Rappeurs de Mcgill et alentours: Dawan & Yaska
8 février 2017 - Image par Vittorio Pessin
Le Délit a rencontré cinq rappeurs de McGill et d’ailleurs. Présentations.

Un duo, trois rappeurs solo, cinq bonhommes. Nous aurons cherché, mais nous n’aurons pas trouvé, pas de rappeuse mcgilloise dans ces pages. Du coup, nous leur avons posé la question, pourquoi cette sous-représentation féminine dans le rap? Retrouvez leurs réponses sur notre site. Et ce n’est en rien pour enlever au mérite des ces cinq-là qui combinent ambitions artistiques et académiques au quotidien. Un dernier mot: cette sélection est subjective, faites-nous part de nos oublis, masculins, féminins, ou autres.


Dawan & Yaska

Dawan et Yaska ce sont deux rappeurs qui se sont rencontrés au Lycée Français de Bruxelles pour se retrouver à l’Université Concordia. À l’origine, ils faisaient partie d’un crew qui s’appelait Bande à part. Aujourd’hui les membres du groupe se sont éparpillés un peu partout. S’ils restent amis et continuent à travailler ensemble à l’occasion, Dawan et Yaska sont les seuls à collaborer de façon régulière. Basés à Montréal depuis quatre ans, ils sortent leur premier EP, intitulé 5 a.m. le 11 février prochain.

LD: Le monde du rap a l’air d’être assez masculin. Quel est le rôle des femmes dans le rap ?

Effectivement, le monde du rap est assez masculin. C’est dommage d’ailleurs, parce qu’il y a des rappeuses qui sont hyper fortes, et qui nous mettent la misère. Mais c’est vrai que dans notre répertoire personnel, il y a plus d’hommes que de femmes.

Après, ça se débloque progressivement. Souvent, quand des femmes commencent à faire du rap, elles se sentent obligées d’adopter un style «mec» — c’est d’ailleurs surement relié à leur passé, à leur vécu. Mais c’est dommage! Il y a la place pour créer une identité féminine au sein du rap. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de rappeuses qui revendiquent leur féminité, et qui ne cherchent pas à la cacher.

Par contre, ce n’est pas limité au rap: on parle d’un problème sociétal au sens large. C’est quelque chose de très compliqué qui mériterait qu’on y réfléchisse profondément. Mais ça va finir par se débloquer, comme partout. On est dans une période où c’est comme ça: il y a beaucoup de problèmes, mais on y est de plus en plus sensible, et on tend vers l’égalité — dans le rap comme ailleurs.

Pour accélérer le processus, on peut promouvoir toutes les artistes femmes qui sortent en ce moment, et éliminer la peur qu’elles peuvent ressentir de rentrer dans ce monde très masculin.

D’ailleurs, on l’oublie, mais il y a un mouvement dans ce sens qui remonte à longtemps! Si on regarde les Fugees par exemple, ce sont d’énormes personnalités qui sont reconnues en tant que tel. Ça montre bien que c’est possible.

LD: Quelle est la portée politique du rap?

Il y a plusieurs visions du truc. Si on prend le hip-hop par exemple, à la base, c’est juste des mecs qui chantent avec un DJ derrière. Ensuite, une autre tendance est apparue. Des groupes comme NWA qui se sont servi du mouvement pour parler de leurs problèmes, et transmettre un message politique. Mais ce n’est pas inné! À la base, toute musique c’est un divertissement, le reste est ajouté par la suite.

Le rap politique a connu un essor dans les années 1980-90, mais aujourd’hui l’objectif principal c’est le divertissement. Il y a Kendrick (Lamar, ndlr) qui est plus politisé, mais il est un peu seul dans cette tendance-là. D’ailleurs, c’est plutôt cool comme ça: ça veut dire qu’il y a plein de styles différents, qui sont tous représentés par une ou deux personnes archi-fortes. Mieux vaut ça qu’une situation où tout le monde fait le même genre de choses.

Nous, on est pas très politisés. On a des potes qui le sont, mais notre démarche perso, touche plutôt à notre vie personnelle. D’ailleurs, si on devait faire un rap politique, on risquerait de sonner faux, et désinformer le public. Nous, on vise plutôt à créer une ambiance. Ça n’a rien de politique, mais ça a une portée sociale tout de même.


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