Adaptation coucoue, mais réussie!
28 mars 2017 - Image par Capucine Lorber
Le Théâtre du Rideau Vert présente sa version d’un classique littéraire.

Depuis le 21 mars, le Théâtre du Rideau Vert présente la pièce «Vol au-dessus d’un nid de coucou», mettant en vedette Julie Le Breton et Mathieu Quesnel. Parfois bizarre, cette adaptation d’un roman américain classique n’hésite pas à rire d’elle-même, et susciter toute la gamme des émotions chez l’auditoire.

Une œuvre classique

Le livre One flew over the cuckoo’s nest est un classique de la littérature anglophone. Cette œuvre de l’auteur Ken Kesey est lue dans les écoles secondaires à travers le monde. Un criminel accusé de viol plaide l’instabilité mentale et est condamné à l’asile par un juge. Il tente d’être la bougie d’allumage d’une révolution interne. Il est cependant confronté à la Garde Ratched, qui dirige l’institut d’une main de fer et administre des traitements tels que des électrochocs et des lobotomies, qui faisaient leur apparition comme procédés expérimentaux en psychiatrie durant les années 60. De plus, contrairement à ses co-internés, qui sont ici de leur propre volonté pour régler leurs problèmes respectifs, il est condamné pour une durée indéterminée. McMurphy incarne la contreculture, la révolution hippie et la défiance de l’autorité. Lors du  mouvement hippie l’œuvre était particulièrement pertinente. Aujourd’hui, elle l’est toujours, car comme le dit l’interprète de McMurphy, Mathieu Quesnel: «Dans l’humanité, il y a des cycles, des révolutions, puis des retours en arrière. On change les règles pour mieux en imposer de nouvelles».

Une tournure à la sauce québécoise

Comme toute création littéraire à succès, elle a été adaptée autant au cinéma que sur la scène. Son adaptation la plus célèbre remonte à 1975, lorsque Jack Nicholson s’est glissé dans le rôle du protagoniste Randall McMurphy. L’œuvre remporta cinq oscars. L’adaptation au Théâtre du Rideau Vert a donc de gros souliers à chausser.

La version présentée du Rideau Vert reprend une adaptation théâtrale du roman de Kesey, datant de 1963. Traduite, adaptée et mise en scène par Michel Monty, elle suit l’histoire de base, mais prends des risques. Notamment avec  l’intégration du joual, le langage familier québécois. Si d’un côté, le joual dénature un peu le texte de Kesey, de l’autre il est efficace pour illustrer le caractère plus basilecte du personnage de McMurphy et des autres détenus. En contrepartie, la Garde Ratched, interprétée par Julie Le Breton qui livre une excellente performance, s’exprime dans un français impeccable, ce qui caractérise sa supériorité perçue par rapport à McMurphy. Le commentaire social est clair, et il fonctionne. Le seul problème est que, contrairement au personnage dans le film, la Garde Ratched est trop patiente avec les patients. Si la Garde Ratched de l’œuvre originale est sadique au point d’inspirer les Dolores Ombrage et Annie Wilkes de ce monde, la Garde de Le Breton ne fait pas le poids. La faute ne revient pas à l’actrice, mais plutôt au scénario.

Une distribution de qualité

Ce qui fait le succès de la pièce c’est bel et bien sa distribution. Julie Le Breton excelle, et ce malgré le bémol mentionné ci-haut. Cette performance est différente de celles livrées dans Les beaux malaises, Maurice Richard et Paul à Québec, et témoigne de sa polyvalence. Mathieu Quesnel, qui incarne McMurphy, m’était inconnu. Il impressionne, autant par sa capacité à faire ressortir la grossièreté de son personnage que par sa capacité de meneur, notamment lors d’une performance impromptue de «House of the Rising Sun». Ce moment charnière, qui se déroule lors de la fameuse scène de «party», est l’un de ceux qui nous donne l’impression qu’il s’agit d’une pièce d’ensemble. Cela témoigne de la qualité du jeu de chaque acteur. Il faut particulièrement souligner la performance de Jacques Newashish, originaire de La Tuque, qui se démarque dans le rôle du Chef. Somme toute, la pièce est bizarre, voire même coucoue, mais elle fonctionne. D’ici le 23 avril, une visite au Théâtre du Rideau Vert en vaut la peine. 

 
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