Les rois du bitume
15 novembre 2016 - Image par Luce Engérant

Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) reviennent à Montréal jusqu’au 20 novembre, pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Avec près de cent films présentés, les RIDM nous font voyager de Jérusalem à Lampedusa, de Paris à Montréal. Disséminée entre plusieurs cinémas du centre de Montréal, la programmation originale et éclectique de 2016 promet d’offrir aux spectateurs un nouveau regard sur le monde.


T.o swag: expression remontant à l’ère de Shakespeare et qui définit celui qui marche d’un air défiant ou insolent. Swagger: titre du tout dernier film-documentaire d’Olivier Babinot présenté dans le cadre des RIDM le 13 novembre 2016. Alors qu’il a passé ses années de collège à briser des vitres et monter des canulars téléphoniques contre ses malheureux professeurs, ce réalisateur strasbourgeois rend aujourd’hui hommage à cette institution: à travers le portrait de collégiens des quartiers chauds de la banlieue parisienne. Sur son blog dédié à l’élaboration du film, il confie que c’est «cette fierté balancée à la face du monde, confrontée à la dureté déprimante de leur environnement aux horizons bouchés, qui m’a bouleversé pendant les deux ans que j’ai passés là-bas».

Voguant entre la fiction et le documentaire, Swagger est un mélange de mise en scène où les collégiens jouent la comédie, et d’entrevues où ils incarnent leur propre rôle. Il se place entre l’esthétique glaçante de La Haine de Matthieu Kassovitz — considéré comme l’un des premiers films mettant en vedette cet envers du décor — et  The We and the I  de Michel Gondry qui suit un long trajet de bus de lycéens du Bronx. Le passé de caïd d’Olivier Babinot, son désir de revenir sur ces années «gâchées» rend d’autant plus touchants les collégiens d’Aulnay-sous-Bois lorsque, face à la caméra, ils nous expliquent d’où ils viennent, qu’ils veulent réussir leur vie et ne surtout pas retourner au  bled.

Sur des notes de musique passant du rock à la voix grave du rappeur londonien Loyle Carner, chaque collégien devient une star, tour à tour. L’une nous explique qu’elle aimerait bien être Obama, pour envoyer des bombes en Allemagne de temps en temps à cause de ses difficultés à suivre en cours d’allemand, tandis qu’un autre «préfère jouer au foot que parler à des filles». Alors que le côté théâtral de ce collège de Seine-Saint-Denis semble aller de soi, il faut tout de même une dose de cran et de patience pour dé-diaboliser les jeunes de ces quartiers et leur prêter l’attention qu’ils méritent.

                                                                                                                   

 
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