La réforme electorale abandonnée
7 février 2017 - Image par Mahaut Engérant
Le gouvernement est revenu sur sa promesse de changer le mode de scrutin.

Décidément, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a connu de meilleurs jours. À peine une semaine après avoir fait polémique en félicitant la décision de Donald Trump concernant la projet d’oléoduc Keystone XL, le premier ministre a encore déçu ses sou- tiens en annonçant, mercredi 1er février, qu’il n’instaurerait pas un scrutin proportionnel pour les élections législatives.

Cette promesse phare de sa campagne aurait donné à chaque bulletin de vote un poids égal, contrairement au système actuel qui accorde plus d’influence aux habitants des circonscriptions moins peuplées.

Devant une foule de médias, Karina Gould, ministre des institutions démocratiques a expliqué qu’après avoir longuement consulté le peuple canadien «il est devenu évident que le large soutient populaire, nécessaire pour un changement de cette ampleur, n’existe pas». Étrange analyse, étant donné que ce même peuple est celui qui a élu le gouvernement de Justin Trudeau il y a à peine plus d’un an.

L’envers du décor

Il faut dire qu’un tel change- ment n’aurait pas été facile pour le gouvernement. Le type de scrutin utilisé lors des élections fédérales est conçu par la constitution. Instaurer un type de scrutin proportionnel aurait donc nécessité une modification constitutionnelle — chose beaucoup plus faci- lement dite que faite. Pour y parvenir, une proposition de loi doit être ratifiée par les deux chambres

(la Chambre des communes et le Sénat), ainsi que par les assemblées législatives d’au moins sept provinces qui regroupent entre elles un minimum de 50% de la population canadienne.

Une autre solution aurait été d’envisager la voie du référendum. Celle-ci a été mise de côté par le gouvernement qui expliquait qu’en l’absence «d’une préférence ou d’une question claire, un référendum n’est pas dans l’intérêt du Canada».

Certains observateurs ont avancé que le changement de position de Trudeau est dû à son succès électoral au sein du système actuel.

En effet, celui-ci a donné un gouvernement majoritaire aux Libéraux alors qu’ils n’avaient reçu «que» 39,5% des voix. Étant donné la situation, l’instauration de la proportionnelle aurait été potentiellement contre-productive dans l’optique d’une réélection future.

Des réactions négatives

Quelque soit la raison ayant mené à ce changement de position, les réactions ont été globalement négatives. Prenant la parole directement après Gould, Nathan Cullen, député du Nouveau parti démocratique (NPD), a parlé de «cynisme» et d’une décision «intéressée».

À Montréal, une manifestation a été organisée le 2 février devant les bureaux du premier ministre pour «faire comprendre à Justin Trudeau qu’il y a un consensus». Bravant le froid, une soixantaine de personnes ont montré leur mécontentement pendant une heure et demie.

Même chez les Libéraux, la nouvelle n’a pas été bien reçue. L’organisation mcgilloise «Les jeunes Libéraux de McGill» ont parlé d’une «énorme déception». Selon eux, la réforme électorale composait «une partie intégrante de la plateforme annoncée par notre gouvernement». Ne s’avouant pas vaincus, ils promettent de continuer a militer pour un «système démocratique plus juste pour tous». Encore une fois, le gouvernement semble avoir perdu nombre de ses soutiens.

 
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