Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2016-06-29T20:44:55Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Arno Pedram <![CDATA[Gueule de bois à durée indéterminée]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25384 2016-06-29T20:44:55Z 2016-06-29T20:32:56Z tumblr_o0hiimcszS1t09b50o1_1280Vittorio Pessin | Le Délit

Olympe de Gouges écrivait sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne il y a trois siècles. Pourtant, on est toujours pas foutu d’atteindre l’égalité des genres, le racisme est comme une veille photo de famille qu’on dépoussière tous les ans, et l’Histoire un livre qu’on a acheté mais qu’on s’est secrètement promis de ne jamais lire.

Gueule de bois

À quoi bon se battre quand on voit que les discours dominants ne remettent pas en question des préjugés datant de l’Antiquité? Quand les deux campagnes Brexit et Bremain n’ont jamais remis en question l’idée que plus d’immigration équivaut à plus de problèmes, quand  jamais la Turquie n’a été décrite comme autre chose qu’une bande de barbares prêt à envahir les pauvres Britanniques? Quand on voit que la première revendication de Cameron après le Brexit est d’exiger une baisse de l’immigration à Bruxelles? À quoi bon quand on sait que la Grande-Bretagne a toujours été une terre hostile à l’immigration, même à l’intérieur de l’Europe? Qui s’informe? Qui doute? Qui ose penser?

Quelle gauche mondiale?

À quoi bon quand la gauche française se métamorphose en gelée au discours vide, à quoi bon quand elle ne parle plus d’égalité, de solidarité, d’anti-racisme, d’anti-sexisme, d’anti-austérité, ou de préserver l’environnement? À quoi bon quand les seuls mouvements de contestation intéressants, qui ne reposent pas sur une xénophobie exacerbée, se trouvent dans des pays auxquels on ne daigne plus porter attention et dont on jugule l’économie, avec une monnaie dont l’utilité n’est plus remise en question que par les extrêmes comme en Espagne ou en Grèce? À quoi bon quand les migrants crèvent aux frontières et qu’on ne trouve pas mieux que de les «renvoyer» à l’indifférence générale, comme s’ils allaient magiquement voler vers d’autres contrées et non pas se faire passer à tabac puis pousser dans des embarcations, direction Turquie? Dans ce pays «sûr» les attend une nouvelle guerre avec les populations kurdes, les mêmes bouchers islamiques, et un président aux airs se confirmant chaque jour autoritaires. À quoi bon quand l’Australie transforme ses îles offshores en camps limbesques pour demandeurs d’exil, les poussant à se suicider de façon toujours plus ignoble, à l’indifférence internationale totale? Où est passée toute compassion? Où est passée toute réflexion?

À quoi bon quand on sait que le génocide des populations américaines autochtones n’a jamais été source de grande culpabilité? À quoi bon quand on sait que l’Holocauste a plus été arrêté par intérêt économique américain en Europe que par réel souci éthique? Quelle éthique créons-nous? Quelle éthique nous intéresse?

Et pourtant…

Et pourtant si la force éthique du devoir d’assistance à personnes cherchant l’asile depuis des pays en ruines ne convainc pas, l’Europe pourrait se trouver des intérêts économiques et idéologiques qui lui parlent. Le projet européen perd du souffle parce qu’il a perdu son temps à se vendre en tant que continent blanc, chrétien, aux supposés antipodes de la Turquie pour mieux l’empêcher d’y entrer, pour mieux s’empêcher de se demander quels ont toujours été nos échanges avec l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, pour mieux oublier que l’Europe a un temps été le bassin méditerranéen sous les Romains, que les Arabes ont envahi une partie pour ensuite être envahis par l’Europe. Ouvrir les frontières de l’Europe est probablement le seul espoir d’en faire un continent enfin adapté à la mondialisation, et de rajeunir une population vieillissante. Au lieu de quoi, on se terre dans nos idées de la «nation» et de nos concepts de souveraineté aux relents nauséabonds.

Pourquoi écrire encore?

En attendant, on déroule partout le tapis rouge pour les xénophobes, les oligarques, les radicalismes les plus glaçants. Pourquoi se fatiguer? Des millions de penseurs ont écrit avant, des millions écriront dans le futur, des conneries, des choses mille fois mieux écrites, des argumentaires plus brodés, des recherches plus approfondies…

Quel est l’intérêt? Écrire, toujours écrire, mais pour qui? Pour quoi? Je sais que mes amis Facebook lisent les mêmes articles, partagent les mêmes opinions, sont des mêmes milieux sociaux que moi, qui est-ce que je touche? Qui est-ce que je change? La vérité est vieille des siècles qui l’ont rabrouée, les gens n’ont juste pas voulu lire, pas voulu s’informer, pas voulu faire attention.

En même temps, pourquoi les blâmerais-je? C’est tellement plus simple, tellement plus agréable, après tout on crèvera probablement tranquilles dans notre lit coulés sous nos mythes et on n’en sera pas moins malheureux. Lire, s’informer, douter, à quoi bon quand on atteint un niveau de vie suffisant pour ne plus à avoir à se préoccuper de grand-chose en dehors du prix de la bouffe locale et de l’Euro 2016? Au final, toute cette misère, elle nous donnera une petite frousse, comme un feuilleton des Kardashian avec un peu plus de piquant, une sorte de Jeux de la Faim [Hunger Games] version mondiale. Quelle éclate!

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David Leroux <![CDATA[Célébrer le Québec]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25381 2016-06-24T13:59:48Z 2016-06-24T13:44:06Z On dit de plus en plus souvent que la nation est une idée dépassée et que l’heure est au village global. Que ce village serait une célébration de toutes les cultures et qu’il était un antidote à l’enfermement des peuples et au repli identitaire. On consent, tous partis confondus, à la dénationalisation des états et à la déprimante uniformisation des cultures qui s’en suit au nom de rutilants idéaux de paix et d’amour. Aujourd’hui et demain, pourtant, partout au Québec, nous célébrerons volontiers la Fête Nationale des Québécois. Les villes et les villages ont tous organisé une fête sur leur plus belle place publique en l’honneur du Québec.

 

On a longtemps reproché aux souverainistes de s’être appropriés le drapeau du Québec et la Fête Nationale, d’en avoir fait des symboles politiquement connotés qui exacerbaient les tensions politiques au lieu de faire place à une célébration comme une autre. On se demande bien toutefois par quel miracle la fête d’une nation dont le noyau culturel dur, francophone, a longtemps voulu prendre en main sa destinée politique en accédant à l’indépendance et se l’est vue refusée par la quasi-totalité des autres citoyens, anglophones et allophones[1], pourrait être dénuée de tout sens politique. Il convient de remarquer, à cet égard, comment s’exprime ce Québec qu’on accuse aujourd’hui de vouloir se replier sur lui-même lorsqu’il ose encore parler de son indépendance politique

 

La Fête Nationale n’est pas la fête de l’exclusion et de l’amertume. J’invite d’ailleurs chaudement tous ceux qui se méfient du Québec en tant que nation à assister aux célébrations de notre fête nationale, et si possible de le faire hors des grands événements de Québec et de Montréal. La vraie Saint-Jean-Baptiste, vous la trouverez en région, dans nos villes et villages. Vous n’y entendrez pas nécessairement les vedettes mondialisées et commercialement approuvées, mais vous allez voir ce qu’est le Québec. Vous n’y verrez pas de feux d’artifices à gros budget. Avec un peu de chance, toutefois, vous passerez une soirée inoubliable. Vous serez assis dans l’herbe, loin de la ville. L’air frais arrivera plus tôt, avec le coucher du soleil. Il y aura des artistes locaux qui viendront sur scène, sans doute. Vous entendrez ce que le Québec a fait de mieux comme musique, vous sentirez dans chaque couplet cet enthousiasme simple et émouvant qui nous habitait en tant que peuple dans les années 1970, avant que deux fois nos espoirs ne soient cassés, avant que le cynisme et la résignation ne s’empare de nous. Vous n’y verrez pas de tension. Vous y verrez des centaines de « gens du pays » chanter du Robert Charlebois, du Beau Dommage, du Harmonium et si vous êtes chanceux, quelqu’un chantera une de nos plus belles chansons, «Le plus beau voyage» de Claude Gauthier, un grand parolier d’ici qui portait son pays au plus profond de son cœur.

 

J’ai refait le plus beau voyage

De mon enfance à aujourd’hui

Sans un adieu, sans un bagage,

Sans un regret ou nostalgie

 

J’ai revu mes appartenances,

Mes trente-trois ans et la vie

Et c’est de toutes mes partances

Le plus heureux flash de ma vie!

 

Je suis de lacs et de rivières

Je suis de gibier, de poissons

Je suis de roches et de poussières

Je ne suis pas des grandes moissons

Je suis de sucre et d’eau d’érable

De Pater Noster, de Credo

 

Je suis de dix enfants à table

Je suis de janvier sous zéro

 

Je suis d’Amérique et de France

Je suis de chômage et d’exil

Je suis d’octobre et d’espérance

Je suis une race en péril

Je suis prévu pour l’an deux mille

Je suis notre libération

Comme des millions de gens fragiles

À des promesses d’élection

Je suis l’énergie qui s’empile

D’Ungava à Manicouagan

 

Je suis Québec mort ou vivant!

 

 

[1] Voir à ce sujet le travail de Pierre Drouilly « Le référendum de 1995 : une analyse des résultats » disponible sur le site des Presses de l’Université de Montréal au [http://www.pum.umontreal.ca/apqc/95_96/drouilly/drouilly.htm]

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Théophile Vareille <![CDATA[Brexit… ou Bremain?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25375 2016-06-24T13:18:23Z 2016-06-23T14:45:03Z  

Le Royaume-Uni hors de l’Union Européenne (UE) a longtemps été une hypothèse que tout observateur avisé considérait comme fort improbable. Toutefois, une forte montée du camp Brexit, en faveur d’une sortie de l’UE, dans les intentions de votes a rendu réelle la perspective d’une union se réveillant amputée d’un état-membre ce vendredi 24 juin. L’impensable devenu crédible: le référendum britannique sur l’adhésion à l’UE monopolise depuis l’attention des médias continentaux car  c’est l’avenir de l’intégration européenne qui semble aussi en jeu dans ce scrutin. Brexit, expression qui en est venue à englober la campagne, le vote et ses conséquences. Ce dernier s’oppose au terme Bremain, qui se fait plus rare dans les médias.  Loin des débats sur la question européenne qui aujourd’hui resurgissent, ce référendum aux origines politicardes, se caractérise par une campagne politique qui ne s’est distinguée que par ses bassesses.

 

Disputes politiciennes et calculs électoraux

Le Brexit, c’est le résultat d’un double calcul de David Cameron, Premier ministre conservateur du Royaume-Uni. Le 23 janvier 2013, ce dernier promettait d’organiser un référendum sur l’adhésion à l’UE s’il était réélu lors des élections prochaines de 2015. Ainsi, Cameron comptait enfin fédérer son parti, historiquement divisé par la question de l’UE, tout en siphonnant la base électorale du parti droitiste et anti-européen UKIP, un parti à la popularité grandissante et qui a remporté ensuite le plus de votes lors des élections européennes de 2014.

Suite à la victoire inattendue des Tories (surnom du Parti conservateur, ndlr) aux élections générales de 2015, Cameron, entamant son deuxième mandat, se voit obligé d’honorer sa promesse, et surprend son monde en annonçant la tenue du référendum dès la mi-2016. De nombreux observateurs politiques lui avaient reproché de jouer avec le feu en faisant une telle promesse, David Cameron joue désormais sa survie politique. En utilisant la perspective d’un Brexit comme instrument de pression, il obtient un accord unanime du Conseil européen en février dernier, statuant que le Royaume-Uni n’est plus tenu par l’engagement d’une «union sans cesse plus étroite». De plus, ses conditions d’appartenance à l’UE se voient agrémentées d’arrangements avantageux supplémentaires.

Dès alors, Cameron, qui n’a jamais été un ardent partisan de l’UE, se prononce en faveur d’un Bremain. S’oppose à lui l’ambitieux conservateur Boris Johnson, n’ayant jamais été connu comme un fervent eurosceptique, qui après avoir été maire de Londres se verrait bien loger au 10, Downing Street (siège du gouvernement du Royaume-Uni, ndlr).

 

Une campagne traînée dans la boue

Boris Johnson et son compère conservateur Michael Gove, Lord Chancelier et Secrétaire d’État à la Justice, ont d’abord refusé d’emprunter  l’approche «anti-immigrant» préconisée par Nigel Farage, président du parti UKIP. Toutefois, suite à l’échec dans les sondages d’un argumentaire libéral, ils ont optèrent pour un discours identitaire et nationaliste Ainsi, on a pu voir dans les rues de la perfide Albion des affiches annonçant l’arrivée de millions d’immigrants turcs lors de l’entrée de la Turquie dans l’UE — une entrée qui n’est plus d’actualité —, qui mettraient en danger la sécurité nationale selon la campagne du Brexit.

Cette stratégie de la peur, attisée par des propos xénophobes et démagogues d’ordinaire propre à l’extrême droite, a joué en faveur du camp Brexit, certaines déclarations polémiques n’enrayant pas cette dynamique, à défaut d’aliéner de nombreux supporters plus modérés du mouvement. Ainsi, Nigel Farage a récemment mis en garde ses concitoyens contre un risque d’«attaques sexuelles en masses» si le Royaume-Uni laissait ses portes ouvertes aux migrants d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, en référence aux violences de Cologne lors la Saint-Sylvestre dernière. Boris Johnson, lui, n’a pas hésité à comparer l’aspiration fédéraliste de l’UE, celle d’un super-état Européen, aux ambitions qu’eurent naguère Napoléon et Hitler, ou à expliquer le parti pris pro-Bremain de Barack Obama par ses origines en «partie Kényanes», qui nourriraient en lui une haine post-coloniale de la Grande-Bretagne.

Face à cette radicalisation des discours, les arguments économiques de la campagne Bremain, avancés de manière maladroites selon la presse britannique, n’ont pas porté fruit. Et ce, malgré les avertissements d’un Royaume-Uni affaibli hors de l’UE par la Trésor britannique, le FMI, la Banque Mondiale ou la Banque Centrale Européenne. Un George Osborne alarmiste a annoncé prévoir un manque à gagner de six points de croissance pour le produit intérieur brut britannique, sur quinze ans. Cependant, les inquiétudes du Chancelier de l’Échiquier, Ministre des Finances et du Trésor, ne semblent pas être partagées par la majorité de ses concitoyens.

 

Guerre des chiffres

Il faut pour cela mettre en cause la guerre des chiffres que se livrent les deux camps à coup de statistiques économiques contradictoires, à propos du coût réel de l’adhésion à l’UE pour le Royaume-Uni, et qui prête à confusion. Au cœur des débats, une affirmation du camp Brexit: l’UE coûte £350m par semaine au Royaume-Uni. Cet argent pourrait renflouer le NHS (National Health Service, sécurité sociale, ndlr) déficitaire. Cette affirmation est manifestement fausse. Chaque semaine, ce sont £250m que paie le Royaume-Uni à l’UE, grâce au rabais négocié par Margaret Thatcher en 1985, qui exempt le Royaume-Uni de payer un tiers de sa facture. Dans l’autre sens, l’UE distribue chaque semaine (en moyenne) £90m aux régions les plus appauvries et fermiers britanniques, ainsi que £50m aux entreprises britanniques, pour un total de £140m. De telles dépenses devraient être prises en charge par le gouvernement, à moins qu’elles soient jugées superflues. Finalement, si la Grande-Bretagne désirait rester dans le marché unique européen, elle devrait s’acquitter d’une importante contribution, comme la Suisse ou la Norvège actuellement, et se retrouverait à payer l’UE tout en n’y étant plus représentée.

De similaires désaccords persistent quant aux conséquences d’un Brexit sur l’immigration ou la balance commerciale britannique. Ces désaccords ne résultent pas seulement d’imprécisions politiques mais aussi de disputes académiques, différents modèles économiques laissant envisager une Grande-Bretagne sortant largement gagnante, ou perdante, de l’UE. La capacité du Royaume-Uni à négocier des accords de libre-échange en étant hors de l’UE est aussi sujette à débats, tout comme le comportement du cours de la livre sterling post-Brexit. Cette incertitude générale génère une fébrilité certaine au sein des marchés financiers, qui de Washington à Tokyo, se préparent à l’hypothèse Brexit, le rôle du Royaume-Uni dans les flux financiers globaux étant trop important pour ne pas anticiper toute possibilité.

 

Questionnement existentiel

Au-delà des chiffres, et contrastant avec certaines tendances démagogiques, le débat sur l’adhésion à l’UE aura mis à nu les tiraillements intérieurs d’une nation incertaine de sa place dans le monde. Son passé cahoteux au sein de l’UE en atteste, le Royaume-Uni éprouve encore et toujours du mal à se sentir européen. Son gouvernement ne croît pas à l’idéal européen, ni à ses valeurs, ayant échoué à obtenir le droit de fermer ses frontières à tout immigrant provenant d’un nouvel entrant dans l’UE. Le Royaume-Uni ne reste aujourd’hui dans l’UE que par commodité, il la critique sans chercher à la réformer et l’affaiblit de l’intérieur: en ayant démontré que les traités fondateurs étaient négociables, qu’une «Europe à la carte» est possible, et en inspirant peut-être d’autres état-membres à organiser de pareils référendums de sortie.

Mais la désintégration de l’Europe n’est pas la seule menace, le démantèlement du Royaume-Uni est désormais une possibilité crédible. Il est quasi-certain que l’Irlande et l’Écosse voteront pour un maintien dans l’UE — les subventions européennes agriculturales étant trop importantes pour l’économie locale pour qu’elles y renoncent. Si ce vote se retrouvait contraire à celui de l’Angleterre, les velléités indépendantistes de ces deux nations pourraient renaître. Et il n’est pas à exclure, en cas de sécession de l’Écosse ou de l’Irlande — quoique moins probable —, que le Pays de Galle ne soit pas tenté de suivre le pas. Le Brexit, porté par un discours nationaliste, mettrait ironiquement l’unité du Royaume-Uni en péril.

 

Et le Canada, dans tout ça?

Le Canada devra lui aussi démêler son lot d’interrogations en cas de victoire du vote Leave. En tant que membre du Commonwealth, il est naturel que la Grande-Bretagne se tourne vers le Canada pour compenser une baisse d’échanges commerciaux avec l’UE. Le Canada, qui a conclu en 2014 les négociations avec l’UE d’un accord compréhensif de libre-échange, pas encore ratifié, pourrait se retrouver divisé entre l’ancien pouvoir impérial britannique et son nouvel allié européen. Comme pour l’ensemble des conséquences internationales d’un Brexit, l’incertitude règne.

 

L’UE n’en sortira pas indemne

Finalement, l’issue d’un maintien du Royaume-Uni dans l’UE reste plus probable, grâce à quelques dynamiques électorales: le vote d’une partie des résidents britanniques à l’étranger, fortement en faveur du Bremain, une participation peut être sous-estimée due à une proportion importante de votants indécis susceptibles de se mobiliser dans l’urgence, et un possible revirement envers l’option la plus sûre — le maintien — qui avait déjà été à l’œuvre lors du référendum écossais de 2014.

Quel que soit le verdict des scrutins, ce référendum du Brexit aura exacerbé de nombreuses tendances eurosceptiques outre-manche, ainsi qu’une certaine aversion continentale envers le Royaume-Uni. L’UE en verra le cours de son histoire altéré.

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Théophile Vareille <![CDATA[Euro 2016: tout sauf du sport?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25370 2016-06-17T21:03:08Z 2016-06-17T16:00:55Z L’Euro 2016 débute en France dans un contexte difficile, dont il a du mal à se détacher.

La presse, française comme étrangère, se plaît à le répéter: cet Euro, c’est bien plus que du football, va bien au-delà de l’enjeu sportif. Pour une société française aux moult tumultes, c’est une échappatoire possible aux grèves, inondations et menaces terroristes auxquelles répondent le terrain et son ballon rond. Il faut que la France se fasse belle même, pour ces hordes de supporters venant de toute l’Europe, auxquels il ne faudrait pas donner une mauvaise image du pays. Il serait dommageable pour la société d’avaler la notion préconçue d’une France anti-réformiste et perpétuellement en grève, qui semble être propre à de nombreux organismes de presse étrangers.

Forte politisation

Ainsi, politiques de tout bord tentent de «récupérer» un événement dont la popularité contraste fortement avec celle de la classe politicienne française. Tous, sauf l’extrême droite, qui dit ne pas reconnaître dans cette équipe de France bigarrée une image représentative de la patrie.

Rien d’étonnant donc à ce que toute une société retienne son souffle, un bon résultat de l’équipe nationale serait une aubaine. Sûrement, cela redonnerait un élan à l’économie, cela revigorerait une nation divisée, qui sort d’une année difficile marquée par une actualité terrible. Le sport, la meilleure des catharsis à grande échelle, pour exorciser une peur qui remonte au 7 janvier 2015 mais aussi au 13 novembre et l’attentat échoué du stade de France – les terroristes ayant failli à rentrer dans l’enceinte. Du moins au plus optimiste, de ceux même qui relativisent les possibles retombées économiques ou psychologiques d’une simple compétition sportive, tous conviennent de l’importance extraordinaire de cet Euro.

Le miroir d’une société

Après l’Euro ukrainien en 2012 et le mondial brésilien de 2014, l’Euro 2016 se voit lui aussi affublé d’une dimension politique et sociale majeure. L’équipe de France, favorite car à la maison, s’engage ainsi dans la compétition sous le poids d’une pression démesurée. S’y ajoute une récente polémique autour des intentions prétendument xénophobes du sélectionneur Didier Deschamps, qui aurait cédé, selon un joueur français d’origine algérienne non-sélectionné pour cause de démêlés judiciaires, face à des pressions racistes. Un tel débat paraît absurde, le monde du football — et du sport — est ce qui s’approche le plus d’une méritocratie, un joueur y monte les échelons grâce à son talent. En témoigne la présence dans cette équipe de France de plusieurs joueurs qui, voilà quelques années, labouraient les terrains de divisions françaises inférieures (Ligue 2, Nationale), et qui ne doivent qu’à leur travail leur réussite. Le problème du racisme en France est une situation grave et indéniable. Indépendamment de cette réalité, qu’un simple événement sportif donne lieu à une polémique futile et destructrice est révélateur d’un climat social tendu. L’Euro 2016, déjà porteur des espérances d’une nation, cristallise aussi ses peurs et ses fractures.

Les plus mécontents seront peut-être ceux qui par nature se désintéressent du football ou du sport professionnel dans son ensemble. Ils auront de bonnes raisons de se retrouver frustrés de la frénésie que provoque l’Euro. La disproportion entre l’Euro comme événement sportif et les attentes qu’il suscite doit en effet sembler irrationnelle à un observateur dépassionné.

Quel qu’en soit l’issue, cet Euro aura démontré, une nouvelle fois, à quel point le sport, et le foot tout particulièrement, se prête à la politisation, s’adaptant à l’actualité, celle des rues de Rio comme de Paris. L’importance qui lui est conférée par chaque frange de la société, de la classe politique aux classes populaires, tant irrationnelle soit-elle, nous interdit de considérer cet Euro 2016 comme simple événement sportif, que cela plaise ou non.

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Esther Perrin Tabarly <![CDATA[Laisser mourir?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25367 2016-06-14T16:27:24Z 2016-06-14T16:26:38Z Le projet de loi C-14 sur l’aide médicale à mourir, déposé par le gouvernement libéral en avril dernier, est en cours d’évaluation au Sénat. Le regard des non-élus sur le projet de loi suscite un débat et des allers et retours entre les deux chambres fédérales. La question qui fâche est la restriction — ou non — du droit à l’aide à mourir aux personnes qui ne sont pas en fin de vie. En attendant que les deux organes législatifs tombent d’accord, il n’existe pas de restriction sur l’aide médicale à mourir au Canada depuis le 6 juin dernier.

Dangereuse politique

Au cours de sa révision du projet de loi le mercredi 8 juin, le Sénat a adopté un amendement qui vise à élargir les critères d’admissibilité. Il propose d’inclure les personnes qui ne sont pas en fin de vie, en supprimant la clause stipulant que la «mort naturelle» d’un patient doit être «raisonnablement prévisible» pour qu’il puisse bénéficier d’assistance.

L’amendement force le renvoi du projet de loi au Parlement, où il sera débattu une seconde fois, retardant encore la promulgation de sa forme finale. Les ministres de la Santé et de la Justice, Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould, ont annoncé qu’elles s’opposeraient à l’amendement qui ne fait que revenir sur une question déjà débattue, et rejetée, par le Parlement.

Les réponses à la révision du projet de loi par le Sénat vont même bien plus loin politiquement: «c’est frustrant qu’un Sénat non élu qui ne rend de compte à personne [y] apporte des changements», a déclaré la chef conservatrice par intérim Rona Ambrose. Sauf que tant que le cœur du système politique canadien n’aura pas été réformé, et c’est encore une autre affaire, le Sénat dispose encore d’une légitimité et d’un devoir de législation. Dénoncer les retardements de la chambre haute alors qu’il n’existe pas de cadre légal à l’assistance médicale à la mort, c’est une chose. Nier son rôle, c’en est une autre.

Il va falloir s’attendre à d’autres modifications du texte, le Sénat ayant déjà approuvé trois amendements. Et le projet de loi dans son ensemble pourrait être mis en danger si la Chambre des communes décidait d’ignorer les propositions de la chambre haute.

Le droit de mourir, pour qui?

Sortons un instant des matches de boxe entre nos représentants. Le débat sur la restriction du droit à l’aide à mourir repose sur la constitutionnalité de l’exclusion de certaines personnes. Selon certains, en restreignant ce droit aux personnes en fin de vie, le gouvernement va à l’encontre du verdict sur l’affaire Carter rendu par la Cour suprême en 2015. Selon Benoît Pelletier, professeur à la Faculté de droit d’Ottawa et ancien membre du comité fédéral externe sur l’aide médicale à mourir, l’interprétation la plus plausible de l’arrêt Carter est qu’il «s’applique à tout patient qui est affecté de problèmes de santé graves et irrémédiables lui causant des souffrances persistantes et intolérables». Les principes utilisés pour justifier le projet de loi, tels que l’intégrité psychologique et la qualité de vie du patient, le droit à la vie, à la liberté et la sécurité de la personne humaine, reviennent de droit aux personnes qui ne sont pas en fin de vie. Il serait donc anticonstitutionnel et injustement rétroactif de le retirer. Pour d’autres, la Cour avait au travers de l’arrêt Carter signifié que ce droit s’appliquait aux gens malades. Le délaiement de la décision fédérale repose sur un désaccord quant à l’interprétation de la décision de la Cour suprême, et la question est pertinente. Toutefois, retarder encore l’adoption du texte, c’est accepter qu’il n’y ait pas encore de cadre légal à l’assistance à mourir. C’est mettre en danger l’éthique médicale, sous couvert de jeux politiques.

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Jessica Szarek <![CDATA[Nostalgie du présent]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25361 2016-05-12T15:55:42Z 2016-05-12T15:55:42Z S’il convenait d’en douter, soyez rassurés: le rap américain présente encore de l’intérêt. En ce 26 avril, le tumulte légendaire du groupe Mobb Deep nous offre une preuve supplémentaire que l’essence de la culture hip-hop, d’abord née d’une prise de conscience politique et esthétique au milieu des années 1970, ne s’est pas totalement noyée dans l’industrie du showbiz. Il reste quelques bribes de cet esprit «gangsta», «street-life», qui forme encore une des caisses de résonnance de l’identité des communautés afro-américaines, dans une nation où le racisme trace pieusement sa route.

Le rappeur irakien The Narcicyst débarque sur la scène de l’Olympia comme la première surprise musicale de la soirée. Yassin Alsalman — de son vrai nom — est aussi professeur et du haut de l’estrade il occupe l’espace sans complexe, échange avec le public et n’hésite pas à faire taire les bavards des premiers rangs. On s’imagine plutôt bien le silence respectueux qui doit régner dans ses salles de classes à l’Université Concordia, tant il ne plaisante pas avec la culture hip-hop. Croyez-le ou non, avec The Narcicyst comme professeur, il est possible de franchir les portes de l’institution montréalaise pour se rendre en «Art of cool» , «Hip-hop past, present and future», ou être en retard dans ses readings de «Beats, rhymes and life».

Courtesy of Jessica Lehrman

Mais ne nous éloignons pas de trop de ce soir de 26 avril où – enfin – le duo new-yorkais Mobb Deep vient de faire son apparition. Évidemment, l’excitation du public atteint des sommets dès lors que Prodigy et Havoc prennent le micro, comme ils le font depuis l’aube des années 1990, avec un punch qui ne fléchit pas. On est d’abord légèrement sceptique car on attend peut être trop de ces légendes du rap East Coast qui, dans la lignée de Nas ou Notorious B.I.G, ont su se démarquer par leur ton apocalyptique. Transformer des problèmes sociaux en épopée et tragédies de rue permet de donner du relief à la souffrance de tous les jours, et c’est aussi cette exploration qui fait de la musique rap un médium si précieux. L’un après l’autre, les grands classiques ne se font pas attendre: «Hell on Earth», «Quiet Storm», dommage que l’avalanche que les deux natifs du Queens débitent commence par manquer un petit peu de nuance. Elle forme un gros bloc qui assoiffe une instrumentalisation à la résonance pourtant moins rêche qu’il n’y paraît.

Une chose est sûre c’est que le cœur y est, tant du côté du public que de Mobb Deep, pour recréer l’ambiance de l’âge d’or du rap. Dans la fosse, casquettes et do-rags sont de rigueur pour se mêler à la foule réunie par ce même désir de secouer la tête à l’unisson. Sur scène: des hommages à Tupac, Phife Dog (A Tribe Called Quest) et même le nom du chanteur Prince — décédé le 21 avril — retentissent dans le micro de Prodigy.

Après ce bref interlude, les sujets sensibles qui ont longtemps été la raison d’être du mouvement hip-hop refont eux aussi surface. Bien que les sonorités du nouvel album livré au public montréalais s’éloignent des bons vieux beats des années 1990, la gravité de son contenu ne tranche pas avec la tradition qui a forgé leurs débuts. Un rituel de vrai caïd qui nous donne l’impression de bouncer dans les rues de la cité Queensbridge une grosse radio sur l’épaule — comme dans les films de Spike Lee — ou peut-être juste de contribuer à l’héritage des papis, papas et descendants du cosmos de musique rap d’ici et d’ailleurs, ce qui est tout de même quelque chose.

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Antoine Duranton <![CDATA[Télévision-spectacle]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25353 2016-04-22T20:16:20Z 2016-04-22T19:58:51Z Habitué des pièces grinçantes sur notre société, avec notamment Dénommé Gospodin en début d’année, le Théâtre de Quat’Sous accueille jusqu’au 28 avril Televizione, écrit et mis en scène par Sébastien Dodge.

Dans l’Italie d’après-guerre, Mike (Louis-Olivier Mauffette), soldat canadien, est un quasi-dieu vivant, adulé par la population pour sa forte inclination à distribuer autant de chewing-gums que de bonnes doses de liberté nord-américaine. Archétype de l’homme viril et sûr de lui, il est choisi par un producteur (Matthieu Gosselin) pour incarner le héros d’une nouvelle série, relatant les exploits de la colonisation italienne de l’Éthiopie.

De ce point de départ, la pièce aborde la carrière de Mike et sa compagne Ginna (Marie-Ève Trudel), de leur succès passager aux déboires divers de deux personnages qui refusent de se voir vieillir et devenir banals. Se cantonnant à leur pure apparence sur les plateaux de télé, dont le vide profond est superbement mis en scène, on ne connaîtra jamais le fond de leur être. On a ainsi particulièrement aimé les entrevues télévisées, entrecoupées de blagues vaseuses et d’aphorismes presque vides de sens, mais célébrés par des applaudissements enregistrés.

Televizione est ainsi une critique plutôt habile de la façon dont l’illusion du cinéma ou de la télé est portée aux nues par le même système, assénant son insignifiante vérité. On est presque tenté de citer Guy Debord, surtout au moment où le méchant de la série (David-Alexandre Després), singeant un «sauvage» éthiopien, est présenté comme le véritable méchant du monde. Le faux devient ainsi un vrai indéniable, par la seule force de la société du spectacle.

Mais de tels parallèles auraient peut-être tendance à trop théoriser une pièce qui n’en a pas vraiment la vocation. Critique agréable, sinon facile, souvent drôle, Televizione tourne parfois un peu à vide, en répétant des scènes assez similaires. La pièce singe de façon amusante nos spectacles modernes et le culte de la star mais sans vraiment aller plus loin que le plus évident. On passe un bon moment, avec la dose d’idées subversives qui convient pour une pièce finalement assez convenue.

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Philippe Robichaud <![CDATA[Rondeaumanie]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25346 2016-04-17T15:20:18Z 2016-04-17T15:19:09Z «C’est lui!»

Lorsqu’il entre sur scène, impossible de réprimer une certaine excitation de groupie, variation de la lisztomanie ou encore de la beatlemanie, à l’égard de cette jeune star du clavecin dont le concert tout-Bach à la salle Bourgie s’intitule d’ailleurs Imagine. Certes, les têtes grisonnantes font légion, de sorte qu’on se représente non sans une certaine ironie que nombre de ceux et celles qui roucoulent de plaisir en anticipant les accords de Rondeau sont peut-être les mêmes qui, jadis, ont adulé  les Fab Four. Durant la semaine qui a précédé son concert, des images et des vidéos de Rondeau ont circulé dans la médiasphère, question de mousser son passage: ici, un claveciniste guérilla-artiste qui déplace un instrument incognito pour jouer une chaconne (genre musical de l’ère baroque, ndlr) dans une aile de château abandonnée; là, le portrait d’un claveciniste-sex-symbol accompagné d’une notice biographique attestant de «l’authenticité» de sa personnalité; là encore, le récit édifiant d’un prodige-né, ponctué d’appels à la «vocation» de l’instrumentiste et de photos de remise de prix.

Il ne faut toutefois pas exagérer: personne ne s’évanouit d’émotion lorsque le parisien de vingt-quatre ans s’approche humblement du clavecin flamand, l’ouvre lui-même, puis y installe ses partitions. Il s’agit du même instrument sur lequel un autrement moins charismatique Andreas Staier a joué devant une salle presque vide, un mois plus tôt. Le contraste entre les deux concerts est révélateur d’une vérité à laquelle le monde de la musique baroque n’a pas plus échappé que le reste du show-biz: au-delà du talent, si l’on veut attirer des foules, il ne faut pas avoir peur d’en mettre plein la vue. Exit l’allure austère d’un archétypique mandarin du clavecin comme Gustav Leonhardt en fin de carrière. Il faut parler à l’œil autant qu’à l’oreille, quitte à frôler le kitsch avec des gros plans de soi étalant un air inspiré sur des pochettes d’albums aux titres vagues et racoleurs. Jouer le jeu de l’Imagine-ation, quoi.

Or, la prestation de Rondeau — notons la cohérence entre son patronyme et sa profession – déroge entièrement de cette image. Soyons clair: il était excellent. La netteté de son contrepoint et le suivi de ses marches harmoniques étaient époustouflants. Son jeu, certes, est un peu romantisant pour les goûts de certains puristes qui prétendent détenir la vérité sur l’interprétation baroque bien qu’ils ne font que recracher quelques clichés glanés sur une pochette d’album de Glenn Gould. Mais à bien écouter, les interprétations romantisantes — pas romantiques avec rubato lisztiens, évidemment, mais qui se permettent simplement quelques élargissements ou rétrécissements subtils afin de mieux souligner certaines voix — font de plus en plus la norme. Un exemple notable: le style du claveciniste torontois Mark Edwards, qui a d’ailleurs gagné la première place en interprétation à Bruges en 2012, ex-aequo avec Rondeau.

Somme toute, Rondeau remporte le pari d’un concert à un seul compositeur, tout en démontrant la variété de l’écriture de Bach: plutôt que de s’en tenir à un livre entier du Clavier bien tempéré ou à quelques Suites au hasard, le programme met en scène des œuvres composées sur près de 35 ans de la vie du compositeur prolifique. Après le concert, Rondeau confie au Délit qu’il tenait à aborder Bach en tout début de carrière: un genre de passage obligé. Maintenant, c’est fait et sans attendre, il plonge dans la prochaine aventure. Il récompense l’ovation du public montréalais avec un double-encore de compositeurs tirés du projet qu’il a entrepris après Imagine: Jean-Philippe Rameau et Pancrace Royer, titré Vertigo d’après la célèbre pièce de ce dernier. Un début qui mise gros, croît-on, puisque s’il aurait fait autorité sans trop de compétition avec un répertoire plus obscure,  en faisant le choix d’endisquer des incontournables comme Bach et Rameau, il se mesure dès son entrée sur la scène internationale aux plus grands de ces dernières générations, tels que Christophe Rousset, Blandine Rannou, le regretté Scott Ross, ou encore Luc Beauséjour, présent d’ailleurs au concert.

Rondeau remporte le pari d’un concert à un seul compositeur, tout en démontrant la variété de l’écriture de Bach

En clavecin comme ailleurs, tout change, mais les révolutions ne sont jamais parfaitement nettes, sans chevauchements ou échanges. En témoigne le geste de filiation avec Scott Ross que pose Rondeau en enregistrant Vertigo au Château d’Assas sur le même instrument que l’excentrique génie défunt. En témoigne aussi le selfie demandé à Rondeau devant sa loge par nul autre que Dom André Laberge, le fameux organiste et claveciniste de l’Abbaye-Saint-Benoît-du-Lac.

Fondation Arte Musica

 

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Julia Denis <![CDATA[Gueule de bois mcgilloise]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25335 2016-04-05T06:31:20Z 2016-04-05T06:31:20Z Vous l’avez déjà faite cette soirée chez vous avec trois ami-e-s et quatre bouteilles de vin? Oui. Vous discutiez de vos révisions du jour, contiez vos histoires personnelles, et finissiez par discuter de sexe? Oui. La petite assemblée se plaignait du travail scolaire et du rythme éreintant de McGill? Oui.

Une avouait être accro aux somnifères, l’autre admettait utiliser de plus en plus d’Adderall (médicament pour les troubles de l’attention TDAH, aussi utilisé comme dopant par les étudiants, ndlr) et le dernier disait combattre le stress universitaire à bouffées de weed. Oui?

Le problème de la santé mentale et des comportements dangereux qui en résultent sont de plus en plus alarmants à l’Université.

Au cours des dernières élections et du référendum de l’AÉUM, la question semblait être devenue un classique. Le 23 février dernier, la nouvelle doyenne des Arts, professeure Maioni, abordait la santé mentale dans une entrevue avec Le Délit.

En novembre 2015, nous publiions une infographie réalisée après une enquête auprès des étudiants de McGill: 94,5% des étudiants interrogés s’était déjà senti débordé par la vie étudiante; un quart des participants s’était senti trop déprimé pour travailler au cours de la dernière année; 24% avait été diagnostiqué par un professionnel de la santé mentale… En comparaison, 10 à 20% de la jeunesse canadienne souffre de problèmes de santé mentale.

Un des éditoriaux les plus populaires de l’année, «Despereunt Aucta Labore», publié en octobre, appelait l’Université à réagir: «Respecter nos capacités physiques et psychologiques ne fera pas de nous des fainéants indignes de nos sweats McGill. Cela nous permettra juste de rester en bonne santé, de mieux nous engager dans chacun de nos cours et de savoir apprécier notre éducation jusqu’à la graduation.»

«La santé mentale est un problème tellement récurrent à McGill qu’il est entré dans la norme, l’habitude, l’acceptation, la fatigue. Fatigue.»

En 2014, la santé mentale faisait la couverture du Délit.

En 2013, l’article «Sans Limite» écrit par Côme de Grandmaison à propos de l’utilisation de médicaments «dopants» comme l’Adderrall, titrait: «Certains étudiants n’hésitent pas à sacrifier leur santé pour obtenir de meilleures notes.» Cet article est encore l’un des plus lus sur la plateforme web du Délit.

En 2012, Fanny Devaux écrivait déjà un article sur «La dépression étudiante: Quand les «meilleures années de la vie» ne le sont pas du tout.» En 2016, il aurait été tout aussi pertinent.

Mahaut Engérant

Cette semaine The Daily publiait un article d’opinion sur les effets destructeurs de la culture du «sur-travail» (You are not disposable, and neither are your colleagues par Niyousha Bastani, ndlr) et Le Tribune s’affligeait du culte maladif de la productivité (On why the cult of productivity is not productive par Albert Park, ndlr).

La santé mentale est un problème tellement récurrent à McGill qu’il est entré dans la norme, l’habitude, l’acceptation, la fatigue. Fatigue.

Je tenais à profiter de mon ultime tribune en tant que rédactrice en chef du Délit pour soulever encore une fois la question.

À quelques jours du début des examens finaux et après une année ressemblant bien plus à un 42km qu’à un beach day everyday, beaucoup se demandent ce qui est au plus bas: notre moral, notre GPA ou la ligne de nos cernes?

Des solutions sont offertes par l’administration et les associations étudiantes, mais leur développement n’est pas adapté à l’amplitude de la crise étudiante.

On aimerait glisser à McGill le dicton usé du «Mieux vaut prévenir que guérir». Plutôt que d’attendre que les étudiants adoptent un style de vie épuisant, délaissent leur santé physique et mentale face à la succession de devoirs, plongent dans des dépressions ou développent des comportements addictifs pour survivre à court terme… Ne faudrait-il pas changer cette culture de compétition, de productivité et de stress qui règne chez nous? L’excellence, l’ambition et le travail font certes l’orgueil de McGill. Le mien aussi. Le vôtre sûrement. Cependant, comme me l’a fait remarquer cette amie qui tente de finir son baccalauréat à coup de doses d’Adderrall et de journées à la bibliothèque: «Ne sommes-nous pas plutôt réduits à une boulimie intellectuelle de l’urgence qui rabaisse nos aspirations, notre estime personnelle et notre envie d’apprendre ou d’entreprendre?». Contre-productivité?

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Cécile Richetta <![CDATA[Faire les comptes]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25331 2016-04-05T06:25:07Z 2016-04-05T06:24:35Z Je vois déjà l’immense tente se dresser sur le campus, le défilé d’étudiants fraîchement diplômés, les chapeaux, les photos, les parents fiers, la larme à l’œil. La collation des grades, rite de passage de tout étudiant nord-américain, sera bientôt mon moment pour briller, mes dix secondes de célébrité. Je ne prétends pas parler pour tous les étudiants qui en juin recevront leurs diplômes. À chacun son bilan, ses expériences, ses regrets et ses succès; cet article se veut tirer des leçons de mes trois ans à McGill dans la Faculté des arts.

Ce que McGill m’a apporté…

En sortant du secondaire, l’université m’a apporté la liberté. D’abord, celle de choisir mes cours parmi des dizaines d’autres, ainsi que mes professeurs et ma spécialisation. Pouvoir décider de mon champ d’études voulait aussi dire rencontrer des gens passionnés et passionnants, et qui m’ont permis d’être plus critique, plus ouverte d’esprit, et plus à l’écoute. Quant aux professeurs, quand bien même ils ne sont pas tous pareils, certains d’entre eux ont rendu ces trois dernières années incroyables. Particulièrement ceux qui critiquent ouvertement le système, ceux qui ont une pédagogie digne d’une université comme McGill, ou ceux qui m’ont aidée, m’ont donné une chance et ont cru en moi.

Dans cette université, je me suis épanouie, je me suis découverte. Entre les cours intellectuellement stimulants, les bibliothèques aux rayons interminables, regorgeant de livres sur des sujets dont je n’avais même pas idée, et le campus à la Harry Potter — avec l’équipe de Quidditch que l’on peut observer jouer depuis McLennan.

À moins d’un mois de la fin, je me dis qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles j’aimerais rester. Pour ces associations, que je n’ai découvert que trop tard. Pour tous ces gens motivés, à qui je n’ai jamais pu parler. Pour ces cours, que je n’ai pas eu le temps de prendre, et ces professeurs que je n’ai pas encore rencontrés. Pour le plaisir de prendre seulement trois cours dans un semestre, et pas cinq à chaque fois.

Mais mon épanouissement ne peut pas se résumer à McGill. C’est cette université, mais aussi les stages et les expériences en dehors du campus, l’été à Montréal, la fête sur Saint-Laurent, et les personnes que j’ai rencontrées en dehors — voisins, voisines venant de tous les horizons — et qui m’ont rendue heureuse. Mon expérience dépasse donc les limites de Roddick Gates.

…et ce que je ne regretterai pas

À McGill, j’ai découvert que la réussite ne dépend pas toujours de soi, et que l’université devient cruelle lorsque les choses s’emballent et se dégradent. Le jour où j’ai eu des problèmes de santé, l’université est devenu un enfer: épuisement, pas de vacances au premier semestre, une quantité de travail impossible à abattre et des professeurs qui en rajoutent toujours plus et ont l’air surpris quand on ne peut pas tout faire ou tout lire — le burn out complet. Je ne pourrai jamais assez remercier mes amis, ma famille — quand bien même elle était à des milliers de kilomètres — et mon copain, qui m’ont soutenue quand McGill m’a enfoncée la tête sous l’eau. Je ne remercierai pas McGill pour ces longues semaines d’angoisse et de panique.

Je ne remercierai pas non plus McGill au niveau financier: ses livres que je ne réutiliserai jamais et que la librairie m’a gentiment proposé de racheter un dixième du prix d’origine, ou encore ses cantines et ses chambres en résidence à un prix exorbitant.

La fin d’un baccalauréat, c’est aussi une certaine monotonie. L’université n’est plus aussi excitante qu’au premier semestre, et beaucoup d’entre nous n’ont qu’une envie: s’échapper, partir, et découvrir un ailleurs. Au bout de quelques semestres, les cours finissent par se répéter, et les examens se ressemblent: il est alors urgent de sortir de ce cycle, sous peine d’une crise d’ennui.

Philomène Dévé

C’est un au revoir

Aux futurs étudiants: venez à McGill, et éclatez-vous. L’université sera généreuse et cruelle, et je vous souhaite de toujours être en bonne santé. Prenez soin de vous, de votre corps, de votre mental, et de vos amis. Par-dessus tout, sortez de la bulle mcgilloise. Montréal, les Québécois et les Canadiens ont tellement à offrir, bien plus qu’une institution universitaire ne pourra jamais le faire.

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Arno Pedram <![CDATA[On se moque de ta démocratie]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25329 2016-04-05T06:20:52Z 2016-04-05T06:20:52Z Désinvestissons, chapitre I

C’est la fin de l’année et le Comité consultatif chargé des questions de responsabilité sociale (CCQRS ou CAMSR en anglais, ndlr), dont Suzanne Fortier fait partie, considère les dommages sociaux causés par l’exploitation des énergies fossiles comme n’étant pas «graves».

Pourtant, les rapports s’accumulent, prouvant l’accélération catastrophique de la montée des eaux, et donc la pression croissante que le climat impose sur le monde, présageant l’aggravation de la crise des réfugiés et des guerres de ressources. Des centaines d’institutions à des niveaux très variés, comme la ville d’Oslo, l’université d’Oxford ou la Fondation des frères Rockefeller, rejoignent le mouvement visant à désinvestir de l’exploitation des énergies fossiles. Au regard de l’absence de plans politiques ambitieux et des inéluctables conséquences du je-m’en-foutisme général, les projets de désinvestissement sont de puissants vecteurs de changement, dirigés vers des entreprises qui s’enrichissent en siphonnant tout espoir d’un futur viable. Cela étant, après quatre ans de campagne, une deuxième tentative et un remarquable travail de recherche pour présenter un plan raisonnable, le groupe militant Désinvestissons McGill (Divest McGill, ndlr) a dû se contenter d’un rejet de leur proposition, effectué à huis clos, par de grands inconnus et dans le plus grand silence.

Désinvestissons, chapitre II

C’est la fin de l’année, et Suzanne Fortier qualifiait il y a peu le mouvement non-violent et anti-colonial Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) comme allant «à l’encontre des principes de tolérance et de respect».

Ces mêmes principes de tolérance et de respect sont les raisons pour lesquelles notre université investit sans remords à la fois dans une entreprise d’armement américaine qui fournit en équipement militaire l’armée israélienne (L-3 Communications), mais aussi dans une banque qui permet le développement des projets immobiliers dans les territoires illégalement occupés de Cisjordanie (Mizrahi Tefahot Bank) et enfin dans une entreprise immobilière participant aussi au développement du secteur immobilier dans ces territoires (Re/Max). De plus, que l’administration se permette d’exprimer son désaccord profond envers des initiatives étudiantes démocratiques, et ce en vertu de motivations suspicieuses, ne fait que compromettre d’autant plus le respect qu’elle devrait montrer pour la démocratie étudiante.

Souvenons-nous!

C’est la fin de l’année et le rocher Hochelaga, commémorant l’histoire autochtone, est toujours aussi bien caché.

La rencontre de Désinvestissons McGill avec Suzanne Fortier le 31 Mars a été l’occasion pour cette dernière de réaffirmer, comme elle l’avait fait lors de son intervention à Faculty in Rez, son dédain pour les «symboles» (voir l’article «Sous les pavés, Tio’tia:ké» publié dans Le Délit du 22 février 2016, ndlr). Dédain qui s’est cristallisé ce jour-là lors de sa choquante incapacité à affirmer que «la non-obtention du consentement des autochtones [par ces entreprises] est une violation des lois nationales et internationales assurant la santé, la sécurité et les libertés fondamentales [des individus]». Enfin, l’absence de toute mention de la question des droits des populations autochtones (clairement mis en avant par Désinvestissons McGill) par le CCQRS dans leur compte rendu atteste d’une hypocrisie criante et d’une conscience coupable.

Engageons-nous!

C’est la fin de l’année et c’est le début d’une mobilisation nécessaire et vouée au succès.

Les mouvements étudiants de cette année ont prouvé que les procédures démocratiques sont le dernier des soucis de l’administration. Mais ils ont aussi prouvé que (seuls?) les étudiants étaient capables d’amener des solutions concrètes: Désinvestissons McGill a un plan viable et légitime pour le désinvestissement, BDS met en lumière notre participation au projet colonial israélien, et l’AÉUM passe et a passé nombre de motions contribuant à la reconnaissance de l’histoire des autochtones. On peut aussi saluer l’initiative du Groupe de Travail sur la Politique sur les Agressions Sexuelles (Sexual Assault Policy Working Group), qui a mis au point une politique courageuse pour s’attaquer au problème urgent des agressions sexuelles sur le campus. Ce n’est maintenant plus qu’une question d’engagement puis de temps: le travail est fait, il ne nous reste plus qu’à montrer à Mme Fortier ce courage qui lui fait défaut. ξ

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Luce Engérant <![CDATA[L’altruisme efficace à quatre yeux]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25325 2016-04-05T06:18:11Z 2016-04-05T06:18:11Z Découverte d’une philosophie

Nous sommes à un moment de notre vie où l’on se pose plein de questions. Au-delà du cliché du constat, combien de fois avez-vous sombré en questionnement intérieur suite à la question: «Où veux-tu travailler plus tard?». J’en ai fait l’expérience plusieurs fois, et mes réponses se perdaient à chaque fois dans le vague de mes lignes directrices. Il me manquait une fondation stable, une philosophie de vie, pour combiner mes désirs de faire «le bien dans le monde», mais «de manière intelligente»!

Et puis récemment, j’ai entendu parler de Peter Singer en cours de philosophie politique. Le professeur, un utilitariste australien, nous présente une série de questions, auxquelles je vous invite à réfléchir maintenant.

Si vous voyez un enfant qui se noie dans un lac, avez-vous l’obligation de lui venir en aide, même si cela voudrait dire que vous vous saliriez et manqueriez votre premier cours de la journée? Si vous avez dit oui, changeriez-vous votre réponse s’il y avait d’autres personnes autour du lac, mais que personne ne réagissait? Et si l’enfant n’était pas dans le lac d’à côté, mais dans un autre pays à l’autre bout du monde, mais que vous pouviez néanmoins lui sauver la vie, sans grand coût et absolument sans danger pour vous: devriez-vous le faire?

Si vous avez répondu oui, c’est que vous êtes d’accord en principe avec l’idée que nous avons une responsabilité morale à venir en aide aux autres. Que nous les connaissions ou non, qu’ils soient devant nos yeux ou dans un pays lointain.

Singer extrapole cette logique à l’échelle mondiale. D’après l’UNICEF, tous les jours 16 000 enfants meurent de maladie évitable, liée à la pauvreté. Pouvons-nous prévenir ces morts? La réponse est oui, en donnant quelques dollars à une association caritative comme la fondation Contre la Malaria. Alors, conclut-il, avec une telle solution à portée de main, ne pas donner, ou mal donner, serait comme marcher au bord du lac en laissant l’enfant se noyer.

En approfondissant mes recherches, j’ai réalisé que la philosophie de Singer avait donné naissance à tout un mouvement: l’altruisme efficace (effective altruism en anglais), qui avait justement une branche à McGill.

Charlie

Éthique appliquée à l’université

Le groupe Altruisme Efficace pose une question: utilisons-nous nos ressources de manière optimale? Les conséquences de nos actions reflètent-elles l’altruisme de nos intentions?

Depuis quelques années, les associations caritatives sont évaluées par des groupes spécialisés (comme GiveWell), qui se fondent sur des critères précis et quantifiables tels que la transparence et le rapport coût-efficacité afin de déterminer avec précision l’utilité des associations. Par exemple, la fondation Make-A-Wish estime le coût moyen pour réaliser le rêve d’un enfant mourant à environ 7 500 dollars. Parallèlement, la fondation Contre la Malaria sauve une vie pour 2 840 dollars. Ces résultats nous permettent d’orienter les différents groupes des universités, désireux de verser de l’argent, vers des associations dont l’efficacité a été quantitativement prouvée, en les encourageant à examiner d’un œil nouveau les causes qui leur tiennent personnellement à cœur.

Aussi, Effective Altruism invite ses membres à considérer, avec une lucidité nouvelle, leur choix de carrière et d’aller à l’encontre de la doxa. Elle explique qu’en travaillant pour une œuvre de bienfaisance ou une ONG, on n’aide pas forcément plus qu’en réformant de l’intérieur les actions d’un groupe extracteur de pétrole.

À McGill, l’éventail d’initiatives étudiantes est monté sur des brins solides: la conscience sociale. Les étudiants agissent pour leurs convictions et utilisent leur temps et leurs ressources pour lutter contre les injustices, donner une voix à ceux qui en sont privés, faire de notre monde un monde meilleur. L’altruisme efficace encourage chacun à associer son coeur et ses passions philanthropes à sa raison.

L’approche quantitative sera vue par beaucoup comme une approche froide et inhumaine, car les hommes ne sont pas des statistiques. Cependant, en philanthropie, la fin n’est-elle pas plus importante que le moyen? 

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Alexandre Le Coz <![CDATA[Cherche 51/2 sans surprises]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25321 2016-04-05T06:15:28Z 2016-04-05T06:15:28Z Alors que beaucoup d’étudiants recherchent actuellement un logement pour l’année à venir, nombreux sont ceux qui doivent faire face à des requêtes loufoques – pour ne pas dire illégales – de la part d’un certain nombre de propriétaires montréalais.

Les trois premiers mois d’une nouvelle année sont pour les universitaires une période chargée, tendue et même stressante. De la reprise des cours à la recherche d’un pied-à-terre, il est important de veiller à ne pas devenir une cible facile de propriétaires malhonnêtes.

En effet, il est une pratique fréquente chez certains d’entre eux de profiter de leur position de force afin de faire régner leurs propres lois sur le marché de l’immobilier. Ils utilisent à outrance des pratiques dont les jeunes locataires ignorent la posture illégale. Refus de location sous prétexte d’une quelconque nationalité étrangère, demande de dépôts de sécurité et d’un paiement de plusieurs mois de loyer à l’avance, ou encore photocopies de documents officiels n’en constituent qu’une infime partie. Il faut donc faire attention aux arnaques.

Les étrangers comme cible première

Les individus les plus ciblés par les propriétaires sont bien évidemment les jeunes étudiants, mais également les immigrés, qui doivent parfois faire face à une barrière linguistique importante. Cette barrière de la langue peut, chez certains, devenir une source de malhonnêteté et d’escroquerie de la part de certains propriétaires. Le journal étudiant de Concordia, le Link, publiait récemment l’histoire de Xiao Ming (pseudonyme), un étudiant international ayant quitté sa Chine natale pour poursuivre ses études à Montréal. L’étudiant a notamment été victime de fortes pressions verbales à propos de son utilisation quotidienne d’électricité, ainsi que de modifications importantes du coût de son logement. Il vivait dans de piètres conditions pour un logement au prix excessif. Des conditions si peu soutenables qu’elles l’ont mené à lancer une procédure judiciaire contre son propriétaire. Cependant, une grande majorité des victimes n’entreprennent pas de telles démarches.

Prune Engérant

Pas le temps ni les moyens pour la justice

«Les gens n’ont ni l’envie ni le temps de se lancer dans de telles procédures. Les délais sont longs et les propriétaires le savent bien»: telles sont les paroles de Ted Wright, consultant juridique en matière de logement. Il explique dans une entrevue au Journal de Montréal les raisons pour lesquelles les étudiants ne prennent pas le temps de s’engager dans une bataille face à la loi.

Récemment, mes colocataires Ethel Berdugo, Julie Martin, Alexandre Chahtahtinsky et moi-même, tous étudiants français à McGill, avons aussi payé les frais de la malhonnêteté d’un propriétaire montréalais. L’homme concerné avait estimé en février 2016 qu’il était trop compliqué d’avoir des locataires français pour des «raisons juridiques». De farouches propos tout simplement discriminatoires et sans bases légales, qui pourtant n’ont pas abouti sur une procédure judiciaire, faute de temps, d’argent, et de moyens.

Comment faire face à de telles arnaques?

Dans le but de lutter contre de telles propositions illégales, un grand nombre d’universités s’engagent à établir de bons contacts entre leurs étudiants et les agences immobilières locales. Ainsi, l’Université McGill propose un service de guide immobilier, Logement McGill (McGill Housing), grâce auquel les étudiants peuvent facilement et efficacement trouver des logements qui conviennent à leurs besoins… et ce de manière sécurisée et légale. De telles manœuvres se développent rapidement au Québec et à Montréal en particulier. L’Université Concordia s’engage elle aussi à conseiller ses nouveaux étudiants internationaux en terme de logement, en développant de manière assidue des associations telle que «Concordia Student Union Housing». De la même manière, l’Université de Montréal a développé son propre système informatique afin d’aider les étudiants à trouver leur logement idéal. C’est par l’intermédiaire de tels systèmes que le marché de l’immobilier montréalais se sécurisera et parviendra à lutter contre les agissements illégaux de propriétaires frauduleux. En attendant une généralisation de l’information de qualité, il faut rester sur ses gardes, et prendre le temps de poser les bonnes questions afin de trouver des solutions. 

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Théophile Vareille <![CDATA[Le sport bafoué]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25315 2016-04-05T06:09:10Z 2016-04-05T06:09:10Z Cet été se profilent deux grands raouts internationaux du sport et du spectacle: le championnat d’Europe de football, l’Euro 2016, en France, et les Jeux Olympiques d’été à Rio de Janeiro. Les amateurs de gavage télévisuel s’en donneront à cœur joie, du 10 juin au 10 juillet pour l’Euro 2016, et du 5 au 21 août pour les Jeux Olympiques. Toutefois, l’avènement du sport-spectacle et de ses dieux du stade ne saurait cacher  l’univers sportif gravement inégalitaire et traversé des saillantes questions éthiques et sociales qu’il entretient, alors que des centaines de millions de spectateurs suivront leurs exploits devant leurs  petits écrans. 

En 2010, selon une enquête de la firme Ekos pour «Sport Canada», le revenu annuel moyen d’un athlète canadien est de 38 000 dollars par an. Pour ceux d’entre eux qui pratiquent des disciplines considérées comme «mineures» (arts martiaux, lancers et sauts athlétiques, voile, etc.), ces évènements mondiaux et surmédiatisés constituent leur unique quart-d’heure de célébrité quadriennal . Une récompense après quatre ans de dur labeur, souvent à jongler entre activité professionnelle et activité sportive. Et encore, la situation de ceux non-sélectionnés pour les Jeux Olympiques est bien plus précaire.

La patrie reconnaissante

Alors que certaines stars multimillionnaires du basketball américain (NBA) ne daignent pas représenter leur nation en compétition, plusieurs interrogations se posent. La patrie est-elle redevable envers ces sportifs de haut niveau, dont un comportement exemplaire est attendu, et dont la gloire personnelle déteint fortement sur leur pays? Si oui, ne faudrait-il pas plus se soucier d’eux? Car il y a un abîme entre le quotidien de la grande majorité des sportifs de haut niveau — l’échelon en-dessous de sportif professionnel, non reconnu par la loi française — et celui du sportif qui fait occasionnellement la une de votre quotidien. Ce sont des soucis qui concernent tous les sports: même si l’on ne verra probablement aucun footballeur précaire sur les terrains de  l’Euro 2016, nombreux sont les joueurs semi-professionnels ou amateurs qui se vouent à leur passion sans en tirer de quoi vivre.

La patrie reconnaissante à ses sportifs, mais aussi à la pyramide les soutenant et ayant favorisé leur éclosion, et explosion au plus haut niveau. Certaines nations verront dans le sport un moyen idéal de projeter leur puissance et d’asserter leur supériorité, et le financeront à ces vues tel que la Russie et la Chine. Contrairement à la culture, le sport est un soft power (une forme de pouvoir indirect, ndlr) qui témoigne d’une domination physique et tactique à l’image de l’homo sovieticus en temps de guerre froide.

Charlie

Le sport: catalyseur de tension sociale ?

Les projecteurs qu’attirent ces manifestations sportives gargantuesques peuvent parfois être détournés par d’autres, sociales celles-ci. Le Brésil, déjà, en avait fait l’expérience, lors de «sa» Coupe du monde de football, en 2014, lorsque des millions de manifestants étaient descendus dans la rue pour protester contre un gouvernement qui, dans un contexte économique difficile, arrosait généreusement plusieurs projets de construction de stade. Plus récemment, la mort de plusieurs milliers — aucun chiffre officiel n’a été divulgué de la part des autorités — de travailleurs immigrés, réduit en «esclavage» — selon les dires de la presse internationale — sur les chantiers de la coupe du monde de football 2022 au Qatar a suscité des manifestations à travers le monde.

Voilà donc des évènements de joie et de communion nationale pollués par de nombreux scandales : corruption au sein de la  Fédération Internationale de Football Association , une utilisation politique du sport, une starification et  de l’argent, d’origine souvent trouble, coulant à flot. Sans oublier les sujets dont la presse ne parle que peu, car sans doute moins croustillants, tels que la précarité dans laquelle se trouve la majorité des sportifs de haut niveau. Pour certains, cela gâchera la fête, alors que ces compétitions sportives peuvent distraire d’une triste actualité et rassembler une nation divisée.

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Celine Fabre <![CDATA[Sous les pigments exactement]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25311 2016-04-05T06:06:48Z 2016-04-05T06:06:48Z Mis à part, peut-être, les jardins botaniques et la voix de Stan Getz, il semblerait qu’il existe peu de choses aussi relaxantes que les courts métrages de l’Office national du film du Canada. La structure familière de la phrase qui précède fera sourire les plus fidèles d’entre vous, non sans une fâcheuse impression de déjà-vu. Il y a près d’un an, Le Délit publiait une petite enquête sur les sentiers des dessins animés et courts métrages expérimentaux canadiens de la planète www.onf.ca. Il est grand temps de donner suite à ce premier volet que l’on surnomme «reviens».

Cette fois ci le voyage démarre avec L’Homme sans ombre, un véritable tableau vivant et mouvant animé par le cinéaste Georges Schwizgebel. L’histoire s’inspire d’un conte surréel qu’Adelbert von Chamisso achevait en 1814, dans lequel un homme accepte d’échanger son ombre contre la bourse de Fortunatus: objet magique qui le rendra riche jusqu’à la fin de sa vie. C’est sans prétention que la trame visuelle de Schwizgebel suit les étapes d’un récit qui, dans les règles de son genre, cherche à édifier son public. C’est pourtant avec une grande liberté que le focus du film tourne autour du héros, que des formes abstraites se fondent en décor mondain, que l’on passe du gris à une palette haute en couleur et que la musique, les bruitages, accompagnent les images sans jamais les brusquer.

Mahaut Engérant

Il nous faudra alors quelques minutes pour méditer sur ces coups de pinceau frétillants avant de jeter l’ancre du côté de La carte impossible, pour un bref cours de cartographie à l’aide d’un pamplemousse. Déjà en 1947, les animateurs de ce grand-père du tutoriel tentaient de déjouer les lois de la géométrie en représentant à plat notre planète qui, jusqu’à preuve du contraire, est de forme sphérique.

Si le sérieux de ce format éducatif manque de vous assommer, il n’est peut-être pas trop tard pour embarquer sur le navire parodique de Pimp my botte (Rénover mon bateau ndlr). Une esthétique qui rappelle le dessin animé Futurama, un slang acadien quasi-incompréhensible, de la musique techno dans un tout qui se moque gentiment de l’émission américaine de restauration de voiture Pimp my ride. Remercions Marc Daigle pour cette idée loufoque et l’emploi audacieux du mot «botte» pour dire «boat»: il est vrai que le Canadien français aime jouer avec le bilinguisme.

Ceux pour qui ce manque de goût arrachera un soupir exaspéré choisiront alors de toquer à la porte de Chaque enfant, qui remporta l’Oscar du meilleur court métrage d’animation en 1979. Pour commémorer la déclaration de l’UNICEF sur les droits de l’Enfant, Eugene Fedorenko réalisait une satire douce au trait inimitable et dans laquelle gribouillis et caricatures font très bon ménage.

Si vous pensiez arriver enfin à la fin de ce jeu, détrompez-vous. La vérité c’est que le voyage vient tout juste de commencer. Parfaitement conscients du costume cliché que cette conclusion enfile, permettez-nous de friser l’incompétence une dernière fois tant il est facile de se reposer sur la bienséance des expressions toutes faites. Qui sait, on se retrouvera peut-être dans un an? 

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Sami Meffre <![CDATA[Une pétition pour sauver la bibliothèque de l’Institut Polonais]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25307 2016-04-10T16:45:10Z 2016-04-05T05:59:44Z Jeudi dernier, le 31 mars, l’association des étudiants polonais à McGill (McGill Polish Students’ Association, ndlr) a organisé une journée découverte de l’Institut Polonais des Arts et Sciences au Canada (Polish Institute of Arts and Sciences in Canada, PIASC, ndlr) dans le hall d’entrée du bâtiment Leacock. En janvier, l’administration McGill a décidé d’abruptement mettre un terme à sa collaboration avec le PIASC, jugeant insalubre le bâtiment qu’elle avait prêté à l’institut plus de 70 ans auparavant. Cette journée avait pour but de récolter assez de signatures et de support de la part de la communauté McGilloise afin de pousser l’administration McGill à révoquer sa décision de janvier.

Vittorio Pessin

Dès la création de l’Institut en 1943, McGill avait proposé d’accueillir le siège du PIASC sur son campus. Cet Institut avait originellement été créé par le biais d’une collaboration entre des universitaires canadiens et des universitaires polonais cherchant refuge en Amérique du Nord lors de la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, on compte notamment le professeur Wilder Penfield, qui donnera par la suite son nom à la rue qui traverse le campus mcgillois, ainsi que de nombreux autres professeurs de l’Université McGill. Cet Institut comporte aujourd’hui la plus grande bibliothèque polonaise en Amérique de Nord. Cette dernière, située sur le campus, offre aux étudiants un accès gratuit et illimité à sa collection de pas moins de 50 000 médias. La richesse de cette bibliothèque a été louée de nombreuses reprises par la Pologne et pas moins de 10 000 de ses livres font maintenant partie intégrante de la bibliothèque de McGill.

Au total, c’est plus de 550 signatures qui ont été récoltées au fil de la journée, mais le combat ne s’arrête pas là. En effet, l’association des étudiants polonais à McGill encourage les membres de la communauté mcgilloise à venir signer la pétition au siège de l’Institut situé au 3479 rue Peel. 

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Julia Denis <![CDATA[Chaque vie compte]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25301 2016-04-05T05:57:09Z 2016-04-05T05:57:09Z Le dimanche 27 mars dernier, une centaine d’étudiants se sont rassemblés près du portail Roddick de McGill pour honorer la mémoire des centaines de victimes ayant récemment péri dans des attentats terroristes en Turquie, en Côte d’Ivoire, au Mali et en Belgique.

La McGill African Student Society (MASS), (l’Association des étudiants africains de McGill, ndlr) co-organisait cet événement, nommé «Même pas peur», en collaboration avec des associations étudiantes de Concordia, de l’UdeM et de l’UQAM. Anne-Sophie Tzeuton, vice-présidente de MASS et l’une des organisatrices de l’événement, a expliqué au Délit que son association avait d’abord pris l’initiative d’organiser une cérémonie de commémoration pour les victimes des attaques du 13 mars à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Puis, après la tragédie du 22 mars dernier à Bruxelles, les organisateurs ont pris la décision «d’étendre le cercle d’amour à toutes les victimes d’attentats».

Vittorio Pessin

Le programme chargé de l’événement comptait, entre autres, une allocution au message rassembleur par un imam et un pasteur de Montréal, des discours d’étudiants, une minute de silence, et des chants par une chorale. Alors que l’événement Facebook annonçait plus de 200 participants et quelques 350 personnes intéressées, cet appel à la paix s’est fait dans une certaine intimité, avec près d’une centaine de participants. Le choix d’un dimanche de Pâques – certes porteur de sens – et de l’espace plus «fermé» du campus de McGill expliquerait cette moindre mobilisation selon les organisateurs.

Ces derniers se disent tout de même très contents et particulièrement satisfaits du déroulement de la cérémonie. En outre, ce rassemblement, essentiellement étudiant, a reçu une couverture de la part de plusieurs médias montréalais.  Anne-Sophie Tzeuton a conclu lors de son entretien avec Le Délit: «On voulait vraiment faire une ode à l’amour et une célébration de l’humanité. Nous sommes tous humains, chaque vie compte, malgré les différences culturelles et les écarts de couverture médiatique. On devrait avoir un même élan d’amour et se sentir tous engagés, qu’importe l’identité des victimes des attentats».

Vittorio Pessin
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Mamoun Alami Idrissi <![CDATA[Les FinTech en effervescence]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25297 2016-04-05T05:35:12Z 2016-04-05T05:34:25Z Alors que c’est la semaine du Money 2020 en Europe, la plus grande conférence européenne sur les FinTech, penchons-nous sur ce groupe de compagnies qui veut réinventer une des industries les plus haïes d’Amérique du Nord, selon le DailyFinance.

Le terme «FinTech» (mot-valise contenant finance et technologie) se réfère à ces nouvelles start-ups qui tentent de perturber le système bancaire traditionnel à l’aide des nouvelles technologies, en offrant des services moins chers ou de meilleure qualité.

Des paiements à l’intermédiation entre les épargnes et les investissements, en passant par les assurances, ces jeunes pousses essaient aujourd’hui de prendre d’assaut chacune des fonctions essentielles du monde de la finance. Un rapport de McKinsey prédisait ainsi que 20 à 60% des profits des banques dans cinq secteurs d’activités seraient en péril d’ici à 2025.

L’angle d’attaque de ces «institutions financières 2.0» est simple: proposer ce que les institutions classiques, de par leur taille, ne peuvent offrir. Alors que la norme est à la standardisation des produits financiers et qu’une nouvelle vague de régulations déferle sur les institutions bancaires traditionnelles, la numérisation des services offerts permet aux FinTech de tailler des produits sur mesure pour chacun de ses clients afin de combler au mieux ses attentes et envies, souvent à un coût amoindri et avec une efficacité accrue.

La transformation des paiements

L’apparition de nouveaux moyens de paiements et de gestion des finances, tels que les téléphones intelligents ou les ordinateurs, rendent possible une meilleure expérience client.

PayFirma propose ainsi une solution permettant aux compagnies d’accepter n’importe quelle sorte de paiement, en toute sécurité, de même qu’une consultation de leurs chiffres comptables en temps réel.

Une autre possibilité offerte par les récentes avancées technologiques est la mise en place de paiements instantanés et sûrs à l’aide de la technologie Blockchain (chaîne de blocs). Cette technologie consiste en la distribution d’une base de données, décentralisée, qui maintient des enregistrements, en constante croissance, où chaque donnée se réfère à des données précédentes dans la liste. La falsification et la révision sont quasiment impossibles et il suffit de vérifier la validité d’une donnée en observant sa cohérence avec les nœuds précédents du réseau. Cette technologie est à la base du système des Bitcoins, et peut être utilisée pour la gestion des risques, les transferts de devises, trading, etc. Récemment, même les grands acteurs de l’industrie financière se sont lancés dans une course aux armements en termes de sécurité. En effet, le consortium R3, composé des plus importantes banques multinationales telles que JP Morgan et Citigroup, a signé un contrat hier avec Microsoft et ses partenaires visant à la mise en place de la technologie Blockchain au sein de leurs secteurs d’activités les plus critiques.

Mahaut Engérant

Désintermédiation des investissements

L’avènement des FinTech a rendu possible aux jeunes pousses l’accès à des financements sans avoir à être filtrés par le système traditionnel. Les plateformes de crowdfunding (financement participatif, ndlr) agissent comme les têtes de proue de ce nouvel ordre. SeedUps, par exemple, permet aux entreprises de présenter et de financer leurs projets par une multitude d’individus, en échange d’actions dans la compagnie. À l’instar d’abeilles fondant sur un champ de fleurs, parents, jeunes travailleurs, trentenaires et étudiants se jettent aujourd’hui sur ces opportunités d’investissements dans l’espoir de voir émerger des retours mirobolants. Par exemple, le Financial Post reportait le 22 janvier dernier que la québécoise Dubuc Motors s’était finalement tournée vers le financement participatif pour la production de son véhicule de sport haut de gamme électrique, faute de pouvoir trouver des investisseurs auprès des acteurs classiques de l’industrie.

Dans la même foulée, les initiatives de peer-to-peer lending (prêt entre particuliers, ndlr) ont aussi permis l’émergence d’un nouveau modèle de distribution de fonds. Les prêts sont maintenant financés directement par les investisseurs qui assument les risques, à l’inverse du mécanisme classique où cela est fait par un système de dépôts et de réserves obligatoires dans les institutions. Lending Loop est la première entreprise canadienne dans le genre, mettant en relation des compagnies avec une variété d’investisseurs désirant aider les petites entreprises canadiennes. Citi suggère ainsi un «marché adressable» de 3 200 milliards de dollars américains pour le peer-to-peer lending uniquement aux États-Unis.

La mise en relation directe des protagonistes est aussi utilisée pour réduire les coûts d’échange de devises. TransferWise, la star européenne du secteur des FinTech, met ainsi indirectement en relation des individus et leur propose des taux plus intéressants pour chacun, réduisant jusqu’à 90% les frais associés généralement aux échanges de devises.

Limites

Il est toutefois à noter que les autorités cherchent à aborder le problème des régulations pour les FinTech et que de nombreuses mesures de sécurité verront le jour et feront obstacle au développement de certaines FinTech.

D’après Todd Roberts, un vice-président à la Banque Royale du Canada, la banque est en effet «un secteur très complexe, à forte intensité de capital». Le domaine est «très régulé et les institutions ont besoin de beaucoup de compétences pour pouvoir fonctionner.» C’est tout particulièrement le cas au Canada, où l’industrie financière est une véritable «forteresse institutionnelle», comme le suggère le professeur Gregory Vit de la faculté Desautels à McGill. Il explique alors que le secteur bancaire est protégé par des strates de régulations et normes industrielles, ainsi que par de nombreux accords implicites entre le gouvernement et les grandes banques nationales, ce qui rend toute nouvelle compétition difficile. Lending Loop, mentionnée plus tôt, a par exemple décidé d’arrêter d’afficher de nouvelles demandes de prêts sur son site internet jusqu’à la fin de ses discussions avec les autorités.

Les institutions financières, rigides et oligopolistiques, n’avaient auparavant aucun intérêt à innover, les marges largement profitables déjà dégagées n’étant pas menacées.

Avec l’avènement des FinTech, les banques traditionnelles réfléchissent et réagissent pour rester dans la partie. Gregory Smith, un associé en conseil aux services financiers à Ernst & Young au Canada, déclarait ainsi que «les compagnies financières devraient être bien plus agressives et créatives pour conserver leurs consommateurs.»

Certaines institutions ont tout simplement décidé de s‘associer avec lesdites startups afin de compléter leur panel de produits offerts. CIBC a de ce fait conclu un partenariat avec Thinking Capital, un petit prêteur aux entreprises.

Autrement, certaines firmes numérisent leurs services pour ne pas être «ubérisées». Tangerine a d’ailleurs lancé une application de gestion bancaire vocale qui permet d’avoir une conversation avec un chargé d’accueil numérique, tandis que la Banque Royal du Canada et MasterCard testent actuellement un bracelet qui identifie les utilisateurs par leur rythme cardiaque pour une meilleure sécurité de paiement.

Il reste donc un grand chemin à parcourir pour écarter les grandes institutions. Les ressources et relations industrielles vont rendre féroce la compétition entre les institutions traditionnelles et les FinTech. De plus, on peut s’attendre à ce que les usagers, déjà historiquement réticents à changer de banques, aient du mal à changer de modèle de fonctionnement.

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Vassili Sztil <![CDATA[Le temps est une créature]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25293 2016-04-05T05:17:45Z 2016-04-05T05:17:45Z «Percer»les «mystères» des grands fleuves d’Afrique et d’Amérique, c’était la volonté jusqu’alors des productions culturelles occidentales. D’abord les écrits de Stanley sur son exploration semi-hallucinée du fleuve Congo qui ont inspiré Joseph Conrad et son Heart of Darkness — totalement halluciné celui-ci. Ensuite, les films — tout de même plus subtils — de Werner Herzog, notamment Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo. La tradition a toujours alimenté cet exotisme orientaliste, d’une nature sauvage, puissante, indomptable, et de peuples violents, crédules, qu’il faudrait d’une manière ou d’une autre…«développer» pour éviter «l’horreur» (Conrad). 

Mahaut Engérant

Dés-orientalisme

À contrepied de cette tradition, L’Étreinte du Serpent est un film à l’image volontairement lissée. Le noir et blanc vient contrebalancer l’image d’une nature «luxuriante» et invasive, et empêche le spectateur de s’évader dans les  «couleurs de l’orient». En effet, pas d’évasion, mais plutôt des invasions: celles des Blancs, c’est-à-dire des occidentaux, qui n’amènent avec eux toujours que la violence.

Ce constat, c’est celui du chaman joué par un indigène, Nilbio Torres, et dont le personnage, Karamakate, tient le rôle principal: celui du conteur et du guide. Un ethnologue allemand pris par la fièvre — celle du caoutchouc? — et quelques décennies plus tard, un botaniste américain, se font tous deux guider par Karamakate à la recherche de la fleur Yakruna, une fleur mythique qui guérit et apaise. Durant cette aventure, Karamakate est le «bouge-mondes». Il nous présente son récit de l’Amazonie sur le thème du monde renversé, figuré par des plans flous et inversés par le reflet du fleuve, où le Blanc n’apprend rien à personne et doit être éduqué par les Indigènes.

«C’est en fait un voyage halluciné au cœur de l’histoire du rapport de l’Occident à l’Amazonie»

Temps circulaire

Le récit est alors un récit initiatique sans progrès, à l’image des méandres du fleuve-serpent — aussi celui des cosmogonies indigènes — qui désorientent le spectateur. La caméra tourne autour de la pirogue sans jamais nous montrer la direction, changeant toujours de rive et de point de vue: la pirogue ne suit pas le fleuve, elle s’y perd, et l’Occidental aussi. Mais c’est en fait un voyage halluciné au cœur de l’histoire du rapport de l’Occident à l’Amazonie. Le fleuve mène à des fragments d‘histoire qui surgissent sans origine évidente et disparaissent aussi brutalement. Le récit est morcelé, sans ligne directrice, et c’est précisément en cela que Ciro Guerra a vu juste. Le temps devient en effet une spirale, à l’inverse de notre temps linéaire. Et le fleuve se convertit en cet espace-temps circulaire du serpent qui s’enroule sur lui-même. C’est donc le temps positiviste —celui du progrès de la science occidentale, mais aussi celui du récit avec un début et une fin — qui se perd lui même. L’Occidental se baigne toujours dans ce même Amazone: perdu dans «le temps sans temps» il ne croise que des fantômes de fragments — un poste de frontière surréaliste, des exploitations de caoutchouc — et des morceaux de fantasmes — une étrange mission catholique, une fleur mythique — sans jamais en sortir.

Devant ce tableau très sombre et réaliste d’une histoire fragmentée et d’un colon occidental violent, quelques éléments laissent l’œuvre ouverte. La fin très mystérieuse, la poésie symboliste de certains plans ainsi que les questions du savoir et du rôle de l’ethnographie font du film un tout complexe et riche de significations. Ciro Guerra signe un film qui serpente dans nos perceptions d’Occidentaux pour mieux les troubler.

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Cristina Tanasescu <![CDATA[Place à l’imagination]]> http://www.delitfrancais.com/?p=25289 2016-04-05T05:13:17Z 2016-04-05T05:13:17Z Make every show like it’s your last, présenté au Musée d’Art Contemporain, est la première exposition solo de l’artiste britannique Ryan Gander à Montréal. Les œuvres, exhibées dans un grand espace ouvert auquel sont annexées deux petites salles, se répartissent entre tableaux, images, inventions et sculptures. Composées de matériaux variés, elles reflètent la multidisciplinarité de l’artiste, qui cherche à attirer notre attention, nos pensées et notre créativité vers des enjeux de la vie quotidienne, à prendre avec humour et grain de sel. L’exposition est brève, mais c’est en partie ce qui la rend plus accessible pour les étudiants qui mettent les bouchées doubles à l’approche des examens finaux!

Ryan Gander

Échantillons incongrus

C++ regroupe cent palettes de verre ayant servi à peindre autant de portraits n’ayant toutefois jamais été exposés. Cette œuvre à elle seule occupe un mur haut et large, ce qui permet au visiteur de se concentrer pour parcourir cet ouvrage comme il se doit. Chaque palette contient des couleurs variées et différentes, ce qui porte à s’interroger sur les personnes dont le portrait a été peint. De quoi avaient-elles l’air? Comment l’artiste les avait-il représentées? I is…(iv) est le titre de plusieurs sculptures en résine de marbre disposées à travers la salle principale. Leur apparence suggère des meubles abandonnés dans une maison, entièrement couverts par des draps blancs tournant au gris à cause de la poussière. En lisant le guide d’information, on comprend que l’artiste représente ici les tentes que sa petite fille crée à partir de quelques meubles et objets recouverts de draps, fruits de l’imagination sans borne de l’enfant. Il est à noter que pour cette œuvre, le réalisme de la texture est admirable!

Finalement, avec une paire d’yeux animatroniques rappelant la bande dessinée, la vue de Magnus Opus surprend et fait rire. Imbriqués dans un mur blanc, deux gros yeux bleus et les sourcils qui les accompagnent bougent toutes les quelques secondes pour représenter diverses émotions et expressions. On est captivé, qu’on le veuille ou non, par ces objets intrigants et on suit avec curiosité leur chorégraphie aléatoire.

«On est captivé, qu’on le veuille ou non, par ces objets intrigants»

En bref, les œuvres exposées varient par leur nature et chaque visiteur y trouve son compte. Ce qui est unique aussi, c’est que le visiteur ne se sent ni trop perdu ni trop guidé: les feuillets d’information sont disponibles à l’entrée de la salle, mais aucune description n’apparait à côté des pièces, ce qui donne libre cours à la pensée du visiteur. En effet, seulement s’il le désire, un coup d’œil aux notes de l’artiste permet de mieux comprendre le point de vue de celui-ci.

Si, d’après le titre de son exposition, Gander veut que les gens gardent en mémoire ses œuvres, c’est réussi. La place laissée aux pensées du public, qui forge son appréciation et interprétation des œuvres, en est l’élément clé. Make every show like it’s your last au MAC, version retravaillée de l’exposition itinérante, fait un arrêt jusqu’au 22 mai 2016 à Montréal, puis reprend son voyage. Ne tardez pas!

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