CÉLIBAT 2.0
4 octobre 2016 - Image par Mathilde Chaize
Port Littéraire

Like, Super Like, Nope. Si chaque génération possède des techniques de séduction qui lui sont propres, les dernières ont vu la brutale expansion d’une sexualité dictée, engendrée (et même consommée) par le numérique. Le nouveau livre de Simon Boulerice s’immerge dans cette réalité déjà bien ancrée dans le quotidien des célibataires d’aujourd’hui. Séparé en deux grandes sections, «Je me déplace» et «Je reçois», Géolocaliser l’amour suit les allées et venues d’un narrateur qui se perd dans la métropole, et dans ses relations…

Lire ce roman-par-poèmes, c’est comme s’asseoir avec Simon Boulerice autour d’une bière pour l’écouter parler de sa vie sexuelle. Il nous confesse ses expériences diverses avec le monde du célibat contemporain, où la séduction passe presque toujours par le virtuel. Tinder, Grindr, Kijiji, tout y passe: «je m’insère dans mon époque / right to the point / sextos inclus». Cette notion, c.-à-d. s’inscrire dans son époque, paraît autant dans le choix des thèmes — préparez-vous à un débordement de sexualité — que dans la forme. En effet, le poème narratif permet à l’auteur une liberté parfois traîtresse: cherchant à la fois à raconter une histoire et à jouer avec la langue, il lui arrive quelquefois de trébucher et de n’offrir ni l’un ni l’autre. Car, comme ses rencontres nombreuses — comprendre ici un euphémisme évident — les poèmes se classent de manière hétéroclite, certains mémorables, d’autres à oublier.

«mes pouces sautillent sur mon iPhone sans précision / je manque le L / je brûle les étapes / tu fais quoi dans ma vie ?» Simon Boulerice joue habilement les cartes de l’empathie et de la maladresse tout au long de  Géolocaliser l’amour. On se reconnaît dans ce narrateur coincé avec une date qui ne mène nulle part, ce narrateur naïf confronté à des individus plus clichés les uns que les autres: «j’arrive dans mon accoutrement de camp de jour / mon hôte tente la vérité / je m’excuse Simon, mais tu es vraiment plus beau en photo». Ces répliques, qui donnent un ton léger et joueur au texte, propulsent le lecteur dans les lieux communs de la séduction. Devant cette surabondance d’histoires d’un soir, autant le lecteur que le narrateur en vient à s’interroger sur la nature de ce type de relation, sur leur caractère répétitif et presque impersonnel — ne pose-t-il pas à chacun de ses amants la même question?

Ce nouveau roman de Simon Boulerice ne réinvente guère l’amour (peut-on parler d’amour face à ce dédale de romances éphémères?), mais il a le mérite d’expliciter de manière humoristique les situations vécues par nombre de célibataires. Malgré quelques brillants passages, Géolocaliser l’amour présente son lot de phrases obsolètes qui s’oublient aussitôt lues. Le parfait livre à lire d’un œil discret, tandis que l’autre est fixé sur son cellulaire, en attente d’une réponse pour ne pas finir la soirée seul(e). 

Géolocaliser l’amour de Simon Boulerice,  Édition Ta Mère.