La violence sexuelle à McGill
7 avril 2017 - Image par Mahaut Engérant
Retour sur l’année 2016 - 2017

L’année 2016-2017 a vu la résurgence des problèmes de culture du viol et d’aggressions sexuelles, particulièrement en milieu universitaire.

À McGill, il y a eu des débats, des textes votés, des félicitations… avant que tout ne s’écroule face aux allégations à l’encontre de David Aird et Ben Ger. Retour sur une année mouvementée.

En juillet dernier, après deux ans de travail, un groupe étudiant a proposé une première version d’une politique traitant des agressions sexuelles. Celle-ci avait pour vocation de combler les graves lacunes de celle en vigueur à l’époque. Suite à cela, l’administration mcgilloise a rejeté cette initiative en se justifiant par des raisons non fondées. En début septembre, cette même administration est revenue avec un projet sur lequel elle avait travaillé. Concrètement, celui-ci est une version épurée de la politique proposée en juillet par le groupe étudiant. La communauté étudiante exprime tout de même ses réserves. Les deux principales associations étudiantes mcgilloises, l’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM) et celle représentants les étudiants en cycles supérieurs (AÉCSUM, ou PGSS en anglais, ndlr), représentant plus de 30 000 étudiant·e·s à elles deux, s’inquiètent de ce document de travail qui «renforce les limitations actuelles des pratiques universitaires en réponse aux violences sexuelles». Toutes deux critiquent la politique de l’administration pour le manque de mesures concrètes et de délais raisonnables.

De consultation en consultation, de débat en relecture, l’administration a fini par faire approuver la politique contre la violence sexuelle le 23 novembre 2016 par le sénat mcgillois. Les réactions furent mitigées: il y a eu la joie bien sûr, devant un pas, si petit soit-il, dans la bonne direction. Cependant, il y a aussi eu un goût amer mêlé à de l’incompréhension devant la difficulté à faire approuver la politique, notamment à cause de son aspect flou.

Un problème toujours présent

Le 21 février 2017, le réseau de Réseau de Divulgation Communautaire (Community Disclosure Network, ndlr), se présentant comme un groupe de soutien aux survivant·e·s, avait publié un communiqué accusant David Aird, vice-président aux Affaires externes, d’agressions sexuelles. Ce dernier remit prestement sa démission le lendemain. Par la suite, la presse étudiante a mené une enquête, s’est entretenue avec des survivantes, a contacté des associations, et a révélé dans les semaines suivantes l’ampleur des faits.

Jeunes néo-démocrates du Québec (JNDQ) ainsi que McGill Against Austerity, des groupes où Aird avait milité, ont révélé qu’il avait été identifié comme un prédateur après que des survivantes eurent témoigné contre lui. Il fut également révélé que Ben Ger, président de l’AÉUM, avait été mis au courant de certains comportements inappropriés de son collègue en septembre 2016, et avait décidé d’organiser des réunions régulières avec lui pour parler de consentement.

Le 9 mars 2017, Ben Ger est lui aussi accusé de «violences sexuelles et genrées». Le président remet sa démission, sans que d’autres informations soient données concernant les allégations à son encontre.

Enfin, lors des élections aux postes exécutifs de l’AÉUM pour l’année prochaine, une journaliste du McGill Daily a demandé à Noah Century, candidat à la succession de David Aird, ce qu’il avait appris de la situation avec Aird. Ce à quoi il répond «ne pas se faire prendre». Fustigé de toutes parts, Century dut retirer sa candidature après avoir reçu une censure officielle de la commission électorale de l’AÉUM.

L’année scolaire 2016-17 aura donc été la scène de multiples problèmes et scandales liés aux violences sexuelles; chose qu’on aurait souhaité appartenir au passé. Plusieurs choses ont été dévoilées. D’une part, la difficulté et la lenteur de questions — pourtant urgentes — liées aux violences sexuelles.

D’autre part, le long et houleux débat concernant la politique contre la violence sexuelle a prouvé qu’une réelle remise en question était nécessaire par rapport à la capacité de l’administration mcgilloise à gérer ces situations de manière adéquate. Ensuite, les évènements entourant David Aird et Ben Ger ont montré les difficultés auxquelles doivent faire face les survivantes lorsque leur agresseur présumé se trouve dans une position d’autorité. Les femmes accusant Aird ont souvent témoigné de leur solitude face à l’AÉUM lorsqu’elles ont voulu agir.

 
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