Dans la vie d’un·e élu·e de l’AÉUM
14 février 2017 - Image par Hannah Raffin
70 heures hebdomadaires et un environnement sous pression, cela vous tente?

Les étudiants ne les voient ou les entendent que quelques fois l’année, et pourtant ils sont responsables au quotidien d’une organisation multimillionnaire, fournissant des dizaines de services vitaux à plus de vingt-mille étudiant·e·s. Ce sont les membres exécutifs élus de l’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM). Ils se partagent cette charge en sept positions: Présidence, et vice-présidence à la Vie étudiante, aux Affaires universitaires, aux Affaires internes, aux Affaires externes, à la Finance et aux Opérations.

De lourdes responsabilités…

Pour devenir membre exécutif, il faut se porter candidat début février, et se faire élire à la mi-mars après une semaine de campagne. On en revient ensuite à son quotidien d’étudiant lambda, et, au lendemain des examens, il faut entamer un mois de formation à plein temps dispensée par l’équipe exécutive en place. Au premier du mois de juin, il faut alors signer un contrat, disponible en ligne par ailleurs, de douze mois, jusqu’au 31 mai de l’année. Pour l’équipe exécutive de l’année précédente, la paie prévue est de $30,094.73, plus 100 dollars par mois de facture téléphonique et frais de nourriture. En plus de la brève trêve hivernale, trois semaines de vacances sont accordées. Attendez-vous à travailler «jusqu’à de 70 heures par semaine, y compris certains weekends» stipule explicitement le contrat, et ceci dans un «environnement à haut stress, tant opérationnel que politique». Si vous pouvez vous inscrire dans maximum deux cours par semestre, on ne vous en recommande qu’un.

… pour même pas le salaire minimum

«Ce n’est pas pour tout le monde» admet Ben Ger, actuel président de l’AÉUM. Ger regrette d’ailleurs que ces positions ne soient pas plus accessibles, si l’on habite trop loin, si l’on a d’importantes responsabilités familiales ou le devoir de subvenir aux besoins d’autrui. En effet, un salaire de membre exécutif ne le permettrait pas: en prenant en compte la charge horaire réelle, ce salaire «doit revenir environ à 3 dollars de l’heure» estime Ben Ger. Ce calcul est pourtant surestimé. Pour arriver à ce résultat, il faudrait alors travailler 10 000 heures par an, alors qu’une année ne compte que 8760 heures. Une chose est sûre, néanmoins, les membres exécutifs reçoivent une paie inférieure au salaire minimum. À raison de 46 semaines et 70 heures par semaine, on en arrive à un peu plus de neuf dollars de l’heure.

«C’est dur, c’est extrêmement éprouvant», il en devient «très difficile d’être un être humain d’un côté et membre exécutif de l’autre» reconnaît Ben Ger, mais cela reste «une expérience incroyable», «l’expérience de ma vie», même. De se retrouver projetée·à la tête d’un mini-gouvernement, aux côtés de six autres personnes, sans véritable expérience pratique mais toutes vos actions soumises au vu de tout le monde, finit par être grisant. Une fois en place, «votre position ne sera que ce que vous en ferez», explique Ben Ger. Certains postes sont basés sur la mise en place de projets, à votre propre initiative, telle la Présidence, d’autres sont principalement administratifs et requièrent une gestion responsable et appliquée, telles les vice-présidences à la Finance, à la Vie étudiante, et aux Opérations. Ces projets, il vous faudra les élaborer pendant l’été, pour tenter de les réaliser tout au long de l’année.

Santé mentale et motivation

Quoi que vous fassiez, les heures s’étireront: «il y aura des bonnes journées comme des mauvaises journées», vous en viendrez vite à comprendre que «les choses progressent lentement», qu’il faut longuement consulter la communauté avant de mettre en place tout projet explique Ben Ger. Parfois, l’administration ne sera pas de votre côté, ou le corps étudiant vous délaissera. Aujourd’hui, les membres exécutifs remplissent leurs fonctions dans une quasi-unanimité. À l’Assemblée générale de l’automne passée, une trentaine d’étudiants font le déplacement, pour la plupart engagés aves l’AÉUM, bien en-dessous du quorum de 100 personnes. Pour que la population étudiante s’intéresse à vous, il faut une polémique, une controverse, c’est cela qui remplit une Assemblée générale et anime les débats sur nos réseaux sociaux. L’effervescence entourant le récent tweet d’Igor Sadikov, représentant de la Faculté des Arts auprès du Conseil législatif de l’AÉUM, en est le parfait exemple.

Ce sont alors dans de périlleux méandres politiques qu’il vous faut naviguer, sans jamais aliéner ni décevoir quiconque. Malgré un important aspect gestionnaire, toute position au sein de l’équipe exécutive reste politique. Cela ajoute à la difficulté de se maintenir en bonne santé mentale. Pour y remédier un esprit de solidarité se forme au sein de l’équipe, explique Ben Ger, «nos bureaux sont tant un lieu de travail que de soutien mutuel».

Que dire alors à l’équipe à venir? «Vous ne vous habituerez peut-être jamais à la charge de travail ou la diversité des tâches à remplir (…) ce ne sera peut-être qu’à l’Automne que vous aurez réellement les choses en main» mais «cela sera une expérience extraordinaire.»

 
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