Gulîstan, terre de roses: le schème de l’anarchie
12 février 2017

Il existe des terres dépeuplées, des peuples dépouillés, mais surtout un combat de l’infimité pour la liberté. Dans son film Gulîstan, terre de roses, l’œil aguerri de la talentueuse Zaynê Akyol nous introduit au combat quotidien d’un groupe de guérilleras qui ont pris les armes pour lutter au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan, ci-après PKK. En plus de défendre le territoire kurde en Irak et en Syrie, elles luttent contre le groupe armé État islamique, tout en incarnant un idéal révolutionnaire axé sur l’émancipation des femmes.

Le courage des femmes kurdes

Les premières projections publiques ont suscité beaucoup d’engouement, notamment au Cinéma du Parc. Afin d’agrémenter l’expérience, la réalisatrice est venue échanger avec la salle comble qui était visiblement fascinée par ce voyage au cœur du Kurdistan.

À travers ces chemins jonchés de gravats et de carcasses d’infrastructures abattues, le film intimiste ouvre un dialogue unique entre ces femmes et l’auditoire. Dans les montagnes du Kurdistan, les combattantes nous révèlent leurs aspirations, leurs idéaux, leurs vies.

Gulîstan se traduit par «terre de roses» en kurde, le nom poétique du Kurdistan, qui est aussi le prénom de la sœur de Rojen, une des combattantes. Elle confie trouver sa place dans ce combat pour défendre la survie du peuple kurde, dispersé en Turquie (20 millions), au nord de la Syrie (2 millions), de l’Iraq (6 millions) et dans plusieurs régions iraniennes (8 millions).

À travers les séquences du film, Sozdar, la doyenne de l’unité, exprime ses sentiments distingués quant à la lutte pour développer une société antiétatique et anticapitaliste basée sur le confédéralisme démocratique.

Même si le film n’agit pas comme canalisateur des fantasmes géopolitiques, son entreprise ambitieuse s’inscrit comme un gage d’espoir pour un avenir affranchi et inspiré par l’idéal révolutionnaire.

Depuis la réalisation du film, Zaynê Akyol a confié que plus de la moitié des jeunes femmes exposées sont aujourd’hui décédées.

Un modèle singulier et inspirant

Fondé en 1978, le PKK œuvre pour l’autodétermination des différents peuples du Kurdistan à disposer de leurs terres tout en valorisant le féminisme, la démocratie directe, l’économie sociale, l’écologie ainsi que le pluralisme ethnique, linguistique et religieux. Composé à 40% de femmes, le PKK est un parti révolutionnaire du champ de la gauche opposé à toute forme d’assujettissement. Ses branches armées ne le sont qu’à des fins défensives pour préserver la sécurité des kurdes. Le modèle que propose le PKK s’approche étrangement de la théorie politique anarchiste dans laquelle la conscience publique et privée, formée par le développement de la science de l’éducation, suffit seule au maintien de l’ordre et à la garantie de toutes les libertés.

Alors que le Canada, au même titre que d’autres entités, se porte complice de la répression politique des kurdes, plusieurs groupes agissent pour exiger un soutien élargi de la Communauté internationale. Peu avant la projection, des militants de Rojava solidarité Montréal sont venus distribuer des tracts pour supporter le PKK.

 
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