Québec vs le reste du Canada?
7 avril 2017 - Image par Capucine Lorber
Enquête sur la perception du Québec dans les autres provinces et territoires.

Qui dit Québec dit une histoire et une culture qui se distinguent des autres provinces. Le mouvement indépendantiste en est la preuve: selon le sondage Léger de mai 2016, 41% des Québécois voteraient pour la souveraineté du Québec si un nouveau référendum était organisé. De nombreux québécois ressentent donc que le Québec est assez différent du reste du Canada pour devenir un pays à part entière. Cependant qu’en est-il des canadiens des autres provinces et territoires? Que pensent-ils du Québec?

Andrew Potter et le «malaise social»

Difficile de parler de l’opinion des canadiens sur le Québec sans parler de la récente controverse liée à l’article d’Andrew Potter. Directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill depuis 2016 et originaire du Manitoba, Potter écrit un article pour Maclean’s à la suite de la récente tempête de neige qui a paralysé la province intitulé «Comment une tempête de neige a exposé le vrai problème du Québec: un malaise social». Dans cet article, Potter critique sévèrement la société québécoise, qu’il accuse d’être «pathologiquement aliénée». Il cite aussi le manque de solidarité entre les habitants, le manque d’implication de la population dans la vie civique, ou encore le manque de professionnalisme des policiers et des pompiers qui expriment leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement québécois suite au conflit «Libre Négo». Si Potter ne reflète évidemment pas l’opinion de tous les Canadiens des autres provinces, ses remarques ne sont néanmoins pas extraordinaires: Il y a bel et bien un décalage social et politique entre le Québec et les autres provinces.

Le Nouveau Parti Démocratique (NPD), parti social-démocrate, a eu plus de soutien au Québec que dans les autres provinces aux dernières élections fédérales, avec 16 de leurs 44 sièges fédéraux obtenus dans la province.

La question de l’identité nationale divise: selon Statistique Canada, près de 90% des répondants canadiens ont dit être fiers de leur pays, contre 70% des québécois.

On ne peut parler de l’écart entre le Québec et le reste du Canada sans parler de l’écart linguistique

La question de la religion

Un autre débat qui a récemment divisé le Québec et les autres provinces est celui du sécularisme. Le Canada est un État séculaire: il n’y a pas de religion officielle. Cependant il est important de faire une distinction entre deux différents types de sécularisme. Le sécularisme «positif» -au sens philosophique du terme, sans jugement de valeur- est l’équivalent de la laïcité «à la française»: l’État et la religion sont entièrement séparés. Le sécularisme «négatif», par opposition, implique que l’État n’a pas de religion officielle, mais qu’il confère sa place à chaque religion qui existe dans la société. Le gouvernement fédéral canadien se rapproche plus de ce dernier, alors que le Québec semble pencher pour la laïcité. Ceci a été illustré en particulier par la «Charte des valeurs québécoises», fameux projet de loi du Parti québécois (PQ), qui voulait, entre autres, interdire le port de signes religieux et les habits couvrant le visage dans la fonction publique. Bien que la Charte ait échoué de pair avec le PQ aux élections d’avril 2014, le fait qu’elle ait été suggérée montre qu’il y a une place pour la laïcité à la française dans la culture québécoise qui n’existe pas dans le reste du Canada. Selon une enquête du Devoir de 2015, 45% des québécois disent avoir une perception négative de la religion. L’aumônière ontarienne Diane Weber Bederman dénonce dans son article «Le Québec est-il digne du Canada?», le «sécularisme fondamentaliste» de la province. Elle accuse l’engouement du Québec pour la laïcité et la francophonie de créer un environnement anti-multiculturaliste avant de longuement décrire l’historique xénophobe du Québec; une conclusion rapide basée sur des préjugés douteux contre le Québec.

La francophonie

Enfin, on ne peut parler de l’écart entre le Québec et le reste du Canada sans parler de l’écart linguistique. Selon le Centre de la francophonie des Amériques, les francophones sont majoritaires au Québec, mais ne représentent que 4,5% de la population de l’ensemble des autres provinces canadiennes. Si l’enseignement du français est obligatoire à l’école dans certaines provinces et territoires –Ontario, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador, Nouvelle-Écosse, et Île-du-Prince-Édouard–cela n’est pas suffisant pour remédier au décalage entre le Canada anglophone et le Québec. Meghan, étudiante à McGill originaire de l’Ontario, témoigne: «Le Québec veut protéger le français et les droits de la langue à tout prix, ce que je respecte énormément. Cependant, il y a peu de soutien pour les communautés francophones dans les autres provinces, ce que je trouve dommage». Pour les Canadiens anglophones, la barrière de la langue peut être intimidante, en particulier en dehors de Montréal où le bilinguisme est moins courant.

La belle province

Bien que certains Canadiens se soient exprimés de manière critique vis-à-vis du Québec, et qu’il y ait des différences indéniables entre cette province et le reste du pays sur les plans politique, social, religieux et linguistique, il n’est pas possible de résumer en quelques phrases l’opinion des Canadiens envers le Québec. La population du pays est variée et les opinions varient d’individu en individu. Une étude Léger montre que 43% des Canadiens hors du Québec pensent que le Québec est un fardeau pour le pays, mais seulement 39% pensent que le Québec est un atout: l’écart n’est pas large. De plus, avec ses universités, son patrimoine historique et la réputation de Montréal comme capitale culturelle, le Québec attire: en 2015-2016, près de 20,000 personnes d’autres provinces ont immigré au Québec. Peut être alors sommes-nous trop enclins à retenir les remarques négatives que l’on entend, en oubliant que beaucoup de Canadiens apprécient grandement la belle province. 

 
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