Le journalisme et la «post-vérité»
28 mars 2017 - Image par Mahaut Engérant
Dans un monde ou l’idéologie l’emporte sur la vérite, celle-ci compte-t-elle encore?

Dans le cadre de la Nuit des débats, la chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains organisait, ce vendredi 23 mars, une conférence afin d’échanger autour de la question des fausses alertes dans les médias. Le public a eu l’occasion de discuter autour d’un verre avec Jeff Yates, l’ex-«inspecteur viral» du journal Métro et maintenant journaliste à Radio-Canada, Henri Assogba, professeur en journalisme à l’Université Laval, Nadine Mathurin, gestionnaire de communauté à Radio-Canada, blogueuse pour URBANIA et professeure de créativité à l’École nationale de l’humour et, enfin, Gabrielle Brassard-Lecours, co-fondatrice et rédactrice en chef de Ricochet. Les problématiques centrales du débat furent: les médias d’information sont-ils à blâmer ou à sauver? Réseaux sociaux: les algorithmes nous informent-ils?

Sans plus attendre, l’animateur du débat, Normand Landry, titulaire de la chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains, évoqua les deux points phares de l’échange: la «post-vérité» et les «fausses nouvelles». En effet, dans notre monde connecté, l’idéologie l’emporte sur la réalité. Dire la vérité est devenu un handicap et les médias se noient dans le bruit des réseaux sociaux. Le rôle des journalistes d’illustrer et de contextualiser les informations est rendu impossible à la fois par la confiance en chute libre que leur accordent les lecteurs et par des responsables politiques qui ne se sentent plus obligés de jouer le jeu. Désormais, une campagne politique ne se gagne plus par la démonstration, mais plutôt par l’émotion. Les réseaux sociaux, où les jeunes s’informent en priorité, ont majoritairement alimenté cette ère de «post-vérité» où chacun détient «sa» vérité.

La «Vérité» n’existe pas

Le climat politique se désintéresse des «faits» et privilégie les stratégies oratoires ou l’émotion pour convaincre. Comme l’a fait Trump. Les personnes ne cherchent pas la vérité, mais adhèrent aux faits qui se rapprochent de ce qu’ils pensent vrai. Puis ces «faits» peuvent circuler facilement grâce aux réseaux sociaux. Les algorithmes, de Facebook notamment, vont sélectionner l’information que nous consultons pour finir par nous présenter le monde tel qu’on le conçoit, avec nos croyances et notre idéologie. Nous devenons centrés sur notre vision du monde au lieu de chercher à élargir notre analyse et à stimuler notre esprit critique. «C’est très dangereux», met en garde Gabrielle Brassard-Lecours «car nous n’avons pas une opinion polarisée».

La chasse au clic

Si les réseaux sociaux permettent de rendre compte de ce qui intéressent réellement les lecteurs et lectrices par les «j’aime», les «partage» ou les commentaires, c’est souvent au détriment de l’exactitude des informations. Le «clic facile» des informations insolites ou le «choc» du sensationnalisme menace le travail des journalistes de vérifier les faits qui circulent. De plus, aujourd’hui le citoyen ordinaire devient média en diffusant les informations qu’il souhaite.

Quelles solutions?

Pour que les informations relayées par les lecteurs soient vérifiées et précises, il est nécessaire de privilégier «l’éducation aux médias», à l’information, dès le secondaire, pour lutter contre la manipulation, souligne Nadine Mathurin. Il faut rétablir le lien de proximité entre les citoyens et les médias en interpellant les citoyens sur les sujets qu’ils veulent voir traiter par les journalistes. Si en théorie nous avons accès à tous les médias existants grâce à Facebook par exemple, néanmoins nous devons faire l’effort de m’abonner à un éventail de médias, que mon fil d’actualité ne me proposera pas automatiquement. Enfin, Jeff Yates insiste sur l’importance de «l’hygiène des réseaux sociaux», autrement dit, vérifier que le contenu que tu «aimes» ou que tu partages corresponde vraiment à tes convictions, car un «j’aime» est tout sauf anodin.

Ainsi, les médias doivent combattre la désinformation. Cette ère post-factuelle nécessite plus que jamais des journalistes et citoyens érudits et renseignés, ont conclu les conférenciers et conférencières. 

 
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