Au lit avec Proust
5 mars 2017
L'Espace Libre invite les spectateurs à une visite guidée du musée mental de Marcel Proust.

Du 21 février au 18 mars, l’Espace Libre ouvre les portes d’un musée particulier. En effet, les spectateurs sont transformés le temps de la représentation en visiteurs d’un «musée Proust», dans lequel les commentaires d’une guide alternent avec les conversations entre l’auteur et sa domestique, Céleste, et les scènes dans lesquelles interagissent les personnages principaux d’À la recherche du temps perdu.

Dans une création originale de Sylvie Moreau produite par la compagnie Omnibus, le spectateur assiste à l’élaboration de l’œuvre-fleuve de Proust en pénétrant dans son intimité, plus précisément celle de sa chambre. En effet, à quarante-deux ans, l’auteur français décide de ne plus quitter son lit pour se consacrer entièrement à l’écriture de ce qui deviendra son œuvre phare. Il n’en sortira plus jusqu’à sa mort, qui survient au moment où il écrit la dernière ligne de son œuvre. Cet ensemble de «pastiche, collage et fabulations», pour reprendre les termes du sous-titre du spectacle, est une plongée dans l’univers créateur de Proust, où trois temporalités différentes se côtoient: le présent du personnage de la guide qui s’adresse directement aux spectateurs; le présent de Proust qui écrit dans son lit et qui interrompt son travail pour converser avec sa servante; le présent des personnages de la Recherche que Proust imagine dans sa tête et qui prennent vie dans sa chambre.

Ces trois temporalités permettent des jeux d’acteur très différents: contemporain pour la guide, réaliste pour Céleste et Proust et plus construit, ludique et fantaisiste pour les personnages. Selon Sylvie Moreau, «le jeu avec les temporalités se veut un clin d’œil à l’obsession de Proust pour le temps», à la fois celui dans lequel il vit, mais également celui du passé qu’il tente de faire survivre grâce à son écriture.

Acteurs et décor au rendez-vous

Pour en revenir au jeu des comédiens, celui-ci est excellent, à la fois expressif et juste. L’exagération des mimiques et des mouvements renforce l’aspect extravagant des personnages qu’ils incarnent, extravagance amplifiée par l’écriture de Proust. La scène de rencontre entre le baron de Charlus, interprété par Jean Asselin, et Jupien, interprété par Réal Bossé, est particulièrement remarquable, d’un comique à l’image de la description qu’en fait Proust, qui compare la scène à une parade de séduction entre deux oiseaux.

Quant au décor, qui représente la chambre de Proust, celui-ci est minimaliste, ne consistant qu’en un lit entre deux murs décorés de papier peint et de cadres vides derrière lesquels viennent se placer les personnages de Proust qui composent ce «Bal des têtes». La simplicité du décor renforce la dimension intimiste du spectacle, qui se veut une visite guidée de l’univers de Proust. L’éclairage jaune et chaud participe également à cette volonté d’intimisme.

Une nouvelle madeleine

Si dans l’ensemble le spectacle est une réussite, certains éléments peuvent être remis en question. En effet, les commentaires du personnage de la guide ont tendance à briser le rythme de l’action, bien qu’ils créent un lien entre le public et le spectacle. On peut également constater une certaine longueur dans les chorégraphies, particulièrement celles qui représentent les crises d’asthme de Proust, durant lesquelles le son d’une respiration enrouée et oppressée finit par devenir répétitif et oppressant pour le spectateur.

Avec Dans la tête de Proust, Sylvie Moreau souhaite «donner à goûter une autre sorte de « madeleine »: une impression émotive et sensible assez forte pour qu’elle reste en nous», comme elle l’explique dans le dossier de presse du spectacle. Elle y exprime également l’objectif de cette création: «Je rêve de faire un **show** qui donne envie de rêver, d’inventer. Comme l’œuvre de Proust m’a donné pour toujours l’envie de créer, de choisir la beauté.» Et si nous aussi, spectateurs, nous décidions de prendre une bouchée de notre madeleine assis dans notre lit?

 

 Dans la tête de Proust

Texte et mise en scène de Sylvie Moreau

Production de la compagnie Omnibus

Du 21 février au 18 mars 2017

Espace Libre

 
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