Le Délit Le seul journal francophone de l'Université McGill 2017-03-28T16:56:39Z http://www.delitfrancais.com/feed/atom/ WordPress Esther Laforge <![CDATA[La distance]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28361 2017-03-28T14:11:45Z 2017-03-28T14:11:45Z                                                                                          

La nuit à Montréal m’a toujours paru plus noire qu’en Normandie.
C’est un écran opaque que l’on dépose sur les hauts buildings. Une coupole obscure qui tombe sur les étoiles — les dérobe au noir — seuls les néons artificiels de la ville s’y reflètent.

Ce sont des astres nouveaux, des oranges, des verts et des bleus. Ils dessinent la carte de la ville. Je la lis en vertical — le regard toujours plus haut vers le sommet lumineux des immeubles.

I’m gonna tell you something you don’t want to hear
I’m gonna show you where its dark, but have no fear
«Nighcall», Kavinsky

La nuit arrive brusquement — avec elle — l’appel de la vie. Dans les chambres, les livres sont abandonnés.
La jeunesse oublie toujours dans quel bazar elle s’endormira le soir. L’âme légère se désagrège avec trois shots de vodka:

/ 1. Vision floue/ 2. Gestes délirants/ 3. Conscience désintégrée.

Dans les ruelles, nous nous déplaçons toujours en bande — une bande de filles qui ne parle pas le français. Elles rient en anglais, ne portent presque plus rien dans les chaleurs étouffantes de l’été. Les peaux brillent sous les lampadaires — la mienne plus pâle. Les voix crient d’excitation — la mienne trop doucement.
Je suis le groupe dans les hauteurs de la ville. Nous dansons sur des géants d’aciers dans un tourbillon d’écritures fluorescentes.
Dans les ténèbres, seules les enseignes brillent encore — multicolores et électriques.

J’ai le noir qui pèse sur mes cils comme un couvercle. Je pousse pour l’ouvrir parfois. Chercher de mes yeux voilés le panneau flamboyant de la discothèque. Cela scintille comme un incendie dans la nuit — j’ai trouvé mon chemin.
À l’intérieur, je laisse retomber le couvercle. Je ne vois pas que la boîte de nuit s’est refermée sur moi. Le noir est si profond qu’entre ses murs, je ne vois que des histoires à imaginer.

Here is where everything happen
«Here», Christine & the Queens

Je songe que je voudrais écrire.
J’écris dans ma tête tout ce que je vois — les filles dénudées/ les garçons tatoués/ les mains qui s’avancent/ qui sont refusées — et l’apesanteur me gagne lorsque je m’abreuve à l’obscurité de la nuit. La noirceur a un goût de sueur et de sucre.
Pourtant, le matin, les mots fuient la page. Ils sont vidés des sensations passées, presque inutiles sur le papier. Ils ne rendent pas compte de mon inconsistante — je ne suis plus tout à fait un corps mais la sensation de tous les corps mouvants de l’obscurité.
Je ne sais pas écrire la sensation de ma perte. J’essaye toujours mais la nuit revient trop vite.

Je ne quête que l’apesanteur des fumées bleutées, le vertige du vide — du mien — si durement accompli.

We know that we are young
And no shit we’re confused
«We Exist», Arcade Fire

Non, je ne veux penser à rien. Ma conscience vogue sur les ondes électroniques. Elle est blanche, rose, verte, parfois aussi opaque que la nuit.
Je détraque ma pensée en rythme. Elle se décompose sur de la mauvaise musique — l’aime pourtant — et continue de s’évaporer dans des sons sans forme. Détraquée dans l’air et la fumée, pour ne plus être habitée.

I can feel it coming in the air tonight, Oh Lord
I’ve been waiting for this moment, all my life, Oh Lord
«In the Air Tonight», Phil Collins

– Premier prix, Esther Laforge

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Samuel Ferrer <![CDATA[Été 2015]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28359 2017-03-28T14:07:10Z 2017-03-28T14:07:10Z À l’occasion de la Francofête  Le Délit et le centre d’enseignement du français de l’Université McGill ont organisé un concours d’écriture créative. Le concours s’est divisé en deux catégories : écriture pour les étudiant-e-s de français langue seconde de McGill et écriture pour les étudiant-e-s francophones de McGill. Les six textes retenus seront publiés dans le cahier de création du Délit du 4 avril 2017. En attendant, retrouvez cette semaine les deux premières places de la catégorie étudiant-e-s francophone.


                                           

Deux, trois, quatre bulles,
Les cheveux lissés par le lac,
Un château surplombant de son gothique,
Le baroque, le bel, vert d’air, de Klimt.

Je prends ma respiration,
Notre-Dame m’observe.
Ses tours rivalisent sans horloges,
Astronomique; le temps tourne.

La Pyramide des montagnes
Se reflète dans son miroir aquatique.
-Je mélange deux poèmes.-
Ondulations, de respiration, trouble ce pic.

Rien ne rime, et ça ne rime a rien.
La musique embrouille mon cerveau.
Il, je, nous, il n’y a personne.
Je ne sais qui choisir.

Et pourquoi d’abord ?
C’est vrai, je n’ai pas posé de question.
Le soleil cède sa place à la pluie.

Scintillement estival des jours qui flottent.
Ce papier n’a pas de sens.
La marge n’y est pas au bord.
Et pourquoi d’abord ?

Ah ! Vous trouverez bien la question.

30/07/15
Ou plus tard..

– Deuxième prix, Samuel Ferrer

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Ronny Al-Nosir <![CDATA[Adaptation coucoue, mais réussie!]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28353 2017-03-28T13:55:42Z 2017-03-28T13:55:42Z Depuis le 21 mars, le Théâtre du Rideau Vert présente la pièce «Vol au-dessus d’un nid de coucou», mettant en vedette Julie Le Breton et Mathieu Quesnel. Parfois bizarre, cette adaptation d’un roman américain classique n’hésite pas à rire d’elle-même, et susciter toute la gamme des émotions chez l’auditoire.

Une œuvre classique

Le livre One flew over the cuckoo’s nest est un classique de la littérature anglophone. Cette œuvre de l’auteur Ken Kesey est lue dans les écoles secondaires à travers le monde. Un criminel accusé de viol plaide l’instabilité mentale et est condamné à l’asile par un juge. Il tente d’être la bougie d’allumage d’une révolution interne. Il est cependant confronté à la Garde Ratched, qui dirige l’institut d’une main de fer et administre des traitements tels que des électrochocs et des lobotomies, qui faisaient leur apparition comme procédés expérimentaux en psychiatrie durant les années 60. De plus, contrairement à ses co-internés, qui sont ici de leur propre volonté pour régler leurs problèmes respectifs, il est condamné pour une durée indéterminée. McMurphy incarne la contreculture, la révolution hippie et la défiance de l’autorité. Lors du  mouvement hippie l’œuvre était particulièrement pertinente. Aujourd’hui, elle l’est toujours, car comme le dit l’interprète de McMurphy, Mathieu Quesnel: «Dans l’humanité, il y a des cycles, des révolutions, puis des retours en arrière. On change les règles pour mieux en imposer de nouvelles».

Une tournure à la sauce québécoise

Comme toute création littéraire à succès, elle a été adaptée autant au cinéma que sur la scène. Son adaptation la plus célèbre remonte à 1975, lorsque Jack Nicholson s’est glissé dans le rôle du protagoniste Randall McMurphy. L’œuvre remporta cinq oscars. L’adaptation au Théâtre du Rideau Vert a donc de gros souliers à chausser.

La version présentée du Rideau Vert reprend une adaptation théâtrale du roman de Kesey, datant de 1963. Traduite, adaptée et mise en scène par Michel Monty, elle suit l’histoire de base, mais prends des risques. Notamment avec  l’intégration du joual, le langage familier québécois. Si d’un côté, le joual dénature un peu le texte de Kesey, de l’autre il est efficace pour illustrer le caractère plus basilecte du personnage de McMurphy et des autres détenus. En contrepartie, la Garde Ratched, interprétée par Julie Le Breton qui livre une excellente performance, s’exprime dans un français impeccable, ce qui caractérise sa supériorité perçue par rapport à McMurphy. Le commentaire social est clair, et il fonctionne. Le seul problème est que, contrairement au personnage dans le film, la Garde Ratched est trop patiente avec les patients. Si la Garde Ratched de l’œuvre originale est sadique au point d’inspirer les Dolores Ombrage et Annie Wilkes de ce monde, la Garde de Le Breton ne fait pas le poids. La faute ne revient pas à l’actrice, mais plutôt au scénario.

Une distribution de qualité

Ce qui fait le succès de la pièce c’est bel et bien sa distribution. Julie Le Breton excelle, et ce malgré le bémol mentionné ci-haut. Cette performance est différente de celles livrées dans Les beaux malaises, Maurice Richard et Paul à Québec, et témoigne de sa polyvalence. Mathieu Quesnel, qui incarne McMurphy, m’était inconnu. Il impressionne, autant par sa capacité à faire ressortir la grossièreté de son personnage que par sa capacité de meneur, notamment lors d’une performance impromptue de «House of the Rising Sun». Ce moment charnière, qui se déroule lors de la fameuse scène de «party», est l’un de ceux qui nous donne l’impression qu’il s’agit d’une pièce d’ensemble. Cela témoigne de la qualité du jeu de chaque acteur. Il faut particulièrement souligner la performance de Jacques Newashish, originaire de La Tuque, qui se démarque dans le rôle du Chef. Somme toute, la pièce est bizarre, voire même coucoue, mais elle fonctionne. D’ici le 23 avril, une visite au Théâtre du Rideau Vert en vaut la peine. 

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Lisa Marrache <![CDATA[Soirée aux saveurs artistiques]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28350 2017-03-28T13:54:22Z 2017-03-28T13:54:22Z Alors que la pression de ce dernier semestre se fait sentir dans les couloirs de notre chère université, les événements permettant de détendre l’atmosphère et de décompresser redoublent. Jeudi 23 mars, une AÉUM (SSMU en anglais, ndlr) complètement transformée accueillait donc une foulée d’étudiant·e·s pour leur permettre de se changer les idées autour d’un verre et d’un tableau. Deux étages décorés, une armée d’organisateurs aux déguisements colorés, concert, danse, peintures, photographies, origamis, broderies, … les chefs d’œuvre étaient au rendez-vous pour faire de cette soirée un vrai succès.

Mise en place par le AUS FAC (Arts Undergraduate Society, Fine Arts Council, le Conseil des Beaux-Arts de l’Association étudiant de la Faculté des arts, ndlr), la Nuit blanche mcgilloise est une manifestation culturelle prenant place une nuit par an et visant à coordonner les œuvres de multiples artistes universitaires. À la fois une manière pour eux de montrer sur le campus leurs meilleures créations et une sortie pour les étudiants avides d’expositions, Nuit blanche mcgilloise est un rendez-vous interfacultaire où beaucoup se réunissent pour passer une bonne soirée entre amis.

Mystères et convivialité

Une batterie, un violoncelle, une guitare et un air de jazz joué par le Fox Club. Il n’en faut pas plus pour créer une atmosphère conviviale où tout le monde papote et s’interroge sur l’histoire des œuvres qui les entourent. Autour d’un verre, les langues se délient et les interprétations virent au farfelue. Pour ceux qui se laissent emporter par la musique et se sentent d’humeur entraînante, une piste de danse au deuxième étage accueille les âmes enjouées qui sont invitées à se joindre à la démonstration de salsa et de valse. On passe du jazz à de l’a cappella et l’ambiance change et se réchauffe au fil des morceaux qui sont joués.

Un florilège d’œuvres

Quant aux œuvres, on y trouve un mélange inhabituel de styles vraiment divers. Des œuvres surprenantes telles qu’une collection de bijoux artisanaux engravés de neurones et visant à réconcilier l’esthétique romantique et la modernité scientifique. Des œuvres plus classiques mais tout aussi prenantes telles que les paysages photographiés de Joe Kroese qui font voyager du Maroc à l‘Islande. Des œuvres marquantes telles que «Teddies relaxing» de Anita Raj qui explique le pouvoir qu’a eu l’art en l’aidant à surmonter sa lutte contre le cancer et à se libérer de ses émotions négatives. Des œuvres inhabituelles telles que les broderies de Ambre Battistella suscitant l’attention d’une grande partie de l’audience de par leur originalité. Parmi les artistes, beaucoup d’étudiants en arts mais aussi beaucoup de scientifiques, d’ingénieurs et d’entrepreneurs. On peut dire qu’il y avait vraiment un peu de tout le monde.

L’heure tourne et sur le chemin de la sortie se trouve une longue banderole de papier blanc avec des feutres, des pastels et des crayons de couleurs invitant les spectateurs à se transformer eux-mêmes en artistes. Et même si le talent n’y est pas on peut se surprendre à dessiner des petits bonhommes, histoire de nous aussi laisser notre trace dans les couloirs de l’AÉUM.

En partant, on croise une foule de nouveaux arrivants. Alors qu’il est déjà tard, les Mcgillois ne sont pas encore prêt à se coucher. 

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Baptiste Rinner <![CDATA[WIP (un travail de tous les jours)]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28348 2017-03-28T13:51:10Z 2017-03-28T13:51:10Z Je relis ces jours-ci le Journal du plus grand écrivain québécois, Hubert Aquin. Et je tombe sur l’entrée du 10 janvier 1953, que j’aurais aimé avoir écrit: «Je me sens parfois envahi par une grande pitié, et je ne vois plus les êtres sous les rapports de l’amitié, de l’amour, de la convenance… Je les vois dans ce qu’ils ont de fou ou de profondément aimable. Et je regrette d’avoir été distant, étranger, d’avoir joué le jeu de la méchanceté de société auquel nous nous prêtons tous… mais avec tant de maladresse que je voudrais crier je vous aime et les embrasser. Tous. Tous. Quand quelqu’un commence à me «piquer», c’est à ce moment que je me sens le plus en pitié pour lui. Tout cela est tellement ridicule. C’est d’affection et d’amour que nous avons besoin. […] Comment faisons-nous pour être méchant — alors qu’il est si impérieux d’être bon, d’aimer, et de porter tous les hommes dans notre cœur à tous les instants. «En chaque homme, disait à peu près Proust, il y a un pauvre cheval qui souffre.» Il faut qu’on désapprouve ce jeu de façade qui consiste à s’égratigner vaniteusement; il faut savoir se regarder avec amour et dire: «nous sommes tous de pauvres types, après tout!» — La puissance de cette pitié — je la sens en lisant Proust. Dostoïevski aussi la possède. C’est avec cette pitié qu’on peut créer un univers romanesque qui ne soit pas une galerie de caricatures ou une autre de haine!»

Cette pitié dont parle Aquin, moi aussi je l’ai sentie dès les premières pages de  La Recherche de Proust. On y est tout plein d’appréhension au seuil, mais dès que le Narrateur se tourne vers soi et que sa voix toute simple commence, c’est comme si une âme-sœur, depuis le lointain, nous parlait. Je la sens aussi chez Barthes, sous le masque de l’ironie chez Joyce. Je la sens chez Henry Val Miller qui, au-delà des obscénités hilarantes qu’il débite, et de son obsession pour le con, me regarde depuis les vestiges de l’humanité et reconnaît un semblable.

C’est cela que j’aime dans ce lieu de toutes les nuances qu’est la littérature. Ces voix amies et bienveillantes. Loin, très loin des mesquineries — je préfère le mot anglais, pettiness — et des méchancetés. Des relations intéressées et du mépris. Et je me demande — et je crois avoir trouvé — pourquoi tous les contemporains, je veux dire toutes les époques contemporaines, ont relayées tour à tour la littérature dans la marge. Ou bien en ont fait une coterie. Et je repense au pauvre Nietzsche, abattu au pied du cheval, l’enlaçant de ses sanglots.

J’essaye d’écrire moi aussi pour dire cette bienveillance. Ne suis-je pas un pauvre type, après tout! Je veux pouvoir te regarder avec le visage de la pudeur. Oui! Ton visage qui éclaire alentour, that smile of yours, entendu et affable qui réclame un complément d’humanité. Toujours toi, ce  tu  prétexte et objet de mon écriture paresseuse. Ce  tu devant lequel se place immédiatement mon je hypertrophié qui cherche, qui cherche une manière de dire sa faiblesse au milieu de ce bal des Têtes.

Mais je ne veux pas me faire une tête devant toi. Et pourtant je dois trouver un équilibre avec l’ineffable, me présentant à toi avec mon corps fardé, tout inscrit dans la socialité tyrannique que mon sexe suppose. Seulement après pourrais-je te montrer mes folies, et toi les tiennes. 

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Louise Kronenberger <![CDATA[Juste une autre brique]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28345 2017-03-28T13:49:51Z 2017-03-28T13:49:51Z Du 11 au 17 mars, l’Opéra de Montréal a présenté sa création originale Another Brick in The Wall, inspirée de l’album The Wall du célèbre groupe britannique Pink Floyd. Ce projet très ambitieux a été en partie réalisé dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, ce qui explique le budget important qui y a été consacré. Toutes les dates sont presque complètes et les spectateurs sont jeunes comme plus âgés: cela témoigne du succès qu’a eu cette œuvre et l’impatience avec laquelle elle a été attendue.

Il y a t-il quelqu’un là-bas?

Cet opéra se compose de deux actes. L’histoire raconte celle d’un musicien au sommet de sa carrière qui, lors d’un concert, craque. Il est emmené à l’hôpital et c’est le début d’une introspection. Le chanteur, Pink, est plongé dans sa propre histoire. Il repasse à travers son enfance où il revoit son père partant à la guerre, sa mort au front, résultant en une enfance sombre avec une mère surprotectrice et oppressante. À l’école, il est tyrannisé par un professeur réducteur, empêchant tous les enfants de développer leur imagination, renforçant d’autant plus ce mur qu’il est petit à petit en train de se créer autour de lui. Il s’exclue du monde extérieur. On revoit  ensuite sa rencontre avec son ex-femme avec qui les rapports se dégradent au fur et à mesure que sa carrière dans la musique décolle. Il se renferme sur lui-même et compense son échec amoureux avec des groupies ou de la drogue. Petit à petit, Pink construit son mur, formé de ses déceptions, dans lequel il va s’isoler.

Le procès

Pink, l’allégorie de Roger Waters (chanteur du groupe Pink Floyd), est maintenant seul derrière son mur. Il fantasme, devient un dictateur dans son imagination, voulant détruire toute personne du monde extérieur qui cherche à lui nuire. Finalement, il va subir un procès par les personnages imaginaires de sa folie qui vont le condamner à briser son mur, et se réconcilier avec le monde.

L’opéra est en effet très inspiré de l’album mais aussi du film, The Wall. On retrouve le même déroulement, avec souvent même des scènes très inspirées comme celle qui accompagne la chanson Another Brick in the Wall  où l’on voit les élèves se rebeller contre ce professeur despotique. Les décors étaient basés autour d’un grand mur, où des images et vidéos illustrant les scènes étaient projetées. Parfois très utiles et esthétiques, elles manquaient aussi parfois de finesse et en devenaient presque kitsch, avec des couleurs trop flashs donnant un esthétique manga. Ce mur était cependant mis à bon usage à d’autres moments, notamment avec des jeux de lumières et d’ombres.

Un résultat mitigé

Malgré le potentiel que dépeint l’œuvre de Roger Waters, aussi bien l’album que le film du même nom, la force initiale des morceaux aurait pu être mieux exploitée. Certaines chansons comme la très mythique Another Brick in the Wall n’était pas assez puissante sur scène. La beauté de Goodbye Blue Sky n’est pas du tout ressortie, une véritable déception lorsque l’on est un·e grand·e amateur·trice des Pink Floyd. À part les paroles, la musique n’avait presque rien en commun avec les originales, et ce n’est peut-être pas pour le mieux. La seule chanson qui a été bien exploitée a été Bring the Boys Back Home où cette nouvelle facette de l’opéra a pu ajouter une puissance, différente de la chanson originale, mais très plaisante.

Malgré le fait que le metteur en scène, Dominic Champagne, ait reconnu qu’il n’avait pas l’intention de reproduire l’album ou le film, cet opéra n’a rien ajouté de spécial à l’œuvre de Waters. Celui-ci avait déjà mis en scène le spectacle LOVE du Cirque du Soleil et avait fait ressortir la poésie présente dans l’œuvre des Beatles. Ici, malheureusement le résultat n’est pas aussi réussi. Cependant, on applaudit la mise en scène du moment où Pink reçoit son procès, celui-ci étant une scène imaginaire et psychédélique en dessin animé dans le film, ce qui a rendu la tâche délicate. 

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Louisane Raisonnier <![CDATA[Quand génétique et guérison ne font qu’un]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28342 2017-03-28T13:44:36Z 2017-03-28T13:44:36Z Rhume, ballonnements, fatigue, stress…Face à ces malaises, notre réponse est systématique: le médicament. Pour les petits désagréments du quotidien, notre exigence n’est pas très haute. On attend de l’Advil ou du Tylénol de les soigner. Pourtant, pour des maux plus complexes tels des virus saisonniers, la grippe, ou autres, nous avons tendance à faire confiance à des médicaments plus forts, plus puissants, mais qui ne marchent pourtant pas nécessairement mieux. Pourquoi?

D’après les docteurs, ce pourrait être pour la bonne et simple raison qu’ils ne nous «correspondent pas». Par la suite, ils nous conseillent généralement d’en essayer un autre, sans parfaitement être certains qu’il fonctionne mieux que le précédent.

Nos troubles sont considérés par rapport à la norme, par rapport aux réactions moyennes des individus face à un médicament proposé. Bien que les médecins étudient la génétique en profondeur, tous n’ont pas nécessairement les moyens ni le temps de séquencer l’ADN de chaque patient. Un outil, une aide serait donc judicieuse afin d’apporter un support à ses médecins, afin qu’ils puissent proposer une médication et un suivi plus personnalisé des patients.

C’est cette envie de pouvoir guérir au plus vite et au mieux selon les besoins de chacun, qui a intrigué Etienne Crevier, et qui l’a amené à en faire l’objet de ses études. Par la suite, cet intérêt profond l’a poussé à créer Biogeniq, compagnie qui se propose de prendre en compte notre ADN pour créer des plans nutritionnels ou autres médicaments «sur mesure». Par la génétique, BiogeniQ utilise l’information la plus précise et vise à rendre accessibles des conseils et traitements qui correspondent à chacun. La compagnie croit que chaque patient doit être vu comme «unique plutôt que comme une statistique.»

Un outil, une aide serait donc judicieuse afin d’apporter un support à ses médecins, afin qu’ils puissent proposer une médication et un suivi plus personnalisé des patients.

Tout de suite intrigué par ce concept innovant, Le Délit a décidé de faire part de ses interrogations à Etienne Crevier, histoire d’avoir de plus amples informations quant au nouveau concept montréalais. 

Le Délit: Vos tests marchent pour analyser notre génétique. Le même test est-il réalisé pour différents types de problèmes? Un profil pharmacogénétique Cancer prend-il en compte le même type de données qu’un profil pharmacogénétique Dépression ou encore Nutrition?

BIOGENIQ: Nous analysons des gênes bien précis pour les médicaments et pour l’alimentation. Le processus est néanmoins le même en termes d’analyse. On utilise de la salive pour effectuer celle-ci. Toutefois, les gènes ne sont pas les mêmes pour les résultats de nutrition et de médicament, par exemple.

Le Délit: Être malade ou simplement en mauvaise forme au moment du test fausse-t-il le résultat de l’analyse d’ADN?

BIOGENIQ: Aucunement, l’ADN en lui même ne change pas. Que ce soit un rhume ou une prise de médication.

Le Délit: Après le test, et part la suite l’instauration du plan d’action, y a-il  un suivi régulier de la personne testée ou non?

BIOGENIQ: Il y a une consultation incluse pour le profil nutrition. Il est possible d’avoir un suivi également, avec un coût supplémentaire. Pour la pharmacogénétique, il n’y a pas de consultation d’incluse. Toutefois, notre équipe peut répondre aux questions à tout moment.

Le Délit: Que faites-vous avec les données récoltées sur vos clients? Les stockez vous? Les données restent-elles réellement privées?

BIOGENIQ : Les données sont stockées sécuritairement, sont et restent confidentielles. Nous ne vendons pas l’information des clients.

Le Délit: Au vu des révélations de wikileaks depuis plusieurs années, quelles sont les mesures concrètes que vous mettez en place pour protéger des données aussi sensibles, notamment auprès des gouvernements? Si le gouvernement enquête sur quelqu’un, est-ce qu’il pourra avoir accès à leur base de données?

BIOGENIQ: Notre contrat est très clair concernant la sécurité de l’information. Votre information vous appartient et ne sera en aucun cas divulguée. nous n’allons donner l’information à qui que ce soit.

Le Délit: Plusieurs sont en général suspicieux de ce genre d’entreprise. Certains mcgillois déclarent que cela ne leur déplairait pas de séquencer leur ADN, mais qu’ils veulent absolument le garder pour eux. Qu’avez vous à répondre à ces gens là?

BIOGENIQ: Nous avons besoin de leur accord pour analyser leur ADN. Une fois que c’est fait, chaque patient peut partager l’information avec un professionnel de la santé ou autre. Nous ne partageons pas l’information sans l’accord du patient. Également, si le patient désire faire partie de notre recherche, celui-ci doit donner son accord. Le patient doit donc accepter le consentement à la recherche s’il le désire. Il n’y a aucun risque à avoir en termes de sécurité. Si vous voulez plus amples informations, notre CTO pourrait vous en parler plus longuement.

À l’avenir, il est possible que cette initiative devienne un outil indispensable au travail des médecins. À votre salive!

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Margot Hutton <![CDATA[La tête ailleurs]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28339 2017-03-28T13:40:25Z 2017-03-28T13:40:25Z Une personne insulaire est une personne venant d’une île. Cependant que se passe-t-il lorsque cette île est dans la tête? L’insularité identitaire, c’est un état d’esprit. Un océan qui nous sépare des autres et s’apparente donc à une certaine forme d’isolement. Parce que oui, qu’on se le dise, une île, c’est un environnement isolé dans une certaine mesure. Il faut user de moyens de transports particuliers pour s’y rendre, c’est donc plus difficile d’accès. Bien que cela ne veuille pas dire qu’elle n’en vaille pas le détour.

Qu’est-ce qui caractérise une personne insulaire? C’est l’isolement par rapport à autrui. Ne pas se sentir comme appartenant au continent qu’est le groupe social. Alors on est comme une île un peu à part, et on fait ce que l’on peut pour rester debout. Pour avoir vécu une grande partie de ma vie sur un petite parcelle de terre au milieu de l’océan, je comprends que la diversité du continent puisse être effrayante. Tellement de possibilités apparaissent: comment savoir quelle direction prendre ?

L’île est différente du reste du continent. Même si certains attributs sont similaires, l’île en aura une version qui lui est propre. Une version qui lui correspond plus, qui montre sa distinction avec le reste du continent. C’est ce sentiment d’exclusivité qui donne sa force à l’île. L’insulaire est souvent fier de son appartenance, puisque c’est le trait principal de son originalité, c’est là-bas qu’il s’est construit.

Quelle réalité?

Ne nous voilons pas la face: il n’est pas toujours simple de vivre sur une île. On n’a pas toujours accès aux mêmes avantages que sur le continent; on est en quelque sorte coupés du monde. Comme si on ne vivait pas dans la même réalité. Et c’est là que la distance avec les autres se crée. On n’a pas l’impression de vivre dans le même monde, on s’en coupe, parce que l’on se sent trop différent. L’autarcie insulaire fait en sorte que les soucis du monde extérieur paraissent étouffés, comme s’ils n’existaient pas. C’est un peu comme si ça nous collait à la peau, il y a des éléments de cette insularité que les autres ne connaissent pas. Et ça nous rattrape dès que l’on quitte l’île. Qu’on le veuille ou non, elle reste au fond de nous, que l’on soitgéographiquement présent ou non.

De l’autre côté de la rive

«Excuse-moi? Est-ce que je peux te poser une question? C’est un peu indiscret de ma part, mais tu viens d’où? Parce que c’est la première fois que j’entends un accent comme le tien.» Parce que cet accent n’est pas une norme ici. Parce qu’il choque, qu’il intrigue. Parce qu’il caractérise ce que l’on est, qu’il est comme une étiquette sur une personne. Les continentaux isolent cet attribut parce qu’il est différent de celui qu’ils connaissent, mais est-ce que c’est ça qui va permettre de juger qui est la personne? Pardon, il serait peut-être préférable de dire: est-ce qu’un accent définit une personne dans sa totalité?

En fait, les individus issus d’un groupe majoritaire — ici, les continentaux — contribuent à l’insularité identitaire de l’insulaire. Et pourquoi? Parce que nous avons tendance à grouper les individus par catégorie, selon certains critères: la nationalité, le milieu social, le domaine d’étude… Et nous le faisons souvent sans même nous en rendre compte. La nature humaine nous pousse à aller vers des gens qui nous ressemblent, parce que c’est rassurant. Toutefois, qu’en est-il de ceux qui ne trouvent pas de ressemblances avec les autres? Parce que oui, nous parlons peut-être la même langue, mais nous n’avons pas le même accent, donc, nous appartenons à des catégories différentes. Pour une question de prononciation. Parce que ce rapport à la langue est différent, on a un regard différent sur cette exception. La sociabilité humaine innée nous pousse à aller vers ce qui nous ressemble. Et comme l’on remarque les différences en premier, on crée la distance.

L’île est coupée du continent par l’océan. Pourquoi est-ce que c’est cette partie de terre en particulier qui se retrouve isolée? C’est un simple hasard géographique, mais il n’est pas immuable si l’on prend le point de vue identitaire. Si l’on se rend au plus profond des abysses, il y a des points où une matière solide est présente, qui relie le support de l’île à celui du continent. La séparation n’est donc pas totale. Ou même en surface, il y a des ponts qui peuvent être construits pour relier les parcelles de terres que la mer vient séparer.

L’isolement est-il réel ?

En effet, il est facile de créer des liens entre différentes catégories. Et puis, ça nous permet de mettre un peu d’ordre dans ce qui nous entoure; on se repère plus facilement dans un univers bien rangé. Mais même si l’on regarde les frontières entre deux pays, on remarque immédiatement que certains éléments se retrouvent de part et d’autre. Ce n’est pas parce qu’un pays s’arrête et qu’un autre commence que l’identité n’est plus la même, c’est plus compliqué que cela. Alors pourquoi est-ce que l’on s’obstine à mettre les individus dans des «boîtes», selon le milieu dans lequel ils ont grandi, le métier qu’ils exercent, les centres d’intérêts qu’ils ont…Si quelqu’un grandit dans un milieu rural plus isolé, est-il obligé d’avoir une grosse camionnette, de porter des chemises à carreau, de boire une pabst tous les soirs en rentrant de son travail à l’usine? 

Ce processus implique en effet de donner une définition précise à quelqu’un. Mais est-ce que chacun est réellement compatible avec une seule définition? Ne peut-on pas qualifier une personne avec une infinité de possibles? Pourquoi est-ce que l’île serait-elle différente du continent sur tous les plans? Donner une définition, dans un sens, c’est isoler. Est-ce que la réclusion vient de l’individu, ou du groupe dans ce cas ?

Pluralités uniques

L’identité ne peut pas être vue comme une simple étiquette que l’on colle à quelqu’un. L’identité dépasse toutes les frontières, qui peuvent facilement être franchies si l’on s’en donne les moyens, qu’on se le dise. Une personne insulaire vient d’une île. Mais si elle choisit d’en sortir, peut-on rester sur cette première définition? Après tout, s’il y a des frontières, c’est qu’elles sont faites pour être franchies. 

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Mahaut Engérant <![CDATA[McGill se met au vert?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28336 2017-03-28T13:38:23Z 2017-03-28T13:38:23Z Suivre la gestion des déchets à McGill n’est pas simple affaire. Avec plusieurs bâtiments et organisations, les politiques se mélangent et se confondent.

Recycler: Une force d’intervention

Tout d’abord, il faut parler de la «Task Force» (groupe de travail, ndlr) crée en fin 2016 par l’Université, qui se focalise sur l’amélioration de notre gestion des déchets. Ce groupe de travail multipartite, qui regroupe plusieurs membres de diverses organisations sur le campus, dont des étudiants, a pour but d’augmenter le pourcentage de détournement de déchets sur le campus.  Le détournement de déchet, comme son nom l’indique, est un processus qui consiste à détourner, ou réduire, le montant des déchets envoyés à la décharge, en utilisant par exemple le compostage. Justement, une des politiques du Task Force vise à augmenter le niveau de déchets compostés dans plusieurs bâtiments McGillois, notamment le bâtiment Shatner, McConnell, Trottier et Citadelle. Sasha Magder, VP des Opérations à l’AEUM, fait  partie de ce groupe. Il explique comment les efforts de compostage ont jusqu’alors été très peu efficaces, dû notamment au fait que nos déchets organiques, des résidus de provenance animale ou végétale, étaient de trop mauvaise qualité, c’est à dire trop mal triés pour être utiles. Magder ajoute que «au niveau de la logistique, le compostage n’est pas forcément trop difficile. Le plus grand problème, c’est d’éduquer les gens». C’est pour cela que L’AEUM travaille avec McGill pour implémenter un plan d’action à la rentrée de septembre, qui verrait une campagne de formation et d’éducation, menée par des volontaires, pour ainsi combler ces lacunes et maximiser l’efficacité du tri. Une étape importante, surtout pour mieux gérer les déchets organiques qui représentaient en 2008 35% des déchets McGillois.

Big Hanna et le compostage

En parlant de compostage, McGill, malgré des efforts certains, n’a pas toujours eu que du succès. Le Big Hanna Industrial Composter fut un projet lancé en 2010 et financé en partie par l’AEUM et la McGill Sustainability Projects Fund, qui y contribuèrent respectivement de plus de dix-sept mille dollars  et de plus de cent-quatre mille dollars. Cette machine, située sous le bâtiment Wong, était censée produire plusieurs tonnes de compost par an, provenant en grande partie des déchets organiques des cafétérias Mcgilloises. Malheureusement, le Big Hanna n’est plus opérationnel, le projet ayant été discrètement abandonné depuis l’hiver 2013 pour cause de problèmes techniques.

Depuis, McGill emploie les services d’une compagnie locale Compost Montreal, qui peut gérer une plus grande quantité de déchets. Grâce à ses éco-stations situées dans quatre des cinq cafétérias (Douglas hall étant le petit exclu), McGill a réussi à composter près de 89 tonnes de déchet organiques l’année dernière, une augmentation de près de 43% comparé aux chiffres d’il y’a deux ans.

Réduire et Réutiliser

Au delà du compostage, les cafétérias font aussi des efforts pour réduire la quantité de déchets émis par les étudiants. La distribution de conteneurs en plastique réutilisables à travers des distributeurs automatiques, une taxe de $0.60 pour tous ceux qui utiliseraient des conteneurs jetables en papier et une réduction de la quantité de bouteille d’eau vendues sur le campus, en faveur des fontaines d’eau, sont plusieurs démarches entreprises par McGill pour limiter ses déchets. Par ailleurs Magder envisage fortement la possibilité d’installer un tel système de distribution de conteneurs plastique réutilisables dans le bâtiment Shatner.

Tournée vers le futur

En tout et pour tout, Sasha Magder se dit empreint d’un «optimisme prudent» quant aux politiques de gestion des déchets à McGill, agréablement surpris de l’enthousiasme de certains membres du personnel et de l’administration pour ses projet de développement durable. Ce dernier note cependant qu’un manque de données par rapport à la quantité et le type de déchets produits, est une vraie limite au bon fonctionnement de ces projets; un sentiment partagé par Amelia Brinkerhoff, coordinatrice de la stratégie pour la McGill University Office of Sustainability. Comme dernier message au corps étudiant, Magder proclame que «de bonnes choses sont en train de s’organiser et [qu’il faut] maintenir la pression pour que ces bonnes choses continuent à se produire».

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Hortense Chauvin <![CDATA[Les rebelles des poubelles]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28333 2017-03-28T13:36:24Z 2017-03-28T13:36:24Z Un gobelet de café à neuf heures, une boîte de salade en plastique à midi, un sachet de gâteau à quinze heures, une bouteille d’eau à seize: qu’avez-vous jeté aujourd’hui? Achetés, utilisés, puis jetés en l’espace de quelques minutes, les emballages sont partout. Ces déchets quotidiens ne sont pourtant pas anodins. Popularisé par Béa Johnson et son livre Zéro déchet, le mouvement du même nom dénonce une consommation frénétique, déconnectée de ses conséquences environnementales. Face à la prolifération d’emballages, de bouteilles et autres dérivés du plastique sur les étals de supermarché, les rivières et les plages, le mouvement zéro déchet promeut la réduction de notre production de déchets afin de traiter le problème à sa source.

La face cachée des déchets

Selon les derniers chiffres gouvernementaux, chaque Canadien a produit plus d’une tonne de déchet en 2006. Ce gaspillage massif a pourtant des conséquences environnementales non négligeables: trois quarts de ces déchets sont en effet enfouis, alors que l’enfouissement est responsable de près de 25% des émissions canadiennes de méthane, l’un des plus importants gaz à effet de serre. La majorité des emballages des produits de consommation sont en effet fabriqués à partir de matériaux thermodurcissables, non recyclables, comme les pots de yaourts, les sachets en plastique, ou les barquettes en polyester. Ne pouvant être recyclés, ces emballages à la durée de vie limitée sont immédiatement jetés par leurs consommateurs. Dans le monde, vingt milliards de tonnes de déchets sont tous les ans déversés dans les océans. Ce rejet massif exerce une véritable menace sur les animaux marins: d’ici 2050, selon l’organisation non-gouvernementale World Wild Fund (WWF), neuf sur dix d’entre eux auront ingéré du plastique. Alors que 99% des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de quarante-deux jours, le mouvement zéro déchet prône un changement radical de notre rapport à la consommation.

Refuser de se faire emballer, suremballer. Refuser un système qui dégénère, nous coûte cher et hypothèque les chances de nos enfants à vivre aussi bien que nous et nos parents

Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas

A la clé du «zéro déchet», il y a la règle des 3R: réduire, réutiliser, recycler. On pourrait y ajouter une quatrième: refuser. «Refuser de se faire emballer, suremballer. Refuser un système qui dégénère, nous coûte cher et hypothèque les chances de nos enfants à vivre aussi bien que nous et nos parents», expliquent Jérémie Pichon et Bénédicte Moret dans leur ouvrage Famille Zéro déchet. Parmi les méthodes utilisées pour réduire ses déchets, on trouve l’achat de produits en vrac dans des contenants réutilisables, l’adoption du compostage, ou encore la fabrication de produits d’entretien et de cosmétiques maison. Sur son blogue «Sortir les poubelles», Charlotte, étudiante montréalaise en sciences de l’agriculture, partage ses astuces et ses bonnes adresses pour adopter un mode de vie zéro déchet, de la recette de baume à lèvres maison aux méthodes pour voyager sans créer de déchets. «J’ai beaucoup de méthodes, mais à la fin de la journée ça revient à s’organiser! Je magasine en vrac, je fais mon lunch, je composte et je ne fais pas d’achat compulsif. J’ai revu et réévalué mes habitudes de consommation et mes besoins. Je ne vis plus comme je vivais avant, et c’est pour le mieux! C’est facile de vivre ainsi en s’organisant un peu, et ça devient compliqué des fois quand le temps vient à manquer. […]Personne n’est parfait, il faut viser l’équilibre.»

Dire adieu au déchet, un choix de vie difficile ?

Ce refus du gaspillage implique en effet de nombreuses concessions. Dans la mesure où la plupart des produits disponibles en supermarché sont emballés, adopter un mode de vie zéro déchet peut s’avérer difficile à tenir au quotidien. Réfléchir à l’impact environnemental de ses achats, c’est aussi abandonner le confort d’une consommation insouciante. Audrey, vingt-neuf ans, étudiante en psychologie à l’Université de Montréal, s’est lancée dans l’aventure zéro déchet il y a près d’un an. Elle explique: «la société est organisée de façon à favoriser le jetable alors c’est sûr que ça demande un effort supplémentaire pour changer ses habitudes. C’est au début du processus que c’est le moins évident […] aussi, je trouve parfois difficile de gérer les imprévus ou mes élans de spontanéité. Par exemple, il arrive que je revienne de l’école et que j’ai soudainement envie de manger une bonne pizza maison alors que je n’ai pas les ingrédients nécessaires. Je dois alors choisir d’acheter des ingrédients dont certains sont emballés, ou choisir de manger autre chose. Avoir à faire ce choix n’est pas toujours plaisant!», explique Audrey.

Sophie, trente-huit ans, directrice de théâtre, a entamé sa transition vers le zéro déchet au début de l’année. Elle souligne également que si ce mode de vie lui permet d’être en accord avec sa conscience écologique, il nécessite néanmoins de nombreux ajustements dans sa vie personnelle.. «Devenir zéro déchet est un grand changement. Ma méthode, c’est d’être consciente de tous les déchets contenus dans tout ce que je consomme, et d’essayer de trouver des alternatives. C’est un gros effort, mais j’y vais doucement», explique-t-elle. D’autres obstacles plus subtils peuvent entraver l’adoption du zéro déchet, comme le regard des commerçants parfois récalcitrants à accepter de servir leurs produits dans des contenants réutilisables. Une fois adoptés, ces changements d’habitudes deviennent pourtant rapidement naturels, comme l’explique Audrey. «Il est important de reconnaître que changer ses habitudes n’est pas facile et qu’on a tous nos limites. Aussi, j’étais récalcitrante à changer quelques habitudes comme utiliser des mouchoirs en tissu ou une DivaCup (coupe menstruelle réutilisable, ndlr). J’avais aussi peur de me faire juger en demandant au boulanger de mettre mon pain dans une taie d’oreiller. J’ai décidé d’y aller progressivement en me mettant le moins de pression possible. Rapidement, certains changements que je croyais inatteignables se sont imposés tout naturellement. Je change quelques habitudes à la fois avec lesquelles je suis à l’aise.»

Vers une société zéro déchet?

Parmi les solutions les plus évoquées par les défenseurs du zéro déchet pour réduire les déchets à l’échelle nationale, on retrouve la taxation des emballages inutiles, voire leur interdiction. En Irlande, l’augmentation du prix des sacs plastiques a ainsi permis de réduire son utilisation de 92%. En France, ces derniers sont interdits depuis juillet 2016. Un exemple à suivre pourrait être celui de l’Italie, où plusieurs chaînes de supermarché ont mis en place des distributeurs de vin, de lait, de shampoing et d’eau permettant aux clients de se réapprovisionner en utilisant des bouteilles réutilisables. Pour Sophie, il est cependant essentiel de mettre en place une législation afin d’atteindre des résultats à grande échelle: «Si les magasins de vente à emporter faisaient payer un prix élevé pour du polystyrène ou refusaient de l’utiliser, s’ils ne donnaient que des emballages compostables payants à la place, peut-être que les gens commenceraient à utiliser leurs propres contenants. C’est pareil pour les couverts, pareil pour les tasses de café. (…) Pourquoi devrions nous utiliser une ressource qui prend des milliers d’années à être produite, le pétrole, pour un produit utilisé pendant quelques minutes et qui n’est pratiquement jamais détruit?». Pour faire changer les mentalités, elle souligne également la nécessité de revendiquer le mode de vie zéro déchet auprès des distributeurs: «A chaque fois que je vais quelque part, je demande d’utiliser mes propres contenants. Si je vois des emballages inutiles, j’écris aux magasins, une à deux fois par semaine. Je pense que plus le mouvement est local, plus nous pouvons changer les choses rapidement».

Il est cependant essentiel de mettre en place une législation afin d’atteindre des résultats à grande échelle

Parmi les bons élèves du zéro déchet, on trouve San Francisco. La ville s’est en effet fixée l’objectif de parvenir d’ici à 2020 à zéro déchets non recyclés ou compostés, ce qui lui permettra de limiter la pollution occasionnée par les décharges et les incinérateurs. San Francisco a, entre autres, interdit les bouteilles d’eau en plastique, rendu obligatoire le compostage et le recyclage, et obligé les industriels du bâtiment à recycler leurs débris. Ces mesures ont permis de populariser l’approche zéro déchet au sein de la population. Comme le souligne Audrey, intégrer l’approche zéro déchet aux structures de consommation traditionnelles et augmenter la visibilité du mouvement est essentiel: «je crois qu’une des solutions réside dans la démocratisation et dans la normalisation des comportements zéro déchet qui peuvent paraître marginaux. (…) Il faut que ça devienne plus simple d’éviter les déchets que d’en produire! La proximité des deux cultures de consommation (la traditionnelle et la zéro déchet) permettrait de déboulonner certains mythes et permettrait de faire voir aux gens qu’il existe d’autres choix plus responsables et faciles à mettre en place.»

Atteindre une société zéro déchet passe par une réorganisation profonde de nos comportements et une prise en compte de leurs conséquences environnementales. Si cet objectif peut sembler encore lointain, il n’est pas pour autant inatteignable. Il implique de repenser nos gestes quotidiens, d’imaginer des alternatives, d’inventer des solutions pour mettre fin au gaspillage de ressources et d’énergie. Le zéro déchet, un retour en arrière ? Plutôt un grand saut en avant.

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Marie Bourdard <![CDATA[Sur le chemin de la réconciliation?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28330 2017-03-28T13:30:02Z 2017-03-28T13:30:02Z Le pape François a reçu le président Rwandais Paul Kagamé, pour sa première visite officielle ce lundi 20 mars, dans le but d’ouvrir à nouveau les discussions sur l’implication du Vatican lors du génocide de 1994. En novembre dernier, une première tentative de réconciliation avait eu lieu, en vain. En effet, neufs évêques rwandais avaient condamné la participation de certains individus catholiques sans pour autant remettre en cause l’intégrité de l’Église en tant qu’institution, au grand regret de Monsieur Kagamé qui s’empressa de refuser ces excuses.

La tension ethnique atteint son paroxysme   

Ce massacre qui a eu lieu en 1994 n’est autre que l’apogée d’un long conflit opposant les deux ethnies dominantes de ce pays, les Tutsis et les Hutus. L’élément déclencheur du désastre a été la mort du président Juvénal Habyarimana, d’appartenance Hutu, lors d’un crash aérien. Certains extrémistes Hutu se sont empressés de mettre en cause la minorité Tutsi, appelant alors à l’assassinat de ces derniers plongeant le pays dans la pire guerre civile de son histoire. Femmes, hommes, enfants, rebelles ont été assassinés, violés et asservis: ce génocide a couté la vie à plus de 800 000  Rwandais, en majorité des Tutsis.

Pendant plus de trois mois, des églises se sont transformées en scènes de massacres. Plusieurs femmes et hommes religieux ont été accusés d’avoir ouvert leurs portes à des militaires Hutu alors que des milliers de Tutsi avaient pris refuge à l’intérieur. Ces derniers ont ainsi été pris dans de nombreux guet-apens sans possibilité de s’enfuir. En 2001, quatre prêtres catholiques ont été mis en examen pour des faits de génocides par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, institution judiciaire créée par l’ONU pour les questions portant sur ce conflit, ndlr). En 2006, celui-ci a d’ailleurs écroué un ancien prêtre catholique pour avoir donné l’ordre de détruire une église, tuant ainsi près de 2000 Tutsis qui se trouvaient à l’intérieur.

De plus, l’Église est également accusée d’avoir nourri pendant de nombreuses années précédant le génocide, le conflit entre Tutsis et Hutus. En effet, Christian Terra, journaliste spécialiste de la question, indique qu’après avoir parrainé les Tutsi, l’Église a connu un revirement d’alliance au profit de la majorité Hutu et a par conséquent participé à ce qu’il qualifie de «culture raciale» menant au génocide, ce que l’Église à formellement nié depuis.

Une rencontre historique

Ainsi, c’est ce lundi 20 mars, à la veille du 23è anniversaire commémoratif du génocide que le pape François a exprimé «sa profonde tristesse, et celle du Saint Siège et de L’Église, pour le génocide perpétré contre les Tutsis», il a de même «imploré le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l’Église et de ses membres.» Un discours qui contraste particulièrement avec les paroles de l’évêque Philippe Rukamba alors président de la Commission épiscopale rwandaise qui avait complètement nié l’implication du Vatican dans le génocide, en novembre dernier. Ces excuses avaient notamment profondément déçu le gouvernement rwandais qui les jugeait «inadéquates.»

L’implication de cette rencontre

C’est «un nouveau chapitre» qui s’ouvre entre l’Église et le Rwanda si l’on en croit les paroles de Paul Kagamé. Dans un pays où la majorité de ses habitants est de confession catholique, il semblait donc primordial pour le pape François de re-crédibiliser l’image de l’Église afin qu’elle devienne à nouveau un acteur majeur dans la politique rwandaise et dans le maintien de la paix dans cette région du monde. Ainsi, les sincères excuses et la prise de responsabilité de l’Église, qui constituent une première pour le Vatican dans ce conflit, ne peuvent nous faire qu’espérer le commencement de la fin des tensions qui subsistent toujours dans ce pays, à l’aube d’une nouvelle commémoration. 

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Anne Gabrielle Ducharme <![CDATA[Sombres carnets de voyage]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28327 2017-03-28T13:26:53Z 2017-03-28T13:26:53Z «La Turquie d’Erdogan glisse-t-elle vers l’autoritarisme?» titrait une conférence tenue à l’Université Concordia le 23 mars dernier. Selon les dires des participants, poser la question c’est y répondre. Ces derniers ont plus précisément voulu sonner l’alarme quant à la dégénérescence du respect des droits des Kurdes en sols turcs et au statisme du gouvernement canadien dans ce dossier.

Dimitri Roussopoulos est ce que l’on pourrait appeler un activiste de carrière. Également auteur et éditeur, il a mené une pléthore de combats: de militer contre la guerre du Vietnam à protester contre la présence de Coca-Cola comme commanditaire à l’exposition universelle de Montréal en 1967.

Il a d’emblée justifié son intérêt pour la cause des Kurdes en Turquie: «C’est un peuple dont les valeurs et l’insurrection m’inspirent, débute-t-il. Les Kurdes pratiquent l’égalité homme-femme et la démocratie directe, comment résister à ces idéaux?» Roussopoulos fit mention à titre d’exemple de la région de Rojava située au Nord et Nord-est de la Syrie (également connue sous le nom de Kurdistan syrien), un territoire auto-administré par des Kurdes écologistes, féministes et pro-démocratiques, échappant depuis 2012 à la poigne du régime el-Assad.

Récits de voyage

Roussopoulos venait avant toute chose témoigner de son passage en Turquie en tant que membre d’une délégation élaborée par la Commission civique Union européenne-Turquie, dont le voyage s’est déroulé en février dernier. Du lot, on pouvait compter nombre de membres du Parlement européen, journalistes, avocats et académiques. «Nous avions trois principaux buts. Récolter des faits, rencontrer des représentants du gouvernement Erdogan afin de les inciter à remettre en place des pourparlers de paix avec les groupes kurdes, et rencontrer Abdullah Öcalan.»

Prisonnier de l’institution carcérale de l’île d’Imrali depuis 1999, Öcalan est le dirigeant et fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, groupe libertaire-communiste qui se revendique du nationalisme kurde ndlr). Comparé par certains à Nelson Mandela en raison de la nature de sa lutte et de son incarcération, Roussopoulos croit sa libération nécessaire à la reprise des pourparlers entre les autorités turques et les représentants kurdes, et ce, «afin de reproduire un scénario similaire à celui de l’Afrique du Sud où suite à la libération de Mandela, le régime d’Apartheid fut démantelé». 

Or, l’accès au célèbre détenu n’a jamais été accordé à la délégation. En fait, seule la première phase de leur mandat, ladite collecte d’information, a été complétée. «Nous avons interviewé des dizaines de groupes, notamment de femmes, d’activistes et d’acteurs du système juridique, qui avec un grand courage nous ont fait part de la tragédie qui se déroule.»  Cette «tragédie», c’est notamment l’incarcération de députés kurdes élus démocratiquement issus de partis comme le Parti démocratique des peuples (HDP, gauche kurde, ndlr): «l’un de ces députés est venu nous parler après avoir passé 70 jours en prison. Il a été arrêté deux jours après s’être entretenu avec nous», illustre l’activiste visiblement très touché par la situation.

Le silence radio des Canadiens

Aslian Ozturk, co-présidente de la Fondation kurde du Québec et locutrice à la conférence, dénonce comme son compagnon d’armes l’inertie des représentants politiques canadiens. Elle souligne que la dérive autoritaire turque n’échappe pourtant pas aux élus européens. «Au Canada on n’entend pas du tout parler du problème au sein des sphères médiatiques et politiques. En Europe une solidarité beaucoup plus grande a été observée envers les Kurdes.»

En octobre 2016, une conférence de presse sur le sujet avait été tenue devant les bureaux du ministre des Affaires étrangères du Canada, à l’époque, Stéphane Dion. Des groupes de la société civile y incitaient le gouvernement à arborer un discours plus critique relativement aux attaques des autorités turques envers les Kurdes.

Au cours des prochains mois, Roussoupolos sera reçu au ministère des Affaires étrangères afin de discuter de son séjour en Turquie et des conclusions qu’il en a tiré. «C’est ma façon de faire ma part», conclut-il.

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Xavier Richer Vis <![CDATA[La francophonie d’Alberta]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28324 2017-03-28T13:23:51Z 2017-03-28T13:23:51Z Le gouvernement albertain néodémocrate de Rachel Notley fait face aujourd’hui à de vives critiques au lendemain de la sortie de son nouveau budget. Celui-ci prévoit en effet un déficit de 10,3 milliards de dollars lors de l’année fiscale 2017-2018. Notley soutient qu’un tel déficit est nécessaire afin de préserver certains services essentiels tels que l’éducation et les soins de santé lors de la récession albertaine.

Des critiques, mais un gain pour la Francophonie albertaine?

Les partis d’opposition, quant à eux, critiquent le budget. Le parti politique Wildrose (droite, ndlr) explique que la dette massive menace d’envoyer l’Alberta dans un gouffre budgétaire, et les Conservateurs-progressistes (droite modérée, ndlr) affirment que le NPD ne fait que repousser une dette insoutenable sur les générations futures.

Notley a répondu que, relativement aux autres provinces, le ratio dette-PIB de l’Alberta est le plus bas au Canada. Investir dans les institutions publiques contribuerait donc à relancer l’économie de la province, qui connaît encore des périodes difficiles.

Il est à noter cependant que, dans le cadre du budget, 18 millions de dollars supplémentaires seront alloués au ministère de la Culture et du tourisme de la province, malgré les récentes difficultés économiques de la province. Cela comprend une augmentation de 230 000 dollars au secrétariat francophone de l’Alberta par rapport au budget de l’an dernier.

Ricardo Miranda, ministre de la Culture et du tourisme de la province, a déclaré être fier des investissements dans les secteurs de la culture et du tourisme, «parce qu’ils contribuent au bien-être économique, social et culturel des communautés albertaines.»

Miranda a déjà déclaré que l’argent ira vers un certain nombre de projets, dont le réseau des centres d’appui parentaux pour la petite enfance et l’élaboration de la politique des services en français.

Les représentants des communautés franco-albertaines se félicitent de l’augmentation du budget du secrétariat, qu’ils considèrent non seulement comme un engagement additionnel à l’égard de la francophonie, mais aussi comme une promesse de continuer à renforcer la communauté francophone.Une politique des services en français

L’octobre dernier, M. Miranda avait annoncé l’objectif du gouvernement provincial de lancer une série de consultations auprès de la communauté francophone, dans l’espoir de créer «une politique sur les services en français». Il avait en effet dit que son bureau aurait tenu neuf séances ciblées en français avec les représentants de la communauté avant la fin du mois. L’objectif final, dit-il, est de permettre au gouvernement de mieux connaître et de répondre aux besoins des Albertains francophones lors de la prestation des services à la communauté.

«La riche et dynamique communauté albertaine d’expression française fait partie intégrante de notre culture culturelle,» a indiqué Ricardo Miranda. Selon Radio Canada, «elle figure parmi les communautés francophones qui connaissent la plus grande croissance au Canada.»

Bien que le français soit la deuxième langue la plus parlée en Alberta et que la population francophone de la province ait augmenté de plus de 40% depuis 1996, l’Alberta est l’une des deux provinces du Canada qui n’ait ni politique ou de loi en matière de services en français. Une réalité que les francophones de la province espèrent bien changer.

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Thais Romain <![CDATA[Le journalisme et la «post-vérité»]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28320 2017-03-28T13:22:04Z 2017-03-28T13:22:04Z Dans le cadre de la Nuit des débats, la chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains organisait, ce vendredi 23 mars, une conférence afin d’échanger autour de la question des fausses alertes dans les médias. Le public a eu l’occasion de discuter autour d’un verre avec Jeff Yates, l’ex-«inspecteur viral» du journal Métro et maintenant journaliste à Radio-Canada, Henri Assogba, professeur en journalisme à l’Université Laval, Nadine Mathurin, gestionnaire de communauté à Radio-Canada, blogueuse pour URBANIA et professeure de créativité à l’École nationale de l’humour et, enfin, Gabrielle Brassard-Lecours, co-fondatrice et rédactrice en chef de Ricochet. Les problématiques centrales du débat furent: les médias d’information sont-ils à blâmer ou à sauver? Réseaux sociaux: les algorithmes nous informent-ils?

Sans plus attendre, l’animateur du débat, Normand Landry, titulaire de la chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains, évoqua les deux points phares de l’échange: la «post-vérité» et les «fausses nouvelles». En effet, dans notre monde connecté, l’idéologie l’emporte sur la réalité. Dire la vérité est devenu un handicap et les médias se noient dans le bruit des réseaux sociaux. Le rôle des journalistes d’illustrer et de contextualiser les informations est rendu impossible à la fois par la confiance en chute libre que leur accordent les lecteurs et par des responsables politiques qui ne se sentent plus obligés de jouer le jeu. Désormais, une campagne politique ne se gagne plus par la démonstration, mais plutôt par l’émotion. Les réseaux sociaux, où les jeunes s’informent en priorité, ont majoritairement alimenté cette ère de «post-vérité» où chacun détient «sa» vérité.

La «Vérité» n’existe pas

Le climat politique se désintéresse des «faits» et privilégie les stratégies oratoires ou l’émotion pour convaincre. Comme l’a fait Trump. Les personnes ne cherchent pas la vérité, mais adhèrent aux faits qui se rapprochent de ce qu’ils pensent vrai. Puis ces «faits» peuvent circuler facilement grâce aux réseaux sociaux. Les algorithmes, de Facebook notamment, vont sélectionner l’information que nous consultons pour finir par nous présenter le monde tel qu’on le conçoit, avec nos croyances et notre idéologie. Nous devenons centrés sur notre vision du monde au lieu de chercher à élargir notre analyse et à stimuler notre esprit critique. «C’est très dangereux», met en garde Gabrielle Brassard-Lecours «car nous n’avons pas une opinion polarisée».

La chasse au clic

Si les réseaux sociaux permettent de rendre compte de ce qui intéressent réellement les lecteurs et lectrices par les «j’aime», les «partage» ou les commentaires, c’est souvent au détriment de l’exactitude des informations. Le «clic facile» des informations insolites ou le «choc» du sensationnalisme menace le travail des journalistes de vérifier les faits qui circulent. De plus, aujourd’hui le citoyen ordinaire devient média en diffusant les informations qu’il souhaite.

Quelles solutions?

Pour que les informations relayées par les lecteurs soient vérifiées et précises, il est nécessaire de privilégier «l’éducation aux médias», à l’information, dès le secondaire, pour lutter contre la manipulation, souligne Nadine Mathurin. Il faut rétablir le lien de proximité entre les citoyens et les médias en interpellant les citoyens sur les sujets qu’ils veulent voir traiter par les journalistes. Si en théorie nous avons accès à tous les médias existants grâce à Facebook par exemple, néanmoins nous devons faire l’effort de m’abonner à un éventail de médias, que mon fil d’actualité ne me proposera pas automatiquement. Enfin, Jeff Yates insiste sur l’importance de «l’hygiène des réseaux sociaux», autrement dit, vérifier que le contenu que tu «aimes» ou que tu partages corresponde vraiment à tes convictions, car un «j’aime» est tout sauf anodin.

Ainsi, les médias doivent combattre la désinformation. Cette ère post-factuelle nécessite plus que jamais des journalistes et citoyens érudits et renseignés, ont conclu les conférenciers et conférencières. 

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Sébastien Oudin-Filipecki <![CDATA[Montréal et Fillon]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28318 2017-03-28T13:19:32Z 2017-03-28T13:19:32Z Forte d’une équipe de dix personnes, tous bénévoles, la section des Républicains de Montréal souhaite «rassembler les jeunes et les plus anciens» afin de «créer une dynamique sur Montréal» explique Éric Portrait, chargé de mission de la section. Aurélia Le Tareau, déléguée consulaire et connaissant bien la communauté Française à Montréal, énonce que le but de ce mouvement  est de «porter les idées des Républicains et de François Fillon entre autres» afin de «grossir les rangs des Républicains» au niveau local, tout en ajoutant que la force principale de l’équipe organisatrice résidait dans la complémentarité des expériences de ses membres.

Aurélia Le Tareau affirme que, selon elle, ce qui différencie le programme des Républicains est de mettre fin au «matraquage fiscal»  des Français de l’étranger, faisant ici référence au fait que les citoyens Français de l’étranger sont assujettis à la CSG-CRDS (contribution sociale généralisée et contribution à la réduction de la dette sociale, ces impôts contribuent à la réduction de la dette sociale, ndlr)  bien que ne résidant pas en France. Cette pratique avait valu à la France une condamnation par la Cour de justice de l’Union européenne et confirmée par le Conseil d’état en 2015.

Cependant, Aurélia Le Tareau admet volontiers que le programme de François Fillon peut paraitre «austère». En effet, le candidat de droite s’est vu reproché des mesures jugées draconiennes par certains, notamment la suppression d’un demi million de postes de fonctionnaires ou encore le recul de l’âge de la retraite à 65 ans.

Pour la section des Républicains de Montréal, il s’agit de «re-centraliser» la mission de l’État sur un modèle plus régalien en externalisant ou en optimisant par le biais de la privatisation certains aspects ou services de la fonction publique afin de limiter drastiquement ses dépenses.

Ainsi pour cette dernière, ce programme reste «le plus réaliste» face aux enjeux auxquels la France fait face.

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Antoine Jourdan <![CDATA[Montréal et Hamon]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28316 2017-03-28T13:18:26Z 2017-03-28T13:18:26Z La section montréalaise du Parti socialiste (PS) est reliée à la fédération de français de l’étranger, l’organe du PS qui regroupe la centaine de sections socialistes en dehors de France. Forte de ses 80 membres bénévoles, c’est une des sections les plus actives du globe. Le Délit a contacté Étienne Schmitt, secrétaire adjoint de la branche montréalaise du Parti socialiste.

Comme partout au PS, la question Macron se pose. Quelle relation avoir avec l’ex-ministre, que faire avec ses sympathisants? Pour la section montréalaise, la réponse est claire: «Comme partout en France, il y a des gens qui veulent voter Macron, mais ils feront face aux conséquences. Quand quelqu’un se dit socialiste et soutient un candidat qui ne l’est pas, il quitte.» Au PS de Montréal, il n’y a donc pas de place pour les sympathisants du mouvement En marche! Cela étant dit, de manière générale, les représentants politiques des français à Montréal s’entendent assez bien au-delà même du clivage gauche-droite. Une communauté d’expatriés s’est formée et a su dépasser les désaccords politiques. L’animosité est donc idéologique, mais pas personnelle.

«De manière générale, les hommes politiques ne considèrent pas trop les français de l’étranger» déplore Schmitt. Hamon cependant, s’y adresse plus que ses opposants à en croire le secrétaire adjoint du PS. Pour lui, quatre choses importent vraiment aux français expatriés: le régime d’assurance maladie (la sécurité sociale), les questions des bourses scolaires, la retraite, et enfin, la question de la rapatriation (le retour en France). Or, Benoît Hamon et son équipe ont repris une proposition présentée par Hélène Conway, ancienne déléguée chargée des Français de l’étranger, qui envisage la création d’un «service public de qualité à l’étranger» pour accompagner les expatriés.

Si ça n’a rien de révolutionnaire, c’est tout de même «intéressant» pour Schmitt qui regrette l’absence de politiques pour les français vivant ailleurs qu’en métropole. Si lui soutient évidemment le candidat socialiste, il a souhaité souligner l’importance de participer à l’élection, peu importe le penchant politique: «ce n’est pas une question de candidat, c’est une question de démocratie.»

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Valentin Lucet <![CDATA[Montréal et Mélenchon]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28314 2017-03-28T13:17:30Z 2017-03-28T13:17:30Z Il est le plus actif des groupes France insoumise (FI) de la circonscription d’Amérique du nord: chaque semaine le groupe d’appui des Français insoumis de Montréal se retrouve pour débattre des actions à prendre dans le cadre de la campagne.

Ce mardi 21 mars, chez un militant, l’ambiance est chaleureuse, et le groupe éclectique; deux attributs qui décrivent bien le mouvement de la FI. Celui-ci est un mouvement citoyen national créé en février 2016 pour appuyer la candidature de Jean-Luc Mélenchon (JLM) aux présidentielles ainsi que les élections des députés pour l’application du programme de JLM, baptisé L’Avenir en Commun.

Alexis, 20 ans, étudiant en échange à l’UdeM en sciences politiques, est désigné pour guider la discussion. À l’ordre du jour, le compte rendu de la journée de mobilisation pour la 6e République du 18 mars dernier, l’organisation du porte à porte, mais aussi les choix à faire quant à l’organisation du prochain rassemblement. Chaque décision est votée à main levée.

«Le programme est le plus cohérent, c’est sa lecture qui m’a convaincu» explique Thibault, 19 ans, étudiant en droit, à l’UdeM lui aussi. Le programme de la FI, sorti sous la forme d’un livre paru l’année dernière, et complété par une quarantaine de livrets thématiques, et présente plus de 300 propositions.

Le mot d’ordre est celui de la transition: transition vers une nouvelle république par la convocation d’une assemblée constituante, transition vers la planification écologique, et transition vers une société moins économiquement libérale, où la répartition des richesses devient une priorité.

Que propose la France insoumise aux francophones, français ou non? Le livret «Passer à la francophonie politique» détaille les quelques axes développés lors des longues consultations et débats publics par lequel l’ensemble du programme a d’ailleurs été composé. La FI souhaite «promouvoir le plurilinguisme» face à l’hégémonie de l’anglais, réaffirmer la place de la culture francophone (auteurs ultramarins et francophones étrangers), améliorer la mobilité des savoirs (notamment par un visa privilégié pour les artistes et universitaires), et assurer le «rayonnement de la langue». Jean-Luc Mélenchon est le premier à célébrer la langue française dans ses discours. L’équipe de campagne est très présente sur les réseaux sociaux et JLM est le personnage politique la plus suivie sur YouTube. Guillaume, lui aussi militant, explique qu’il «le compare à Bernie Sanders, il représente un vrai espoir».

Au Québec, la FI est proche de Québec Solidaire (QS). Le groupe d’appui organisera d’ailleurs un rassemblement au bar la Station Ho.st, où QS organise d’habitude certains de ses propres évènements. Le 9 avril prochain, une demi-journée de permanence aura pour but de présenter en profondeur le programme aux montréalais, avec des ateliers thématiques sur les différents axes du projet. 

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Webmestre, Le Délit http://www.delitfrancais.com <![CDATA[La France à l’étranger, en chiffres]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28310 2017-03-28T13:14:34Z 2017-03-28T13:14:10Z Infographie réalisée par Arno Pedram, Antoine Jourdan et Théophile Vareille

Sources: archive.francesoir.fr et france diplomatie (décembre 2016)

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Théophile Vareille <![CDATA[En Marche! Montréal soutient la candidature de Emmanuel Macron]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28307 2017-03-28T13:12:38Z 2017-03-28T13:12:38Z En Marche! Montréal, d’après le mouvement politique d’Emmanuel Macron, candidat aux élections présidentielles françaises, s’est créé à la mi-automne l’année passée. Depuis, le comité se distingue par son activité et l’engouement qu’il suscite. Sur les réseaux sociaux, comme lors de ses évènements fort courus, En Marche! Montréal est quantitativement le comité de soutien à un candidat à la présidence française le plus en vogue en Montréal.

Quelques mois après sa création, le comité est d’ores-et-déjà régi par un organigramme formel, et est divisé en pôles et sous-pôles: Pôle intégration des nouveaux membres, Pôle recrutement et adhésions, Pôle argumentaire, riposte et veille, ou Pôle contenu et réflexion, duquel dépendent une demi-douzaine de pôles thématiques (éducation et culture, renouveau démocratique, scène internationale…). Une organisation carrée, ce qu’il faut pour encadrer, sans budget, 190 militants aujourd’hui, selon les chiffres du comité.

190 militants de tous âges et horizons, nous explique Louise Courchinoux, responsable du Pôle bénévoles occasionnels. Car, si à ses débuts En Marche! Montréal était à forte prédominance masculine, il s’est depuis diversifié, grâce à un afflux d’intéressés, «Français comme Québécois» selon la militante. Des Québécois qui retrouveraient en Macron «un élan de renouveau» leur évoquant Justin Trudeau. Le comité se définit aussi par une forte présence étudiante, à l’image aussi de la population française à Montréal, mais qui témoigne de l’attrait d’Emmanuel Macron pour les jeunes, affirme Louise Courchinoux. On y trouve aussi néophytes en politique comme anciens militants, «on a fait un tour de table une fois, sur qui avait voté quoi en 2012, et il y a avait de tout.»

Outre cette «diversité incroyable», ce qui expliquerait le succès d’En Marche! Montréal serait sa nouveauté: nouveau comité d’un nouveau parti, à créer à partir de rien, et vous amenant à vite endosser d’importantes responsabilités, car celles-ci sont «décentralisées vis-à-vis de Paris» continue Louise Courchinoux. Ainsi, le comité jouirait d’une autonomie raisonnable, même quant au programme du candidat.

Une nouveauté qui peut aussi nourrir les ambitions, car si l’on ne s’autorise pas à penser au-delà de la présidentielle, il reviendra bientôt au comité de participer au choix d’un candidat pour l’Amérique du Nord aux législatives prochaines. Louise Courchinoux nous confirme que plusieurs membres du comité briguent ouvertement cette candidature.

Côté programme, En Marche! Montréal fait valoir les propositions pour l’éducation d’Emmanuel Macron. Il promet de rendre le système éducatif plus flexible, pour qu’il s’adapte à l’élève, et veut promouvoir l’apprentissage de l’anglais ainsi que l’ouverture à l’international. Des arguments qui, selon Louise Courchinoux, devraient séduire la communauté française mcgilloise, au parcours cosmopolite.

Flexibilité de l’éducation, flexibilité de l’emploi, licenciement et reconversion facilités, Macron s’inspire ici du modèle scandinave, selon En Marche! Montréal. Interrogée sur la déclaration d’Emmanuel Macron, qui avait qualifié la colonisation française de l’Algérie de «crime contre l’humanité», Louise Courchinoux a clarifié: «ce n’est pas vraiment ce qu’il voulait dire». «Il avait dit justement que la colonisation avait eu ses bienfaits en termes d’économie et de structure administrative, etc. Et oui il a fait l’erreur de dire que c’était un crime contre l’humanité, c’était un terme très mal choisi, mais ce qu’il a voulu dire c’est qu’on avait quand même bafoué les droits humains en s’imposant dans un pays qui n’était pas le notre.» Une déclaration qui n’a donc pas divisé En Marche! Montréal, mais a confirmé que «les médias retranscrivent très mal ces élections». Ceci est à l’image du programme de Macron réclamé pendant des semaines, puis éclipsé par les affaires Fillon. Côté francophonie, aucun élément portant à ce sujet ne figurerait dans le programme du candidat.

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Ikram Mecheri <![CDATA[Qui peut critiquer le Québec?]]> http://www.delitfrancais.com/?p=28304 2017-03-28T16:56:39Z 2017-03-28T13:09:27Z Le 15 mars dernier, une tempête de neige paralysa une bonne partie du Québec. Le 16 mars au matin, les bulletins de nouvelles nous apprennent qu’à peu près une centaine d’automobilistes ont passé la nuit coincés dans leur voiture sur l’autoroute 13 à Montréal. Forcément, quelqu’un quelque part n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire. La gestion catastrophique de la situation par les différents paliers du gouvernement est alors incontestable.

Quelques jours plus tard, le 20 mars, très peu de réponses sont fournies et les politiques s’accusent mutuellement. Andrew Potter, alors directeur de l’Institut des études canadiennes de McGill, prend sa plume pour non seulement critiquer la situation et ses acteurs, mais la société québécoise entière.

De mauvais goût, excessif, généralisateur, et surtout irréaliste, l’article en question, «Comment une tempête de neige a exposé le vrai probleme du Québec: un malaise social» est tout sauf raisonnable. Son point de vue est celui d’un non-québécois qui habite la province depuis huit mois à peine. Il est difficile de comprendre comment le professeur est arrivé à un tel constat. Cette réflexion mérite d’être approfondie, mais les réponses étant seulement du ressort de M. Potter, une spéculation imaginative de sa pensée serait injuste.

Cependant, l’autre tempête, la médiatique qui suivit la publication de l’article soulève plusieurs interrogations et mérite que l’on s’y attarde. En premier lieu, à qui a profité l’affaire Potter? Aux politiciens québécois. En effet, car sans le savoir, Andrew Potter a tendu la perche parfaite aux politiciens. Ces derniers on trouvé dans son article l’occasion parfaite pour faire diversion de leur gestion désastreuse de la tempête du 15 mars. Nous aurons vu ces politiciens se bousculer devant les médias pour critiquer cet article alors que certains de ces mêmes politiciens sont restés de marbre devant des discours qui frôlent parfois le racisme et la misogynie, entre autres.

L’indignation au Québec est sélective. Elle n’est utilisée que lorsqu’elle peut servir de paravent à des politiciens mal intentionnés. À titre d’exemple, de nombreux politiciens sont restés muets lors des récentes dénonciations d’agressions sexuelles dans les université, dont McGill notamment.

Les personnes en position de pouvoir peuvent-elles s’exprimer en leur nom lorsqu’elles représentent une institution?

L’affaire Potter soulève un autre enjeu important: les personnes en position de pouvoir peuvent-elles s’exprimer en leur nom lorsqu’elles représentent une institution? Selon les dires de la rectrice de l’Université McGill, Mme Suzanne Fortier, dans un article du Globe and Mail, la prise de position doit être limitée dans ces cas-là. Selon elle, le rôle du directeur de l’institut n’est pas de «provoquer la discussion, mais de l’encourager» et elle nuance sa position en expliquant que si Potter s’était exprimé en son propre nom, plutôt qu’au nom de l’école, «rien ne serait arrivé». D’autre part, Mme Fortier défend aussi la démission de M. Potter. Selon elle, le rôle de l’institut est de rapprocher les gens, pas de les diviser, ce qu’a fait l’article de l’ex-directeur qui conserve tout de même son poste de professeur au sein de l’institution. Pour l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), la position de la rectrice porte atteinte à la liberté académique des professeurs qui occupent un poste administratif au sein des universités. L’ACPPU demande à l’administration de McGill de lui «fournir de plus amples détails sur le rôle qu’elle a joué à la suite de la controverse provoquée par la publication d’une chronique d’opinion».

La position de l’Université est délicate, car d’un côté elle se retrouvait face à des politiciens en quête de bouc émissaire, et d’un autre côté, un public habitué à se faire dire par les médias que le ROC (Rest of Canada) déteste le Québec. Il est raisonnable de comprendre pourquoi McGill, une institution anglophone dans une province francophone, souhaite éviter de devenir l’image du Québec bashing.

Implicitement, les politiciens condamnent les universités, et leurs professeurs, à rester dans leurs bonnes grâces afin d’éviter d’autres coupes majeures.

D’autre part, les coupes répétées et excessives du gouvernement provincial dans les subventions aux universités a créé une précarité sans précédent pour les institutions. Implicitement, les politiciens condamnent les universités, et leurs professeurs, à rester dans leurs bonnes grâces afin d’éviter d’autres coupes majeures. La perte de donateurs est aussi un autre facteur important à prendre en compte. Ainsi, entre la survie économique ou la perte d’un directeur mal avisé, le choix n’est pas difficile.

Dans un monde où McGill ne mange pas dans la main du gouvernement -une main qui peut se fermer à tout instant – l’Université ne se serait peut être pas dissociée de son ex-directeur. Les erreurs dans les sciences humaines sont importantes car elles permettent la critique. L’Université offre un cadre défini dans lequel des opinions divergentes peuvent s’opposer, se répondre, s’étudier afin de mieux évoluer. En enlevant ce cadre, nous nous retrouvons avec la pression de ne dire que ce que les gens veulent bien entendre. On tombe alors dans un politiquement correct pervers qui n’offre aucune place à la dissension. Les opinions qui en résultent deviennent alors plates, voire javellisées afin de mieux rentrer dans le moule pré-établi. Toute forme d’évolution des discours devient alors impossible.

Les deux grandes solitudes, le ROC et le Québec sortent donc de cette tempête encore plus divisées et notre discours public plus fragilisé que jamais.

L’affaire Potter nous a démontré les effets pervers de la précarité économique qui est imposée depuis quelques années aux universités québécoises. À la question est-ce que seuls les Québécois peuvent critiquer le Québec? Non, absolument pas, mais en jetant en dessous du bus chaque non-Québécois qui s’y risque, on limite le débat et on aseptise à notre tour le dialogue public. Cette exclusion violente de tous ceux qui ne sont pas québécois à nos questions sociétales ne fait que reproduire les censures systématiques que les politiques d’austérité causent à nos universités. Les deux grandes solitudes, le ROC et le Québec sortent donc de cette tempête encore plus divisées et notre discours public plus fragilisé que jamais. 

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