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Les crayolas de Marlon

Entrevue avec Marlon Magnée de La Femme.

Selon Marlon

D’escale à Montréal avant de repartir pour L.A. en tournée en Amérique du Nord, La Femme a pris refuge de la pluie givrante du déluge au Théâtre Fairmont. Nous aussi avons voulu prendre refuge derrière le rideau noir, mais armés de crayolas, de sucettes et de quelques questions. C’est entre les essais de dernières minutes et l’ultime mise au point des balances que nous avons pu entamer un dialogue avec Marlon Magnée. Fondateurs de La Femme avec Sacha Got, on le reconnait à son micro et son clavier sur scène, mais surtout grâce à ses bouclettes dorées… Intimité dévoilée, c’est un plongeon dans les derrières d’un groupe qui émeut autant le « vieil ami » que l’enfant en nous que l’on se doit d’oublier.

photolafemme
Vittorio Pessin | Le Délit

Le Délit (LD): Pourquoi la Femme ? Vous considérez-vous comme une seule entité ?

Marlon Magnée (MM): C’est un mystère. En tous cas, ce n’est pas seulement la chanteuse. C’est le groupe. . Si tu trippes, tu peux voir  la Femme comme une entité qui veille sur nous, et qu’on modèle, petit à petit avec des clips et de la musique.

LD : Défier les normes de genre : est-ce une problématique au sein de votre démarche ? Autant dans le nom du groupe que les paroles du dernier album ? 

MM : Non pas vraiment, mais je pense qu’il est quand même important de préciser que la société, telle qu’on la connaît, place souvent l’homme au premier plan, et la femme en dernier. Et là depuis 100 ans, les choses changent et ces nouvelles problématiques se posent pour le futur.

LD : La Femme, serait-elle votre muse ? Ou alors seriez-vous les muses de la Femme ?

MM : Oui grave ! On l’a peut-être été indirectement en sortant avec quelques artistes. Peut-être qu’on s’est plus inspirés des femmes, que les femmes se sont inspirées de nous. Mais oui, nous nous en sommes forcément inspirés : je pense à l’ombre d’une femme quand je pense à une muse. Déjà, c’est un nom féminin, et puis les muses sont des femmes dans l’histoire, ce sont rarement des hommes. Quand la muse est évoquée dans les films, les reportages, c’est une femme. Mais après je trouve ça bien votre démarche philosophique, poser ces questions d’inversement, dans le but de faire changer les choses.

LD : « On a été élevé comme des poules, mais on est des aigles », qu’en penses-tu ? 

MM : Carrément, c’est vrai qu’on est tous élevé comme des poules. Après, on a tous le potentiel d’être des aigles. Beaucoup ont été élevés comme des poules-aigles. Devenir aigle permet à la personne de se trouver. Mais il y en a qui sont faits pour être des poules aussi, bien heureux dans ce rôle. Quelqu’un d’intelligent dans le fond mais qui s’en fout. Si tu regardes les fourmis, il y a des ouvrières, des reines… Il y aura toujours ce modèle qui va surgir, avec des gens pour mener, et d’autres non. Chacun est fait pour quelque chose de différent. Je me considère aigle, mais après ça peut être cool d’être poule aussi. Même en ayant des ailes pour voler, tu peux te brûler, c’est le cycle de la vie.

Quand t’y penses, tout le monde a été aigle au moins une fois avec la course des spermatozoïdes, prouvant que tout le monde peut réussir.  Des facteurs aussi peuvent aiguiller ta vie, comme des chocs, ou au contraire, le soutien de ta mère. Il n’y a pas de règles.

Tueur de Fleurs
Selon Marlon

LD : Il y a une certaine poésie dans vos textes, c’est quoi la poésie 2.0 ? A‑t-elle changé de visage ? 

MM : C’est toujours la même, mais elle évolue, parce qu’on ne parle pas de la même façon, c’est un langage moins soutenu. La poésie, c’est toujours écrire les choses, les ressentir, et les traduire d’une façon un peu bizarre, sans forcément vouloir dire quelque chose, insinuer plutôt. Je n’ai pas fait une école d’art, mais je voulais être artiste. La créativité s’exprime différemment au sein du groupe, grâce aux couvertures d’album, aux tee-shirts et aux vidéos clips. Tout le monde veut faire ça à Paris, avec les Beaux-Arts. Mais c’est super difficile de rentrer dedans, et ce sont des sélections bizarres, aléatoires. 

LD : Le poète doit-il prendre le rôle de guide ?

MM : Mais tous ne comprennent pas le poète.  Comme en classe de français, on a tendance a surinterpréter. Aller trop loin pour faire joli. Ça ne voulait peut-être rien dire finalement. N’y a t’il pas des moments où tu t’es vu douter de l’interprétation de la prof ? Moi aussi, ça m’amuse de mettre des choses super tirées par les cheveux en pensant que quelqu’un va y trouver une raison. Une interprétation personnelle est possible peut-être pour les œuvres d’art abstraites notamment. Chacun peut y voir quelque chose d’autre.

LD : Avec les paroles de Où va le monde, on se tire clairement une balle. Comment fait-on alors pour sortir de la lourdeur des maux et faire surgir de la légèreté ? 

MM : Les contrastes c’est beau. Les choses qui s’opposent surtout. L’album est vachement triste et à la fois, le message final, c’est que c’est pas grave. Tu peux être triste à cause d’un événement, par exemple une rupture de cœur où tu aurais envie de te suicider. Mais il y a des choses beaucoup plus graves et c’est important de s’en rendre compte. Il faut simplment être artiste, il faut vivre et transformer ses ressentis en arts. 

LD : Est-ce un travail de démystification ? – par exemple avec le titre Mycose ?

MM : C’est plus donner des clés aux gens, faire passer un message. Les chansons tristes rappellent des choses tristes. Finalement c’est la vie, non ? 

LD : Parler de quelque chose qu’on  ne veut pas voir ? 

MM : On aime bien être un peu subversif, titiller les gens. Ce n’est pas pour banaliser. C’est quand même cool d’écouter une chanson qui parle de mycose. 

LD : Est-ce que tu peux te regarder dans le miroir ? Dis-nous ce que tu vois. 

MM : Je vois mes yeux et ma bouche, c’est la première chose que je vois. J’ai l’impression d’avoir une tête de renard ou de furet, avec mes petits yeux. Je vois juste un vieil ami dans la glace. 

LD : Quel conseil donnerais-tu au Marlon de 12 ans pour le Marlon d’aujourd’hui ?

MM : Écoutes-toi, la roue tourne, ne te laisse pas emporter par les directions que la société t’impose. Tu peux te faire confiance, faire ton chemin. Par exemple, la logique après le bac c’est de se tourner vers Sciences Po, commerce, médecine, quelque chose d’alarmant à mon avis. On a pu parler de ce phénomène avec Septembre. Ça adoucit les choses d’en parler. 

LD : Vivre au présent dans un groupe, c’est possible ?

MM : Non, ce n’est pas possible. On essaye, mais on n’y arrive pas. On pense et se perd dans le passé tout en contemplant le futur.  Même en répétant la formule « vis dans le présent ». On s’en écarte forcément. Pour cela, la méditation est vraiment bien, même si dure. Je pense qu’il faudrait en mettre à l’école.

J’aimerais bien réformer l’éducation nationale, en faire une matière qui s’appellerait Vie. Dans un cadre scolaire académique on t’apprend à apprendre, déchiffrer, à rendre du travail et être à l’heure mais on ne t’apprend pas à vivre. L’histoire donne le savoir et le pouvoir par exemple. Mais je voudrais donner plus de place à la techno, à l’éducation civique, et à l’écologie. Pourquoi pas t’apprendre à payer tes impôts !

LD : Pour une nuit ou pour la vie, Boris Vian ou Mylène Farmer ? 

MM : Pour une nuit les deux. Plus d’une nuit peut-être, les rencontrer et faire la fête avec eux. Avec Mylène Farmer, plus faire de la musique et discuter, et Vian, discuter et faire la fête, et faire un peu de musique pendant qu’on fait la fête. Je me vois parler et sortir des énormes conneries avec Vian. Mais pour la vie, je ne sais pas trop. 

LD : Petite confidence entre nos 6 oreilles, Yann Barthes, il est comment en vrai ? 

MM : Il est vachement sympa. Même si en dehors des coulisses, je ne le connais pas. On le voit à l’écoute de son équipe. Il respecte ses invités contrairement à d’autres comme Hanouna. J’aime comment il arrive à mettre le doigt sur certains sujets. 


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