Sectarisme journalistique
27 septembre 2016

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Le traitement pur et dur de la nouvelle est-il voué à disparaître? Comprenez ce n’est pas la mort du journalisme, répétée sur toutes les tribunes qui inquiète, mais plutôt la façon dont la nouvelle est reçue, mâchée, présentée puis absorbée par le lecteur qui inquiète. L’avènement de l’internet a permis de démocratiser les médias, les multipliant ainsi par mille. Cette nouvelle réjouit certains, mais elle fait surtout pleurer les grands médias qui voient leurs parts du marché grugées par de nouveaux joueurs indépendants toujours plus jeunes, plus dynamiques, mais surtout plus polémiques.

De nos jours, pour attirer l’attention du lecteur, il ne suffit plus d’aligner des vers l’un après l’autre ou d’avoir en exclusivité le plus récent scoop. Il faut faire réagir le lecteur; le faire crier, pleurer, hurler, bondir de sa chaise, alternant au passage entre les vidéos de chatons et de décapitation. Il ne semble y avoir plus aucune limite dans ce nouveau far-west journalistique qui néglige les répercussions négatives de ce manque de jugement.

Les grands médias traditionnels ont aussi favorisé — inconsciemment, sans doute — l’émergence de cet univers. Insensibles, voire imperméables aux autres réalités qui ne sont pas occidentales, ces médias ont tôt ou tard fini par lasser leur auditoire sans cesse en quête de fraîcheur, favorisant au passage l’émergence de médias alternatifs.

L’émergence des médias alternatifs

Parmi eux, on retrouve des médias tels que Mic, Vox, AJ+ ou même Rabble. Ces nouveaux venus hèlent le cybernaute à la manière des machines à clics telles Buzzfeed, mais aspirent à un idéal journalistique plus élevé: pas d’information au rabais mais une actualité différente, qui va à contre-courant des chaînes d’actualité en continu ressassant les même nouvelles vingt-quatre heures sur sept. Toutefois, même en voulant donner un angle différent à la nouvelles ces médias alternatifs finissent souvent par tomber dans les mêmes pièges que ceux des grands médias, celui de se confiner à un courant idéologique, qu’il soit de droite ou de gauche. Ainsi restreints, les médias, alternatifs, vieux, jeunes ou même progressistes, perdent peu à peu leur objectivité journalistique en défendent mordicus des positions binaires parfois insensées, voir dangereuses.

Ce manque d’objectivité des médias conduit dans le meilleur des cas aux théories farfelues et complotistes qui fourmillent sur le web et dans le pire des cas il alimente le cynisme de la population et encourage la montée des courants extrémistes. Entre les médias traditionnels et les blogs sombres complotistes, la zone tampon que constituaient jusqu’alors les médias alternatifs semble elle aussi se dissiper au dépend d’un sectarisme journalistique opposant les médias de gauche à ceux de la droite dans une guerre de désinformation sans merci et digne des plus grandes propagandes de nos époques.

Au Délit, comme dans tout journal étudiant, chaque édition pose le dilemme du devoir d’information contre l’attractivité du sujet, tout en gardant à l’esprit le mandat du journal. Couvrir l’actualité estudiantine mcgilloise, certes, mais certains aspects de cette actualité, telle la politique étudiante, arrivent difficilement à captiver le lecteur. Journalistes, éditeurs, collaborateurs, comme tous les médias, doivent alors trouver un équilibre entre cette attraction, la rigueur journalistique sans toutefois tomber dans un sectarisme idéologique qui ne ferait que précipiter cette disparition lente et pénible de nos médias.


ERRATUM: Une erreur s’est glissée lors de la mise en page, le titre de l’éditorial a la page 2 à été changé dans la version papier. Le titre «Résolutions mcgilloises» devrait plutôt être «Sectarisme journalistique». Il ne s’agit pas d’une lettre ouverte à l’administration. Nous tenons à nous excuser sincèrement à nos lecteurs.

 
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