Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2017-02-21T21:10:06Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Sara Fossat <![CDATA[Grünt, freestyle version francophone]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27861 2017-02-21T15:03:26Z 2017-02-21T15:03:26Z Le Délit: 2012 fut votre 1er Grünt, pouvez-vous nous faire une présentation du concept? D’où est venue l’envie du concept des freestyles?

Jean Morel: J’ai toujours eu un peu de mal à définir exactement le projet de Grünt. Je le définis souvent comme une nébuleuse culturelle parce qu’on n’a pas cette barrière dans les formats. Après notre format de prédilection reste le freestyle. C’était à mon sens quelque chose qui n’était plus suffisamment représenté dans la culture rap en France. Tout d’abord dans la qualité sonore des Planète Rap, et puis y’avait pas assez de micros ouverts pour les MCs.

J’avais vraiment envie que ce soit une performance, ça dure longtemps, ça laisse la place à l’expression, tout en misant sur la qualité lyricale qui a toujours été dans l’ambition de Grünt. C’est dans ce registre là qu’on s’est lancés, tout en sachant pertinemment qu’on inventait absolument rien, parce que la culture du freestyle existait 30 ans avant que Grünt ne se lance.L’idée de base pour résumer Grünt, c’est de penser à un porte-voix. On met les moyens d’un média musical au service des gens qui ont envie de défendre la musique, et on le fait de manière complètement indépendante, on n’a jamais touché le moindre centime avec ça.

LD: Tu dis que vous ne partez de rien, vous avez quand même repensé le concept de toutes les productions très travaillées et dans un nouveau style?

JM: Même si on l’a fait de façon très amateur au tout début, on avait le souci de la qualité et du respect de l’artiste qu’on invite. Beaucoup cherchent à inviter des gens parce que ça permet de faire du clic, du buzz etc. Parfois l’effort n’est pas fait pour que ce soit au niveau en terme de qualité. On a mis du temps à se mettre au niveau en terme d’image, mais on a réussi. Il a fallu des moyens et du temps pour réussir à obtenir du matériel, en vendant notre merchandising. Il y avait la volonté sur le son, dès le début, d’enregistrer, de retravailler beaucoup, de faire en sorte que ça ne sonne pas super rough, mais qu’on voit qu’il y a eu du boulot et que ça puisse s’écouter comme un morceau. Évidemment il reste quelque chose de brut de décoffrage. C’est quand même une performance artistique qui dure longtemps, une demie heure, il y a une prise de risque.

J’espère qu’un jour passer dans un freestyle de Grünt aura un impact sur la carrière des jeunes rappeurs

LD: Par rapport au choix des nouveaux artistes, vous en avez quand même accompagné, par exemple, Georgio qui est passé de débuter au Grünt 8 à lancer son E.P. avec le Grünt 11. Comment vous décidez de lancer ces jeunes talents-ci et de les accompagner vers ce qu’ils veulent faire dans le rap?

JM: Alors d’abord j’espère qu’on a réussi à les accompagner et à avoir un petit rôle dans la carrière de ces personnes. Georgio, on est hyper heureux, c’est vraiment devenu un ami.

Ensuite sur le développement des artistes, on écoute des textes qui nous parlent, et on se dit, ce mec il est méritant, cette fille elle est méritante, il ou elle a sorti une mixtape qui est chanmée. À partir de là, on lui offre quelque chose qui peut le mettre en avant mais aussi qu’il doit prendre au sérieux. Dans la nouvelle génération de rappeurs, beaucoup nous disent, c’est ouf qu’on soit invités, nous on a écouté des Grünt, et on se retrouve là.

Le passage de génération est drôle, mais aussi il y a une relation de confiance qui s’est installée au fur et à mesure. On a aujourd’hui une certaine forme de légitimité à le faire, quand les gens viennent ils savent que c’est bien fait. La nouvelle génération parfois rentre dans nos radars, mais je suis sur qu’on passe à côté de pleins de choses. J’espère qu’un jour passer dans un freestyle de Grünt aura un impact sur la carrière des jeunes rappeurs, c’est vraiment ce qu’on voulait faire à l’origine.

LD: Vous avez commencé par faire un Grünt en Angleterre avec les amis de King Krule: comment s’est passée cette diversification et cet intérêt pour le rap anglophone?

JM: J’arriverais même pas à l’expliquer, on s’est dit pourquoi pas essayer d’aller plus loin.

La définition même de notre envie de bosser c’était une ouverture d’esprit. On a fait ça à Londres avec Rejjie Snow etc. Même pour moi ça a été très important qu’on fasse ce voyage à Montréal, pour essayer aussi de confronter aux Français la scène aujourd’hui de rap montréalais.

On a essayé de réunir un maximum de MCs de la ville et on a enfin le Grünt de Bruxelles avec la plupart de la scène. On s’est réunis pour un freestyle de 50mn, pour le Grünt 33

Elle est intéressante dans son approche au travail sur la langue, le fait que les artistes soient bilingues leur permet d’expérimenter au niveau du flow. Je sais qu’en plus ça suscite un débat au Québec: artistiquement c’est hyper important de défendre ça. Le public français n’est pas du tout au fait de la créativité de Montréal en terme de rap. Ca fait exactement partie de notre démarche artistique: l’idée qu’on va pas donner au public ce qu’il attend. On pourrait faire des Grünt avec des gens qui sont devenus des amis, et faire beaucoup de clics. Je préfère la prise de risque, des freestyles qui n’auront pas forcément la même audience mais ceux qui vont écouter ça vont se retrouver face a quelque chose qu’ils ne connaissent pas, et pour moi c’est le rôle d’un média de manière générale.

LD: Vous avez fait donc un voyage à Montréal pour tourner les Grünt 29 et 30, avec les Dead Obies et Loud Larry Adjust, qu’est-ce que vous ca vous a alors apporté, de voir l’impact artistique et technique au niveau de l’utilisation de la langue?

JM: J’ai été animé par la curiosité et confronté à quelque chose que je connaissais pas. J’ai pris du temps à tout capter, le slang de Montréal, l’argot. C’est extrêmement bien écrit pour la plupart, chez les Dead Obies et Loud Larry Adjust. J’écoute ces disques à fond dans mon bus à Paris quand je vais taffer, alors que je suis très loin de tout ça. Après aussi bien artistiquement que techniquement ce sont de très bons MCs, qui rappent de manière extrêmement pointue. J’ai en tête un couplet de Loud Larry: à un moment il fait un jeu de mot avec champagne killers, ce sont des choses qui sont possibles qu’en switchant d’une langue à l’autre. C’est quelque chose que le rap français ne nous apporte pas forcément. Y’a que le rap montréalais et son identité qui me permettent de faire ça.

LD: On a aussi le rap belge que vous suivez depuis 2012 et le Grünt 8 avec Lomepal et Caballero, qui monte un peu en puissance. Qu’est-ce que Grünt, qui s’y est intéressé au début, pense maintenant du rap Belge?

JM: Sur la Belgique on a eu la chance d’être exposé tôt des le Grünt 8, du fait qu’on était déjà en contact avec Lomepal depuis longtemps. On a vu son travail avec Caballero du coup on a été confronté à cette scène, et on a tout de suite trouvé ça pertinent. Le rap belge a une diversité incroyable, Bruxelles c’est une ville rapologique qui est cool. D’ailleurs pour l’exclu: on a essayé de réunir un maximum de MCs de la ville et on a enfin le Grünt de Bruxelles avec la plupart de la scène. On s’est réunis pour un freestyle de 50mn, pour le Grünt 33. On a quelque chose d’assez anthologique qui s’apprête à sortir.

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Salomé Zimmerlin <![CDATA[«L’école est une colonne de décantation»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27858 2017-02-21T15:00:54Z 2017-02-21T15:00:54Z «L’école est une colonne de décantation qui crée des classes, et c’est pour cela qu’elle ne peut satisfaire tout le monde»

— Idriss Aberkane

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Yves Boju <![CDATA[Exercice de style sur la critique]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27856 2017-02-21T14:57:11Z 2017-02-21T14:57:11Z – De tout temps…
– Oh non! Pas encore!
Ces trois mots irritants
Auprès des érudits font de bien piteux scores.

C’est pourtant difficile, pour l’élève novice,
De parfaire son verbe sans connaître ses vices
De donner à l’aveugle quelques coups de bâton
Ne le tire jamais autre part qu’au fond.

De la critique utile, il doit prendre l’exemple
En tout temps, en tout lieu, la sacrer comme temple
Encor’ faut-il, c’est vrai, que la critique existe
Qu’elle ne soit vilaine action, spectacle triste.

La critique n’est pas «l’exutoire pour tous»
Il existe des codes pour la rendre plus douce
Du fond, en premier lieu, pour être justifiée
De la musique, ensuite, afin d’être écoutée.

En ces deux éléments réside l’équilibre
De le rompre, d’accord, vous en êtes bien libres
Apprenez, cependant, qu’un jour y déroger
Vous vaudra, vous l’aurez cherché, la qualité
De «géants aux verticalités contrariées.»

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Yves Boju <![CDATA[Je voudrais vous revoir]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27854 2017-02-21T14:55:24Z 2017-02-21T14:55:24Z Vous souvenez-vous de l’aube de nos vies éphémères? Une mémoire lasse, consumée peu à peu, a oublié son rang de punie pour rejaillir en clair de lune sur mes solitudes présentes.
Elle me rappelle vos mains, délicates présences du souvenir acharné.
Elle me rappelle vos seins, tendres adolescences au parfum de rosée.
Vos discours effrénés, vos yeux espiègles, vos danses pudiques et nos sommeils apaisés.

Le temps, lui aussi, m’a touché, j’ai vieilli. Quelques-unes de ses blessures les plus savoureuses me donnent encore envie de savoir. Je crois bien avoir besoin de te voir.
L’eau délave les peines au fil du temps et l’on accepte le temps perdu. Je guérirai celui que j’ai perdu par ta vue.
Et tes mains, je les aimerai calmement.
Et tes seins, je les regarderai tranquillement.
Tes discours, tes yeux, tes danses et nos sommeils.

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Théophile Vareille <![CDATA[Un festival pour amorcer le redoux]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27851 2017-02-21T14:53:38Z 2017-02-21T14:53:38Z Un festival de musique à la mi-février, c’est le défi que surmonte Kickdrum depuis maintenant deux années. Boîte de production musicale récemment montée par un jeune diplômé mcgillois, Kickdrum est devenue une association à but non-lucratif il y a quelques mois, suite au départ de son fondateur. Kickdrum est désormais affiliée à «Jam pour la Justice», un organisme caritatif crée en 2010, organisant de nombreux concert-bénéfices et autres événements musicaux à vocation caritative.

«Jam pour la Justice» avait cette année décidé de reprendre le concept d’un festival d’hiver, tenté par Kickdrum l’année passée. Un évènement «assez difficile à organiser» selon Sean Cohen, étudiant mcgillois, directeur exécutif de «Jam pour Justice» et bien sûr, comme tous ceux qui travaillent au sein de l’organisme, bénévole. Pour combattre le «triste» d’une saison hivernale, «Jam pour la Justice» a fait jouer ses nombreux contacts; «plus de 300 artistes»  côtoyés en un peu plus de six années d’existences, explique Cohen.

Promouvoir la scène locale

La mission que s’impose l’association est de promouvoir une musique «universelle et accessible». Accessible tant au public qu’aux artistes, l’association revendique de découvrir des artistes débutants et de permettre de se lancer à ceux qui n’ont pas l’expérience de la scène.

Pendant les quelques jours de ce Festival d’ Hiver une trentaine d’artistes se succèdent sur les scènes du Cagibi, de Gert’s, du CroBar ou du Café Aunja. Ils sont nombreux à être étudiants à McGill, et encore plus à être anglophones. Cohen affirme d’ailleurs qu’un des objectifs principaux de «Jam pour la Justice» serait d’accueillir plus d’artistes francophones, Montréal, «une ville à la créativité incroyable», oblige.

Samedi soir, au Cagibi, soirée rap avec Chief Brody, Super Freddy, et Uzuazo, trois rappeurs mcgillois que le Délit vous avait présenté il y a quelques semaines. Un groupe de rock & folk acoustique, «The Half», ouvre la soirée, trompette et saxophone claironnant au clair de lune. Devant une assemblée clairsemée, forte d’une trentaine individus, et s’amenuisant au cours de la soirée, les trois rappeurs offrent chacun une performance de qualité. Chief Brody s’avance en premier, avec son style expansif et exalté, conversant avec le public entre chaque chanson, et dévoilant plusieurs titres de son album à paraître ce mois prochain. Suit Super Freddy, qui rappe autant qu’il danse sur scène. Sa joie est  communicative et il nous donne  quelques barres en français, en référence au Cameroun d’où sa famille est originaire. Uzuazo clôt la soirée avec son débit plus posé, ce qui ne l’empêche de donner de soi jusqu’à en auréoler son sweat, se nourrissant tant bien que mal de l’énergie d’un maigre public.

Difficile promotion?

«Il faudrait faire plus de promotion» reconnaît Sean Cohen, c’est «toujours un problème en hiver» ajoute-t-il. D’autres concerts du festival ont  pourtant fait le plein de public, peut-être était-il ardu d’amener un public en majorité mcgillois jusqu’à lisière du Plateau et du Mile End, ou se trouve le Cagibi, loin, si loin, de notre doux McGill Ghetto.

Tout en redonnant plus de la moitié des recettes aux artistes, «Jam pour la Justice» aura engrangé assez de bénéfices pour offrir un lot d’instruments et de livres musicaux à un centre communautaire de son choix, comme l’association a coutume de le faire.

Avant une possible édition l’année prochaine, «Jam pour la Justice» montera sous l’étendard de Kickdrum un festival d’été pendant la deuxième semaine de juillet. Sa filiale mcgilloise organise de son côté un concert-bénéfice au café Vitrola le 18 mars prochain. 

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Francis Loranger <![CDATA[Illuminer la musique romantique russe]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27847 2017-02-21T21:10:06Z 2017-02-21T14:49:13Z Le 15 février dernier, Montréal accueillait la talentueuse pianiste Nareh Arghamanyan après une absence de plusieurs années. Son récital nous a offert un magnifique panorama de la musique romantique russe à la charnière des 19e et 20e siècles.

Depuis sa révélation au Concours musical international de Montréal en 2008, la pianiste d’origine arménienne, établie à Vienne, a connu un succès international mérité. Sa technique pianistique s’est affinée et son expression musicale, surtout, s’est sensiblement affermie.

S’échelonnant sur une trentaine d’années parmi les plus marquantes du répertoire pianistique russe, le program-me présentait une remarquable cohérence esthétique et historique. Tout comme la technique de Nareh Arghamanyan, qui s’y prête à merveille, cette musique oscille «entre mélancolie et pyrotechnie» , dans un chatoiement de couleurs contrastées.

Un programme flamboyant

Le récital débuta dans une quiétude trompeuse, avec la Doumka (opus 59, 1886) de Piotr Tchaïkovski, une «scène rustique russe» qui réserve de délicats moments, presque contemplatifs. La  Sonate n° 3 (opus 23, 1898) d’Alexandre Scriabine s’ensuivit, alternant les rythmes crispés et les passages lyriques. Cette pièce marque l’aboutissement de la période romantique du compositeur, dont l’abondante œuvre pianistique est empreinte de symbolisme et de mysticisme.

La cadence s’est encore corsée avec la fulgurante Islamey (1869) de Mili Balakirev. Célèbre dans l’histoire musicale russe pour son rôle au sein du «Groupe des cinq», ce compositeur demeure méconnu en dehors de son pays natal. Son étonnante «fantaisie orientale» déverse une cascade de notes retentissantes impliquant de nombreux croisements de mains. Nareh Arghamanyan a déployé toute sa virtuosité à l’occasion de cette pièce réputée parmi les plus exigeantes du répertoire au piano.

La splendide Sonata reminiscenza du cycle Mélodies oubliées (opus 38, 1922) de Nikolaï Medtner a inauguré la deuxième partie du récital. Ce maître du contrepoint lyrique s’illustre notamment dans la forme du conte musical, inspiré de la culture populaire russe. Son œuvre si mélodieuse et touchante mériterait une plus vaste diffusion. Malgré quelques envolées ardentes, l’interprétation de la sonate s’est avérée hélas un peu terne, compromise par une intonation mécanique qui messeyait à la finesse. Les prestations de Marc-André Hamelin, l’un des spécialistes du compositeur, ménagent davantage de nuances.

Le récital s’est achevé sur des transcriptions d’œuvres orchestrales et vocales. Les romances de Sergueï Rachmaninov, puisées dans les cycles Romances (opera 4+21+34, 1892+1902+1912) et Six poèmes (opus 38, 1916), réservèrent des moments poignants. Carillonnantes, comme il se doit, elles n’en étaient pas moins aériennes et colorées, interprétées avec un doigté léger mais expressif. Malgré l’absence de la voix, qui les dépouillait d’une composante harmonique essentielle, elles touchèrent l’auditoire; la romance «Comme j’ai mal» fut particulièrement réussie.

Le morceau final, trois extraits du ballet L’oiseau de feu (1910) d’Igor Stravinski, détonnait quelque peu dans ce programme romantique. L’interprétation fut enlevée, spectaculaire même, dans son déchaînement de glissandos. Si les tonalités infernales du personnage de Kasheï demeuraient parfaitement reconnaissables, la berceuse comportait quelques longueurs; le final a culminé dans des éclats vifs et colorés. Toutefois, l’adaptation ne rendait pas justice à l’orchestration originale, en dépit de sa vivacité polyphonique et de l’adresse de l’interprète. L’oiseau de feu perdit ses plumes coruscantes dans la transposition…

Une brillante prestation

Ce débordement sentimental, cette succession de notes flamboyantes ont certainement comblé l’amateur de musique romantique — au risque d’étourdir le mélomane classique. L’acoustique de la salle se révéla étonnamment riche pour un récital de piano, même depuis le balcon, sans doute grâce à l’interprétation énergique. La progression du récital sema toutefois une certaine confusion dans le public, car elle différait du programme annoncé: en première partie, deux pièces furent inversées et de brefs interludes, enchaînées sans pause, furent inopinément ajoutées.

Son impeccable dextérité, son jeu alerte attestent un talent indéniable

Dans l’ensemble, Nareh Arghamanyan a livré une brillante performance. Son impeccable dextérité, son jeu alerte attestent un talent indéniable; cependant, elle manque parfois de nuances dans les passages doux et lents. Le répertoire néoromantique convient admirablement à son art, plus expressif que subtil. On la verrait mal interpréter les œuvres délicates et mesurées de Franz Schubert ou Frédéric Chopin, encore moins celles d’Érik Satie…

Autour de Chagall

La série «Complètement piano» se poursuit le 1er mars avec un second récital de piano russe interprété par Jean-Philippe Sylvestre. Suivront d’autres événements liés à l’exposition Chagall: couleur et musique présentée au Musée des beaux-arts de Montréal:

Un récital Musique russe: amour et mort interprété par la pianiste Edna Stern le 22 mars.

Un cabarat klezmer du groupe Magillah le 16 mars.

Une conférence intitulée Le symbolisme musical dans la peinture de Chagall prononcée par Dujka Smoje le 25 février.

Un concert de musique slave pour cordes, Lumière lointaine, réunissant l’ensemble I musici et le violoniste Vadim Gluzman, le 24 février.

Le concert Shiksa de la violoniste Lara St. John et du pianiste Matt Herskowitz, dédié aux chansons folkloriques juives, le 23 février.

Tous les renseignements sont disponibles sur le site de la Salle Bourgie.

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Chloé Mour <![CDATA[Le cinéma pris de court]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27843 2017-02-21T14:47:02Z 2017-02-21T14:47:02Z Le Délit (LD): Pouvez-vous vous présenter? Votre parcours?

Danny Lennon (DL): Je m’appelle Danny et j’ai beaucoup de temps libre. C’est comme ça que je me décris (rires). À la base «Prends ça court!» c’est n’importe quoi, c’est une belle folie qui malheureusement existe depuis 18 ans, fait que c’est dommage qu’il faille encore être présent (rires).

LD: D’où est venue l’idée de «Prends ça court!»?

DL :Il y a 18 ans il ne se passait absolument rien, puis fallait faire sa job, faire d’autres choses, donc fait que, c’est ça, je me suis faite ma job. Je faisais pleins d’autres affaires avant qui n’avaient aucun rapport avec le cinéma, et encore moins le court-métrage. Évidemment, je suis un cinéphile vorace. On va dire que ça vient de là. Mais y a 18 ans on a fait ça car il y avait un besoin, pour moi et pour les autres, de lieux de rencontre, d’échanger. Et on voit après 18 ans que c’est encore d’actualité, et même dangereusement d’actualité.

LD: Pourquoi plus les courts-métrages que les longs-métrages?

DL: Parce que c’est la base du cinéma. Je ne peux pas croire qu’en 2017 on parle encore de petits films. J’ai encore du monde, je leur envoie les films primés, et je me fais dire «Hey, c’est donc ben bon!». Où c’est que vous êtes le restant du temps? Qu’est-ce que c’est que vous écoutez? C’est dommage que rien n’ait évolué.

LD: Vous pensez qu’il n y a pas eu d’évolution depuis 18 ans?

DL: Il y a eu quelques trucs mais ça finit tout le temps que «Prends ça court!» existe en marge du système. 80% des films courts sont fait en dehors du système. La diffusion est hors du système. À un moment donné ça ne va pas bien. Il n’y a rien de négatif, c’est juste que si on veut que ça marche, si on veut faire avancer, c’est nous autres qu’il faut qu’il fasse.

LD: Et à propos du festival en soi?

DL: C’est même pas un festival. C’est un truc à l’année. Souvent on a essayé de nous mettre dans un moule «Oh arrêtez de faire pleins d’affaires, faites juste un truc!», ma réponse c’est fuck off man. Désolée mais c’est ça.

Moi je dis, fais le film que tu veux faire.

LD: Du coup pour vous en une phrase «Prends ça court!» c’est quoi?

DL: «Prends ça court existe!» parce que y a un manque flagrant dans l’industrie. C’est moins pire depuis une couple d’années mais y a 18 ans j’étais le fameux «Ah, les petits films!», avec tu sais le fameux move de la main comme ça (fait un mouvement dédaigneux de la main). Et c’est fascinant de voir que l’industrie n’avait aucun respect pour les petits jeunes qui commencent, alors que c’est leur futur. Depuis 18 ans, un des trucs aberrants que je trouve c’est qu’on n’essaye pas plus. On est déjà formaté à fitter dans un moule parce que les instituions ont décidé ci et ça. Ça me rend fou! À l’inverse, moi je dis, fais le film que tu veux faire. Il vaut mieux faire quelque chose que tu aimes. Et j’espère qu’on offre un choix, une autre façon de faire.

LD: Et donc quel est votre rôle vis-à-vis des réalisateurs·rices?

DL: Prends ça court! c’est une bibitte, parce qu’on a pleins d’antennes partout et dans pleins de choses. On n’est pas producteurs mais on va aider à produire. On n’est pas réalisateurs mais on va t’aider. On ne finance pas mais on va t’aider à financer. Après ça la diffusion, la distribution, on fait pleins d’affaires et la porte est toujours ouverte.  Il y a pleins d’écoles et festivals fantastiques, mais c’est surprenant de voir que quand t’es jeune et que tu commences dans le milieu on te dit pas certaines choses. On est la pour te dire c’est quoi la game.

LD: Le court-métrage est pour beaucoup une porte d’entrée dans le cinéma: est ce que le festival présente majoritairement des cinéastes novices?

DL: Non. Je dirais que c’est un best of the best, faut que t’ailles manger tes croutes là. Il y a 400 courts-métrages au Québec et on en prend 61 par année. C’est moi qui fais la sélection. C’est du monde que je vois aller. Le film n’est pas obligé d’être parfait mais derrière le film on aime les gens, leurs façons de faire. Les 61 on les connaît.

LD: Vous voyez l’émergence d’une nouvelle vague du cinéma québécois?

DL: Chaque quelques années, il y a toujours une vague. Ça n’arrête pas. Et oui, y a du positif mais comme on disait tantôt, on voit de plus en plus les films qui sont formatés pour plaire. Ça me désole un peu.

LD: Et d’où viennent les réalisateurs·rices?

DL: Ils viennent de partout Québec, du Canada et même international. Et francophones et anglophones. 90% de nos films sont en anglais.

LD: Que trouvez-vous de singulier dans les courts-métrages comparé aux longs-métrages?

DL: J’aime la folie, la débrouillardise. C’est du condensé de cinéma. Si tu es cinéphile, et si je te dis que tu vas avoir plus d’émotions dans 8 minutes que dans un long, et bah tu vas en manger 8 de ces courts là. D’autre part, à «Prends ça court», on est obligés au festival d’être moins paresseux. Peut être qu’au début, quand on se disait que les gens n’y connaissaient rien, on se disait que ça allait passer. Mais après, on pouvait plus passer n’importe quoi et soudainement la job de programmateur de courts est reconnu. Ça a juste empêché le monde d’être moins paresseux, de la production à la diffusion. Et les prix ont commencé il y a 14 ans — donc j’ai été paresseux pendant 4 ans (rires)! Il y a 14 ans, on l’oublie, le grand prix pour un bon court-métrage c’était 250 pièces. C’était honteux, et ça venait avec un petit trophée de merde. Les gens s’en foutaient. Nous la première année, le premier prix était à 15000 pièces cash. Nos prix sont littéralement un fuck you à l’industrie! Le trophée je l’ai fait faire il y a 14 ans. C’est un trophée de bowling, grand comme à peu près 4 pieds 12, mauve et or — le truc le plus laid au monde! Mais c’était pour envoyer chier les petits trophées de merde!

Nos prix sont littéralement un fuck you à l’industrie!

LD: Ils en sont où du coup ceux qui ont débuté il y a 18 ans?

DL: Ils sont rendus aux Oscars. Par exemple, juste de l’autre côté de ce mur [du centre Phi], il y a un film qui a été fait qui s’appelle Nextfloor, de Denis Villeneuve. C’est qui Denis Villeneuve? C’est pas de la merde, tsais. Et les présentateurs qui viennent cette année, ce sont tous du monde qui viennent du court-métrage. Tous les plus grands sont passés par là.

LD: Comment voyez-vous l’avenir de «Prends ça court!?»

DL: Je sais pas (rires). J’aimerais que ça me coûte plus d’argent. C’est ben le fun, mais c’est ça. Je connais personne qui fait une job comme ça et qui paye de sa poche. Je suis pas en train de chialer, c’est juste la réalité.

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Ronny Al-Nosir <![CDATA[CityParking: l’AirBnB du stationnement]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27840 2017-02-21T19:03:12Z 2017-02-21T14:43:24Z C’est en 2006 qu’Amin Dada quitte le Pakistan, et arrive à Montréal pour étudier à l’Université Concordia. Rapidement, il occupe plusieurs postes importants, il fut notamment planificateur pour le Moyen Orient et l’Amérique Latine chez Aldo, et ensuite gestionnaire chez Payza, une plateforme de commerce en ligne avec plus de dix millions d’utilisateurs. Puis, en 2014, une idée lui vient. Il quitte son emploi pour se lancer dans le monde des start-ups. Il fonde alors CityParking.

D’immigrant à entrepreneur

Habitant derrière le Centre Bell, il dispose de son propre emplacement pour stationner sa voiture. Cependant, les gens lui demandent toujours s’ils peuvent l’utiliser pendant son absence. Au début, Dada ne fait que louer l’emplacement à ses amis. Petit à petit l’idée de fonder une plateforme de partage de places de stationnement prend forme. N’ayant pas les moyens de développer son application à Montréal, il fait construire le modèle à l’étranger, avant de l’importer. Puis, en plus du soutien d’un investisseur américain, qui décide de lui accorder une chance, Amin Dada voit son projet être épaulé par un conseiller de chez Google. Le tout commence à prendre forme. C’est ainsi que nait CityParking.

Un succès à saveur mcgilloise

L’idée est simple. En utilisant une application, on peut soit rendre disponible un emplacement duquel on est propriétaire, ou alors trouver un stationnement. Pour les propriétaires, il suffit de télécharger l’application (disponible sur iOS, bientôt pour Android), prendre quelques photos, indiquer les heures de disponibilité et le tout est joué! Pour les utilisateurs, même principe: on réserve un emplacement par l’application, au coût de 1 ou 2 dollars de l’heure. 80% de la somme revient au propriétaire, et 20% à CityParking. De plus, la start-up conclut des ententes avec des partenaires privés et publics pour obtenir des emplacements. Dada voit notamment du potentiel au Collège Presbytérien et à l’école de ballet près de McGill. À ses débuts, le jeune entrepreneur a publié dans un des groupes Facebook de McGill afin d’annoncer qu’il offrait du stationnement peu dispendieux autour de l’université, sans mentionner son entreprise. Par des ententes, il a su acquérir trois emplacements, respectivement sur University, Lorne et Durocher. La publication eut un succès démesuré, tel que Dada reçoit à ce jour des transferts d’argent et des chèques d’étudiants mcgillois voulant louer ses espaces.

Vers la ville intelligente

Cette aventure représente évidemment un risque pour Dada. D’ailleurs, l’entrepreneur a longtemps hésité avant de se lancer. Après avoir quitté son emploi malgré un salaire à six chiffres, il recevait des offres de tous les côtés, incluant un poste de PDG (Président Directeur Général, ndlr), Cependant, Dada voulait régler un réel problème. Les emplacements sur Lorne et Durocher sont à 1 dollars de l’heure alors que le prix standard est de 2 dollars, puisqu’ils sont dans des quartiers étudiants. De plus, Dada entend instaurer un nouveau modèle avec un prix plafond de 10 dollars par utilisation. Lorsque questionné sur la profitabilité de ces prix, Dada dit croire que plus son application aura d’utilisateurs, plus elle sera profitable. Il se dit différent des autres entreprises de l’économie du partage car, selon lui, son service n’est pas prémium. Le but premier est de proposer une solution, plutôt que de maximiser les profits.

Dada explique que ce genre d’application peut aider Montréal à atteindre le maximum de son potentiel de ville intelligente. Il trouve important d’utiliser tout l’espace à notre disposition. Bien qu’il sache que le succès de sa startup n’est pas garanti, reconnaissant les sacrifices énormes que demande une telle aventure, Dada se permet de rester inspiré. Pour reprendre ses propres mots, «It’s only when you’re on your knees that you jump higher. No matter what you do, you’ll fail upwards» (C’est seulement lorsque l’on est à genoux qu’on saute plus haut. Peu importe ce que tu fais, tu échoueras plus haut, ndlr).

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Philippe Chassé <![CDATA[La menace imaginaire]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27836 2017-02-21T15:58:28Z 2017-02-21T14:41:40Z Le débat sur la laïcité de l’État, qui ponctue sporadiquement l’actualité politique québécoise depuis 2007, semble de nouveau en vogue. Délicat, il soulève les passions, voire la discorde. Contrairement à ce que plusieurs ont affirmé au cours des dernières semaines, je ne le considère pas intrinsèquement malsain, intolérant ou raciste. J’estime qu’il est constructif, pour toute société, de se questionner sur les valeurs qu’elle souhaite promouvoir et partager. Il est possible de débattre ouvertement sans alimenter la haine et la stigmatisation. Cela est, par ailleurs, probablement moins dangereux que de laisser certains discours nocifs se propager dans l’ombre, sans «contre-argumentation».

Une charte électoraliste

Toutefois, le débat entourant la Charte des valeurs du Québec, proposée par le gouvernement de Pauline Marois en 2013 n’a, en aucun cas, atteint ses objectifs. Purement stratégique, le projet de loi, qui, entres autres, souhaitait interdire le port de signes religieux ostensibles par les employés de l’État, ne cherchait pas à construire un avenir meilleur, juste ou plus près des valeurs des Québécois.Il ne tentait que de plaire à une partie de l’électorat – une frange se sentant menacée et qui craint pour la pérennité de la culture québécoise – afin d’assurer la réélection du Parti Québécois lors du prochain scrutin. C’est cet objectif crasse, voué à diviser, qui  selon moi, mène à la stigmatisation de certaines minorités culturelles, principalement la communauté musulmane. Les arguments fallacieux, les calomnies et les raccourcis intellectuels ont été permis et ont, sans le moindre doute, eu un effet non négligeable sur les relations entre les divers groupes culturels du Québec. Si nous décidons, aujourd’hui, de rouvrir ce débat, faisons-le bien et apprenons des erreurs commises par le passé.

Je crois, néanmoins, qu’il faille pousser notre raisonnement plus loin avant de poursuivre cette discussion de société. Cette «menace» que certains perçoivent et qui a mené le Parti Québécois à adopter cette stratégie est-elle réelle? Est-ce que les minorités culturelles, voire les musulmans, car, soyons honnêtes, c’est la communauté soulevant le plus de préjugés, mettent réellement la culture et les valeurs québécoises en péril? À toutes ces questions, je réponds catégoriquement: non. Cette «menace» me semble tout simplement imaginaire.

Alliés pour préserver notre unicité

Je ne fais pas l’autruche: je suis conscient que l’accueil de nouveaux citoyens est toujours perfectible et nécessite, pour toute société, des discussions et des choix difficiles. Cependant, alors que les Québécois perdent, petit à petit, leur poids démographique, l’immigration me semble un allié indispensable pour préserver l’unicité du Québec en Amérique du Nord et dans le monde. Ces immigrants, nous les choisissons et, il faut l’avouer, nous sommes plutôt exigeants, voire sévères. Une part importante des néo-Québécois est originaire de l’Afrique du Nord, où la population est majoritairement musulmane. Mais est-ce la seule caractéristique qui définisse ces gens? Certainement pas, et, à vrai dire, c’est un détail auquel je trouve que nous accordons beaucoup trop d’importance. Tant que nous en oublions nos ressemblances et tout ce qui nous unit.

Ils sont des alliés pour préserver notre unicité ainsi que pour assurer l’épanouissement de la francophonie en Amérique du Nord

Nous avons tous, bien entendu, ce désir d’être épanouis et libres, mais nous partageons également une langue commune, qu’elle nous soit maternelle ou seconde. Il existe de nombreuses caractéristiques pouvant unifier les hommes, et la langue n’est certes pas l’unique qui puisse aider à tisser des liens forts. Toutefois, il est impossible de négliger la multitude de repères culturels et la proximité qu’offre la langue française. Les néo-Québécois ont, en effet, cette capacité de consommer et d’apprécier la culture unique du Québec. De plus, ils peuvent, et cela me semble beaucoup plus important, participer activement à la création et au rayonnement de celle-ci. Ils sont des alliés pour préserver notre unicité ainsi que pour assurer l’épanouissement de la francophonie en Amérique du Nord: nous n’avons qu’à leur tendre la main et à nous attaquer réellement aux problèmes qui empêchent leur confort. Si nous ne le faisons pas, nous ne parviendrons pas à créer ces liens si vitaux, et les sentiments de «menaces» et de peur qu’éprouvent certains persisteront éternellement.

Deux façons diamétralement opposées de préserver la culture et les valeurs québécoises s’offrent aujourd’hui à nos politiques. Ils devront les garder en tête s’ils poursuivent le débat sur la laïcité de l’État. Ils peuvent céder, dans un but électoraliste, à la menace imaginaire, en excluant et en divisant, ou peuvent assurer un avenir pérenne à la culture québécoise en débattant de manière constructive, mais surtout, en incluant. Unis, nous serons toujours plus forts. 

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Dior Sow <![CDATA[Noire et fière?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27832 2017-02-21T14:37:23Z 2017-02-21T14:37:23Z Lorsque l’on m’a demandé d’écrire sur l’identité noire, j’ai longuement hésité. Je suis née et j’ai vécu pendant 18 ans au Sénégal. Autant dire que pendant 18 ans, je ne me suis que très peu arrêtée sur la question de ma couleur de peau. C’est vrai, qu’après tout, je faisais partie de la norme. En arrivant à McGill, j’ai très vite réalisé que ce n’était plus le cas: qu’il s’agisse des exécutifs du Black Student Network me prenant la main durant Orientation day en promettant de me donner le numéro d’une tresseuse — Saint Graal en terre occidentale — ou encore de la dizaine de regards qui se tournaient vers moi pendant le race workshop de ma résidence, oui, décidément, je me suis retrouvée entourée de signes clignotants: «Tu es noire».  Ce serait mentir que de dire que c’est une étiquette que j’ai refusée, non, je l’ai adopté et j’ai mis un pied dans cette communauté Mcgilloise. Ethiopie, Barbades, Kenya, Canada, États Unis… j’étais fascinée à l’idée d’échanges avec des gens si différents, mais pourtant si similaires. #BlackLivesMatter, panafricanisme, Black History Month… j’étais captivée par cette soudaine politisation de ma couleur.

Une culture noire universelle?

Alors que parler de culture «blanche» ou «asiatique» m’avait toujours paru ridicule, j’ai toujours eu des difficultés à démentir l’existence d’une culture «noire». Mais c’est durant ma première année à l’Université que je me suis réellement interrogée sur l’existence d’une culture «noire» possiblement universelle. À McGill, je me suis retrouvée face à une communauté d’individus aux parcours de vie radicalement différents. Mais ils parlaient de leur enfance comme s’ils avaient grandi dans la même ville, ils écoutaient la même musique et se passionnaient pour les mêmes causes… et pourquoi? En quête de réponses, j’ai donc demandé autour de moi.

Dior Sow | Le Délit

Pour Reem Bushara, étudiante de deuxième année en provenance des Bermudes, la réponse est sans équivoque: «Oui, la culture noire existe, et cela je ne l’ai réalisé qu’en venant m’installer ici. Je me suis rendue compte que mes expériences que je considérais comme typiques de la vie bermudienne noire était en fait partagées et comprises par tous mes amis noirs à Mcgill, qu’importe la nationalité. Je pense que nous sommes tous influencés par notre éducation, et alors que nos origines sont différentes, nos modèles d’éducations eux sont très similaires».  Il s’agirait donc en réalité de certaines valeurs et attitudes universellement transmises dans les communautés noires, et ce, notamment à travers l’éducation au sein du foyer. Parmi les exemples cités figurent souvent l’attitude face aux aînées, une notion de famille qui s’éloigne de la cellule mononucléaire, ou encore des expériences de vie aussi banales que celle du salon de coiffure.

En échangeant avec ces étudiants noirs, je me suis néanmoins rendue compte de la réelle division entre Africains et Africains-Américains. Ginika Ume-Onydo est nigérienne, mais est née aux États Unis et a passé une grande partie de sa vie à Toronto. Lorsqu’elle est arrivée à McGill, elle a ressenti une réticence de la part de la communauté africaine à la considérer comme l’une des leurs. Selon elle,  les africains forment une microsphère au sein de la communauté noire mcgilloise qui a parfois des réticences à s’associer avec ceux qui ont été élevés en Occident.

La culture «noire» serait donc moins homogène que l’on ne le croit. Selome Gizaw est éthiopienne et a vécu entre Washington et Addis Ababa. Pour elle, la culture africaine ne fait pas partie de ce qui est vu aujourd’hui comme la culture noire: «On ne peut parler d’une culture noire homogène qu’en Occident, ici on projette sur nous de manière implicite qu’on est noir et qu’on devrait se comporter et agir comme tel. Même si tu viens d’Afrique, en arrivant ici, tu vas finir par t’associer à la culture afro-américaine et l’assimiler mais ça n’a rien à voir». Elle ajoute aussi que «parler d’une culture noire de manière générale laisse aussi la porte ouverte à l’appropriation au sein même de la communauté. En tant qu’éthiopienne, que tu sois noir ou blanc, je ne vais pas apprécier de te voir te balader dans un habit éthiopien par effet de mode. Du coup, je ne parlerais pas d’une culture noire mais peut être bien d’une connexion noire».

Pour beaucoup, McGill représente ainsi le point de départ de leur fierté noire. Un sentiment qui cohabite toutefois avec une certaine culpabilité: celle de sembler communautariste.

L’émergence d’une conscience noire.

Il y a en effet des différences à l’intérieur de la communauté noire que j’ai moi même ressenties, mais que j’ai vu se manifester davantage sur le plan de la «conscience noire» que sur le plan culturel. En parlant avec d’autres personnes venant de pays majoritairement noirs, nous nous sommes rendus compte que venir ici nous a soudainement confronté à une conscience et une politisation de notre couleur de peau. Alors que notre identité se définissait principalement au travers de notre nationalité, la question de race est tout à coup entrée en jeu. S’engager, avoir une voix politique, combattre…Entourée par des personnes ayant vécu des situations de marginalisation, à McGill c’est la fièvre au corps que l’on s’est mis à dessiner des poings levés et à cliquer «Intéressée» sur Facebook à tout les événements «Black Talk», «Black Panel», «Black 5 à 7»…Jusqu’au moment où la question s’est posée: «Too Black ? Too Proud?». Avons-nous même cette légitimité, nous qui avons grandi dans un environnement où nous n’avons jamais ressenti la différence? Sheree Marshall vient du Kenya, elle dit sur son arrivée à McGill que «lorqu’on arrive içi on scande tous «Black Power» moi je n’ai jamais été exposée dans ma vie à une situation d’oppression, mais à McGill j’ai rencontré des gens qui l’ont étés. Même si parfois je me suis retrouvée submergée, je ne pense pas qu’il faudrait arrêter de parler de race. Juste parce que j’ai été assez privilégiée pour grandir quelque part où je n’ai jamais eu à être confrontée à ça, cela ne veux pas dire que l’expérience d’autres personnes n’est pas valide». Une expérience qui m’est moi même inconnue, mais dont j’apprends un peu plus chaque jour, comme lorsque j’ai parlé à Chidera Ihejirika, Nigériane ayant vécu principalement à Alberta. Elle a vécu Mcgill comme une libération: «Je n’ai pas côtoyé de personnes noires en grandissant et en conséquence, pendant une partie de mon enfance, j’ai rejeté cette aspect de mon identité. Depuis, c’est comme si je me battais pour la reconquérir. Pour moi, c’est devenu très politique. En venant ici j’ai pu rencontrer des gens avec des expériences communes et cela m’a énormément aidée.»

Pour beaucoup, McGill représente ainsi le point de départ de leur fierté noire. Un sentiment qui cohabite toutefois avec une certaine culpabilité: celle de sembler communautariste. En écrivant cet article, je me suis ainsi rendue compte que le sentiment de gêne que je ressens lorsque je suis entourée uniquement de personnes noires est en fait partagé par l’ensemble de mes connaissances. Ensemble sur une table à Mclennan, assis sur Lowerfield, ou dans la ligne de Quesada, il y a toujours l’impression de dénoter, et il faut le dire: une certaine peur du regard de l’autre. Pour Selome Gizaw, ce sentiment est  très intense: «Je me dis toujours que j’ai l’air de ne vouloir côtoyer que des personnes noires, ce qui est totalement faux. Ça me suis vraiment partout». Aussi, pour beaucoup d’étudiants venant d’Afrique, changer de pays c’est devenir une minorité visible, et être confronté à un nouvel environnement ou l’on se retrouve contraint de redéfinir son identité. 

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Auguste Rochambeau <![CDATA[La nécessaire destruction du Noir]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27830 2017-02-21T14:31:48Z 2017-02-21T14:31:48Z L’idée du «Mois de l’histoire des Noirs» me paraît étrange. De qui parle-t-on exactement? Que sont les Noirs? «Race» ne tient pas, scientifiquement, «peuple» non plus: mes ancêtres africains furent vendus il y a 300 ans par leurs frères aux esclavagistes; aujourd’hui nos cultures et nos langues diffèrent. Peut-on toujours parler de famille? Point de rancœur ici mais plutôt une question: suis-je Noir simplement parce que noir? Parler de tous les noirs me semble strictement impossible, je tenterai donc de traiter la question dans le cadre du continent nord-américain.

Il s’agît de montrer que l’idée du «Noir» est une chimère, créée par les colons voulant justifier leur entreprise, puis revendiquée par les noirs eux-mêmes. L’idée d’une négritude qui lierait magiquement les noirs d’Afrique et d’Amérique — et par extension tous les noirs du monde — ne repose sur rien, et est objectifiante: devons-nous nous sentir proches du fait de notre couleur de peau? Non.

«D’où vient ce droit du noir sur le noir?»

Pourtant aujourd’hui les Noirs semblent fournir des efforts considérables pour entériner l’idée d’une communauté liée, pour toujours, par la peau. Quiconque déroge à cette unité s’expose à une excommunication; «Uncle Tom», «house negro», «coconut»: autant de mots pour les noirs traitres à leur race, blancs à l’intérieur, noirs à l’extérieur, ceux qui divergent du comportement du bon noir tel que vu par les autres noirs, ceux qui votent Républicain, ou pire, pour Trump. «D’où vient ce droit du noir sur le noir?», question lancinante qui me hante depuis trop longtemps; il me semble pourtant évident qu’un noir n’appartient qu’à lui-même.

Ce communautarisme auto-imposé me semble contrarier tous les efforts du Civil Rights Movement qui luttait pour supprimer tout fardeau et obligation liés à la race. Agir en fonction d’un caractère aussi arbitraire que la peau, ou ne pas lutter pour que toute signification attachée à ce caractère disparaisse, c’est se soumettre à l’histoire, admettre que sa propre liberté est inutile, puisqu’inexistante.

Il est souvent avancé que revendiquer sa négritude est une arme permettant de se défendre du racisme. Il est intéressant de questionner les conséquences de ce propos. D’une part, on entérine dans les esprits qu’il y a des différences insurmontables entre les ethnies. D’autre part, on essentialise les minorités, on en fait des victimes éternelles, un schéma que reproduiront nos enfants. 

En poussant l’idée plus loin, on peut se demander à quoi bon vivre ensemble. Si les Noirs méritent un traitement différent des Blancs, pourquoi ne pas recréer des quartiers blancs et des quartiers noirs? Pour vivre mieux vivons séparés. Pourquoi accepter des immigrés s’il est nécessaire de créer une structure étatique différente? Créons directement un pays de blancs, un pays de noirs, etc. «Seperate but equal» n’est-ce pas?

Cette idée me paraît bien absurde. Faisons preuve de discernement, le racisme n’est pas une fatalité. Cependant le vaincre implique d’éradiquer toute discrimination et tous les identity politics. Faire l’effort d’engendrer une société où chacun sera considéré en tant qu’individu, où l’on entendra plus «les blancs ne peuvent pas dire ceci» ni «les noirs ne doivent pas dire cela». Une fois ce point atteint, on peut se poser la question «Mais les noirs étant majoritairement plus pauvres, ils le resteront si on ne fait rien». Certes, mais le problème sera alors autre que racial. Il peut être économique avec par exemple un système empêchant l’ascension sociale, politique avec un gouvernement qui dessert ses citoyens, ou social avec un communautarisme qui finit par étouffer les initiatives.

Il est temps donc de mettre fin à l’idée du «Noir», de rendre au nègre sa liberté pour devenir individu. J’aimerais laisser les derniers mots à Frantz Fanon, à propos de ce que les noirs devraient ressentir par rapport aux blancs: «Je ne sais pas, mais je dis que celui qui cherchera dans mes yeux autre chose qu’une interrogation perpétuelle devra perdre la vue; ni reconnaissance ni haine. Et si je pousse un grand cri, il ne sera point nègre.» 

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Théophile Vareille <![CDATA[Le Mois de l’Histoire des Noirs s’implante à McGill.]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27826 2017-02-21T17:12:25Z 2017-02-21T14:28:48Z Il aura fallu près d’un siècle pour que le Mois de l’Histoire des Noirs (Black History Month en anglais, ndlr) arrive à l’Université McGill: cette édition est la première à aussi se tenir dans notre école. Tout au long du mois de février ont lieu, à l’initiative du Bureau de l’éducation pour l’équité sociale et la diversité (SEDE en anglais, ndlr), une quinzaine d’évènements «célébrant l’excellence Noire dans toute sa diversité».

Une première à McGill

Les origines du Mois de l’Histoire des Noirs remontent à la création en 1926 d’une «Semaine de l’Histoire Nègre» (Negro History Week) par l’historien afro-américain Carter G. Woodson. La deuxième semaine de février est choisie, pour coïncider avec les anniversaires d’Abraham Lincoln et Frederick Douglass, meneur abolitionniste afro-américain au passé d’esclave. Cette semaine devient officiellement le Mois de l’Histoire des Noirs en 1976, à l’occasion du bicentenaire des États-Unis d’Amérique. Il s’exporte au Royaume-Uni en 1987, pour être reconnu par la Chambre des communes du Canada en 1995, et par son Sénat en 2008.

À McGill, le Mois de l’Histoire des Noirs n’était célébré que par quelques événements indépendants les uns des autres, jusqu’à ce que le SEDE s’engage à organiser un événement unique, englobant tout le campus, ainsi que la communauté environnante. Shanice Yarde, récente recrue du Bureau, est l’instigatrice du projet. En tant que conseillère éducationnelle à la diversité, responsable de l’anti-racisme et de la diversité culturelle, elle décide l’année passée de monter une édition inaugurale du Mois de l’Histoire des Noirs à McGill.

Diversité et inclusion

Une consultation communautaire fut organisée en novembre passé, afin d’inclure une «plus large communauté» explique Shanice Yard, car le campus mcgillois a tendance à être refermé sur lui-même, justifie-t-elle. 150 idées d’événements furent proposées, et une quinzaine verront le jour. La variété de ces évènements, allant d’une conférence sur les racines africaines du yoga à un atelier pratique sur le profilage racial, découle d’une volonté manifeste de diversification, de faire déborder hors du cadre ce Mois de l’Histoire des Noirs.

Déborder dans le temps aussi, affirme Shanice Yarde, car pourquoi consigner l’Histoire des Noirs à un mois de l’année? Cette situation reflète peut-être la «sous-représentation des personnes noires à McGill», où elles et ils peuvent «se sentir isolées», avance-t-elle. C’est pour contrer cette isolation que des évènements fermés, auxquels seuls ceux ou celles s’identifiant comme noir·e·s peuvent participer, sont organisés. «Les évènements fermés favorisent l’équité et l’inclusion» nous explique Shanice Yarde, «un espace fermé n’est pas une mauvaise chose».

Maintenant tous les ans?

Ayant travaillé avec des organismes mcgillois tels le Black Student Network, la McGill African Students Society, ou la Maison des Premiers Peuples (First Peoples’ House), le SEDE aimerait dorénavant pérenniser cet évènement à McGill. Selon Shanice Yard, le Prévôt Christopher Manfredi y aurait donné son accord de vive voix, le succès rencontré aidant. D’ici l’édition prochaine, vous avez encore l’opportunité de vous rendre à une conférence sur Octavia E. Butler et les femmes noires écrivaines ou un atelier Écrire Étant Noir·e (Writing While Black), tous deux ce mercredi 22 février. ξ

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Léandre Barôme <![CDATA[Les libertés sacrifiées]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27823 2017-02-21T14:24:53Z 2017-02-21T14:24:53Z Après la décision du gouvernement français de faire voter sa loi relative au renseignement à la mi-2015, c’est au tour des États-Unis et du Japon d’opter pour la surveillance de masse.

Deux controverses se bousculent actuellement dans ces deux pays aux gouvernements conservateurs. Aux États-Unis, The Guardian a révélé le 10 février la mise sous surveillance d’au moins trois activistes manifestant à Standing Rock contre le Dakota Access Pipeline, un oléoduc dont la construction avait antérieurement été interrompue par Obama. Suite à la décision de l’administration Trump de finalement reprendre les travaux, de multiples mouvements furent formés en réaction, du fait des possibles conséquences néfastes du projet sur l’environnement des populations autochtones. L’oléoduc passerait en effet sous la rivière Missouri, source d’eau pour une tribu Sioux d’environ 10 000 personnes. Cette mise sous surveillance par le FBI utilise par ailleurs des ressources humaines et matérielles habituellement attribuées à la défense anti-terroriste.

Une tendance mondiale

Pendant ce temps, au Japon, une loi proposée par l’administration Abe se prépare à être examinée par la Diète (le parlement nippon, ndlr). La loi «anti-complot» rendrait illégales et punissables, la conspiration ou la préparation d’un crime en bande organisée, même sans que le crime ne fût exécuté. En préparation des Jeux Olympiques de Tokyo de 2020, le gouvernement espère ainsi prévenir les incidents qu’attirerait potentiellement l’événement. Cependant, cette loi fait polémique: on l’accuse d’être liberticide, rendant plus aisée la surveillance de masse des citoyens japonais. Il est intéressant de noter qu’une telle réforme avait été envisagée à trois reprises au milieu des années 2000, mais avait été systématiquement rejetée par la Diète, tandis que l’actuelle version du texte dispose de grandes chances d’être votée.

Il semble donc que notre époque soit le théâtre d’une véritable généralisation de la surveillance de masse dans les pays dits «développés». En s’interrogeant sur les causes de ce phénomène, on s’aperçoit vite que la justification du gouvernement est souvent la lutte anti-terroriste, la protection de ses citoyens. Mais dans ces trois cas, (France, Japon et États-Unis), l’œuvre n’est pas parfaite, la peinture est craquelée par endroits.

L’anti-terrorisme comme prétexte

Un observateur averti saura déceler les éléments de ces lois qui en révèlent la vraie nature. En France, c’est l’ampleur des moyens prévue par la loi relative au renseignement qui surprend: installation de boîtes noires chez les compagnies d’accès à Internet, surveillance des métadonnées sans passer par un juge… La loi peut sembler excessive. Au Japon, c’est le manque de clarté qui fait hausser un sourcil: le texte est très vague quant à la définition du mot «bande». Selon ce texte, les syndicats et manifestants sont éligibles à ce statut, et la planification de leurs activités serait donc passable de peines de prison. Enfin, c’est au États-Unis que le masque tombe: le gouvernement utilise ses ressources pour surveiller les activistes qui luttent contre les intérêts de ses partenaires économiques. Là est la vraie nature de ces lois «sécuritaires». L’écoute illégale du gouvernement des avis du peuple, et la prévention des activités militantes allant contre ses intérêts, ou ceux de ses alliés.

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Margot Hutton <![CDATA[Quand «idée» se heurte à «réalité»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27820 2017-02-21T14:23:02Z 2017-02-21T14:23:02Z Commençons par les faits: l’assaut a été donné par les policiers lors d’une opération au domicile de Ne Muanda Nsemi, député, mais également leader de la secte Bundu dia Kongo (BDK) crée en 1986. Le bilan est assez lourd: trois morts et une trentaine de blessés. Comment expliquer que l’altercation ait pris une telle tournure? Les relations ont toujours été assez tendues entre les forces de l’ordre et la secte. Dans le cas présent, BDK a estimé que son leader n’était pas au poste qu’il méritait au sein du gouvernement. Les policiers craignaient une attaque violente, et ont donc décidé de prendre les devants. 

Le mouvement a une certaine vision pour l’avenir

Retour aux origines

Simple mouvement culturel à la base, BDK se fait vite reconnaître en tant que groupe mystique sécessionniste. Né en 1986, le mouvement incarne la résistance contre l’étranger, et repose sur deux principaux axes: l’abolition des frontières issues du colonialisme, signe de soumission du pays colonisé, ainsi que la réhabilitation de l’héritage traditionnel du pays, qui fut perdu lors de la période d’occupation coloniale. Cependant ce n’est pas parce qu’il est nostalgique d’un passé précolonial que le mouvement refuse d’aller de l’avant. En effet, il a une certaine vision pour l’avenir, plutôt paradoxale compte tenu du fait que Muanda Nsemi est contre la modernité. Il y a donc deux visions qui se chevauchent: une initiative dégressive qui vise à effacer les traces de la colonisation, et une autre progressiste qui a pour but de créer les «États-Unis d’Afrique» basés sur l’ethnicité.

Comprendre les motivations

Muanda Nsemi, devenu leader politique est rentré au gouvernement en 2006 et a tenté d’imposer les idées du mouvement au sein du pouvoir exécutif, menant à une relation très tendue avec ce dernier. Il s’opposait ouvertement au pouvoir du président Joseph Kabila, affirmant que ce dernier serait Rwandais, selon les dires d’une vieille rumeur. Cela vient confirmer les idéologies xénophobes de la secte. Ce sont donc ces obscures déclarations qui rendent les forces de l’ordre sceptiques au sujet de BDK. Ces derniers n’ont pas peur de se salir les mains, comme ils ont pu le prouver en 2008 en attaquant des agents de l’État et en appelant la population locale à chasser les «étrangers», opérations qui ont été sévèrement réprimandées.

Quels impacts?

Puisque le mouvement a été interdit par le Conseil des ministres en 2008, il s’est vu forcé à rester plus ou moins dans l’ombre. Son message n’a donc pas un impact majeur au niveau national. Cependant, avec Muanda Nsemi au gouvernement, la secte se trouve à une place stratégique, et pourrait très bien accéder au pouvoir, d’où la nécessité réguler ses activités. L’altercation de ce début de semaine peut donc être considérée comme une tentative de remettre BDK à sa place. Plusieurs trouvent cependant que la secte est illégitimement jugée illégale, puisque ce pouvoir ne se trouve a priori pas dans les mains du Conseil mais plutôt dans ceux d’un tribunal. L’altercation est donc une opposition entre les forces de l’ordre, symbole de l’autorité formelle et légitime, et les adeptes de BDK, mouvement à but non-lucratif, dont les actions n’ont pas encore eu d’effets concrets.

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Simon Tardif <![CDATA[Un weekend chez les philosophes]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27817 2017-02-21T14:20:44Z 2017-02-21T14:20:44Z La huitième édition de Philopolis, un colloque bilingue pour les amoureux de la philosophie, avait lieu à Montréal le weekend dernier. Durant trois jours, des individus de tous horizons étaient conviés à venir échanger sur divers sujets.

Un colloque qui rassemble

D’une introduction à Michel Foucault présentée par un candidat au doctorat à McGill, en passant par une conférence sur la causalité mentale donnée par un étudiant de dernière année au baccalauréat en philosophie à l’Université de Montréal, les sujets étaient des plus variés. David Davies, directeur du département de philosophie à McGill était du nombre. Sa conférence, Agency, Automatism and the Possibility of Photographic Art (Pouvoir, Automatisme et la Possibilité de l’Art Photographique, ndlr) a rencontré un fabuleux succès. Tous pouvaient y trouver leur compte.

Il était d’ailleurs difficile de ne pas se laisser emporter par la candeur qui caractérisait les participants. Ana Luiza Nicolae, étudiante au Collège de Bois-de-Boulogne, a pris grand plaisir lors de l’évènement. Selon elle, il est toujours fascinant d’assister à de telles conférences d’afin d’être en mesure de «retirer quelque chose d’immensément pur et de beau à travers la philosophie». Pour ainsi dire, cette opportunité était un moyen d’accéder à un domaine qui bien trop souvent reste borné aux sphères académiques.

On entend le même son de cloche de la part des conférenciers. L’une des plus grandes réussites de Philopolis, c’est son incroyable capacité à réunir autant les chercheurs, les étudiants que les passionnés. Francis Tremblay, qui y présentait Aristote et l’originalité artistique, souligne que «presque inévitablement, il va y avoir un public qui va être là, qui va être intéressé. Il y a plus d’une cinquantaine de conférences et pourtant elles sont toujours pleines.»

À bas la tour d’ivoire

L’un des mots d’ordre des conférenciers semblait concerner l’expérience personnelle liée à leur participation. Alors que les intervenants étaient pour la plupart des étudiants en philosophie ou bien des chercheurs, nombreux étaient ceux qui tenaient à pallier le manque d’occasions qu’offre le baccalauréat. À une époque où les postes dans le domaine académique se font sans cesse plus rares et difficiles d’accès, le cadre offert par Philopolis semble en attirer plus d’un.

Rémi Tison, étudiant à l’Université de Montréal, abondait dans ce sens: «J’avais envie d’acquérir de l’expérience en ce qui concerne les compétences orales. […] Je trouve que c’est quelque chose qui n’est pas vraiment évalué au baccalauréat alors que ça semble nécessaire.» Il poursuivait par ailleurs en expliquant qu’être en mesure d’exprimer des idées de manière orale, spécialement devant un auditoire, est une tâche importante pour tous les étudiants en philosophie. Vulgariser des concepts d’une grande profondeur est souvent gage d’une plus grande compréhension de ceux-ci.

Pour d’autres, nonobstant l’expérience personnelle que l’on puisse en retirer, il s’agit davantage d’une question de connexion avec le public. Plusieurs sont ceux qui, au sein des sphères académiques, souhaitent faire sortir la pratique de la philosophie de sa tour d’ivoire. C’est notamment le cas de Christophe Vaillancourt, détenteur d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal. À son avis, être en mesure de rejoindre les gens par le concours de la philosophie et même être «challengé» sont des choses d’autant plus cruciales que superbes. Nombreux étaient ceux à aller dans ce sens.

Chose certaine, il ressort de Philopolis et de plusieurs autres initiatives en philosophie un réel désir d’établir des ponts entre les adeptes et les non-initiés. Cette motivation s’appuie notamment sur les bienfaits de la pratique de la philosophie. Rendez-vous à l’année prochaine! 

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Antoine Jourdan <![CDATA[Mignons mais déterminés]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27814 2017-02-21T14:17:08Z 2017-02-21T14:17:08Z Ça ne fait même pas un an que le Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE) existe, et pourtant, on peut déjà parler d’un franc succès, au vu de la mobilisation. En effet, le jeudi 16 février, ce sont environ 300 étudiant·e·s qui se sont déplacé·e·s d’à travers le Québec pour manifester en marge du Rendez-vous national sur la main-d’œuvre, en plus des 25 000 étudiant·e·s qui ont fait grève à travers la province pour marquer leur soutien à l’initiative de CUTE.

Qu’est-ce-que CUTE ?

Le Comité unitaire sur le travail étudiant est un mouvement collégial et universitaire dont les principales revendications se déclinent en deux temps: d’abord, une reconnaissance salariale des stagiaires, et, au plus long terme, une rémunération des études en général. Il s’agit donc de mettre une fin à là précarité chez les étudiant·e·s en considérant que le travail intellectuel fait à l’école mérite une reconnaissance et un investissement financier.

CUTE se base sur une analyse féministe du monde du travail. Ce dernier œuvre doublement au désavantage des femmes: non seulement celles-ci ont tendance à occuper des positions qui sont moins bien rémunérées que les hommes, mais leurs places ont souvent moins de valeur sociale que celles de leurs collègues masculins. Si l’organisation ne milite pas uniquement pour les droits des étudiantes, les militant·e·s soulignent le fait que ce sont les femmes qui sont le plus souvent assujetties à la précarité issue des stages peu ou non rémunérés. Pour Maryse Forget, militante féministe en éducation à l’UQÀM, «les stages non-rémunérés sont monnaie courante dans les emplois traditionnellement et majoritairement occupés par des femmes».

C’est l’occasion parfaite pour les militants de CUTE de faire entendre leur colère

À l’assaut de Québec

C’est donc en chantant «L’exploitation n’est pas une vocation» qu’environ 300 personnes, venues en bus de Montréal, de Sherbrooke ou encore du Outaouais, se sont retrouvées à la capitale provinciale pour manifester en marge du Rendez-vous national sur la main-d’œuvre. Cet événement regroupe plusieurs acteurs du monde du travail, des représentants patronaux, syndicaux, et autres ministres du gouvernement québécois, et est donc l’occasion parfaite pour les militants de CUTE de faire entendre leur colère. Bravant le froid et la neige, largement au rendez-vous ce jour-là, les manifestants ont abordé plusieurs sujets. Au menu, la précarité étudiante, évidemment, mais aussi quelques sujets plus centrés, comme la condition des mères stagiaires qui « limite[…] les possibilités d’émancipation des femmes » selon Valérie Simard, militante à la branche UQÀM de CUTE.

Globalement, on peut parler d’une réussite. Une organisatrice, interrogée par Le Délit s’est dite «contente» de la mobilisation importante. Étant donné la jeunesse du mouvement, voir un tel soutient est certes «encourageant». Les références du mouvement, notamment la grève des doctorants en psychologie en 2016, avaient réussi à faire bouger les choses. Les militants CUTE sont donc assez optimistes par rapport à leur lutte.

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi

Si aucune manifestation de cette envergure n’est planifiée dans un futur proche, l’organisation n’a pas l’intention de lâcher du lest de si tôt. Déjà présents dans beaucoup d’établissements scolaires au Québec, CUTE continue à renforcer leurs structures là ou ils sont implantés, et tente sans relâche d’agrandir leur réseau.

Malheureusement, les mcgillois intéressés par le mouvement de CUTE devront prendre leur mal en patience: si une branche à McGill fait partie des projets futurs des militants, ceux-ci n’ont pas encore réussi à lancer un mouvement dans l’école.

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Thais Romain <![CDATA[L’éducation en péril]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27812 2017-02-21T14:11:49Z 2017-02-21T14:11:49Z Une cinquantaine de personnes ont pris part, lundi 13 février, au rassemblement dénonçant les politiques d’austérité du gouvernement dans le domaine de l’éducation organisé par le Syndicat des étudiant·e·s salarié·e·s de l’Université de Montréal (SÉSUM), devant les portes d’HEC Montréal.

Le rassemblement devait se dérouler en marge des consultations pré-budgétaires du ministre des Finances Carlos Leitao à l’UdeM, mais ce dernier avait annulé sa visite, provoquant espoir et optimisme chez les manifestants. Non seulement les affiches «Non à l’Harperisation du Québec et à l’intégrisme économique» mais aussi le slogan «L’université n’est pas une entreprise, l’éducation n’est pas une marchandise» illustraient bien une lutte de longue date, mais toujours acharnée, contre les désastres causés par de rudes restrictions du budget de l’enseignement supérieur.

Une foule mécontente

Le sentiment de ne pas être écouté «depuis plus de 40 ans maintenant» provoque la colère chez une population qui se sent invisible et impuissante face au gouvernement. Ne mâchant pas leurs mots, les manifestants critiquent ce «simulacre de consultations pré-budgétaires», ces «stratégies mesquines» du gouvernement ou encore cette «illusion de dialogue» faisant référence à la visite du ministre à l’UdeM, finalement annulée,  pour y «prendre le pouls des étudiants et des étudiantes quant au budget provincial 2017».

«Non à l’Harperisation du Québec et à l’intégrisme économique»

Une libéralisation excessive

La rigueur budgétaire a eu plusieurs effets nocifs sur l’éducation ces dernières années. Les budgets des bibliothèques ont été coupés et les frais de scolarité augmentent sans cesse, répondant à une politique «d’utilisateurs-payeurs». Les activistes évoquent l’expression «d’usines a diplôme» et non d’universités, se lamentant d’une chute dans la qualité de l’éducation. De nombreux établissements d’éducation primaire sont obligés de fermer leurs portes bien que la qualité de l’éducation en bas âge soit l’un des déterminants les plus importants de la réussite et de la persévérance scolaire. Cela demande aussi un financement dans les infrastructures de plusieurs écoles dont l’état est préoccupant, expliquent-ils.

Aussi, avancent les manifestants, une hausse du budget dans l’éducation est un investissement payant à long terme. Il est primordial que le gouvernement adopte un discours et une approche qui contribuent à la valorisation des universités et qu’il veille à ce que leur financement soit conséquent. Une récente étude de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain a démontré le remarquable effet de levier qu’ont les universités et la diplomation sur la productivité et la création de richesse. D’autant que Montréal est une ville universitaire de calibre mondial. Il s’agit d’un atout considérable pour la métropole et pour tout le Québec. Au lieu de cela, 700 millions de dollars ont été coupés du budget de l’éducation depuis 2014 et lors de la mise à jour économique à l’automne dernier, seulement 80 millions  ont été réinvestis. L’UdeM a, elle, été privée cette année de pas moins de 16 millions de dollars.

Relancer l’éducation

De plus, une relance dans l’éducation est loin d’être utopique, au contraire, mais demande que des mesures soit prises comme la mise en application de la taxe sur le capital, la lutte contre l’évasion fiscale ou encore la baisse des subventions des entreprises, revendique le rassemblement.

Yvan Pépin, vice-président du secteur provincial universitaire et présent à la manifesation, dénonce les coupes dans les régimes de retraites et le «balayage des conventions collectives». Comme ses collègues, il appelle à se battre pour que l’éducation reste un moteur de réflexion et de formation d’esprit critique et non une source de profit. «Démontrons un rapport de force contre les désastres du néo-libéralisme et crions pour une société plus humaine» scanda, engagée, Rosalie Rose, la secrétaire aux affaires externes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante.

Si le ministère des finances titre son budget 2016-2017 «Plan pour la réussite en éducation et en enseignement supérieur» et souhaite donner une «priorité a l’éducation» le but ne semble pas être atteint aujourd’hui. Mais faut-il compter sur les mobilisations populaires pour influencer la politique du gouvernement? Le refus de M. Leitao de faire face au mécontentement de son people n’est pas le meilleur exemple de dialogue entre une autorité et le peuple qu’il sert et représente.

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Margot Hutton <![CDATA[Y a-t-il un avenir pour la jeunesse?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27809 2017-02-21T14:09:46Z 2017-02-21T14:09:46Z Comme pour souligner la tension du contexte actuel, c’est en rappelant la portée pacifique de l’événement que le représentant de l’association des Conservateurs de McGill a commencé la conférence où intervint Kevin O’Leary, candidat à la chefferie du Parti Conservateur Canadien. Il est important de signaler qu’aucun débordement n’a eu lieu au cours de cet évènement, les opposants sont restés très discrets. C’est donc en paix que Kevin O’Leary a commencé son discours, en s’adressant aux Québécois en français, avant d’aborder le thème principal: poursuivre ses idéaux.

«Les gens veulent réussir a-t-il martelé.»

Du capitalisme ou du libéralisme?

Dans son discours, le sujet de la dette est omniprésent: chaque Canadien est enfoncé dedans, et même les enfants qui ne sont pas encore nés devront plusieurs milliers de dollars au gouvernement au moment où ils prendront leur premier souffle. Qui blâmer pour cela? Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, qui est à la tête du gouvernement fédéral depuis un peu plus d’un an. Pour O’Leary, il faut donc tourner cette (courte) page de l’histoire, afin de faire croître l’économie. Mais c’est là que ses propos deviennent contradictoires. La volonté d’O’Leary est de revenir à un contexte économique permettant un marché de compétition foisonnant, similaire à celui dans lequel il a fait fortune. Cependant, il souhaite aussi faire avancer le Parti en le renouvelant, c’est-à-dire en le menant vers des politiques plus libérales (notamment sur les questions sociales). Est-ce que ces deux perspectives peuvent cohabiter? Or, il ne faut pas oublier qu’il s’adresse ici à des étudiants pour tenter de gagner leurs votes: est-ce là une stratégie «marketing» ou une véritable promesse de changement?

Vers la réalisation des rêves

Kevin O’Leary a beaucoup penché son discours du côté individualiste: «Les gens veulent réussir a-t-il martelé.»  Il en a profité pour glisser quelques conseils pour réussir dans le monde du leadership et de l’entreprenariat, une partie du public étant concernée par ce domaine. Cependant, suite à ce discours plein d’espoir, arrive un dur rappel à la réalité: dans la salle, 25% des gens seront entrepreneurs, et 75% travailleront pour eux. Est-il là notre rêve canadien? Est-ce pour cela que les jeunes doivent rester au Canada? Apparemment, entrer dans une ère plus compétitive permettrait de donner à chacun sa chance, c’est «what will make [this dream] great again» («ce qui rendra ce rêve meilleur»), une référence à peine voilée au slogan de Donald Trump: «Make America great again» («Rendons à l’Amérique sa grandeur»).

Et les rapports gouvernementaux?

Rappelons que O’Leary s’en prend à tous ses opposants, avec la ferme intention de s’imposer dans le monde politique canadien. Lors de son discours, il a clairement évoqué ses actions contre Kathleen Wynne, première ministre de l’Ontario, et notamment sur les questions de taxation dans la province. Il a également promis de rediriger tous les soutiens à Justin Trudeau vers sa propre personne. Si la compétition doit régner au Canada sous O’Leary, il semblerait que cela soit à tous les niveaux.

Le Donald Trump Canadien?

O’Leary a, à quelques reprises, fait des allusions au nouveau président américain lors de cette conférence. Il est vrai que les deux hommes ont des points communs, que cela soit du côté des affaires ou des médias, mais Kevin O’Leary semble plus tempéré que son homologue américain, notamment pour ce qui est de l’immigration. Ayant un passé d’immigrant, il serait difficile pour sa campagne de mener un programme anti-immigration avec crédibilité.

Les étudiants ayant pris part à cette rencontre sont ressortis plutôt satisfaits, O’Leary ayant éclairé plusieurs aspects de sa campagne. Cela sera-t-il suffisant pour le faire accéder au contrôle du Parti Conservateur?

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Théophile Vareille <![CDATA[Résolution prochaine?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27807 2017-02-21T14:07:00Z 2017-02-21T14:07:00Z «Affaire Sadikov» ou «Igor-gate», voilà comment se retrouve qualifiée l’actualité entourant Igor Sadikov et son tweet controversé depuis deux semaines. Deux semaines de surmédiatisation et de polémique hystérique n’auront mené à rien, puisqu’il en revient toujours à l’Association des étudiants en premier cycle de la Faculté des Arts (AÉFA) de décider de destituer ou non Igor Sadikov.

Une majorité aux deux tiers

L’AÉFA en décidera lors d’un vote ce mercredi 22 février; chaque association étudiante des 27 départements de la Faculté des arts aura son bulletin à déposer dans l’urne. Pour que la motion de destitution soit approuvée il faudra que deux tiers des votants se prononcent en faveur de celle-ci. Il est aussi possible que de s’abstenir, reviendrait, de fait, à un vote contre.

L’AÉFA a offert la possibilité aux associations étudiantes départementales de s’en remettre à leurs corps étudiants respectifs via un référendum en ligne de dernière minute. Les associations départementales de Sciences politiques ou de Mathématiques ont par exemple décidé de se défaire d’une décision sensible au profit de leurs étudiant·e·s.

Igor Sadikov, qui avait affirmé par écrit au Délit dès le 12 février dernier qu’il entendait «respecter le résultat de ces procédures», telles qu’enclenchées par l’AÉFA et l’Association des étudiants en première année de l’Université McGill (AÉUM).

Le Conseil des directeurs de l’AÉUM ayant décidé de le censurer et le réprimander plutôt que le démettre, Sadikov se pliera à la décision prochaine de l’AÉFA.

«Je ne me sens pas en sécurité»

Un vote hypersensible

Au vu de sa récente intervention (voir plus haut), il reste à voir si l’administration mcgilloise respectera la décision de l’AÉFA si celle-ci ne destitue pas Sadikov. L’administration n’ayant pas hésité à faire pression sur l’AÉUM, voilà un nouveau problème que le Conseil législatif de l’AÉFA et ses membres votants seront peut-être amenés à prendre en considération.

Pour Sadikov, qui disait au Délit «ne pas se [sentir] en sécurité» voilà une semaine, l’issue du scrutin n’altérera que peu sa réalité quotidienne, entre menaces et procès sur la place publique. L’administration ayant offert à Sadikov «accomodements académiques et l’accès aux services de santé mentale», elle n’a par contre «pas offert d’assurer [sa] sécurité». Contactée par Le Délit, l’administration n’a pas voulu émettre de commentaire quant à ce sujet.

Igor Sadikov et son tweet continuent d’accaparer l’attention malgré eux. Une couverture médiatique internationale est faite de cette actualité, dont l’on trouve mention dans le Jerusalem Post par exemple. Un député libéral a aussi dernièrement décidé d’y apporter son commentaire, tel que rapporté par Radio Canada, Anthony Housefather, élu de la circonscription de Mont-Royal et présidant le Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des Communes. Ce dernier a déclaré, après un évènement sur le campus, que Sadikov était «le symbole d’un problème bien plus large ici à McGill» ajoutant que lui et plusieurs députés voudraient bien aider les étudiants mcgillois à élire «un différent groupe de personnes l’année prochaine».

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Théophile Vareille <![CDATA[McGill met l’AÉUM sous pression]]> http://www.delitfrancais.com/?p=27805 2017-02-21T14:05:36Z 2017-02-21T14:05:36Z L’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM) a publiquement requis la démission d’Igor Sadikov, dans un communiqué publié le vendredi 17 février, après que l’administration lui en ait fait la demande. Igor Sadikov se trouve au centre d’une controverse depuis qu’il a tweeté «frappe un sioniste aujourd’hui» («punch a zionist today») le lundi 6 février. Igor Sadikov est un représentant élu de l’Association des étudiants de la Faculté des Arts (AÉFA) auprès du Conseil législatif de l’AÉUM. L’AÉFA lui a demandé sa démission, et son Conseil législatif votera pour destituer ou non Igor Sadikov mercredi prochain. Un tel vote requiert une majorité aux deux-tiers pour que le «oui», la destitution, l’emporte.

Prudence initiale

Dans un communiqué publié samedi 11 février, l’AÉUM s’était abstenue de demander la démission d’Igor Sadikov. Lundi dernier, le Conseil de directeurs de l’AÉUM, dans lequel Igor Sadikov siège d’ordinaire, avait décidé de ne pas destituer ce dernier bien que désapprouvant de son propos, et lui avait fait passer un avertissement formel. Les excuses de Sadikov pour son tweet auraient convaincu le Conseil des directeurs de prendre cette décision.

Mercredi 15, l’administration, qui jusque là avait publié de prudents communiqués condamnant Sadikov mais ne prenant pas parti pour ou contre la destitution, a rencontré certains membres exécutifs de l’AÉUM pour leur faire comprendre qu’ils n’avaient d’autres choix que demander celle-ci. L’administration avait par ailleurs entrepris une procédure disciplinaire à l’encontre de Sadikov, en vertu du code de conduite étudiant.

Cette situation est exceptionnelle

Pression de l’administration

Selon l’administration, l’AÉUM transgresserait sa propre constitution en n’appelant pas à la démission de Sadikov. Cette constitution contient des prévisions contre toute discrimination de la part de l’AÉUM, note l’administration. Que l’AÉUM la transgresse autoriserait McGill à retenir les fonds collectés auprès des étudiants qu’elle remet chaque trimestre à l’AÉUM, selon le protocole d’accord entre l’Université et l’association étudiante. L’administration aurait fait part aux membres exécutifs de son opinion, encourageant explicitement l’AÉUM à demander la démission de Sadikov. L’administration a justifié cette ingérence de la manière suivante: «Bien que nous ne recommandions normalement pas de mesures pratiques à l’AÉUM, cette situation est exceptionnelle. Avec toute incitation à la violence, il est de notre devoir d’intervenir.»

Sous couverture d’anonymat, une source directe a confirmé que l’administration accusait l’association d’être coupable d’une bavure vis-à-vis de la clause de Leadership de la constitution. Cette décision entre en conflit avec le vote du Conseil des directeurs, présenté plus haut. Selon la source, ces derniers ne seraient pas tout-à-fait au courant du fonctionnement de l’AÉUM, notamment du fait que le Comité exécutif n’a pas le pouvoir de retirer Sadikov de ses fonctions.

L’AÉUM a ainsi fini par suivre la recommandation de l’administration cet après-midi. Une manifestation spontanée et en soutien d’Igor a par ailleurs eu lieu à la mi-journée devant le bâtiment de l’administration. Scandés par une trentaine d’étudiants, les chants «Impeach everyday, impeach Fortier», ou d’autres prenant la défense de Sadikov, n’auront suffi à faire reculer l’administration.

L’appel à la démission de Sadikov publié par l’AÉUM a notamment été salué par Conservative McGill, la branche mcgilloise du Parti Conservateur, et Hillel McGill, un groupe qui revendique «représenter les besoins de la diverse population juive sur le campus».

Interrogé par le Délit, Sadikov affirme que «ce niveau d’ingérence dans les affaires étudiantes par la rectrice et l’administration est absolument sans précédent». Pour lui en effet, Fortier se «plie à la pression politique de la part des donateurs et donatrices».

Même déception face à la réaction de l’AÉUM: «je trouve regrettable que l’exécutif de l’AÉUM se soit plié a la pression de la rectrice en publiant une déclaration contraire à celle émise par le conseil d’administration la veille». Malgré cette position, Sadivok attend la «décision intentionnelle» et affirme qu’il «entend […] respecter le résultat de ces procédures». 

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