Pour le choix, pour la vie
4 avril 2016 - Image par Luce Engérant
Quand l’intimidation sert d’outil dans les campagnes anti-IVG.

Le 24 février 2016, la députée péquiste Carole Poirier a déposé à l’Assemblée nationale du Québec le projet de loi 595, visant à créer un périmètre de sécurité autour des établissements pratiquant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). L’objectif est de protéger et faciliter l’accès aux cliniques pour les femmes qui souhaitent conserver leur anonymat et leur calme, tout simplement, pour une procédure qui leur revient de droit.

Il n’est pas rare que les groupes militant contre l’avortement manifestent devant de tels établissements. Selon la Fédération Nationale de l’Avortement, entre 1995 et 2013, le personnel des cliniques d’avortement américaines et canadiennes a  subi 103 agressions physiques, 350 traques et 203 menaces de mort. La Fédération relève aussi 14636 cas de harcèlement électronique. La mise en place de mesures pour garantir la sécurité des femmes et des professionnels de la santé, qui agissent en toute légalité et légitimité, paraît être une démarche nécessaire. Le projet de loi ne fait cependant pas l’unanimité. 

La réponse des groupes anti-avortement

La proposition de Mme Poirier n’est pas passée inaperçue auprès des groupes militants anti-avortement du Québec. La Campagne Québec Vie (CQV) a répondu dans un article qui dénonce l’inutilité du projet, déclarant que seuls les militants pacifiques seront touchés par sa mise en place. La CQV ajoute que la loi 595 ne servira «que de bâillon pour empêcher l’expression de vérités impopulaires». Bien que la CQV ne prône pas la violence, mais seulement les démonstrations pacifiques, l’intimidation des femmes avant une telle opération est aussi une forme d’agression symbolique. L’avortement est une décision difficile à prendre même si elle est nécessaire, et il est scandaleux que les mouvements pro-vie se servent des cliniques comme d’outils de propagande. Notons aussi que la CQV propose sur son site une liste de cliniques d’avortement pour les femmes inquiètes, une initiative qui semble faire preuve d’ouverture d’esprit. Cependant, avant d’accéder à la liste, les femmes se retrouvent confrontées à l’image sanglante d’un fœtus avorté à onze semaines, une image dérangeante qui a sans doute pour but de les décourager alors qu’elles doivent déjà faire face à un choix déchirant.

Luce Engérant

Protéger un acquis et un droit

Au Canada, l’IVG est légale depuis 1988, lorsque la Cour Suprême a jugé que l’article du Code criminel qui condamnait l’avortement était anticonstitutionnel. C’est ainsi que les tribunaux ont permis aux Canadiennes de disposer librement de leur corps. Cette intervention médicale devrait être entendue comme un droit fondamental, qui permet à chacune de choisir quand et avec qui elle procréera.

Les campagnes pro-vie se servent trop souvent d’arguments sexistes et blâment les femmes pour des décisions qui n’appartiennent qu’à elles. Dans sa rubrique Nouvelles, le site de la CQV titre: «Violée […], elle a refusé de se faire avorter et élève maintenant sa fille seule», ou encore «Atteinte d’un cancer, une mère refuse l’avortement et la chimio et donne naissance à des jumeaux en santé». Oui, peut-être qu’il est possible d’être heureuse en donnant naissance au fruit d’une agression sexuelle. Peut-être même qu’il est possible qu’une femme et sa progéniture survivent aux deux épreuves physiquement destructives que sont le cancer et l’accouchement. Ces success stories anecdotiques peuvent représenter une lueur d’espoir. Mais elles ne sont, en aucun cas, des sources d’information fiables et suffisantes pour prendre une décision telle que celle de devenir maman pour une femme qui ne se sent pas prête.

De plus, ces histoires glorifient le courage, la force d’esprit des femmes pour qui garder un enfant a été une réussite. Dans la suite logique, avorter, c’est refuser d’affronter l’épreuve, c’est être faible. N’est-ce pas de l’intimidation et de la violence psychologique que de faire croire à une femme qu’elle est criminelle de ne pas se sentir mère?

Outre les statistiques qui prouvent que certaines femmes qui se font avorter subissent des violences physiques, il faut élargir cette définition sémantique de l’agression. Lorsque les groupes anti-avortement défendent leur droits aux démonstrations «pacifiques» devant les cliniques, ils revendiquent la violence psychologique et la culpabilisation des femmes qui elles, exercent leur droit.