À la croisée des films
9 février 2016 - Image par Mahaut Engérant
Le cinéma du Parc met en vedette dix petits concurrents aux Oscars 2016.

Alors que la cérémonie des Oscars 2016 arrive à grands pas, le cinéma du Parc organise jusqu’au 11 février, la projection de courts métrages en compétition dans les catégories films d’animation et action. Les séances se composent de cinq courts métrages d’action suivis de cinq courts métrages d’animation. Sitôt que s’achève une histoire, on reprend à peine son souffle avant de plonger dans une nouvelle trame. Ainsi, les deux heures et demi de bobine défilent sans un soupir d’ennui. Allant d’une dizaine à une vingtaine de minutes, la durée des courts métrages a ses avantages. Le temps est suffisant pour installer un décor, ainsi que des personnages attachants. Et assez court pour avoir l’œil alerte et le souffle retenu jusqu’à la fin du film.

Parmi les vingt courts métrages nominés, deux (un d’action et un d’animation) recevront un Oscar. En ayant vu l’échantillon proposé par le cinéma du Parc, on peut espérer (en espérance mathématique) avoir vu exactement un des deux chefs d’œuvre qui seront oscarisés à la fin du mois. Le jeu est donc de deviner lequel.

Mahaut Engérant

Pour n’en citer qu’un, le court métrage d’action Shok fut particulièrement touchant. Le rideau s’ouvre sur un homme adulte considérant avec nostalgie un vieux vélo abandonné. Les émotions intenses sur son visage éveillent la curiosité. Retour quarante ans en arrière, l’histoire de Shok (ami, en bulgare) est centrée sur deux enfants kosovars pendant la guerre de 1990. Leur amitié est bousculée car Oki perd son vélo par la faute de Petrit qui a insisté pour qu’il rencontre ses «amis», militaires serbes auxquels il apporte des papiers de cigarettes en échange de trois sous. Les militaires forcent l’enfant à leur laisser son vélo: est-il juste qu’il en ait un, alors que le neveu du chef n’en a pas? Les mois qui suivent, les deux enfants sont en froid, mais le contexte de guerre permet à Petrit de se racheter en sauvant son ami. Leur lien ne fait que s’endurcir dans des situations extrêmes, où l’aide mutuelle devient une arme. Cependant une catastrophe survient, donnant du sens aux émotions du regard de l’homme dans la scène d’ouverture, et trouble nos yeux du même mélange de tristesse et d’amertume. Shok abrite dans un format de court métrage, un contenu de long métrage. Il combine ainsi la précision et le dynamisme du premier avec la facilité qu’a le second à creuser un sujet.

Globalement, l’ensemble des films est d’une qualité remarquable. On sort de la salle de cinéma la tête bouillonnante de questionnements éparpillés. Les questions soulevées vont en effet de la polémique socioculturelle à l’hésitation philosophique. Par ailleurs, la diversité des registres laisse le spectateur baignant dans un cocktail d’émotions contradictoires, qui se bousculent dans une poitrine trop étroite.  D’autre part, il est rare de mettre en perspective plusieurs films car souvent, les films sont regardés séparément. Le film et son message ont des effets distinctifs qui ne se superposent pas. Au contraire, ici, des opinions parfois contradictoires sont juxtaposées, forçant le spectateur à prendre du recul, et à former sa propre pensée. Par exemple, après avoir pleuré devant les misères de la guerre, le film d’animation déplorant le sort des animaux de cirque arrachés à leur famille provoque moins d’émotion. Pourtant, regardé séparément, il aurait sans aucun doute beaucoup touché.

Enfin, cet événement représente une expérience unique. Il rassemble des œuvres qui ont survécu à un choix très sélectif et dont la forme courte contraint à un style épuré et un vrai souci du détail.