Entre Gambie et Sénégal
24 janvier 2017 - Image par Mahaut Engérant
Retour sur la crise politique Gambienne du mois de janvier.

Pendant que le monde avait les yeux rivés sur l’investiture du nouveau président américain, ailleurs dans le monde, une autre passation de pouvoir se déroulait  dans des circonstances moins plaisantes.

Comment en sont-ils arrivés là?

Récapitulons. Le 22 juillet 1994 marquait la date du coup d’état du Lieutenant Yahya Jammeh. Depuis cette date, ce dernier n’a jamais quitté le pouvoir, faisant de la Gambie un pays dirigé par un seul homme: une autocratie. Durant ces 22 dernières années, il a toujours réussi à faire tourner les résultats des élections en sa faveur.

Cependant, le peuple gambien a décidé qu’un changement devait avoir lieu, en votant le 1er décembre 2016 pour Adama Barrow, avec 43,3% des suffrages, contre 39,6% pour le président sortant. Pourtant, Jammeh refuse de se laisser faire aussi facilement, et réfuse de renoncer au pouvoir.

Le peuple se déchire pour faire valoir ses intérêts

Le président élu est donc allé plaider sa cause au sommet Afrique-France de Bamako, avant de rejoindre le Sénégal. Il pensait que cet exil serait temporaire et qu’il pourrait rejoindre la Gambie à temps pour entrer en fonction le 19 janvier 2017. Peut-être a-t-il été un peu ambitieux: cela n’a pas été possible, et c’est à l’ambassade de Gambie à Dakar qu’il a dû prêter serment.

Un pays, deux présidents.

Dans cette situation très particulière, la Gambie est divisée. Le peuple se déchire pour faire valoir ses intérêts, la légitimité des deux hommes est bien trop remise en question. Des milliers de civils, fuient le pays face à cette crise, et rejoignent le Sénégal.

Par ailleurs, de nombreux pays s’allient à Adama Barrow, pour tenter de l’aider à rejoindre les fonctions qui devraient déjà lui être acquises. Le Sénégal, a d’ailleurs envoyé des troupes aux frontières de la Gambie, espérant ainsi forcer l’ex-chef d’état à quitter le pays. Les présidents guinéen et mauritien ont également rejoint la Gambie vendredi dernier dans ce même objectif.

Tandis que d’importants hommes politiques tels que le tout nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ou encore François Hollande, président français, apportent leur soutien au président élu, la situation est très tendue à Banjul, capitale de la Gambie. Tout le monde attend que Yahya Jammeh accepte de quitter la ville, et ce faisant, de renoncer au pouvoir. Le président de la commission de la CÉDÉAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest) lui avait d’ailleurs laissé jusqu’à midi, heure locale, pour s’exécuter, ultimatum qui fut prolongé jusque 16h compte tenu des négociations laborieuses.

Ce n’est que dans la nuit du 20 au 21 janvier 2017 que le président sortant accepte de céder le pouvoir, et de s’exiler, tout en prenant quelques millions de dollars. Même si les Gambiens semblent satisfait de son départ, certains questionnent la légitimité d’Adama Barrow. En effet, ses liens avec le Sénégal peuvent être porteurs de doutes. Le Sénégal entourant la Gambie, ces liens pourraient constituer des risques pour le pays. 

 
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