L’Heuristique, une dissolution soudaine
17 janvier 2017 - Image par Théophile Vareille
Le journal étudiant de l’ÉTS disparaîtra possiblement au 1er février prochain.

L’Heuristique, journal étudiant dont la mission est de permettre aux membres de l’École de Technologie Supérieure (ÉTS), de s’exprimer et de transmettre de l’information à la communauté étudiante, se verra dissout dès le mois prochain. Cette dissolution soudaine du média étudiant nous pousse à revenir sur les évènements qui ont mené à cette situation en ayant en tête la recherche d’un comment et surtout d’un pourquoi. Les déboires au sein des organisations concernées, soit le Conseil administratif (CA), l’Association étudiante de l’ÉTS (AÉÉTS), et les membres exécutifs du journal L’Heuristique, débutent après la publication en novembre 2014 d’un article mentionnant de probables irrégularité entourant les négociations à propos de la nouvelle maison étudiante. En janvier 2015, le CA de l’AÉÉTS blâme le journaliste ayant reporté la nouvelle, Félix-Antoine Tremblay, ex-rédacteur en chef et précédemment engagé au sein de l’AÉÉTS. Ce blâme est ensuite invalidé lors de l’assemblée générale de l’AÉÉTS tenue le 4 mars 2015.

Un président d’association contesté

Après quelques autres articles publiés par L’Heuristique à l’égard de l’AÉÉTS, notamment quant à l’attitude de son président Mathieu Drolet vis-à-vis de la violence sexuelle à l’ÉTS, un avis de motion est diffusé le 19 octobre 2016 à l’égard du journaliste en question, Félix-Antoine Tremblay. M. Drolet avait déclaré au Devoir en mai 2016 que les violences sexuelles n’étaient qu’une problématique «très anecdotique» et qu’ «on ne peut pas changer l’être humain du jour au lendemain», ce qui mènera à une suspension dudit président par son Conseil exécutif (CE), une deuxième suspension étant significative d’expulsion, le CE sera ensuite blâmé par le CA de l’association pour cette décision.

L’association, et son président Mathieu Drolet, en réponse à ces articles, se défendent en s’octroyant, par un vote lors d’une réunion du CA tenue le 16 novembre 2016, un droit de véto effectif sur le contenu que publie l’Heuristique.

 

« Résolution CA20161116_37_009-6.1 :

Considérant le changement de la nature du comité de la promotion en comité du bal ;
Considérant les plaintes de diffamation reçues à cause des textes dans le journal ;
Considérant que ces cas de diffamation se sont faits contre l’entité de l’AÉÉTS, certains de nos membres et employés de l’ÉTS ;
Considérant que l’AÉÉTS est propriétaire du journal et est ainsi susceptible de se faire poursuivre, malgré le fait que le journal mentionne que : “Les auteures et auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et, lorsque ces derniers sont explicitement signés, n’engagent en aucune façon l’équipe de l’Heuristique ou l’AÉÉTS.” ;
Considérant qu’il est dans l’intérêt de l’AÉÉTS d’assurer un contrôle du journal pour éviter de se faire poursuivre ;
Que l’on adopte la version 1.2.2 du Volume V – Comités, clubs étudiants et délégations.
Pièce jointe: V – Comités, clubs étudiants et délégations 1.2.2

Proposeur : Mathieu Drolet
Appuyeur : Cédrick Pipitone
Adoption à majorité double
Sébastien Brunet s’oppose »

 

Est adopté l’article 2.2 de l’annexe V-A du cinquième Volume-Comités, clubs et associations de la charte de l’AÉÉTS, qui stipule: «La publication du journal doit être confirmée par la vice-présidence des communications de l’AÉÉTS (…) Le respect est de mise et aucune attaque personnelle ou diffamation ne doit être tolérée.» Vincent Larouche, actuel vice-président des communications, affirme qu’il ne s’agit pas d’un «droit de véto arbitraire» mais que cette modification «permet la publication ou non, seulement si les règles qui l’entourent sont respectées ou non».

Ces propos ‘diffamatoires’ tenus dans L’Heuristique à l’égard des individus concernés tombent dès lors entre les mains d’avocats et une guerre juridique n’étant point désirée, le CA de l’AÉÉTS résout de dissoudre L’Heuristique, le 30 novembre dernier.

 

Résolution CA20161130_37_010-6.1 :

Considérant que le CA reconnaît l’importance du journal étudiant L’Heuristique »;
Considérant que le CA désire que le journal étudiant « L’Heuristique » démarre un processus de réflexion;
Considérant l’avis juridique concernant la responsabilité de l’AÉÉTS face au propos tenu par le journal;
Considérant que les membres du journal exigent de ne pas être contrôlés par l’AÉÉTS;
Que l’on démarre le processus de dissolution du comité du journal;
Que la dissolution du comité du journal soit annoncée à partir du premier février 2017;
Que jusqu’au premier février, l’AÉÉTS coopère avec le comité actuel du journal pour mettre en place une solution bénéfique pour la communauté étudiante;
Que le Vice-président des affaires internes et la Vice-présidence des communications soient responsables du processus de dissolution du comité;
Pièce jointe: AÉÉTS – Avis juridique (2105-019).pdf

Proposeur : Mathieu Drolet
Appuyeur : Cédrick Pipitone
Adoption consensuelle

 

Félix-Antoine Tremblay fait l’objet d’une demande d’expulsion hors de L’Heuristique le 6 décembre 2016, par Samuel Simard, vice-président aux affaires internes de l’AÉÉTS. Simard accuse Tremblay de, entre autres, «vandalisme», «harcèlement», et «comportement inapproprié». Cette expulsion est refusée par le CA de L’Heuristique.

Néanmoins, à peine un mois plus tard, Tremblay démissionne de son poste de rédacteur en chef de L’Heuristique, suite au revirement du CA de L’Heuristique, qui décide de finalement se soumettre aux demandes de l’AÉÉTS, c’est-à-dire de ne rien publier sans son approbation. Il nous explique qu’en somme : «le CA de l’AÉÉTS ne ferme pas L’Heuristique, comme l’indiquent les résolutions adoptées par ce dernier. Le CA de l’AÉÉTS compte rendre le journal indépendant, puis le laisser se fermer de lui-même, faute de fonds». L’Heuristique, actuel comité interne à l’AÉÉTS, reçoit actuellement autour de 10 000 dollars de financement par année. Ce financement serait bien moindre en cas d’externalisation, et L’Heuristique aurait à faire la demande d’une bourse auprès de l’AÉÉTS.

Un avenir en pointillé

De son côté, l’AÉÉTS affirme n’entreprendre ce processus d’externalisation de L’Heuristique que dans l’intérêt mutuel du journal et de l’association. L’Heuristique deviendrait alors une entité indépendante, avec une ligne éditoriale propre et un statut légal clair. Cela le séparerait distinctement de l’AÉÉTS, la protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires envers le journal. Mais comme l’explique Tremblay, externaliser L’Heuristique revient à le priver de financement direct, et mettre en péril son existence. L’AÉÉTS reconnaît qu’il serait difficile de maintenir une édition papier de L’Heuristique, mais explique que des discussions sont à venir sur la question du financement prochain du journal.

Ce résumé offre une chronologie globale entourant la dissolution prochaine du journal L’Heuristique de l’ÉTS qui est, selon les résolutions du CA de l’AÉÉTS, prévue pour le 1er février 2016. La situation reste néanmoins flexible, et Le Délit ne manquera d’en rapporter tout nouveau développement.

 
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