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	<title>Annick Lavogiez - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 11 Mar 2014 09:06:24 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Écoute en deux temps</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/11/ecoute-en-deux-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2014 05:04:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexions sur un album de David Giguère.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>C</i><i>asablanca</i>, nouveau disque de David Giguère lancé le 4 mars dernier au Club Soda de Montréal, est le récit d’une rupture tumultueuse: «ceci est la (<i>sic</i>)&nbsp;représentation de deux personnes qui n’ont jamais réussi à exister (ensemble)» (incipit de l’album). Sombre, poignante, la thématique est émouvante: quête de soi, de l’autre, relation en crise, échos d’un parent disparu, crise identitaire… C’est une véritable plongée dans la tête d’un homme blessé que nous propose ce jeune artiste de vingt-cinq ans. Retour sur une écoute en deux temps d’un album qui gagne à être découvert progressivement.</p>
<p><b>La déception</b></p>
<p>En écoutant pour la première fois l’album de David Giguère, <i>Casablanca</i>, que j’attendais depuis plusieurs semaines avec un enthousiasme sans doute démesuré après avoir découvert l’artiste par hasard en glanant des chansons d’Alex Nevski sur Youtube, j’ai été un peu déçue par son rythme langoureux, presque répétitif et ses paroles aux métaphores pas toujours glorieuses. La première chanson rendue publique, «La pornographie», était pourtant pleine de promesses, avec un son enlevant, des paroles poétiques, pimpantes et bien écrites.</p>
<p>Peut-être que vu les heures d’attente et la qualité de la première chanson, la barre était trop haute pour le reste de l’album. Peut-être aussi que j’ai mal écouté, ou que j’obéissais inconsciemment à l’adage populaire qui stipule que toutes les premières fois sont ratées. Toujours est-il que mon premier contact avec <i>Casablanca</i> était un peu teinté de tristesse: aucune toune ne sortait du lot, le ton était un peu trop constant, les découvertes musicales trop discrètes. J’attendais une dizaine de chansons aussi poétiques que «Permettez-moi»&nbsp;et aussi rythmées que «Encore», issues de <i>Hisser haut</i>, premier album enchanteur de Giguère, sorti en 2012. Mais je me suis retrouvée avec <i>Casablanca </i>face à un album aux allures adolescentes, immatures, et, de surcroît, rose. Appartenant moi-même à la génération texto-réseaux sociaux, j’ai eu du mal à apprécier le caractère pas très original d’un album qui surfe sur la vague du temps présent, avec une couverture toute de Facebook et d’iPhones ornée.</p>
<p>En lisant quelques entrevues de l’artiste afin de comprendre d’où venait son disque, je me suis retrouvée face à un personnage vivant dans l’urgence de la création: «pendant deux ans, je n’avais pas écrit du tout parce que j’étais trop occupé à tourner, c’est juste cet été que les douze tounes ont débarqué. Au départ, c’était uniquement des petits textes improvisés, écrits rapidement, que j’ai ensuite retravaillés et fignolés. L’important, c’était de tout faire ça dans un court laps de temps pour m’éviter trop de questionnements» (<i>sorstu.ca</i>, le 6 mars 2014).&nbsp; Une urgence qui se ressent parfois dans la réalisation de l’album, qui contient tout de même une coquille dans l’incipit! Ceci étant dit, il paraît que l’habit ne fait pas le moine, et qu’il faut toujours persévérer au-delà des apparences, alors…</p>
<p><b>Le talent</b></p>
<p>Une fois ma probable mauvaise foi ravalée, j’ai pris le temps de feuilleter le livret, de réécouter chaque chanson une dizaine de fois pour bien les comprendre, les assimiler, apprendre à les aimer. Parce qu’il m’a finalement rapidement semblé que cet album appelait de multiples écoutes, une attention prolongée, une patience adaptée.</p>
<p>Et voilà que soudainement, alors que le rose de la couverture brûlait encore quelque peu mes yeux (on ne se refait pas), j’ai compris l’humour des messages textes un peu niais et jamais distribués qui décorent la première page du livret&nbsp;«bb j’t’ai écrit un mail je t’aime» «je t’aime bb, tu me manques déjà aussi», «criss que jtm». J’ai commencé à m’attarder sur les rythmes lents, épurés, aux quelques mots bouillonnants qui vont plutôt bien avec le fond électro-pop. Malgré un œil encore critique sur quelques paroles un peu bancales, j’ai découvert le léger rythme enivrant de certaines chansons avec plaisir. Et pour couronner l’expérience, le lancement du 4 mars dernier au Club Soda m’a permis de voir l’énergie et la bonne humeur contagieuses de Giguère, ainsi que son plaisir certain à conquérir la scène. Les chansons semblaient plus <i>rock</i> dans la pénombre de la salle de concert, et malgré des éclairages bien trop insistants et agressifs, je me suis quelque peu réconciliée avec l’œuvre et son créateur.</p>
<p>Ainsi, après de nombreuses écoutes, j’apprécie maintenant la douceur et la sensibilité de <i>Casablanca</i>. Si l’album me semble toujours manquer d’un peu de recul, la voix de David Giguère est sans conteste exceptionnelle, son plaisir de jouer incontestable et le résultat, minimaliste, mais talentueux, passera moins inaperçu qu’il ne me semblait à la première écoute.</p>
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		<title>Les douceurs de la rupture</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/01/28/les-douceurs-de-la-rupture/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jan 2014 05:23:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Collectionneuse, album délicat avec pour thème la rupture amoureuse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-thumbnail wp-image-19745 alignleft" alt="C-collectionneuse1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-150x150.jpg" width="150" height="150" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-150x150.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-32x32.jpg 32w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-64x64.jpg 64w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-96x96.jpg 96w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2014/01/C-collectionneuse1-128x128.jpg 128w" sizes="(max-width: 150px) 100vw, 150px">&nbsp; Pascal, bédéiste désabusé dans la trentaine, vient de se faire larguer et squatte chez un couple d’amis le temps de se reprendre en main. Pascal a l’air assez gentil, mais pas très chanceux: lorsqu’il va &nbsp; &nbsp;courir, il se fait une entorse lombaire; lorsqu’il essaye d’oublier son ex, elle lui envoie des caisses de livres toutes plus envahissantes les unes que les autres; lorsqu’il tente de changer de carrière, c’est &nbsp;un fiasco, etc. C’est donc l’heure des bilans pour ce personnage sympathique et maladroit, qui se remet d’une relation amoureuse vieille de neuf ans dans laquelle on l’imagine facilement un peu &nbsp;dépendant et passif. Depuis son irrépressible envie de courir jusqu’à sa remise en question professionnelle, tout est prétexte à oublier le chagrin et force est d’admettre qu’à la fin du récit, on partage &nbsp;son envie maladroite d’aller de l’avant, même si l’avant s’avère parfois être un chemin tortueux. Oui, tortueux! Car Pascal rencontre un jour enfin une jolie fille… qui n’est autre que la cleptomane de &nbsp;sa librairie de quartier. Notre héros paumé se lance alors dans une enquête surprenante et finit par tomber en amour avec cette charmante demoiselle qui a eu la délicatesse de voler son propre &nbsp;livre, <i>Jimmy et le Bigfoot</i>. L’histoire qui s’en suit dans les jolies rues du Mile-End sortira forcément du commun, puisque Pascal n’a pas l’air plus doué comme détective que comme amoureux.</p>
<p><b>La rupture, un sujet triste?</b></p>
<p>Pathétique et sombre, la prémisse de ce récit? Certes. Mais c’est avec beaucoup de sensibilité et d’humour que Pascal Girard raconte cette histoire absolument universelle. Son regard amusé et respectueux lui permet de rester toujours léger, sans toutefois s’éloigner de la réalité. Le bédéiste qui s’était fait discret depuis le triste et drôle <i>Conventum</i> n’a rien perdu ni de sa verve ni de son trait. Sobre et simple, cet album en noir et blanc charme par sa sincérité. Les traits sont fins et concis, la trame narrative efficace. Un bel album qui fera sourire amoureux et cœurs brisés.</p>
<p><b>Les 15 ans de la Pastèque</b></p>
<p>Pour en savoir plus sur le travail des éditions La Pastèque, profitez de l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal «La BD s’expose au Musée. 15 artistes de La Pastèque inspirés par la collection». L’expo qui fête les 15 ans d’existence de la maison d’édition montréalaise créée des liens fascinants entre des arts qui, le temps d’une visite, se rejoignent et se bouleversent avec succès. Les œuvres de grands artistes tels que Joan Miro ou Serge Lemoyne, ainsi que de multiples objets d’art décoratif et contemporain côtoient avec perfection les planches des dessinateurs aux styles variés. Le tout est accompagné de vidéos, photos et entrevues donnant un bel aperçu du travail des bédéistes.</p>
<p>Le livre souvenir offre un très beau témoignage de l’incroyable travail de La Pastèque ces quinze dernières années à travers des documents d’archives et des textes de spécialistes variés. On y retrouve notamment les œuvres exposées au musée et une multitude d’extraits. Le petit plus: le livre est très bien présenté, coloré à souhait et agréable à feuilleter. Un indispensable pour tous ceux qui aiment la bande dessinée. Après tout, comme le dit Martin Brault dans l’avant-propos: «Quinze ans, ça peut paraître anodin, mais dans le monde de l’édition au Québec, surtout en bande dessinée, il s’agit ni plus ni moins d’un exploit.»</p>
<p><span class="mceMediaCredit mceIEcenter"><span class="media-credit-mce aligncenter" id style="width: 486px;">&nbsp;</span></span></p>
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		<title>Drôle d’oiseau dans le décor</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/12/01/drole-doiseau-dans-le-decor/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Dec 2013 19:09:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exclusif Web]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Découverte de 'L’Autruche' chez La Pastèque, par Jean-François Martin (illustrations) et Suzanne Côté (récit).</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Quand une autruche se balade sur les toits, c’est une petite magie qui change une vie.</p>
<p dir="ltr">Ernest Malami est un homme de tout ce qu’il y a de plus ordinaire, discret et sans prétention. Il occupe un poste obscur, sans doute insignifiant, au sein du service d’urbanisme de la ville. Il porte un chapeau qui lui obscurcit le visage, un costume noir quelconque, n’a jamais posé de question à ses supérieurs et pourrait bien vivre toute sa vie sans embêter quiconque. Mais Ernest, malgré son parcours banal, semblant n’intéresser personne, est un passionné: il vit dans l’amour des toits.</p>
<p dir="ltr">«Ernest Malami s’intéressait aux toits en tant que toits. Il en tenait une comptabilité rigoureuse. Il les répertoriait selon leurs différentes qualités. Il établissait des statistiques, les analysait, échafaudait des théories, en détruisait d’autres. (…) Son amour portait indifféremment sur les plus modestes et les folies d’excentriques.&nbsp;Il comptait réunir ses travaux en un grand livre, une sorte de bible des toits.»</p>
<p dir="ltr">Si les toits passionnent Ernest, c’est parce qu’un toit, «c’est ce qui abrite l’intérieur». La question est de savoir ce que cet homme austère abrite lui-même dans son intérieur; ce dernier lui permettra-t-il de vivre l’aventure qui l’attend&nbsp;?</p>
<p dir="ltr">Cette aventure sortant de l’ordinaire est déclenchée par l’arrivée surprenante d’une autruche dans le paysage monotone du protagoniste. Quel est donc cet oiseau qui se balade sur les toits de la ville et empêche notre employé modèle d’accomplir son travail? Comment un animal qui ne vole pas peut-il se promener de toits en toits, et cela exclusivement sous le regard d’Ernest? Et surtout, Ernest doit-il lutter contre cet élément du merveilleux qui s’impose ou au contraire, l’embrasser? Doit-il saisir cette chance, peut-être unique, de sortir de l’anonymat?</p>
<blockquote>
<p dir="ltr">Quand une autruche se balade sur les toits, c’est une petite magie qui change une vie.</p>
</blockquote>
<p dir="ltr">La grande force de cet album, c’est d’avoir su équilibrer parfaitement la sobriété du texte et celle des dessins, d’avoir rendu un personnage aux apparences insignifiantes complètement &nbsp;touchant et unique, tant par le biais de dessins aux échos surréalistes que par la poésie d’un texte authentique. Mais c’est aussi d’avoir doucement raconté l’histoire d’&nbsp;«un homme ordinaire, pas dérangeant, reposant comme un paysage de campagne, en quelque sorte.&nbsp;Un homme tout absorbé par son travail, sa passion. Sa seule passion. Subitement mise en péril».</p>
<p dir="ltr">Récit énigmatique, <em>L’Autruche</em> mêle peintures et collages, symboles discrets et illustrations un peu <em>vintage</em>. Ce n’est pas pour rien que les éditeurs de La Pastèque eux-mêmes présentent cet album comme un «véritable livre ovni». Difficile de décrire cet objet original, intriguant. Le format s’apparente à du traditionnel réinventé, proche d’un livre pour enfants: des illustrations occupent les pages impaires tandis que les textes, courts, sous forme de colonnes centrées dans l’espace, s’exposent sur les pages paires. La présentation est sobre et délicate, presque poétique. Impossible de ne pas flâner sur chaque dessin en rêvant à cette petite note de magie qui pourrait bien aussi changer nos propres vies. Ainsi, sans aucun doute, <em>L’Autruche</em>&nbsp;est une petite douceur à s’offrir pour rêver à ce qui abrite nos intérieurs.</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;<img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-19412 aligncenter" alt="PlancheS_39201" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2013/12/PlancheS_39201-486x640.jpg" width="486" height="640" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2013/12/PlancheS_39201-486x640.jpg 486w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2013/12/PlancheS_39201.jpg 774w" sizes="(max-width: 486px) 100vw, 486px"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Balade dans l’étrange</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/11/04/balade-dans-letrange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Nov 2013 03:48:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Plongée dans la bande dessinée, La cité des ponts obsolètes de Federico Pazos.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’histoire commence dans une station de métro. Paco, béret sur la tête et sac à dos sur les épaules, se rend à la gare de bus pour rejoindre Astromburgo, une petite ville côtière où il a trouvé un emploi dans une boulangerie. À son arrivée, suite à une rencontre malheureuse, il tombe, évanoui dans l’océan, et se réveille dans une forêt mystérieuse, face à des personnages à l’apparence loufoque qui ignorent tout d’Astromburgo. Rapidement, le jeune homme se met en quête d’un moyen pour rentrer chez lui: c’est ainsi que démarre son voyage dans la cité des ponts obsolètes, un monde aux décors labyrinthiques, un dédale inconnu qui n’a de sens que si on ne pose aucune question. Paco y rencontre un chaman, un roi de pacotille, un peuple soumis, participe à une révolution, fait le tour d’une fête foraine… Mais, toujours, le retour semble impossible.</p>
<p>Histoire fantastique aux lignes rondes et claires, <i>La cité des ponts obsolètes&nbsp;</i> n’est pas sans rappeler les univers labyrinthiques et absurdes des œuvres de Franz Kafka. Cet univers surprenant pourrait bien faire écho à <i>Alice au pays des merveilles </i>de Lewis Carroll ou <i>Le Magicien d’Oz </i>de L. Frank Baum, avec une touche particulière dans la légèreté du ton, l’excentricité des personnages et surtout l’absence de quête à proprement parler (si ce n’est le retour chez soi, quête simple s’il en est et non accomplie de surcroît). En effet, Pazos se démarque de ces influences, car son personnage n’a pas vraiment de destinée, n’évolue pas au cours du récit et semble réellement tombé ici par hasard. Et ce hasard ne le transforme pas. Paco ne semble ni apprendre de ses rencontres (auxquelles il paraît même souvent indifférent), ni être touché par l’absurdité des situations qu’il traverse. Cette particularité narrative, cette incohérence assumée, permet au lecteur de se promener dans un univers fantastique et délirant sans même se poser de questions et en savourer ainsi toute l’originalité.</p>
<p>Côté graphisme, le choix de bi-couleurs différentes à chaque chapitre est très judicieux: tout en établissant une certaine sobriété, les effets de couleurs provoquent un climat d’oppression qui contraste avec l’insouciance affirmée du personnage. L’ensemble reste pourtant toujours lumineux et le graphisme net. Le tout sert habilement le rythme du récit, haletant. Ainsi, aucun aspect de ce bel album ne contredit l’affirmation de La Pastèque: «<i>La cité des ponts obsolètes </i>est l’un des livres les plus étranges que nous ayons publié.» Étrange, excitant, désarçonnant, <i>La cité des ponts obsolètes </i>devrait séduire plus d’un curieux.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Au cœur de l’indignation</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/03/18/au-coeur-de-lindignation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Mar 2013 04:40:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Petite Révolution: fascinant voyage dans l’injuste et la souffrance d’une société en crise</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des histoires qui n’ont pas besoin de contexte ni d’explications, qui se placent simplement et justement dans une réalité universelle qui nous parle. Il est des récits qu’on reconnaît, mais qui surprennent, des personnages qu’on admire sans pour autant les idéaliser, qui sont nous tout en étant les autres.<br>
<em>La Petite Révolution</em> de Boum (Samantha Leriche-Gionet) fait partie de ces livres qui laissent pensif, qui marquent, bousculent, malgré et de par leur simplicité. Véritable écho de toutes les révolutions et de toutes leurs injustices, ce petit album publié chez Front Froid embarque ses lecteurs de révolte en exaltation avec habileté. Retour sur un petit chef d’œuvre qui ne devrait pas vous laisser de glace.</p>
<p>Florence est une jeune orpheline à fort caractère qui se bat pour sa survie dans une société où règne un dictateur dont on ne connaît ni le nom ni les motivations. Le lieu est nulle part et partout à la fois, il ne se définit pas, mais se reconnaît. Débrouillarde, Florence s’occupe d’Auguste, un gamin chétif et malade, fume à tout va et vole pour survivre. Tous les jours, elle écoute un vieux vinyl de Boris Vian chez un antiquaire. Tous les jours, elle rêve d’un jour meilleur en écoutant «Le déserteur». Jusqu’au moment où son ami Dominique l’entraîne dans les sous-sols de l’opposition…<br>
Entre pertes et batailles, Florence se lance dès lors dans une ultime révolution. L’histoire de Florence fait écho à tous les destins individuels des sociétés aux prises avec la révolution. À l’image de la case de la page 68, ce récit véhicule parfaitement l’angoisse individuelle de Florence tout en montrant que sa souffrance est partagée par tous. </p>
<p>Boum, dans une entrevue avec <em>Le Délit</em>, confie à ce propos: «Cette case m’a pris le plus de temps à faire, mais me rend aussi la plus fière. En faisant ce livre, j’ai eu à dessiner des chars d›assaut et des fusils (deux choses que je trouve particulièrement difficiles à dessiner… c’était un peu du suicide!), mais c’est cette image de foule qui m’a le plus épuisée. Dessiner autant de personnages (il y en a plus de 45) en espérant qu’ils aient tous l’air proportionnés, en mouvement, sans nuire à la lisibilité de la case (il faut trouver Florence dans le tas!), a été tout un défi.»<br>
<em>La Petite Révolution</em>, c’est donc l’universel dans le particulier, l’humanité dans un seul destin… L’absence de fioriture, de semi-détours et de remplissages inutiles sert habilement cet angle de travail propre à Boum: «À la page 55, je voulais essayer de faire passer un moment lourd et chargé en émotions sans utiliser de texte, de faire une page sans mot, sans décor, où l’émotion serait si forte que les lecteurs auraient besoin de se ressaisir un peu. Ça s’est fait tout seul. C’est mon genre de cadrage dramatique, je n’y ai pas trop réfléchi.»<br>
On accroche sur cette page parce que l’émotion y est forte, mais sans dramatisation excessive. L’illusion du réel y est parfaite. Ainsi, presque à la manière d’un documentaire, Boum évoque dans La Petite Révolution des destins comme des témoignages, avec un trait expressif et sans prétention qui prouve que cette jeune auteure sait se renouveler et innover. </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Déconstruction du conte</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/02/25/deconstruction-du-conte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Feb 2013 04:18:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Vincent Vanoli reprend l’histoire du Petit Poucet avec Cédric Demangeot, ça donne un album pour le moins dérangeant. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’histoire, nous la connaissons tous. On nous l’a lue et relue, puis, quand on nous a appris à lire, nous l’avons à notre tour lue et relue. <em>Le Petit Poucet</em> est par essence un classique de la littérature française, et, par la même occasion, un classique de notre enfance. Sans pitié, Vincent Vanoli s’en prend à ce conte pour le déconstruire et en faire une terrible adaptation loin de s’adresser aux petits: <em>Le méchant petit Poucet.&nbsp;</em></p>
<p>Dans un univers en noir et blanc fait de traits gras et lourds vivent Poucet et ses parents, dans une modeste et triste demeure à l’ombre d’une sombre montagne. De frères et sœurs, Poucet n’en a point. Il est seul face aux coups de son père alcoolique et rustre. L’heure n’est plus à l’abandon des plus jeunes, mais à leur exploitation: Poucet est martyrisé, battu, sous le regard impuissant d’une mère lâche. Loin de toute innocence enfantine, il lui faut chasser afin de nourrir sa famille. Mais lorsqu’un jour il revient bredouille dans la maison qui n’a de familiale que le nom, Poucet fait demi-tour et décide de filer vers la forêt. Il grimpe dans un arbre et y passe trois jours et trois nuits de sommeil et de veille inextricablement mêlés, pris entre les délires de la faim et ceux de ses cauchemars. Quand il décide de rentrer au bercail, c’est pour exercer toute sa vengeance et perdre ses parents dans une forêt dont personne ne semble pouvoir sortir vivant. Aucun retour n’est possible; l’horreur est là, infinie.</p>
<p>S’enchaîne alors une suite de visions cauchemardesques, de nature et de visages déformés et de silhouettes inquiétantes. Les planches sont parfaites, magnifiques, insoutenables, malaisantes. Et ainsi, l’œuvre toute entière dérange, non seulement parce qu’elle s’en prend à un conte de notre enfance, mais aussi parce qu’elle semble s’en prendre aux contes dans leur essence, comme si elle essayait de nous rappeler que rien ne sera plus jamais «comme avant»; le fameux avant où les princes étaient charmants, où toute belle action était récompensée et où les petits garçons pouvaient sauver leur famille.</p>
<p>S’il est certain que cet album est d’une grande qualité visuelle, il est moins certain que vous ayez envie de lire cette histoire si génialement dessinée pour vous rappeler que… la vie est dure. Les contes de fées, et peut-être, d’une certaine façon, la Littérature avec un grand L, ne sont-ils pas là pour nous faire rêver un peu, et non pour nous infliger la dureté d’un réel que nous vivons quotidiennement?</p>
<p>Et pourtant… la fin du <em>Méchant petit Poucet</em> n’est pas une triste fin, n’est pas dénuée de rêve. D’une certaine façon, Vanoli et Demangeot nous offrent un «happy ending»; du moins en apparence. Car ce garçon perché en haut de «son arbre», cette solitude en harmonie avec la nature, loin de toute civilisation, loin de tout amour humain, est-ce vraiment un «happy ending» ou un faux-semblant presque aussi malaisant que le cauchemard que l’on vient de vivre? Que penser de ce pauvre gamin désormais incapable d’entretenir des relations humaines? Difficile de se faire une idée de cet album dont on a envie de dire «c’est génial» et «ne le lisez pas» en même temps. Une chose est sûre: après cette lecture, lors de vos balades en forêt, vous ne regarderez plus les petits cailloux blancs de la même façon.</p>
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		<title>Sourires en perspective!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/02/12/sourires-en-perspective/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Feb 2013 07:30:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Humour et simplicité font bon ménage dans l’intégrale de Boris de Rémy Simard.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est depuis 2007 que Rémi Simard, <strong>originaire</strong> de Roberval, publie les histoires du petit Boris aux Éditions de la Pastèque. Avant cela, il les publiait dans <em>La Presse</em> et <em>Le Quotidien</em>. Ainsi, cela fait plusieurs années que Simard raconte les aventures simples, <strong>touchantes </strong>et drôles de ce très jeune garçon qui ne sait pas encore marcher. Boris n’est peut-être qu’un <strong>poupon</strong>, mais il a une conscience bien éveillée et plusieurs passions particulières. Il aime entre autres<strong> débouler</strong> dans l’escalier et imaginer sa vie quand il sera plus grand, toujours porteur d’un humour charmant. Il aime les femmes qui sont pour lui d’<strong>intarrissables </strong>bars à lait et son bonhomme de neige qui ne <strong>fond</strong> jamais et adore les bains chauds. Il aime aussi Paulette, sa fleur <strong>carnivore</strong> qui déteste les végétarien… Il affronte <strong>quotidiennement</strong> Édith, sa sœur qui a beaucoup de difficultés avec les règles et qui, avec son humour grinçant, n’hésite jamais à lui jouer des mauvais tours.<br>
<em>Boris</em>, c’est donc l’histoire d’un petit homme qui deviendra grand très vite. Observateur du monde qui l’entoure, Boris ne parle pas, mais écoute beaucoup et n’hésite pas à s’interroger sur les grands mystères de la vie d’adulte, notamment les <strong>impôts</strong>, le travail et les vacances. Son sens critique, sa capacité à remettre les choses en question et sa <strong>perspicacité</strong> en font un très sympathique personnage qui ne manquera pas de vous faire sourire. Boris est peut-être un <strong>bambin</strong> comme les autres, mais cette bande dessinée, elle, est unique.<br>
Le format en strip de trois cases donne l’impression qu’on peut lire une page de temps en temps, mais c’est réellement impossible. Une fois entré dans le livre, le lecteur embarque complètement dans un univers dont il est difficile de se détacher tellement il est décalé, mais juste, drôle es réaliste. L’équilibre est parfait entre les blagues pinçantes et touchantes, les belles trouvailles et les quelques blagues et jeux de mots plus&nbsp;classiques. Le tout est parfaitement servi par un dessin <strong>minimaliste</strong> et amusant. Ainsi, c’est un album en <strong>bichromie</strong> au style un peu rétro qui se dévore, se <strong>feuillette</strong>, se prête et se relit avec un énorme sourire que nous offre ici Rémy Simard. C’est drôle et rafraîchissant, <strong>sans conteste</strong> une œuvre à ne pas manquer.</p>
<p><strong>VOCABULAIRE:</strong></p>
<p>Faire bon ménage: to get on well<br>
Originaire: native<br>
Touchant: touching<br>
Poupon: baby<br>
Débouler: to fal head over heels<br>
Intarrissable: inexhaustible<br>
Fondre: to melt<br>
Carnivore: flesh-eating<br>
Quotidiennement: daily<br>
Impôt: tax<br>
Perspicacité: shrewdness<br>
Bambin: child<br>
Minimaliste: minimalist<br>
Bichromie: duotone<br>
Feuilleter: to flip through<br>
Sans conteste: indisputably</p>
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		<title>La bande dessinée en bref</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/01/22/la-bande-dessinee-en-bref/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jan 2013 05:17:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Déambullations</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Le Havre – New York </i>de Cyril Doisneau</p>
<p>Jacques et René sont deux voyous qui préfèrent voler plutôt que de travailler. Un jour, ils décident de prendre le large et de quitter Le Havre pour découvrir New York. Sur le paquebot France, les deux loubards embarquent à titre de serveur et de mécanicien. Débrouillards et curieux, ils se retrouvent rapidement dans la loge d’une belle chanteuse populaire qui les engage comme hommes de compagnie. La vie dans le luxe, le champagne et les beaux costumes est séduisante, mais les deux filous finissent par abandonner la belle pour débarquer en Amérique… Le Havre – New York, dernier album du talentueux Cyril Doisneau, est une exploration drôle et touchante de la condition humaine et du quotidien de gens simples et sympathiques, une œuvre sensible qui fait rêver par la qualité du dessin en bichromie et du récit, inattendu et intelligent. Les traits, clairs et fluides, font semblant d’être désinvoltes, mais les planches ne trompent pas, c’est beau et on prend plaisir tant à lire qu’à regarder.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i>French kiss 1986 </i>de Michel Falardeau</p>
<p>Un père décide de raconter à ses deux enfants comment il a rencontré leur mère, et loin de se limiter à une anecdote ordinaire, revit ainsi l’histoire rocambolesque et touchante de sa jeunesse trépidante, entre amours et pirateries, trahisons et doux plaisirs, le temps d’un été. Aux bagarres de mômes s’ajoute un brin de romantisme, il n’en faut pas plus pour être séduit par l’histoire de Michel Falardeau qui se balade entre 1986 et 2000 avec humour et entrain.<br>
French Kiss 1986 (Glénat) n’est pas juste une bande dessinée, c’est un plongeon en enfance, dans la nôtre, celles de nos souvenirs de gamins, bien sûr, mais aussi dans l’univers qui nous emballait tant dans des films comme La guerre des tuques et Les goonies. La nostalgie n’est pas loin dans ce récit rafraîchissant dont l’histoire tient en haleine par son dynamisme et son rythme. Bel hommage aux années 80, à l’enfance, aux amours et aux rêves de jeunesse. Une distraction amusante, un livre à découvrir pour s’évader de la morosité de l’hiver.</p>
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		<item>
		<title>Au cœur du désastre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/11/26/au-coeur-du-desastre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Nov 2012 20:17:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vingt-cinq ans après, que reste-t-il de la centrale Lénine de Tchernobyl? </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 26 avril 1986 avait lieu le plus grave accident nucléaire jamais répertorié: la catastrophe de Tchernobyl. Cet accident nucléaire de niveau 7, le plus élevé sur l’échelle internationale des événements nucléaires, a affecté la vie de miliers de gens. Pourtant, aujourd’hui, c’est à peine si l’on en parle, si l’on y pense encore. Difficile, avec toutes les tragédies qui nous entourent, de ressasser en plus un passé dont on se sent loin, me direz-vous. Heureusement donc qu’il existe des artistes de la trempe d’Emmanuel Lepage pour visiter les décombres de notre histoire et partager cette expérience unique. </p>
<p>C’est en 2008 qu’Emmanuel Lepage a décidé, en collaboration avec l’association Les Dessin’acteurs, de plonger au cœur même de la catastrophe de Tchernobyl, visitant la centrale, les villages qui la bordent et cette «zone» qui l’entoure, tout à la fois fascinante, inquiétante, étouffante. Si l’objectif premier semblait peut-être avant le départ de rendre compte de vies brisées, de survivants en manque de vie et  d’une terre ravagée par des séquelles indélébiles, l’artiste se rend vite compte que ce parcours ne peut aller sans sa part de questionnements… pour le moins inattendus.<br>
Ainsi, tout en se demandant ce qu’il est venu faire dans cet endroit du monde foncièrement marqué par le désespoir, Lepage semble vouloir défier la mort, se confrontant à un désastre dont les conséquences sont encore palpables, sous une menace de contagion encore terriblement actuelle. Sa curiosité, les doutes et ce besoin de découvrir un univers dangereux, quasiment abandonné, presque inaccessible, ouvrent l’album avec les préparatifs du départ. Le ton est sombre et, sur la route vers l’est, le décor est grisâtre, fantomatique. Les séquelles de la tragédie sont omniprésentes et les dessins gris et tristes transmettent la désolation et la lourdeur du paysage. Aux abords même du périmètre interdit, Lepage témoigne des corps brûlés, difformes, des survivants malades, d’une terre décharnée, défigurée, désagrégée. </p>
<p>Pourtant, rapidement, Lepage découvre, parallèlement à ces scènes macabres, des lieux splendides et une vie qui a repris le dessus, des survivants qui sourient et des enfants qui s’amusent. Si le tic-tac menaçant du dosimètre plane au-dessus des personnages comme une épée de Damoclès pendant les premières pages du récit, il finit par disparaître devant une nature qui a repris ses droits.<br>
Ainsi, au fil de pages d’une éclatante beauté, une résonnance se fait entre l’aventure et les interrogations d’un artiste sur son art. L’artiste montre l’horreur de l’humain, les erreurs de la technologie, mais aussi la beauté qui en rejaillit indubitablement. Il se questionne alors sur son droit à dessiner une nature magnifique, colorée, somptueuse, mais interdite, malade. Sa culpabilité et ses interrogations rejoignent le lecteur tout comme son dessin bouleverse, renverse, émeut. Au fur et à mesure du récit, les couleurs reprennent vie et l’on comprend que, malgré tous les spectres et les débris, le printemps existe encore à Tchernobyl. </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le retour du crooner</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/11/26/le-retour-du-crooner/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Nov 2012 20:17:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le dernier disque de Damien Robitaille propose des sons latinos et les rythmes enivrants</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est dans la chaleur et sous le soleil de Miami que le «prince du ludisme» a enregistré ce nouvel album sensuel aux sonorités latines balancées. Comme son titre l’indique, il n’est pas que sonorités estivales, mais bien, une fois de plus, une délicate suite de textes teintés d’humour et remplis de jeux de mots, qui commencent dès la deuxième chanson au refrain entêtant «Je suis partout / Mais je ne suis pas là». Dur de ne pas craquer sous ces phrases ennivrantes dont l’auteur tire l’inspiration de son rythme de vie effréné: «Dans les dernières années, j’ai croisé plein de gens qui me disaient: “Hey, t’es partout! Je t’ai vu hier à la télé! Je t’ai entendu tantôt à la radio”. Pendant ce temps-là, moi, je n’étais jamais, jamais, à la maison. J’étais toujours sur la route». À l’image de l’artiste, ses chansons seront bientôt omniprésentes dans nos têtes… et sous nos bassins motivés.<br>
Celui dont la quête d’identité mêle humour et amour a sans conteste compris le secret des chansons charmantes et entêtantes: «Ça fait depuis le tout début des temps / Que les humains se mélangent mon ange / Alors ce soir, prends ça cool, n’aie pas peur / Mettons en marche le malaxeur». Méfiez-vous, ça reste en tête, ça colle aux hanches, ça fait hocher la tête avec enthousiasme sous le regard incrédule des voisins dans le métro.<br>
Si Damien Robitaille a beaucoup innové dans les rythmes de ce suave et exotique album, il continue à nous parler d’amour en jouant sur les mots et les sous-entendus. On voyage définitivement en terres robitailliennes, dans une ambiance pop un peu kétaine où toute naïveté est habilement contre-balancée par de joyeux jeux de mots. En plus, on voyage en été, car Damien Robitaille a habilement capturé l’esprit torride de la période estivale.<br>
Un dernier coup de cœur sur cet album? Si vous avez comme moi un cœur de guimauve et une tendance au bénévolat, vous ne pourrez que craquer pour «Belle Bénévole», une drôle de balade qui inspire sourire et joie de vivre.<br>
Alors notez-le tout de suite dans vos agendas, ce poète illuminé commencera sa tournée en février, avec un passage au Métropolis le 4 avril. Qui sait? «Avec d’la chance / Il y aura d’la romance / Nos cœurs vont s’aligner / Trouver l’amour, c’t un coup de dés». </p>
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			</item>
		<item>
		<title>En quête de rires</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/30/en-quete-de-rires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Oct 2012 16:32:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du psy, des voisins ou de la jolie sorcière, qui saura divertir le public en quête de rires légers que nous sommes?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des jours où l’on se sent le cœur disponible et léger, l’esprit ouvert, l’œil aux aguets. La tombée des feuilles sur les escaliers, le soleil couchant sur l’arrivée de l’hiver, la buée sur les fenêtres, un rien rend heureux et encourage à changer de perspective, à aller voir ailleurs si on n’y est pas. Flânant dans cette humeur pendant une semaine un peu morne côté lectures, je me suis plongée dans des distractions plus légères que d’habitude, pour le plaisir de lire quelque chose de différent, et — qui sait? — de passer un bon moment. Voici un petit carnet de lecture de trois albums parus chez Dupuis.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Les Psy – Une compil qui a du chien</em></strong></p>
<p>On est nombreux à avoir côtoyé le docteur Médart sur les bancs d’école, mais tout aussi nombreux à ne pas avoir suivi ses déboires alors que l’âge nous menait vers d’autres lectures plus «sérieuses». Malgré tout, ce psy somme toute drôle et sympathique est resté quelque part dans notre imaginaire qui a grandi, mais pas vieilli. Ainsi, la tentation de se plonger, ne serait-ce qu’en souvenir du bon vieux temps, dans <em>Les Psy – Une compil qui a du chien</em>, est grande. Dessiné par Bédu et scénarisé par Cauvin, cet album de trente-deux pages en couleur met en scène le célèbre docteur face à des patients… canins. Rapidement, on se rend compte que ce ne sont pas tant les chiens qui sont complètement fous! Les gags fonctionnent plutôt bien, le docteur n’a rien perdu de son humour et ses patients sont toujours aussi déjantés. C’est agréable, drôle, réussi.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Chers voisins</em></strong></p>
<p>Déssiné par Bercovici et scénarisé par Dal, <em>Chers voisins</em> explore les relations entre les voisins, depuis les débuts de l’humanité jusqu’à aujourd’hui, sous la forme d’une série de gags… qui ne prennent pas. Quelques bulles font sourire, quelques idées sont bonnes, mais le résultat est très mitigé. Les gags donnent quasiment toujours dans la facilité et les chutes ne surprennent pas, ne séduisent en rien. On rit peu, voire pas du tout. Pour un peu, on se dirait même qu’on a davantage de bonnes histoires de voisinage à raconter qu’il n’y en a dans cet album d’un intérêt très moyen.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Mélusine – Envoûtement</em></strong></p>
<p>La jolie Mélusine en a ras le pompon d’attendre le prince charmant; elle veut être aimée, et elle veut être aimée maintenant. La demoiselle blâme le monde sinistre dans lequel elle vit où les preux chevaliers n’osent pas traîner leurs épées. Elle décide donc de prendre les choses en main et se jette un envoûtement pour se rendre irrésistible… Le problème? Ça marche. Tout le monde tombe amoureux de la pauvre sorcière qui se rend vite compte qu’être adulée par tout le monde, c’est l’enfer. Le scénario n’est pas bien compliqué, mais le gag de départ fonctionne et tient en haleine pendant plusieurs pages, toujours charmantes et drôles. C’est sympathique, même si les derniers gags, qui n’ont plus rien à voir avec l’idée de départ, sont un peu moins réussis. Clarke (dessin) et Gilson (scénario) offrent malgré tout avec ce <em>Mélusine – Envoûtement</em> un vingtième album d’une série qui ne semble pas s’essouffler.</p>
<div></div>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Piqûre de rappel</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/16/piqure-de-rappel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Oct 2012 16:33:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1985, Milan est arrêté par la police pour braquage. Outragé par ses conditions de détention, il se révolte, mais son cri ne dépasse pas les barreaux de sa cellule.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>20 ans ferme</em></strong> est une&nbsp;collaboration de Sylvain Ricard (scénario) et Nicoby (dessin et couleur), avec les conseils de Milko, fondateur et président de Ban public, une association à but non lucratif qui cherche à «favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et de la détention, et d’aider à la réinsertion des personnes détenues». Dans cet album d’une centaine de pages publié par Futuropolis, Ricard a choisi de raconter l’emprisonnement de Milan, depuis son arrestation jusqu’à sa sortie de prison. La dénonciation d’un système imparfait dont on ne parle pas assez est fondée sur une histoire vraie, et ne prend pas l’allure d’un questionnement, mais presque d’une accusation.</p>
<p>Ricard affirme: «j’ai voulu proposer au lecteur une vision de ce qu’est réellement la prison française, dans toute sa violence et son absurdité, sans laisser trop de place au questionnement. C’est un plaidoyer, si on veut, contre ce système barbare et entretenu, qui va à l’encontre du bien commun». En quelques mots, tout est dit. Ce récit pourrait être un acte politique de la part d’un artiste qui veut dénoncer une &nbsp;«république autoritaire dont les chiens de garde, police et justice, ne respectent ni les lois ni les droits fondamentaux des individus». Car, pour Ricard, «les prisonniers ne sont pas des “citoyens ordinaires”, mais des fauves qu’il convient de mater derrière les murs. C’est une façon absurde de traiter les problèmes, et qui a maintes fois prouvé son inaptitude à gérer la violence des individus». (propos recueillis par Marie Gloris Bardiaux-Vaïente)</p>
<p>La dénonciation des conditions d’incarcération passe évidemment par le sujet et le texte, mais aussi par la disposition des cases. Nicoby crée des pages majoritairement découpées en trois cases sur trois strips, ce qui rappelle les barreaux d’une cellule et marque la similitude des journées d’un prisonnier. Le temps est rythmé par des bruits, des réfléxions, quelques contacts humains et finalement, le repli sur soi. Les couleurs servent abilement le propos: des teintes claires hors de la prison, des tons mornes en cellule et une atmosphère encore plus sombre dans le quartier disciplinaire.</p>
<p>La justesse de l’album réside dans le fait que son auteur ne remet pas en cause les peines, mais les conditions de détention de personnes qui restent, envers et contre tout, des êtres humains. C’est une piqûre de rappel&nbsp;pour tous: les droits d’un homme ne s’arrêtent pas derrière les barreaux qui enferment celui-ci. La vocation d’une prison est de protéger, mais aussi de réintégrer et non d’humilier ou de détruire. Pour Milan, s’il faut payer sa dette à la société, il ne faut pas oublier pour autant qu’un criminel reste un homme et qu’aucune administration, aucun gardien ne devrait pouvoir le rabaisser. Ainsi, c’est sa voix qui s’élève et qui reste ancrée dans nos mémoires, après la lecture de ce bouleversant témoignage: «Vous savez bien que derrière chaque personne qui entre ici, il y a une douleur, il y a un besoin, il y a un manque. Rien de tout ça n’est trivial. Nous y arrivons inachevés, en souffrance. Nous en ressortons détruits, déshumanisés. Pensez-vous que ces murs n’y sont pour rien? Pensez-vous que vous n’avez aucune responsabilité à endosser?»</p>
<p>Il y a toutefois un petit bémol à poser dans ce brillant album, un regret: l’auteur aurait pu profiter de ce média libre et créatif pour évoquer des solutions, même impossible à réaliser. S’il est hors de question d’imaginer qu’on puisse guérir ce mal en quelques cases, le jeu en aurait valu la chandelle: pointer <em>l’indignité d’un système</em> est essentiel, mais pourquoi ne pas montrer ce qui, concrètement, devrait changer, au-delà du système dans son ensemble? Car on ne refait pas le monde en le changeant radicalement, mais en améliorant des petites choses qui, mises bout à bout, finissent par faire un meilleur tout. On se désole de découvrir un monde aussi brutal et inhumain, mais, optimistes que nous sommes et que nous devons rester, il aurait été bon de nous offrir une mince lueur d’espoir.</p>
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		<title>Tim Burton a encore frappé</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/16/tim-burton-a-encore-frappe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Oct 2012 16:31:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tim Burton réalise son seizième film avec Frankenweenie. Après ses derniers échecs, peut-on encore aimer celui qui réalisa Beetlejuice et Edward aux mains d’argent?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’histoire&nbsp;</strong></p>
<p>Victor Frankenstein est un jeune garçon introverti, terriblement gentil et attachant, entouré de parents heureux et aimants. Cette famille modèle qui évolue dans une bourgade similaire à celle d’<em>Edward aux mains d’argent</em> a pour dernier et fidèle compagnon Sparky, le petit chien qui accompagne Victor dans toutes ses aventures. Ils se réunissent principalement dans le grenier familial où Victor réalise des films en 8mm, des courts-métrages dans lesquels Sparky tient évidemment le rôle principal. Quand l’attachant cabot se fait écraser par une voiture, le cœur de l’enfant est brisé, son deuil impossible. Parce qu’il ne peut pas accepter cette mort, le petit génie trouve dans son cours de science une façon de faire renaître son ami. Seul problème: une fois Sparky de retour parmi les vivants, Victor va trouver bien difficile de garder son terrible secret, surtout avec ses curieux petits camarades de classe. Rapidement, chacun veut tenter l’expérience avec de plus ou moins bonnes intentions et le chaos s’installe dans cette charmante petite ville…</p>
<p><strong>Les qualités</strong></p>
<p>Ce qui est génial dans <em>Frankenweenie</em>, c’est non seulement qu’une fois de plus, Burton nous plonge dans son univers démentiel, décalé et effrayant, mais qu’il mêle les références cinématographiques et littéraires pour le plus grand plaisir des spectateurs cultivés et sans priver de rien ceux qui n’y verront que du feu. Il cale ainsi son histoire entre <em>Frankenstein</em> et <em>Simetierre</em> en l’enrichissant de références à nombreuses de ses œuvres fétiches tout en la portant bien plus loin dans le délire. Là où le film aurait pu être une simple redite du chef d’œuvre de Shelley, Burton entraîne son récit dans un chaos d’une sympathique originalité. Là où Burton aurait pu tomber dans le sans intérêt, il rebondit avec justesse et crée ainsi un petit film qui saura séduire grands et petits (c’est quand même un Disney). Le seul hic de ce film, a priori? Un aspect technique: cette fameuse 3D qui, une fois de plus, est d’une constante et triste inutilité. À quand la fin de ce phénomène de mode mal utilisé, mal exploité?</p>
<p><strong>La difficulté</strong></p>
<p>Alors, <em>Frankenweenie</em>, un bon film? Difficile de juger, au fond, d’un œil purement cinématographique, car c’est sûr, c’est du déjà-vu. On est loin de découvrir un nouvel univers ou des personnages uniques –à titre d’exemple, on dira simplement que les gamins de <em>Frankenweenie</em>, malgré leurs qualités, sont moins bien cernés et psychologiquement moins développés que les héros de<em> L’étrange Noël de monsieur Jack</em>. Évidemment. Les esprits naturellement critiques encore fâchés contre le réalisateur pour ces derniers ratés, <em>Dark Shadows</em> et <em>Sweeney Todd </em>en tête de liste, ne verront pas dans ce film un intérêt quelconque. Tout d’abord parce qu’il ne révolutionne pas l’histoire du cinéma, mais aussi, avouons-le, car il est devenu difficile, pour tout cinéphile qui se respecte, d’être en société et d’apprécier «les derniers Tim Burton» depuis <em>Big Fish</em> voire, pour les plus irréductibles, depuis <em>Sleepy Hollow</em>. On reproche au réalisateur de se cantonner dans ce qu’il connaît, voire même de puiser incessament dans ses propres oeuvres pour s’inspirer. Et ce n’est sans doute pas complètement faux, le réalisateur a des ratés et innove peu en – dehors de sa zone de confort. Alors, au final, qu’en est-il de <em>Frankenweenie</em>? Il ne fera pas partie des inoubliables, des films de l’année, de ceux qu’il ne faut absolument pas rater, c’est certain. Pourtant, en chuchotant, discrètement, loin des critiques blasés et intransigeants, on pourra s’avouer que ça reste sympathique, drôle et touchant. et que c’est bon de se replonger dans l’univers magique, unique et délicieux d’un réalisateur somme toute génial.</p>
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		<title>Plongée poétique en trois temps</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/09/25/plongee-poetique-en-trois-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Sep 2012 12:15:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[evan]]></category>
		<category><![CDATA[la pastèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Laurent Kling sort son premier album solo à La Pastèque: Evan, Evans, une plongée poétique au cœur d’une existence banale. Âmes sensibles, lisez!</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Evan est rond. Evan est seul. Evan est comme tout le monde. Il est simple, peut-être insignifiant. Il assiste à sa propre vie et trouve de la poésie dans l’ordinaire, se nourrit de la beauté du monde. Dès le début du récit, Evan apparaît comme un personnage un peu pathétique, mais optimiste. Il tente d’apprendre à chanter à son canari. Mais, tel un mauvais augure, celui-ci se contente de ronronnements&nbsp;monotones qui semblent évoquer la routine, l’enfermement dans la grisaille insipide du quotidien. </p>
<p>Voulant prendre soin de son volatile, Evan le nourrit avec affection d’un ver de terre fraîchement déterré dans le jardin. Le lendemain matin, le pauvre homme découvre son ami inanimé dans sa cage. Le choc est rude, la dépression, immédiate. En quelques cases, la déchirure du deuil laisse place à une complète déchéance. </p>
<p>Mais, le canari sort de terre, ressuscite, et, ouvrant grand sa gueule pour en faire sortir le ver, offre, enfin, des profondeurs de son immortalité, un chant à son maître. Alors qu’Evan renaît sous une douce mélodie, un ami sonne à sa porte. Un ami? Un profiteur égoïste, plutôt, mais Evan ne semble pas s’en soucier. Il le laisse démolir sa maison dans une suite rocambolesque d’aventures, tuer son oiseau, et, enfin, carrément, l’envoyer sur la lune pour lui louer la première maison lunaire. </p>
<p>Malgré toutes ces péripéties qui privent Evan de tout ce qu’il possède et aime, notre bonhomme tout rond ne dit rien. Car Evan n’est pas un être hors du commun, il n’est pas un héros. Il ne changera pas le monde et il ne s’opposera pas à celui qui le manipule. Il assiste à sa propre existence dans le silence, sans se plaindre, retrouvant le sourire ici et là, se contentant de ce que la vie, simplement, lui prête. Et si la vie n’est pas si belle, il n’en reste pas moins que même depuis la lune, Evan retombe toujours sur ses pieds. </p>
<p>À la première lecture, Evan, Evans dégage une certaine tristesse: pauvre être que cet Evan qui se laisse vivre sans s’opposer à rien, soumis au monde! Pourtant, à force d’attention portée à la douceur du traitement visuel et narratif, l’optimisme reprend sa place bien méritée. Après tout, Evan, s’il n’est pas plus heureux qu’un autre, n’a pas non plus l’air malheureux. Il se sort de toutes ses aventures, pas plus sonné par sa chute de la lune que par la vie. On ne l’envie pas, mais on ne le plaint pas non plus, et on finit par se régaler pleinement de son existence burlesque et touchante.</p>
<p>Ce récit tout en lenteur s’apprivoise ainsi au fil des pages et des lectures comme un apprentissage de la simplicité. C’est une histoire en peu de mots, un récit sur la solitude et la passivité. Trois parties, trois temps pour pénétrer dans l’existence d’un personnage commun et poétique. Le dessin est simple et l’album a des allures années 50 plutôt charmantes. Profitons-en pour souligner l’excellent travail de la maison d’édition La Pastèque qui, fidèle à ses habitudes, a créé un bel objet littéraire dont on jouit avec un plaisir certain.</p>
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		<title>De la solitude</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/09/18/de-la-solitude-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Sep 2012 11:44:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[cyril bonin]]></category>
		<category><![CDATA[enfant insecte]]></category>
		<category><![CDATA[hideshi hino]]></category>
		<category><![CDATA[kafka]]></category>
		<category><![CDATA[Marginalité]]></category>
		<category><![CDATA[métamorphose]]></category>
		<category><![CDATA[solitude]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des personnages qui ne sont pas à leur place, des solitaires qui ne savent pas communiquer avec le monde extérieur, des marginaux empreints de poésie qui se perdent dans une vie qui ne leur ressemble pas… c’est la rentrée. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enfant insecte (Éditions Imho) de Hideshi Hino et L’homme qui n’existait pas (Futuropolis) de Cyril Bonin semblent par de nombreux aspects radicalement différents. Leur style les écarte: un manga noir et blanc presque gore d’un côté, une bande-dessinée poétique et introspective en palette chromatique de l’autre. Deux auteurs que des milliers de kilomètres et des siècles d’histoire séparent. Des ambiances radicalement opposées. Et pourtant, des personnages que la solitude rapproche. Tandis que Hideshi Hino décide d’explorer ce mal contemporain par la mise en scène de l’adolescence et de la marginalité, s’inspirant librement de La Métamorphose de Franz Kafka, Cyril Bonin offre un récit sobre sur l’identité dans un siècle où les contacts virtuels pourraient bien avoir remplacé toute chaleur humaine.</p>
<p>Dans L’enfant insecte, Hideshi Hino nous fait vivre la descente aux enfers de Sanpei, un enfant associal qui se passionne pour les insectes. Mordu par un cafard, pris au piège par son seul centre d’intérêt, il se transforme au fil des pages en un monstre répugnant, progressivement rejetté par sa famille, écarté du monde des humains. Symboliquement dévoré par sa passion excentrique, il deviendra une menace pour tous, un prédateur sans pitié perdant toute trace d’humanité pour trouver dans la mort une ultime libération. Seul dans son enfance médiocre, Sanpei est tout aussi seul dans sa monstruosité. Enfant ou insecte, c’est un être terne et moche. Ce n’est ni son apparence ni sa transformation qui sont horribles, mais bien sa condition. Car ce qui est monstrueux chez Sanpei n’est pas son physique — il conserve toujours une étrange tête bien sympathique — mais bien son isolement. À travers ce personnage atypique, envers et contre tout profondément humain, Hideshi Hino offre une réfléxion sur la solitude, cette folie qui mène à la perte absolue de tout contact avec l’autre. Le propos passe par un dessin cru et violent qui laisse un arrière-goût amer.</p>
<p>Dans L’homme qui n’existait pas, Cyril Bonin aborde de manière sobre et poétique la perte dans la passion, la solitude et l’absolue dégradation des contacts humains jusqu’à la disparition de soi. Léonid Miller, développeur de sites Internet et jeune homme sans histoire, a choisi de vivre sa vie à distance des autres. Plus proche des personnages de ses films préférés que des gens qui l’entourent, il se positionne en spectateur dans la vie et finit par être effacé, littéralement. Incapable de rentrer en contact avec quiconque, complètement invisible aux yeux des autres, il rencontre un jour Françoise Angelli, une actrice qui semble souffrir du même mal que lui. Alors qu’elle s’efface de son existence et risque de perdre pied avec la réalité, ils entrent en contact et se sauvent mutuellement de l’isolement. Bonin a choisi de balader son lecteur dans la vie d’un homme ordinaire. Le rythme de son récit, lent et tranquille, permet de jouir pleinement des moyens graphiques utilisés pour montrer l’aspect transparent de Léonid. Le contraste permanent entre les couleurs ternes de Léonid ou du monde qui l’entoure et la lumière de l’univers cinématographique permet un récit sobre et élégant. L’approche est introspective, loin de celle de Hideshi Hino, d’un démonstratif dérangeant.</p>
<p>Ces deux visions d’une passion qui dévore, de la solitude et de la difficulté de communiquer se complètent malgré leurs multiples différences. Hideshi Hino et Cyril Bonin offrent, chacun à leur manière, un regard sur notre constant besoin de l’autre, notre perpétuelle capacité à nous engouffrer dans des vies qui nous protègent, même de nos proches. Comme si l’invasion de l’autre dans nos vies pouvait nous écarter de nous-mêmes. Comme si cet écart n’était pas finalement ce qui allait nous sauver du vide.</p>
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		<title>TOP 5 improvisé</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/04/03/top-5-improvise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 13:13:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Carmen]]></category>
		<category><![CDATA[La Page blanche]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle Orléans après le déluge]]></category>
		<category><![CDATA[Shutterberg Follies]]></category>
		<category><![CDATA[Zahra's paradise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors qu’approche à grands pas la fin de la session d’hiver, le temps du grand ménage de printemps s’en vient.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est ainsi que je redécouvre quelques nouveaux albums dont je n’ai pas encore eu le temps de vous parler. Ce petit top 5 improvisé pourrait bien occuper votre été, si le cœur vous en disait.</p>
<p><strong>Retour à août 2005: A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge</strong><br>
<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-annick-AD.jpg" data-wpel-link="internal"><img decoding="async" class="alignleft size-medium wp-image-12518" title="c - annick AD" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-annick-AD-229x300.jpg" alt width="229" height="300"></a>L’histoire commence à la Nouvelle Orléans le 22 août 2005 et se termine aux environs du 24 février 2008. Quelques jours avant le passage meurtrier de l’ouragan Katrina, plusieurs personnages mènent une vie normale dans la chaleur d’une ville qui ne se doute pas de ce qui la guette. À l’annonce de la tempête, chacun réagit différemment: précautions, découragement, défi, peur, incrédulité, refus. Alors que les vents se lèvent et que les heures passent, les décisions de chacun seront cruciales et marqueront à jamais leur histoire. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on se plonge dans cet album touchant et bien ficelé, signé Josh Neufeld. Les destins qui se croisent offrent une variété de perspectives touchantes, habilement dessinées et mises en couleur dans des tons bichromes bien choisis. La découpe des planches est dynamique et ne permet pas au récit de se perdre dans des considérations inutiles ou clichées. On file à l’essentiel, ancré dans une réalité dont on ne sort pas indemne, qui secoue, qui marque, qui dérange. A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge (La Boîte à bulles) est un livre profondément humain, à classer sur l’étagère des chefs‑d’œuvre puisqu’il raconte des faits réels sans les romancer dans un rythme soutenu, intéressant et bien documenté.</p>
<p><strong>Une quête d’identité sans pareille: La page blanche</strong></p>
<p></p><figure class="wp-caption alignright" style="max-width: 225px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-annick-la_page_blanche.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-12522" title="PAGE BLANCHE - C1C4.indd" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-annick-la_page_blanche-225x300.jpg" alt width="225" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit"></span>		</figcaption>
	</figure>
Si vous suivez quotidiennement les blogs de Boulet et de Pénélope Bagieu, vous ne serez pas déçus par leur album commun: La page blanche (Delcourt/Mirages). L’histoire est simple mais terriblement réussie: une jeune fille, seule sur un banc, ne se souvient plus d’où elle vient, qui elle est, ce qu’elle fait là. Son passé a tout simplement disparu. C’est ainsi qu’abandonnée par sa mémoire au beau milieu de Paris, cette sympathique Éloïse Pinson commence une longue quête pour retrouver son identité perdue. Petit à petit, elle reconquiert sa vie, non sans élaborer des scénarios abracadabrants sur l’origine de son amnésie (depuis une mission d’agent secret jusqu’à un enlèvement par des extra-terrestres), ni sans passer par de nombreuses phases de doutes et d’incompréhension. Impossible de ne pas suivre avec passion et sourires cette histoire d’une grande sensibilité, racontée et dessinée avec drôlerie par des auteurs talentueux dont le travail en duo est une charmante réussite. Le dessin d’une grande simplicité et les jeux de couleurs donnent envie de se perdre dans les rues de la capitale française et servent habilement un scénario d’une originalité remarquable.
<p><strong>Clichés meurtriers dans Shutterburg Follies</strong><br>
Bee, l’héroïne créée par Jason Little, que nous avions rencontrée il y a peu dans Motel Art Improvement Service (voir Le Délit du 18 octobre 2011), est de retour dans Shutterburg Follies, une aventure piquante. La jeune fille travaille dans un magasin de développement de photos où, curieuse, elle regarde attentivement ce que ses clients décident d’immortaliser sur papier. Un jour, elle découvre que l’un d’eux prend des clichés plutôt morbides, se prétendant photographe de scènes de crimes. Et si cet étranger à l’accent russe n’était en fait autre que l’auteur des crimes? C’est ce que va tenter de découvrir Bee dans un récit palpitant, rempli de rebondissements et de personnages attachants et mystérieux. Vous serez sans aucun doute ravis de retrouver cette héroïne sympathique dans un album orginal et drôle, où les dessins sont, une fois de plus, d’une grande qualité.</p>
<p><strong>Carmen: Une adaptation sans éclat</strong><br>
Frédéric Brémaud (scénario), Denis Goulet (dessin) et Valérie Vernay (couleur) se sont lancés dans une adaptation de la célèbre histoire de Prosper Mérimée, Carmen, dans un album du même nom. Certes, on a plaisir à retrouver des personnages familiers et une histoire plaisante, ainsi qu’à découvrir ou à redécouvrir un mythe. Tout est plus ou moins réussi dans cet album, que ce soit les couleurs ou le dessin, le scénario ou l’ambiance recréée depuis l’original, mais rien ne séduit réellement. Difficile de ressentir un véritable coup de foudre pour ce Carmen (Delcourt Ex Libris) qui manque simplement d’une petite dose d’originalité.</p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 740px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-Annick-zahrasparadise.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12524" title="c - Annick zahrasparadise" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/04/c-Annick-zahrasparadise-740x539.jpg" alt width="740" height="539"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté des Éditions Delcourt</span>		</figcaption>
	</figure>

<p><strong>À la recherche de leur histoire: Zahra’s Paradise</strong><br>
Téhéran, le 15 juin 2009. Cette journée-là, près de trois millions de personnes protestent dans les rues contre des élections truquées par les Conservateurs au pouvoir. La nuit suivante laisse place à une répression aveugle, à des arrestations arbitraires et à des disparitions par centaines. Parmi eux, Mehdi, un jeune étudiant sur le point de passer ses examens. Son frère et sa mère partent à sa recherche dans le dédale administratif effrayant du pouvoir, entre les prisons, la morgue, les hôpitaux et les cimetières. Leur quête les plonge dans les rouages du régime iranien. L’absence totale de censure dans le dessin fait froid dans le dos: pendaisons par des grues, viols dans les prisons, refus d’informer les gens… Basé sur des témoignages authentiques, Zahra’s Paradise, écrit par deux auteurs qui ont souhaité rester anonymes –Amir (scénario) et Khalil (dessin)– est bien plus qu’un récit sur la violence du régime iranien et d’une famille en quête d’un parent disparu. En plus de tout cela, cette fiction aborde le rôle d’Internet dans le combat des citoyens pour une liberté à conquérir dans le sang. Le trait, classique, combiné avec une mise en page inventive, permet à Khalil de livrer une excellente composition de la mainmise du pouvoir. Le scénario est particulièrement bien pensé, alternant avec justesse les épisodes tragiques et violents avec des passages un peu plus légers et absurdes. Zahra’s Paradise est un moment de lecture instructif et intense qui plaira aux amateurs d’investigations politico-journalistiques.</p>
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		<title>Plût au ciel que le lecteur</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/03/20/plut-au-ciel-que-le-lecteur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Mar 2012 15:28:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[chants de maldoror]]></category>
		<category><![CDATA[corcal]]></category>
		<category><![CDATA[édith]]></category>
		<category><![CDATA[futuropolis]]></category>
		<category><![CDATA[lautréamont]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’excellent La Chambre de Lautréamont pourrait bien vous faire reconsidérer tout ce que vous avez vu, et c’est à ce titre que sa lecture vous est fortement recommandée.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«Enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre.» (Les Chants de Maldoror, Lautréamont)</p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 740px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/annick-1.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12071" title="annick 1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/annick-1-740x427.jpg" alt width="740" height="427"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté de FUTUROPOLIS</span>		</figcaption>
	</figure>

<p>C’est avec cet avertissement que les Éditions Futuropolis ont choisi d’introduire, sur la quatrième de couverture, le récit La Chambre de Lautréamont. La couverture prétend que ce roman graphique serait le premier à avoir existé, publié pour la première fois en 1874. La préface et la post-face annoncent quant à elles que cet album d’Édith (dessins) et Corcal (récit) cherchera à brouiller les frontières entre réalité et fiction dans le Paris des poètes du XIXe. Le mystère semble complet alors que l’on appréhende un peu, à première vue, la mise en scène, de surcroît en bande dessinée, de personnages historiques connus. Mais quelle agréable surprise de découvrir, dès les premières pages de cet incroyable récit, qu’Édith et Corcal ont habilement su déjouer tous les clichés et stéréotypes appréhendés pour nous offrir un petit chef d’oeuvre.</p>
<p>Adapté de l’œuvre des personnages d’Auguste Bretagne et Eugène de Turcoing-Startrec, cet album met en scène Auguste Bretagne, feuilletoniste à la «Gazette de Paris», un personnage au manque d’ambition littéraire flagrant qui côtoie les cercles littéraires parisiens les plus intéressants. Ce bonhomme un peu banal qui écrit des récits fantastiques dans sa mansarde fait triste figure au milieu des écrivains et poètes qu’il fréquente: Rimbaud, Verlaine, les frères Cros… Ceux-ci, joyeux farceurs, lui envoient chaque lundi des têtes d’humains en cire, dans de «charmants» colis anonymes, afin de se moquer de son échec littéraire et de sa fascination pour des objets plus ou moins morbides. Car Auguste est passionné par l’étrange et vit dans une espèce de capharnaüm de hiboux empaillés, squelettes divers et autres corps conservés dans du formol. Plus qu’une simple chambre étrangement habitée, ce lieu est en fait extraordinaire. Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, y a vécu avant d’y mourir à l’âge de 24 ans. Il y a laissé quelques traces, cachées çà et là. Auguste va découvrir ces dernières en compagnie notamment d’Émily, une jolie poétesse dont il est amoureux.</p>
<p></p><figure class="wp-caption alignright" style="max-width: 220px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/annick-2.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-12073" title="LAUTREAMONT_INT_p1a127.qxd:JOURNAL-P1Ã64-D" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/annick-2-220x300.jpg" alt width="220" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté de FUTUROPOLIS</span>		</figcaption>
	</figure>
La mise en dessin de la découverte des Chants de Maldoror, le juste équilibre entre un texte d’une grande qualité et des illustrations fascinantes, et le ton endeuillé, nostalgique et admiratif du récit et des coups de crayons font de La Chambre de Lautréamont un petit bijou. En tant que littéraire passionné, on y retrouve ou découvre avec plaisir l’oeuvre tourmentée et passionnante de Lautréamont que les dessins de Corcal servent habilement. En tant qu’admirateur de bande dessinée, on se plaît à se perdre dans les planches d’une grande beauté. Pour rendre hommage au talent de Corcal et Édith, il faudrait également mentionner la scène psychédélique, l’ambiance nocturne, les couleurs poétiques, le scénario astucieux, etc. Notons que ce récit n’est pas une oeuvre sur Lautréamont, mais plutôt une exploration de la fascination qu’excerce le génie sur ses lecteurs. Vous n’en apprendrez pas beaucoup plus qu’à l’école sur le poète, mais ce qui est sûr c’est que vous ressortirez de ce récit en ayant envie de lire et relire les écrits du fameux comte.
<p>Littéraires et curieux que vous êtes, vous savez bien qu’il est de ces livres qui donnent l’impression qu’on avait peut-être finalement rien lu de vraiment bien avant. Que peut-être on s’était laissé trop emballer par des récits moyens, des dessins brouillons, du déjà-lu.</p>
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		<title>Le plaisir de se faire raconter des histoires</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/03/06/le-plaisir-de-se-faire-raconter-des-histoires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Mar 2012 14:42:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[dargaud]]></category>
		<category><![CDATA[fabien behlman]]></category>
		<category><![CDATA[françois lapierre]]></category>
		<category><![CDATA[glénat]]></category>
		<category><![CDATA[kerascoët]]></category>
		<category><![CDATA[la bête du lac]]></category>
		<category><![CDATA[patrick boutin-gagné]]></category>
		<category><![CDATA[voyage en satanie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre réalisme et mysticisme, ces deux albums sauront définitivement charmer les rêveurs qui dorment en vous.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’ère du numérique et de l’omniprésence de l’autobiographique, de la mise en scène plus ou moins romancée ou carrément assumée de soi, de ses petites misères et de son quotidien plus ou moins palpitant, il est parfois simplement agréable de se faire raconter une histoire, sortie tout droit de l’imagination d’un écrivain, des méandres de sa fantaisie, des profondeurs de ses fabulations. Une histoire inventée, tout simplement, dans laquelle on ne reconnaît personne, avec des personnages qui ne facilitent pas l’identification, des lieux un peu fantastiques et lointains. Et si possible, avec des monstres, des laids, des gros, de préférence poilus et avec beaucoup de dents.</p>
<p></p><figure class="wp-caption alignright" style="max-width: 224px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/C-ANNI4.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-11617" title="C-ANNI~4" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/C-ANNI4-224x300.jpg" alt width="224" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté de Glénat Québec</span>		</figcaption>
	</figure>
C’est le cas de La bête du lac (Glénat) et Voyage en Satanie (Dargaud) deux albums rafraîchissants avec des êtres monstrueux bien comme il faut, effrayants et terriblement… humains. Coïncidence? Ces deux récits commencent avec la quête d’un personnage disparu, et feront découvrir aux protagonistes des mondes merveilleux aussi bien décrits et imaginés que dessinés.
<p>La bête du lac, fruit de la collaboration du scénariste et coloriste François Lapierre (dont le nom sonne familier à vos oreilles parce qu’il a travaillé avec Loisel et Tripp sur Magasin Général) et du dessinateur Patrick Boutin-Gagné, met en scène un trappeur bourru qui essaye de retrouver son frère jumeau disparu quelques temps plus tôt. Celui-ci s’est fait dévorer par un monstre en essayant de sauver une sirène emprisonnée dans les glaces d’un lac voisin. L’univers merveilleux créé par Lapierre et Boutin-Gagné nous permet d’explorer des contrées forestières, hivernales, au fond d’un Québec rural où règnent de multiples superstitions.</p>
<p>Le ton est un brin décalé, les dessins un peu géométriques et les situations souvent drôles. Les personnages sont stéréotypés, mais restent tout de même complexes, un peu timbrés et campés dans leurs idées, et demeurent sympathiques. Ils ne brillent pas par leur intelligence, mais leur courage leur fait honneur et la solidarité qui règne dans ce petit village perdu dans une nature glacée est charmante. La présence d’un conteur évoluant dans le récit et qui reprend régulièrement les rênes de son histoire, empêchant certains personnages de lui voler la vedette, ajoute une touche de charme à cet album qui questionne avec pertinence notre propre rapport aux mythes et aux monstres, ces créatures menaçantes indispensables à nos imaginaires.</p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 740px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/C-94FE1.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-11619" title="C-94FE~1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/03/C-94FE1-740x522.jpg" alt width="740" height="522"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté de Dargaud</span>		</figcaption>
	</figure>

<p>Dans un tout autre registre mais toujours dans cette veine d’histoire racontée pour faire vibrer notre imagination débridée, Voyage en Satanie, scénarisé par Fabien Vehlman et dessiné par Kerascoët, met en scène Charlotte, une jolie rousse qui organise une expédition pour retrouver son frère, disparu sous terre depuis quelques mois. Ce jeune homme voulait prouver l’existence de l’Enfer à partir de la théorie de Darwin, persuadé que les hommes de Néeandertal s’étaient réfugiés sous terre pour survivre. Leurs corps, en s’adaptant aux conditions de vie se seraient transformés pour ressembler à des véritables êtres diaboliques: excroissance osseuse sur la tête, corps velus, pieds en forme de sabots… Le voyage de Charlotte dans cette Satanie mystérieuse aux habitants pas comme les autres va s’avérer aussi palpitant pour elle que pour nous.</p>
<p>Comme La bête du lac, Voyage en Satanie est une exploration des mythes qui nous bercent à travers une narration poétique et intelligente, servie par des dessins d’une très grande qualité. Rien à redire sur ces personnages un peu rétro et charmants, sur une utilisation parfaite des couleurs pour faire voyager les lecteurs dans des mondes angoissants et attirants, sur un récit fascinant et original qui s’est évidemment approprié l’imaginaire de Jules Verne pour le transformer avec justesse.</p>
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		<item>
		<title>Entre deux mangas</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/02/14/entre-deux-mangas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Feb 2012 14:17:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[année du manga]]></category>
		<category><![CDATA[banq]]></category>
		<category><![CDATA[japon]]></category>
		<category><![CDATA[la fille aux camélias]]></category>
		<category><![CDATA[la petite amie de minami]]></category>
		<category><![CDATA[manga]]></category>
		<category><![CDATA[shungiku uchida]]></category>
		<category><![CDATA[suehiro maruo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux mangas qui méritent sans aucun doute d’occuper vos allers-retours en métro, vos nuits solitaires ou encore vos après-midis de procrastination.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme la plupart&nbsp;d’entre vous –oui, vous qui êtes toujours fidèlement à l’affût de ce qui se passe dans l’univers de la culture et plus particulièrement dans le fabuleux monde littéraire–, le savent sûrement, c’est l’année du manga à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Depuis un certain temps la bibliothèque vous propose des expositions, rencontres et autres activités, pour faire découvrir cet art fascinant et toute la culture japonaise qui l’accompagne. À cette occasion, et piquée par une curiosité fièrement ancrée dans l’actualité culturelle montréalaise, j’ai découvert deux mangas : <em>La petite amie de Minami</em> de Shungiku Uchida et <em>La jeune fille au Camélias</em> de Suehiro Maruo.</p>
<figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 595px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/02/C-ANNI1.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-11175" title="C-ANNI~1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/02/C-ANNI1-595x463.jpg" alt width="595" height="463"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté des Éditions IMHO</span>		</figcaption>
	</figure>

<p>À première vue, <em>La petite amie de Minami</em> est une agréable histoire d’amour entre un jeune étudiant très sympathique et sa petite amie Chiyomi. Tout pourrait être parfait si celle-ci ne venait pas de rétrécir pour atteindre la taille d’une poupée Barbie. De toute façon, tout ce qui est petit est-il réellement mignon, comme le suggère l’adage? Incapables de comprendre pourquoi la jolie demoiselle ne dépasse plus la grandeur des Schtroumpfs, les amoureux décident de garder ce secret pour eux. Leur quotidien oscille dès lors dans un fragile équilibre tantôt charmant, tantôt contraignant.</p>
<p>Entre le fardeau et le jouet, la jeune fille cherche sa place dans la vie de Minami. Tous les deux titillés par leurs hormones en éveil, ces adolescents devront trouver un moyen de vivre au jour le jour tout en satisfaisant leurs multiples envies et besoins sexuels.</p>
<p>Conte moderne, drôle, touchant, un peu trash, <em>La petite amie de Minami</em> est un petit bijou de par la qualité de son scénario, habilement servi par un dessin simple et dépouillé. Le lecteur s’identifie d’autant plus facilement aux personnages et aux situations que les décors sont minimalistes, voire inexistants, et que les traits sont linéaires et légers.</p>
<p>Place est faite à l’imagination, dans une certaine mesure. Un peu naïf et bon enfant, ce récit n’aborde pas les raisons du changement de taille de Chiyomi, et ne s’occupe que très peu des moyens disponibles pour faire revenir la jeune femme à son état normal. Tout est plutôt prétexte à observer et&nbsp;à partager les sentiments des deux personnages tout en abordant subtilement différents propos. Le changement physique de Chiyomi fait écho au handicap au sens large: le jeune Minami doit faire face à de nouvelles responsabilités, des sentiments contradictoires tandis que sa bien-aimée est toujours la même. Pourtant, leur relation a bel et bien changé.</p>
<p>Dans sa postface, l’auteur évoque les contraintes liées à la responsabilité d’un enfant, ce que confirme Minami, quelque peu épuisé par cette relation compliquée: «En apparence, je suis un lycéen… Mais, ces derniers temps, je ressemble à un vieux, fatigué de tout… Toi, c’est comme si tu avais gagné le droit de rester enfant toute ta vie». Rester enfant, devenir adulte, accepter les changements imposés par une vie pas toujours clémente, autant de thématiques qu’explore avec finesse Shungiku Uchida, tout en y ajoutant une dimension coquine finement dosée.</p>
<p></p><figure class="wp-caption alignright" style="max-width: 207px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/02/C-ANNI2.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-11177" title="couv_camelias_complete" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/02/C-ANNI2-207x300.jpg" alt width="207" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté des Éditions IMHO</span>		</figcaption>
	</figure>
Dans un registre complètement différent, beaucoup plus <em>flyé</em> et <em>trash</em>, <em>La jeune fille au Camélias</em> de Suehiro Maruo met en scène Midori, une fillette de douze ans qui, suite à l’abandon de son père et la mort de sa mère, se retrouve bonne à tout faire dans un cirque ambulant. Une bande de <em>freaks</em> à la sexualité débridée dévergondent la pauvre Midori dans une cruauté poussée à l’extrême. C’est la barbarie qui règne en maître dans ce lieu presque maudit. Entre des culs-de-jatte vicieux, un manchot tricard, un patron peu honnête, une femme-serpent et une jongleuse perverse; Midori semble, comme Chiyomi, devoir trouver sa place et sortir brutalement de l’enfance. Arrivé tel un miracle, un étrange nain télépathe va l’aider à se découvrir femme… et à en accepter les nombreux sacrifices.
<p>Difficile de ne pas éprouver une étrange sensation de vertige en lisant <em>La jeune fille au Camélias</em>, tourbillon hallucinatoire brouillant toute frontière entre rêve et réalité. On plonge en plein burlesque dans ce récit qui oppose la beauté et l’innocence de Midori à la laideur et à la cruauté d’êtres difformes aux âmes tordues et perverses. On est loin de l’ironie et des clichés, dans une orgie d’images morbides qu’entrecoupent des pages à saveur presque idéaliste, romantique, qui permettent entre autre à Suehiro Maruo d’illustrer à merveille le thème du voyeurisme.</p>
<p>De la classification «manga érotico-gore» à l’envie de protéger les lecteurs en leur déconseillant la lecture d’un récit à l’ambiance malsaine et cauchemardesque, il n’y a qu’un pas. Pourtant, j’ai envie de vous conseiller la lecture de ce récit excellemment dessiné, fascinant et délirant, qui vous forcera à vous éloigner un peu du quétaine, du rose et des paillettes langoureuses traditionnelles de la Saint-Valentin, autre type de cauchemar auquel il est, ces jours-ci, plus difficile d’échapper.</p>
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		<item>
		<title>Au cœur du plaisir</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/01/31/au-coeur-du-plaisir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Annick Lavogiez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 13:44:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[BD]]></category>
		<category><![CDATA[futuropolis]]></category>
		<category><![CDATA[ricci]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.delitfrancais.com/?p=10740</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’univers excentrique futuriste et désabusé d’Urban, dessiné par Ricci.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>An 2058. Zachary Buzz a tout quitté (ses parents, sa sœur, la ferme où il a grandi) pour être élève à l’Académie de Police de Monplaisir, «une cité tentaculaire vouée à toutes les formes de plaisirs». Dans cette société hyper surveillée, guidée soi-disant par le principe de plaisir et où évoluent des habitants étrangement déguisés en lapins géants et autres schtroumpfs, Zach fait ses premiers pas au cœur d’une justice humanoïde. Alors que le lecteur assiste aux débuts un brin chaotiques de Zach à l’Académie, le récit se perd dans différentes directions quelques peu inégales: les ébats amoureux de Zach, l’enquête de l’un de ses confrère et la vie de Niels, un jeune garçon déguisé en Justicier du Temps dont le rôle n’est pas tout à fait défini.</p>
<p></p><figure class="wp-caption alignright" style="max-width: 211px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/01/urban-color-1.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-10759" title="urban color 1" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/01/urban-color-1-211x300.jpg" alt width="211" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté des éditions Futuropolis</span>		</figcaption>
	</figure>
Les Règles du jeu (tome 1 de Urban) constitue l’introduction d’une série qui devrait compter jusqu’à six tomes. La multitude des thèmes traités rend sa lecture particulièrement enrichissante. Ces derniers sont tous plus actuels les uns que les autres; de l’abrutissement des masses au travail à la solitude dans la foule, la misère, le voyeurisme, la télé-réalité, etc. Si l’album n’apporte rien de nouveau en matière de réflexion sur ces thématiques, il a au moins le mérite de bien les présenter. L’opposition constante entre la violence d’un système judiciaire omniprésent et l’ambiance toute tournée vers le plaisir sous toutes ses formes est particulièrement intéressante. Un univers qui semblait loin du nôtre par son futurisme poussé à l’extrême –et ce malgré la ressemblance avec nos grandes mégalopoles, leurs grands immeubles et leur foule– finit par y ressembler étrangement. <figure class="wp-caption alignleft" style="max-width: 214px">
			<a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/01/urban-color-2.jpg" data-wpel-link="internal"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-10761" title="urban color 2" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/01/urban-color-2-214x300.jpg" alt width="214" height="300"></a>		<figcaption class="wp-caption-text">
			<span class="media-credit">Gracieuseté des éditions Futuropolis</span>		</figcaption>
	</figure>
 Les images récurrentes d’Alice au pays des merveilles, que l’on aurait pu croire symbolisant l’inlassable quête du plaisir, sont en fait intimement liées à un système policier alarmant. L’omniprésence des écrans géants, la perte de toute intimité et l’état policier sont autant d’éléments qui provoqueront certainement chez les lecteurs attentifs une réflexion sur nos propres sociétés. Et tout cela est habilement mis en dessin par Roberto Ricci, dont le trait sûr sert le récit.
<p>On regrettera toutefois que l’histoire ne soit pas davantage développée. En effet, il est clair que ce premier tome pose les bases d’un récit qui pourra être de qualité, mais qui, pris indépendamment, il faut l’admettre, laisse le lecteur sur sa faim. Heureusement que les personnages qui se démarquent du récit sont tous dotés d’un certain charisme. On constate également que l’entité urbaine de Monplaisir, chaleureuse force destructrice qui étouffe tout libre-arbitre et toute liberté de pensée, semble elle-même se démarquer comme un personnage intriguant.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2012/01/31/au-coeur-du-plaisir/" data-wpel-link="internal">Au cœur du plaisir</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
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