On se moque de ta démocratie
5 avril 2016
L’année universitaire en trois polémiques mcgilloises.

Désinvestissons, chapitre I

C’est la fin de l’année et le Comité consultatif chargé des questions de responsabilité sociale (CCQRS ou CAMSR en anglais, ndlr), dont Suzanne Fortier fait partie, considère les dommages sociaux causés par l’exploitation des énergies fossiles comme n’étant pas «graves».

Pourtant, les rapports s’accumulent, prouvant l’accélération catastrophique de la montée des eaux, et donc la pression croissante que le climat impose sur le monde, présageant l’aggravation de la crise des réfugiés et des guerres de ressources. Des centaines d’institutions à des niveaux très variés, comme la ville d’Oslo, l’université d’Oxford ou la Fondation des frères Rockefeller, rejoignent le mouvement visant à désinvestir de l’exploitation des énergies fossiles. Au regard de l’absence de plans politiques ambitieux et des inéluctables conséquences du je-m’en-foutisme général, les projets de désinvestissement sont de puissants vecteurs de changement, dirigés vers des entreprises qui s’enrichissent en siphonnant tout espoir d’un futur viable. Cela étant, après quatre ans de campagne, une deuxième tentative et un remarquable travail de recherche pour présenter un plan raisonnable, le groupe militant Désinvestissons McGill (Divest McGill, ndlr) a dû se contenter d’un rejet de leur proposition, effectué à huis clos, par de grands inconnus et dans le plus grand silence.

Désinvestissons, chapitre II

C’est la fin de l’année, et Suzanne Fortier qualifiait il y a peu le mouvement non-violent et anti-colonial Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) comme allant «à l’encontre des principes de tolérance et de respect».

Ces mêmes principes de tolérance et de respect sont les raisons pour lesquelles notre université investit sans remords à la fois dans une entreprise d’armement américaine qui fournit en équipement militaire l’armée israélienne (L-3 Communications), mais aussi dans une banque qui permet le développement des projets immobiliers dans les territoires illégalement occupés de Cisjordanie (Mizrahi Tefahot Bank) et enfin dans une entreprise immobilière participant aussi au développement du secteur immobilier dans ces territoires (Re/Max). De plus, que l’administration se permette d’exprimer son désaccord profond envers des initiatives étudiantes démocratiques, et ce en vertu de motivations suspicieuses, ne fait que compromettre d’autant plus le respect qu’elle devrait montrer pour la démocratie étudiante.

Souvenons-nous!

C’est la fin de l’année et le rocher Hochelaga, commémorant l’histoire autochtone, est toujours aussi bien caché.

La rencontre de Désinvestissons McGill avec Suzanne Fortier le 31 Mars a été l’occasion pour cette dernière de réaffirmer, comme elle l’avait fait lors de son intervention à Faculty in Rez, son dédain pour les «symboles» (voir l’article «Sous les pavés, Tio’tia:ké» publié dans Le Délit du 22 février 2016, ndlr). Dédain qui s’est cristallisé ce jour-là lors de sa choquante incapacité à affirmer que «la non-obtention du consentement des autochtones [par ces entreprises] est une violation des lois nationales et internationales assurant la santé, la sécurité et les libertés fondamentales [des individus]». Enfin, l’absence de toute mention de la question des droits des populations autochtones (clairement mis en avant par Désinvestissons McGill) par le CCQRS dans leur compte rendu atteste d’une hypocrisie criante et d’une conscience coupable.

Engageons-nous!

C’est la fin de l’année et c’est le début d’une mobilisation nécessaire et vouée au succès.

Les mouvements étudiants de cette année ont prouvé que les procédures démocratiques sont le dernier des soucis de l’administration. Mais ils ont aussi prouvé que (seuls?) les étudiants étaient capables d’amener des solutions concrètes: Désinvestissons McGill a un plan viable et légitime pour le désinvestissement, BDS met en lumière notre participation au projet colonial israélien, et l’AÉUM passe et a passé nombre de motions contribuant à la reconnaissance de l’histoire des autochtones. On peut aussi saluer l’initiative du Groupe de Travail sur la Politique sur les Agressions Sexuelles (Sexual Assault Policy Working Group), qui a mis au point une politique courageuse pour s’attaquer au problème urgent des agressions sexuelles sur le campus. Ce n’est maintenant plus qu’une question d’engagement puis de temps: le travail est fait, il ne nous reste plus qu’à montrer à Mme Fortier ce courage qui lui fait défaut. ξ