La dynastie des entreprises transnationales
4 octobre 2016 - Image par Mahaut Engérant
Les accords de libre-échange s’amassent sur notre carcasse tels des hyènes.

La frustration monte parmi les peuples d’Europe et d’Amérique du Nord. Après la bien trop récente révélation des négociations qui aboutissent aujourd’hui aux accords de libre échange tels que le TAFTA (Transatlantic Free Trade agreement, ndlr), l’indignation se fait entendre par le biais de manifestations menées par des groupes altermondialistes, tels que Greenpeace en Allemagne. Le Conseil des Canadiens lui-même a dénoncé avec vigueur il y a quelques jours l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, AECG pour les intimes, et CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, ndlr) dans la langue d’Adam Sandler. Quels sont ces accords, et pourquoi en parle-t-on de plus en plus? Colère justifiée, ou simple caprice de gens qui ne savent toujours pas ce qui est bon pour eux?

L’origine de la controverse

Pour ceux qui ne sont pas à jour, petit historique de la polémique. Dès juillet 2015, certaines revues telles que Le Monde Diplomatique tirent la sonnette d’alarme pour nous avertir de ces traités négociés dans un secret relatif par les institutions européennes et les gouvernements d’Amérique du Nord, d’Océanie, parfois d’Asie. TAFTA, TPP, CETA, TISA, autant d’acronymes qui veulent tous dire plus ou moins la même chose: intensification du libre-échange entre les pays concernés. Le Canada l’est d’ailleurs dans la plupart des cas. Le but de ces accords est d’assurer plus de protection et de liberté aux grandes entreprises, qui en avaient clairement besoin. La prise de conscience de ces manigances, dignes d’un téléfilm de conspiration un peu nul, provoque des réactions chez la population, majoritairement négatives, de manière étonnante. Mais pourquoi tant de discrétion de la part de nos gouvernements? Et pourquoi la colère fait-elle suite à ces révélations? Ces accords sont-ils là pour faire joli, ou ont-ils un but concret?

OMC vs. États: 1-0

Depuis 1995, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) garantit le bon fonctionnement — et l’hégémonie — du libéralisme dans le monde. Voici quelques exemples des épatants services que cette noble institution a rendu à l’humanité. En 2013, les États-Unis sont condamnés pour avoir demandé que soit indiqué le pays d’origine sur les boites de thon, pour informer les consommateurs du kilomètre alimentaire. Cette même année, l’Union européenne doit verser plusieurs centaines de millions d’euros, pour avoir refusé l’import d’OGM par souci d’écologie, aux entreprises pénalisées. Toujours en 2013, les États-Unis sont aussi condamnés pour avoir voulu protéger la santé de leurs citoyens en refusant l’import de tabac saveur bonbon. L’OMC force les États à s’incliner devant les transnationales au nom du libéralisme, et à leur verser des sommes astronomiques, juste pour la gêne occasionnée. Argent provenant des impôts des citoyens — rappelons-le — et qui auraient pu aller à l’éducation ou l’innovation. Le but de ces accords de libre-échange, outre la réduction des tarifs, est de faciliter le procédé de cet admirable système en permettant aux entreprises de poursuivre et d’anéantir aisément les gouvernements souhaitant limiter les imports pour survivre au capitalisme sauvage. Splendide… Merci les lobbys!

Un gouvernement sourd aux indignations

À peu près tout le monde s’accorde sur les effets néfastes de ces traités. Le Conseil des Canadiens a récemment déclaré que l’AECG, sur le point d’être ratifié, provoquera une baisse de la croissance, une baisse des salaires et de nombreuses pertes d’emplois dans les secteurs concernés au Canada. Les conséquences seront par ailleurs désastreuses sur l’environnement, ce qui rend l’ironie cruelle quand on sait que la ratification des accords de Paris est actuellement débattue au Parlement, tandis que nous passons cette semaine le seuil de non-retour dans la teneur en CO2 de l’atmosphère. La ministre du commerce international Chrystia Freeland a réitéré lundi sa détermination à signer ces accords, malgré les protestations générales.