Au revoir, or noir!
17 février 2017
L’Université Laval n’investira plus dans les énergies fossiles.

C’est une première au sein des universités canadiennes. Suite aux demandes du groupe étudiant «ULaval sans fossiles», formé en novembre dernier, l’Université Laval s’est engagée mercredi à retirer ses investissements dans le secteur des énergies fossiles. Cette démarche s’inscrit dans la lignée d’un mouvement global de désinvestissement des énergies polluantes, préconisant de mettre fin aux investissements financiers dans les entreprises impliquées dans l’extraction de gaz, de charbon et de pétrole.

Selon le vice-recteur exécutif et au développement, Éric Beauce, 5% des investissements actuels des fonds de dotation de l’Université Laval, soit 11 millions de dollars, sont liés au secteur des énergies fossiles. L’Université envisage de déplacer ces investissements vers des placements dont les conséquences sont moins néfastes pour l’environnement, notamment les énergies renouvelables. Afin d’assurer cette transition, M. Beauce promet la création d’un comité de conseil sur les investissements responsables, auquel siègera le groupe «ULaval sans fossiles». L’Université publiera également un rapport annuel, rendant compte de l’évolution des démarches de désinvestissement.

Excellence environnementale

Cette promesse de désinvestissement s’inscrit aussi dans la continuité des efforts environnementaux déployés par l’Université Laval depuis plusieurs années. Les projets mis en place depuis 2011 lui ont d’ailleurs valu l’obtention de l’accréditation internationale «STARS (Sustainability Tracking Assessment and Rating System) de niveau or» pour son engagement écologiste. L’Université se classe désormais deuxième au niveau mondial en matière de développement durable. Parmi les réalisations de l’Université, on trouve notamment un financement accru des programmes et des activités de recherche liées au développement durable, la carboneutralité du campus, ou encore des campagnes de sensibilisation aux questions environnementales.

Pour «ULaval sans fossiles», cette promesse de désinvestissement est une victoire. Contactée par Le Délit, Alice-Anne Simard, la porte-parole du groupe, explique les raisons du succès de leur campagne: «Nous avons aussi réussi à être très visibles sur le campus et à créer une hype. […] La clé selon moi réside dans la rencontre qu’a organisé pour nous M. Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec, entre la haute administration de l’Université Laval et notre groupe. Lors de cette rencontre M. Éric Bauce a véritablement vu les bénéfices pour l’Université Laval de désinvestir des énergies fossiles, tant au niveau écologique, économique, que pour leur image. C’est lui qui a décidé de prendre cet engagement et de voir ensuite comment ils y arriveraient, alors que les autres membres de l’administration espéraient plutôt voir si c’était possible de le faire d’abord et ne s’engager à rien […] La rencontre a tout de même duré plus de deux heures, et ils ne semblaient pas très ouverts au départ. Ils insistaient beaucoup sur le fait que le processus serait très long et compliqué. En bout de ligne, nous avons réussi à les convaincre que c’était non seulement la chose à faire, mais que c’est aussi très réalisable.»

Un engagement historique

«ULaval sans fossiles» souhaite d’ailleurs poursuivre son engagement au sein de l’université au cours des prochains mois: «nous avons contribué à un moment historique! La première université au Canada qui prend l’engagement de désinvestir totalement des énergies fossiles, ce n’est pas rien! Pour nous, la décision de l’Université ne signifie pas que nous allons arrêter la campagne, bien au contraire. Nous demeurerons vigilants pour s’assurer que l’Université Laval réalise bel et bien son engagement.»

L’engagement de l’Université Laval pourrait faire figure d’exemple pour les universités canadiennes. Malgré les pressions des groupes étudiants, les universités québécoises restent frileuses à l’idée de mettre en place des projets concrets de désinvestissement. En mars 2016, le Committee on matters of social responsibility (CAMSR) de McGill avait rejeté l’appel au désinvestissement lancé par Divest McGill. Le groupe étudiant s’est réjoui de la décision de l’Université Laval, espérant que l’Université McGill, dont le fonds de dotation s’élève à plus d’un milliard de dollars, ferait de même: «nous demandons à notre Université de faire preuve de leadership et d’agir immédiatement pour prévenir une catastrophe climatique dont la planète ne pourra pas se remettre. McGill n’aura pas l’honneur de prendre la tête de la campagne de désinvestissement au Canada, mais peut encore s’inscrire dans ce mouvement. Nous n’arrêterons pas tant que McGill n’aura pas agi.» Dans le monde, 696 institutions, dont plus d’une centaine d’établissements d’enseignement, dont les universités d’Oxford, de Cambridge et de Yale, se sont engagées à désinvestir en raison des préjudices sociaux et climatiques causés par l’extraction des énergies fossiles. McGill rejoindra-t-elle le mouvement?

 
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