De cellules en pixels
14 février 2017 - Image par Monica Morales
La nudité se normalise sur les réseaux sociaux.

La nudité sur les réseaux sociaux est un phénomène très présent à l’heure actuelle. Que ce soit à travers le fameux mème «send nudes», le fil d’actualité Facebook ou Twitter, notre génération a intériorisé cette absence de pudeur, qui est devenue presque anodine. L’érotisme virtuel n’est plus chose rare, et à travers les nouvelles applications, telles Snapchat, Tinder et autres sphères, ce concept est presque devenu une norme. À travers ces quelques lignes, nous nous questionnerons sur l’émergence de ce phénomène, ses dérives et ses conséquences.

Les «nudes»: c’est quoi?

Le «nude»  est devenu un terme familier à tous. Il s’agit de se photographier de manière dénudée, voire entièrement nu, et le plus souvent de l’envoyer ensuite à une personne, qui s’avère généralement être un partenaire sexuel. Ces photos prennent de plus en plus d’importance et égalent peu à peu l’érotisme des mots et des paroles, du touché et autres sens, au profit du seul plaisir de la vue.

Si l’on interroge plusieurs adeptes de ce concept, les réponses sont unanimes: «Il s’agit de susciter l’excitation de mon partenaire.» Pour les relations à longues distances, le procédé est perçu comme indispensable pour conserver une vie sexuelle. Les principaux intéressés déclarent l’envoi de photos érotiques «nécessaire, pour entretenir et préserver l’attraction sexuelle au sein du couple.»

D’autres personnes interrogées, célibataires cette fois, revendiquent la prise de ce genre de photographie pour la seule et simple question d’«empowerment». Le Délit a interrogé une femme célibataire, qui pratique la prise et diffusion sur le web de ce genre de photos et a recueilli les propos suivants: «Je suis en droit d’apprécier mon corps dévêtu et de le trouver beau, et de le partager sur mes réseaux sociaux. Nous rentrons dans une ère où la nudité ne choque presque plus la population occidentale, donc pourquoi se cacher? Pourquoi prétendre avoir une pudeur que je n’ai pas? J’aime mon corps avec ses imperfections, et pour m’accepter comme je suis et me sentir bien, je ne vois pas le mal à montrer mon corps dans son entièreté.»

L’émergence de la nudité virtuelle

Cette dernière décennie, les réseaux sociaux ont pris une place de plus en plus importante dans la vie de la génération Y. Aussi, il n’est pas rare d’y voir transposées toutes les facettes de la vie de chacun sur les différentes plateformes numériques. Qu’il s’agisse de la vie amoureuse, amicale ou professionnelle: tout est exposé en ligne. Tel que cette réalité le met en lumière, il n’est pas étonnant que nous soyons aussi confrontés à l’exposition de choses plus intimes, comme la sexualité.

Notre génération n’a en effet plus la même définition de la vie privée que la précédente, et ne voit pas nettement le mal du partage de contenu virtuel érotique.

Le corps devient donc matériel, et l’érotisme de plus en plus accessible à travers quelques clics. On passe de mots sensuels à plaisir visuels, et de cellules…en pixels.

Aussi, les prochaines générations se trouvant exposées au même milieu, adopteront plus facilement le même comportement. Ainsi, il est devenu anodin de trouver des photos de mannequins dénudés sur Instagram, de voir des mèmes avec l’inscription «send nudes», et autres «statuts» et «tweets» encourageant la nudité.

D’autres mouvements, tels «free the nipple» sont également considérés à l’origine de ce phénomène. Ce mouvement social semble néanmoins plus dû à la libération de la femme et de son corps, et donc rejoint l’idée de l’empowerment. La femme libérée des tabous dont son corps faisait auparavant l’objet peut aussi être à l’origine du phénomène de diffusion de nudité en ligne.

Les conséquences de cette intériorisation

Cette absence de tabou concernant l’érotisme ne reste pas pourtant dénu(d)ée de conséquences. Il est vrai que s’exposer dévêtu sur la toile, volontairement ou involontairement, suscite parfois des dangers qu’il est important de ne pas négliger. Le partage de «nudes» entre partenaires sexuels peut s’avérer dangereux si il n’y a pas une relation d’entière confiance à ce sujet. Par vengeance, certains couples qui ont mal tourné ont volontairement exposé les photos intimes de leurs ex-partenaires, acte qui peut laisser place à la honte et au traumatisme de la personne affichée. Il est donc nécessaire de construire une relation de confiance avec la personne avec qui l’on partage ce genre de photos, si l’on souhaite protéger sa vie privée.

Ceux qui exposent volontairement des photos dénudées sur la toile courent quant à eux le risque d’harcèlement de la part de prédateurs sexuels, et pour les femmes, celui du «slut shaming». En effet, si certain·e·s voient la nudité comme une forme d’art, d’autres préfèrent la pudeur et jugent très rapidement de manière très péjorative celles et ceux qui choisissent de se dévoiler.

Enfin, force est de constater que le fait de voir des corps de mannequins que la société définit comme étant «parfaits», peut entraîner une perception négative de son propre corps  chez les jeunes filles. Celles-ci sont alors confrontées à énormément de pression, les poussant à atteindre l’objectif du corps parfait que leur impose la société.

Le corps devient donc matériel, et l’érotisme de plus en plus accessible à travers quelques clics. On passe de mots sensuels à plaisir visuels, et de cellules…en pixels. 

 
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