Une identité nationale à assumer
4 octobre 2016 - Image par Théophile Vareille
Il ne faut pas laisser le concept de multiculturalisme culpabiliser l’Occident.

Mardi 27 septembre a eu lieu une discussion sur le multiculturalisme à la librairie Olivieri. Le célèbre intellectuel québécois Mathieu Bock-Côté y a présenté son nouveau livre «Le multiculturalisme comme religion politique» afin de mettre en perspective et revenir sur l’origine de ce «discours dominant» dans les sociétés occidentales.

Un portrait du personnage

Mathieu Bock-Côté — ou MBC — est l’un des penseurs souverainistes les plus en vue du Québec. Intransigeant, il ne laisse indifférent ni péquistes ni libéraux. Chroniqueur au Journal de Montréal, ses commentaires de la vie politique québécoise suscitent souvent de vives réactions de tous bords de l’échiquier, jusqu’à parfois s’attirer des noms d’oiseau.

Le multiculturalisme serait désormais l’un des piliers fondamentaux de la démocratie, et le seul modèle promouvant modernité et diversité. Se posent alors plusieurs questions: Comment en sommes-nous arrivés là? Comment sociologues, politologues et intellectuels sont-ils parvenus à imposer à la France et aux autres nations d’Occident la notion de «singularité» (ou d’individualisme), en dépit d’une «identité commune»?

Pour revenir aux fondements de ce concept, Mathieu Bock Côté propose de s’appuyer sur l’exemple de la France, pays pour lequel il éprouve une affection singulière, et fait ainsi part de son angoisse de voir le multiculturalisme détruire les identités nationales.

Pour lui, la fameuse période de mai 1968 n’aurait marqué que le début d’une révolution inventée par la gauche. Constatant l’échec du marxisme, elle y aurait substitué «l’égalitarisme identitaire». En effet, le refus du prolétariat de mener la révolution a suscité une immense déception chez les intellectuels socialistes, qui ont alors cherché, au cours des années 1970, de nouveaux groupes porteurs de la pensée révolutionnaire: les minorités, principalement ethniques et religieuses.

On passe alors de la diabolisation du capital à celle des normes anthropologiques; d’une volonté d’anéantir une «tyrannie bourgeoise» à celle de destruction d’idée totalitaire «d’homogénéité chronique».

«On passe de l’ouvrier à l’exclu»

Donc selon Bock-Côté, le multiculturalisme n’est autre qu’un autoritarisme qui ne dit pas son nom et explique une grande partie des difficultés que nous avons à construire une communauté soudée et solidaire pouvant s’imaginer un avenir.

À son avis, il n’est pas gênant de dire que la culture d’un pays ne devrait pas être optionnelle à ce même pays: «tout comme la culture française de ne devrait pas être optionnelle en France, la culture québécoise ne devrait pas être optionnelle au Québec.» Il affirme que tout autre pays doit assumer son identité.

Pour remédier au communautarisme qu’engendrerait le multiculturalisme, l’auteur propose comme solution d’accueillir la diversité au lieu de vouloir l’assimiler à tout prix. De plus, l’éducation se doit de participer à cette solution en prônant la «déconstruction plutôt que la transmission».

Cependant, face à ce raisonnement, une grande question s’impose à nous selon MBC: après 50 ans de multiculturalisme, avons-nous vraiment une autre solution que de nous y résigner? La position du Québec par rapport au multiculturalisme est une bonne illustration de la relation entre les deux solitudes du Canada. Si le multiculturalisme est une politique officielle du Canada depuis 1971, et a même été ancrée dans la Chartes des droits et libertés de 1982, le Québec n’a jamais réellement adhéré à cette pensée.

Plutôt, on croit à l’assimilation des nouveaux arrivants au sein de la culture francophone. Si l’on qualifie le Canada de mosaïque culturelle, MBC est d’avis, à l’instar de plusieurs, que le Québec est plutôt un melting pot de cultures, comme aux États-Unis. Cependant, comme en témoigne l’élection de deux gouvernements libéraux majoritaires au provincial et au fédéral, la vision souverainiste nationaliste du Québec, que défend MBC a déjà connu de meilleurs jours. On peut donc comprendre d’où vient le pessimisme de MBC. Malgré tout, détrompez-vous, la popularité du multiculturalisme abhorré par le sociologue ne fera que le motiver. Sa plume touchera l’encre pendant bien longtemps.

 
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