À la demande générale
24 janvier 2017 - Image par Mahaut Engérant
Baptiste Rinner | Diversion littéraire

Deux-trois amis ont fouillé récemment les archives du Délit et y ont déniché, entre autres, une chronique éphémère que j’avais tenu dans les pages de ce journal il y a deux ans. Elle s’intitulait «Subversion en pyjama», et j’y exposais — avec une certaine vivacité, à en croire mes quelques lecteurs — mon esprit contestataire de circonstance, depuis le confort institutionnel de l’homme blanc allié à la nonchalance d’un enfant de vingt ans.

J’en suis revenu, de cette subversion tranquille, et je tente aujourd’hui un exercice d’un autre genre, encouragé par ces mêmes camarades. À la demande générale. Programme. Quelque chose de moins spontané je pense, moins gratuit, moins fougueux. Le rythme suraccentué de ma prose devrait laisser place, je l’espère, à des périodes plus amples, quoique je n’échapperai pas à ma tendance à délier.

Diversion littéraire, donc. On trouve les titres qu’on peut. J’espère que ça ne fait pas trop pédant, très peu pour moi. Divertir, de quoi? Divertir du journalisme d’abord; au milieu de ces pages efficaces, écrire quelques paragraphes dans le vent, pour presque rien — manque à gagner: 600$ l’espace de pub, ça fait cher le bavardage. Divertir de mon travail de mémoire, encore prisonnier du style scolaire et des nécessités de la rhétorique. Divertir de notre mort à venir — tis’ wrote against the spleen, comme dit Tristram Shandy. Pour oublier que rien de tout ça n’aurait dû arriver. Se divertir, en somme, tous, chacun, nous qui dansons autour d’un volcan. Il s’agira donc — mode d’emploi, grand programme — de s’emparer d’un objet littéraire, et plus généralement artistique, la littérature déborde, faire fi de la grammaire, du bon usage comme on dit tout ça ce n’est que du vent pour les agélastes et les essentialistes du moment que l’on peut se faire comprendre qu’est-ce que t’en penses est-ce grave de ne pas comprendre si c’est beau disait A. comme ce serait drôle. Ma tendance à délier.

Divertir, de quoi?

Il ne faudra pas recommencer. Prescription. Norme. C’est important, les règles. Faire ça, dans les règles. Déjà je commence à déjouer. Tout ça n’a qu’une finalité: trouver et éprouver ma manière, en évitant la pente facile du discours, les jeux de mots, les effets de rhétorique, les bons mots, les poses, les références évidentes, même le pauvre écho consonantique que je n’ai pas fait exprès d’écrire. Ne pas tomber dans ce que Meschonnic appelle «le conformisme de l’anticonformisme». Funambule. Et puis j’aimerais faire rire maître Jojo. Qu’il voit à travers tout! Les autres, bienvenue.

Je disais donc: puiser chaque semaine dans ce qui déborde et voir où cela nous mène, en espérant trouver en cours de route une sorte de manière qui ne soit pas une manie. Ne pas cacher les biais de mon discours, ni mes influences. Ne pas jouer, je n’en ai pas les moyens. Et pourtant, ne sais-je faire que ça? Si je réussis à esquisser un sourire sur son visage, alors je n’aurai pas écrit pour rien. 

 
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