L’indifférence globale pour le Yemen
21 mars 2017 - Image par Mahaut Engérant
Certains accusent l’humanité d’avoir perdu sa boussole morale.

Alors que les Nations Unies annoncent la pire crise humanitaire depuis la fin de la dernière guerre mondiale, les pays qui en font l’objet restent sous-médiatisés, pour ne pas dire complétement oubliés. Pour essayer de réajuster la balance, les étudiants de McGill pour UNICEF (McGill Students for UNICEF, en anglais, ndlr.) organisaient une table ronde sur le conflit qui ravage l’un des pays les plus pauvres du Moyen Orient: le Yémen.

Consensus des intervenants

Les intervenants viennent de tous horizons et témoignent pourtant d’un consensus quant à la situation du pays. Dans leur présentations, la journaliste Nawal Al-Maghafi, les étudiants yéménites de McGill, Rachel Kiddell Monroe (représentante de Médecin sans frontières, MSF) et Mehri Ghazanjani (docteure en Conflit Ethniques du Moyen Orient) nous transmettent le même message. La situation yéménite ne fait qu’empirer d’année en année, et les répercussions se font sentir dans les populations civiles. Kiddell Monroe nous résume cette crise humanitaire en trois points: malnutrition, manque de services médicaux, et déplacement intérieur des populations.

De ces trois points, c’est peut-être le premier qui affaiblit le plus les populations locales. De fait, le Yémen dépend à 90% d’imports pour sa nourriture. Or, l’Arabie Saoudite imposant un blocus sur les ports du pays, la population se voit forcée en état de siège, prise au piège entre le conflit opposant les rebelles Houthis du nord et les forces gouvernementales du sud. Al-Maghafi, journaliste yéméno-britanqiue pour la BBC nous informe qu’au Yémen, un enfant meurt toutes les 10 minutes, et qu’un tiers de ceux qui survivent souffrent déjà de dégâts corporels sévère dus à la malnutrition.

Une guerre par procuration

Le Yémen, nous explique Ghazanjani, est un pays fabriqué artificiellement depuis l’unification en 1990 de la de la République Yéménite Arabe (nord) et la République populaire du Yémen (sud).

Saleh, président à l’époque, monte les différentes factions du pays entre elles en déployant un jeu politique de mécénat envers ces dernières. La marginalisation continue de la population du sud expliquerait en partie le conflit actuel, lesdites tensions ayant déjà amené une guerre civile en 1994, ainsi que différents conflits en 2004 et 2011.

Cependant, le clivage géographique et religieux (chiisme contre sunnisme) n’explique pas entièrement l’étendue du conflit. Pour Kiddell Monroe, ce conflit est bien une «guerre par procuration» entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Cette dernière nation mène en effet une coalition aérienne touchant et tuant souvent les civils (locaux et membres des ONG, comme par exemple lors du bombardement d’un hôpital de MSF).

«S’en préoccuper n’est pas suffisant»

C’est ce que nous exhorte dit la représentante de MSF. Alors que les perspectives de paix gouvernementales semblent enterrées, la guerre servant à légitimer le rôle protecteur des acteurs locaux, ce sont les citoyens qui pourrons altérer le statu quo. En effet, c’est en augmentant la visibilité du conflit, en demandant à nos représentants parlementaires de plaider en faveur de la paix, même si ces crises «ne nous touchent pas directement. Alors que 64 millions de personnes fuient la guerre pour vivre, survivre, il est temps de se demander pourquoi nous n’agissons pas avec plus de ferveur, de se demander quand nous retrouverons notre boussole morale. 

 
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