiques.

L’indignation est dangereuse, elle donne un argument de plus pour les fondamentalistes de s’écrier «voyez comme ils nous détestent!» et diffuser leurs messages de haine et de violence. Elle n’ouvre pas au débat, ne met aucune pression sur le régime iranien, et alourdit la tâche du Canada, qui n’a d’ailleurs plus d’ambassade avec l’Iran depuis 2012.

L’intention est louable, mais la méthode est selon moi erronée, voire même contre-productive et dangereuse. Fondée sur une connaissance limitée mais malheureusement partagée du fonctionnement de la société iranienne, l’indignation est ici inutile, redondante et fait le jeu des personnes qui emprisonnent Homa Hoodfar. L’Iran n’est pas une démocratie libérale occidentale, et les leçons occidentales ont trop  goût de la dictature renversée à l’origine du régime actuel. Je ne condamne pas toutes ces personnes pour avoir essayé d’aider, au contraire, mais s’i il y a bien quelque chose à comprendre en Iran, c’est que parfois, en Iran, il vaut mieux se taire. – Clayton Lapomme


Le Canada doit rétablir des relations diplomatiques avec l’Iran.

Homa Hoodfar a certes été libérée, mais cela ne signifie pas que nous sommes à l’abri d’une autre crise diplomatique à l’avenir. Si le gouvernement Trudeau soutient qu’il veut rétablir les relations avec  l’Iran, cette volonté ne se concrétise pas en actions. Les répercussions de cette tension diplomatique sont donc très prononcées, surtout lorsqu’il s’agit de situation de détenus en Iran. Le Canada doit donc se précipiter pour rétablir ses relations avec l’Iran, dans le but d’empêcher la détention injustifiée et inhumaine de citoyens canadiens dans ce pays.

Récemment, le mouvement #FreeHoma a gagné en popularité et plus d’une centaine de professeur(es) et d’étudiant(es) se sont ralliés à la cause, en dénonçant cette arrestation injuste et en réclamant la libération de Homa Hoodfar. Évidemment, ce mouvement était sans doute bénéfique à la cause de Homa Hoodfar, puisque à travers ce mouvement qui s’est également répandu via les réseaux sociaux, le gouvernement iranien, mais surtout canadien, ont ressenti la pression augmenter. Cependant, dans ce cas là, le pouvoir ne se trouve pas dans les mains des citoyens mais de ceux qui nous gouvernent, les vraies questions sont: qu’est-ce que le gouvernement canadien aurait dû faire pour libérer Homa Hoodfar plus rapidement et quels étaient les réels motifs du gouvernement iranien?

Certains émettent l’hypothèse que le gouvernement iranien s’est servi de la prisonnière comme «monnaie d’échange». Thomas Juneau et Jabeur Fathally, tous deux professeurs à l’Université d’Ottawa, soutiennent que l’Iran a besoin d’une plus grande ouverture sur le monde et que la détention de Homa Hoodfar aurait signalé au Canada que l’Iran souhaite la normalisation des liens diplomatiques entre Ottawa et Téhéran. Il est à noter que quelques semaines après la visite du premier ministre Justin Trudeau en Chine ce mois-ci, Kevin Garratt, qui était prisonnier en Chine sous prétexte qu’il travaillait pour une compagnie d’espionnage canadienne, a été libéré. Le gouvernement canadien se trouve dans une situation difficile concernant la libération de prisonniers canadiens en Iran, surtout depuis la fermeture de l’ambassade canadienne à Téhéran. Mohamed  Fahmy, lui aussi ex-détenu en tant que journaliste anglophone de Al-Jazeera, soutient que le Canada doit absolument rétablir ses relations avec l’Iran et stipule que l’envoi de diplomates canadiens sur les lieux faciliterait la procédure pour la libération de futurs détenus canadiens en Iran. De bons conseils, si l’on considère qu’il s’agit d’un problème récurrent. Surtout, avec l’absence d’ambassade canadienne à Téhéran, la capture de Canadiens est plus facile pour l’Iran: le gouvernement iranien en profite surtout quand le prisonnier en question détient la citoyenneté iranienne, comme Homa Hoodfar. Le cas échéant,, la personne est soumise aux autorités iraniennes en tant que citoyenne iranienne.

Professeur Hoodfar est reconnue dans son domaine, ainsi que par ses étudiants, comme étant une académicienne qui incite ses élèves à remettre en question notre société. Elle porte aussi une attention particulière aux groupes marginalisés. Le Canada, en tant que pays libéral qui veut l’égalité et l’équité pour chacun de ses citoyens doit faire les premiers pas vers des relations pacifiques avec l’Iran en coopérant. Après tout, le gouvernement du Canada a le devoir de s’assurer que ses citoyens ne se retrouvent jamais derrière les barreaux. – Catherine Tajmir

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Luce Engérant <![CDATA[Lois de la Nature 6, 7, et de Hobbes]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25976 2016-09-27T21:24:08Z 2016-09-27T21:24:08Z chroniquevisuLuce Engérant | Le Délit ]]> Hortense Chauvin <![CDATA[Abracad-arbre]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25935 2016-09-27T22:26:29Z 2016-09-27T14:16:06Z De toutes les thèses utilisées pour expliquer notre rapport conflictuel à l’environnement, l’une d’entre elles semble particulièrement irrésistible. Il s’agit de celle du désenchantement du monde, formulée, entre autres, par le sociologue allemand Max Weber. Cette théorie postule que la science et le rapport rationaliste au monde qu’elle implique nous ont privé de notre capacité à nous émerveiller face à la magie du monde naturel. La science aurait objectivé ce qui était autrefois perçu comme un mystère. D’une relation respectueuse, spirituelle et directe avec l’environnement, fondée sur un sentiment d’appartenance à l’écosystème, nous aurions adopté une approche instrumentaliste de la nature, motivée par l’individualisme et le profit. Les forêts sont réduites à des ressources en bois, les océans à des viviers pour production massive de thon en boîte. Avec le recul de la spiritualité viendrait la désacralisation du monde.

Princesse Mononoké, film d’animation réalisé par Hayao Miyazaki, peut permettre d’illustrer les écueils de ce rapport au monde décriés par Weber. 

Exploitation contre protection

Frappé d’une malédiction par un sanglier devenu démon, le jeune Ashitaka est sommé de se rendre à l’ouest afin de comprendre les raisons de sa damnation. Il y rencontre Dame Eboshi, cheffe du village des forges. Cette dernière met tout en œuvre pour se débarrasser des dieux qui peuplent la forêt environnante afin de mieux l’exploiter. En s’attelant à cette tâche, elle a provoqué la colère des divinités de la forêt qui essayent désespérément de la protéger. Alors qu’elle projette de tuer le puissant dieu-cerf afin de revendre sa tête magique à l’empereur, Ashitaka rejoint San, une humaine misanthrope élevée par des dieux-loups. Ils s’allient pour faire entendre raison à Dame Eboshi, refusant de voir en la forêt autre chose qu’une source de profit. Lorsqu’elle parvient enfin à décapiter le dieu-cerf, la forêt s’éteint avec lui. Ashitaka et San s’efforceront alors de rétablir l’équilibre préexistant et de sauver un écosystème en phase d’être irrémédiablement détruit.

Princesse Mononoké peut donc être lu à travers le prisme de la thèse de Weber. Le film dépeint en effet un conflit idéologique entre une vision spirituelle, respectueuse et holistique de la nature, imprégnée de shinto, et le danger d’un rationalisme destructeur. À ce titre, il met en garde contre une approche matérialiste de l’environnement, dissociant les êtres humains des écosystèmes dont ils font partie.

La science est-elle coupable?

Si, comme le démontre Miyazaki, la réduction de l’environnement à une ressource commerciale est détestable, il semble cependant illusoire de réduire la science à une méthode raisonnée de destruction du monde comme le suggère Weber. D’une part, si elle est essentielle à la constatation des transformations actuelles de l’environnement et à la lutte contre sa dégradation, cette approche recèle également son lot de poésie. En 1984, l’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves dévoilait dans son ouvrage Poussières d’étoiles que nous partagions avec les arbres, les roches et l’ensemble du monde vivant la même qualité, celle de descendre des astres et des atomes qui les composent. L’ensemble des éléments qui nous constitue aurait en effet été engendré pour la toute première fois au cœur d’étoiles vieilles de milliards d’années. De quoi redéfinir notre rapport à l’écosystème. L’astronomie partage avec d’autres disciplines scientifiques la capacité de nous faire changer d’échelle et de tourner en ridicule notre anthropocentrisme et nos velléités de contrôle du vivant. La géologie nous donne le vertige, l’entomologie nous révèle le charme du minuscule.

Plus que la science, qui s’attache avant tout à comprendre et découvrir, c’est le caractère éthique (ou non) de son utilisation qu’il s’agit d’interroger. Il semble possible de réconcilier les antonymes et de parvenir à adopter une perspective environnementale respectueuse et multidisciplinaire, à la fois scientifique et holistique. La rationnelle Dame Eboshi est certes punie pour son instrumentalisation de la nature, mais jamais frappée d’anathème. Dans les films d’animation comme dans la réalité, il est toujours l’heure de changer son rapport au monde. 

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Jacques Simon <![CDATA[Le punk n’est pas mort]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25931 2016-09-27T14:12:26Z 2016-09-27T14:12:26Z Vous connaissez peut-être cet album mythique des Velvet Underground. Mais si, celui sur lequel trône une banane mûre, que l’on peut «éplucher» pour dévoiler un intérieur rose fluo. À l’époque de sa sortie, une légende urbaine disait qu’en léchant l’album, on partait dans un trip d’acide merveilleux. Cependant vous connaissez probablement moins bien les artistes qui ont fait cet album. Lou Reed, Nico, Sterling Morrison, Maureen Tucker et… John Cale. Ce dernier était en ville dans le cadre du festival Pop Montréal. Il était en concert le 22 septembre, et le 23 à l’auditorium Maxwell-Cummings pour une conférence animée par Will Straw. C’est dans une salle noire que sont arrivées une petite centaine de personnes pour découvrir ce géant des décennies passées.

John Cale, ce phénomène

Malgré son apparence frêle et ses cheveux gris, c’est un homme impressionnant qui a partagé un moment avec nous. Nonchalamment, il égrena ses souvenirs de l’époque où il fréquentait Patti Smith, Andy Warhol, Yoko et John, ou encore Iggy Pop. Comme si de rien n’était, il évoqua les séances d’enregistrement qui carburaient à la méthamphétamine et autres stimulants un poil douteux…

a-johncaleClément Bletton (alias LeBlett)

Rock, punk, musique expérimentale, hip hop, John Cale connaît tout et a touché à tout. Quand on l’écoute, on sent celui qui a baigné dans le milieu depuis de longues années. Et lorsqu’il part dans un long monologue à base d’harmoniques, de tierces, et de gammes doriennes, le tout accordé au ronronnement du frigo… vraiment, on sent bien que peu peuvent espérer lui arriver à la cheville. Un phénomène.

John Cale, une vie de folie

Né en 1942 au Pays de Galle, John Cale commence la musique très tôt. Sa carrière, elle, démarre au moment de sa rencontre avec Lou Reed, avec qui il forme le Velvet Underground, le groupe qui le rendra célèbre. Lorsqu’il s’en sépare en 1968, il commence une carrière solo et se convertit également au métier de producteur. Il travaille donc avec  divers artistes, et participe à la création de disques qui vont marquer l’histoire de la musique, dont Horses de Patti Smith, ou l’album éponyme des Stooges. Hors du champ de la musique, il écrit un livre, et s’intéresse à des formes d’arts variées, dont celle de la mode.

John Cale, une idole

Après 45 minutes d’entrevue, Will Straw fit passer le micro à travers le public pour une session de questions-réponses. Visiblement conquise, l’audience voulait tout savoir à propos de tout. Parlez-nous de votre enfance. Quelle collaboration avez-vous préférée? Comment était New York dans les années 1970? Que pensez vous de la musique aujourd’hui?

Le public rassemblé autour de Cale était varié. De vieux baba-cools, certes, mais aussi de nombreux jeunes, venus voir un des acteurs principaux d’une époque qu’ils vénèrent. Un groupe de filles, buvant discrètement du whisky sorti d’un masson jar regardait avec de grands yeux cet homme qui avait vécu une époque qu’elles auraient manifestement bien voulu connaître.

Lorsque le micro leur arrive, l’une d’entre elles se lève, et demande à Cale s’il pense que le punk est mort. Il répond en souriant, que non, il est toujours bien là, et que ce sont les festivals et les communautés qui se réclament de lui et qui le font vivre.

Eh oui, les musiciens vieillissent (ou disparaissent avant l’heure dans le cas de pas mal de ceux que Cale a côtoyés!), mais la musique, elle, reste. 

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Mahée Merica <![CDATA[Des maux à dire]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25918 2016-09-28T20:56:47Z 2016-09-27T14:05:53Z Après avoir attendu près de six mois, j’ai enfin pu voir le dernier film de Xavier Dolan, Juste la Fin du Monde sorti le 21 septembre en salles. L’histoire est celle de Louis (Gaspard Ulliel) qui, après douze ans d’absence qu’il a consacré à sa carrière dans le théâtre, rend visite à sa famille (Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, et Léa Seydoux) afin de leur annoncer sa mort prochaine des suites de son infection par le SIDA. La canicule pèse sur ce déjeuner de famille et l’orage menace tandis que les conversations s’animent.

Violence cinématographique

La nouvelle œuvre de Dolan est pleine d’une violence contenue qui pèse tant sur les personnages que sur l’audience. L’unité de lieu, cette maison aux volets fermés et aux murs sombres, enferme littéralement les personnages dans un huis clos infernal. Le choix du génie québécois de rendre captif ses protagonistes dans des plans rapprochés matérialise efficacement leur incapacité à communiquer les uns avec les autres. La mise en scène et le cadrage créent une atmosphère anxiogène permettant aux spectateurs de s’identifier avec la détresse des personnages.

Cette violence, Dolan la fait aussi planer sur son film à travers la puissance des non-dits. En effet, si le film est très bavard, les personnages sont complétement inaptes à formuler une pensée articulée et à exprimer ce qui les ronge de l’intérieur : qu’il s’agisse de l’annonce de cette terrible nouvelle pour Louis, du sentiment d’abandon perçu par le reste de la famille qui passe son temps à lui reprocher implicitement son succès personnel, mais surtout, de cet indicible amour qui les consume mais qu’aucun d’eux n’arrivent à mettre en mot.

14466403_10154598445893493_678745658_oShayne Laverdière, courtoisie de Sons of Manual

Cette incapacité à communiquer frustre le spectateur d’autant que la tension, pourtant croissante tout le long du film, s’apaise de temps à autres lors de flash-backs semblant indiquer que le bonheur n’est pas hors de portée. La poésie de la photographie de ces flash-backs, tous éveillés par et reposant sur les autres sens que la vue font frissonner. Le contraste que ces pièces forment avec le reste du film ne font qu’amplifier l’émotion dégagée par l’histoire : il semble simple d’être heureux et pourtant les personnages sont incapables d’y parvenir.

Entre maturité et rigidité

Xavier Dolan confirme, après Mommy, qu’il a bien mûri. Il maîtrise sa caméra mieux que jamais et utilise tous les paramètres (la lumière, le son, le cadrage, la composition de l’image, les costumes et le montage) pour servir son propos d’une manière à la fois poétique et efficace. Le jeune réalisateur ne cesse d’évoluer avec virtuose ; il ne se repose pas sur ses lauriers et prouve qu’il continue à progresser continuellement.

Le casting cinq étoiles du film, quant à lui, incarne à la perfection ces estropiés de l’amour familial. Baye, en mère fantasque qui cache ses émotions à travers sa bonne humeur constante et son humour parfois gênant, parvient à contrebalancer l’ambiance pesante du film. Ulliel utilise ses expressions faciales afin de transmettre tout ce que son personnage n’arrive pas à mettre en mots et, malgré la brièveté de ses lignes, réussit à fournir une performance très expressive. Cassel est comme à son habitude excellent et dévoile subtilement les failles de son personnage qui tente de les cacher sous un masque de colère permanentent. La mention spéciale revient à Seydoux qui brille en tant que petite sœur à fleur de peau essayant de comprendre et de pardonner mais dont la spontanéité reste contrainte par cette incapacité à exprimer ce qu’elle ressent réellement. Seule ombre au tableau, la performance de Cotillard qui n’arrive pas à rendre la bégayante Catherine convaincante.

Autre bémol, la maîtrise totale qu’a le réalisateur sur son œuvre ainsi que le contrôle complet qu’il exerce sur tous les paramètres font perdre à Juste la Fin du Monde la légèreté et la spontanéité de ses précédents films – eh oui, même Mommy . Il est vrai que le sujet ne s’y prête pas vraiment, mais cette impression d’assister à une pièce réglée au millimètre près nous fait tout de même regretter  un peu  la fraîcheur de l’«ancien» Dolan.

Le spectacle est malgré tout plus que plaisant. Dolan magnifie la pièce de Lagarce en bouleversant les spectateurs. Il arrive également toujours à surprendre et impressionner ; il parvient encore à repousser ses limites ainsi que celles de ses comédiens qui ne sont pourtant pas à leur coup d’essai. Le film venant d’entrer dans la course aux Oscars, on ne peut que lui souhaiter autant de succès qu’il n’a déjà eu au Festival de Cannes.

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Louise Kronenberger <![CDATA[Sous les sunlights d’Éthiopie]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25925 2016-09-27T17:36:48Z 2016-09-27T14:03:10Z c-aidaYves Renaud

Samedi 17 septembre a eu lieu la première de Aida, un opéra composé par le célèbre Verdi. L’équipe du Délit s’y est rendu, commençant par une visite des coulisses orchestrée par Pierre Dufour, directeur sortant. Le public est venu nombreux assister à la représentation de ce classique, la salle était presque comble. Les lumières s’éteignirent, l’orchestre commença à jouer et le rideau se leva.

Un drame exotique

Au temps de l’Égypte ancienne, Radamès, chef de la garde, souhaite être désigné comme chef des armées égyptiennes afin de lutter contre l’invasion de l’Éthiopie. Celui-ci est épris d’Aida, esclave éthiopienne de la fille du roi. Celle-ci l’aime en retour, mais ce n’est pas si simple que cela, car la fille du roi, Amnéris, est aussi amoureuse du chef guerrier. Radamès est désigné pour le poste qu’il convoitait tant. En récompense de sa victoire, le roi lui offre la main de la princesse. Il accepte à contre-cœur. Entre temps, le père d’Aida, qui est en réalité le roi d’Éthiopie, est retrouvé et fait prisonnier. Radamès demande à ce qu’il soit épargné et que lui et Aida retrouvent leur liberté. Aida tente de pousser Radamès à prendre la fuite avec elle. Celui-ci lui révèle un secret militaire, que le père d’Aida entend, ce qui compromet la tactique et la victoire égyptienne. Radamès se fait prendre: condamné à être enterré vivant pour traîtrise, il accepte son sort alors qu’Aida et son père fuient. Finalement, Aida se glisse dans son tombeau, et les deux amoureux meurent dans les bras l’un de l’autre.

Cet opéra en quatre actes, commande du khédive égyptien, a été crée à l’occasion des fêtes d’inauguration du canal de Suez en 1871, et joué pour la première fois à l’inauguration de l’Opéra du Caire. L’égyptologue Auguste-Édouard Mariette est à l’origine de l’intrigue.

Une réussite

Tout est là pour vous en mettre plein les yeux et les oreilles. Les costumes et décors sont éblouissants, et d’un réalisme surprenant. On se croirait presque dans un temple égyptien. Les décors changent au fil du spectacle. Ils sont aussi bien réalisés les uns que les autres. Chapeau bas à Claude Girard qui en est le créateur. L’opéra est ponctué de passages contenant de courtes chorégraphies, elles aussi très bien pensées. Encore une fois, les costumes participent à rendre ces scènes magiques. Il y a un réel jeu avec la culture visuelle égyptienne. Non seulement les costumes des personnages sont en accord avec les traditions, mais à certains moments les danseurs portent des symboles rappelant les divinités. Les chanteurs, au coffre impressionnant, sont également très bons, et ravissent nos oreilles. Cette première était donc un succès.

L’opéra est l’art scénique le plus cher, ce qui explique le prix des billets. Aida a mobilisé aux alentours de 250 personnes au total. L’Opéra de Montréal participe cependant à la démocratisation de cet art en ayant une programmation qui présente des classiques à des tarifs très avantageux pour les moins de trente ans. Encore plus de bonnes raisons d’aller voir les spectacles suivants. 

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Margaux Sporrer <![CDATA[«Les solutions existent!»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25921 2016-09-27T13:59:23Z 2016-09-27T13:59:23Z Fort de son succès, Demain, de Mélanie Laurent et Cyril Dion, est en salle au cinéma Beaubien, plus de dix mois après sa sortie. Ce documentaire raconte la prise de conscience qui a suivi la sortie de l’étude du journal Nature en 2012, annonçant la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100 en raison de l’évolution de notre mode de croissance. À la différence des documentaires angoissants, pessimistes et sombres, le film adopte une attitude positive, pédagogique et même ludique. Il nous propose des solutions et nous fait découvrir des communautés qui agissent tous les jours à leur échelle pour réinventer notre monde.

c-demainDemain le film

Loin des cris alarmistes

Au fil du film, Mélanie Laurent et Cyril Dion nous guident à travers la découverte d’un monde qui ne demande qu’à changer. Ils nous proposent d’explorer des solutions dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et finalement, l’éducation. Dans chacun de ses chapitres, le road-movie fait voyager le spectateur dans des pays où des mouvements alternatifs sont déjà en marche. On réalise ainsi très vite que les résultats sont là, et qu’ils sont tellement prometteurs que l’on ne peut s’empêcher de se sentir concerné et capable de contribuer à l’effort commun.

Dans le domaine de l’agriculture par exemple, les concepts de micro-fermes, d’alliances entre agricultures urbaines et rurales, et de permaculture font beaucoup réfléchir. Il faut encourager une densification et une diversification des cultures en se basant sur l’exemple naturel des écosystèmes. Les résultats sont stupéfiants, car en travaillant manuellement une parcelle de seulement 1000 mètres carrés, le chiffre d’affaire annuel dégagé par la ferme du Bec Hellouin en Normandie est de 54 000 euros. Des études expliquent même que ces micro-fermes pourraient nourrir 10 à 12 milliards d’habitants!

Le film développe une bien longue liste de solutions, que nous ne pourrions détailler ici, mais elles existent bien déjà, sont concrètes, intelligentes et accessibles à tous.

Une révolution sociale

Le monde de demain devra être différent de celui d’aujourd’hui.  Et comme le montre le film, cela passe par l’éducation. On nous encourage à prendre conscience de notre pouvoir et à cultiver notre autonomie, notre responsabilité et notre créativité. La clé est de créer des systèmes de relations plus complexes, enrichis et diversifiés où chacun participe activement à une démocratie véritable. Chacun, en contribuant avec ses spécificités, permet de renforcer et de stabiliser un monde et des ressources qui ne sont pas inépuisables.

Le parti pris par Mélanie Laurent et Cyril Dion est didactique, car il promeut une éducation des prochaines générations à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. En regardant ce film, on comprend que ce n’est pas à l’échelle des états que se font les véritables changements, mais à celle des villes et des quartiers. C’est ainsi que l’on reconstruit un écosystème social.

Ce que l’on pourrait retenir du film c’est que, loin d’être culpabilisant, il offre une vision rafraichissante et pleine d’espoir sur un avenir qui nous concerne tous. Chacun peut s’engager à sa façon, à son échelle et transmettre aux autres sa connaissance et son enthousiasme. Finalement, c’est un film qui est beau, intelligent, différent et qui devrait être vu par tout le monde.

À Montréal, par exemple, il est facile de s’engager, déjà en consommant localement, en recyclant et en réutilisant. Pour ceux qui veulent aller plus loin en s’engageant dans des projets concrets, vous pouvez vous renseigner sur les programmes du site d’Outremont ou de la Coop Bioma, pour n’en citer que deux.

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Alina Lasry <![CDATA[Xavier Dolan, un artiste absolu]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25914 2016-09-27T13:52:27Z 2016-09-27T13:51:18Z Xavier Dolan, scénariste, réalisateur, producteur et acteur, vient de réaliser son sixième film à seulement 27 ans. Certains le qualifient de  prodige, de génie, « d’ovni » ou encore de marginal. Tous essayent avec difficulté de décrire son talent hors norme grâce à toutes sortes d’adjectifs flatteurs. Juste la fin du monde, Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2016, est sorti en salle au Québec et en France le 21 septembre. Le casting comprend cinq grands acteurs français que Xavier Dolan admire depuis très longtemps: Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Marion Cotillard et la célèbre Nathalie Baye, à laquelle il avait déjà confié un rôle dans son film Laurence Anyways en 2012.

Une danse cinématographique

On sent l’énergie de cet  «artiste absolu»  bouillonner dans chacun de ses films, ainsi qu’un sincère besoin de s’exprimer. Dolan est cinéaste, mais grâce à son talent d’acteur il orchestre ses films comme une chorégraphie: tout est calculé, réfléchi et esthétique. Chaque trait de ses personnages est pensé, chaque détail dans les costumes est apprêté afin que le spectateur et l’acteur soient pleinement projetés dans l’univers de chaque personnage.

Les acteurs clament que de travailler avec Xavier Dolan est une chance. Il parvient à laisser une telle liberté aux comédiens sur le plateau que ces derniers s’abandonnent dans les personnages qu’ils incarnent, grâce à une mise en scène aboutie et sinueuse. Xavier Dolan désire travailler dans le bonheur tout en restant exigeant pour parvenir à son but.

Une langue poétique, cadencée et juste est toujours au rendez-vous. On y retrouve tous les arts: la littérature, la poésie mais aussi la peinture. Des plans photo insolites, à la limite du réel, fusionnent pourtant naturellement avec le reste des images. Le réalisateur s’inspire beaucoup de photographies et de magazines de mode afin de concevoir l’environnement de chacun de ses films. Quant à ses choix musicaux, ils sont surprenants et inattendus, et vont de musiques commerciales et populaires à des chansons ayant marqué son enfance et son adolescence. On y retrouve aussi bien des symphonies de Brahms que des suites de Bach.

Xavier Dolan nous immerge presque physiquement dans son monde cinématographique — un monde véritablement à son image — grâce à une mise en scène au service de l’émotion.

Le théâtre semble également avoir une grande importance aux yeux de l’artiste. Avec Juste la fin du monde, il adapte au cinéma pour la deuxième fois une pièce de théâtre, en l’occurrence la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce. Sa première adaptation théâtrale à l’écran était celle de Tom à la ferme, de Michel Marc Bouchard.

Un cinéaste aguichant

En 2014, il se vit décerner à Cannes le Prix du Jury pour Mommy, un film puissant  qui a permis au jeune réalisateur québécois de se faire connaitre à l’échelle internationale.

Avec son style très marqué, Xavier Dolan partage sa profonde sensibilité grâce à une thématique récurrente dans tous ses films: les relations familiales, et tout particulièrement les relations mère-fils.

c-dolanFrederique

Dans J’ai tué ma mère, Dolan dépeint une relation orageuse entre une femme et son fils adolescent, et commence déjà à brosser des portraits de femmes qu’il défend avec beaucoup d’amour. Il écrit assidûment des rôles de mères étonnants et incroyables. Le personnage d’Hubert, interprété par le réalisateur lui-même, est celui d’un garçon frénétique et poétique, plein de désirs ardents.

On reconnaît encore sa griffe émotionnelle dans Les Amours imaginaires, qui aborde selon lui «l’incompétence des hommes et des femmes à gérer le sentiment amoureux» et  «qui parle d’amour sans jamais en parler» pour reprendre les mots de Monia Choukri, actrice dans ce film.

Xavier Dolan aborde aussi des sujets qui touchent à l’âme humaine, comme la question de l’identité ou celle de l’amour impossible. Avec  Laurence Anyways, le réalisateur dit «casser le tabou de la transsexualité». Il ajoute que ce film est surtout une histoire sur l’amour confronté aux décisions les plus cruelles, les plus importantes, comme celle de vivre. Dans ce film, Dolan se concentre davantage sur des réflexions qui pourraient affecter chacun d’entre nous, et utilise des sujets qu’il connaît et qui lui tiennent à cœur afin de parler de thèmes plus accessibles, purement humains.

En outre, on a pu percevoir la sensibilité de ce jeune artiste durant ses discours intenses, influents et sensibles à Cannes. Il profite des tribunes pour faire passer des messages qui lui sont chers. En s’adressant aux jeunes de son âge en 2014 durant son discours de remerciement pour Mommy, il a donné espoir à sa génération en déclarant que «tout est possible à qui rêve, ose, travaille, et n’abandonne jamais». À Cannes en 2016, Xavier Dolan exprima notamment son sentiment à propos de l’incertitude d’être aimé, sujet souvent abordé dans ses films, mais auquel il est aussi  souvent confronté en tant qu’acteur. Il termina son discours en citant Anatole France, qui déclarait «préférer la folie des passions à la sagesse de l’indifférence». Il déclara également dans une entrevue rester fidèle aux choses, aux sentiments, aux émotions qu’il aime et qui le transportent.

Toujours attentif au moindre frémissement des acteurs et des personnages, et soucieux de nous plonger dans les univers qu’il crée, Xavier Dolan nous immerge presque physiquement dans son monde cinématographique — un monde véritablement à son image — grâce à une mise en scène au service de l’émotion. 

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Ronny Al-Nosir <![CDATA[Vers la troisième révolution industrielle]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25910 2016-09-27T13:38:11Z 2016-09-27T13:36:58Z Le nom de Jeremy Rifkin, pour les adeptes de cette discipline qu’est l’économie, en est un qui soulève une variété d’opinions. Si certaines des critiques sont assez féroces, lui reprochant un manque de rigueur scientifique, on ne peut nier que M. Rifkin a su se bâtir une renommée dans la communauté internationale comme l’un des experts de l’économie sociale les plus respectés.

C’est partiellement en raison de ce renom que le premier ministre Philippe Couillard, ainsi que l’équipe organisatrice du Forum des idées pour le Québec ont jugé bon d’inviter M. Rifkin à s’adresser aux participants. Cette conférence dont la 4e édition s’est tenue les 23, 24 et 25 septembre derniers à Saint-Lambert avait comme thème les politiques sociales du 21e siècle. M. Rifkin a longuement parlé des changements industriels et technologiques qui amèneraient notre planète vers la prochaine ère. Plus urgemment, il a souligné l’importance d’adapter nos économies et nos marchés à ce changement, afin de combattre le réchauffement climatique et d’assurer la survie de l’espèce humaine.

i-jeremy-riffkinMahaut Engérant | Le Délit

Crépuscule de la deuxième révolution industrielle

S’adressant à la salle via vidéoconférence en direct de l’Espagne, M. Rifkin a parlé pendant plus d’une heure. Il a d’abord débuté avec une perspective historique, expliquant que chaque révolution industrielle fut accompagnée d’une innovation en matière de communication, d’énergie et de transport. C’est la combinaison de ces trois types d’innovations qui permet d’enclencher une révolution industrielle. La première, au 19e  siècle, est venue avec l’invention de l’imprimerie à vapeur, le charbon et la locomotive à vapeur. La deuxième, au 20e siècle, fut due à l’invention de la radio et de la télévision, et au moteur à combustion.

Cette deuxième révolution industrielle est, selon Rifkin, bel et bien terminée. En effet, si elle a permis de projeter les industries vers le futur, son temps est maintenant révolu. Pourquoi? En raison du plafonnement de son efficacité énergétique agréée. Rifkin raconte que, suite à l’élection d’Angela Merkel comme chancelière de l’Allemagne, il l’aurait prévenue que la meilleure façon d’assurer la pérennité économique de l’Allemagne serait de maximiser son efficacité énergétique. Tout simplement, il s’agit de minimiser son entrée d’énergie et maximiser le rendement énergétique. Rifkin cite le Japon comme le pays ayant atteint la plus haute efficacité énergétique: 20%. Même si ce chiffre est une conséquence du miracle économique japonais, Rifkin affirme qu’il est une sorte de plafond dans l’ère industrielle du 20e  siècle. Pour passer ce seuil, il faut regarder vers une autre révolution…

Maintenant, la troisième

Alors que le pétrole, les automobiles et les appareils électriques ne sont plus novateurs, Rifkin parle désormais de la troisième révolution industrielle. Comme on peut en douter, cette nouvelle révolution est partie d’Internet. Effectivement, Rifkin parle d’un Internet de la communication, l’Internet de l’énergie et l’Internet du transport. Combinés ensemble, ces trois éléments constituent ce que Rifkin baptise «l’Internet des choses».

L’économie du coût marginal zéro

Cette troisième révolution industrielle donnera évidemment naissance à une nouvelle ère économique. En théorie économique, le coût marginal est le prix qu’une firme doit débourser pour produire une nouvelle unité de vente. Normalement, il s’agit d’un coût important à considérer pour les compagnies dans la production de leurs produits. Cependant, dans cette nouvelle ère technologique de l’Internet Rifkin fait réaliser que notre économie se transforme rapidement en un environnement dans lequel le coût marginal est de zéro.

Prenons en exemple les industries du jeu vidéo et de la musique. En octobre, la compagnie Electronic Arts (EA,  ndlr) lancera son nouveau jeu de tir à la première personne Battlefield 1. Ce jeu, tant attendu par les consommateurs, sera vendu en copie physique sur un disque en magasin et en ligne sur différents magasins digitaux. Pour chacune des copies physiques mises en marché, EA devra encaisser un coût supplémentaire, alors que pour les copies digitales du jeu, il n’en coûtera pas plus cher. De façon similaire, un musicien qui produit un album n’aura pas à débourser plus d’argent pour diffuser sa musique à une ou un million de personnes, grâce aux plateformes telles que YouTube, Spotify et Apple Music. C’est ce que l’on appelle le coût marginal zéro.

L’économie de partage

En plus de ce coût marginal zéro, Rifkin n’a pas manqué de parler de l’importance de l’économie de partage. En effet, selon lui, les innovations telles que Uber et Airbnb ont un impact plus que positif. Par exemple, en citant Larry Burns, haut placé chez General Motors, le partage des voitures pourrait éliminer plus de 80% de celles qui se trouvent sur la route.

En vantant l’économie de partage, et en soulignant la signification du coût marginal zéro, Rifkin nous incite à repenser notre façon de voir les économies mondiales. Il affirme que l’économie de partage est le premier nouveau système économique à être mis en place depuis l’ascension du capitalisme et du socialisme. Une véritable révolution.

Le cri du cœur de Rifkin

Devant un auditorium plein au Collège Champlain, en présence du premier ministre Philippe Couillard, Rifkin a su captiver. Dans sa longue intervention, qui a duré plus d’une heure, Rifkin a interpellé jeunes et moins jeunes. Et l’auditoire en a fait de même en période de questions. En réponse à ces questions, Rifkin dit que le capital social, outil  que le Québec a historiquement toujours bien utilisé, serait le moteur de cette révolution, plutôt que l’État-nation. Également, Rifkin a réitéré l’importance de se concentrer sur des initiatives locales, alors que l’on va de la globalisation à la glocalisation (mot valise de globalisation et localisation, ndlr).

Dans son plaidoyer, Rifkin n’a pas hésité à affirmer la chose suivante: d’ici huit décennies, nous allons perdre plus de 50% des formes de vie sur Terre. Selon lui, cela représente la sixième ère d’extinction de l’Histoire. Ceci peut paraître assez alarmiste pour certains, mais le discours de Rifkin était de nature plutôt rhétorique. Cependant, il a aussi partagé des statistiques assez inquiétantes pour faire passer son message. L’économiste américain a été clair: il faut vite adapter nos économies et nos marchés à la nouvelle révolution industrielle, ou notre civilisation pourrait être en danger. La balle est dans notre camp. 

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Lisa Marrache <![CDATA[L’intranet le plus censuré au monde]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25902 2016-09-28T22:07:02Z 2016-09-27T13:27:22Z Bienvenue en Corée du Nord, pays abritant environs 25 millions d’habitants mais dont seulement deux millions ont un accès régulier à l’internet. Pays ayant un seul intranet — différent de l’internet, le réseau public mondial — établi en 2000 et appelé Kwangmyong. Pays disposant de 28 sites accessibles au public par rapport aux 1,3 milliards de sites existants dans le monde. Pays ayant un mode de censure abusif et strict. Les seules personnes connaissant Internet tel que nous le connaissons? Kim Jong-Un, «leader suprême» et dictateur depuis 2011, et une dizaine de membre de l’élite coréenne, tous reliés au despote d’une manière ou d’une autre.

coreedunordMahaut Engérant | Le Délit

Accès impossible

En plus de censurer son net de manière extrême, la Corée du Nord fait tout pour rendre la connexion à Kwangmyong impossible à ses citoyens. Le pourcentage de la population ayant un ordinateur étant extrêmement faible — il faut avoir une autorisation officielle et beaucoup d’argent pour détenir une telle machine — la façon la plus courante de «surfer» sur le net est de se rendre dans des cybercafés ou il faut payer pour sa connexion au web.  Celle-ci est connue pour être anormalement lente et excessivement chère. Pour une heure de connexion, il est nécessaire de débourser en moyenne six euros soit un cinquième du salaire mensuel moyen en Corée du Nord. Autant dire qu’il est inconcevable pour la plupart de la population de se permettre un tel luxe.

Le but de cette quasi-impossibilité d’accéder à un web ultra-contrôlé? Éliminer la liberté d’expression et implémenter un phénomène de désinformation. Ainsi, l’État contrôle la population et renforce la propagande vantant ses mérites. Ce qui permet donc un endoctrinement complet de la nation entière.

La découverte d’un réseau famélique

Une récente erreur informatique a été commise conduisant à la fuite des noms des 28 sites auxquelles les nord-coréens ont accès à travers Kwangmyong. Alors que ces sites ne sont normalement pas accessibles depuis l’extérieur du pays, leurs adresses DNS ont été révélées, permettant à n’importe qui de se connecter à ces sites. On y trouve des sites coréens d’information, de recettes, de cours éducatifs, des formes rudimentaires d’email…Parmi les 28 sites, 11 tournent autour du Kim-Jong-Un et font son éloge tout en vantant les mérites de son régime. Alors que beaucoup de sites sont instables et toujours inaccessibles pour le moment, cette brèche du système nord-coréen donne un aperçu de l’intranet dans l’un des pays les plus répressifs du monde. Des captures d’écrans, permettant de se faire une idée de ce à quoi ressemblent ces sites, sont disponibles partout sur Internet et choquent les internautes de part le monde… Cette erreur informatique confirme l’horreur du régime autoritaire mis en place en Corée du Nord et nous pousse à mieux apprécier l’ampleur de notre liberté. 

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L'équipe du Délit <![CDATA[Étudiants en échange…]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25889 2016-09-29T00:40:45Z 2016-09-27T13:04:09Z Partir en échange: rencontrer de nouvelles têtes par douzaines, se dérober aux rigueurs académiques mcgilloises, découvrir une nouvelle ville, un nouveau pays, sa culture… C’est tout ça partir en échange, mais c’est aussi observer l’université autrement. Car McGill n’a pas inventé la roue et les choses se font différemment autre part. Ne nous prenez pas au mot, voyez par vous même!


Vie étudiante

ROYAUME-UNI
Jean-Félix Bellavance
Université de Manchester

Hormis l’obsession de Stephen Harper pour la reine et les 50 millions de dollars annuels donnés à la famille royale, les Canadiens ont en général une opinion assez positive des Britanniques: polis, éduqués, blêmes et très actifs sur LAD Bible (une communauté d’internautes qui partagent des photos et vidéos amusantes, ndlr). Nous avons tous bien vu le 23 juin dernier à quel point la Grande-Bretagne est divisée entre sa capitale, Londres, et ses campagnes. Un échange à Manchester permet d’être aux premières loges pour observer ce phénomène social et, croyez-moi, ça clash! Sans vouloir enchaîner les anglicismes, la ville, tout comme l’accent de ses habitants, est plutôt trash: «Mate mate! Give me 5 quid o I’ll shank ya mate!». Il faut se mettre dans l’ambiance mais c’est super chaleureux! D’un point de vue plus sérieux, les installations scolaires sont assez similaires à celles de McGill, peut-être même un peu plus modernes (sauf les chaises de Bronfman à 600$, certes). Le point de divergence est plutôt au niveau des résidences: nous sommes loin des hôtels 4 étoiles que sont la Citadelle et New Rez; on joue plutôt dans le style Guantanamo, un style qui se prête très bien à l’ambiance festive cependant. Les résidences sont à environ 20 minutes en double-decker bus du centre et des clubs. Les clubs? Oui! C’est environ tout ce qu’on trouve à Manchester: clubs, poulet frit, pizza et football. Je vous laisse imaginer à quoi ressemblent les trajets au deuxième étage de l’autobus entre les résidences et les clubs en soirée… Ouch! Pour résumer, c’est la meilleure ville pour aller en échange: un examen par semestre, gens sympathiquement intoxiqués, très hipster, Ryanair à proximité et on peut même y trouver l’amour! Cheers mate

AUSTRALIE
Mahée Merica
Université nationale d’Australie (ANU, Australian National University, ndlr)

C’est peu dire que Canberra ne jouit pas d’une réputation très excitante. La découverte du campus d’ANU a cependant hissé ce mythe au rang de mensonge dans mon esprit: immense, il occupe un bon tiers de la capitale et tel une ville dans la ville il accueille en son sein plusieurs cafés, restaurants et bars, de belles bibliothèques, un centre sportif, quelques boutiques, plusieurs terrains de foot, deux théâtres et même un cinéma; le tout entourant une rivière bordée de saules pleureurs, conférant ainsi à l’endroit un aspect tant pratique que poétique, utilitaire qu’esthétique. En bord de lac, la verdure y prend le pas sur l’architecture et il fait bon y être autant qu’y étudier. 

DANEMARK
Béatrice St-Jean
École de commerce de Copenhagen (CBS, Copenhagen Business School, ndlr)

En janvier 2015, j’ai débuté mon échange étudiant à Copenhague, au Danemark ou le pays des gens heureux. Dès mon arrivée, l’école avait mis en place un programme de buddies et donc une étudiante de CBS m’attendait à l’aéroport pour m’accompagner jusqu’à ma résidence, ce que j’ai beaucoup apprécié. Le choix des résidences était plutôt varié et — à l’image des rues de Copenhague — elles étaient d’une propreté incroyable. La Copenhague Business School est composée de plusieurs bâtiments, mais le principal, Solbjerg Plads 3, possède une architecture à couper le souffle. Tout en simplicité et très épurée, la bâtisse comprend également une magnifique bibliothèque entièrement vitrée qui s’étend sur plusieurs étages et où il est possible de réserver son poste d’étude en ligne. Quelques faits cocasses: toutes les toilettes sont mixtes, on vend de la bière dans la cafétéria de l’école, les étudiants font eux-mêmes leurs cartes étudiantes grâce à une sorte de photomaton installé dans l’école, et tous les jeudis soirs le café étudiant, Nexus, se transforme en bar/club où l’on peut célébrer l’arrivée de la fin de semaine. De plus, on ne peut pas parler de Copenhague sans parler de vélos. Ils sont partout, tout le temps, et le campus et la ville elle-même sont construits pour optimiser les déplacements à vélo. Il y a des pistes cyclables sécuritaires dans presque chaque rue de la ville. Copenhague étant une ville extrêmement sécuritaire, son crime numéro un est en fait le vol de vélo. Bref, j’ai eu la chance de découvrir le pays de Hans Christian Andersen, des Vikings, de la bière Carlsberg, des Lego, des Smørrebrøds (sandwichs ouverts typiquement danois), etc. J’y retournerais n’importe quand! 

Le saviez-vous?

À McGill, il y a 21 toilettes non-genrées sur le campus, une initiative progressive et économe.

CORÉE DU SUD
Thomas Collin-Lefebvre
Université de Corée

Bienvenue à la terre de Samsung, LG et Hyundai, là où la technologie rivalise en ambitions et en accomplissements, là où les réfrigérateurs ont des écrans, où les téléphones cellulaires sont aussi gros que des tablettes et où l’on peut commander son épicerie à l’aide de magasins virtuels situés dans le métro. Bienvenue en Corée!

Le plus grand contraste entre mes expériences à Montréal et à Séoul se situe sur le campus universitaire. En effet, le campus principal de la Korea University est non seulement récent, il est aussi moderne, propre et spacieux. Avec des bâtiments commandités par Samsung, LG et Hyundai, il n’y a pas à craindre qu’une pierre nous tombe sur la tête et les chantiers de construction sur le campus sont inexistants. Des pianos à queue ainsi qu’un café CNN sur le campus viennent agrémenter l’expérience étudiante. Cependant, cette atmosphère paisible est vite remplacée la soirée venue, les coréens étant reconnus comme étant des buveurs assidus. En effet, dès leur arrivée, les étudiants internationaux sont pris en charge par KUBA (Korea University Buddy Assistant), un groupe de volontaires qui ont pour mission de faire découvrir la culture coréenne aux nouveaux venus. Au menu: soju (alcool de riz), mekchu (bière) et somek (alcool de riz et bière). Préparez vos gosiers! 

a-echangetheophilleMahaut Engérant | Le Délit

FRANCE
James Hallifax
Université de Jean Moulin Lyon III

J’avais toujours pris pour acquise la bureaucratie de McGill. Avant que je ne choisisse de faire un échange à l’université de Jean Moulin Lyon III, en France, je me plaignais de Service Point, du processus de sélection des cours et de la bureaucratie mcgilloise en général. Peut-être qu’à McGill c’est mauvais, mais croyez-moi, ça peut être bien pire. Prenez la période de «add-drop». À McGill c’est ennuyeux, on doit toujours vérifier en ligne si le cours que l’on souhaite prendre est toujours disponible. Mais ici à Jean Moulin, pour savoir si je pouvais prendre un cours, j’ai dû aller au bureau des étudiants, faire la queue pendant trente minutes seulement pour parler avec un conseiller qui me dit «désolé, le cours est encore plein, peut-être que tu peux revenir demain». J’ai fait ça pendant trois jours de suite avant d’abandonner. D’autre part, si un cours est annulé (quelque chose de fréquent ici), on ne doit pas s’attendre à un courriel du professeur. Il y aura simplement une note sur un tableau dans le bureau des étudiants, où personne ne se rend. Deux fois, toute la classe est arrivée et nous sommes restés en place jusqu’à nous rendre compte que le professeur ne viendrait pas. Malgré tout, j’aime beaucoup cette expérience. Pour sûr, lorsque je retournerai à McGill le semestre prochain et me plaindrai de la bureaucratie de McGill, je me rappellerai qu’il existe bien pire!

Le saviez-vous?

Le manque d’espace: un problème chronique à McGill. En témoigne la récente éviction de la librairie mcgilloise par la faculté de Gestion, trop à l’étroite dans Desautels.


Vie associative

SINGAPOUR
William Martin
Université nationale de Singapour

L’Université nationale de Singapour (NUS) est un endroit exceptionnel pour faire un échange. Utown, le campus où la majorité des étudiants en échange d’Amérique et d’Europe sont logés, s’apparente à un hôtel du Club Med. Il y a une piscine infinie, un gym, des accommodations neuves et un choix impressionnant de restaurants à bas prix. On parle ici de 2 dollars canadiens le plat. Par contre, ce que l’université met à votre disposition en terme de services est assombri par un manque incommensurable d’associations étudiantes.  En effet, voyez NUS comme une mauvaise copie d’une université américaine. Pour être franc, les associations semblent inexistantes. Par exemple, l’école de business, qui est l’une des plus renommée de la planète (beaucoup mieux cotée que Desautels) n’a pas vraiment de clubs et ceux qui existent sont soit très généraux soit inaccessibles aux étudiants en échange. C’est bien dommage… De toute façon, on va à Singapour pour la température et pour profiter de sa situation géographique idéale pour voyager en Asie. Il s’agit d’une destination parfaite pour sauter un hiver glaciale et explorer un monde étranger. 

Le saviez-vous?

L’AÉUM gère plus de 300 groupes étudiants et 20 services (comme Midnight Kitchen ou encore Queer McGill)


Politique étudiante

PAYS-BAS
Julia Denis
Université d’Amsterdam (Universiteit van Amsterdam)

Le printemps 2015… Celui-ci restera gravé dans la mémoire des étudiants militant contre les mesures d’austérité à Montréal… et à Amsterdam. À la suite d’annonce de coupes budgétaires et de restructuration par l’administration de l’Université d’Amsterdam (UvA), un groupe d’étudiants a commencé à occuper le bâtiment des Humanités de l’UvA. À partir de ce rassemblement est né le mouvement de De Niewe Universiteit (La Nouvelle Université, ndlr) qui militait contre les mesures d’austérité et pour la démocratisation de l’Université. S’en sont suivies des négociations avec l’administration, l’occupation cette fois du bâtiment administratif de l’UvA, des arrestations et des violences policières… Bien qu’étant alors seulement une étudiante en échange, j’ai essayé de prendre part au mouvement, comme pour me rapprocher un petit peu des manifestations qui avaient lieu alors chez moi, à Montréal. Je me souviens justement d’une marche de contestation qui avait été alors organisée par des étudiants et professeurs, et où chacun était invité à porter en broche un petit carré de feutre rouge… un signe de protestation étudiante qui venait tout droit d’où? Oui, du Printemps Érable de Montréal (la grève étudiante québécoise de 2012, ndlr)! 

AUSTRALIE
Théophile Vareille
Université nationale australienne

À l’Australian National University (ANU), vos représentants étudiants élus ne sont pas une réalité lointaine, dont vous vous moquez deux fois l’an sur facebook mais qui reste confinée à cette existence quantique/quasi-virtuelle. Non, à l’ANU les étudiants candidats vous sollicitent sur le campus, vous arrêtent entre deux cours pour vous présenter leur programme, et vous encouragent à aller voter à deux pas de là.

Car on y vote dans l’urne et non en ligne. Il faut se rendre dans le bâtiment de l’association étudiante pour venir y déposer son scrutin papier de ses propres mains. La participation n’y est pas bien plus importante qu’à McGill, mais du moins l’étudiant qui est allé voter avec ses pieds se sent-il plus concerné que celui qui s’est contenté de quelques clics. 


Sécurité/santé

PORTUGAL
Laurie Royer
École catholique de commerce et d’économie de Lisbonne

Pour mon échange, j’ai décidé d’aller étudier à Lisbonne à l’université privée Catolica Lisbon School of Business and Economics. L’université est très petite, ayant seulement 1000 étudiants. Les cours sont tous donnés dans un même immeuble de seulement quatre étages. L’établissement ne nécessite donc pas autant de sécurité qu’ici. De plus, celui-ci se situe dans la banlieue de Lisbonne et  n’attire donc aucun touriste, contrairement à McGill. D’autre part, la prise en charge médicale et mentale est inexistante à Catolica. À McGill, je passe mes examens au OSD (le Bureau de soutien aux étudiants en situation de handicap, ndlr) et on m’accorde plus de temps pour les achever. Aucun service de ce genre n’est disponible à Catolica et j’étais la seule élève ayant le droit à plus de temps. C’est grâce à McGill que j’eu ce droit, car ils avaient avisé l’université de mon programme d’appui. Je crois que McGill surpasse les autres universités en termes de suivi et d’aide pour les étudiants ayant certaines incapacités mentales et physiques. Celle-ci devient donc un exemple à suivre. J’ai tout de même adoré l’école, ayant un sens de la camaraderie et de l’entraide, ce qui est moins présent à McGill. 

Le saviez-vous?

14,8%, ou la participation au dernier référundum de l’AÉUM l’hiver passé. En dessous du quorum de 15%. Vote invalidé, donc.

TURQUIE
Émile Camus
Université Bogazici

Je recommande vivement à tout étudiant de partir en échange durant au moins un semestre de leur scolarité. Il s’agit selon moi d’une opportunité unique de voyager et de découvrir un pays, une culture, tout en étant dans un environnement encadré et favorable à l’épanouissement de soi. Bien que je pense qu’il faille choisir un pays, une destination avant de choisir une université en soi, il est vrai que le choix de cette dernière demeure essentiel. Dans mon cas, l’université d’accueil a été ma première source d’information en matière de prévention et de sécurité durant une période relativement secouée en Turquie. Le campus de l’université, situé a quelques kilomètres au nord du centre d’Istanbul, était heureusement un véritable havre de paix. Tout était mis en œuvre afin que les étudiants internationaux, pas nécessairement conscients des potentiels dangers dans un pays si différent du leur (comme dans mon cas), se sentent en sécurité. Ainsi, il était inconcevable de rentrer sur l’un des campus sans sa carte étudiante ou sans croiser un vigile sur sa route. 

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Théophile Vareille <![CDATA[Sénat mcgillois – première séance]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25887 2016-09-27T12:44:26Z 2016-09-27T12:44:26Z Lassemblée fournie est composée de têtes clairsemées, grisonnantes, et chevelues, nous voilà dans l’auditorium du Musée Redpath pour la première séance mensuelle du Sénat mcgillois en cette année 2016-2017.

Au Sénat de McGill revient le dernier mot sur toutes questions et projets académiques. C’est ce qu’en disent les textes, dans la pratique, le Sénat est principalement un instrument de décorum, les décisions n’y sont pas prises mais présentées à l’assemblée pour un vote qui n’est souvent que symbolique.

Outil de décorum

L’assemblée forte de 111 membres accueille près d’un quart d’étudiants, aux côtés de nombreux professeurs et quelques haut-placés mcgillois. Parmi ces derniers, on retrouve la principale Suzanne Fortier, qui préside la séance, et Ollivier Dyens, prévôt député à la vie et l’apprentissage étudiants.

Pendant la séance, consistant d’une série de rapports formels traitant de la fraude académique comme du harcèlement sexuel et des services étudiants. Les rapports sont ouverts à l’inspection de l’assemblée et leurs rapporteurs à ses questions. De questions, il n’y en a que peu, la faute à l’indifférence générale régnant dans la salle. Quelques étudiants, tel Erin Sobat (v.-p. aux Affaires universitaires de l’AÉUM), tentent bien de remplir la fonction démocratique de ce Sénat en interrogeant les intervenants avec intransigeance.

Il y a toutefois un agenda minuté à suivre et Mme Fortier s’assure donc de maintenir le train, pour satisfaire aussi un parterre qui ne voudrait pas perdre plus son temps.

Sous-représentation masculine?

La séance s’était ouverte avec les remarques d’un intérêt relatif de Mme Fortier, sur les progrès des groupes de travail pour le nouveau site mcgillois en lieu et place du Royal Victoria Hospital, sur les difficultés de financement de l’université  — qui se voit rattraper par ses rivales canadiennes — et sur le défi pour le Québec et le Canada de continuer à attirer les meilleurs candidats étrangers.

La séance se clôt par un débat provoqué par la question caustique d’un professeur quant à la sous-représentation des étudiants masculins à McGill. 58% des nouveaux entrants ayant cette année été des entrantes, la question était de savoir s’il existait un seuil quantitatif au-dessus duquel la population masculine pouvait être considérée comme sous-représentée. Déconcertée, professeur Angela Campbell, rapporteur du compte-rendu annuel du comité sur l’équité, fut secourue par Mme Fortier, qui nota que derrière ce chiffre se cache un effet «ciseaux», selon lequel plus on monte les échelons académiques (cycles supérieurs, professorat etc.), plus les femmes s’y raréfient et s’y trouvent minoritaires. 

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Chloé Mour <![CDATA[La foire aux bénévoles: quelles opportunités dans Montréal?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25885 2016-09-27T12:42:54Z 2016-09-27T12:42:54Z Le service de volontariat de l’AÉUM offrait aux étudiants, mercredi dernier, l’opportunité de s’extraire de la bulle associative mcgilloise grâce à la foire des bénévoles qui réunissait bon nombre d’organisations montréalaises.

Du volontariat pour tous les goûts

En parcourant les stands installés dans la salle de bal de l’AÉUM, on retrouve les habituelles associations qui offrent assistance et distraction aux communautés défavorisées — comme Le Programme des Bénévoles qui aide les personnes ne pouvant ou n’ayant pas les moyens de remplir leurs déclarations de revenus, ou encore Chez Doris, un programme de logement autochtone qui offre aux femmes en difficulté refuge, aide juridique et autres services vitaux.

L’aide alimentaire et le tutorat sont d’autres secteurs à la recherche de bénévoles jeunes et dynamiques. On retiendra notamment Say Ça, créée en janvier dans le but de fournir des cours de français aux réfugiés syriens âgés de 14 à 18 ans et Moisson Montréal, la plus grande banque alimentaire du Canada.

Il est aussi possible de s’impliquer dans le domaine de la culture. Pour ce faire, allez faire un tour sur les sites du Château Ramezay et du Musée juif de Montréal. Ce dernier, récemment installé au coin des rues Duluth et St Laurent propose pas mal d’initiatives et il n’est pas nécessaire d’être juif pour intégrer l’équipe!

Peu contraignant et enrichissant

La grande majorité des organismes ne demande ni formation ni aptitude particulière. Être investi et apprécier le contact humain sont à peu près les seules qualités recherchées. De plus, les activités proposées ne seront jamais chronophages: seulement quelques heures par mois.

Si vous cherchez une expérience peu astreignante mais enrichissante, consultez le site SSMU Volunteer Service (Service de volontariat de l’AÉUM, ndlr) qui recense une multitude d’opportunités de bénévolat dans la région montréalaise. 

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Théophile Vareille <![CDATA[Écoutez-nous!]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25881 2016-09-27T22:55:44Z 2016-09-27T12:41:06Z «Ce n’est pas facile d’en parler, mais je pense juste que c’est important pour vous de savoir que c’est un problème social. J’ai grandi dans une réserve, je suis sûr que vous en avez entendu parlé mais ce n’est pas… c’est juste que ça me rend malade, les tactiques que l’industrie des oléoducs, les gens des oléoducs utilisent pour essayer de…d’avoir l’accord des chefs… ma famille, tous les chefs que je connais, ils ont vécu leur vie dans la pauvreté, et c’est dur de ne pas accepter l’offre de… de prendre l’argent et finalement pouvoir ne pas… ne pas… Je suis désolé je n’y arrive pas, mais c’est très éprouvant pour moi.»

Denzel Sutherland-Wilson est un étudiant en deuxième année d’études de gestion, il est mcgillois mais est aussi membre de la nation Gitxan. La nation Gtixan, le «peuple de la rivière», installée dans le nord de la Colombie Britannique, dépend pour sa survie de ces cours d’eau menacés par l’industrie des hydrocarbures, qui y construit ses oléoducs.

«Je peux vous dire que ces entreprises ne sont pas une chose distante dans le futur, elles ont déjà changé ma vie et celle de tout ma famille. J’ai pensé que c’était important pour vous de savoir cela, et si McGill est vraiment résolue à respecter les droits autochtones, alors elle doit désinvestir et prendre plus de mesures contre le changement climatique. Merci.»

La salle se lève alors que M. Sutherland-Wilson n’arrive plus à retenir ses larmes. L’ovation aurait été générale sans Mme la principale Suzanne Fortier, qui est restée immobile dans son siège.

a-forumchangeeVittorio Pessin | Le Délit

Lassitude étudiante

Pour comprendre la genèse de cette scène qui, il faut l’espérer, résonnera longtemps encore à nos oreilles, il faut revenir plus de cinq mois en arrière, dans le bureau de Mme Fortier, accueillant des invités inattendus.

Ce 31 mars 2016, après trois jours de «sit-in» devant le bureau de Mme Fortier, neuf militants réussissent finalement à lui parler, alors que la principale revient juste de Californie. En protestatant contre le récent rapport de la CAMSR (Commission de conseil sur la responsabilité sociale, ndlr), ayant rejeté le désinvestissement car le changement climatique ne causerait pas de «grave préjudice social», les étudiants obtiennent la tenue de trois forums ouverts à tous, sur la question de la durabilité à McGill.

Vendredi dernier se tenait le premier de ces trois forums, dans la Moot Court du bâtiment de la Faculté de droit, sous la gouverne du professeur de droit Frédéric Bachand. Deux heures durant sont intervenus de nombreux étudiants, la plupart d’entre eux étant affilié à Divest McGill (Désinvestissons McGill, ndlr) de près ou de loin, ainsi que des professeurs et employés mcgillois.

Un thème refait surface à chaque intervention, celui de la collaboration entre individus et institutions. Comment des individus, les étudiants, peuvent-ils faire avancer une cause, celle de la lutte contre le changement climatique et pour le désinvestissement hors des énergies fossiles, sans le soutien de leur administration?

Antonina Scheer, membre de Divest, regrette-t-elle que ce «faut dilemme» ait monopolisé les discours, il est selon elle évident qu’il fasse «s’engager pour accomplir les deux», efforts individuels et désinvestissement institutionnel. Pour faire progresser la durabilité à McGill, il faudrait dépasser cette opposition futile.

Une position intenable

Orateurs de tous bords font état d’un déficit de confiance étudiante en l’Université, et des difficultés qu’elle rencontre pour communiquer aux étudiants ses efforts en matière de durabilité, et les recours qu’elle leur offre pour y contribuer sur le campus.

Les émotions menacent de déborder parfois, comme lorsqu’une militante de Divest, la voix vacillante, s’en prend directement à Mme Fortier pour avoir ignoré des étudiants qui ne cherchent qu’à lui faire comprendre leur propre point de vue. «J’espère que ces forums résulteront en quelque chose, mais je n’y crois pas» dit-elle.

Pour faire la part de ces interventions passionnées, l’approche plus mesurée du professeur Greg Mikkelson, attaché au Département de philosophie et au Collège de l’environnement, est la bienvenue. Professeur Mikkelson s’arrête sur deux points: le support majoritaire des corps étudiants et professoraux en faveur du désinvestissement, et la réalité indéniable des dégâts sociaux du changement climatique, que le rapport de CAMSR nie.

En vue de ces deux éléments, il lui semble que la «communauté mcgilloise mérite mieux» qu’une administration qui fait fi du bon sens et des demandes de la grande majorité. 

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Margot Hutton <![CDATA[Et s’il y avait un tireur sur le campus]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25877 2016-09-27T12:38:09Z 2016-09-27T12:38:09Z Le spectateur assiste à une simulation très réaliste d’une fusillade dans une école, ainsi qu’à une mise en perspective du comportement à adopter en fonction de la situation présentée, différentes situations nécessitant des réactions différentes. Aux dires de l’Université, présenter le contenu de telle manière permet aux étudiants d’assimiler plus facilement les différents éléments de prévention, que si la campagne prenait la forme d’une conférence magistrale.

Les objectifs de l’administration

Selon Ollivier Dyens, premier vice-recteur exécutif adjoint (études et vie étudiante) de l’Université, leur but est de «donner à notre communauté tous les outils dont elle pourrait avoir besoin. Créer un campus aussi sûr que possible». Le campus n’était-il ainsi pas déjà suffisamment sûr? Comme nous pouvons le constater sur le site internet des services de sécurité de l’Université, il existe plusieurs modules de formation sécuritaire pour les employés du campus, mais aussi pour les étudiants.

a-fussiladeMahaut Engérant | Le Délit

Un lien entre l’apparition de cette vidéo et les tragédies récentes ?

Il ne faut pas se mentir, l’année qui vient de s’écouler a été particulièrement marquée par les attentats et le terrorisme. Il est donc normal de se poser cette question. Par ailleurs, la ville de Montréal a déjà été victime de fusillades en milieu scolaire à trois reprises: à Polytechnique en 1989, à Concordia en 1992 et au Collège Dawson en 2006. M. Dyens affirme pourtant qu’il n’y a pas de lien entre la diffusion de la campagne et les événements terroristes: «Montréal a connu trois attaques dans ses maisons d’enseignement dans son histoire et nous voulons simplement nous assurer que notre communauté possède tous les outils nécessaires dans le cas, peu probable, où une telle chose se produirait.»

Une mesure nécessaire?

Comme l’affirmait plus tôt notre interlocuteur, il n’y a que très peu de risques qu’une telle tragédie se produise. Une simple mesure de précaution donc, mais pouvant néanmoins choquer par son contenu explicite. En bref, l’administration mcgilloise cherche simplement à prévenir le pire. La vidéo a été acquise au printemps, mais la rentrée scolaire semble être le moment opportun pour la diffuser. Aucune corrélation donc avec le dixième anniversaire de l’attaque de Dawson ou les nombreux actes terroristes ayant marqué les mémoires récemment. 

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Dardan Isufi <![CDATA[Réconciliation ou révolution]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25872 2016-09-28T21:04:00Z 2016-09-27T12:36:11Z La semaine dernière s’est tenue la 6e semaine de sensibilisation à la culture autochtone sur le territoire traditionnel Mohawk de Kanien’kehá:ka. Au travers de ces journées animées, une dizaine d’activités interactives et de réflexion ont été tenues par différents groupes.

Parmi ces activités, la conférence du Dr. Taiaiake Alfred a su lever les tabous. Fraichement venu de l’ouest, ce lumineux professeur nous a distinctement démontré la relation organique entre la terre et le développement d’une culture chez ses habitants. Invoquant l’accès restreint aux ressources naturelles, il raconta l’impact du développement industriel sur le développement culturel d’une communauté.

a-autochtoneCapucine Lorber

L’attachement à la terre

Ainsi, restreindre l’accès au territoire ou modifier l’environnement naturel de façon permanente contribue à l’extinction des traditions de plusieurs communautés autochtones. Il est donc essentiel de reconnaitre les territoires ancestraux et que les communautés se les réapproprient – recommandation oubliée de la récente Commission nationale.

Depuis sa création en 2008, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a parcouru le pays pour y recueillir les déclarations des survivants des pensionnats autochtones. D’un océan à l’autre, sous des larmes abyssales, plusieurs ont courageusement dévoilé ce qui souvent est resté sous les limbes de l’incomparable.

Au-delà de la réconciliation

Avant, on leur disait d’apprendre à pardonner ou du moins à vivre avec l’impardonnable. Aujourd’hui, au nom de la vérité, et avec l’espoir que quelque part, les gens écoutent, on leur dit de s’exprimer, de nous partager ce qui est trop longtemps resté enfoui.

Au terme de ces enquêtes, la Commission a publié une série de recommandations afin de favoriser la réconciliation. Celles-ci sont principalement réservées au gouvernement du Canada. Cela dit, il en ressort aussi une implication diligente de chaque citoyen.

Le simple acte de reconnaître les torts commis est l’affranchissement d’un obstacle jadis insurmontable. C’est l’étape de la réconciliation. Maintenant, il est impératif de pousser plus loin. Il faut décoloniser nos pensées et s’orienter vers l’autre pour l’écouter activement et agir en fonction. 

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Ikram Mecheri <![CDATA[Sectarisme journalistique]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25870 2016-09-28T02:26:55Z 2016-09-27T12:29:31Z capture-decran-2016-09-13-a-16-10-07

Le traitement pur et dur de la nouvelle est-il voué à disparaître? Comprenez ce n’est pas la mort du journalisme, répétée sur toutes les tribunes qui inquiète, mais plutôt la façon dont la nouvelle est reçue, mâchée, présentée puis absorbée par le lecteur qui inquiète. L’avènement de l’internet a permis de démocratiser les médias, les multipliant ainsi par mille. Cette nouvelle réjouit certains, mais elle fait surtout pleurer les grands médias qui voient leurs parts du marché grugées par de nouveaux joueurs indépendants toujours plus jeunes, plus dynamiques, mais surtout plus polémiques.

De nos jours, pour attirer l’attention du lecteur, il ne suffit plus d’aligner des vers l’un après l’autre ou d’avoir en exclusivité le plus récent scoop. Il faut faire réagir le lecteur; le faire crier, pleurer, hurler, bondir de sa chaise, alternant au passage entre les vidéos de chatons et de décapitation. Il ne semble y avoir plus aucune limite dans ce nouveau far-west journalistique qui néglige les répercussions négatives de ce manque de jugement.

Les grands médias traditionnels ont aussi favorisé — inconsciemment, sans doute — l’émergence de cet univers. Insensibles, voire imperméables aux autres réalités qui ne sont pas occidentales, ces médias ont tôt ou tard fini par lasser leur auditoire sans cesse en quête de fraîcheur, favorisant au passage l’émergence de médias alternatifs.

L’émergence des médias alternatifs

Parmi eux, on retrouve des médias tels que Mic, Vox, AJ+ ou même Rabble. Ces nouveaux venus hèlent le cybernaute à la manière des machines à clics telles Buzzfeed, mais aspirent à un idéal journalistique plus élevé: pas d’information au rabais mais une actualité différente, qui va à contre-courant des chaînes d’actualité en continu ressassant les même nouvelles vingt-quatre heures sur sept. Toutefois, même en voulant donner un angle différent à la nouvelles ces médias alternatifs finissent souvent par tomber dans les mêmes pièges que ceux des grands médias, celui de se confiner à un courant idéologique, qu’il soit de droite ou de gauche. Ainsi restreints, les médias, alternatifs, vieux, jeunes ou même progressistes, perdent peu à peu leur objectivité journalistique en défendent mordicus des positions binaires parfois insensées, voir dangereuses.

Ce manque d’objectivité des médias conduit dans le meilleur des cas aux théories farfelues et complotistes qui fourmillent sur le web et dans le pire des cas il alimente le cynisme de la population et encourage la montée des courants extrémistes. Entre les médias traditionnels et les blogs sombres complotistes, la zone tampon que constituaient jusqu’alors les médias alternatifs semble elle aussi se dissiper au dépend d’un sectarisme journalistique opposant les médias de gauche à ceux de la droite dans une guerre de désinformation sans merci et digne des plus grandes propagandes de nos époques.

Au Délit, comme dans tout journal étudiant, chaque édition pose le dilemme du devoir d’information contre l’attractivité du sujet, tout en gardant à l’esprit le mandat du journal. Couvrir l’actualité estudiantine mcgilloise, certes, mais certains aspects de cette actualité, telle la politique étudiante, arrivent difficilement à captiver le lecteur. Journalistes, éditeurs, collaborateurs, comme tous les médias, doivent alors trouver un équilibre entre cette attraction, la rigueur journalistique sans toutefois tomber dans un sectarisme idéologique qui ne ferait que précipiter cette disparition lente et pénible de nos médias.


ERRATUM: Une erreur s’est glissée lors de la mise en page, le titre de l’éditorial a la page 2 à été changé dans la version papier. Le titre «Résolutions mcgilloises» devrait plutôt être «Sectarisme journalistique». Il ne s’agit pas d’une lettre ouverte à l’administration. Nous tenons à nous excuser sincèrement à nos lecteurs.

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