«Sigo vivo»: une histoire de résilience
8 novembre 2016 - Image par James Douglas
Quand le théâtre permet de revisiter la conversation sur l’exil chilien.

Le centre Segal présente jusqu’au 13 novembre la pièce The Refugee Hotel, écrit par Carmen Aguirre et dirigée par Paulina Abarca-Cantin. La pièce présente l’arrivée de familles et refugiés chilien à Montréal après les évènements du 11 septembre 1973 qui ont permis l’instauration de la dictature brutale de Pinochet, au dépit du gouvernement socialiste élu de Allende. Le thème de l’exil y est présenté dans toute sa complexité. The Refugee Hotel permet de mieux comprendre la difficulté de laisser son pays derrière, sans possibilité de retour, ce qui représente pour certains un combat politique et idéologique. La conclusion de la pièce nous laisse avec l’impression que malgré les obstacles, la résilience humaine finit toujours par reprendre le dessus.

Représenter l’exil

Un élément physique lie tous les personnages: l’hôtel dans lequel ils sont accueillis. Le choix des décors est donc limité à deux chambres et le lobby de l’hôtel. Une traduction espagnole est projetée pour accompagner les dialogues des personnages. Ce choix artistique semble posséder une valeur symbolique plutôt que pratique. Étant donné la disposition des décors, il est impossible de suivre la traduction sans manquer le jeu des acteurs et les détails de la mise en scène. Il semble cependant qu’il y ait une signification autre, peut-être l’intention de représenter la barrière du langage et la rencontre entre les cultures.

La pièce débute et termine avec une phrase poignante. « It takes courage to remember, it takes courage to forget, it takes a hero to do both » (Il faut du courage pour se souvenir, il faut du courage pour oublier, il faut un héros pour faire les deux, ndlr). Un tel témoignage parle de la difficulté des personnages à naviguer leur expérience d’exilé. Qualifiée de comédie sinistre, la pièce offre un éventail de réactions et de réflexions aux spectateurs. La proximité entre les résidents de l’hôtel permet de vivre des moments de tendresse, d’hilarité, de camaraderie, mais aussi de tension et de commémoration d’un passé encore douloureux. Un moment fort de la pièce met en scène un monologue du personnage de Manuel où des termes médicaux sont utilisés pour décrire la violence de la torture et des conditions de détentions. L’acteur termine avec les mots d’espoir « Sigo vivo » (je suis toujours en vie, ndlr),ce qui donne  la chair de poule à plusieurs spectateurs.

Une invitation à la tolérance

La pièce explore avec brio la violence du régime de Pinochet. Il aurait pu être pertinent d’ajouter à l’équation la situation politique au Québec, loin d’être inintéressante durant ces années. Les évènements de la crise d’Octobre sont vus par certain comme un catalyseur de résistance à l’acceptation de réfugiés dans la société québécoise. Davantage de mentions du fragile équilibre politique auraient permis de mieux contextualiser les préjugés et les défis que ces exilés allaient rencontrer dans leur nouvelle société d’accueil.

Le contexte politique dans lequel ce situe la pièce est certainement encore d’actualité considérant la discussion au Canada sur l’accueil de réfugiés syriens. Au-delà de la position officielle du gouvernement Trudeau qui ouvre les portes canadiennes à un nombre croissant de réfugiés, il reste un besoin de s’adresser à la fraction de la population qui se montre encore résistante et cultive certains préjugés. Des textes culturels tels que la pièce The Refugee Hotel contribuent grandement à créer une ouverture d’esprit, d’offrir une représentation de la réalité quotidienne et des difficultés de l’exil, ainsi que relancer la discussion sur la meilleure façon d’intégrer les réfugiés dans la société québécoise et canadienne. 

 
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