La révolution hétérosexuelle
13 septembre 2016

Cette année, le Forum Social Mondial (FSM), un forum dédié aux projets de sociétés alternatives, ouvrait pour la première fois un chapitre pour les personnes LGBTQIA+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres, Queer, Intersexe, Asexuel et plus, ndlr) parmi ses innombrables ateliers. Le slogan de ce chapitre, le Comité diversité, genres et sexualités (CDGS) était «Un autre monde est nécessaire. Mais pas sans nous!». L’addendum lourd de cette deuxième phrase au credo original du FSM révèle en réalité que ces «autre[s] monde[s]» que le FSM et les gauches radicales nous proposent souffrent d’une vision encore trop hétéro- et cis-centrée.

Des droits faillibles

Malgré la présence de ce nouveau chapitre au FSM, la mention des minorités sexuelles dans les différents ateliers proposés était minime, si seulement existante en dehors des événements spécifiques du CDGS. Si les droits des minorités de genre et sexuelles, au même titre que les droits des personnes handicapées et les femmes, ne sont pas au cœur du nouveau monde que l’on nous propose, nous sommes assurés de perdre rapidement ce qui a été acquis tout aussi rapidement. De la moustache décomplexée des femmes iraniennes à l’époque des rois Qajar, en passant par les amours saphiques (lesbiens, ndlr) et socratiques de la Grèce antique, la liberté sexuelle, la conception du genre et leur tolérance ont fluctué à travers les temps et lieux. Il est inconscient de croire que, dans un Occident de plus en plus conservateur, les droits actuels sont acquis et iront en se développant, encore plus dans un contexte aussi incertain que celui d’une révolution armée, modèle de mutation glorifié par beaucoup dans et en dehors du FSM.

La révolution violente, pour qui?

Les révolutions violentes prônées au FSM et ailleurs par les communautés de la gauche radicale suppriment le lien social, c’est leur force et faiblesse. Elles détruisent pour pouvoir construire de façon radicalement novatrice. Elles détruisent aussi parfois des familles et font fuir des populations de par la ruine qu’elles provoquent. Elles imposent aussi à plusieurs une guerre civile et une vision sociétale non consentie puisque amenée par les armes. L’État contemporain se doit de muter, doit-il pour autant disparaître? Il n’est pourtant pas l’unique ennemi de l’Homme, et malgré ses nombreux excès, il a aussi été pensé comme un rempart contre le patriarcat et entre les hommes, par exemple. Peut-être provoque-t-il plus de mal qu’il n’en prévient, comme de par ses récents développements ultralibéraux favorisant le libre-échange et la toute puissance corporatiste. Mais personne ne nous protègera lorsque le pays sera un champ de bataille idéologique, et il n’est pas dit que beaucoup seront encore debout d’ici qu’un nouveau tissu social nous défende.

La révolution homosexuelle

Seulement, la révolution ne se fait pas toujours par les armes. De par leur caractéristique numérique, les minorités sexuelles n’ont jusqu’à présent jamais pu avancer leurs droits en soumettant la société à leur joug.Les origines du soulèvement de Stonewall, l’origine du mouvement de libération LGBTQIA+ moderne, avaient beau être à inspiration révolutionnaire, nous ne nous sommes jamais permis ce luxe. Au contraire, les plus grandes avancées, la dépathologisation et la décriminalisation se sont faites par l’organisation et la visibilité. Alors, la révolution armée, un truc d’hétéros?

s-revolutionsexuelleMahaut Engérant | Le Délit