Femmes et démocratie
28 novembre 2016 - Image par Magali Vennin
Au ROYaume de la solidarité féminine.

Jeudi soir, Aruna Roy, la Présidente de la fédération nationale des femmes indiennes, une activiste sociale très renommée dans son pays pour son engagement social, était l’invitée de McGill Women in Leadership.
Elle a parlé du rôle et du pouvoir de la femme dans une démocratie à travers ses expériences en tant que militante politique.

La force de la solidarité féminine

S’adressant à une salle remplie exclusivement d’étudiantes, ses premiers mots leur étaient directement adressés et ont été particulièrement touchants. Avec une conviction incontestable, Aruna Roy a évoqué le pouvoir de la solidarité féminine. Le lien qui unit les femmes, qui partagent un combat quotidien pour l’égalité, les rapproche incontestablement. Le pouvoir de la force commune des femmes quand elles s’allient peut surpasser les différences de classes sociales, de religions ou de penchants politiques. Pour Roy, c’est ce lien fort qui non seulement produit une union, mais qui permet aussi d’avoir une plus grande force et crédibilité aux yeux des institutions patriarcales.
Pour illustrer ses propos, Aruna Roy a évoqué l’initiative de centaines de jeunes filles dans un village de la région du Rajasthan. Ces écolières, âgées de 10 à 20 ans, se sont mobilisées pour demander le droit à l’éducation. En effet, dans cette région, l’État ne fournit que 3 professeurs pour 700 filles. À travers des manifestations pacifiques, leurs voix ont été entendues et leur demande satisfaite. Pour Aruna Roy, le pouvoir de contestation puisant sa source dans une voix unie permet de redéfinir le leadership féminin.

En quête du droit à l’information

Selon l’activiste, «le personnel est politique»: tout ce qui forme la vie quotidienne des femmes est éminemment politique. En outre, les structures de l’espace domestique et les choix qui sont imposés à la gente féminine par les normes et les institutions établies, dictent une certaine vision de la société. En Inde, cette dernière repose sur une vision extrêmement sexiste et discriminatoire. C’est dans ce contexte qu’Aruna Roy encourage les femmes à remettre en question et critiquer le système politique.

Afin de parvenir à un changement concret, elle a créé une campagne populaire et locale, dont le fruit est une nouvelle loi nationale: le Droit à l’information (Right to Information Act), en vigueur depuis 2005. Cette dernière permet à la population locale de savoir où et comment l’argent public a été dépensé. Permettant d’augmenter la transparence, et réduisant ainsi la corruption endémique, la fondation même du système étatique serait remise en cause, générant un bouleversement politico-économique. Afin que le rapport de force entre hommes et femmes se rééquilibre, Aruna Roy prône une information plus transparente à tous les égards, à travers un processus de décentralisation.
En effet, depuis l’inauguration de la loi, des consultations publiques locales ont lieu, permettant au village réunit de demander des comptes auprès de l’État (c’est ce qu’on appelle la démocratie participative). Ces requêtes sont un outil pour les femmes: elles permettent de favoriser la responsabilité publique de l’État, ce qui débouche sur des structures moins inégalitaires.

 
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