Un autre débat
28 août 2016 - Image par Mahaut Engérant
Un rassemblement anti-islamophobie à Montréal pour poser les bonnes questions.

Ils sont peu nombreux à s’être rendus au rassemblement anti-islamophobie «Unis contre l’islamophobie » co-organisé par le Club Jean Jaurès et la section montréalaise du Parti socialiste français, Samedi 27 Août au matin devant le consulat de France. La décision, datant de la veille, du Conseil d’État, aura fait croire à certains que la manifestation était annulée, quand d’autres se seront démobilisés. Cette décision de suspendre l’arrêté de Villeneuve-Loubet — qui exigeait le port d’une tenue de plage «respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité» et interdisait de fait celui du burkini — coupa l’herbe sous le pied d’un événement qui avait lieu afin de, en partie, s’opposer à cette récente actualité du burkini. Une actualité «polémique et ridicule» selon Sooraya et Louise, deux étudiantes françaises à l’Université de Montréal, qui «dévoie» l’attention de débats qui, eux, mériteraient qu’on s’y intéresse. Des débats de fonds, sur cette «intolérance» que représente cette interdiction vestimentaire, une intolérance incompréhensible pour ces deux jeunes réunionnaises. Sooraya est musulmane, Louise chrétienne, mais toutes deux expliquent que depuis l’île de la Réunion, et sa société multiculturelle, on regarde ce qui se passe en métropole avec incrédulité.

Devoir citoyen

Un «devoir citoyen», voilà une expression revenant avec insistance dans la bouche de Sooraya et Louise, comme celle de Yan Chantrel, conseiller consulaire élu. M. Chantrel est en poste depuis son élection en mai 2014 à cette fonction nouvelle. Il est ainsi un des sept membres initiaux du conseil consulaire de Montréal, et se trouve, lui-même, parmi un éventail de positions politiques, sous la bannière «Rassemblement des Français de Gauche». M.Chantrel affirme donc le «devoir de contribuer en tant que Français d’Amérique», à la vie politique et la société françaises. Il salue la décision du Conseil d’État, qui «a mis fin à la folie ambiante», à un «débat stupide», et va peut-être aider certains Français à se défaire d’un «sentiment de honte» né de la conduite des autorités françaises. Dénonçant un «détournement» de la laïcité, qu’il envisage comme la stricte «neutralité de l’État» en matière religieuse, M.Chantrel s’inscrit dans le débat houleux du moment. Ce débat oppose les défenseurs des libertés individuelles, qui estiment que l’État n’a pas à légiférer de telle façon sur le port vestimentaire de ses citoyens, aux partisans d’une application plus étendue du principe de laïcité.

Un débat nécessaire

Il est regrettable que la question du burkini ait volé la vedette à un débat nécessaire et qui ne serait «pas malsain» explique Yan Chantrel. Ce débat que «nous pouvons, via notre prisme nord-américain, enrichir d’un différent rapport à la religion et aux libertés», continue-t-il. Des efforts supplémentaires seront possiblement nécessaires pour faire entendre cette voix, car malgré une couverture médiatique importante — télévisuelle comme écrite — ils n’ont été que quelques dizaines de participants, en grande majorité français, à se rendre devant le consulat ce samedi matin. Comme Sooraya et Louise, tout expatrié français, nous expliquent-elles, n’est pas excusé de sa «responsabilité» à s’engager et réagir à actualité qu’il ne suit que de loin.