Célébrer le Québec
24 juin 2016
Je suis Québec mort ou vivant!

On dit de plus en plus souvent que la nation est une idée dépassée et que l’heure est au village global. Que ce village serait une célébration de toutes les cultures et qu’il était un antidote à l’enfermement des peuples et au repli identitaire. On consent, tous partis confondus, à la dénationalisation des états et à la déprimante uniformisation des cultures qui s’en suit au nom de rutilants idéaux de paix et d’amour. Aujourd’hui et demain, pourtant, partout au Québec, nous célébrerons volontiers la Fête Nationale des Québécois. Les villes et les villages ont tous organisé une fête sur leur plus belle place publique en l’honneur du Québec.

 

On a longtemps reproché aux souverainistes de s’être appropriés le drapeau du Québec et la Fête Nationale, d’en avoir fait des symboles politiquement connotés qui exacerbaient les tensions politiques au lieu de faire place à une célébration comme une autre. On se demande bien toutefois par quel miracle la fête d’une nation dont le noyau culturel dur, francophone, a longtemps voulu prendre en main sa destinée politique en accédant à l’indépendance et se l’est vue refusée par la quasi-totalité des autres citoyens, anglophones et allophones[1], pourrait être dénuée de tout sens politique. Il convient de remarquer, à cet égard, comment s’exprime ce Québec qu’on accuse aujourd’hui de vouloir se replier sur lui-même lorsqu’il ose encore parler de son indépendance politique

 

La Fête Nationale n’est pas la fête de l’exclusion et de l’amertume. J’invite d’ailleurs chaudement tous ceux qui se méfient du Québec en tant que nation à assister aux célébrations de notre fête nationale, et si possible de le faire hors des grands événements de Québec et de Montréal. La vraie Saint-Jean-Baptiste, vous la trouverez en région, dans nos villes et villages. Vous n’y entendrez pas nécessairement les vedettes mondialisées et commercialement approuvées, mais vous allez voir ce qu’est le Québec. Vous n’y verrez pas de feux d’artifices à gros budget. Avec un peu de chance, toutefois, vous passerez une soirée inoubliable. Vous serez assis dans l’herbe, loin de la ville. L’air frais arrivera plus tôt, avec le coucher du soleil. Il y aura des artistes locaux qui viendront sur scène, sans doute. Vous entendrez ce que le Québec a fait de mieux comme musique, vous sentirez dans chaque couplet cet enthousiasme simple et émouvant qui nous habitait en tant que peuple dans les années 1970, avant que deux fois nos espoirs ne soient cassés, avant que le cynisme et la résignation ne s’empare de nous. Vous n’y verrez pas de tension. Vous y verrez des centaines de « gens du pays » chanter du Robert Charlebois, du Beau Dommage, du Harmonium et si vous êtes chanceux, quelqu’un chantera une de nos plus belles chansons, «Le plus beau voyage» de Claude Gauthier, un grand parolier d’ici qui portait son pays au plus profond de son cœur.

 

J’ai refait le plus beau voyage

De mon enfance à aujourd’hui

Sans un adieu, sans un bagage,

Sans un regret ou nostalgie

 

J’ai revu mes appartenances,

Mes trente-trois ans et la vie

Et c’est de toutes mes partances

Le plus heureux flash de ma vie!

 

Je suis de lacs et de rivières

Je suis de gibier, de poissons

Je suis de roches et de poussières

Je ne suis pas des grandes moissons

Je suis de sucre et d’eau d’érable

De Pater Noster, de Credo

 

Je suis de dix enfants à table

Je suis de janvier sous zéro

 

Je suis d’Amérique et de France

Je suis de chômage et d’exil

Je suis d’octobre et d’espérance

Je suis une race en péril

Je suis prévu pour l’an deux mille

Je suis notre libération

Comme des millions de gens fragiles

À des promesses d’élection

Je suis l’énergie qui s’empile

D’Ungava à Manicouagan

 

Je suis Québec mort ou vivant!

 

 

[1] Voir à ce sujet le travail de Pierre Drouilly « Le référendum de 1995 : une analyse des résultats » disponible sur le site des Presses de l’Université de Montréal au [http://www.pum.umontreal.ca/apqc/95_96/drouilly/drouilly.htm]