De l’autre côté du miroir
7 avril 2017 - Image par Sofia Enault
Le cri des Guyanais, maltraités par leur gouvernement.

Difficile de s’imaginer qu’un département de la France est présente en Amérique du Sud, et pourtant, elle se nomme la Guyane. Un océan la sépare de la métropole, et cet isolement a des répercussions assez sévères sur la vie de ces habitants. Certains se plaignent souvent du coût des universités à Montréal, ou au Québec en général. Même si ce n’est pas donné, ils y ont  accès. Ce qui n’est pas forcément le cas pour les Guyanais·e·s.

Système éducatif déficient

En effet, beaucoup moins de jeunes en Guyane ont un diplôme comparé à leurs homologues métropolitains, et même aux Québécois. Le Québec est pourtant la province canadienne fréquentant le moins les bancs de l’université (La Presse, 2012). Aussi, il n’y a pas assez de personnel enseignant pour instruire les jeunes de ce pays. Alors qu’en métropole, les effectifs ont augmenté au cours des dernières décennies, la Guyane semble être laissée à l’abandon en termes d’éducation. Lors des manifestations d’ampleur historique ayant eu lieu la semaine passée, les Guyanais·es demandaient la construction d’établissement scolaires, l’ouverture de plus de classes, des structures plus adaptées, ainsi que la création de nouveaux postes de professeurs.  Le département d’outre-mer étant dans une position de pauvreté extrême, le système scolaire en subit les conséquences. Le taux de délinquance et de criminalité est assez élevé, le taux d’homicide étant plus de dix fois supérieur qu’en métropole, joue aussi énormément sur le décrochage scolaire. Le mouvement lancé par le collectif des 500 frères, dénonçant l’insécurité et le crime trop présent en Guyane a été suivi de près par le Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc (SNUipp) et la Fédération syndicale unitaire (FSU), mobilisant ainsi les enseignants dans ces mouvements contestataires. La situation est urgente en Guyane. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’éducation, alors qu’ailleurs en France, ce problème est inexistant. Les Guyanais·es sont conscient·e·s de cette réalité, et c’est en cela qu’ils ou elles se sentent laissé·e·s à l’abandon par leur gouvernement. L’océan séparant la métropole de son territoire ultra-marin semble avoir creusé un fossé plus profond que de simples différences culturelles.

«Nou bon ké sa»

Beaucoup d’étudiants se sont déplacés pour les manifestations ayant eu lieu en début de semaine passée. Malgré la diversité culturelle qui divise la Guyane, tous ont marché ensemble, unis car tous sont dans la même situation, tous ont les mêmes revendications pour leur avenir, réclamant l’attention du gouvernement, ainsi que leurs excuses. Dans l’attente d’un futur incertain, ils ne peuvent que se rassembler sous ce qui les unis: le jaune, le vert, et l’étoile rouge.

Le gouvernement français a promis un milliard d’euros pour améliorer les conditions de vie en Guyane. Mais n’oublions pas ce que les Guyanais·es ont fait pour obtenir leur attention.  Il aura fallu paralyser le département en entier pendant presque deux semaines pour que le cri se fasse entendre. 

 
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