Sadikov, ça dit quoi?
12 février 2017 - Image par Mahaut Engérant
D’un tweet, un représentant de la Faculté des Arts provoque la controverse.

Igor Sadikov, représentant élu de l’Association des étudiants de la Faculté des Arts (AÉFA, AUS en anglais, ndlr), a provoqué une large polémique avec un tweet semblant inciter à la violence contre une appartenance idéologique particulière. «Punch a zionist today» («Frappe un sioniste aujourd’hui», ndlr), écrivit M. Sadikov ce lundi sur son compte Twitter personnel. Il s’agit d’une déclinaison du slogan anti-fasciste «Punch a fascist today», en vogue depuis l’inauguration de Donald Trump. Un slogan que l’on a pu voir brandi à McGill lors d’une manifestation anti-fasciste ce mercredi 1 février, sans provoquer pareille réaction.

Démission demandée par l’AÉFA

Ce propos de M. Sadikov a aujourd’hui provoqué un grand émoi dans la communauté mcgilloise, et au-delà. L’exécutif de l’AÉFA a, hier après-midi, annoncé avoir demandé à M. Sadikov de présenter sa démission. Pour rappel, M. Sadikov représente les étudiants de la Faculté des Arts au sein du conseil législatif de l’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM). L’AÉFA a toutefois spécifié que «les mots d’Igor étaient les siens, publiés sur son compte de réseau social personnel. Ses opinions ne sont pas représentatives de la position de l’AÉFA et de ses étudiants.» L’exécutif de AÉFA n’est pas en mesure de démettre un représentant élu, et la décision finale reviendra donc à l’intéressé. Toutefois, le conseil législatif de l’AÉFA détient, quant à lui, le pouvoir d’enclencher une procédure de destitution. D’autres organismes étudiants, telle l’ancienne campagne anti-BDS à McGill, ont appelé à la démission de M. Sadikov.

Un Conseil législatif houleux

Ces événements ont même provoqué des débats enflammés pendant la séance de questions du Conseil législatif de l’AEUM, de nombreux membres du public en ayant profité pour exprimer leur désaccord ou soutien à M. Sadikov. La situation s’est vite transformée en une série d’accusations avec un étudiant demandant au Conseil de «justifier» la présence du conseiller Sadikov après ses propos vus comme étant discriminant à l’encontre de ses électeurs. Une autre étudiante, s’identifiant comme palestinienne, s’est empressée de demander comment l’AEUM pouvait «autoriser» la présence d’une conseillère s’étant précédemment identifié comme «sioniste», attaquant directement la conseillère Jasmin Segal. Cette dernière a répondu que la question lui semblait «déplacée» et qu’elle n’était là que pour «représenter le corps étudiant de sa faculté» tout en qualifiant les propos du conseiller Sadikov de «crime haineux».

Dans l’assistance, Becky Goldberg, présidente de l’AÉFA, a rappelé que son association «n’encourageait en aucun cas l’usage de la violence»  et a qualifié la façon dont cet incident a été mis en lumière de «chasse aux sorcière» tout en précisant qu’elle s’exprimait en son nom et non au nom de l’AÉFA toute entière. Le conseiller Sadikov, a pour sa part ajouté qu’il avait reçu au cours des dernières heures des «centaines de menaces et d’insultes», que «ses informations personnelles avaient été postées en ligne» et demandait «plus de soutien» de la part des institutions mcgilloises. Cela n’a pas empêché M. Sadikov de faire face à une motion de censure déposé par le conseiller Tristan Renondin, motion qui n’a pu être votée dans la mesure où elle n’a pu être ajoutée à l’ordre du jour, cette procédure nécessitant une majorité 2/3, non obtenu dans le cas présent.

Ces nombreux commentaires ont forcé Ben Ger, président de l’AEUM à rappeler qu’il existe «des mécanismes permettant aux électeurs d’exiger le remplacement ou la destitutions de leur représentant si ils trouvent qu’il ne les représente plus.»  Tout en rappelant que «toute personne élue [a] sa place au conseil.»

Une administration prudente

L’administration a, elle, publié un communiqué sibyllin en fin de journée, soussigné par le prévôt Christopher Manfredi. Celui-ci énonce: «McGill a récemment pris connaissance d’une troublante déclaration sur les réseaux sociaux par un étudiant», il faut ici deviner une référence à M. Sadikov, et de continuer «l’Université condamne fermement toute expression de haine ou incitation à la violence contre tout individu ou groupe.» Indiquant que la déclaration de M. Sadikov n’était pas en phase avec le Code du comportement étudiant et procédures disciplinaires (Code of Student Conduct and Disciplinary Procedures en anglais, ndlr) l’Université a affirmé que «les départements concernés prendraient les mesures requises

Une déclaration maladroite

Igor Sadikov a, lui, répondu sur les réseaux sociaux, y publiant un texte explicatif, sans y inclure des excuses explicites: «Je regrette la manière dont j’ai formulé mon opposition au sionisme et le fait que certains de mes électeurs et camarades étudiants se soient sentis blessés par [cette opposition].» , ajoutant qu’il «n’approuvait ni n’encourageait quelconque violence sur la base d’une appartenance à toute groupe identitaire». Sadikov a clarifié ne pas s’attaquer aux étudiants juifs mcgillois mais à une idéologie «néfaste au quotidien pour les Palestiniens» et qu’il apparente au colonialisme. «Je pense que nous devons continuer à dissocier sionisme et Judaïsme» a-t-il résumé, tout en notant ses propres «origines juives».

Tensions politiques et amalgames

Une distinction que ne font pas de nombreux groupes et publications ayant réagi à cette actualité. Un blog israélite anglophone propose par exemple à M. Sadikov de se confronter à un de ses contributeurs au physique imposant. B’nai Brith Canada une organisation se décrivant comme engagée en soutien de la communauté juive canadienne et des droits de l’Homme, est elle aussi intervenue. Sa directrice nationale a profité de l’appartenance passée de M. Sadikov au comité éditorial du McGill Daily pour s’attaquer au quotidien mcgillois: «le tweet de Sadikov renforce l’argument de ceux qui ont exposé une atmosphère foncièrement anti-Israël au McGill Daily.»

Le Daily a, pour rappel, comme politique de ne pas publier de texte en faveur du sionisme, ou en faveur de «toute idéologie considérée oppressive». Cette politique de publication n’est cependant, d’après l’équipe éditoriale, pas «anti-Israël», bien qu’elle puisse être interprétée comme telle par certains. Il serait regrettable que le propos de M. Sadikov puisse servir à relancer la cabale lancée contre le Daily au semestre dernier.

L’information a aussi été reprise par de nombreux médias conventionnels, suscitant un grand intérêt.

cet article a été édité le jeudi 16 février afin d’y apporter des corrections et précisions.

 
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